INFLUENCE DES VARIATIONS SAISONNIÈRES
DE LA LUZERNE SUR LA CROISSANCE,
LA MORTALITÉ ET L’ÉTABLISSEMENT
DE LA MATURITÉ SEXUELLE CHEZ LE CAMPAGNOL DES CHAMPS
(MICROTUS ARVALIS)
Lise MARTINET
Monique
MEUNIER J.-M. LHOSTEStation centrale de
Physiologie animale,
Centre national de Recherches
zooteehniques,
78 -/OMy !M-yo!fM
Institut national de la Recherche
agronomique
- ---
SOMMAIRE
Les interactions de la
végétation
et de la durée de laphotopériode
sur la croissance, la mortalitéet l’établiS32ment de la maturité sexuelle ont été étudiées chez le
Campagnol
desChamps.
Les animaux ont été élevés dès leur naissance sous une
photopériode
claire de io h ou de r5 h h par 24h et nourris avec de la luzerne fauchée soit auprintemps,
soit à l’automne, à deux stadesvégé-
tatifs différents
( 30
cm etpréfloraison).
pLa mortalité au cours du
premier
mois de la vie estplus
élevée, la croissancecorporelle,
la fertilitédes mâles et des femelles
plus
faible dans les lots nourris avec de la luzerne fauchée àl’automne plutôt qu’au printemps,
au stadevégétatif
depréfloraison, plutôt qu’au
stade 30 cm, et soumis à unephoto- période
claire de io hplutôt qu’à
une de i5h.Lorsque
sont associés les trois facteurs : stadevégétatif
de la luzerne,cycle
devégétation
et duréede la
photopériode,
il estpossible d’expliquer
enpartie
lescycles
saisonniers observés dans la nature chez lespopulations
deCampagnols.
INTRODUCTION
Le
Campagnol
deschamps,
Microtusarvalis, présente
uncycle
sexuel relative- mentrégulier ( DELOST , 1955 ; B ERNARD , 19 6 4 ; MARTINET, i 9 6 7 ).
D’autrepart,
l’effet favorabledes photopériodes claires longues
ou croissantes surle poids
des testicules et le nombre despermatozoïdes
chez lemâle, la fréquence
de lagestation
et lataille
des
portées
chez lafemelle,
a été bien mis en évidence(Lrcy g , i 9 62 ;
MARTINETI9 66).
Cependant,
s’il existe chez Microtus arvc!lis unephotopériode
claireoptimum,
située autour de 15heures, permettant
une fertilitémaximum,
il estimpossible
même avec des
photopériodes
claires aussi courtes que 5 heures par 24heures,
d’em-pêcher l’apparition
de la maturité sexuelle chez le mâle ou lafemelle,
ou deprovdquer
des
régressions
testiculairescomplètes
chez le mâle adulte.Il semble donc que la variation de la durée du
jour
ne soit pas le facteur déter- minant dans le déclenchemcnt ou l’arrêt annucl de lareproduction.
Il faut alors penser à un ouplusieurs
autresfacteurs, agissant
ou non ensyr.crgie
avec lephctopériodisme.
L’étude des
populations
sauvages deCampagnols
nous a conduit àenvisager
unecertaine relation entre le
cycle végétatif
desplante3,
la luzerne notamment, consom-mées par les animaux et le
cycle
sexuel saisonnier. Existc-t-il dans la luzerne des facteurssusceptibles
de contrôler lareproduction?
Ce sont lesexpériences
relativesà ce
problème qui
sontrapportées
dans ce travail.MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Ce travail a été réalisé à
partir
deCampagnols
élevés sous des conditions contrôlées de lumière etde
température
et nourris avec de la luzerne récoltée au cours des années 1967 etzç68.
La luzerne
utilisée,
provenant d’une luzernière en 2e et 3e annéed’exploitation,
a été fauchée,congelée
immédiatement dans laneige carbonique, puis
conservée à -ig!C
en attendant d’être dis-tribuée. Elle a été
prélevée :
- en 1967 :
en
avril,
au stade 30cm du iercycle
devégétation
=Printemps I,
en
juillet,
au stade 30cm du 3ecycle
devégétation
= Été I,en octobre, au stade 30cm du 4e
cycle
devégétation
= Automne I.- en 1968 :
en
avril,
au stade 30cm du 1ercycle
devégétation
=Printemps
I,en mai, au stade
préfloraison
du iercycle
devégétation = Printemps
II,en
septembre,
au stade 30cm de 4ecycle
devégétation
= Automne I,en octobre, au stade
préfloraison
du 4ecycle
devégétation
= Automne II.Les
expériences
sur les animaux ont été conduites en décembre19 6 7
et décembre19 68
suivant leplan expérimental présenté
dans le tableau i ; elles ontpermis
de comparer le rôle sur la croissance etla fertilité des
Campagnols
de luzerne soit au même stade dedéveloppement,
mai> provenant decycles
devégétation différents,
soit à des stades dedéveloppement
différents et d’étudier les interac- tionspossibles
avec laphotopériode.
Les animaux ont été
placés
dans les conditionsexpérimentales
de lumière et d’alimentation dès leur naissance.Les
portées
ont étépesées
au sevrage et à trentejours,
le nombre de mortsenregistré.
Les mâles ont été tués et
pesés
à 45jours ;
leurs testicules et vésicules séminalespesés,
lesépidi- dymes broyés
suivant latechnique
de DOUNCE( 1943 )
pour évaluer les réservesépididymaires,
lefructose des vésicules séminales dosé suivant la
technique
de MANN( 194 6).
Les femelles ont été tuées et
pesées
à 35jours, après
avoir étéaccouplées pendant
48 heures avecun mâle fertile (en
19 6 7 )
ouaprès
avoir reçu uneinjection intrapéritonéale
de 1,25 UI d’hormonechorioniqua gonadotrope
(en19 68).
Les ovaires ont étéprélevés,
les corpsjaunes
et les oeufs dénom- brés par examenmicroscopique
des coupes sériées des ovaires, dupérisac
ovarien et des oviductes.En
19 6 7 ,
le nombre de femelles des lots soumis à un éclairementquotidien
de 10heures étant trop faible, il n’a pas étépossible
de tenir compte des résultats concernant ce groupe.L
2
dépouillement
des résultats a été fait à l’aided’analyses
de variance pour lespoids
du corps et des organesgénitaux,
à l’aide du testde x’
pour le nombre dejeunes
mourant entre o et 30jours
ou le nombre de femelles ovulant.
RÉSULTATS
Trois
facteurs
et leurinteraction possible
ont étépris
en considération : la saison àlaquelle
a été fauchéela luzerne,
le stade dedéveloppement
de la luzerne et la duréequotidienne d’éclairement.
i. Croissance
coy!orelle de
lanaissance
à 30jours (tabl.
2,fig. I )
I,a croissance a été mesurée par le
poids
desjeunes
au sevrage(i 5 j)
des femelles à 30et35 jours
etdes
mâlesà
3o et 45jours.
Dès le sevrage, une
différence
dans la croissancecorporelle apparaît
entre les8
lots, différence qui
s’accentue avecl’âge.
Chez le
mâle,
les trois facteurs étudiésagissent
sur lepoids
du corps.En
19 6 7 ,
il n’existe pas de différence entre lespoids
du corps des animaux des 3lots
Printemps, Été,
Automne z5 heures delumière ;
maislorsque
l’éclairementquotidien
est réduit à 10heures,
lepoids
du corps estplus faible
dans les lotsEté
etAutomne que dans le lot
Printemps.
En
19 68,
lespoids
du corps sonttoujours plus
faibles dans les lots recevant de la luzerne d’Automne que dans ceux recevant de la luzerne dePrintemps
pour un stadevégétatif identique.
La croissance chez des animaux nourris avec de la luzerne au
stade préfloraison
est
toujours plus
lente que celle des animaux nourris avec de la luzerne au stade 30cm.D’autre
part,
lacomparaison
de l’ensemble desrésultats,
faiteannée par
annéegrâce
à desanalyses
de variance à deux facteurs et deuxniveaux,
apermis
de mon-trer que la croissance était
toujours significativement plus
élevée sous 15 heuresque sous io heures de lumière par 24 heures et
qu’il
n’existait pas d’interaction entre la lumière et, soit l’effet saison de laluzerne,
soit l’effet stade dedéveloppement
(tabl. 5).
Chez les
femelles.
Bien que les résultats semblentidentiques,
les conclusions sontplus
difficiles à
tirer ;
eneffet, l’analyse statistique
montre une interaction hautementsignificative
des effets dus à la luzerne et à la durée de laphotopériode
claire.Cependant,
onpeut
noter que ce sont les femelles nourries avec de la luzerne dePrintemps
30cmqui
sont lesplus
grosses et celles nourries avec de la luzerne d’Au- tomne au stadepréfloraison
et sous 10heures de lumière par 24 heuresqui
sont lesplus petites.
2
. Mortalité des
jeunes de
la naissance à 30jours (tabl.
3,fig. 2 )
La mortalité a été calculée à 15 et 30
jours
pour l’ensemble desjeunes
mis enexpérience
et à 45jours
en19 68
pour les mâles.w
En
19 6 7 ,
lacomparaison
du nombre d’animaux vivants à 15jours
et à 30jours,
par
rapport
au nombre dejeunes nés,
montrequ’il
existe une différencesignificative
à 30
jours
entre les 6 lots.ha
mortalité estplus importante
chez les animaux des lotsEté
10heures et Automne ig et 10heures que chez ceux des lotsPrintemps
i5 heureset 10heures et
Été
i5heures,
mais la durée de laphotopériode nesemble
pas intervenir.En
19 68,
on trouve une différence hautementsignificative,
entre l’ensemble des 8lots,
dans lespourcentages
d’animaux vivants à 3ojours.
La différence du taux de mortalité des animaux soumis à unephotopériode
claire de 15 heures est due à uneaugmentation
de cette mortalité chez les animaux nourris avec de la luzerne d’Au-tomne, ou de la luzerne au stade de la
préfloraison.
Chez les animaux recevant io heures de lumière par 24heures,
la très faible mortalité dans le lot Automne I est difficile- mentexplicable ;
par contre, on remarque que dans le lot Automne IIqui
réunit lesconditions alimentaires et lumineuses de la fin de l’automne dans la nature, la morta- lité est maximum.
Entre
30 et 45jours,
la mortalité chez les mâles estpratiquement nulle ;
onremarque seulement une mortalité assez forte dans le lot Automne I 10 heures.
Il semble donc que les facteurs favorisant la mortalité chez les
Campagnols
aucours du
premier
mois de la vie soient ceuxqui
ralentissent la croissancecorporelle,
à savoir luzerne
d’automne,
stadevégétatif
de lapréfloraison
etphotopériode
clairede io heures.
3
. Fertilité chez le mâle
(tabl.
q.,fig. 3 )
La fertilité a été mesurée par le
poids
des testicules et des vésiculesséminales,
lenombre de
spermatozoïdes épididymaires
et le contenu en fructose des vésicules sémi- nales.L’analyse
des résultats montre que la saison àlaquelle
est fauchée laluzerne,
le stade dedéveloppement
de cette luzerne et la durée de laphotopériode
claire ont uneffet hautement
significatif
sur lepoids
des testicules et des vésicules séminales etqu’il n’y
ajamais
interaction entre ces trois facteurs(tabl. 5).
La luzerne au stade 30 c!
permet toujours
une croissance des testicules et des vésicules séminalessupérieure
à celle desgonades
des animaux recevant de la luzerneau stade de la
préfloraison.
De
même,
la luzerne dePrintemps permet toujours
une croissance desgonades supérieure
à celle de la luzerne d’Automne.A ces deux effets
s’ajoute
la stimulation différente desphotopériodes
claires de15
heures ou de 10 heures.
Le pourcentage
de mâlespossédant
des réservesépididymaires
etl’importance
de ces réserves varient
parallèlement
aupoids
destesticules ;
il en est de même pour la teneur en fructose et lepoids
des vésicules séminales.Ainsi,
la fertilité est maximum chezles mâles
recevant de la luzerne dePrintemps
au stade 30cm sous une
photopériode
claire de z5 heures.Chez
les mâles recevant de la luzerne d’Automne austade
de lapréfloraison
sous unephotopériode
claire de10
heures,
l’établissement de la maturité sexuellesemble pratiquement impossible.
4
. Fertilité chez les
femelles (tabl. 6, fig. 4 )
La
fertilité a été mesurée d’unepart
par lepourcentage
de femelles ovulantaprès accouplement
ouinjection d’HCG,
d’autrepart
par le nombre d’ovulations par femelle et lepourcentage
d’oeufs fécondéslorsqu’il
y avait euaccouplement.
La date de
prélèvement, Printemps, Été
ouAutomne,
n’a pas d’effet sur le pour-centage
de femellesovulant, lorsqu’elles
sont soumises à une durée d’éclairement de 15 heures par 24 heures. Par contre, dans les lots où laphotopériode
claire est de10heures par 24
heures,
il existe une différencesignificative
entre leslots,
pour un même stade dedéveloppement,
en fonction de la date deprélèvement.
Les luzernes au stade de la
préfloraison
ont un effet défavorable sur le nombre de femellesovulant ; les
différences ne sont passignificatives,
sans doute à cause dunombre insuffisant de femelles par lot.
L’effet
inhibiteur de luzernes soitd’Automne,
soit au stade de lapréfloraison,
estsurtout net pour une
photopériode
claire de 10heures par 24 heures.Le nombre de corps
jaunes
par femelle ne semble modifié que par la durée de laphotopériode ; cependant,
onpeut
observer dans les deux lots AutomneII,
en19 68,
une diminution du nombre de corps
jaunes.
Le
pourcentage
d’ceufs fécondéssemble
diminuerquand
la luzerne estprélevée
en
Été
ou enAutomne, plutôt qu’au Printemps.
Latechnique
utilisée en19 68 n’a
pas
permis
de confirmer ce résultat.DISCUSSION
L’ensemble
des résultats montre que la mortalité au cours dupremier
mois de lavie est
augmentée,
la croissancecorporelle
etla fertilité
des mâles et des femellesdiminuées, lorsque les
animaux sont nourris :- avec de la luzerne
d’Été
oud’Automne
de 30cm ou enpréfloraison ;
- - avec de la luzerne du même
cycle végétatif,
mais fauchée au stade de lapré-
floraison parrapport
au stade de 30cm.Ces effets sont considérablement
augmentés lorsque
les animaux sont, enplus,
soumis à une
photopériode
claire courte( 10
h. par 24h), qui
ne favorise pas la crois-sance et la fertilité comme une
photopériode
clairelongue.
Dans le tableau 7, le nombre de mâles ou de femelles fertiles obtenu à
partir
de100
jeunes
nés a été calculé suivant la formule :et le nombre de
jeunes produits
par ioo femelles de 35jours,
suivant la formule :Lorsque
sont associés les trois facteurs : stade dedéveloppement
de laluzerne, cycle
devégétation
et durée de laphotopériode,
il estpossible d’expliquer
lescycles
saisonniers observés dans la nature.
PINTER et NEGUS
( 19 65, 19 66, 19 68)
ont montré l’addition des effets dus auphotopériodisme
et à laqualité
de la nourriture sur la croissance et la fertilité de Microtus montanus. D’autrepart,
de nombreuxauteurs,
notamment B!rrn!!,r,(ig 59 ),
KAr,!r,n
( 19 6 1 ),
STODART et MYERS( 19 66)
ontessayé
d’associer les fluctuations annuelles du nombre despetits
Mammifères herbivores avec leschangements
sai-sonniers de la
qualité
desherbages.
HOFFMAN( 195 8)
a trouvé unparallélisme
aucours de l’année entre la teneur en
protéines
d’uneprairie
et le nombre de corpsjaunes
chez Microtus montanus.
Mais ce ne sont sans doute pas les variations de teneur d’un seul constituant
qui
sont
responsables
des effets observés au cours del’année ;
il est fortprobable
que laquantité
de nourriture consommée doit varier aussi en fonction de la teneur encertains
constituants,
comme la cellulose parexemple.
De toute
façon,
il semble bien que laprésence
des deux facteursvégétation
etphotopériode
soit nécessaire pour déterminer lecycle
annuel dereproduction
chez leCampagnol.
Reçu
pourpublication
en avril 1969.REMERCIEMENTS
Nous remercions le Laboratoire d’Amélioration des Plantes
fourragères
de l’I. N. R. A.qui
a misà notre
disposition
desparcelles
de luzerne et nous a aidés pour l’exécution del’expérience.
SUMMARY
EFFECT OF THE SEASONAL CHANGE IN LUCERN FEED ON GROWTH, MORTALITY
’
AND SEXUAL MATURATION OF THE FIELD VOLE cc MICROTUS ARVALIS »
The interaction of plant feeds and day light on growth, mortality and sexual maturation
were studied in the field vole (Microtus arvalis).
The animals were kept from birth under 10 or 15 hour periods of daily light and fed with
lucern hay cut in
Spring
or Autumn at two different stages (30 cm of preflorescence).First month mortality was greater, body growth and male or female fertility lower, in batches submitted to 10hours of daily lighting and fed lucern hay cut in Autoumn in its preflo-
rescent stage.
The natural seasonal cycles observed in populations of voles can be tentatively accounted
for by the cumulative effects of the three factors, plant growth stage, season of cut, and photo- period.
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