Texte Action École Émancipée
« Nos idées sont dans toutes les têtes » Antonio Gramsci
Le début de l'année 2014 aura été marqué politiquement par une percée sans précédent de l'extrême droite aux élections en France. D'abord par un bond en avant aux municipales avec 15 mairies et près de 1 500 conseillers municipaux puis, avec les 25 % et la première place du FN aux élections européennes. Certes, l'abstention était énorme - culminant à 57 % aux européennes - mais cela relativise alors le score de tous les partis. De plus, la sociologie nouvelle du vote FN a de quoi nous interpeller puisqu'il arrive en tête chez les jeunes et chez les ouvriers qui vont voter. Cela interroge tout le mouvement syndical sur la porosité de ce vote chez les salarié-e-s voire chez certain-e-s syndiqué-e-s. Les responsabilités des gouvernements Ayrault puis Valls, leurs trahisons et reniements, leur conversion officielle à l'ultra-libéralisme, leur politique d'austérité, leur destruction des droits des salarié-e-s et des services publics, leur soumission sans concession aux desiderata du patronat, expliquent en partie cette situation ; d'un autre côté, la droite a du mal à s'opposer à une politique qu'elle aurait elle-même menée et elle se trouve empêtrée dans ses affaires et son clientélisme. Cela donne à de nombreux-ses salarié-e-s une impression du « tous pourris, tous menteurs » qui les mène d'abord à l'abstention et, pour une partie de la classe ouvrière, au vote FN.
Celui-ci est bel et bien le premier parti chez les ouvriers mais aussi… chez les moins de 25 ans.
Voilà qui doit nous inquiéter.
En effet, le monde syndical n'est plus imperméable aux idées du FN. On sait qu'il y a des délégués syndicaux qui ont affiché leurs idées FN et qui ont été légitimement exclus pour la plupart de leurs organisations syndicales. Dans le sondage IFOP pour l'Humanité (échantillon de 3 373 personnes) au sujet des élections européennes de mai 2014, les chiffres des votants pour le FN dans les rangs syndicaux augmentent par rapport à une enquête de VISA similaire il y a deux ans : 33 % dans les rangs de FO, 27 % chez Solidaires, 22 % à la CGT, 17 % au sein de la CFDT, (la FSU n'apparait pas car la question n'a pas été posée), ce qui n'a rien de rassurant. Il est donc plus que temps de réagir : il faut poursuivre et élargir le travail intersyndical entrepris depuis le 29 janvier dernier, de déconstruction du discours du FN. Mais cela ne doit pas rester un travail entre militant- e-s. Il faut populariser nos travaux et nos idées le plus largement possible ! Ils doivent irriguer toute notre intervention et occasionner des interventions spécifiques (le soutien aux lycéens sans papiers, par exemple, permet une présence visible du SNES et de la FSU, et d’autres syndicats pour contrer de façon concrète la banalisation des idées d’extrême droite. Elle permet aussi de redonner aux collègues la fierté de se mobiliser pour une action dont on peut mesurer assez vite le résultat à travers la régularisation des jeunes).
De ce point de vue, la grève Fonction Publique du 15 mai dernier si elle n'a pas été massive, n'a pas non plus été un échec. Elle était nécessaire dans la mise en place d'une riposte unitaire face au « Pacte de responsabilité » et à son corollaire, la poursuite du blocage des salaires. C'était d'au- tant plus important qu'il nous faut aussi reprendre la rue à la droite réactionnaire et à l'extrême droite. Il est dommage que cette journée reste pour l'instant sans suite, la journée de la CGT impo- sée unilatéralement le 26 juin ne répondant pas à cette attente. Il est tout aussi dommage que nous ne nous engagions pas dans le collectif anti-austérité qui a manifesté le 12 avril dernier en se ren- dant à la réunion du 21 juin prochain appelée par la fondation Copernic.
Les luttes récentes et/ou actuelles des intermittents du spectacle et des cheminots (avec grève reconductible) montrent qu'il est encore possible de résister à l'ultralibéralisme et aux poli- tiques d'austérité, malgré l'infâme propagande qui a instrumentalisé le BacUne victoire des intermit- tents aurait bien évidemment des répercussions dans la défense d'un statut mais aussi pour tout le mouvement syndical car il montrerait que la lutte paie. Il faudra en tout cas que la rentrée soit chaude sur le front social contre le gouvernement et le patronat
Education
L'Ecole, au corps défendant de celles et ceux qui y travaillent, participe de la désespérance sociale et donc de la percée idéologique du Front National. Incapable d'assurer sa mission
d'Education pour toutes et tous, et facteur de reproduction sociale plutôt que de progrès, l'Ecole maintient ses voies de relégation. Loin de lutter contre ces processus, les réformes de l'actuel gouvernement y participent.
La circulaire sur l'Education prioritaire, n'apporte aucune réponse aux difficultés dans les collèges, bien au contraire : on y retrouve les grandes lignes de l'Ecole Fondamentale, le rapprochement de la classe de 6ème du premier degré dans le cadre du cycle CM/6ème, la diminution de fait des enseignants puisque certains seront déchargés de cours et se consacreront à la coordination. La politique de « projet » conduit souvent à une pré-professionalisation de plus en plus poussée.
Socle commun et évaluation
La loi de refondation de l'école a maintenu le principe du socle de compétences et de sa validation comme finalité du parcours scolaire. En y adjoignant le terme de culture sous la pression du SNES FSU Peillon a voulu contourner la critique de smic culturel inhérente au socle Fillon, mais n'en a pas remis en cause la philosophie. Cela se traduit aujourd'hui par la mise en place d'un nouveau socle discuté dans le cadre du Conseil Supérieur des Programmes (CSP) qui se veut plus ambitieux que le précédent en ce qu'il définit la finalité des programmes et les englobe dans le socle. La question de son évaluation reste posée, mais le Livret Personnel de Compétences (LPC) pourrait être simplifié, et le Diplôme National du Brevet (DNB) supprimé. Si les actuelles préconisations du CSP entrent en vigueur on s'éloigne d'une vision du socle marquée par l'utilitarisme des compétences fondamentales orientées vers l'employabilité future des élèves. Pour autant on n'échappe pas à la logique d'école du socle que nos avons jusqu'ici dénoncée car c'est désormais le socle qui est la finalité du parcours scolaire, sa validation vide de sens le principe de certification par les examens terminaux que représentaient le DNB et le Bac au profit d'une validation non encore définie du socle au fil de la scolarité. Alain Boissinot, président démissionnaire du CSP, affirmait qu'il fallait mettre fin à la dichotomie entre LPC, qui évalue le socle, et DNB, qui évalue les enseignements. En ce sens, la proposition de supprimer le DNB et de prolonger la validation du socle au lycée est inquiétante. Les récentes déclarations de Florence Robine contre le Bac confortent cette lecture.
L'adéquation entre socle et programme est une façon de sauver les meubles, mais rien ne garantit la pérennité d'une telle vision du socle, et en attendant la réforme de structure n'en est pas moins en route. Il faut, par ailleurs, nous interroger sur la finalité pédagogique et idéologique des programmes. Prétextant les défauts de l'évaluation chiffrée, le 24 juin Benoît Hamon a fait une déclaration visant à préparer le terrain à l'évaluation du nouveau socle. Ce n'est pas en supprimant le thermomètre, que l'on fait baisser la fièvre. Ce ne sont pas les notes ni la suppression du Brevet qui feront mieux réussir celles et ceux qui échouent, ni le nouveau socle même si ses termes sont moins irritants que le précédent. L'école est un système très concurrentiel qu'il faut radicalement transformer : en supprimant toute forme d'évaluation classificatoire au service de l'éviction des moins « performant-e-s » (par note, par compétence ou autre), en instaurant une école commune obligatoire jusqu'à 18 ans, en préservant et améliorant un enseignement par discipline, en laissant les enseignant-e-s reprendre la main sur leur métier...
Éducation prioritaire et temps de travail
Les 102 REP+ sont les seuls établissements où les collègues verront s'appliquer une pondération à la rentrée 2014. Cette pondération reconnait les difficultés spécifiques d'enseignement l'absolue nécessité de la concertation. C'est là que se trouve un interstice dans lequel des rectorats et des hiérarchies locales s’engouffrent pour imposer des mesures contraignantes envers les collègues.
Ils veulent notamment imposer aux collègues que le temps libre dégagé soit automatiquement utilisé en temps de concertation, de réunion, inscrit dans les emplois du temps. La circulaire a le mérite de préciser qu'il ne peut en aucun cas y avoir obligation. Cependant, on est loin de la
revendication historique du SNES réduction du temps de travail qui se traduirait par une baisse des maxima de service et verrait le temps de concertation inclus dans l'emploi du temps.
L'éducation prioritaire étant le seul domaine où s'appliquera la réforme des statuts avant les élections professionnelles de décembre prochain, le SNES-FSU sera jugé sur ce que cela apportera ou non aux collègues. Il est donc nécessaire de continuer à revendiquer ce qui n'a pas été obtenu dans la réforme Peillon des statuts, c'est-à-dire la plupart de nos revendications : réduction du temps et de la charge de travail, classes allégées, revalorisation importante des salaires…
Sur ces bases, le SNES-FSU avec les autres syndicats de l'éducation de la fédération doit s’atteler à la construction d'un mouvement revendicatif dans notre champ de syndicalisation et ce, dès la rentrée.
Orientation :
Nous avons obtenu un certain nombre de promesses dans le cadre des groupes de travail ministé- riels : missions, positionnement des CIO par rapport au SPRO, arrêt des fermetures des CIO, concertation et mise à plat de la situation du réseau sur tout le territoire, création d’un corps de psy- chologues de l’éducation nationale avec les psychologues scolaires du 1er degré. Tout cela est bien sur le fruit du rapport de force que nous (l’intersyndicale et en premier lieu le SNES-FSU) avons contribué à construire. Mais malheureusement dans nombre d’académies, les engagements ministé- riels sont bafoués, ce qui pose la question de l'autorité du ministre sur les Recteurs : Marseille, Or- léans Tours, Versailles, Rennes et Rouen. Seul le rectorat de Toulouse a annulé sa décision de fer- meture d’un CIO et trouvé des locaux.Le SNES-FSU continuera à défendre par tous les moyens d’actions possibles : grèves, occupation des CIO, blocages des déménagements, contacts avec la presse et les élus, comme cela est déjà le cas, la pérennisation des CIO.
Rentrée
La rentrée ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices ; la hausse démographique couplée à la crise du recrutement signifie des classes toujours plus chargées et le recours -encore une fois massif- aux heures supplémentaires et à la précarité pour combler les manques. En effet, les difficultés de recrutement dans certaines disciplines, dues à de mauvaises conditions de travail et de rémunération mais aussi à la masterisation, vont renforcer inévitablement l'appel à de plus en plus de précaires. Il s'agit d'une vraie bombe à retardement avec notamment des collègues qui seront jugés aptes pour boucher les trous mais qui ne pourront être titularisé-e-s faute de remplir les conditions de diplômes ou de nationalité ! Par ailleurs, sous prétexte de la contractualisation d'une partie d'entre eux faisant office de « formation sur le tas », les stagiaires lauréats du concours exceptionnel, sont quasiment privés de formation . S'ils sont à temps plein, c'est en réalité parce qu'ils servent de variable d'ajustement.
Pensions, traitements, recrutement
S'agissant des pensions, leur niveau était jusque là dégradé par les conditions sans cesse aggravées du départ en retraite. Maintenant, ce sont les retraites acquises elles-mêmes qui sont attaquées : une nouvelle taxe de 0,3%, un report de l’indexation sur les prix reportée d’avril à octobre, voire gelée jusqu’en 2015 pour la plupart, une fiscalité alourdie par la suppression de plusieurs avantages familiaux. Le retour de la vieillesse pauvre s’accélère.
Le SNES-FSU s'oppose à la poursuite du gel du point d'indice. Il refusera toute perspective d'accentuation des évolutions de carrière au mérite, en particulier par le biais du GRAF. Il refusera des négociations dont le GRAF serait la base.
Pour pallier la crise du recrutement, le SNES dans la FSU demande un plan pluri-annuel de création de postes, appuyé sur une véritable revalorisation des rémunérations.
Action
L’annonce de la prérentrée au 29 août a été vécue par les salarié-e-s de l'Éducation Nationale, et particulièrement par le corps enseignant comme une humiliation à tel point que la situation devenait explosive dans les salles des profs. Nous sommes stigmatisés comme ne travaillant pas assez et en plus nos salaires restent bloqués (ce qui fera 7 ans de blocage du point d'indice!). Le report de la prérentrée du 29 août au 1er septembre est à mettre à l’actif du Snes. Il faut maintenant veiller à ce qu'il n'y ait, contrairement à cette année, aucun « rattrapage » d'un jour que nous aurons travaillé !
Depuis l'élection de François Hollande nous n'avons jamais appelé à une grève de l’éducation et pourtant les sujets de mécontentement ne manquent pas. Le SNES-FSU, mobilisera les collègues contre les conditions déplorables de la rentrée. Il fédérera les expressions locales pour favoriser l'émergence d'un mouvement national. C'est d'autant plus important que cette mobilisation devrait nous mettre dans une position favorable pour gagner les élections professionnelles, ce qui est indispensable.
Mais au-delà, c'est sans doute un mouvement de la Fonction Publique qu'il faut poursuivre, la question salariale étant celle qui inquiète le plus les collègues. Le SNES propose à la FSU d'appeler les fédérations de fonctionnaires à donner une suite au 15 mai dernier, dans la rue et par la grève. Au-delà c'est un mouvement anti-austérité que nous devons contribuer à construire avec toutes les forces qui le souhaiteront et avec qui nous devrons converger. Enfin, partout, dans tous les départements, le SNES-FSU conformément à son mandat de congrès de Marseille, doit s'engager dans les déclinaisons locales de VISA afin de construire un front syndical unitaire contre l'extrême droite.