Cirrhose hépatique: potentiel de progression et régression
Seraina von Moosa, Beat Müllhauptb
UniversitätsSpital, Zürich
a Klinik und Poliklinik für Innere Medizin, b Swiss HPB (Hepato-Pancreato-Biliary) Center und Klinik für Gastroenterologie und Hepatologie
Changement de paradigme: «There are many, where before there was one [1]»
«… cirrhosis is not a progressive chronic process, but an end-product» by Mallory 1914 [2]
Tandis que, ces 200 dernières années, la «cirrhose»
incarnait une phase terminale irréversible, un chan
gement principalement dû aux progrès relatifs au traitement des hépatites virales est actuellement en cours, et ceci basé sur la régression d’un tableau cli
nique autrefois considéré comme phase terminale incurable [3]. La nouvelle compréhension de la cir
rhose hépatique comme processus pathologique avec potentiel de progression et régression et, selon l’étio
logie, différents pronostics [1] a mené à la proposition de remplacer le terme «cirrhose» par «Advanced stage of Chronic Liver Disease (ACLD)» [4]. Cela requiert une modification des conceptions de la part des médecins traitants et redonne espoir à 29 millions de personnes en Europe, atteintes de cirrhose hépatique. Cette dernière est responsable de 1,5% des cas de décès en Europe (170 000 décès/an), parmi lesquels près d’un
tiers causés par un carcinome hépatocellulaire (CHC).
Malgré une régression de l’incidence de la cirrhose hépatique da ns toute l’Europe au cours des dix der
nières années, une nouvelle hausse est à prévoir durant les prochaines années en raison de l’augmen
tation de l’adiposité (34,6% de la population est en surpoids) [5].
Histopathologie
Sur le plan histologique, la transformation cirrho
tique du foie ressemble à un «processus de cicatrisa
tion» avec trois éléments clés: (1) fibrose, (2) angio
Seraina von Moos
Quintessence
• Au cours des dernières années, un changement de paradigme a eu lieu, accompagné d’une nouvelle compréhension de la cirrhose hépatique en tant que processus évoluant par paliers plutôt que phase terminale irréversible.
• Le degré de l’hypertension portale détermine le stade de la cirrhose hépa tique.
• En cas de cirrhose hépatique récemment diagnostiquée, les examens visent une estimation pronostique déterminée par l’âge, l’étiologie, le stade ainsi que les complications de la cirrhose hépatique.
• L’accompagnement d’un patient atteint de cirrhose hépatique comprend un traitement basé sur l’étiologie avec possibilité de ralentissement de la progression, voire même régression de la cirrhose, ainsi que la pré- vention de complications.
• Les principales complications et causes de décès de la cirrhose hépa- tique sont l’hémorragie par rupture de varices œsophagiennes et le car- cinome hépatocellulaire, d’où la recommandation d’examens de dépis- tage réguliers.
Abréviations
AFP = alpha-fœtoprotéine CHC = carcinome hépatocellulaire DF = dureté du foie
GPVH = gradient de pression veineuse hépatique MELD = Model of End Stage Liver Disease NAFLD = Non-Alcoholic Fatty Liver Disease
© Sebastian Kaulitzki | Dreamstime.com
genèse et (3) régénération des cellules hépatiques, déclenchées par un stimulus chronique nocif pour les cellules hépatiques. En raison de la modification de la structure vasculaire hépatique et de l’augmen
tation de la résistance au débit sanguin, ces processus histologiques de transformation entraînent le déve
loppement d’une hypertension portale, dont le degré constitue un tournant pronostique essentiel sur le plan clinique.
En fonction de l’étiologie de la cirrhose hépatique, le modèle de la fibrose [6], et ainsi la vitesse de déve
loppement de l’hypertension portale, diffèrent, ce qui pourrait expliquer les différences de progression et de pronostic des diverses cirrhoses selon leur étiologie. Il a ainsi pu être démontré que la cirrhose alcoolique présente une fibrose intercellulaire plus prononcée entraînant une décompensation plus rapide que la cirrhose hépatique non alcoolique [7].
Diagnostic de la cirrhose hépatique
La biopsie du foie est considérée comme un standard d’or pour le diagnostic de la cirrhose hépatique. Elle est réalisée par voie percutanée ou transjugulaire (en cas de risque accru d’hémorragie ou d’ascite pronon
cée). Une biopsie informative contient 11–15 espaces portes. Le degré de fibrose est déterminée à l’aide de systèmes de score semiquantitatifs: METAVIR F4 et Ishak F5–F6 correspondent au stade de cirrhose. En raison de la nouvelle compréhension de la dynamique cirrhotique, il a été proposé de décrire en complé
ment le degré de la nécroinflammation comme indi
cateur d’activité, signe de régression, ainsi que signe de transformation maligne [4, 6]. Du fait d’une forte corrélation avec le degré de fibrose, le Fibroscan (élas
tographie transitoire) est d’une grande importance dans le diagnostic de la cirrhose hépatique. Cette mé
thode fait appel à des ultrasons produisant une onde d’impulsion à basse fréquence qui se propage dans le foie avec une vitesse différente en fonction de sa du
reté. Plus le tissu hépatique est fibrosé, plus la vitesse de propagation est importante. La dureté du foie (DF) est mesurée en kPa (calculée selon la vitesse de propa
gation et la densité). La valeur prédictive négative est particulièrement élevée. Une DF <6 kPa est considérée comme normale. Une valeur >12 kPa représente le seuil d’une cirrhose hépatique [8]. En règle générale, le Fibroscan est complété par une échographie abdo
minale conventionnelle, qui montre, au stade avancé, un foie de taille réduite et présentant des nodosités, Tableau 1: Examens complémentaires en cas de cirrhose hépatique:
établissement du diagnostic et estimation du pronostic. Ce dernier dépend de l’âge, de l’étiologie, du stade et des complications.
Cirrhose hépatique
(Advanced Stage of Liver Disease)
Diagnostic (Biopsie hépatique), Fibroscan, échographie, statut clinique, analyses biologiques
Pronostic Age
Etiologie Anamnèse, analyses biologiques, éventuellement biopsie
Stade Statut clinique, scores (CHILD, MELD) Complications Gastroscopie, échographie (duplex), IRM
Tableau 2: Examens complémentaires: étiologie de la cirrhose hépatique.
Etiologie Examens de 1re ligne Examens de 2e ligne Histologie
Alcool Anamnèse
(γGT↑, MCV↑, AST > ALT) Fibrose intercellulaire prononcée
et capillarisation des sinusoïdes
NAFLD Syndrome métabolique
(exclusion d’une autre genèse)
Hépatite B Ag Hbs, Ac anti-Hbc (IgG/IgM) Septa porto-centraux et hépatite
d’interface
Hépatite C PCR VHC
Hépatite D Anti-VHD
(en cas de positivité à l’hépatite B)
Hépatite auto-immune AAN, anti-AML, taux total IgG
Cirrhose biliaire primitive AAM, phosphatases alcalines↑ Septa porto-portaux avec maintien
de la liaison entre veine centrale et espaces portes
Cholangite sclérosante primitive Maladies inflammatoires chroniques
de l’intestin, p-ANCA, taux total IgM↑
Hémochromatose Ferritine (sans CRP↑)
saturation de la transferrine >45% Génétique HFE
Maladie de Wilson Céruloplasmine↓, excrétion urinaire
en cuivre↑
Déficit en alpha-1 antitrypsine Taux d’alpha-1 antitrypsine
Génétique Médicaments
(par ex. méthotrexate) Associé avec alcool ou syndrome métabolique
AAN = anticorps anti-nucléaires; anti-AML = anticorps anti-muscles lisses; AAM = anticorps anti-mitochondries.
avec une surface irrégulière et une échogénicité accrue. Par ailleurs, l’échographie conventionnelle constitue une méthode peu onéreuse pour surveiller les complications cirrhotiques: formation de nodosi
tés, ascite, CHC et splénomégalie. Un examen duplex complémentaire permet de révéler/exclure une throm
bose de la veine porte. En cas d’examen échographique difficile, la tomodensitométrie avec injection de pro
duit de contraste à la phase portale est légitime. L’exa
men IRM sert avant tout à différencier les nodules de régénération du carcinome hépatocellulaire (CHC).
Examens en cas de diagnostic de cirrhose hépatique
En cas de signe de cirrhose hépatique, il convient de dé
terminer l’étiologie ainsi que le stade de la maladie, y compris les complications, afin d’estimer le pronostic et les stratégies préventives/thérapeutiques (tab. 1 et 2).
Etiologie de la cirrhose hépatique
En Europe, la cause principale de la cirrhose hépatique est la consommation chronique d’alcool, suivie par l’hépatite B (± coinfection par hépatite D). Aux troi
sième et quatrième places se trouvent l’hépatite C et la
«NonAlcoholic Fatty Liver Disease» (NAFLD) [5]. Des causes immunologiques et héréditaires plus rares sont exposées dans le tableau 2. Outre une anamnèse ciblée relative à la consommation d’alcool, au comportement sexuel, aux transfusions sanguines, à la consom
mation de drogues par voie intraveineuse, incluant l’anamnèse médicamenteuse, les examens biologiques fournissent des indications quant à la cause (tab. 2).
Si ces examens n’aboutissent pas à une classification étiologique, une biopsie hépatique est à évaluer.
Stadification: cirrhose compensée et décompensée
Les examens cliniques et le diagnostic biologique sont d’une importance particulière pour l’estimation du pronostic. La classification en 4 stades définis sur le plan clinique (tab. 3) [1, 9], en corrélation avec le degré d’hypertension portale, est pertinente pour le pronostic. La distinction essentielle concerne la clas
sification en «cirrhose compensée» et «cirrhose décom- pensée». Dans ce sens, il a pu être démontré que la survie moyenne de patients atteints de «cirrhose compensée» était, avec près de 12 ans, significative
Tableau 3: Stadification de la cirrhose hépatique.
Stades de la cirrhose
hépatique Caractéristiques Mortalité* Classification
Stade 1 Pas de varices œsophagiennes, aucune
ascite, aucune hémorragie 1% / an Cirrhose compensée
CHILD A Stade 2 Varices œsophagiennes sans ascite
et sans hémorragie 3,4% / an
Stade 3 Ascite avec/sans varices œsophagiennes
(jamais d’hémorragie) 20% / an Cirrhose décompensée
CHILD B et C Stade 4 Hémorragie des varices œsophagiennes
avec/sans ascite 57% / an
(50% des cas de décès dans les 6 mois après l’épisode hémorra- gique initial)
* Les indications de mortalité diffèrent selon les études [7, 9] (et le collectif inclus). En principe, toutes les études montrent toutefois une différence significative de la mortalité entre la cirrhose compensée (7–15%) et la cirrhose décompensée (40–50%).
Tableau 4: Scores pronostiques: scores CHILD et MELD.
Points CHILD 1 2 3
Bilirubine (μmol/l) <34 34–50 >50
INR (Quick %) <1,7 (>70) 1,7–2,2 (40–70) >2,2 (<70)
Albumine (g/l) >35 28–35 <28
Ascite (clinique) aucune modérée, traitable sévère, réfractaire au traitement
Encéphalopathie hépatique aucune degré I–II degré III–IV
CHILD A: 5–6 points; CHILD B: 7–10 points; CHILD C: 1–15 points; introduit depuis 1964.
MELD*: 9,6 × ln (créatinine sérique mg/dl) + 3,8 × ln (bilirubine totale mg/dl) + 11,2 × ln (INR) + 6,4 ([10], voir: https://sasl.unibas.ch/11calculators-MELD.php). (ln = logarithme naturel.)
Score MELD (Model of end stage liver disease) 6–40 points: utilisé depuis 2002 pour l’allocation d’organe en cas de transplantation hépatique.
Les patients présentant un score élevé sont prioritaires et le temps sur la liste d’attente ne joue plus aucun rôle.
* Dans le cas d’un CHC, des points supplémentaires sont attribués en fonction du stade.
ment plus longue que celle de patients atteints de
«cirrhose décompensée», chez lesquels la durée de vie ne compte plus que 2 ans environ [9].
Du point de vue clinique, l’apparition d’une ascite est souvent le premier signe du passage vers le stade de cirrhose décompensée. De même, la survenue d’un ic
tère ou d’une encéphalopathie hépatique fait partie du stade de la cirrhose décompensée. Il existe deux scores différents pour l’estimation pronostique du degré de gravité: le score de CHILDPugh et le score MELD. Tandis que le score de CHILDPugh intègre les paramètres de l’hypertension portale (ascite), le score MELD prend en compte le degré d’insuffisance rénale (tab. 4). Bien que le score de CHILDPugh soit à base de paramètres évalués subjectivement, aucune supé
riorité nette du score MELD, obtenu avec des para
mètres objectifs, n’a pu être démontrée en ce qui concerne l’estimation pronostique individuelle [10].
Tandis que le score de CHILDPugh permet une nette distinction en 3 stades A–C, le score MELD n’indique aucunes valeurs seuils.
Evaluation de l’hypertension portale:
GPVH, Fibroscan, thrombopénie et splénomégalie
Le degré d’hypertension représente un tournant pro
nostique. La pression veineuse portale peut être me
surée de manière invasive par voie transjugulaire par la pression veineuse hépatique bloquée. En raison de la pression intraabdominale, le gradient de pres
sion veineuse hépatique (GPVH) est calculé pour per
mettre une correction (pression veineuse hépatique
bloquée moins pression veineuse hépatique libre, [valeurs normales 3–5 mm Hg]). Une cirrhose est suspectée pour un GPVH >6 mm Hg. La hausse de pression est jugée cliniquement pertinente pour une valeur >10 mm Hg et, à partir d’un GPVH >12 mm Hg, de graves complications sont attendues, en par
ticulier des hémorragies par rupture de varices œso
phagiennes.
Au stade précoce, l’augmentation de pression vei
neuse portale correspond bien au degré de fibrose.
La mesure de la dureté hépatique (DH) au moyen du Fibroscan constitue donc une méthode indirecte de mesure permettant d’évaluer la pression veineuse portale [11]. Ainsi, une DH >20 kPa augmente nette
ment la probabilité de varices œsophagiennes. Tou
tefois, au stade cirrhotique avancé, à partir d’un GPVH >12 mm Hg, la corrélation entre le degré de fibrose et l’hypertension portale disparaît. Outre l’augmentation de la résistance au niveau intrahépa
tique, due à une fibrose accrue, la vasoconstriction intra hépatique active, ainsi que la situation circu la
toire hyperdynamique avec augmentation de l’in
dex cardiaque et diminution des résistances pé ri
phériques, contribuent à la hausse de pression dynamique. Suite à la vasodilatation splanchnique, le flux veineux portal augmente [6]. La cirrhose est devenue une maladie systémique, qui se manifeste cliniquement comme une cirrhose décompensée. A ce stade, la taille de la rate et la thrombopénie semblent présenter une meil leure corrélation avec le degré d’hypertension portale [12]. Sur le plan clinique, l’ap
parition d’une ascite est signe d’une hypertension portale pertinente.
Figure 1: Varices œsophagiennes. (A) Varices de petite taille (marquées par la flèche) (<5 mm) sans «red wale sign»
avec risque hémorragique faible. (B) Varices de taille importante (>5 mm) avec risque hémorragique élevé.
A B
Dépistage de complications:
varices œsophagiennes et CHC
L’hémorragie par rupture de varices œsophagiennes et le CHC représentent les causes de mortalité les plus fréquentes de la cirrhose hépatique. Les varices œso
phagiennes sont présentes chez près de 50% des patients (30% CHILD A et 85% CHILD C). Chez environ 30% des patients présentant des varices œsopha
giennes, une hémorragie survient durant la première année après établissement du diagnostic, ce qui est associée à une mortalité de 20% au cours des 6 pre
mières semaines. Suite à un premier épisode hé
morragique, une nouvelle hémorragie survient chez
⅔ des patients dans les 1–2 ans [13]. Près de 30% des patients cirrhotiques développent un CHC au cours de leur vie (incidence 2–8% par an, en fonction de l’étiologie de la cirrhose hépatique, augmentée en cas d’hépatite virale) [14]. En cas de diagnostic précoce, le taux de survie à 5 ans est de 70% avec transplantation et résection, tandis que la survie moyenne en cas de diagnostic au stade avancé est <1 an [15]. Afin d’éviter ces complications mortelles, des mesures régulières de dépistage sont recommandées.
Varices œsophagiennes
Un dépistage des varices au moyen d’une gastro
scopie doit avoir lieu au moment du diagnostic initial d’une cirrhose hépatique. En cas de cirrhose com- pensée, l’intervalle peut être prolongé de 1–2 ans (avec varices) ou 2–3 ans (sans varices). En revanche, en cas de cirrhose décompensée, qui s’accompagne d’une hausse du GPVH et ainsi d’un risque hémorragique accru, un dépistage annuel est recommandé.
Les varices sont classées en 2 stades: de petite taille (<5 mm) et de taille importante (>5 mm), ainsi qu’en fonction du risque hémorragique: avec ou sans «red wale sign» / «cherry-red spot» (fig. 1A, 1B). Le «red wale sign» décrit des bandes rouges linéaires correspon
dant à un amincissement de la paroi des varices œso
phagiennes, accompagné d’un risque hémorragique accru ou d’une hémorragie récente. De manière compa rable, le «cherry-red spot sign» représente une zone mince, rouge et arrondie de la paroi, avec risque hémorragique accru.
En cas de mise en évidence de varices présentant un risque hémorragique accru (varices de taille impor
tante ou de petite taille avec «red wale signs / cherry-red spots» ou cirrhose décompensée), une prophylaxie primaire faisant appel à des bêtabloquants non sélec
tifs (propranolol ou, conformément aux dernières directives, carvédilol) doit avoir lieu [13, 16]. La dose doit être titrée pour une tolérance maximale jusqu’à
une fréquence cardiaque de 55/min. L’objectif est de faire baisser le GPVH <12 mm Hg (bien qu’aucune corré lation avec la fréquence cardiaque n’ait pu être démontrée). Tandis que le propranolol était jusqu’à présent considéré comme traitement standard [13], de nouvelles études ont montré une réponse signifi
cativement meilleure lors de l’utilisation du carvédi
lol (6,25–12,5 mg/jour) avec blocage concomitant des récepteurs adrénergiques α1 (réponse thérapeutique d’env. ⅓ sous propranolol contre ⅔ sous carvédilol) [16]. Les bêtabloquants non sélectifs réduisent à la fois le débit cardiaque (effet β1) et le débit sanguin splanchnique en empêchant la vasodilatation splanch
nique (effet β2). Grâce au blocage concomitant des récepteurs adrénergiques α1, il est également pos
sible d’influencer la résistance intrahépatique au moyen d’une antagonisation des cellules musculai
res lisses périsinusoïdales à activité vasoconstric
tive. Il convient d’être prudent en cas d’utilisation de carvédilol >12,5 mg/jour et/ou de cirrhose grave CHILD B/C, en raison du risque d’hypotension systé
mique et de développement d’un syndrome hépato
rénal dû à une diminution de la perfusion rénale.
Pour les patients présentant des contreindications ou une mauvaise observance, la ligature répétée des varices (toutes les 2–4 semaines) est considérée comme alternative jusqu’à l’éradication complète de toutes les varices [13].
Carcinome hépatocellulaire
L’inflammation chronique accompagnant la régéné
ration cellulaire hépatique comporte un risque élevé de développement d’un CHC. Par conséquent, le CHC représente la principale cause de décès. Le risque de CHC diffère selon l’étiologie de la cirrhose: il est le plus élevé chez les patients atteints d’hémochroma
tose héréditaire, d’hépatite B et d’hépatite C chronique.
Tandis que le CHC se développe principalement sur foie cirrhotique, l’hépatite B chronique avec déve
loppement d’un CHC, même sans cirrhose concomi
tante, constitue une exception. Une métaanalyse pu
bliée récemment a pu montrer que le diagnostic précoce améliorait significativement la survie [15]. Par con sé quent, il est recommandé, chez les groupes de patients à risque (cirrhotiques CHILD A + B, cirrho
tiques CHILD C sur liste de transplantation hépatique, hépatite B chronique sans cirrhose), d’effectuer une échographie abdominale tous les 6 mois (sensibilité 58–89%, spécificité >90%), accompagnée de la mesure de l’AFP [14], bien que cette dernière soit contestée.
D’une part, le taux d’AFP peut fluctuer en cas d’infec
tions par VHC et VHB selon l’activité virale et, d’autre part, seul un faible pourcentage de CHC présente une
AFP anormale aux stades précoces. Ainsi, une valeur AFP seuil de 20 ng/ml présente une bonne sensibilité pour une spécificité toutefois faible; en revanche, une valeur seuil >200 ng/ml présente une mauvaise sensi
bilité pour une spécificité néanmoins élevée. Les pa
tients cirrhotiques CHILD C sont exclus du dépistage, car la cirrhose avancée rend impossibles les mesures potentiellement curatives (à l’exception des candidats à la transplantation hépatique).
Si l’échographie révèle un nodule <1 cm, il convient de répéter l’examen au bout de 3 mois. En cas de nodu le >1 cm, une IRM doit être effectuée. Les critères d’imagerie diagnostique d’un CHC sont alors: rehaus
sement du produit de contraste à la phase artérielle précoce et wash-out tardif à la phase veineuse. Pour des critères typiques d’imagerie, aucune biopsie n’est nécessaire en cas de nodule >1 cm [14].
Pronostic
La prise en considération intégrative de l’âge, de l’étio logie, du stade de la maladie, ainsi que des com
plications, est nécessaire pour une estimation pronos tique approfondie (tab. 1). Ainsi par exemple, le taux de décompensation des patients atteints de cirrhose alcoolique est nettement plus élevé qu’en cas de cirrhose non alcoolique: 37,6 contre 25,2% la première année après l’établissement du diagnostic et 7,3 contre 5,5% les années suivantes [7]. Le risque de développement d’un CHC est en revanche plus faible en cas de cirrhose alcoolique par rapport à la cirrhose associée à un virus.
Recommandation de transplantation
L’évaluation de la transplantation hépatique doit prendre en compte la survie après transplantation par rapport au pronostic de l’évolution naturelle de la
maladie. Le score MELD s’est avéré être le meilleur paramètre en termes d’allocation d’organe et d’éta
blissement de priorité sur la liste de transplantation hépatique. Par conséquent, les patients atteints de cirrhose décompensée ou présentant un score MELD
≥10 doivent être adressés à un centre permettant d’évaluer une éventuelle indication de transplanta
tion hépatique. De même, les patients présentant un diagnostic récent de CHC doivent faire l’objet d’une évaluation pour une transplantation. Celleci consti
tue une option curative lorsque les critères de Milan sont remplis (une lésion <5 cm, jusqu’à 3 nodules <3 cm, aucune manifestation extrahépatique).
Evolution
Le changement de paradigme relatif à la compréhen
sion de la cirrhose hépatique comme processus dyna
mique présentant une possibilité de ralentissement, et même un potentiel de régression, a des implications significatives pour l’activité médicale. Des mesures acti ves sont exigées, avec traitement étiologique de la cirrhose hépatique, objectif de ralentissement de la progression et prévention des complications. Ceci com
prend également la vaccination de tous les patients cirrhotiques contre l’hépatite A et B.
Financement / conflits d’intérêts
Les auteurs ne déclarent aucun soutien financier ni d’autre conflit d’intérêt en relation avec cet article.
Références
La liste complète et numérotée des références se trouve sur www.medicalforum.ch.
Correspondance:
Prof. Beat Müllhaupt Swiss HPB (HepatoPan
creatoBiliary) Center und Klinik für Gastroenterologie und Hepatologie UniversitätsSpital Zürich Rämistrasse 100 CH8091 Zürich beat.muellhaupt[at]usz.ch
Cirrhose hépatique: potentiel de progression et régression
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