FACULTÉ DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BOilDEAUX
^VnSTlSrEE 1897-98 No 118
QUELQUES CAS
IIP1ISI, SI ET Dli LA REGION MIMIAIR
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MÉDECINli
présentée et soutenue publiquement le 30 Juillet 1898
Gabriel-Jean ESTHADÉRE
Né àBagnères-de-Luchon
(Hautes-Pyrénées), le 24 octobre 1870.
/ MM. DEMONS, professeur...
Président.
,, . , , . ,p,,
\ BOURSIER, professeur... )
ilUlUlNR * bFtet ' DENUCÉ, agrégé
} Juges.
B1NAUD, agrégé
Le Candidatrépondra aux
questions qui lui seront faites sur les diverses
parties de
l'Enseignement médical.
BORDEAUX
M PRIME
RIE Y. CAD OR K
17 HUE MOJNTMÉJAN 17 1898
FACULTE ME MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
M. de NABIAS
Doyen. | M. PITRES.
PROFESSEURS :
Doyenhonoraire MM. MICE
AZAM I
(
Professeurshonoraires.DUPUY
MOUSSOUS 1
Clinique
interne.Clinique
externePathologie
etthérapeu¬
tiquegénérales
Thérapeutique
Médecineopératoire...
Clinique d'accouchements
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pathologique
Anatomie
Anatomie générale et
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Médecinelégale
Physique
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Histoirenaturelle Pharmacie Matière médicale Médecine expérimentale.
Clinique ophtalmologique Clinique des
maladieschirurgicales Clinique gynécologique.
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Chimie
biologique
MM.
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AGREGES EN EXERCICE
section de médecine
(Pathologie
interne et Médecinelégale).MM. MESNARD.
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MM. SABRAZES.
Le DANTEC.
section ee chirurgie et
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Accouchements MM. RIVIERE.
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section des sciences anatomiques et physiologiques
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( CANNIEU. Histoirenaturelle
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section des sciences physiques MM, SIGALAS. 1 Pharmacie
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COURS
COMPLEMENTAIRES
:Clinique
des maladiescutanéesetsyphilitiques
MM.DUBREUILH.
Clinique
desmaladies des voies urinaires Maladiesdularynx,
desoreillesetdu nezMaladies menfales
Pathologie
internePathologie
externeAccouchements Chimie
Physiologie Embryologie Pathologie
oculaireHydrologie
etminéralogieLe Secrétaire dela Faculté
POUSSON.
MOURE.
RÉGIS.
RONDOT.
DENUC RIVIERE.
DUPOUY.
PACHON.
CANNIEU.
LAGRANGE.
N.
LEMAIRE.
Pardélibérationdu 5 août
1879, la Facultéaarrêtéqueles opinions émises dans les ' hèsesqui ui sont présentées doivent être considérées comme
propres àleursauteurs, et qu'elle n'entend
eurdonner ni approbation ni improbation.
A MON
GRAND-PÈRE
A MON
PÈRE, A MA MÈRE
A
MES FRÈRES, A MES SOEURS
MES
MAITRES
A MES
AMIS
A mon
Président de Thèse
Monsieur le
Docteur DEMONS
Professeurde Clinique
chirurgicale à la Faculté de Médecine de Bordeaux,
Officier de laLégion
d'honneur, Officier de l'Instruction publique,
Membrecorrespondant de
l'Académie de Médecine,
Membrecorrespondantdela
Société de chirurgie de Paris.
AYANT-PROPOS
Le sein est un
des
organesqui offrent à l'étude le plus grand
nombre
d'affections variées; si l'on songe de combien d'espèces
diverses sont
les tumeurs, qui peuvent se développer dans cette
glande et réclamer l'intervention de la chirurgie, on ne sera
pas
étonné qu'il faille presque arriver jusqu'à nos jours, pour
trouver une
monographie complète des maladies du sein. Il
nous a paru
cependant que, parmi les tumeurs si nombreuses et
de nature
si différentes qui peuvent se développer dans la
glande mammaire, il en est une variété qui a été longtemps et
qui est encore aujourd'hui délaissée par bon nombre d'auteurs :
nous voulons
parler des lipomes du sein; admis par quelques
chirurgiens, mis en doute par la plupart parce qu'ils n'en ont
pas
rencontré dans leur carrière ou qu'ils les ont confondus avec
d'autres tumeurs
bénignes, les lipomes du sein et de la région
mammaire
n'ont
pas unehistoire à part; c'est la raison qui
nous a
décidé à aborder le sujet que nous avons choisi pour
notre thèse.
Dans le cours
de
cetravail, nous essayerons de résumer
aussi
nettement
quepossible les opinions des divers auteurs ;
nous
signalerons les observations prises par les divers chirur¬
giens,
nousajouterons enfin celles que nous avons pu recueillir
nous-même
dans le
coursde nos études et qui n'ont pas encore
été
publiées. Quelques-unes, malheureusement, ont été écour-
tées,
néanmoins elles renferment des détails assez précis pour
qu'on
nepuisse mettre en doute leur nature.
L'anatomie
pathologique de ces tumeurs ne nous retiendra
pas
longtemps, car elle est de tous points semblable à celle des
lipomes des autres régions.
— 12 —
Mais le
diagnostic
en estdifficile
et c'estsur lui que nous
nous
étendrons
leplus longuement.
Mettant
àprofit les leçons
orales de nos maîtres dans les hô¬pitaux, les leçons
écrites que nous trouvons dans lesouvrages, peut-être réussirons-nous
à résumer aussiclairement
que pos¬sibleSi ce
qui
a été fait surl'histoire
de cestumeués.
nous restons
au-dessous
de notretâche,
nousespérons
quenos
juges voudront
bien tenircompte de
nosfaibles efforts; leur
indulgence
sera pour nous unencouragement.
Qu'il
nous soitpermis de témoigner ici
toute notre reconnais¬sance à M. le
professeur Démons, qui
a bien voulu nous fairel'honneur d'accepter la présidence
de notrethèse,
pourles excellentes leçons qu'il
nousadonnées pendant l'année
que nousavons
passée dans
son service.Nous remercions M. le
professeur Pitres
de labienveillance qu'il
A a montrée à notreégard pendant
nos études.MM. les
professeurs agrégés Binaud
etBraquehaye l'ex¬
pression
de toute nôtregratitude
pourles
bons conseilsqu'ils
nous ont
donnés
pour mener àbonne
fin ce modestetravail.QUELQUES CAS
LIPOMES 1 SIS !,I M U REGION MAMMAIRE
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE
Le
lipome, Attoç, graisse, est une hypertrophie circonscrite ou
diffuse du tissu
adipeux; c'est le plus souvent une tumeur hyper-
plasique qui procède du tissu adipeux préexistant et se présente
comme un
accroissement excessif quelquefois du tissu graisseux.
Littre est
le premier qui, en 1709, donna le nom de lipomes
aux tumeurs
de
ce nom.Notre but est d'attirer l'attention sur
unecertaine
catégorie de lipomes, les lipomes de la région mam¬
maire dont
l'étude
nous a parutrès peu approfondie jusqu'à
présent. Sans avoir la prétention de donner un travail définitif
et
complet,
noussignalerons ici l'opinion des auteurs qui les ont
mentionnés les
premiers et en ont rapporté des observations.
Nosconnaissances sur
cette affection sont de date relativement
récente. Il ne
faudrait
pascependant en conclure qu'il s'agit
d'un nouvel état
morbide.
Si la
maladie, dont les caractères cliniques sont si frappants, a
pendant longtemps passé inaperçue, c'est que, d'une part, on
ne lui a pas
assigné dès le début une place à part dans l'étude
des
lipomes
engénéral.
Il fautégalement
tenircompte de
cefait que
les
maladesporteurs
de cette variété detumeurs
n'ensont
guère incommodés.
Ilsneviennent
leplus
souventprendre
les conseils du médecin que
lorsque l'affection
a atteint des pro¬portions monstrueuses.
• Le
premier
en date est A.Cooper qui (dans Illustration of the diseases of the breast, London, 1829)
enrapporte deux
cas : l'un relatif à unlipome rétro-mammaire, l'autre
à unlipome
sous- cutané. « Deuxfois, dit-il,
on m'ademandé d'enlever
une tumeur»
adipeuse du
sein. Dans les deux cas,la
tumeur avaitacquis
un» volume très
considérable.
Dans lepremier
cas,l'affection
avait» débuté par
la partie postérieure
de la mamelle et s'était déve-»
loppée
entre laglande
et le musclegrand pectoral
». Dans le second cas, tous ceslobules graisseux, qui
sont parsemés entre lesdiverses parties de
laglande
mammaire etqui
servent natu¬rellement
à augmenter le volume du sein et àluifaire faire une
saillie
plus considérable
à lapartie
antérieure de lapoitrine,
avaient
acquis
une grosseur anormale etconstituaient
unetumeur
qui,
avantl'incision,
semblaitintéresser
tout le tissuglanduleux
de la mamelle.Nélaton, dans
sathèsed'agrégation (Des
tumeursde lamamelle, Paris, 1839), fait
uneplace
auxlipomes
de larégion
mam¬maire. Pour
lui, ils
sedistinguent de l'hypertrophie graisseuse
en ce
qu'ils
seprésentent
sous la forme de tumeurs bien cir¬conscrites, lobulées, quelquefois
mêmepédiculées.
Mais il n'ena observé
personnellement
aucun cas, et ilne cite que
les deux observations
de A.Cooper,
et encore serait-il toutdisposé à
faire rentrer l'obs.CDLXXVII
dansl'hypertrophie graisseuse simple. Il
laisse de côté leslipomes
difïus dont nous allonscependant rapporter plus loin quelques observations.
Il mécon- nait aussi leslipomes intra-glandulaires qui occupent leur place
dans l'étude des
lipomes de
larégion
mammaire.Peu de
temps après, Velpeau
avaitl'occasion
d'en observeruncas chez une
femme
de 42 ansqu'il opéra après
avoirporté
le
diagnostic
dekyste
ou tumeurrenfermant
des éléments variés. L'idée delipome
ne lui était pas venue àl'esprit.
— 15 —
En
1845,
uneautre femme âgée de 39 ans se présenta aussi à
son
observation,
avec unetumeur du sein du volume d'un œuf
de
poule. Le diagnostic porté fut kyste, et après l'opération on
reconnaît un
lipome. Ces deux erreurs ont certainement contri¬
bué pour
beaucoup à l'obliger à donner aux lipomes la place
qu'ils occupent dans son Traité des maladies du sein et de la
région mammaire, publié en 1858. « On aurait tort de croire,
»
dit-il,
quel'hypertrophie adipeuse puisse être confondue avec
» le
lipome,
quele lipome ne soit qu'une variété, une nuance
» de
l'hypertrophie graisseuse du sein ; assez rares pour n'avoir
» pas
été mentionnés jusqu'ici, ils offrent cependant un intérêt
» assez
grand
aupoint de vue clinique attendu que leur diag-
» nostic est
parfois fort difficile ».
Virchow, en
1867, dans
sonTraité des tumeurs, n'en signale
aucun cas,
mais cependant il
neles passe pas sous silence et fait
le
diagnostic
avecles autres tumeurs du sein.
Cornil, dans l'article Lipome du Dictionnaire encyclopédique,
dit ceci : « Les
mamelles peuvent être le siège de lipomes cir¬
conscrits
qui
nediffèrent en rien du lipome commun ». Et plus
loin
Tripier ajoute :
«Les lipomes des mamelles se présentent
soit sous la forme
circonscrite, soit sous la forme diffuse ».
Nous arrivons sans
autre observation jusqu'en 1875. Labbé
et
Coyne, dans leur Traité de£ tumeurs du sein, ne rapportent
encore que
le
caspublié par Velpeau. Pour eux, les lipomes
dans la
mamelle
sousforme de lipomes circonscrits sont très
rares.
Follin et
Duplay (1878) donnent comme exemple l'observation
de Billroth
(1860) où
unlipome, énorme d'ailleurs, avait été pris
pour une
hypertrophie de la glande mammaire.
Queirel (de Marseille), en 1889, présente au Congrès français
de
chirurgie le
casd'un volumineux lipome de la région mam¬
maire chez un
homme de 64
ans.C'est le premier cas de ce
genre que
l'on trouve dans la littérature médicale, aussi a-t-il le
soin de le
faire
remarqueret de faire faire l'examen histologi-
que
de la tumeur.
Le Ilritish
médical, 1881, t. II, relate un cas de Lister relatif
- 16 —
à
l'extirpation d'un lipome chez
lafemme;
maisl'examen
de la tumeurn'ayant
pasété fait
etl'observation manquant de
détails,
nous
hésitons
àadmettre
cediagnostic.
En
1891, M. Bégouin publie
uneobservation
d'unlipome intra-
mammaire chez une
femme
de 47 ans.Willams,
en1894,
en relate une série tant chezl'homme
que chez la femme quel'on
trouveraauchapitre
consacréaux obser¬vations.
Depuis,
nous avons purecueillir
troisobservations
nouvelles.Une dans le service de M. le
professeur Piéchaud (1897). Une
dans le service de M. le
professeur Démons
que nousdevons
àl'obligeance
de MM.Braquehaye et Bégouin. La troisième, enfin,
de M.
Bégouin,
en 1892.Comme
onpeut le voir,
par cetterapide énumération, les
lipomes du
sein sont rares et leurexistence
n'estsignalée
quedepuis Velpeau. Bien
des auteurs les ontlaissés
decôté; quel¬
ques-uns les ont
mentionnés,
ne leur accordantqu'une impor¬
tance très
médiocre.
Il est àremarquer
quedepuis quelques années, dix
ansenviron, de
nombreux cas ont étépubliés,
nonqu'ils soient devenus plus fréquents qu'autrefois,
mais biengrâce
à uneobservation plus méthodique. Leur innocuité,
le peude
volumequ'acquièrent
engénéral
leslipomes intra
ouextra-mammaires, leur indolence,
sontpeut-être
les causes lesplus importantes
pourlesquelles les malades, femmes
ou hom¬mes,
porteurs
de ces tumeursn'étaient
pasvenus lessoumettrel'appréciation
deschirurgiens. Aujourd'hui
ilsdoivent
teniruneàplace dans
lascience,
et l'on en trouvera unedescription magis¬
trale dans le Traité de
chirurgie Le Dentu
etDelbet
de1898, dû
à MM. les
professeurs agrégés Binaud
etBraquehaye qui
nous ontcommuniqué leur
travail encoreinédit.
CHAPITRE II
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Laissant de
côté tout
cequi peut se rapporter à l'anatomie
pathologique du lipome en général, nous ne nous occuperons
que
de celle des lipomes de la région mammaire. Nous ne
savonspas
qu'il
yait eu encore d'analyse, de classification bien faite
parue
jusqu'à ce jour, aussi allons-nous tenter d'en donner une.
L'intérêt que
présentent ces tumeurs est autant leur rareté,
que
le volume qu'elles acquièrent parfois ; à ce dernier point de
vue, nous
ferons remarquer en passant que les femmes sont
plus souvent affligées de ces tumeurs que les hommes et qu'elles
voient
péniblement déformer une partie de ce qui fait leur
charme, par une
tumeur de nature inconnue.
Une fois
enlevé, le lipome type représente une masse lobulée
de
graisse molle et jaune, renfermée dans une capsule mince
de tissu fibreux
dont les cloisons pénètrent dans l'intérieur de
latumeur eten
limitent les lobules.
Ces
lipomes de la région mammaire peuvent être : ou intra-
glandulaires, ou extra-glandulaires, et dans ce dernier cas, ils
peuvent se rencontrer : 1° au-dessus de la glande dans le tissu
cellulaire
sous-cutané
;2o en arrière de la glande dans le tissu
cellulaire
rétro-mammaire. Voilà, ce semble, une première divi¬
sion
qui doit rendre l'examen clinique plus aisé, en même
temps qu'il délimite bien leur situation dans cette région. Quant
à leurnature,
ils peuvent être ou encapsulés ou diffus.
Noussavons
bien qu'il existe une grande variété de lipomes
constitués parun
mélange de tissu fibreux, avec le lipomateux ;
mais ces tumeurs,
qui, par leurs caractères, semblent s'éloigner
du caractère
des lipomes purs, rentrent toutefois dans le cadre
— 18 —
de notre
sujet
etnous nemanquerons
de lessignaler
àl'occa¬
sion.
Résumant
les notions que nous venonsd'indiquer,
nous pour¬ronsenconstituer un
petit tableau
ainsi divisé :Lip. intra-glandulaires.
L'aspect du lipome,
saressemblance parfaite
avec le tissucellulo-adipeux
sous-cutanépeut dispenser quelquefois
de l'em¬ploi du microscope. Néanmoins, il faudra
yavoir
recours pour voir si l'on aaffaire à unlipome
puroumélangé de
tissufibreux,
myxomateux ou autre.
Ce sont des tumeurs tantôt
molles,
tantôtfermes, nodulaires, lobulées qui atteignent quelquefois
un volume trèsconsidérable.
Leur structure se
compose
de lobules adipeux qui
sont réunis les uns aux autres pardes cloisons conjonctives d'épaisseur
variable. Et ces lobules
ressemblent, histologiquement,
à ceuxdu
pannicule adipeux; seulement,
ils sontd'ordinaire plus volu¬
mineux. En
général,
ces tumeurs sont biencirconscrites, ayant
poursiège le tissu cellulaire
sous-cutané ou les espacesinter¬
musculaires.
Leur volume est variable
depuis
unenoisette,
une montre defemme,
selonl'expression
des auteursanglais, jusqu'à dix
etquinze
kilos. Leur forme estlobulée
à lapartie superficielle, plane
au contraire à lapartie postérieure.
Si lelipome
est sous-cutané,
mêmequelquefois
s'il estprofond
etqu'il atteigne
un grosvolume, il
repousseles téguments qui le
recouvrent, tend à se
pédiculiser
et à devenirpolypeux. D'ordinaire, il
resteencapsulé
et alors son volume nedépasse guère
celui dupoing.
Au
microscope,
on ytrouve
:t° Des cellules
adipeuses
trèsréfringentes
dont le noyauest rejeté
à lapériphérie
etdont leprotoplasma
estrempli
par une grosse vésicule degraisse liquide
; ces cellules sontremarqua-
Nature.
Siège.
Sous-cutanés.
Itélio-mammaires.
— 19 -
bles par
leur volume qui est plus considérable qu'à l'état nor¬
mal; elles sont groupées pour former des lobules et ces lobules,
plus volumineux que d'habitude, s'associent pour constituer des
lobes.
2" Du tissu
conjonctif lâche qui, sous forme de travées, sépare
les uns des autres
les lobes de la tumeur.
3° Des vaisseaux
sanguins dont les plus volumineux rampent
dans les travées
conjonctives interlobaires puis se résolvent en
réseaux
capillaires qui, pénétrant dans les lobules, circonscri¬
vent les
cellules adipeuses
oudes groupes de cellules associées.
Comme
variétés dans le]sein, nous ne trouvons signalé que le
fibro-lipome.
Quant
audéveloppement et à la pathogénie, nous nous rap¬
porterons à l'opinion de M. le professeur Coyne : « Le lipome
se
développe
auxdépens de cellules embryonnaires subissant
l'évolution
définitive qui
enfait des cellules adipeuses. Cette
transformation a
lieu
enpassant par le stade d'infiltration mu¬
queuse
de cellules fermes. On sait, en effet, que le tissu cellulo-
adipeux à l'état normal provient des cellules embryonnaires qui,
pendant
uncertain temps, traversent le stade muqueux, ainsi
qu'on le constate sur l'embryon du 4e au 5I! mois de la vie intra-
utérine.
M.
Bégouin
a pufaire l'examen anatomo-pathologique de la
tumeur
intra-glandulaire observée par lui.
Voici les
résultats qu'il
apubliés (Journ. méd. Bordeaux,
15 février
1892)
:A unfaible
grossissement, on voit qu'au milieu du tissu adi¬
peux
qui forme la plus grande partie de la préparation, sont
disséminés
des tubes glandulaires en amas plus ou moins consi¬
dérables
réunis entre
eux pardu tissu conjonctif. Les uns dilatés
renfermentune masse
jaunâtre formée par du lait coagulé, les
autres ont une
lumière étroite qui apparaît comme un point
transparent. A un plus fort grossissement, on distingue de gros
cristauxétoilés
de margarine ou de stéarine disséminés au milieu
du tissu
adipeux. Parmi les tubes glandulaires, les uns ont perdu
leur
épithélium, les autres ont conservé par endroits un.épithé-
lium, cylindrique le plus
souvent,quelquefois cubique. Les
tubes depetite dimension
sont formés d'uneparoi
externe con¬jonctive
Onn'y voit
etd'unaucunépithélium
vaisseau.cubique à
uneseule couche decellules.
Quelquefois
on trouve au centre de la tumeurlipomateuse
unosIlcomme dans
l'observation
deCooper.
n'est pas rare de trouver
d'autres lipomes dans d'autres régions
du corps,ainsi qu'il
ressortdel'observation
de Baker etBowlby et de l'observation
deBryk. Pourrait-on
de ces deux- faitsdéduire
quele lipome du
sein neconstitue pas une variété àpart
pouvantprendre
sonpoint de départ ailleurs
quedans
Je tissugraisseux
ou encorequ'il doit nécessairement
rentrer dans ladiathèse lipomateuse.
Nous ne le pensons pas, car ils ontdes caractères
anatomiques
et
cliniques différents
des autreslipomes.
Au
point de
vueétiologique
nous nepourrions
faire mieuxqu'imiter
la conduite de tous les auteursqui
se sontoccupés de
cette
question
: la passer sous silence.Cependant
il est un cer¬tain nombre de
problèmes qui
se sont offerts à notreesprit et qui
nous semblent desplus intéressants
àrésoudre.
Lepremier
serait de savoir si ces tumeurs ne sont pas
congénitales.
Nepourrait-on
pastout
au moins attribuer auxlipomes
renfermantun os,
la
mêmeorigine qu'aux kystes dermoïdes?
Bésolu pources
derniers, le problème
nousparait
moins aisé pourles lipo¬
mes, étant donné le
petit
nombre de cas quel'on
en trouveet leur étude encoretrop incomplète.
Les
traumatismes
ont-ils uneinfluence?
Nous 11e le pensons pas.La plupart des
malades porteurs de tumeurs du sein invo¬quent
toujours
comme cause un choc reçusur lesein. Mais nousrapportant
dans toutes nosobservations
à ladistance qui
aséparé le choc, de l'apparition
de latumeur, d'autre part
pas¬sant en revue les
lipomes du
sein chezl'homme
oùjamais
letraumatisme
n'estinvoqué,
nous en concluonsque
c'est
une causeétiologique qu'il
ne fautprendre
en considération quesous toutes réserves.
L'âge, le
sexe ont-ils uneinfluence?
Nous avonsdes obser-
vations à tous
les âges depuis 14
ansjusqu'à 80. Cependant
nous n'en avons pas
dans le jeune âge, ce qui semblerait indi¬
quer que
si le lipome apparaît un peu à tous les âges avec une
préférence marquée de 25 à 45 ans, il n'apparaît jamais avant
le
développement complet.
Les femmes y
sont plus sujettes que les hommes dans la pro¬
portion de 75 0/0. La grossesse, sans influence sur l'apparition
du
lipome, semble lui imprimer un développement plus grand.
Nous lisons, en
effet, dans les observations de Velpeau (obs. III,
V) qu'après chaque couche le lipome augmentait d'une façon
très sensible.
La menstruation ne
parait
pastroublée, pas plus du reste que
la
lactation,
carla glande conservant, en général, son volume,
ne
pourrait voir, ses fonctions altérées que par la compression
des canaux
galactophores.
Observation I
(AstleyCooper.OEuvres
chirurgicales. Traduction de Chassaignac et Richelot, 1887.
Lipomesous-mammaire
du sein gauche.
—Extirpation de la tumeur
et delaglande. —
Guérison.
Obs. 477. — Mistress
Smilh entra à l'hôpital de Guy en août 1835
pour une
tumeur énorme de la mamelle gauche qui avait 31 pouces
decirconférence et 10 pouces
1/2 de long. La tumeur fut enlevée le
29 août. On
pratiqua d'abord
uneincision semi-lunaire à la partie
antérieure et
supérieure de la tumeur et l'on attira celle-ci en bas.
Puis on fit une incision le
long de
sapartie supérieure jusqu'à ce que
le muscle
pectoral fût mis à
nu.Ensuite on disséqua la tumeur de
haut en bas,
dissection qui fut facilitée par la tension que le poids de
la tumeur déterminait dans
le tissu cellulaire qui l'unissait aux mus¬
cles. Un aide comprima
tous les vaisseaux à mesure qu'on les divisait,
aussi s'écoula-t-il [jeu
de
sangpendant l'opération. Enfin une très
grande
partie de la
peauet la totalité de la mamelle avec la tumeur
qui
était derrière elle furent enlevées. Les bords de la plaie furent
Estradère
3
22
maintenus rapprochés au moyen de
plusieurs points
de suture et de bandelettesagglutinatives. Laguérison
futrapide.
La tumeur conser¬vée dansla collection de
l'hôpital
Saint-Thomasp es ai 114livreslOonces.Observation II
Aslley Coopek. OEuvreschirurgicales.
Lipomesous-cutanévolumineux du sein.—Extirpation delatumeur.—
Guérison complète.
Obs. 476. — Une femme nommée Martin entra à
l'hôpital
deGuy
pour une tumeur du sein qui avaitun volume
considérable,
et quipa¬raissait,
au toucher, provenir d'unehypertrophie
des différents lobes qui composent la glande mammaire.Lorsqu'on
eut incisé la peau dans l'intention depratiquer l'extirpation
de la tumeur, on reconnut que tous les paquets graisseuxqui
entrent dans la composition de la mamelle avaient augmenté de volume et que la glande elle-même était saine. Les différentes ramifications qui constituaient l'ensemble de cette tumeur furent retirées d'entre les différentesparties
de laglande
de manière à. laisser delarges
cavités qui avaient servi deréceptacle
àcette espèce de tumeur ramifiée. Unesimple
incision trèsallongée
fut suffisante pour mettre à découvert toute la surface de la tumeur, En exerçant des fractions,je
parvins àallonger
les prolon¬gements celluleux qui l'unissaientà la glande et une dissection très
simple
procura son entier isolement.Il y a peu de temps que celte personne m'a écrit pour
répondre
àquelques
questions que je lui adressais relativement à l'état de sasauté. Elle m'a répondu
qu'elle
n'a eu aucune récidive de sa maladie et queson sein est entièrement libre de toute douleur.— 23 —
Observation III
Velpeau.Destumeursdusein.
Volumineuxfibro-lipome
du sein gauche.
—Extirpation de la tumeur et
delaglande.
B..., 4-2 ans,
couturière, mariée, entre à l'hôpital le 3 septembre
1839 pour une
tumeur du sein gauche. Il y a 13 ans, celle femme
avaitdéjà
ressenti
parlà quelques douleurs légères sans qu'elle pût
en attribuerlacause
à quoi que ce soit. A cette époque, elle tomba de
cheval : un homme
chercha à la retenir et son sein fut durement
froissé, ha douleur
fut très vive. Mais le lendemain elle n'y pensait
plus. Six mois après, en se déshabillant, elle sentit deux grosses glan¬
des comme une
petite aveline un peu plus bas que le mamelon à
un pouce
à
peuprès. Jusqu'alors elle n'y avait fait aucune attention
mais elle croit se
souvenir qu'elle ressentait déjà de temps à autre de
légères
douleurs. Peu de mois (3-4) après, elle s'aperçut qu'il s'en était
formé d'autres autour
du mamelon, de manière que le bout du sein
étaitcomme
enfoncé
aumilieu d'une couronne. Elle n'a pas nourri,
mais elle s'est aperçue
qu'après chaque couche -(elle en a eu cinq) la
tumeuravait
augmenté, surtout ap-rès la dernière. Des douleurs sour¬
des que
la malade compare à un vent froid sur une plaie à vif, des
élancements
répétés sont venus alarmer cette femme l'hiver dernier.
Le sein
gauche est gros comme les deux poings et bosselé. L'autre est
peu
apparent. On y sent six bosselures ou tumeurs distinctes, grosses
comme un œuf
de
canechacune, les unes plus dures, les autres plus
molles. Toutes se
tiennent
;la peau qui les recouvre est rouge et
amincieprès
du mamelon. Dans son ensemble, la tumeur a 6 pouces
de long sur
4 de large.
—Elle se porte un peu du côté de la clavicule,
n'est pas
sensible à la pression et quelques-unes de ses parties sont
commefibreuses.
Opération de manière à circonscrire, à enlever toute la peau malade
avec la tumeur.
On lie cinq artères, qui ont donné peu de sang. Les
lèvresde la
plaie sont tenues rapprochées avec des bandelettes dedia-
chylon et l'on panse avec linge troué et charpie.
L'examen montre une
grosse tumeur formée de lobules de graisse
—r 24 —
accolésles uns aux autres; la
glande
mammaire n'estplus
reconnais-sable;
au-dessous on trouvequelques
traces de tissu fibreux entre les lobules graisseux.Observation
IV Velpeau. Destumeurs dusein.Lipome sous-cutané du sein.—Ponction exploratrice. —Extirpation de la tumeur.— Guérison.
Une femme
âgée
de 30 ans, bien portante, d'unembonpoint
médio¬cre, d'une bonne
constitution, n'ayant
pas eud'enfants,
se présente àl'hôpital,
en 1845, pour une tumeur du sein. Celtetumeur,
qui offrait le volume d'un œuf de poule, qui occupait, larégion
externe et infé¬rieure de
l'aréole,
existaitdepuis plusieurs
années.Légèrement
sail¬lante à
l'extérieur,
elle ne causait aucunesouffrance,
n'était compli¬quée d'aucun
engorgement, d'aucune
altération,
soit destéguments,
soit des autres tissus de la région.
Souple,
molle, vaguement bosse¬lée,
elle ne pouvait se rapporter àaucune des tumeurs concrètes du sein; elle était évidemmentsituée entre le tissuglanduleux
et l'enve¬loppe
tégumentaire.Reposant
sur la mamellemême,
elle cédait à la pression de manière à faire naître d'abord des doutes sur la nature des éléments qui la constituaient. Elle était survenue sans causeappréciable,
d'une manière insensible. Lamalade,
qui ne pouvait pasen
indiquer
la dateprécise,
assurait seulement que,depuis
six mois,sa tumeur avait pris un accroissement notable et
que, parfois, elle était assez sensible pour lui occasionner de la gêne et de l'embarras.
Après
l'avoir examiné de toutes les manières, je restai convaincu qu'ils'agissait
d'unkyste,
tant lafluctuationm'y
avait paru certaine.J'en conclus qu'on pourrait en débarrasser la maladeavec une
simple
ponction suivied'injection
iodée.Cependant,
commeje
n'avais pasla
certitude que lekyste
contîntdu sérumdiaphane
ousanguinolent, plu¬tôtqu'une matière gélatineuse ou
glaireuse,
il fut convenu quel'opé¬
ration serait commencéecomme
pour
l'injection
iodée,c'est-à-dire parune ponction avec le trocart; mais que si au lieu de matière très
fluide,
la tumeur renfermaitquelque
autrechose, l'appareil
serait prêtpour
permettre de procéder sur le champ soit à l'incision complète,
soità l'extirpation
de la mamelle.
Préparée comme
pour l'extirpation de toute autre tumeur du sein,
très désireuse
d'ailleurs d'être opérée, la malade reçut d'abord un
coup
de trocart
secet net dans sa tumeur, préalablement tendue au
moyen
de la main gauche. Trouvant que l'extrémité de l'instrument
jouait
avecuneentière liberté dans les parties, je restai plus convaincu
que
jamais qu'il s'agissait d'un kyste, aussi éprouvai-je une véritable
surprise
en nevoyant rien sortir par la canule du trocart dès que j'en
eus retiré le
poinçon. Je
medemandai alors si quelques grumeaux,
quelques flocons concrets ne s'opposaient pas à la sortie du liquide.
Dans cette
pensée, j'introduisis un stylet jusqu'au fond du prétendu
kyste
sansaucunobstacle. J'en inclinai, j'en portai la tête dans toutes
les directionset
cependant
nous nevîmes rien sortir. A cet instant je
me serais moins
imaginé
quejamais être entré dans un lipome. Je
crus à l'existence
d'un kyste
ousébacé ou hématique, et je procédai
de suiteà une
opération plus complète. Les téguments furent incisés
dans le sens du
grand diamètre de la tumeur qui se trouva bientôt à
nuet qui se
montra dès lors avec tous les attributs d'une masse grais¬
seuse, pure,
molle, formée de trois pelotons principaux que j'extirpai.
Quelques
arlérioles furent liées, je rapprochai les lèvres de la plaie et
la malade
guérit bien et rapidement,
Observation V
Velpeau. Traité des tumeursdu
sein.
Fibrolipomedusein
pédiculé.
—Extirpation. — Guérison rapide
Unejeune
femme d'une complexion un peu délicate, bien réglée,
entre à
l'hôpital
pour unetumeur du sein droit plus volumineux
qu'une tête d'adulte.
Ily a
trois
anset demi, au milieu d'une grossesse, le sein, normal
auparavant, s'est développé en masse et d'une façon égale sur tous les
points. A la fin de la grossesse, il avait déjà un très fort volume ; pen¬
dant la lactation,
il survint
unabcès qui fut ouvert en 3 ou 4 endroits
à l'aide du
bistouri. Depuis cette époque, la tumeur s'est accrue lente-
— 26 —
ment, sans douleurs. Une seconde grossesse s'est terminée il y a 6 se¬
maines; depuis lors,
la tumeur a faitbeaucoup de
progrès.Avec la forme d'uue boule à peu près ronde, ayant 50 centimètres de
circonférence,
elle est très pesante, tombe au-devant de l'abdomenet descend
lorsque
la malade est deboutjusqu'au
niveau de la crête de l'os des Iles. Son pédicule est formé par la peau que la pesanteur de cettemasse énorme plisse dans le sens vertical, il a près de 40 centimètres de circonférence.La peau est mobile à sa surface, excepté en bas, au niveau de la cicatrice résultant d'incisions faites pour vider les anciens abcès.
Le mamelon situé au-dessous et un peu en dehors ne fait point saillie sous la peau ;
l'aréole,
trèslarge,
molle, nonfluctuante, indolente,
est formée de lobesélastiques
mobiles les uns sur les autres.13
juin
: Onouvre le pédicule de latumeur par deux incisions trans¬versales,
semi-lunaires,
empiétant de 3-4 centimètres sur la masse à cause de la rétraction présumable des tissus aprèsl'opération.
Im¬médiatement après le poids de la tumeur est de 4 livres et demie.
En la
disséquant,
onconstate qu'elle estlobulée;
avec unpeude soin,il devient facile de
séparer
ses lobules les uns des autres. Un peu eu dehors et eu bas on retrouve d'une manière distincte des grains ap¬partenant à la mamelle
saine;
il n'existe pas d'adhérences entre celte portion saine, qui du reste est peuconsidérable,
et la portionadipeuse.
Toute la masse représente un
mélange
de lobulesadipeux
et de tissu glanduleuxhypertrophié,
une des variétés dulipome
fibreux.Plusieurs coupes sont
pratiquées
selon le grand diamètre de la tu¬meur ; sur toutes, on voit distinctement les lobes réunis par du tissu
fitreux,
assezabondant;
le tissu en estblanc, résistant, élastique;
ilne se laisse pas écraser par
la
pression dudoigt
et l'on n'en fait suin¬ter qu'un
liquide visqueux analogue
à de la synovie. On rencontre, mêlées au tissuglandulaire,
des masses blanchâtres dontquelques-
unes
atteignent
le volume d'une petite noix; molles, onctueuses, solu- bles dansl'eau, elles offrent tousles caractèresphysiques
du caséum.Le
microscope n'y
a point retrouvé les éléments de la glandemam¬maire il n'a reconnu
que l'élément graisseux.
V-
— 27 —
La
plaie
après de 20 centimètres de long ; ses bords sont réunis au
moyen
de
onzeserre-fines et le tout est recouvert de compresses imbi¬
béesd'eau
fraîche.
12
juin
:L'état général est bon, il n'y a pas de fièvre, la malade a
bien dormi ;
l'état local est aussi des meilleurs. Les bords de la plaie
sont
agglutinés
; onretire six serre-fines.
3
juillet: La malade sort de l'hôpital. Depuis le jour où toutes les
serre-fines ont
été retirées, les lèvres de la plaie ne se sont point
décolléees, ilne
s'est fait de suppuration que par les points où passent
les fils àligature.
Aujourd'hui la malade est complètement guérie.
Lipome du
sein gauche.
—Kystes
mellegauche.nombreux. — Extirpation de la ma¬
A la fin de
janvier le professeur Villemin, notre éminent collègue
du Val-de-Grâce,
m'appelle auprès d'une de ses clientes dont le sein
gauche était le siège, depuis un très grand nombre d'années, d'une
tumeur indolore
faisant corps avec la mamelle, mais sans adhérences
avec la peau,
souple et de coloration normale, longtemps slationnaire,
elle
prit, il
y aun an, un accroissement progressif, et lors de mon
examen,
elle avait le volume d'un œuf de poule. Elle était de résis¬
tance
squirrheuse, et je ne pus y sentir ni élasticité, ni rénilence, ni
fluctuation.
Tout autour d'elle, on constatait de petites nodosités du
volume d'un
grain de ehènevis. La palpation de la glande donnait la
sensation de ces
pièges à oiseaux, de ces planchettes sur lesquelles
du mil est
collé. Le sein droit présentait les mêmes granulations ca¬
ractéristiques,
mais évidemment moins saillantes.
Je
pratique l'extirpation de la mamelle gauche, et j'y trouve une
poche principale qui contient de 25 à 30 grammes de liquide noirâtre.
Les cavités
secondaires avaient une coloration semblable; la glande
disséquée
ressemblait à une grappe de ces raisins précoces que nous
envoie la
Belgique. Les kystes les plus gros existaient sur la face pro-
Reclus.Clinique
chirurgicale de la Pitié. Paris, 1894.
- 28 —
fonde de la mamelle el la
palpation
ne nous les avait pas révélés ; mais à lapériphérie
et sur la surface convexe, on en constatait uneinfinité de petitsque
remplissait
une substanceplus
concrète, presque crayeuse ; la pression en faisait sourdre des filaments vermiformesanalogues
à ceux quis'échappent
des tannes de la peau.A
v •
Observation
VIIBili.roth. Deutschechirurgie,Lief., XLI.
Lipometrès volumineuxde la mamelle droite. —Ablation de la tumeur.
Une femme
multipare âgée
de 34 ans se présenta à la consultation pour une tumeur qu'elle portait à la mamelle droite. On constate en effet, uneaugmentation colossale de la dite mamelle qui tombait sur
le ventre
jusque
sur le bassin. Le mamelon etl'aréole sont à la partie inférieure de la tumeur. La peau est
rouge pourpre
foncé,
par suite de la congestion de la partie malade. Auloucher,
la tumeur donneune sensation molle,
élastique
sur toute lasurface,
avec disséminés çàet là des noyaux unpeu plus fermes et des
lobulations.
L'état général ne semblait pas atteint. La malade avait constaté l'existence de sa tumeur six ansauparavant; elle avait eu
plusieurs enfants; son
dernier datait de deux ans. Les couches avaient été normales, elle n'avait pas
remarqué si, à partir de ce moment, la tumeur avait pris
un
développement plus
rapide. On pensaitavant
l'opération
avoir affaire à un casd'hypertrophie
graisseuse ou de cysto-sarcome.L'étonnement
fut grandlorsque
après l'ablation on reconnut ungigantesque lipome rétro-mammaire.
On trouva la glandeatrophiée
au
voisinage
du mamelon.Malheureusement
la tumeur ne fut pas pesée.y Obsekvation
VIII Bryk. Airch. f. Klin. chirurg.,DXVII.Fibro-lipome du sein droit. —
Extirpation. — Mort de la malade par septicémie.
Une énorme tumeur de la mamelle droite. La tumeur était dure,
bosselée,
nondouloureuse
maisgênante
par son volume. La malade— 29 —
fat
opérée et
onreconnut après examen avoir eu à affaire à un fibro-
lipome
du sein. La tumeur pesait 12 livres. Les suites opératoi es ne
furent pas
très favorables, et la malade mourut de septicémie. L'au¬
topsie faite,
ondécouvrit une autre tumeur du cœcum, volumineuse
déjà,
et qui fut reconnue de nature lipdmateuse.
Observation IX
Bégotjin. Sociétéd'Anatomie et
Physiologie de Bordeaux, 16 novembre 1891.
Lipome
capsulé dusejn droit.
—Guérison.Incision et énucléation de la tumeur.—
M.
Bégouin présente un lipome enlevé le 13 novembre 1891 par
M. le
professeur Démons chez une femme de son service. Celte tumeur
a le volume et
la forme d'un petit œuf. Elle a tous les caractères
macroscopiques du lipome, tant à la surface qu'à la coupe, qui montre
cependant
enoutre de sa masse lipomateuse une traînée fibreuse blau-
châtredu
volume d'une plume d'oie incluse dans la partie superficielle
dela tumeur.Une
capsule entourait ce lipome qui s'est énucléé aussi¬
tôt que son
enveloppe fibreuse a été incisée. En cela a consisté toute
l'opération.
Au dire de la
malade,
unefemme de 47 ans qui a toujours eu une
excellente santé,
cette tumeur aurait apparu en juillet 1891. Toujours
est-il que
c'est à celte époque qu'elle la découvrit en faisant sa toi¬
lette. Elle
siégeait à la partie supérieure du sein droit roulant sous le
doigt,et
était d'une indolence parfaite au loucher. Mais elle était le point
de
départ d'élancements douloureux, spontanés, qui s'irradiaient dans
l'épaule et '.e bras droit jusqu'aux doigts et qui étaient assez pénibles
pour
éveiller la malade pendant la nuit. Au moment de ses règles, les
douleurs
diminuaient très notablement.
A sonentrée à
l'Hôpital,
onconstata à la partie supérieure et externe
du sein droit une
tumeur du volume d'un petit œuf au niveau de
laquelle la peau n'avait pas changé de coloration et avait gardé sa
mobilité.
Indépendante de la mamelle, roulant sous le doigt avec la.
plus grande facilité, sa surface était lobulée et sa consistance molle
étaittellement
celle du lipome que, malgré la rareté île cette tumeur
en celle
région,
lediagnostic
fut porté. La mobilité surles parties pro¬fondes était d'ailleurs
complète.
La mamelle était saine. On ne trou¬vait aucun
ganglion
dansl'aisselle,
l'état général était excellent.X
Observation X Brodie. Sir W. R.Williams,dans Amonographyondiseasesof thebreast, London, 1894,endonneuncertain nombre d'observations que nous reproduisonsici.
Lipome rétro-mammaire.
One
dame,
veuve d'un médecinanglais,
avaitdéjà
consulté trois ouquatre des
chirurgiens anglais
les plusrenommés pour une tumeur apparue au-dessus de la mamelle et ayant acquis un volume consi¬
dérable. Aucun d'eux n'étaient d'accord sur sa nature, néanmoins ils conseillaienttous
l'intervention.
Elle vint nous trouver etl'opération
fut décidée. On trouva un gros
lipome
situé sous la mamelle, etc'est là que la malade l'avait trouvé pour la première fois. La glande mammaire avait été soulevée par la tumeur, etsemblait être augmen¬tée de volume.
f"
Observation XI s. w. r.wlllams.Lipomesous-cutané dela mamellegauche. — Enucléation delatumeur.
Guérison.
Une servante
âgée
de 30 ans vientse présenter à notre observation.Depuis
deux ans, elle a constaté l'existence d'une tumeur au seingau¬che qui s'est accrue
progressivement,
très lentement et sans douleur.Elle atteint
aujourd'hui
le volume d'une montre defemme,
et est située à la partie supéro externe de lapériphérie
de la mamelle gau¬che. On ne constate à ce niveauaucunealtération des
téguments
et lapalpalion
n'en est nullement douloureuse. On fit l'excision destégu¬
ments et la tumeur s'énucléa d'elle-même.
- 31 —
Observation
XII
'V
Bryant.Diseclsesof the
breast.
Lipome
sous-cutané de la mamelle gauche. — Extirpation de la tumeur.
Bryant
a eul'occasion rie voir une femme qui avait à la partie supé¬
rieure de la
mamelle gauche une tumeur du volume de la moitié
environ d'une orange.
Cette tumeur
n'ayant entraîné aucun trouble nutritif ou vaso-
moteur des
téguments donnait au toucher la sensation d'une tumeur
graisseuse à surface lobulée et complètement indolente.
La femme
était âgée de 50 ans, et il y avait cinq ans qu'elle s'était
aperçue
de l'existence de sa tumeur. L'extirpation fut décidée et
faite.
Observation
XIII
Bryant. Diseusesof
the breast.
(jr'
Lipomede
la région mammaire.
Bryant
cite encore le cas qu'il a vu d'une taille use de 45 ans qu'il a
opérée
d'une tumeur semblable, mais dont nous n'avons pu nous pro¬
curer
l'observation. Lui-même, du reste, ne fait que la citer sans
autres détails.
Observation
XIV
Kôper.
Lipome
pédiculé de la région
Guérison.mammaire. — Extirpation de la tumeur.
Kôperavu
une femme âgée de 87 ans, porteur d'une grosse tumeur
pédiculée qui avail commencé h apparaître cinquante-huit ans aupa¬
ravant. N'eût
été
sagrosseur, la femme n'eu aurait été nullement
incommodée.
Il porta le diagnostic de fîbro adénome. A l'examen de
la tumeur, on trouva une
grosse masse de tissu graisseux, renfermant
à son centre un os
irrégulier-.
— 32 —
Observation
XVBégouin,séance de la Sociétéd'anatomie1892.etde physiologiede Bordeaux, 15 février
Lipome
intra-glandulaire
du sein. —Extirpation de la mamelle.
Guérison.
J'ai été assez heureux pour
rencontrer,
malgré
leur extrêmerareté)un
lipome
nettementintra-glandulaire
du sein.Anatomie
pathologique.
— Deux coupesprises l'une au ceutre, l'autreà la
périphérie
de la tumeur.L'histoire
clinique
de la tumeur ne présenteriend'intéressant
; ellesiégeait
à la partie supéro-externe du sein et elle s'étaitdéveloppée
lentement avec toutes les allures d'une tumeur
bénigne.
Lamalade, âgée
de 47 ans, l'avaitdécouverte
par hasard ily a deux ans; elle avait alors levolume d'une noix qu'elle avait à peine
dépassé
au mo¬ment oùon l'a opérée.
Observation
XVI Baker-Bowlby(S. W. R.Willams).
Cas dehommes.lipomes du— Lipomes symétriquessein ou de la régiondemammairela régionobservésmammaire.chez des
Un homme
âgé
de 29 ans était porteur d'un certain nombrelipomes disséminés
un depeu dans toutes lesrégions. Ilen avait un dans la
région sus-pubienne,
un autre à lapartie supérieure et inférieure de
chaque
membre supérieur.y Observation
XVIIWillams.
Lipomede larégion mammaire gauche. —Extirpation.— Guérison.
Un homme
âgé
de 33 ans se présente à nous avec une tumeur peuvolumineuse,
environ la grosseur d'une montre defemme,
située à deux poucesau-dessous du mamelon
gauche. Celte tumeur, datant de peu de
temps,
futopérée
et l'examen démontraqu'on
avait euaffaire à un