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L’INDUSTRIE DES CHAUSSURES PLASTIQUES À KOUMASSI : LE CAS DU SAMBRACRO DE 2000 À 2010. pp. 30-39.

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L’INDUSTRIE DES CHAUSSURES PLASTIQUES À KOUMASSI : LE CAS DU SAMBRACRO DE 2000 À 2010.

TRAORÉ Abdou

Université ALASSANE OUATTARA [email protected]

RÉSUMÉ

L’avènement de la zone industrielle de Koumassi répond à la politique d’aménagement de l’espace abidjanais.

Elle est l’une des plus dynamiques de la capitale économique ivoirienne (Abidjan). L’industrie des chaussures plas- tiques méconnue avant 2000, connait son essor grâce à la volonté d’opérateurs libanais. La mise en place de site industriel accentue les échanges entre la zone et le reste du pays d’une part et l’extérieur d’autre part. Ces échanges régionaux entre les fournisseurs de matières premières et les consommateurs accentuent les activités de la zone.

Mots clés : Chaussures plastiques, Koumassi, machines, sambracro, usines.

ABSTRACT

The advent of the industrial zone of Koumassi meets the policy of spatial planning in Abi- djan. It is one of the most dynamic in the Ivorian economic capital (Abidjan). The plastic shoe industry, unknown before 2000, is booming thanks to the willingness of Lebanese operators.

The establishment of an industrial site accentuates the exchanges between the zone and the interior of the national country and the exterior. These regional exchanges between suppliers of the raw material and consumers of the finished product on the other hand accentuate the activities of the area.

Key words : Shoes plastic, Koumassi, machine, sambracro, insoles.

INTRODUCTION

L’agriculture occupe une place prépondérante dans l’économie ivoirienne. Pour éviter cette dépen- dance, l’État ivoirien initie une politique d’industrialisation des ressources du pays. Cette volonté d’indus- trialisation permet à la Côte d’Ivoire de disposer d’une pluralité d’industries repartie dans ses grandes métropoles1, et octroi au pays des marges considérables sur les produits d’exportations. Cependant, Abidjan concentre les principales industries du pays. Elle regorge de nombreux types d’industries qui favorisent l’aménagement de zones industrielles.

C’est le sens de la naissance de celle de Koumassi2. En effet, la zone industrielle de Koumassi est la troisième, la plus dynamique de la capitale économique après celles de Yopougon et de Treichville. Sa

Référence de cet article : TRAORÉ Abdou. L’industrie des chaussures plastiques à koumassi : le cas du Sambracro de 2000 à 2010. Rev iv hist 2018 ; 31 : 29-39.

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création s’inscrit dans le cadre de la mise en place d’un tissu industriel compétitif et varié de la Côte d’Ivoire. Le déficit spatial au port de Treichville et l’isolement de Yopougon amènent les opérateurs libanais d’Abidjan sud3 à se diriger à Koumassi4. La zone industrielle est située entre la SICOGI5, la SOGEFHIA6 et le Campement7. La lagune Ébrié fait office de frontière dans sa partie méridionale.

À sa naissance, la main-d’œuvre est une denrée rare8, mais avec les arduités économiques du pays, elle devient abondante. Désormais, une multitude d’hommes et de femmes de nationalités différentes envahissent la zone. Ce changement de donnée entre les détenteurs de capitaux et la main-d’œuvre demeure d’intérêt scientifique. Le fait d’avoir exercé dans cette zone, est un motif déterminant pour nous de porter à la connaissance de la communauté intellectuelle les réalités de cet espace économique.

C’est en 2000 que les premiers industriels s’établissent sur le site. Ils mettent en place les premiers établissements de recyclage de chaussures plastiques de la commune. Le succès réalisé dans cette aventure industrielle motive d’autres opérateurs à s’y établir. Dix ans plus tard, c’est-à-dire en 2010, outre l’indisponibilité d’espace pour l’implantation d’établissement industriel, il faut relever les facteurs tels que la crise électorale et l’épidémie ébola ont fortement influencé les activités de la zone. Pour mener cette étude, il faut élucider l’opinion sur : Comment la transformation du Sambracro redyna- mise les activités de la zone industrielle de Koumassi ? En d’autres termes, quelle est la méthode d’approvisionnement des usines en matières premières ? Quel est le processus de recyclage et de mercantilisation des chaussures plastiques, ses retombées et ses conséquences ? Le présent article vise à analyser l’essor des usines de chaussures plastiques et son impact pour Koumassi et l’État. La réponse du questionnaire, nous a amené à recueillir des informations orales avec les employés de la zone. Outre, la source orale, nous avons eu accès à internet. Afin de mieux appréhender les tendances étudiées, deux tableaux dont un sur le nombre d’employés de l’usine HYZ-PLAST et le second sur leurs rémunérations, et une figure des salariés de l’usine HYZ-PLAST ont été élaborés. La confrontation des informations recueillies permet de réaliser cet article à travers la présentation et les caractéristiques de la zone industrielle de Koumassi.

L’origine de la matière, la production et les circuits de commercialisation ainsi que les retombés de la zone et ses conséquences sont également analysées.

1. Présentation et caractéristiques de la zone industrielle de koumassi

Koumassi est l’une des communes les plus dynamiques d’Abidjan. Sa principale source économique est la zone industrielle. L’aperçu de cet espace économique donne une meilleure connaissance des acteurs de la production du site.

1. 1. Généralité

La zone industrielle de Koumassi s’étend sur 120 hectares9. Elle comprend certains types d’industries dont des huileries, des brasseries, des entreprises de fabrication de

3 Ensemble des communes représentées par Treichville, Marcoy, Port Bouët et Koumassi. Ceux sont les quartiers situés après le Plateau et qui sont reliés à celui-ci par les ponts Félix Houphouët Boigny et De Gaulle.

4 Cette commune possédait encore d’énormes disponibilités de terres et une main-d’œuvre bon marché.

5 Société Ivoirienne de Construction et de Gestion Immobilière.

6 Société pour la Gestion et le Financement de l’Habitat.

7 Grand bidonville de Koumassi, densément peuplé où règne l’insécurité, le manque de voie et l’électricité.

8 À cette époque, le pays est dynamique. Ce qui fait que l’Ivoirien méprise les métiers qui relèvent de l’emploi de la force physique. Ainsi, les Libanais quittent leurs usines jusqu’au bord des voies à la recherche d’ouvriers.

9 news.abidjan.net.ph/440509.html

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produits phytosanitaires et cosmétiques, des usines de transformations alimentaires, du bois, de fabrication de matériaux de construction et de chaussures plastiques10. Cependant, les usines de chaussures dominent l’activité industrielle de la zone.

1. 2. Les acteurs de la production

En Côte d’Ivoire, les acteurs industriels sont dominés par les étrangers ; et la zone industrielle de Koumassi n’échappe pas à cette réalité dont les activités sont contrôlées par les Libanais.

En effet, les Libanais s’installèrent dans la commune, avec insuffisamment de fonds pour l’activité de chaussures plastiques11. Les bénéfices acquis leurs permettent d’étendre leurs activités. De ce fait, la zone abrite de richissimes opérateurs libanais possédant d’importantes unités industrielles. C’est le cas des usines de : KH-PLAST, MJ-PLAST, HAS-PLAST, CH-PLAST, CB-PLAST, CHOES-PLAST, FIP-PLAST, ZH-PLAST, EVAC-PLAST, HZEN-PLAST12, HYZ-PLAST et EURO SCHOES13.

2. L’origine de la matière première, la production et les circuits de commercialisation

Les produits nécessaires à la réalisation des chaussures plastiques sont issus de sources diverses. Avant d’analyser le point de départ et les circuits de commercialisa- tion de cette production, un éclairage sur le produit majeur utilisé pour sa confection est impératif.

2. 1. La matière principale : Le Sambracro 2. 1. 1. Définition

Le Sambracro est un mot malinké désignant les chaussures détériorées. En outre, il s’apparente aux chaussures plastiques utilisées par la population dont l’usage n’est plus d’actualité. Ceux sont donc des chaussures prêtes à l’abandon. Pour éviter qu’ils ne constituent des questions environnementales à résoudre, pour des préoccupations lucratives, les opérateurs l’utilisent à des fins industrielles. Les usines s’approvisionnent en Sambracro via leurs partenaires nationaux et étrangers.

2. 1. 2. Les produits locaux

Les fournisseurs libanais sont étendus sur le territoire national. Cette chaîne suit de nombreuses étapes. D’abord, des acquéreurs possédant des vélos et des baluchons patrouillent les centres urbains et ruraux pour l’achat du produit. Son importance et les difficultés d’en disposer entraînent une amplification de la valeur du produit. Le prix national de la paire de chaussures est l’objet d’une inflation et passe de 10 à 25 f.cfa14. En possession de quelques sacs, ils les revendent aux demi-grossistes et grossistes de la ville. Lorsque la cargaison de ces derniers atteint vingt tonnes, ils sollicitent les Libanais pour évacuer la marchandise à Koumassi. La cherté du

10 A, TRAORÉ, 35 ans, broyeur, emballeur puis moteur dans de nombreuses usines de la zone industrielle de Koumassi de 2012 à 2014. Enquête réalisée le 13 novembre à la zone industrielle de Koumassi.

11 La plupart commence par l’achat et la vente de Sambracro. D’autres avec une machine de broyage et quelques employés.

C’est après avoir réalisé des profits qu’ils complètent leurs outils industriels.

12 Plast est l’abréviation de plastique.

13 S, DABRÉ, 36 ans, coupeur et trieur à HYZ-PLAST puis à Choco. Enquête réalisée le 5 octobre 2015 en face Choco.

14 S, DABRE, op. cit

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produit et l’arduosités d’approvisionnement amènent les Libanais à solliciter d’autres opérateurs, notamment les étrangers.

2. 1. 3. Les produits importés

Le Sambracro provient généralement du Mali et de la Guinée car ces deux pays ne disposent pas d’industries de transformation du produit. Néanmoins, les Libanais s’approvisionnent également via le Burkina Faso où le même type d’industrie existe avec cependant moins d’activités. Par ailleurs, les fournisseurs guinéens sont plus convoités en raison de l’abondance du produit et son prix relati- vement débile malgré la qualité du produit malien15. Dans ces pays, le mode de collecte et d’achat est identique à celui de la Côte d’Ivoire. À la différence, les grossistes sont des opérateurs libanais qui sont en contacts avec ceux de Koumassi. La possibilité de disposer de la matière première influence la production des chaussures.

2. 2. La production et les circuits de commercialisation

Le recyclage des chaussures plastiques obéit à des étapes variées. Après la production, elles sont acheminées aux partenaires nationaux et étrangers.

2. 2. 1. La production

Pour aboutir au produit fini qui est la chaussure plastique, le Sambracro suit huit étapes de trans- formations. D’abord, le groupe des trieurs, des broyeurs et des mélangeurs. Le produit une fois importé dans l’enceinte d’une usine, est déchargé et stocké dans le magasin destiné à cet effet. Les Marca16 servent au déchargement. Le premier maillon de la chaîne de confection est les trieurs. C’est à eux que reviennent la charge de débarrasser le produit d’éléments ferreux et autres dont les broyeuses17 ne peuvent traiter. Ces éléments sont autant nuisibles pour la sécurité de celles-ci. En plus de ce labeur, ils font le tri et classent le Sambracro en fonction des types de godasses18 à réaliser. Le produit une fois trillé et classé est mis à la disposition des broyeurs. Ils sont les seconds ouvriers à participer au recyclage des chaussures. C’est la tâche la plus pénible de la chaîne de fabrication19. Le broyage se fait à l’aide de machines. Après eux, les mélangeurs sont invités à intervenir. Le mélange consiste à composer le produit nécessaire en fonction des modèles de chaussures à réaliser et à débarrasser la matière des impuretés20. C’est une mission délicate car le respect des quantités est recommandé pour la qualité du produit21. Une fois cette norme est ignorée, les semelles issues des rotatives présentes d’énormes défaillances. Par conséquent, elles sont renvoyées au broyage pour une nouvelle décomposition. Ce

15 Idem

16 Ethnie originaire du Mali qui est spécialisée dans les travaux qui relèvent de l’emploi de la force physique. Ils sont des déchargeurs, pousseurs d’engins de marchandises à travers les outils appelés communément en Côte d’Ivoire wôtro ou encore des gardiens d’usines.

17 Puissantes machines servant au broyage du produit.

18 Il y’a des Sambracro appelés transparents qui servent à la fabrication de chaussures de meilleure qualité, donc plus onéreux.

D’autres par contre servent à la fabrication de chaussures de moindres valeurs, moins dispendieux qu’on appelle également Sambracro car sa confection ne fait appelle à aucun autre produit extérieur autre que le produit ayant servi à sa confection.

19 S, CAMARA, 26 ans, moteur, Entretien réalisé le 16 novembre 2015 en face d’EURO SCHOES.

20 Poussière, débris de fer.

21 Par exemple, pour les chaussures transparentes, il faut deux sceaux de transparents et un sceau de Sambracro. Contrai- rement aux chaussures Sambracro, l’on prend parfois deux sceaux de Sambraco contre un sceau de transparent ou même souvent tous les trois sceaux sont du Sambracro. Par ailleurs, l’on doit distinguer les transparents pour brides qui servent à la confection des tiges de chaussures et les transparents pour semelles. Les transparents pour brides ne sont l’objet d’aucun mélange avec le Sambracro. Ces deux types de transparents sont traités par différents types de machines.

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cas de force majeure constitue des dommages majeurs pour les opérateurs quant au rendement, le salaire des ouvriers et la consommation électrique. C’est pourquoi, à ce niveau le contrôle est rigoureux.

Dans la plupart des cas, l’on distingue les mélangeurs de brides et de semelles. En somme, le lieu d’exercice pour ces trois catégories d’ouvriers est dépourvu de filtre à air, ce qui fait que la canicule et la poussière rendent extrêmement pénibles le métier.

Ensuite, les mélangeurs alimentent les machines rotatives ou à brides22. Ces machines produisent les semelles ou les tiges23 en fonction de moules24. Les semelles et les tiges produites sont acheminées aux plongeurs. La plonge sert à donner un éclat à la qualité des produits. Les sérigraphes suivent la chaîne en marquant une étiquette servant de marque pour la chaussure.

La sérigraphie porte son emprunt à la fois sur les semelles et les tiges. C’est la branche d’activité qui cumule les femmes. Enfin, l’étape du montage et des emballeurs. Les monteurs sont les ouvriers à qui reviennent la charge d’installer les tiges sur les semelles25 tout en respectant les critères établis26. Le montage et l’emballage sont deux activités intimement liées car le montage est immédiatement suivi de l’emballage. Cette paire de travailleurs à la différence des autres, est rémunérée au rendement27. C’est pourquoi, ils sont les plus motivés des employés. Les godasses une fois emballées constituent l’ultime étape de sa réalisation et sont considérées comme produits finis prêts à être évacués sur le marché.

Le rôle de chaque intervenant est indispensable dans le recyclage des chaussures. Cependant, le dysfonctionnement d’une catégorie paralyse la chaîne entière. Le métier de l’usine est hiérarchisé. À la tête de l’entreprise se trouve l’opérateur28 et de son administrateur29. Chaque section de salariés à son chef, qui sont en parfaite communication avec le gérant de l’usine. Très souvent, en fonction de la densité de leurs activités, des usines disposent des agents comptables aux compétences définies. En dehors de ce personnel lettré, l’établissement compte de multiples techniciens. Le nombre d’employés varie d’une usine à l’autre selon les débouchés. Certains établissements ont des activités constantes toute l’année contrairement à d’autres qui connaissent continuellement des baisses d’activités.

2. 2. 2. Le marché national

Le marché national concerne la consommation intérieure ivoirienne. La zone de Koumassi produit en quantité considérable les chaussures féminines. Les nationaux sollicitent sa production. En effet, à l’aurore, les puissants établissements approvisionnent les commerçants grossistes d’Adjamé30. Ceux qui disposent moins de fonds s’associent et acheminent un véhicule pour ce centre commercial.

C’est auprès de ces grossistes que les revendeurs de l’intérieur s’approvisionnent et les mettent à la

22 Ceux sont de puissantes machines capables de fonctionner toute l’année sans interruption.

23 Partie de la chaussure qui enveloppe la cheville, la jambe.

24 Corps solide creux et façonné, destiné à recevoir une matière pâteuse plus ou moins fluide pour lui donner une forme qu’elle conservera en se solidifiant in Dictionnaire UNIVERSEL, 2015, Hachette, imprimé en Inde, p 835, 1555P.

25 Il existe trois catégories de semelles. Les semelles des enfants appelées bébé (partent du numéro 20 à 30), les semelles d’adolescents qu’on appelle moyen (partent du numéro 31 à 37) et les semelles d’adultes qui se nomment grand (partent de 38 à 42). Ces numéros reflètent le cas général, mais ils peuvent néanmoins connaître des mutations en fonction de la moule ou de la nature de chaussures à confectionner.

26 Les tiges et les semelles sont montées en fonction du numéro et de la marque de la chaussure, tout en respectant le critère de droite et de gauche. A ce niveau aucun dérapage ou erreurs n’est toléré. Car après cette étape, le produit est écoulé sur le marché. Lorsqu’une imperfection est découverte, cela impact sur le rendement de l’usine.

27 Les autres sont rémunérés en shift de 8 ou 12 heures.

28 Il n’est pas en contact avec les travailleurs.

29 Il est généralement libanais.

30 Quartier commercial le plus important d’Abidjan.

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disposition des détaillants de l’hinterland du pays. Cependant, les partenaires ivoiriens ne sont pas les seuls à solliciter les produits de la zone.

2. 2. 3. Le marché extérieur

Les opérateurs industriels de Koumassi bénéficient d’un important marché de consommation exté- rieur. Ils alimentent en très grande quantité la Guinée, le Mali et le Niger. Certains alimentent le Ghana et le Togo31. Pour approvisionner ce marché, une remorque utilitaire de trente tonnes fait le tour des usines sélectionnées pour la commande. Une fois la cargaison atteinte, elle prend la direction du pays concerné.

En somme, la qualité des chaussures issues de la zone fait qu’elle est convoitée par les commerçants ivoiriens et étrangers. L’ampleur de l’activité et les acteurs qui interviennent dans son fonctionnement redynamisent le secteur et engendrent des retombées majeures pour la commune et l’État ivoirien.

3. Les retombées de la zone et ses conséquences

L’activité de l’industrie des chaussures plastiques a des effets considérables pour la population, l’État et la commune qui l’abrite. Cependant, le recyclage des déchets de chaussures plastiques entraine des risques et des accidents professionnels.

3. 1. La main-d’œuvre

Le meilleur fonctionnement de l’industrie nécessite la disponibilité de la main- d’œuvre. En cette question, Koumassi a un avantage indéniable du fait qu’elle est l’une des communes les plus peuplées d’Abidjan32. Ces usines favorisent l’équilibre du chômage et du taux de délinquance. La main-d’œuvre issue du métier dans sa pluralité est analphabète et étrangère. Cependant, les nationaux et même des étu- diants33 prennent part à l’activité. En voici, un bilan des travailleurs de HYZ-PLAST.

Tableau 1 : Nombre d’employés de l’usine HYZ-PLAST.

Catégories de travailleurs Nombre

Trieurs 10

Broyeurs 09

Mélangeurs 11

Machinistes (presses et rotatives) 56

Chefs de sections (équipes) 9

Vigiles 3

Total des travailleurs 98

Source : Enquête réalisée par A, TRAORÉ.

Sur les 98 employés, les machinistes sont les plus abondants car tout le monde ne peut exercer cette fonction. Ils sont très sollicités par les établissements de chaussures car cette catégorie d’ouvriers

31 M, OUATTARA, 26 ans, trieur, enquête tenue le 22 octobre 2017 au Campement (Cité Houphouët Boigny).

32 Population estimée à 300.000 habitants in www.abidjan.district.ci/index2.php?page=com

33 En 2012, quatre étudiants dont un du niveau BAC+4, deux avaient un BAC+2 et le dernier était en L1 d’anglais exerçaient à l’usine HYZ-PLAST.

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répond à une formation spécifique. Ils forment un groupe de trois, de 20 personnes (18 pour les rotatives repartis en 8 heures par jour) et 2 ouvriers pour les presses. Comme les machinistes, les mélangeurs forment également un ensemble de trois, dont 3 mélangeurs qui alimentent les 6 rotatives pendant 8 heures. Ils exercent en fonction des rotatives. C’est pourquoi, lorsqu’il y’a une baisse ou une hausse au niveau des machines, cela impact le nombre de mélangeurs en activité. Deux autres mélangeurs travaillent 12 heures chacun. Ils sont chargés d’alimenter les engins de presse. Les trieurs exercent seulement le jour avec 7 broyeurs. La nuit, deux broyeurs traitent les déchets restants et surtout les carottes34. Un vigil exerce la nuit contre deux la journée. Les chefs d’équipes au nombre de 9 veuillent au meilleur fonctionnement de l’usine. Il y’a une équipe qui exerce le jour et le second la nuit. La figure en dessous nous permet de mieux visualiser ces tendances.

Figure 1 : Les employés de l’usine HYZ-PLAST.

Les machinistes dominent la série car pour bénéficier d’un produit de meilleure qualité, il faut engager le maximum de techniciens de machines. Les charges sont définies entre eux. En règle générale, un, est chargé de contrôler le mouvement de la machine, l’autre pour tailler et débarrasser les semelles des imperfections et le dernier pour le classement de celles-ci35. Cependant, une même machine peut produire plusieurs modèles de chaussures concomitamment. Toutes ces tâches expliquent le nombre pléthorique de machinistes. Les vigiles et les chefs d’équipes sont peu abondant car leurs fonctions ne nécessitent ni d’efforts, ni de tâches particulières. Le nombre de trieurs, de broyeurs et de mélangeurs est sensiblement égal. Il est fonction d’engins en activités. En outre, plus les machines en mouvement sont nombreuses plus la commande est conséquente et davantage les ouvriers sont sollicités. Par ailleurs, la confection de chaussures plastiques nécessite l’emploie de femmes. Elles participent aux travaux qui nécessitent moins de débauche énergétique et elles sont pour l’ensemble déscolarisées.

En outre, la main-d’œuvre provient surtout des quartiers défavorisés densément peuplés de Koumassi

34 Déchets (semelles ou tiges présentant des déformations donc de mauvaises qualités) issus des machines rotatives ou de presses.

35 Pour équilibrer le travail, ces derniers s’échangent les rôles chaque 2 heures durant les 6 heures.

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dont Campement, quartier divo et 32. Elles peuvent néanmoins venir de Sans fil36. L’origine de la main- d’œuvre et de son ignorance des droits salariaux influencent ses revenus.

3. 2. Les salaires

Comme l’exige le droit du travail, l’exercice d’une fonction recommande une rémunération salariale.

La question que l’on se pose est de savoir si cette paie est proportionnelle à l’exercice accompli ? Pour ce qui est de l’ensemble des travailleurs des usines de fabrication de chaussures plastiques de la zone industrielle de Koumassi, ils dénoncent les conditions salariales de leurs employeurs. Pour mieux comprendre les données salariales de ces employés, revenons au cas des employés de HYZ-PLAST.

Tableau 2 : Rémunération des employés de HYZ-PLAST.

Catégories de travailleurs Paie en shift de 8 heures en F.CFA Paie total journalière de l’ensemble des travailleurs de la catégorie en considérant le tableau 1 en F.CFA.

Trieurs 2.800 28.000

Broyeurs 2.800 25.200

Mélangeurs 2.800 30.800

Machinistes 2.800 156.800

Total - 240.800

Source : Enquête réalisée par A, TRAORÉ.

Les quatre catégories de salariés cumulent une paie journalière de 240.800 F.CFA. Cette rému- nération est insignifiante eu égard au gain journalier de l’entreprise qui s’estime à plusieurs millions de F.CFA. Tous les employés ont 2.800 F.CFA en 8 heures. Les broyeurs ont 25.200 F.CFA tandis que les mélangeurs perçoivent 30.800 F.CFA le jour. Il faut dire que les broyeurs sont moins nombreux malgré l’arduosités de leur métier. Ils exercent avec de puissants engins dont la vitesse de rotation est très élevée. Le mouvement des rotatives37 ne peut être comparable à celui des broyeuses, ce qui accentue la rigueur du travail. Les trieurs ont 28.000 F.CFA car sont un de plus que les broyeurs et un de moins que les mélangeurs. En outre, le triage est un métier spécifique nécessitant à la fois la célérité et le trie en fonction des types de chaussures à réaliser. C’est la clé du processus de recyclage de la chaussure. Une machine rotative engage en moyenne 3 employés en 8 heures, c’est dire qu’elle néces- site 9 employés en 24 heures. Le nombre d’ouvriers qu’elle emploie l’oblige à décaisser 156.800 F.CFA pour leur paie journalière. Nonobstant, ce salaire dérisoire, l’usine HYZ-PLAST demeure l’une des usines de fabrication de chaussures plastiques qui adopte une tarification sensiblement raisonnable.

Comparativement à EURO SHOES où les moteurs peinent à percevoir 3.000 F.CFA le jour, ceux de HYZ-PLAST obtiennent plus du double de cette paie38. Quant aux trieurs, leur paie est supérieure à celle de Choco car rémunérés à 2.600 F.CFA le jour39. Elle emploie trois travailleurs pour les rotatives contre deux pour plusieurs usines de la zone dont EURO SHOES40. De même à HYZ-PLAST, la rémunération est régulière et constante contrairement à d’autres usines où les travailleurs ne perçoivent ni la totalité

36 Sous quartier de Marcory.

37 Machines de production de semelles dont les mélangeurs alimentent en produits nécessaires à la fabrication des chaussures.

38 M, OUATTARA, op. cit.

39 S, DABRÉ, op. cit

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de leur paie, ni dans le délai requis. En dépit de ces comparaisons salariales, l’ensemble des usines doivent adopter une rémunération raisonnable car la profession d’usine est délicate en raison de ses arduités et les risques41 du métier.

3. 3. Pour l’État et la commune de Koumassi

La zone de Koumassi est une véritable opportunité pour la puissance publique42. Elle désengage l’État de sa charge de création d’emplois et contribue à réduire le vol, la criminalité et la délinquance dans une commune où ces maux sont accentués. Elle utilise à grande échelle l’énergie électrique et l’eau. Ce qui permet à l’État de renflouer ses finances et de réaliser ses projets d’extension du pays. Les usines répondent à leurs obligations fiscales de même qu’une société exerçant une activité mercantile.

À la Mairie, elle obéit à ses charges fiscales car présent au sein d’une circonscription communale.

Ce qui permet aux autorités municipales de participer à l’épanouissement socioéconomique de la commune. Pour la population, c’est un soulagement de disposer de tels aménagements car réduit les distances et les efforts consentis pour l’acquisition d’emplois. Quant aux opérateurs, à travers ces activités, ils réalisent des revenues conséquentes. Nonobstant ces atouts, l’activité des chaussures plastiques n’est pas sans conséquences.

3. 4. Risques et accidents de travail incessants

En Côte d’Ivoire, les limitent de l’État sont très perceptibles dans la création d’emplois notamment à Koumassi. Ainsi, pour des ambitions lucratives, une couche majeure de la population de cette commune se trouve dans l’obligation de s’aventurier dans des projets indépendants de sa volonté aux risques divers. En outre, nombreux sont ceux qui vont à la zone pour se procurer les ressources dont ils ont besoin pour réaliser leurs projets43. En dépit du gain pécuniaire, les ouvriers sont soumis à d’énormes risques car épargnés de toutes mesures de sûreté. En effet, face aux installations anarchiques d’élec- tricité, la main-d’œuvre exerce sans outil préventif comme le cache-nez, les chaussures de sécurité et les chasubles ou tenues de sécurité. Ce qui occasionne de récurrents accidents de travail à la zone, particulièrement dans les usines de fabrication de godasses plastiques. Les conditions sanitaires44 sont également ignorées. Les raisons évoquées expliquent certes ces accidents, mais il ne faut pas négliger l’analphabétisme45 de la majorité des employés et le déficit de formation ou de stage antérieur des ouvriers. Le manque de suivi et l’inexistence de syndicats ou de collectifs de travailleurs sont l’une des causes. Toutes ces insuffisances exposent les salariés à des accidents de travail46. Face à ces conjonctures, les usines se désengagent entièrement des charges, livrant le patient à la merci de sa famille sous le regard inactif des autorités.

41 Les ouvriers travaillent aux risques de leur vie avec de récurrents accidents de travail (machines qui sectionnent la main ou doigts des travailleurs).

42 État

43 Certains vont à la zone à la recherche de fonds de commerce, d’autres pour le solde du permis, d’autres encore pour subvenir à leur subsistance quotidienne et disposer de moyens nécessaires au financement d’un concours. Ce dernier cas de figure concerne les étudiants et diplômés.

44 Manque de suivi médical (ni de vaccination contre des maux tel que le tétanos) et de mise à la disposition des travailleurs des produits alimentaires comme le lait pour les débarrasser des effets de la poussière.

45 Les travailleurs sont victimes de préjugés et de manque de considération.

46 Certains ont des membres supérieurs amputés et d’autres victimes de graves séquelles.

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CONCLUSION

La zone industrielle de Koumassi est un espace économique majeur pour la commune qui l’abrite et l’État de Côte d’Ivoire. Les opérateurs libanais dominent ses activités notamment celle de chaussures plastiques. Le principal produit nécessaire à sa confection demeure le Sambracro. Elle alimente un important circuit commercial. Son rayonnement influence les pays voisins qui sont à la fois les fournis- seurs de matières premières et les consommateurs de produits finis.

La transformation du produit obéit à de multiples étapes. Ce qui fait qu’elle emploie une main-d’œuvre prolixe. En outre, les employés qui fournissent des efforts considérables dans de conditions à risques perçoivent de misérables salaires contrairement aux opérateurs qui s’octroient des bénéfices énormes.

Cette conjoncture de dépendance économique pourra telle s’atténuer ou prendre fin eu égard des écarts qui se profilent entre création d’emplois et le taux de chômage à Koumassi ?

SOURCES

1. Instrument de travail

Dictionnaire Universel, 2015, Hachette, Inde, 1555P.

2. Sources orales

N u m é r o s

d’ordres Noms et prénoms Ages statuts Dates, lieux et objets de l’entretien 1 BADAOGO Moussa 39 ans Broyeur Le 10 octobre 2017, l’usine HYZ-PLAST nous

a servis de cadre de concertation relatif à la masse salariale des broyeurs.

2 BAGAYOKO Ibrahim 33 ans Trieur Le 13 octobre 2017, l’usine HYZ-PLAST nous a servis d’espace d’échange. Il nous a instruis sur les conditions du métier de trieur.

3 CAMARA Souley-

mane 26 ans Moteur

Entretien réalisé le 16 novembre 2015 en face d’EURO SCHOES. Camara Souleymane nous a renseignés sur le processus de montage et d’emballage des chaussures plastiques.

4 DABRÉ Souleymane 36 ans Trieur Le 5 octobre 2015 en face Choco, nous avons échangé sur les arduosités du triage et du broyage.

5 KONATÉ Mohamed 45 ans Chef de section

Le 13 octobre 2017, l’usine HYZ-PLAST nous a servis de lieu de concertation où nous avons échangé sur les étapes de la fabrication des godasses.

6 KONÉ Mamadou 29 ans Mélangeur de presse

Le 12 octobre 2017, l’usine HYZ-PLAST nous a servis de cadre de débats. Les échanges étaient axés sur les différences entre les corps de mélangeurs.

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7 KONÉ Mamadou 41 ans Broyeur

Le 10 octobre 2017, l’usine HYZ-PLAST nous a servis de lieu d’entretien. Il nous renseigne sur le processus de fabrication des chaussures plastiques.

8 THIO Sylvain 27 ans Trieur Enquête tenue le 20 octobre 2017 à la zone

industrielle de Koumassi sur la définition, l’origine et le prix du Sambracro.

9 TOURÉ Ismaël 32 ans Moteur Le 17 novembre 2015 à la Zone industrielle de Koumassi, cet enquêté s’est appesanti sur le fonc- tionnement des usines EURO SHOES et de Choco.

10 TRAORÉ Assana 30 ans E m b a l -

leuse

Entretien réalisé le 10 novembre 2015 en face d’EURO SCHOES. Elle fut très importante dans l’acquisition des données sur les moteurs et les emballeurs.

11 TRAORÉ Ahmed 30 ans Chef de la

section féminine

Le 2 décembre 2015 à la zone industrielle de Koumassi, TRAORÉ Ahmed nous a expliqué l’origine de la matière première nécessaire à la fabrication des chaussures et des conséquences qui en découlent.

12 TRAORÉ Lacina 33 ans Trieur

Le 2 décembre 2015 à la zone industrielle de Koumassi, ce trieur nous a instruis sur les horaires, la masse salariale et le nombre d’employés de HYZ-PLAST.

13 ZÉZÉ Zepré 28 ans Moteur

Entretien réalisé le 10 novembre 2015 en face d’EURO SCHOES sur les débouchés de la matière première issue de l’activité des usines et les risques du métier.

3. Documents numériques

https : //fr.wikipedia.org/wiki/Abidjan consulté le 10/06/2017 https : //fr.wiki.voyage.org/wiki/Abidjan consulté le 10/06/2017 https://www.google.ci/?gws-rd=ssl consulté le 12/06/2017

www.abidjan.district.ci/index2.php?page=com§num=8 consulté le 12/06/2017

www.linfordrome.com/societe-culture/28.201-zone-industrielle-de-koumassi-300-employ consulté le 14/06/2017

news.abidjan.net.php/440509.html consulté le 15/06/2017

Références

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