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LA VIE ÉCONOMIQUE POLITIQUE AGRICOLE

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Academic year: 2022

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POLITIQUE AGRICOLE

Une chronique consacrée à cette place, voici quelques mois, à 1' « inquiétude rurale » (1) nous a valu, de la part de plusieurs lecteurs, de courtoises mises au point. A l'estime de nos correspondants, les ruraux n'avaient nul sujet d'être inquiets, ainsi qu'en témoignaient quelques exemples qu'on voulait bien nous donner d'une indéniable prospérité. Nous admettons très volontiers que ces exemples sont toujours valables mais nous continuons aussi à penser qu'une hirondelle et même un certain nombre d'hirondelles ne font pas le printemps. Ce qui doit être considéré ici et en de plus hauts lieux, c'est l'évolution générale de la conjoncture agricole, l'importance croissante ou décroissante de l'apport de l'agriculture au développe- ment de la richesse nationale, l'augmentation ou l'affaiblissement de son potentiel de production par rapport à l'ensemble ou à chacune des autres formes de l'activité française. Or, i l n'est pas niable que le bilan soit aujourd'hui décevant et la conjoncture déclinante.

Nous ne le disons pas parce que les représentants des producteurs de blé abondent en propos menaçants et comminatoires, ou parce que les municipalités méridionales ont décidé d'ignorer leur préfet jusqu'à ce que le gouvernement ait accepté de transformer en alcool le vin de leurs administrés. Nous le disons parce que, avant que naissent ces tumultes, des gens, dont c'est l'état, avaient en peu de chiffres caractérisé le déclin agricole non pas par rapport à des pointes d'une activité extraordinaire, mais par rapport au niveau nécessaire pour la couverture de charges permanentes.

L'Institut national de Statistique a publié au début de cette

(1) Cf. La Revue du 1" avril 1951.

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année une étude détaillée sur les résultats de la campagne agricole 1950-51. L ' I . N . S. est une maison dont on peut contester la doctrine mais non la probité scientifique, et le moins que l'on puisse dire est que, si elle pouvait céder à quelque « déviation », ce ne serait certainement pas à la complaisance pour la chose agricole. Sur quoi, on retiendra que, d'après nos calculateurs, les recettes globales de la campagne 1950-51 ont pu être estimées à 1.600 milliards, contre 1.470 pour la période précédente. L a progression était donc de 9 pour cent, mais dans le même temps l'indice des prix de gros industriels s'élevait de 35 pour cent. Par rapport à 1938, les recettes agricoles se situaient au coefficient 18, mais l'indice des prix industriels était à 29. Pendant la campagne 1949-50 les chiffres correspondants étaient de 17 et 22 : i l y avait donc en 1951 régression.

L'Institut, poussant plus loin son étude, a recherché le détail des recettes agricoles. Ainsi apprenons-nous qu'en 1951 la viticulture a vu baisser les siennes de 10 pour cent par rapport à l'année précédente : ce pourcentage était de 30 pour les pommes de terre, de 10 pour les légumes, etc., cependant que haussaient les prix des divers articles que l'agriculteur est obligé d'acheter. A u total, l'augmentation des dépenses supportées par le producteur agricole a été de 18 pour cent contre, rappelons-le, 9 pour cent d'augmenta- tion des recettes. Or, i l ne s'agit nullement dans l'augmentation des dépenses d'un effort exceptionnel d'investissement, mais du train de vie courant. On le peut constater en particulier par l'évaluation des dépenses de matériel : leur total pour 1950-51 était de 55 milliards, égal à celui de l'année précédente. Compte tenu de la hausse des prix, le recul est certain. S'il est par ailleurs un fait patent pour tout observateur un peu attentif, c'est bien le délabre- ment progressif de beaucoup d'immeubles ruraux. L'agriculture n'est plus en mesure de payer les bâtiments qu'elle emploit : nous sommes probablement proches d'un temps où, à l'inverse de ce qui se passait autrefois, où elle élevait les bâtiments convenables pour l'exploitation que conseillaient le sol, le climat, ou les marchés, elle devra subordonner ses initiatives à l'état des bâtiments disponibles ou à la possibilité d'en construire. L a raison en est simple : tandis qu'en 1951 le coefficient moyen d'augmentation des produits agricoles par rapport à 1938 était de 22, le ciment était à 27, la chaux à 32, les briques entre 32 et 39, la peinture à 33, les ardoises en fibro-ciment à 41 et le reste à l'avenant.

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Ajoutons encore que, compte tenu des éléments qui précèdent, le revenu net de l'agriculture en 1950-51 a été de 1.170 milliards, dont une partie est à compter en nature. Là-dessus, la part des propriétaires a de peu dépassé 100 milliards, celle des salariés a atteint 170 milliards, un peu moins de 900 milliards allant aux exploitants. Si l'on divise le total du revenu agricole par l'effectif de la population active de la profession (7.400.000 personnes) on aboutit à un revenu net moyen de 158.000 francs. Et si l'on cherche pour finir ce que représente la part de l'agriculture dans l'ensemble du revenu national français, on constate qu'elle a été de 22,1 pour cent en 1938, de 25 pour cent en 1947-48, pour tomber à 18,1 pour cent en 1950-51.

Nous nous excusons de cette pluie de chiffres, d'autant que nous nous efforçons à l'ordinaire d'éviter à nos lecteurs ce genre d'acci- dent, et que ces indications numériques comportent une part d'approximation que l'Institut de Statistique évalue lui-même à 10 ou 20 pour cent, la matière agricole étant de celles qui se laissent le moins facilement appréhender. Cependant la ligne générale de t l'évolution n'est pas douteuse, et c'est elle qu'il faut retenir. Son inflexion déclinante est d'autant plus remarquable — ou explicable selon le cas — que l'augmentation de la production agricole a été à peu près constante en ces dernières années, sans que le consomma- teur en ait tiré bénéfice plus que le producteur. Là encore, la cause du phénomène est apparente : à la fin de 1951, les prix agricoles à la production n'intervenaient en moyenne que pour 45 pour cent dans les prix alimentaires au détail ; selon les calculs, non de l'Institut de Statistique mais de la Direction des Prix, cette part varierait entre 20 et 60 pour cent, 62 pour la viande, 56 pour le pain, 52 pour le lait, 51 pour le vin, 47 pour l'huile de colza, 30 pour le sucre et les pommes de terre, 20 à 40 pour les fruits et légumes.

Dans le cas du pain, entre 1939 et la fin de 1951, la part du produc- teur de blé dans le prix du pain s'est abaissée de 64,4 pour cent à 55,8 pour cent, alors qu'augmentaient les parts des organismes stockeurs, des transports et surtout des taxes qui avaient quintuplé.

* * *

L'agriculteur « moyen », et surtout petit, n'a évidemment de cette situation, de ces causes et de ses effets qu'une vue frag-

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mentaire et variable avec sa position. Polyculteur, ne produi- sant que peu de blé au-delà de sa consommation personnelle, i l participera faiblement à la grande émotion frumentaire annuelle, surtout si, payant son fermage en blé, la hausse de la céréale noble l'atteint en même temps qu'elle lui bénéficie. Cependant certains phénomènes, comme la distorsion des prix industriels et agricoles, sont ressentis par tous et motivent des plaintes unanimes. « Nous payons tout ce que nous achetons de plus en plus cher et nous vendons de plus en plus mal tout ce que nous vendons », tel est en ce moment le leitmotiv de la protestation paysanne. L a réaction inévitable, à laquelle industriels et commerçants feraient bien d'accorder plus d'attention, est que la petite exploitation rurale, réduisant au minimum ses achats, se constitue en état d'autarcie dans toute la mesure où elle le peut. Cette mesure est limitée par l'obligation de vendre la partie de la récolte qui excède la consomma- tion domestique et qui, pour certains produits, trouve de plus en plus difficilement preneur même à des prix de liquidation : tel est le cas du vin dans les régions de forte production ou même de produc- tion très moyenne où i l arrive maintenant que le logement d'une récolte soulève un problème élémentaire mais difficilement soluble, du fait que la récolte précédente invendue est encore en cave.

Ainsi ne se pose plus seulement la question du prix rémunérateur : il s'agit en outre, suivant l'expression désormais classique, de

« résorber les excédents », et, dans les deux cas, on fait appel à l'Etat.

Cet appel, comme chacun sait, est déjà ancien. Longtemps, la protection douanière et de modiques subventions ont été les seules formes du soutien gouvernemental à l'agriculture. Entre les deux guerres, le trouble croissant et constant qui sévit sur les marchés intérieurs et extérieurs entraîna des interventions étatistes d'un type nouveau en faveur notamment du blé et du vin. Si la création de l'Office du Blé contenta, en même temps qu'un désir de normali- sation des prix, les aspirations d'un gouvernement socialisant, c'est M . André Tardieu qui jeta les bases de l'étonnant document connu sous le nom de Code du V i n . L a période de pénurie, qui accompagna et suivit la deuxième guerre mondiale, vit multiplier, à l'inverse de la précédente, où le souci primordial était la surpro- duction,.les mesures « productivistes » : aujourd'hui, dans divers secteurs, on est revenu à la phase de la surproduction, au lieu que dans d'autres on se préoccupe encore d'éviter sinon la pénurie

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du moins l'appoint d'importations coûteuses. Il arrive toutefois qu'on recourt à ces dernières dans l'intention de provoquer un

« choc » favorable à la baisse des prix, tandis que dans le comparti- ment voisin on s'efforce de dessiner une politique d'exportation et même de susciter un « pool » européen. Cette diversité d'objectifs, non seulement dans le temps mais dans le cadre de ce qu'on appellera, avec une évidente bienveillance, une même politique a donné naissance à un ensemble de réglementations d'une rare incohérence et d'une application de plus en plus laborieuse. Le jour où l'on décida par exemple que le prix des oléagineux serait fixé à 2,1 du prix du blé, on inscrivait dans un proche avenir les difficultés que connaissent présentement et simultanément le marché du blé et celui des corps gras.

Nul n'ignore qu'à la base du système figure aujourd'hui le régime des prix garantis. Il repose sur un principe défendable : on fait valoir que le cycle de la production agricole s'étend sur de longs mois pendant lesquels la pénible expérience de ces dernières années apprend que des modifications importantes peuvent survenir, en raison notamment de l'instabilité monétaire, dans le prix de revient et le prix de vente du produit considéré ; on admet que le cultivateur ne peut prendre un risque imprévisible sans être assuré de « s'y retrouver », faute de quoi i l cessera de cultiver ou cultivera autre chose. Pratiquement l'application du prix garanti aboutit à des résultats dommageables pour les uns ou pour les autres, sinon pour tout le monde, en tout cas pour l'Etat. Car de deux choses l'une : ou bien le prix garanti correspond au prix du marché, et i l est inutile, ou bien i l ne coïncide pas avec ce prix, et alors se présente une autre alternative. Si le prix garanti est supérieur au prix du marché, cela signifie en réalité que l'État subventionne une produc- tion devenue pléthorique et que, la subventionnant, i l la maintient telle. Si le prix garanti est au contraire inférieur à celui du marché, le producteur est lésé, la production se raréfie et i l faut combler le

déficit par des importations effectuées à des prix supérieurs au prix » garanti. Dans les deux cas, l'usage de ce dernier aboutit en fait à

une subvention du Trésor public : généralisé et appliqué dans sa rigueur i l est incompatible avec un régime de monnaie saine. Enfin, comme le prix garanti est fixé annuellement, cette fixation déter- mine à chaque fois une crise, car l'adaptation du prix garanti à l'ensemble des autres prix doit être réalisée brusquement, alors que l'évolution de ces derniers s'est étalée sur l'ensemble de l'année. A

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une adaptation lente et progressive, on substitue une perturbation soudaine qui, lorsqu'il s'agit d'un produit-clef et d'un prix-pilote, comme dans le cas du blé, ébranle tout le système.

C'est pourquoi la fixation des prix garantis — celui du blé et de la betterave notamment — représente ce qu'on a pu appeler sans exagération le « calvaire annuel du Président du Conseil », pris entre la nécessité de respecter la garantie et celle de ne pas « mouve- menter » le niveau général des prix. E t comme le prix garanti est fonction d'une multitude de données techniques complexes et discutables, d'où l'on prétend déduire la composition exacte des prix de revient, des débats s'ensuivent dont on ne sache pas que la conclusion ait jamais été satisfaisante pour personne.

Tout le monde sait qu'elle l'a été cette année moins que jamais, du moins si on mesure l'insatisfaction générale aux protestations des

« porte-paroles » de l'agriculture. L a situation était, rappelons-le, la suivante, en ce qui concerne le prix du blé : l'Office interprofes- sionnel des Céréales, organisme d'Etat qui a succédé à l'Office du Blé d'avant-guerre, produisait un calcul selon lequel ce prix devait être fixé à 3.750 francs ; l'Association des Producteurs de Blé arrivait pour sa part aux environs de 4.200 francs, mais ajoutait qu'elle consentirait, pourvu qu'on respectât le cadre légal dans lequel s'inscrivait ce chiffre, un abattement proportionné aux sacrifices consentis dans d'autres secteurs de l'économie nationale.

Finalement, le chef du gouvernement a décidé de maintenir le prix du blé au niveau actuel, c'est-à-dire à 3.600 francs avec toutefois une clause dite de sauvegarde, qui pourrait le porter en cours d'année, au cas d'intervention d'éléments imprévisibles (traduisons : une hausse marquée des autres prix), à 3.750 francs, taux qui avait

« été, semble-t-il, suggéré, avant la décision gouvernementale, par le Comité National des prix.

Sur le plan de la politique générale, la décision de M . Pinay se justifie pour des raisons qu'il est inutile de développer. Une hausse spectaculaire, même réduite, d'un produit essentiel, menaçait de ruiner toute l'entreprise de stabilisation des prix. Même si l'on avait réussi à limiter l'augmentation corrélative du prix du pain, il eût été impossible, techniquement et psychologiquement, de

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supprimer les ondes de hausses, qui se fussent propagées dans toute l'économie française à partir de la hausse du prix du blé. Une réaction toutefois était prévisible, qui s'est manifestée par les soins des grands groupements agricoles. Elle s'est fondée au départ sur ce que de toute évidence le « cadre légal » n'avait pas été strictement respecté par la décision gouvernementale : i l n'est pas douteux que, même sans solliciter les chiffres, le prix de revient du quintal de blé a augmenté depuis le mois d'août 1951, où a été fixé le prix de 3.600 francs maintenu en 1952. Et les leaders agricoles d'observer que si tous les producteurs doivent consentir au redressement national des sacrifices de cette sorte, celui qui était demandé aux producteurs de blé était hors de proportion avec les concessions obtenues ou imposées dans les autres branches de l'activité écono- mique. D'où reprise du thème ancien selon lequel l'agriculture est une perpétuelle sacrifiée, et esquisse d'une mobilisation au moins à terme contre le gouvernement responsable. On sait comment ce mouvement s'est conjugué avec une agitation viticole, dont les origines sont à la fois différentes et semblables. Le prix du vin n'est pas garanti, mais i l est « normalisé » par l'existence d'un « prix- plancher » et d'un « prix-plafond », qui règlent l'arrivée sur le marché des tranches de la récolte précédemment bloquées ; en outre le fameux Code du Vin prévoit la distillation des « excédents » officiellement reconnus, procédure qui recule les limites de l'absur- dité admise parce qu'elle détruit une marchandise consommable aux frais de l'Etat, qui n'a que faire de ces flots d'alcool, et aux frais du viticulteur à qui l'alcool est payé à un prix insuffisant. Là encore M . Pinay a réagi en limitant la distillation. Le tout a provoqué des grèves administratives, une tentative ridicule de convocation du Parlement pendant l'intersession, et une agitation politique soigneusement entretenue dans une région de -France particulièrement propice à ce genre d'entreprise.

Tel est l'aboutissement qui requiert la plus immédiate atten- tion : i l n'est pas exclu que ces difficultés agricoles dégénèrent en difficultés politiques. Par un enchaînement naturel, les protesta- tions des organisations corporatives, une fois haussées à un certain ton, ont été amenées à évoquer des sanctions parlementaires ; encore que les masses rurales manifestent certainement en la circonstance une moindre passion que leurs dirigeants, ceux-ci ne sauraient perdre la face en arrêtant court l'action engagée, et parmi ces dirigeants, ou dépendant étroitement d'eux, figurent les députés

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« paysans », élément notable de la majorité de M . Pinay. Ainsi sont réunies les conditions d'un accident parlementaire possible, dans le moment où, pour d'autres causes, le Président du Conseil sera précisément amené à demander à cette majorité un effort excep- tionnel.

* * *

Que si l'on veut raison garder, i l est cependant clair que l'intérêt de l'agriculture n'est pas de contribuer à ouvrir une crise politique, que suivraient inévitablement une rechute de l'in flation et un retour à l'instabilité permanente de la monnaie et des prix. Il est aisé de prévoir que, pour l'immédiat, cette éventualité comporterait une taxation sévère des produits agricoles, et, avec une nouvelle poussée des prix industriels, une aggravation de la « distorsion » qui est présentement le mal essentiel dont souffre l'économie rurale. Très accessoirement on peut noter que les députés paysans ne sont pas le plus souvent élus par les seuls agriculteurs et n'interpréteraient pas en conséquence le désir de tous leurs électeurs en contribuant à mettre fin à la politique en cours. Mais par-dessus tout, il est certain que la solution de la crise agricole exige, en même temps que la stabilité de la monnaie, des finances saines et une absolue continuité dans l'entreprise de redressement nécessaire.

C'est à dessein que nous avons placé en tête de cette chronique un bilan sommaire de la situation agricole afin de rendre sensible qu'elle n'est pas justiciable de mesures fragmentaires et artificielles.

Aussi bien, dans la très longue lettre qu'il a adressée au milieu d'août au Président du Conseil, M . Biondelle, président de la Fédération nationale des Exploitants agricoles, se préoccupait-il essentiellement, avec grande raison, de définir « les éléments d'une politique agricole positive et durable ». Le passé récent ne suffit-il pas à démontrer que cette politique n'est même pas pensable dans l'instabilité gouvernementale et l'instabilité économique ? Quand parmi les éléments précités on voit par exemple figurer le rééquipe- ment de l'agriculture et l'organisation des marchés, suppose-t-on que le rééquipement se fera au moyen de crédits en monnaie fon- dante, et que les marchés s'organiseront dans la poussée continue des prix ?

Cela dit, les agriculteurs peuvent fort légitimement soutenir qu'ils ne doivent pas faire seuls les frais d'un assainissement préa-

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Jable, à défaut duquel on ne construira ou on ne reconstruira rien.

E n fait, ils n'ont pas ou ils n'ont plus le monopole de tels sacrifices, et il faut bien admettre que les prix agricoles ont plus d'importance, qu'on le veuille ou non, pour la santé économique et sociale du pays, que le prix des lunettes d'écaillé ou des plumes de paon.

Mais précisément parce qu'ils font l'objet de la part des pouvoirs publics d'une « sollicitude » toute particulière, i l est indispensable que cette sollicitude s'étende non plus seulement aux effets mais aux causes, c'est-à-dire à la mise en œuvre de la politique « positive et durable » qui nous a, jusqu'à ce jour, fait défaut.

G.-J. G I G N O U X

P.-S. — A la suite de notre chronique du 15 juillet consacrée à l'industrie cotonnière, M . E d . Senn, président de l'Institut de recherches du Coton et des textiles exotiques, nous adresse une très intéressante lettre, selon laquelle i l lui paraît que nous avons

« minimisé les efforts faits jusqu'à ce jour en Afrique » pour le développement de la production cotonnière et veut bien nous détailler l'importance de ces efforts.

Nous nous permettrons de rappeler que nous nous sommes borné à noter que l'Union française avait réussi à fournir en 1950 cinq à six semaines de consommation à notre industrie cotonnière et qu'il serait souhaitable qu'elle fît davantage : i l n'y avait rien là qui put minimiser, tout au contraire, puisqu'ils ont obtenu ce premier résultat, l'action des organismes que dirige M . E d . Senn avec une autorité à laquelle nous sommes heureux de rendre hommage. Quant au constat de carence du plan Monnet en présence de ce problème capital, i l émanait, on voudra bien le constater, d'un homme politique que nous citions, et auquel, d'ailleurs, nous continuons à penser qu'on ne peut pas donner entièrement tort.

C.-J. G.

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