Présentation du rapport Le redoublement au cours de la scolarité obligatoires, nouvelles analyses, mêmes constats (DEPP, mai 2005)
Présentation par Olivier Cosnefroy et Thierry Rocher du rapport Le redoublement au cours de la scolarité obligatoires, nouvelles analyses, mêmes constats (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Education nationale, mai 2005).
Thierry Rocher est statisticien à la DEPP.
Olivier Cosnefroy est Ingénieur d’études au laboratoire de psychologie à Bordeaux 2 Le contexte :
La France est considérée comme championne du monde du redoublement (OCDE 2006), mais cette pratique diminue au fil des ans : en fin d’école primaire 37% des élèves avaient redoublé au moins une fois en 1980, contre 19,5% en 2005.
Les résultats des recherches vont tous dans le même sens : il y a un consensus en défaveur de cette pratique (Paul 19996, Crahay 1996).
Généralement cette mesure est présentée comme inefficace d’un point de vue pédagogique (Seibel 1983, Grisay 1994).
But de cette étude : dresser un état des lieux des effets du redoublement à l’aide de méthodologies variées et actuelles, et avec différents angles et niveaux d’analyse : du point de vue de l’équité, de l’efficacité, de l’aspect conatif, de l’estime de soi, des inégalités, des comparaisons internationales.
1) Le redoublement est-il équitable ? L’évaluation des enseignants
En 2003, parallèlement à l’évaluation-bilan standardisée en fin de CM2, des enseignants ont noté les élèves de 1 à 10. Si on compare la notation du professeur dans la classe et la notation des évaluation standardisées : la notation de l’enseignant augmente l’hétérogénéité.
Maintien en CM2 et devenir de l’élève
La conséquence de cette hétérogénéité : à niveau de performance égale, il y a des destins scolaires très différents.
Selon l’étude de 2003 :
- 81% des futurs redoublants de CM2 étaient les deux derniers de la classe selon les professeurs.
- 40% selon les évaluations standardisées.
Un élève en retard aura nettement moins de “ chance ” de redoubler qu’un élève à l’heure de même niveau.
Synthèse
Une pratique usuelle mais arbitraire
L’évaluation des enseignants s’inscrit dans le cadre de la classe : elle est donc “ biaisée ”.
Les décisions de passage peuvent être différentes pour des élèves présentant le même niveau de compétences.
Des élèves maintenus auraient dû être promus et inversement.
Il y a des facteurs, notamment cognitifs qui participent implicitement ou explicitement de la décision de redoublement.
2) Le redoublement est-il efficace ? Aspects méthodologiques
Suivi d’une cohorte d’élèves du début du CP au début du CE2.
A niveau de performance identique au départ, une année supplémentaire a-t-elle été bénéfique ? (schéma quasi-expérimental : technique statistique).
Synthèse
Les résultats s’inscrivent tous dans la même direction
L’allongement de la scolarité n’apparaît pas comme profitable en terme de progression des compétences des élèves.
3) Impact du redoublement sur les facteurs conatifs
a) Interrogation d’élèves de CM2 sur les facteurs motivationnels (auto efficacité, motivation, comportements d’apprentissage).
- les élèves en retard sous-estiment leur niveau de compétences par rapport à leur niveau réel.
- le caractère précoce du redoublement semble avoir un impact négatif sur l’appréciation que l’élève a de son propre niveau en fin de CM2
- à niveau égal, les élèves en retard se caractérisent par un manque de motivation - plus les élèves redoublent tôt, plus ils sont démotivés en fin de CM2
b) Démarche similaire initiée au collège en interrogeant le fonctionnement psychosocial des adolescents en classe de troisième.
- en fin de collège, les élèves en retard sous-estiment leur niveau réel de compétence
- les élèves ayant redoublé en primaire, à niveau égal, ont le sentiment d’être moins compétent scolairement
- à niveau égal les élèves ayant redoublé ont l’impression de ne pas réussir leur scolarité.
cette étude ne permet pas d’établir un pronostic quant à l’effet de ces variables sur leur future réussite scolaire.
4) Le redoublement stigmatise-t-il les élèves ?
Etude sur l’évaluation des compétences générales en fin de collège, à partir des notes de contrôle continu.
Conclusions : c’est ce que l’on pourrait appeler “ la triple peine ”.
- à performances égales, les élèves en retard sont sous-notés d’environ 1 sur 20. La notation intègre donc “ le passé scolaire de l’élève ”.
- les élèves en retard, à note égale en fin de 3ème ont des ambitions inférieures aux élèves à l’heure et souhaitent moins souvent être orientés en seconde générale et technologique. La décision, en conseil de classe, semble se prendre sur un argument du type “ en plus il a déjà redoublé ” (le marqueur “ redoublement ” agit donc à long terme sur une orientation).
- à note égale et ambition égale, les élèves en retard sont moins orientés en seconde générale et technologique.
- s’ajoute une inhibition de l’élève lui-même dans l’orientation (dévalorisation, manque d’ambition).
5) Le redoublement amplifie-t-il les inégalités ? Nos constats rejoignent la thèse de Crahay (2000) :
- les élèves de milieux modestes entament leur scolarité avec un niveau de compétences générales inférieur à celui des élèves de milieux aisés.
- ils sont plus susceptibles d’être sanctionnés par un redoublement dont le caractère préjudiciable ne peut qu’amplifier leurs difficultés scolaires.
- Le redoublement agirait comme un mécanisme d’amplification des différences initiales de compétences.
6) le redoublement à l’épreuve des comparaisons internationales - Des Etats s’en sortent très bien sans redoublement, voir classement PISA.
- Le redoublement agirait comme un mécanisme de “ filiarisation ” de la scolarité d’une génération ? Conclusion des intervenants :
Le redoublement est inéquitable, il est stigmatisant, il est inefficace du point de vue des élèves. Il affecte négativement leur motivation, leurs comportements et leurs stratégies d’apprentissage.
Le redoublement est inefficace du point de vue des progrès du système éducatif. “ Reste à savoir, si en matière d’éducation, les gens de terrain et les décideurs politiques sont prêts à se laisser convaincre par un faisceau de recherches, qui, tout en améliorant significativement leur contrôle des biais de mesure, débouchent sur des résultats convergents. ” (Crahay, 2004, revue française de Pédagogie).
Débat :
Alice : je suis frappée par l'absence d'équité qui est un argument fort contre le redoublement.
Bruno : y a-t-il une typologie des classes où la notation des enseignants a renforcé l'hétérogénéité issue de l'évaluation standardisée ?
Pas que nous sachions.
Joël : par delà l'égalité de niveaux, la décision de redoublement ne prend-elle pas en compte les potentialités ? Difficile à montrer.
Marc : l'évaluation standard est-elle anonyme, assortie d'un barème ? Oui
La notation du maître s'appuie-t-elle sur une grille ou sur un ressenti ? Sans doute un ressenti car la notation est fournie spontanément.
Sylvie B. : certaines études locales font ressortir une hétérogénéité plus fine mais perverse. Ainsi en 6e peut-on observer une dispersion liée à l'environnement en maths et non en français.
Sylvie N. : dans le cas de PISA, il faudrait mettre à part le cas de la Corée qui ne fait passer le test qu'aux élèves scolarisés. Ceci étant, l'étude fait mal et nous invite à trouver une alternative au redoublement.
Philippe : le redoublement apparaît d'autant plus stigmatisant qu'il y en a moins.
Franck : le redoublement risque fort d'être écarté pour son coût (d'après audit de la Cour des Compte).
Margot : a-t-on des comparaisons, pour PISA, sur une génération ? Non
Alice : le maintien du redoublement ne relève-t-il pas d'une vision collective de gestion de classe (par la menace) ?
Sylvie B. : il conviendrait de prendre en compte l'implantation et le mode de fonctionnement de l'école.
Gérard…: corrélation, même forte, n’est pas causalité. Le fait de ne pas arriver à cerner les causes de l'échec empêche de trouver des remèdes.
Brigitte : le redoublement au lycée semble faire intervenir des mécanismes différents.