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L'astronomie au gré des saisons, 2018-10-23
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Caracolades sur un astéroïde
Tapping, Ken
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https://nrc-publications.canada.ca/eng/view/object/?id=a47ff021-b21b-4944-a436-65fdf167fcec https://publications-cnrc.canada.ca/fra/voir/objet/?id=a47ff021-b21b-4944-a436-65fdf167fcecCARACOLADES SUR UN ASTÉROÏDE
Ken Tapping, le 23 octobre 2018
L’été dernier, une sonde spatiale a largué deux robots d’exploration sur l’astéroïde Ryugu, un objet d’à peine 900 m de diamètre. La gravité y est
beaucoup trop faible pour permettre aux rovers de se déplacer en roulant; faute de traction, ils bondissent donc. C’est la première mission d’exploration aussi rapprochée jamais menée sur un astéroïde.
Les astéroïdes qui orbitent autour du Soleil se comptent par millions. De toutes tailles, les plus gros font 1 000 km de diamètre et les plus petits sont minuscules. La plupart sont concentrés dans une bande située entre Mars et Jupiter, appelée la « ceinture d’astéroïdes ». Bon nombre circulent sur une orbite très allongée qui les mène hors du Système solaire et croise la trajectoire de planètes, dont la Terre, d’où les risques de collisions. Au cours des 4,5 milliards d’années d’existence de notre planète, elle a été heurtée à de nombreuses
reprises; c’est même un astéroïde qui a précipité la fin de l’ère des dinosaures.
La Terre, la Lune et d’autres planètes comme Mars et Vénus ont beaucoup changé depuis leur
formation, ce qui rend l’étude de la genèse de ces objets difficile. Pour comprendre, nous avons besoin d’étudier les matériaux primordiaux à partir desquels le Système solaire s’est formé ainsi que toutes les étapes de transformation de ces matériaux.
Comme des milliers d’autres systèmes stellaires que nous avons découverts jusqu’ici, le Système solaire provient de la contraction d’un nuage de gaz et de poussière cosmique. Une abondance de matériaux bruts épars subsiste aux confins noirs et glacés de cette formation. Une sonde d’exploration spatiale sillonne actuellement cette région, mais il est plus simple d’attendre que ces débris viennent à nous pour les étudier. À l’occasion, certains sont déviés de leur orbite par une collision ou une interaction avec un autre amas et sont éjectés dans le Système solaire interne, où ils deviennent des comètes. Voilà pourquoi nous déployons autant d’efforts pour étudier les comètes de près, au moyen d’engins qui orbitent autour et même se posent à leur surface. Durant la formation du Système solaire, de petits agrégats de matière se sont agrégés en amas de plus en plus gros, jusqu’à donner naissance au Soleil
et aux planètes. Entre Mars et Jupiter toutefois, où on s’attendrait à trouver une planète, il n’y a qu’une collection d’astéroïdes.
Nous croyons que ces astéroïdes sont les débris d’une protoplanète qui n’est jamais parvenue à maturité. La gravité exercée par la géante gazeuse Jupiter, la plus grosse planète du Système solaire, a perturbé les orbites des granulats et empêché leur coalescence en un objet unique. Aujourd’hui, ils sont des témoins de glace de ce qui s’est produit à mi-chemin dans la formation d’une planète, à l’étape où les gros amas de matière doivent normalement s’agréger pour former un gros objet.
Les astéroïdes peuvent nous aider à répondre à de nombreuses questions sur la formation des planètes. Une de ces questions concerne notamment les processus qui ont mené à l’apparition de la vie sur notre planète et possiblement ailleurs dans le Système solaire. Nous savons que les précurseurs chimiques de la vie sont présents dans la matière brute qui se trouve dans les nuages de gaz et de poussière cosmiques. Nous savons également que des impacts à haute énergie et des températures élevées sont nécessaires. Au départ, les planètes sont essentiellement de grosses boules de matière en fusion. Un grand nombre des précurseurs chimiques n’aiment toutefois pas les températures élevées. Comme les astéroïdes ont déjà franchi plusieurs étapes du processus, peut-on encore trouver de ces substances à leur surface? Si oui, il est probable qu’elles aient pu survivre jusqu’à la formation d’une nouvelle planète. En fait, les astéroïdes du Système solaire sont des capsules témoin qui en ont beaucoup à dire sur nos origines – nous sommes tout ouïe!
Jupiter se fond dans les lueurs du couchant. Saturne luit bas à l’horizon au sud-sud-ouest après la tombée de la nuit et Mars est encore bien brillante au sud-sud-est. La Lune sera pleine le 24.
Ken Tapping est astronome à l’Observatoire fédéral de radioastrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9. Tél. : 250-497-2300, téléc. : 250-497-2355