A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION A
H ÉLÈNE K ERBRAT -L UNC
Contribution à l’étude du champ de Yang et Mills
Annales de l’I. H. P., section A, tome 13, n
o4 (1970), p. 295-343
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295
Contribution à l’étude du champ de Yang et Mills
Mme Hélène KERBRAT-LUNC
Vol. XIII, n° 4,
1970,j Physique
théorique.Le travail
présenté
ici est consacré à l’étude duchamp
deYang
et MillsL’idée de
Yang
et Mills[1]
est deplus
enplus
utilisée en théorie deschamps.
Nous pensons doncqu’il
ne serait pas inutile d’enrappeler
briè-vement les
grandes lignes
ainsi que lesapplications
et lesgénéralisations
les
plus
intéressantesqui
en ont résulté.La théorie de
Yang
et Mills est basée sur leprincipe
d’invariance dejauge
en
électrodynamique.
Les
équations
duchamp électromagnétique
libre ainsi que la condition de Lorentz sont invariantes par des transformationsappelées
les transfor- mations dejauge
de secondeespèce qui
s’écriventoù
s(x)
est une fonction scalairequi
est solution del’équation
Cette invariance
préserve
la nullité de la masse au repos duphoton.
Encouplant
lechamp électromagnétique
avec unchamp
departicules
de massenon
nulle,
cettepropriété
duphoton
n’est pas conservée. C’est pour obtenir l’invariance duLagrangien
totalqu’on
introduit les transformations dejauge
depremière espèce :
où e est la
charge
del’électron, fi
la constante de Planck et c la vitesse de la296 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
lumière. Le
Lagrangien
total est invariant par l’ensemble des deux trans- formations dejauge.
Yang
et Mills ont fait un raisonnement inverse. Ils ontsupposé
d’abordl’invariance de
jauge
depremière espèce
et ont démontré alors l’existence d’unchamp
vectoriel de typeélectromagnétique qui
estcouplé
auchamp
matériel considéré.
Examinons un peu
plus
en détail l’article deYang
et Mills. Ces auteurs sontpartis
de la loi de conservation duspin isotopique.
Le
paramètre
despin isotopique (ou isospin)
a été introduit pour la pre- mière fois enphysique
parHeisenberg
en 1932. Eneffet,
on avaitremarqué
que le proton et le neutron étaient deux
particules
de massepratiquement égales
et quechaque
nucléon stable contenait le même nombre de protonset de neutrons. On
pouvait
donc les considérer comme deux états d’une mêmeparticule.
Leparamètre
despin isotopique permettait
de décrire cesdeux états.
En
1937, Wigner
introduit la notion despin isotopique
total T.D’après
les
expériences
il semble que cettequantité
soit conservée dans toutes les interactions fortes. Dire que lespin isotopique
total est conservé dans lesinteractions
signifie
que ces interactions doivent être invariantes par les rotations duspin isotopique.
C’est dire que l’orientation de l’axe duspin isotopique
n’a aucunesignification physique
et que la différenciation entre le proton et le neutron(par exemple)
est purement arbitraire. Toutefois le choix fait pour unpoint
del’espace
détermine l’état pour tous les autrespoints.
Ici intervient l’idée
originale
deYang
et Mills. Ils ontremarqué
que la théorie deschamps
est basée sur un formalisme de caractère local et ontpostulé
l’invariance des interactions par des rotations despin isotopique indépendantes
en toutpoint
del’espace-temps.
Yang
et Mills définissent une transformation dejauge isotopique
commela manière arbitraire de choisir une orientation des axes du
spin isotopique
en tout
point
deV4.
Ils
postulent
que tout processusphysique
est invariant par rapport àune transformation de
jauge isotopique qui
s’écrit : 1où S
représente
une rotation duspin isotopique indépendante
dupoint
de
V4; c’est-à-dire,
en utilisant les mêmes notations que pour lechamp électromagnétique,
la fonction 8dépend
de x.Yang
et Mills introduisent unchamp
vectorielB~ (du
typeA~) qui
estcouplé
avec unchamp complexe
Pourpréserver
l’invariance duLagran-
gien total, Bp
subit une transformation dejauge
de secondeespèce quand
en subit une de
première espèce.
Le
champ Bu
a douzecomposantes indépendantes. Yang
et Mills s’inté- ressentplus particulièrement
aucouplage
duchamp Bit
avec unchamp complexe
departicules
despin isotopique 1/2,
décrit par une fonction d’onde ’P à deux composantes, avec une transformation dejauge isotopique
où S E
SU(2).
Le
champ B~
subit donc une transformation dejauge
de secondeespèce
et l’invariance du
Lagrangien
total s’écrit alors :On peut évidemment construire un
Lagrangien
total avec unchamp
dematériel de
spin isotopique quelconque couplé
auchamp Bu.
Lareprésen-
sentation de la transformation S est alors différente.
Ils introduisent donc un formalisme
indépendant
de la valeur duspin isotopique
duchamp
étudié. La matrice S étant une combinaison linéaire des matrices Ti(i
=1, 2, 3)
du momentangulaire
duspin isotopique.
On définit le
champ B~
paroù b
et T sont les composantes d’un vecteur dansl’espace (de
dimension3)
de
spin isotopique. bu
est unchamp
vectoriel invariant par le choix de lareprésentation
S. Les interactions entre unchamp
matériel ’If et lechamp bp
peuvent s’écrire à l’aide de termes du type :
bu
aégalement
douze composantes dont 9 réelles et 4imaginaires
pures.Yang
et Mills construisent alors unchamp
« d’observables », c’est-à-dire des tenseursF pB’
covariants par rapport aux transformations dejauge
iso-topique
et définis par :où
Les transformations infinitésimales des composantes du
champ
vectorielb~
sont de la forme :
298 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
Elles
correspondent
aux transformations infinitésimales dejauge
iso-topique :
Dans la seconde
partie
de leurarticle, Yang
et Mills écrivent leséquations
du
champ couplé
avec unchamp
matériel 03A8 despin isotopique 1/2
en partant d’un
Lagrangien
Les
équations
de mouvement sont alors obtenues par la méthodeclassique
de calcul variationnel à
partir
de la densité deLagrangien
total :L’étude de ces
équations
montre que lespin isotopique provient
duchamp
matériel et du
champ bJl
lui-même. Leséquations en b~
sont non linéairesmême en l’absence du
champ
matériel.Yang
et Millsl’expliquent
par le faitque engendre (au
moinspartiellement)
lespin isotopique qui
le crée.Les
équations
duchamp
doivent êtrecomplétées
par une conditionsupplémentaire, analogue
à la condition de Lorentz pour lechamp
électro-magnétique.
Cette condition s’écrit :Elle permet d’éliminer la
partie
scalaire duchamp bu
et de même celaimpose
une condition sur les transformations de
jauge isotopique possible.
Cestransformations doivent satisfaire
l’équation
Ici aussi nous voyons immédiatement
l’analogie
avec la conditionque doit satisfaire la transformation de
jauge
de secondeespèce
pour nuchamp électromagnétique.
Enfin dans la dernière
partie
dutravail, Yang
et Millsindiquent
une pos- sibilité dequantification
de b. Nous nel’analyserons
pas ici. Notonssimple-
ment que
l’opérateur
dequantification
est défini parce
qui
permet d’obtenir les lois de commutation :En
analysant
lespropriétés
des quantas b on peut conclurequ’ils
ont unspin
1 et unspin isotopique
1.Compte
tenu de la loi de conservation de lacharge électrique
et supposant que les nucléons se transforment l’un enl’autre avec émission d’un quanta
b,
on lui attribue trois états decharge possibles
+ e et 0. Uneparticule
ayant les mêmespropriétés
mais despin
0existait
déjà.
C’était le méson 7r.Depuis
on aégalement
découvertexpéri-
mentalement une
particule
despin 1, appelée
le méson vectoriel p.Quant
au
problème
concernant la masse du quantab,
la discussion ouverte parYang
et Millsn’y
apporte pas de résultat et diversespossibilités
sontenvisagées.
L’article de
Yang
et Mills a vivement intéressébeaucoup
dephysiciens
et a donné lieu à de nombreuses
publications.
Nous nous intéressons iciplus particulièrement
aux travaux de Sakuraï et deUtiyama.
Sakuraï
[2]
a donné lespremiers
éléments d’une nouvelle théorie des interactions fortes par unegénéralisation
du travail deYang
et Mills.L’idée de Sakuraï est de construire une théorie
qui
serait basée sur les trois lois de conservations exactesqui
sont1)
la loi de conservation du nombrebaryonique B, 2)
la loi de conservation del’hypercharge Y, 3)
la loi de conservation del’isospin
T.Il crée alors une «
triple »
théorie deYang
et Mills avec trois types d’inva- riance dejauge isotopique, baryonique
et del’hypercharge.
Cela permet d’obtenir trois sortes decouplages
et donc troischamps
vectorielsB(Y)
reliés au caractère local des conservationsenvisagées.
En partant du
principe (basé
sur des résultats dePaïs) qu’il
n’existe pas d’autressymétries
internes exactes en dehors decelles-ci,
Sakuraï obtientune théorie des interactions fortes avec les trois
Lagrangiens
d’interactions suivantsLes
champs
etBJl (B)
sontanalogues
auchamp électromagné- tique A~. J Il (Y)
etJ Jl (B)
sont les densités de courant créés par deschamps
ayant
respectivement l’isospin, l’hypercharge
et lacharge baryonique
non300 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
nuls.
Chaque couplage
est caractérisé par une constanteuniversellefT,fy,fB.
En
analysant
les résultats obtenus parl’expérience
et par diversesthéories,
l’auteur arrive à la conclusion que ces constantes sont telles que
La constante
fT correspond
à la constante 8 introduite parYang
et Mills.En supposant que toutes les interactions fortes sont des « manifestations des trois
couplages
fondamentaux », Sakuraï conclutd’après l’expérience
que la
parité
est nécessairement conservée dans les interactions fortes.L’invariance par les inversions
temporelles
estégalement respectée
car lesconstantes
fy
etfB
sont réelles.Donc,
en vertu du théorème de Lüders(conservation
de C. P.T.)
l’invariance par laconjugaison
decharge
estégalement
vérifiée.Le
problème
de la masse des quantasB~, B~,
B(B) est alorsposé.
Le faitque le
champ
deYang
et MillsB(T)
soit en interaction avec lui-même montre que les quantas B(T) peuvent avoir une masse non nulle. Pour B(Y) et >on ne peut pas utiliser le même argument car il n’existe pas d’auto-inter- action les concernant. Néanmoins il existe une interaction entre B(y) et donc ces quantas
pourraient également
avoir des masses au repos non nulles.D’après
Lee etYang [3]
il n’est paspossible
que la masse de B~soit nulle car s’il en était
ainsi,
lescouplages
avec cechamp
nepourraient représenter
des interactions fortes. En étendant ce raisonnement auchamp B~,
Sakuraï admet que leschamps
B sont deschamps
matériels.Toutefois il ne
s’agit
là que de raisonnementsheuristiques ;
une argumen- tationplus précise
reste à découvrir.La théorie de Sakuraï apporte
beaucoup
deréponses
sur desphénomènes
que la théorie du
potentiel
de Yukawa nepouvait expliquer.
Mais il ne peut êtrequestion
que deréponses qualitatives
étant donné que ce n’estqu’une
théoriestatique.
Pour que ces informations soientutilisables,
ilfaut faire des calculs
approfondis
et s’intéresser à ladynamique
des inter-actions.
Cependant,
cesinvestigations
purementqualitatives
sur la naturedes forces et des
potentiels
intervenant dans les interactionsenvisagées
semblent être en bon accord avec les
expériences.
Dans son
article,
Sakuraï démontre que finalement toutes lespropriétés
des
particules
eninteractions,
leur spectre de masse, leproblème
des anti-particules
peuvent êtreexpliqués grâce
aux trois lois de conservation fonda- mentales et à l’aide descouplages
de courantsbaryoniques,
del’hypercharge
et de
l’isospin.
En examinant l’action de cescouplages séparément
et leursuperposition,
l’auteur arrive à satisfaire auxprincipes
de Païs(qu’il
sembleconsidérer comme
fondamentaux),
c’est-à-dire leprincipe
de hiérarchie des interactions et celui de « l’économie des constantes ».En voulant
expliquer
lemystère
dubrisage
dessymétries
dans certains typesd’interactions,
Sakuraï est amené à la conclusionqu’il
y apeut-être
un lien entre la limite de validité d’une loi de conservation et la force du
couplage correspondant.
Utiyama [4] généralise
le travail deYang
et Mills par des méthodesplus
«
mathématiques
». Il considère unsystème
dechamps QA(x)
invariantpar un certain groupe de transformations
dépendant
de nparamètres
81’8~ ... En. En
remplaçant
ce groupe par un autreplus général
G’dépendant
de fonctions arbitraires
8(X), Utiyama
propose derépondre
auxquestions
suivantes :
1) Quel champ A(x)
introduit-ongrâce
à l’invariance par les transfor- mations G’ ?2)
Comment se transforme A par G’ ?3)
Dequel
type est l’interaction entre A etQ ?
4)
Comment peut-on déterminer le nouveauLagrangien
total d’inter- actionL(Q, A)
àpartir
duLagrangien L(Q) ?
5) Quelles
sont leséquations
duchamp
A ?Pour
répondre
à cesquestions, Utiyama
construit une théorie «élargie »
de
Yang
et Mills. Il montre ensuite que lechamp électromagnétique
et lechamp
deYang
et Mills sontuniquement
des casparticuliers
de sa théorie.Soit donc une famille de
champs
où A =1, 2,
..., N. La densité duLagrangien
pour ceschamps
s’écritL(QA, , QA)
oùL’intégrale
d’actiondoit être invariante par la transformation infinitésimale
où
8a(X)
sont des fonctions infinitésimales arbitraires(a
=1,
...,n)
etT(a)AB
est un coefficient constant. Cette transformation nepréservant
pas302 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
l’invariance du
Lagrangien
totald’interaction,
il faut introduire un nouveauchamp AJ(x)
admettant la transformation infinitésimaleoù les coefficients et
C(a)
sont des constantes inconnues.Utiyama
établit une méthode
générale
de construction duchamp
A àpartir
d’ungroupe de Lie de transformations laissant invariant le
système
dechamps QA.
Comme
exemples, Utiyama
considère trois groupes de Lie fondamentauxen
physique :
1)
le groupe de transformations dephase
d’unchamp chargé;
2)
le groupe deLorentz;
3)
le groupe de rotation dansl’espace
despin isotopique.
La méthode de
Utiyama
pour les deuxpremiers
groupes conduit à la miseen évidence du
champ électromagnétique
et duchamp
degravitation
respec- tivement. A l’aide du troisième groupe on obtient lechamp
deYang
et Mills.Examinons
plus
en détail ce dernier cas. Commeexemple, Utiyama prend
un
champ
formé de protons et de neutrons :La transformation infinitésimale de ce
champ
par des rotations del’espace
de
spin isotopique
s’écrit :où z~i~, T(2)? ’t(3) sont les matrices de
spin isotopique.
Enremplaçant
lesparamètres
pas des fonctionsUtiyama
introduit lechamp
deYang
et MillsBC #L(X) (c
=1, 2, 3) qui apparaît
dans leLagrangien
totalpar les termes :
Les résultats de
Yang
et Mills sont alors obtenus. En effet latransformation infinitésimale des
composantes
duchamp
B s’écrit :où
Le
champ
« d’observables » est défini par :ce
qui
estidentique
aux formules obtenues parYang
et Mills.Des travaux cités ici
(et
il y en abeaucoup d’autres),
ilapparaît
clairementque la théorie de
Yang
et Mills n’est passimplement
un exercice destyle.
Elle peut
probablement
servir depoint
dedépart
pour une nouvelle théorie des interactions fortes. Il faut donc ladévelopper,
la rendremathématique-
ment
plus rigoureuse
pour éviter les erreursqui
fausseraientcomplètement
les résultats et donc
l’interprétation physique.
C’est dans cetesprit
que nousavons voulu aborder l’étude des
champs
deYang
et Mills.Nous introduisons donc le
champ
deYang
et Mills comme une connexioninfinitésimale définie sur un espace fibré
principal.
Comme base del’espace
fibré nous prenons
l’espace-temps général V4.
Le groupe structural est ungroupe de Lie contenant le groupe de Lorentz
homogène
comme sous-groupe.
Le cadre est
particulièrement
bienadapté
à l’utilisation des méthodes et résultats de lagéométrie
différentielleglobale [5]
en théorie deschamps.
Les
changements
infinitésimaux de sections locales del’espace
fibréfournissent une
interprétation géométrique
des transformations dejauge
etles transformations infinitésimales du
champ
s’obtiennent alors sans diffi- culté. Nous obtenons donc unchamp
deYang
et Mills relativiste cequi paraît important
pour l’étude non seulementqualitative,
mais surtoutquantita-
tive des interactions fortes.
Quelques
casparticuliers
sont étudiés et deschamps
de typeYang
etMills associés au groupe
L(4)
xO(3),
au groupe deWeyl
et au groupe conforme sont introduits. Nous avons choisi ces groupes en raison de leurparticulière importance
en théorie deschamps.
En partant d’un
principe
variationnel nous écrivons leséquations
du
champ
deYang
et Mills et une solution dans un cassimple
estexhibée.
304 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
CHAPITRE 1
INTRODUCTION
MATHÉMATIQUE
A
L’ÉTUDE
DU CHAMP DE YANG ET MILLS[24]
1. Définition d’un
champ
deYang
et Mills.Soit
V4 l’espace-temps
de la Relativité Générale etB(V4) l’espace
fibréprincipal
desrepères
orthonormés deV4
de groupe structuralL(4) (groupe
de Lorentz
homogène complet).
Soit G un groupe de Lie de dimension N
d’automorphismes
d’un espace vectoriel K de dimension n.Nous supposons
qu’il
existe unhomomorphisme
h du groupe G sur le groupe de Lorentzhomogène complet L(4).
Si
E(V4, G, p)
est un espace fibréprincipal,
nous introduisons uneappli-
cation H de cet espace fibré sur
8(V~).
H est un
homomorphisme
associé à h et estappelé projection
fibrée.Il satisfait aux trois conditions suivantes : 10 H est une
application différentiable;
20 Si Te est une
projection canonique
dans8(V~.),
alorsc’est-à-dire que pour x
E V4,
z nous avonsAutrement dit le
diagramme
suivant est commutatif :3°
H(z . g)
=H(z) . h(g)
oùzEE(V4, G, p), g E G.
H est donc une
projection
et tous les éléments deE(V 4)
sont atteints.Nous introduisons une connexion infinitésimale Q sur
l’espace
fibréE(V 4’ G, p).
Cette connexion est telle queoù M est la connexion riemannienne de
V4, v
un vecteur arbitraire tangentà G donc
Q(v) appartient
àl’algèbre
de Lie du groupe G. Ceci entraîne queE
~(L(4)) (nous
notons par~(L(4)) l’algèbre
de Lie deL(4))
carco(H’v)
E~K(L(4)). A
est unhomomorphisme d’algèbres
de Lie :induit par
l’homomorphisme
h définiprécédemment.
Ce formalisme nous permet maintenant d’introduire un
champ
associéà la connexion infinitésimale Q.
Ce
champ
estappelé champ
deYang
et Mills et est construit de la manière suivante.Soit {
une base del’algèbre
de Lie9t(G) (I
=1,
...,N).
Les élé-ments
G1
sont lesgénérateurs
infinitésimaux du groupe de Lie G. La matrice de connexion peut alors s’écrire dans cette base :ou bien
où Il =
0,
..., 3 est l’indice de la variétéV4
et a, b =1,
..., n(n
dimensionde
l’espace
vectorielK).
Les coefficientsAIU
sontappelés composantes
locales duchamp
deYang
et Mills.2. Dérivée invariante
[6].
A l’aide de la connexion
Q,
nous pouvons définir une dérivée invariante pour les variables duchamp.
Elle estanalogue
à la dérivée covariante des tenseurs. Pour étendre la notion de dérivée invariante aux variables duchamp
à valeurs dansl’algèbre
de Lie9Î(G)
nous sommes conduits à intro-duire les coefficients
Les
CJKI
sont les constantes structurales du groupe G. Nous obtenons alors la dérivée « invariante » desgénérateurs
infinitésimaux du groupe :Les
GI
étant lesgénérateurs
infinitésimaux du groupe de LieG,
ils sontfixes,
c’est-à-direù-G1Qb
= 0 donc le choix des coefficients o estéquivalent
aux relations
306 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
§
3. Transformation infinitésimale descomposantes
duchamp
deYang
et Mills.Soit
z(x)
une section locale deE(V4, G, p).
Les composantes locales duchamp AI
sont des 1-formes surE(V4, G, p).
La section localez(x)
estdéfinie sur un ouvert U c
V4,
les AI définissent donc des 1-formes localessur U.
z(x)
est unchamp
local derepères
orthonormés sur Uqu’on
écrit{ e«(x) ~ ;
pour x E U on aH(z(x))
EE(V 4)
et :Soit
0(x)
lescorepères
associés. On écrit alorsLes composantes locales
AJU
duchamp
deYang
et Mills nedépendent
que de la donnée d’une section locale
z(x)
deE(V4, G, p).
Pour trouver laloi de transformation des
A
1 nous effectuons unchangement
de section locale deE(V4, G, p)
au-dessus deV4
défini parz(x)
-z’(x)
oùz’(x) = z(x) . g(x).
La matrice de connexion se transforme suivant la loi
En reprenant la définition des composantes du
champ
nous avons :Nous pouvons écrire la transformation de la connexion Q :
D’autre part, à ce
changement
de section locale del’espace
fibréprincipal E(V~, G, p) correspond
par laprojection
H unchangement
local derepère
tangent àV4 qui s’exprime
paroù A est la matrice de
changement
de baseLes matrices
Q~
se transforment donc suivant la formule :Pour un
changement
infinitésimal de section locale deE(V4, G, p) exprimé
par
où sont des fonctions infinitésimales sur un ouvert U c
V~,
nousallons déduire la loi de transformation infinitésimale pour les
composantes
duchamp
deYang
et Mills.Posons
Étant
donnél’homomorphisme H,
nous pouvons écrireNous avons alors :
avec
ou bien en laissant
uniquement
lapartie principale :
Finalement nous obtenons la loi de transformation infinitésimale des
composantes
duchamp
deYang
et Mills :CHAPITRE II
QUELQUES
EXEMPLESDE CHAMPS DE YANG ET MILLS
Nous traitons dans ce
chapitre
troischamps
deYang
et Millsparticuliers : 1)
Lechamp
deYang
et Mills associé auproduit
direct du groupe de Lorentzhomogène complet
et du groupe de rotationsL(4)
x0(3).
2)
Lechamp
deYang
et Mills associé au groupe deWeyl engendré
parle groupe de Poincaré et le groupe à un
paramètre
des dilatations.3)
Lechamp
deYang
et Mills associé au groupe conformeCo(4) engendré
par le groupe de Poincaré
(9 paramètres),
le groupe des dilatations(1
para-mètre)
et les accélérations(4 paramètres).
308 HÉLÈNE LERBRAT-LUNC
Avant d’aborder cette
étude, rappelons
brièvement les raisonsqui
nousamènent à considérer
précisément
ces trois cas.La théorie des
champs
de typeYang
et Mills est conçue pour rendre compte desphénomènes
d’interactions dechamps
departicules
et se doitdonc,
comme toute théoriequi
se respecte, deprendre
en considération des lois de conservation.Yang
et Mills ont basé leur théorie sur le groupe des rotations del’espace
à trois dimensions lié à la conservation del’isospin.
Il est donc naturel de construire un
champ
deYang
et Mills associé augroupe
L(4)
xO(3) qui
estsimplement
la version relativiste duchamp classique.
L’introduction du groupe de Lorentz entraîne une relativisation del’isospin.
L’introduction d’autres lois de conservation telles que la conservation de
l’hypercharge
et du nombrebaryonique
force les théoriciens à utiliser d’autres groupesd’invariance, plus larges
que le groupe derotations,
parexemple SU(3) [7].
Pour
compléter
la théorie en rendant compte despropriétés
dites« externes » des
particules,
on utilisefréquemment
le groupe de Poincaré.Notre second
exemple
est lechamp
deYang
et Mills associé au groupe deWeyl.
Dans ce cas, le groupe d’invariance de la théorie est évidemmentplus large.
Ilenglobe
la loi de conservation duspin relativiste,
du momentd’énergie (grâce
auxtranslations)
ainsiqu’il
nous donne unepossibilité
dechangement global
d’échelle par l’introduction du groupe(à
1paramètre)
des dilatations.
Le groupe conforme introduit des transformations
supplémentaires (par
rapport au groupe deWeyl) qui
sontgénéralement appelées
accélérations.Ce sous-groupe à quatre
paramètres
nous autorise à effectuer unchangement
local d’échelle
(dépendant
dupoint
del’espace-temps V4).
Le groupe conforme peut être considéré comme un groupe d’invarianceglobale
de lathéorie.
1.
Champ
deYang
et Millssur un espace-temps courbe
[25].
Nous calculons ici la
transformation
infinitésimale duchamp
deYang
etMills associé au fibré
principal
de groupe structural leproduit
direct deL(4)
et du groupe des rotations del’espace
à trois dimensions0(3).
L’homomorphisme
h du groupeL(4)
xO(3)
sur le groupe de LorentzL(4)
se réduit à laprojection canonique
du groupeL(4)
xO(3)
denoyau
0(3).
L’algèbre
de Lie du groupeL(4)
xO(3)
admet ladécomposition
ensomme directe :
Nous prenons une base
adaptée
à cettedécomposition.
Les élémentsGI
de cette base sont divisés en trois types notés
Ga" Ga", a",
a"’ =
1, 2,
3. Ils sont choisis de manière à ce queGa" Ga"
constituent une base de9Î(L(4)).
Ils satisfont donc aux relations de commutation sui-vantes
[26] :
Les
Ga"
constituent une base de9Ï(0(3))
avec les relations de commutation :La
décomposition
del’algèbre
de Lie du groupe en somme directe entraîne deplus
les relations de commutation :L’homomorphisme canonique
h de G surL(4)
induitl’homomorphisme canonique
h’d’algèbre
de Lie :Nous pouvons définir
l’application
h’ de la manière suivante :où
En notant
(Ga,)V 1J
et(Ga,,)V 1L
les composantes de lareprésentation Ga" Ga"
dans un
repère
naturel associé aux coordonnéeslocales { x" ~,
nous obtenonsles composantes du
champ
deYang
et Mills :Nous voulons trouver la loi de transformation infinitésimale des composantes du
champ
deYang
et Mills et nous avons établi dans lechapitre
1 la formulegénérale
pour unchamp
deYang
et Mills associé à un groupe de Liequel-
conque G :
310 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
Nous calculons donc
chaque
terme de(2.4)
pour le groupeL(4)
x0(3).
Les relations de commutation
(2.1), (2.2)
et(2.3)
nous permettent d’écrire immédiatement lepremier
terme de la transformation(2.4).
Nous avons donc :
Le second terme étant
déjà établi,
nous groupons les résultats et nous trouvons la loi de transformation infinitésimale duchamp
deYang
et Millssur un espace-temps courbe
qui
est la suivante :Il est facile de montrer que cette formule
englobe l’expression
obtenue parYang
et Mills[1].
Eneffet,
unchangement
de section locale infinitésimal du fibréprincipal E(V4, G, p)
tel queentraîne que dans la base choisie de
l’algèbre
de Lie du groupe G nousavons :
c’est-à-dire
La transformation infinitésimale
(2.5)
se réduit alors àl’expression
Ce résultat est exactement celui obtenu par
Yang
et Mills dans le cas où lechamp
est défini dans un espace de dimension3,
donc associéuniquement
au groupe de rotations
0(3).
§
2.Champ
deYang
et Millsassocié au groupe de
Weyl [27].
Comme second
exemple d’application
de la méthodemathématique exposée
dans lechapitre I,
nous calculons la transformation infinitésimale descomposantes
duchamp
deYang
et Mills associé au groupe deWeyl.
On peut définir le groupe de
Weyl
comme le groupe des transformations del’espace-temps
défini en coordonnées locales paroù
(Ail v) appartient
au groupe de Lorentzhomogène complet L(4),
lesexpressions
définissent le groupe des translations T et ~, définit le groupe des dilatations D. À esttoujours positif
pour des raisons de causalité, /Lnégatif
donnerait des transformations bizarresqui
nepourraient
êtreconsidérées dans une théorie
physique.
Pour trouver la loi de transformations infinitésimales des composantes du
champ
associé au groupe deWeyl W,
nous pouvons utiliser la même méthode que pour le groupeL(4)
xO(3)
car il existe unhomomorphisme canonique
h du groupe W sur son sous-groupeL(4). L’espace
fibréprin- cipal E(V 4, W, p)
seprojette
donc naturellement surl’espace
fibré desrepères
orthonormés&(V 4).
Nous pouvons alors introduire surE(V 4’ W, p)
une connexion infinitésimale
qui,
comme nous l’avons montré dans lechapitre I,
définit unchamp
deYang
et Mills.Nous considérons
l’algèbre
de Lie du groupe deWeyl ~(W).
C’est unespace vectoriel de dimension 11. Une base de
9t(W)
peut être définie de la manière suivante.Soit {
une base de~(W)
formée par lesgénérateurs
infinitésimaux de W.2014 { Ga" Ga.. ~
définit une basecanonique
de~(L(4))
aveca’, a" = 1, 2, 3 ;
2014 { Ga"" Go- }
définit une basecanonique
del’algèbre
de Lie du groupedes translations
~(T) ;
a" =1, 2, 3 ;
2014 { Go }
définit une basecanonique
del’algèbre
de Lie du groupe desdilatations
9î(D).
En prenant une
représentation
infinitésimale du groupe deWeyl
de la forme suivante312 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
où les
A~
définissent lesgénérateurs Ga" Ga.,, T~
lesgénérateurs Ga"" Go...
et
Do
legénérateur Go,
nous trouvons les relations de commutation del’algèbre
de Lie du groupe deWeyl :
l’homomorphisme canonique
h de W surL(4)
induit unhomomorphisme
h’de sur
9t(L(4)) :
Soient les composantes du
champ
deYang
et Mills dans les coor-données
locales { ~ }.
La transformation infinitésimale duchamp s’exprime
par la formule
Notons les composantes de la
représentation { Ga,;
dans le
repère
naturel associé auxcoordonnées {
Xa.}.
La loi de transformation infinitésimale des composantes du
champ
s’écrit donc :
Nous nous limitons maintenant au sous-groupe G du groupe de
Weyl
définipar :
Une base de
l’algèbre
de Lie9t(G)
est constitué d’une basecanonique
de
9t(L(4))
et d’une basecanonique
de9Ï(D).
N(G)
admet ici unedécomposition
en somme directe :La forme de la connexion infinitésimale sur
l’espace
fibréprincipal E(V4, G, p)
s’écrit ici :Les relations
(2.10)
nous donnent la transformation infinitésimale duchamp
deYang
et Mills associé au groupe G :En effectuant un
changement
de section locale deE(V4, G, p)
au-dessusde
V4
tel quedans la base de
l’algèbre
de Lie du groupe G nous avons :314 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
ce
qui
entraîne pour les transformations infinitésimales des composantes duchamp :
La transformation
(2.11)
se réduit alors aux formulesNous pouvons définir
également
unchamp
deYang
et Mills «généra-
lisé » en utilisant le groupe
produit
direct :Pour écrire la transformation infinitésimale du
champ
dans ce cas, nousdéfinissons de même que
précédemment
une basecanonique
del’algèbre
de Lie du groupe G :
où
Ga" Ga", Go
sont définis par les relations(2.7)
etGa,,,,
définit la basecanonique
del’algèbre
de Lie du groupe des rotationsO(3) (a"" = 1, 2, 3)
vérifiant les relations de commutation
(2.1), (2.7)
et deplus :
En tenant compte des relations
(2.12)
et(2.13)
nous obtenons la transfor- mation infinitésimale duchamp
deYang
et Mills «généralisé »
:Nous pouvons
également,
comme dans les casprécédents
faire un chan-gement de section locale de
E(V 4’ G, p)
au-dessus deV~
tel queh(g(x))
= 1(identité
deL(4)).
Cela entraîne dans la base choisie de9t(G) :
donc
Nous obtenons alors une transformation infinitésimale
particulière
quenous décrivons par les formules suivantes :
Ceci peut être
interprété
comme la transformation infinitésimale d’unchamp
deYang
et Mills «généralisé »
sur unespace-temps
courbe. Les composantessupplémentaires
sont dues à l’introduction des dilatations.CHAPITRE III
CHAMP DE YANG ET MILLS
ASSOCIÉ
AU GROUPE CONFORME§
1. Introduction du groupe conforme[29].
La méthode
mathématique
utilisée dans leschapitres précédents
pour définir unchamp
deYang
et Mills était basée sur la constructiond’espaces
fibrés
principaux
dont le groupe structural G contenait le groupe de Lorentzhomogène complet
comme sous-groupedistingué.
Ce formalisme ne peut êtreappliqué
dans le cas d’unchamp
deYang
et Mills associé au groupe conforme. Eneffet,
ce groupe contient le groupeL(4)
mais il n’existe pasd’homomorphisme canonique
du groupe conforme surL(4).
Soit
Co(4)
le groupe des transformations conformes del’espace
affineminkowskien transformant la
métrique
minkowskienne enmétriques
minkowskiennes.
Co(4)
estappelé
le groupe conformespécial (la
compo- santeconnexe).
Il peut être défini[8]
dansl’espace
de Minkowski réel par les transformations du groupe de Lorentzinhomogène (groupe
dePoincaré)
où
et par les transformations
où
Co(4)
est un groupe à 15paramètres,
10paramètres
pour le groupe de316 HÉLÈNE KERBRAT-LUNC
Poincaré,
4 pour les « accélérations » aJl et 1paramètre
pour la dilatationAXJl = x’ Il.
La méthode utilisée pour définir un
champ
deYang
et Mills estbeaucoup plus générale
que celle introduiteprécédemment
pour des groupes de Liese
décomposant
enproduit
direct deL(4)
et d’autres sous-groupes. Dans le cadre du formalisme que nous allons décrire dans lesparagraphes
suivantsle
champ
se trouve défini non seulement pour le groupeconforme,
maiségalement
pour un groupe de Liequelconque
contenantL(4)
comme sous-groupe non
distingué.
Nous pouvons donc considérer les
champs
étudiés dans lechapitre pré-
cédent comme des cas
particuliers
de cette théorieplus générale.
On sait que
l’algèbre
de Lie du groupeCo(4)
est localementisomorphe
à
l’algèbre
de Lie du groupe des rotations0(2, 4) [9, jM]
c’est-à-direCela nous permet de définir un
champ
deYang
et Mills associé au groupe conformeCo(4).
La méthodeemployée
est la suivante. Nous construisonsun espace fibré
principal
de groupe structuralO(2, 4)
surlequel
nous défi-nissons une connexion. Nous pouvons alors définir un
champ
deYang
etMills
d’après
la méthodeexposée
dans lepremier chapitre.
§
2. Construction d’un espace fibréprincipal E(V4, O(2, 4), p).
Soit
V4 l’espace-temps
de la relativitégénérale
muni de samétrique hyper- bolique
normale.fR2
étantl’espace
vectorielnumérique
muni d’une formequadratique
go designature (1, 1),
V xE V4
considéronsl’espace
vectorielmuni de la forme
quadratique
Tx
estl’espace
vectoriel tangent aupoint x
àV4, gx la
formequadratique
définie sur
Tx
par lamétrique.
gx étant de
signature (1, 3)
et go designature (1, 1), g’x
est designa-
ture
(2, 4).
Soit
R’x l’espace
desrepères
orthonormés deT’x.
Il esthoméomorphe
à