Apprentissage supervisé Approches basées sur un modèle.
Master MAS de Bordeaux
2021-2022 Marie Chavent
Introduction
I On a vu dans le chapitre précédent que la règle de classification de Bayes s’écrit :
g(x) = argmin
`∈{1,...,K}
K
X
k=1
Ck`P(Y =k|X=x)
= argmax
`∈{1,...,K}P(Y =`|X =x) (si coût 0-1)
I Lesapproches basées sur un modèleconsistent àapprendre la loi deY sachant X pour en déduire ensuite la règle de classificationg.
I Exemples : analyse discriminante linéaire et quadratique, bayésien naïf, régression logistique.
I L’approche directeconsiste à apprendre directement la loi deY sachantX. Par exemple en régression logistique :
P[Y = 1|X =x]= exp(XTβ) 1 +exp(XTβ) oùβest estiméà partir des données d’apprentissage.
I L’approche indirecteutilise la formule de Bayes
P(Y =k|X =x)= f(x|Y =k)P(Y =k)
P
Kj=1f(x|Y =j)P(Y =j) .
Il suffit alors d’apprendre laloi deX sachantY etla loi deY. Par exemple en analyse discriminantef(x|Y =k) est gaussienne etles paramètres sont estimésà partir des données d’apprentissage.
Plan
1. Analyse discriminante linéaire et quadratique.
2. Bayésien naif.
3. Régression logistique.
Analyse discriminante linéaire et quadratique
I X ∈Rp etY ∈ {1, . . . ,K}
I Ensemble d’apprentissage (Xi,Yi),i= 1, . . . ,n
I Hypothèseparamétrique gaussienneX|Y =k∼ N(µk,Σk) : f(x|Y =k) = 1
(2π)p/2|Σk|1/2exp(−1
2(x−µk)TΣ−1k (x−µk)) I Paramètres inconnus{µk,Σk}etπk=P(Y =k), pourk= 1, . . . ,K.
I Paramètres inconnus à estimer :
θ= (π1, . . . , πK, µ1, . . . , µK,Σ1, . . . ,ΣK).
I Log-vraissemblance de l’échantillon (X1,Y1), . . . ,(Xn,Yn)
`(θ) = log
n
Y
i=1
fX,Y(xi,yi)
=
n
X
i=1
log (πyif(xi|Y =yi))
=
K
X
k=1
nklog(πk) +
K
X
k=1
X
i:yi=k
log (f(xi|Y =k))
I Estimateurs du maximum de vraissemblance :
b
πk= nkn,
b
µk=1 nk
X
i:yi=k
xi
b
Σk= 1 nkX
i:yi=k
(xi−
b
µk)(xi−b
µk)TI Règle de classification de Bayes (coût 0-1) : g(x) = arg max
`∈{1,...,K}P(Y =`|X=x)(approche directe)
= arg max
`∈{1,...,K}
f(x|Y =`)P(Y =`)(approche indirecte)
= arg max
`∈{1,...,K}
log [f(x|Y =`)] + log [P(Y =`)]
I Avec l’hypothèseparamétrique gaussienneon obtient (à montrer) : g(x) = arg max
`∈{1,...,K}
Q`(x) (1)
avec
Q`(x)=−1
2log|Σ`| −1
2(x−µ`)TΣ−1` (x−µ`) + log(π`) (2) I Q`est appelléefonction discriminante quadratique.
I -2Q`est appellée dans SAS ladistance de Mahalanobisgénéralisée entrexetµ`.
I Lafrontière de décisionentre deux classesket`est décrite par une équation quadratique enx{x:Qk(x) =Q`(x)}
On suppose maintenant queΣk= Σpour toutk= 1, . . . ,K.
I Avec l’hypothèsed’égalité des matrices de covarianceon obtient (à montrer) : g(x) = arg max
`∈{1,...,K}
L`(x)
avec
L`(x) =xTΣ−1µ`−1
2µT`Σ−1µ`+ log(π`) (3) I L`est alors appelléefonction discriminante linéaire.
I L’estimateur du maximum de vraisemblance de Σ est lamatrice de covariance intra-groupedéfinie par :
Σ
b
=1 nK
X
k=1
nkΣ
b
kI Lafrontière de décisionentre deux classesket`est décrite par une équation linéaire enx {x:Lk(x) =L`(x)}
Cas particulier de laclassification binaireoùK= 2.
I Lescore de Fisherest définit par :
∆(x) =L1(x)−L2(x)
=xTΣ−1(µ1−µ2)−1
2(µ1+µ2)TΣ−1(µ1−µ2) + log(π1
π2
).
Ce score est une fonction linéaire enx.
I On affectexà la classe 1 si ∆(x)≥0, sinon on affectex à la classe 2.
I Laprobabilité à posteriorid’appartenir à la classe 1 est une fonction logistique du score de Fisher :
P(Y = 1|X=x) = exp (∆(x)) 1 + exp (∆(x))
On suppose maintenant que Σk= Σ et queP(Y =k) = 1/Kpour toutk= 1, . . . ,K.
I Avec cette hypothèse supplémentaire desprobabilités à priori égaleson obtient (à montrer) :
g(x) = arg min
`∈{1,...,K}
D`(x)
avec
D`(x) = (x−µ`)TΣ−1(x−µ`) (4) I D`(x) est le carré de la distance de Mahalanobis (métrique Σ−1) entrex et le
centreµ`de la classe`.
I On affecte alorsx à laclasse la plus proche.
I On parle derègle géométrique de classement.
En résumé:
I QDA (Quadratic Discriminant Analysis) : g(x) = arg max
`∈{1,...,K}
Q`(x)
oùQ`définie en (2)
I LDA (Linear Discriminant Analysis) : g(x) = arg max
`∈{1,...,K}
L`(x)
oùL`définie en (3)
I Qk(x) ou encoreLk(x) mesurentun score d’appartenance aux classes, I Lesprobabilités à posteriorides classes se calculent de la manière suivante :
P(Y =k|X=x) = exp (Qk(x))
P
K`=1exp (Q`(x)) en QDA
= exp (Lk(x))
P
K`=1exp (L`(x)) en LDA
Bayésien naïf
Les variables d’entréesX = (X1, . . . ,Xp) sontquantitatives ou qualitativeset Y ∈ {1, . . . ,K}.
I Hypothèse d’indépendancedes variablesX1, . . . ,Xpconditionnellement àY :
f(x|Y =k) =
p
Y
j=1
fj(xj|Y =k),
oùfj(xj|Y =k) est la notation utilisée ici pour désigner de manière unifiée : I la densité conditionnelle deXjsachantY=ksiXjcontinue,
I la probabilité conditionnelle deXjsachantY=ksiXjdiscrète.
I L’approche indirect donne :
g(x) = arg max
`∈{1,...,K}
π`f(x|Y =`)
= arg max
`∈{1,...,K}
π` p
Y
j=1
fj(xj|Y =`).
I LesKparamètresπ`et lesp×K lois conditionnellesfj(xj|Y =k) sont à
I Si la variableXj est qualitativeà valeurs dansMj, on estime les probabilités conditionnellesfj(xj|Y =k) par les fréquences dans la classek des modalités xj∈ Mj:
ˆfj(xj|Y =k) =
P
i:yi=k1Xj i=xj
nk
.
I Si la variableXj est quantitativeà valeur dansR:
- On peut supposer uneforme paramétriquepourfj(xj|Y=k) et estimer les paramètres par maximum de vraissemblance. Par exemple
ˆfj(xj|Y=k) = 1
p
2πσˆ2kj exp− 1
2ˆσkj2(x−µˆkj)2
où ˆµkj est la moyenne empirique et ˆσkj2 est la variance empirique corrigée de la variableXjdans la classek.
- On peut aussi estimerfj(xj|Y=k) de façonnon paramétriqueà l’aide d’un histogramme ou d’un estimateur de densité à noyau.
I L’hypothèse d’indépendancedes variablesX1, . . . ,Xpconditionnellement àY est généralementfausse.
I Pourtant cette approche est très courante :
- car elle est simple, rapide et fonctionne pour une variable de sortie non binaire, et des variables d’entrées de type quelconque.
- elle permet de traiter des données de grande dimension.
Régression logistique
Les variables d’entrées sontquantitatives ou qualitativesetY ∈ {0,1}.
I Les variablesqualitativessont recodées par lesindicatrices des modalitéset X = (X1, . . . ,Xp)∈RpavecXjquantitative ou binaire.
I En régression logistique, on s’intéresse àla loi deY sachantX qui est uneloi de Bernoullide paramètrepavec :
P(Y = 1|X=x) =p P(Y = 0|X=x) = 1−p
I On fait l’hypothèse que la probabilitép=P(Y = 1|X=x) est unefonction logistiqued’unscore linéaire
β0+β1x1+. . .+β1xp∈R et la fonction logistiquef :R→[0,1] est définie par :
f(u) = exp(u) 1 + exp(u).
I On modélise donc laprobabilité à posteriorippar :
P(Y = 1|X=x) =
exp(β0+
P
p j=1βjxj) 1 + exp(β0+P
pj=1βjxj) I Lescore linéaireest alors :
β0+
p
X
j=1
βjxj=f−1(p) = log p 1−p. La fonctionf−1est appeléefonction logitavec :
logit(p) =log p 1−p.
I Paramètres inconnusestimés par maximum de vraisemblance : (β0, . . . , βp).
I Log-vraissemblance(conditionnelle) de l’échantillon (X1,Y1), . . . ,(Xn,Yn)
`(β0, β1, . . . , βp) = log
n
Y
i=1
P(Yi=yi|Xi =xi)
= log
n
Y
i=1
pyii(1−pi)1−yi
avec
pi=P(Yi= 1|Xi=xi) =
exp(β0+
P
p j=1βjxij) 1 + exp(β0+P
pj=1βjxij).
I L’estimateur du maximum de vraissemblancedeβn’apas de forme explicite. Les logiciels utilisent donc des algorithmes d’optimisation pour estimer les
paramètresβ0, . . . , βp sur les données d’apprentissage.
I L’algorithme souvent utilisé est celui deNewton-Raphsonqui est uneméthode itérativede type gradient basée sur la relation suivante :
β(t)=β(t−1)− ∂2`(β)
∂β∂βT
β(t−1)
!
−1∂`(β)
∂β
β(t−1)
oùβ= (β0, . . . , βp).
I Larègle de classificationg affecte alors une nouvelle observationxà la classe 1 si
p=
exp( ˆβ0+
P
p j=1βˆjxj) 1 + exp( ˆβ0+P
pj=1βˆjxj) est supérieur à 0.5. Elle est affectée à la classe 0 sinon.
La régression logistique peut s’étendre au cas declasses multiples. On parle alors de régression logistique multinomiale.
I On a maintenantY ∈ {1, . . . ,K}et on noteX= (1,X1, . . . ,Xp).
I Le modèle prend la forme
log P(Y =1|X =x) P(Y =K|X =x)=xTβ1
log P(Y =2|X =x) P(Y =K|X =x)=xTβ2
.. .
logP(Y =K−1|X=x)
P(Y =K|X =x) =xTβK−1
avecβ1, . . . , βK−1des vecteurs deRp+1.
I LesK−1 vecteursβksontestiméspar maximum de vraisemblance sur les données d’apprentissage.
I Lesprobabilités à posteriorisont alors :
P(Y =K|X=x) = 1 1 +
P
K−1`=1 exp(xTβ`)
P(Y = 1|X=x) = exp(xTβ1) 1 +
P
K−1`=1 exp(xTβ`) ..
.
P(Y =K−1|X =x) = exp(xTβK−1) 1 +
P
K−1`=1 exp(xTβ`)
I Larègle de classificationg affecte alors une nouvelle observationxà la classe la plus probable à posteriori.
Exemple :p= 2,K= 3 classes
Comparaison avec l’analyse discriminante linéaire.
Régression logistique (à gauche) versus LDA (à droite).