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13 étoiles : reflets du Valais = Wallis im Bild = Treize étoiles : reflets du Valais = Wallis im Bild

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Le plus V alaisan de tous les peintres ! V alaisan dans le sens où l’artiste évoque son décor, ses images et son âme. C a r le talent, lui, est universel ! Jam ais peintre, a u ta n t que Menge, n ’a u ra chanté avec ten ­ dresse et ferveur le H a u t-P a y s ! Sa m anière est celle de l’artiste qui ne cesse d ’aim er et qui, sans jamais se lasser, renouvelle son acte d ’a m our en p o r ta n t le sentim ent au niveau du talent.

C h a rly Menge, en effet, a su créer un m onde qui lui est propre. Ses personnages a p p a rtien n e n t à nul autre. Ils viv en t p a r la magie de son regard, de sa m ain, de son cœur. Virtuose de l ’expression habilement suggérée, Menge sait faire p a rle r un regard, une peau, une oreille, un geste. Il possède l ’a r t de révéler un dram e sur un visage. O u la joie. Son culte de la sensualité est v ibrant. R arem en t d ’excès ! T o u t juste des touches légères, nuancées, qui trahissent un désir, une convoitise, une résignation. O u sim plem ent le sens du d evoir accompli.

Ses scènes cham pêtres on t de la saveur, de la couleur et, sous une ap p are n te n a ï­ veté, recèlent un v ra i réalisme. T o u t passe, sous son pinceau, de la tablée paysanne, rigoureuse et traditionnelle, à ces rêves rabelaisiens qui s’enchevêtrent jusqu’au dé­ lire déshabillé...

P eintre classique de la vie rupestre, Menge a su également devenir le génie d ’un cauchem ar. O u d ’un défoulem ent érotique. L ’artiste se livre pleinem ent dans son œ u ­ vre. Il y passe au travers, sans retenue, lâ ­ ch an t to u r à to u r des rafales de chaleur humaine, des vagues (toujours m agistrale­ m ent contenues) de sensualité, des flots d ’une poésie mélancolique. P a r to u t : une sincérité totale ! E t un tale n t inouï ! T r u ­ culence, couleurs, senteurs, saveurs s’y d i­ luent dans une atm osphère envoûtante. M enge est unique ! O n d ira q u ’il chante un Valais qui m eurt, ou celui des musées. O n oublie que certaines de ses jeunes filles p o r­ ten t la jupe courte et savent aussi se d éh an ­ cher... Menge aim e également les nus — et ne s’en cache pas !

Tém oin p ro b a n t et vig ilan t d ’un pays qui s’exprim e p a r toutes ses fibres ! E norm e et subtil, joyeux et tourm enté, passionné et intraitable, am oureux et fidèle, il est l’a r ­ tiste privilégié qui a su tro u v er la maîtrise dans l ’am our et l’a m our dans la maîtrise. H e u reu x Menge ! A lui to u t seul, il est le Valais de l ’image...

Le livre m agnifique que vien n en t de lui consacrer les Editions de la M atze en est la pre uve indéniable. G u y Gessler l’a paré des atours q u ’il seyait de lui attribuer. M aurice Z erm atten, avec son style poétique à la mesure de son amitié, à la fois p our le peintre et p our l ’homme, a su dire ce q u ’il

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Tip... top... Anniviers

Le val d ’Anniviers, avec sa vie secrète, repliée, trad itio n n aliste ; avec ses légendes et ses anecdotes si vivantes. Ce val d ’A n n i­ viers r ia n t et pittoresque, resté tro p long­ temps peut-être à l’éca rt des grands cou­ rants.

C ’est cette vie secrète mais combien active que S ym phorien A la raconte avec une verve étincelante, parfois m ordante, mais toujours d ’une drôlerie irrésistible, où to u t se mêle dans une ivresse terrienne étourdissante.

A la m anière d ’un tro u b ad o u r, l’auteur nous situe la vie et l ’espoir de sa vallée. R a rem en t récit folklorique ne procure un divertissement aussi a ttr a y a n t que ce « Tip... top... A nniviers ».

U n volume de près de deux cents pages, aux E ditions V ictor A ttinger, N euchâtel.

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Le refuge de la tendresse

D ans « La cordée de l’espoir », la jeune alpiniste allemande H elg a M arkus et le guide v alaisan Je a n -P h ilip p e V audan, se disaient leur a m our et se m ettaien t en ménage dans la lumière d ’un petit village de montagne.

D ans « Le refuge de la tendresse », ils se re tro u v e n t dans la vie de tous les jours, avec des alternances de solitude amère et de retrouvailles heureuses.

U ne vie sans histoire ? O ui, jusqu’au m om ent où Jean -P h ilip p e est victime d ’un grave accident et q u ’H e lg a donne la vie à son prem ier enfant.

Est-ce l’échange : une vie contre une m o rt ?

U n très beau ro m an de M aurice M étrai, où le sentim ent et la m ontagne s’associent p our tirer d ’un couple, réchauffé p a r le regard d ’un enfant, les accents pathétiques d ’un m erveilleux échange de confiance et les vibrantes harmonies d ’une fidélité exem­ plaire.

D eux cents pages, dans la collection V erts-Paradis, aux Editions de la Matze,

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Expositions

Sion : Peintres et sculpteurs valaisans, à l’Atelier, du 14 au 30 novembre. — Albert C h a v az , à la G ra n g e-à -l’Evêque, du 15 novembre au 9 décembre. — H om m ag e a G ehri-M oro, à la G ra n d e-F o n tain e, du 23 novem bre au 20 décembre.

M artig n y : Francesco Scianna, à la Gale­ rie Supersaxo, du 15 novembre au 15 dé­ cembre. — A ctivité 74 (Artistes du Valais), au M anoir, du 23 novembre au 22 décem­ bre.

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1902). Suivi de ses « Heures valaisannes ». Mémoi­

res présentés p ar S. C orinna Bille.

U n vol. de 3/18 pages, illustré de S p o rtraits p a r Edm. Bille.

1962. Fr. 25.—

2. H enri M IC H E L E T . L ’inventeur Isaac de R iva z

(1752-1828). Ses recherches techniques et ses ten­

tatives industrielles.

U n vol. de 3(95 pages, illustré de 5 h ors-texte et de 21 figures.

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3. Mémoires de Louis Robatel (1788-1877), officier

vcdaisan au service d’Espagne, puis de France.

Publiés p a r A ndré Donner.

U n vol. de 296 pages, avec u n p o rtra it. 1966. Fr. 30.—

4. Documents relatifs aux capucins de la province de

Savoie en Valais (1603-1766). Publiés p ar Jean-

Paul H a y o z et Félix Tisserand, ofm cap.

U n vol. de 182 pages, illustré de 16 planches. 1967. Fr. 25.—

5. Charles-Emmanuel de R IV A Z . Mes Souvenirs de

Paris (1810-1814). Publiés p ar Michel Salamin.

U n vol. de 342 pages, avec un p o r tr a it de l’auteur. 1967. Fr. 25.—

6. Paul S A U D A N et N o rb e rt V IA T T E . Lettres -

Textes inédits. Précédés de « Témoignages ». Let­

tre-préface du cardinal Charles Journet.

U n vol. dé 380 pages, illustré de 8 hors-texte. 1968. F r. 30.—•

7. Emile BIOLLAY. Le Valais en 1813-1814 et sa

politique d’indépendance. La libération et l’occu­

pation d’un départem ent réuni.

U n volum e de 551 pages. 1970. Fr. 35.—

8. 9. 10. A ndré G U EX . Le demi-siècle de Maurice

Troillet. Essai sur l’aventure d ’une génération 1913-

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12. A nne T R O IL L E T -B O V E N . Souvenirs et propos

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sur Bagnes.

1 vol. de 264 pages. 1973. Fr. 25.—

13. Correspondance relative à l’adolescente de Maurice

T roillet. C ent cinquante-trois lettres (1889-1904)

choisies, annotées et présentées p a r A ndré Donnet.

1 vol. de 284 pages, illustré d ’u n hors-texte. 1973. Fr. 30.—

EOI

Reflets

P a r a ît à M a rtig n y le 20 de chaq u e mois E d ite u r responsable : Georges Pillet, M a rtig n y F o n d a te u r et p ré sid en t de la com m ission de ré d ac tio n : M° E d m o n d Gay Secrétaire de ré d a c tio n : A m a n d B ochatay C o lla b o ra te u rs -p h o to g ra p h e s : O sw ald R u p p e n , R e n é R itle r A d m in is tra tio n , im pression, e x p éd itio n : I m p rim e rie P illet S. A., avenue de la G are 19, C H - 1920 M a rtig n y 1 A bonnem ents : Suisse Fr. 38.— ; étran g er Fr. 42.—

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La rep ro d u ctio n de textes ou d ’illustrations, même partielle, ne p eu t être faite sans une au to risatio n de la rédaction

24e année, N ° 11

N o v e m b re 1974

Sommaire

Sons de cloches Le livre d u m ois B ru m aire Les clés de P lan -C erisier N o u r r i t u r e s spirituelles T he k ey to th e san ctu m P o tin s valaisans M o ts croisés A h n u n g u n d A u fb ru c h P ressen tim e n ts La ra c le tte : c u rric u lu m v ita e d ’u n e co m p ag n e de b ouche J ’aim e le p ain La m o n ta g n e assassinée Bois de Finges S. C o rin n a Bille : « C e n t p etites histoires cruelles »

P aul Messerli : les se p tan te -cin q ans d u p e in tre J a c k y Lagger, l’h o m m e orc h es tre L e ttr e du L ém an Bridge « T reize E toiles » -S chnuppe n

P ro v in s pavoise R eligion d u sav o ir-b o ire U n m ois en Valais U n s ere K u r o r te m elden H a r m o n ie de table

N o tr e couverture : A r rière-a u to m n e va ia i s an ( P h o to R u p p en ) P h otos Frido, R i tle r , R u p p e n , Thttrre, Valpress,e, Z u b er

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Brumaire

Novembre. C ’est le mois de l’attente, le mois figé

qui met des bleus Sagan à l’âme. D ’une paupière

alourdie, le ciel s’égoutte sur la grisaille des jours

en peau de chagrin. Secrètement, on espère déjà

le solstice de décembre où la nuit va basculer sur

son axe et allumer une petite lumière d ’espérance

pour la grande N uit.

Nous n’irons plus au bois, les feuilles sont mortes.

Et mortes les hirondelles surprises par un octobre

en bonnet de neige. Fichue saison de catarrhe et

de bordereaux d ’impôts !

En attendant, dans l’ombre des caves, le vin en

gésine se dévêt lentement de son placenta de lie.

Le vigneron suit avec tendresse l’enfantement.

Le m azot embaume la châtaigne « brisolée ».

L ’heure est au souper-cagnotte et le cochon vit

ses derniers moments. Saint Antoine, priez pour

lui ! Et pour nous. Aidez-nous à retrouver la paix

du cœur et la bonne mesure du temps perdu.

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(14)

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be PmvCmsimr

Texte M aurice C oquoz

Photos Oswald R uppen

E n ce coin béni des dieux, Bacchus et Silène o n t

certain e m e n t séjourné et se sont réjouis, ta n t il

est v ra i que P lan -C e risie r bénéficie de grâces

particulières. Bien que sur la rive gauche du

R h ô n e, il rivalise avec de n o m b re u x p arch ets

de la rive d ro ite p o u r l’ensoleillement ; ta p i au

fo n d de la vallée, il laisse filer au-dessus de lui

les co u ran ts froids de L a F o rcla z qui v o n t s’écra­

ser dans la p la in e en a m o n t de M artig n y .

D u gel ? pas souvent ; de la grêle ? ra re m e n t ;

du soleil ? en suffisance !

E v o é ! E v o é ! E voé ! à toi, ô D yonisos !

P lan -C e risier : féerique h am e au in h ab ité la

p lu p a r t d u temps, mais qui v it p a r tous les sou­

p ir a u x des caves de ses m azots, tressaille d ’allé­

gresse à la m o in d re visite et explose de joie et

de g aîté le tem ps des vendanges venu.

P lan -C e risier : p a ra d is des Salvanins et a u ­

tres forains. A u x gens de la région on ne leur

d em a n d e pas s’ils o n t p ig n o n sur ruelle à P la n -

Cerisier, mais on leur pose plus sim plem ent cette

question : « A s-tu la clé ? »

La porte de la cave est une porte auguste

La clé qui la commande est un outil sacré !

T. 10,3 -?î

(15)

Q u ’im p o rte q u ’il soit p ro p rié ta ire , c o p ro p rié ­

taire, lo cataire ou simple bénéficiaire de la jouis­

sance d ’un m a zo t, l’im p o r ta n t est q u ’il possède

l’outil sacré qui co m m an d e la p o rte auguste

d ’une cave.

A h ! ces clés ! Q u e de fois des Salvanins

n ’ont-ils pas refa it à pied la ro u te d u M o n t et

des Iles p o u r rev en ir de leur village ju sq u ’au

m a z o t p a rce que — à to r t ou à raison — on leur

a v a it f a it sav o ir q u ’ils a v a ie n t oublié, après les

libations rituelles, de referm er le saint lieu !

Clés m agiques : a y a n t p o u v o ir d ’o u v r ir ces

cry p tes si propices à la réconciliation, à la co n ­

clusion d ’affaires aussi com pliquées que fa m ilia ­

les, à l’é la b o ratio n de vastes p ro g ra m m es p o li­

tiques jam ais réalisés, à l’éviction, après de s a v a n ­

tes intrigues distillées sous le co u v e rt de clins

d ’œil complices, d ’u n quelconque gêneur p a r

tr o p en c o m b ra n t !

Clés sublimes : d o n n a n t accès au b o u d o ir

d ’E ra to , d ’E u te rp e et autres muses, d ’où s’élèvent

régulièrem ent les chants m a g n ifia n t la terre, la

(16)

vigne et le v in ; les d éclam ations poétiques, ly r i­

ques ou tragiques des gran d s poètes : V erlaine,

R o n sa rd , B audelaire, Musset, V icto r H u g o et

j ’en passe.

Clés coquines : e n tre b a îlla n t les v a n t a u x du

tem p le d ’Eros, ca r en ces lieux on b ad in e avec

l’a m o u r et les p ro p o s légers fusent, les chansons

gaillardes éclatent q u a n d le n e ctar qui ne cesse

de couler m e t d u p o u r p r e sur les joues des jeunes

vendangeuses et p ro je tte des parcelles d ’o r dans

l ’iris de leurs prunelles.

Clés m élancoliques : qui to u rn e n t sur le n é a n t

q u a n d ni u n ami, ni u n invité, ni u n serviteur,

ni m êm e u n p assan t inc o n n u n ’accom pagne le

m a îtr e qui descend en ses caves.

Clés salvatrices : qui p e rm e tte n t a u x v ig n e­

rons fo u rb u s et desséchés d ’a v o ir accès à la

réserve de la liq u eu r to n ifia n te des dieux.

Clés d ’am itié : o u v r a n t l’a n tr e et le c œ u r

d u v ig n ero n p o u r y recevoir sans gêne et sans

faço n ceux que le destin a amenés dans ses h auts

lieux où règne encore la simplicité de l’accueil

dans la ch au d e sérénité de ces v ieu x m azots.

Clés des celliers : sésame de véritables ca v e r­

nes où s’accu m u le n t les trésors modestes ou

riches a u x consonnances bien de chez nous :

F e n d a n t : aim able, fru ité, p é tilla n t p arfois,

cap ite u x aussi, mais avec des nuances p a r tic u ­

lières d ’une cave à l’a u tre ; co u lan t to u jo u rs à

p ro fu sio n dans les verres, c’est u n v in gai qui

crée par-dessus l’am b ian ce d u m o m e n t des sou­

venirs et des amitiés durables.

Jo h an n isb e rg : de p a r son origine d ’o utre-

R h in u n peu h a u ta in mais généreux, le v in des

h o b erea u x ; on le tro u v e p a rfo is m élangé avec

d u f e n d a n t lors de la v in ifica tio n

;

il d o n n e alors

un v in corsé et c h a u d au x réactions aussi rapides

q u ’inattendues.

E rm itag e, arv in e, m alvoisie : les crus à p a r ­

ticules, to u te la noblesse du te rro ir ; ne sont,

hélas ! que ra re m e n t vinifiés sur place.

C o r o n : se fa it m odeste, est néanm oins d ro it,

fin, aim able

;

se substitue au f e n d a n t chez les

(17)

D o le : voluptueuse, veloutée, chaude, une

princesse dans sa robe p o u r p r e ; a d ro it à la

révérence.

P in o t n o ir : riche, puissant, le g ra n d seigneur ;

n ’a p p a r a ît en général que d an s les grandes occa­

sions ou lors d ’événem ents particu liers que l’on

désire m a r q u e r avec éclat.

Clés de P la n -C e risier : orgueil légitime de

leurs h eu reu x possesseurs, car elles p e rm e tte n t

de rev en ir a u x sources que sont la simplicité et

l’am itié dans le p laisir de recevoir, la joie et

l ’allégresse to u jo u rs renouvelées de se re tro u v e r

en tre amis. E t m êm e si les tr a v a u x des vignes

ne se fo n t pas toujours en c h a n ta n t, même si

l ’anxiété h ab ite le v ig n e ro n q u a n d les éléments

se d éch a în en t et les m aladies se p ro p a g e n t, il

n ’en reste pas m oins que to u t s’éclaircit, to u t

s’oublie lorsque ces clés o n t perm is de rem p lir les

verres et de red ire avec B audelaire :

En toi je tomberai, végétale ambroisie

Grain précieux jeté par l’éternel Semeur

Pour que de notre amour naisse la poésie

Q ui jaillira vers Dieu comme une rare fleur.

(18)

Texte B ernard W yder

Photos O. R u p p en et R. R itler

Il eût peut-être p a ru mieux à propos à plus d ’un lecteur de parler, sous ce titre, de quelque o rdre contem platif que de l’O rd re de la Channe. C ette confré­ rie rassemblait à sa naissance une soi­ xantaine de disciples yalaisans de Bacchus, Epicure et Rabelais réunis. Bientôt, le conseil de l’O rdre, com pre­ n a n t que l’on ne s’enrichit q u ’en p a r ­ tageant, intronisa des chevaliers de tous horizons, de France, de N a v a rr e et mê­ me des Amériques. Cette politique d ’ou­ verture — quand bien même l’O rd re est apolitique — lui perm it de mieux réa­ liser son b ut premier : servir, honorer et célébrer les vins du Valais. A ux crus, on ajouta d ’autres produits du terroir que l’on m aria avec le plus grand bonheur à des mets prestigieux du Bordelais et de Bourgogne, entre autres. La confré­ rie bachique du Vieux-Pays se fit ainsi l’ambassadrice choisie de notre gastro­ nomie. Mais elle ne pouv ait limiter son rayonnem ent aux seuls plaisirs de la table. Elle voulut, dès son premier cha­ pitre, cultiver le goût de la belle et bonne chose, sous quelque sens qu ’elle

puisse tomber, et ajouter aux délices du palais celles de l’oeil et même de l’intellect. Ainsi naquirent les activités culturelles de l’O rd re de la Channe.

Le premier volet d ’un triptyque cul­ turel q u ’il nous reste à découvrir est constitué p a r la suite des « Propos » qui v it le jour, grâce à l’initiative d ’A ndré D onnet, alors directeur des archives cantonales, avec le premier chapitre qui tin t ses assises en 1958. D û à la plume de M aurice Z erm atten, le premier p ro ­ pos chantait, en termes poétiques, la vigne et le vin. Les essais suivants, aussi variés q u ’intéressants, abordent des do­ maines très différents qui v ont de l’his­ toire au folklore, en passant p ar la gastronomie, l’étymologie, l ’histoire de P a rt et la littérature. Mentionnons spé­ cialement les propos d ’Elie Zwissig (« Ustensiles de bois dans le district de Sierre pour les trav a u x de la vigne et du vin »), de Silvio B ayard (Plaisir du vin p a r la dégustation ») et d ’Albert de W olff (« La channe »). D e présenta­ tion sobre, ces publications, qui vont atteindre leur majorité puisque le ving­

(19)

tième fascicule est à paraître, consti­ tuent une contribution originale à l’étu­ de du vin, considéré sous l’angle cultu­ rel. C ette petite somme inachevée a été réalisée uniquem ent p ar des membres de l ’O rdre. Les « Propos » sont jalouse­ ment collectionnés p a r tous les cheva­ liers ; certains numéros sont devenus introuvables, ce qui prouve, mieux que tout autre fait, leur valeur.

P our le dixième anniversaire de la confrérie bachique valaisanne, l’un de ses membres les plus appréciés, alors chapelain de l’O rdre, allait réserver une surprise de choix à ses confrères : feu l’abbé Georges Crettol, créait un en­

semble vocal costumé qui « se fera une joie à vous chanter moult chansons vineuses et bachiques qui réjouiront votre cœ ur et le m e ttront en fête » comme l ’indiquent les invitations aux différants chapitres. Les chanteurs de l’O rd re de la Channe, au nombre de quinze, se réunirent dès lors régulière­ m ent p our mettre sur pied un réper­ toire de plus en plus riche. De Sion, de Fully, de Leytron, ils vinrent fidèle­ ment répéter les compositions d ont les textes et les harmonisations étaient dus pour la p lu p a rt à leur chapelain, qui également les dirigeait. A la m ort du regretté abbé Crettol, la baguette passa

dans les mains d ’A'lbert Rouvinez, qui dirige a u jo u rd ’hui encore le choeur des chanteur de l ’Ordre.

C ette même année 1967 vit se con­ crétiser un projet longuement mûri par M e G uy Zwissig, l’actuel procureur, qui associa une nouvelle phalange de créa­ teurs à la vie culturelle de la confré­ rie : les artistes peintres, graphistes et sculpteurs. O n leur offrit une chance unique de révéler leur talent à l’ensem­ ble des nombreux chevaliers de l’O rd re de la Channe, en leur confiant en toute liberté l’illustration de l’invitation aux chapitres. Jusqu’à ce jour, trente artistes de chez nous ont bénéficié de ce rare privilège. Parm i eux figurent les plus connus des peintres valaisans. N ous ne pouvons nous empêcher de relever quel- ques-unes de ce que nous considérons, à des titres divers, comme des réussites remarquables ; nous pensons en p a r ti­ culier aux réalisations de Raboud, Su­ zanne Auber, Roulet, Simone Bonvin et Willisch. L ’ensemble de ces somp­ tueux programmes-in vi tâtions constitue, sur l’iconographie de la vigne et du vin,

(20)

u n e a n t h o l o g i e d e l ’a r t v a l a i s a n c o n t e m ­ p o r a i n e t p r o u v e , u n e fo is d e p lu s, sa v i t a l i t é e t sa d iv e r s ité . N o u s n e p o u ­ v o n s q u ’a p p l a u d i r trè s f o r t à c e tte p e r ­ t i n e n t e e t g é n é re u s e in it i a t i v e .

Une telle activité culturelle devait trouver son couronnement en 1972, à l ’occasion de la fastueuse célébration du quinzième anniversaire de l’O rdre, par la publication d ’une édition de biblio­ phile. « Vignes et vins de chez nous » reprend, sur des textes du vigneron- poète A lbert M athier, les illustrations réalisées pour les invitations p ar vingt artistes. Ce luxueux ouvrage hors com­ merce recrée, par le texte et l ’image, les aspects à la fois quotidiens et insoli­ tes du monde du vin. N ous lui em prun­ tons notre conclusion : « Curé, prési­ dent, sommelière, ce sont trois per­ sonnages qui m ènent le village. Ils ont leurs lieux publics, la salle communale, l’église et le café. E t le diable n ’est pas toujours là où l’on croit q u ’il est, tandis que le Bon Dieu est partout, en tous lieux. » Y compris à l’O rd re de la

Channe. Bernard Wyder.

Le c h œ u r de l’O r d r e de la C h a n n e fo n d é p a r le r e g r e t té abbé C r e t t o l (ci-dessous, t o u t à d r o it e ) et cé rém o n ie d ’in t r o n i s a t i o n de d eu x n o u v ea u x

(21)

che-The key

to the sanctum

W hen a Valaisan invites you to his house, his first act o f hospitality it to fetch

a pitcher o f cool Fendant fro m his cellar. But w hen he takes a big, heavy key

fro m the rack, that means that you are an honoured guest, w o rth y to be adm it­

ted to his sanctum, the w ine cellar. D rinking in the w ine cellar is a common

custom of all the w ine growing regions. But, as the Valaisans are rather shy

w ith strangers, being invited to the cellar means a token o f respect, esteem or

friendship. Far from being a m usty place, the very clean wine cellar is the

parlour o f the owner o f a fe w barrels o f home-grown wine. I t is drawn into

a crockery or a pew ter pitcher, served in pew ter or w ooden goblets, if not

in very small wine-tasting glasses. The furniture consists o f tw o roughly hewn

logs, one serving as table, the other as bench.

Far from being drunkards, fe w Valaisan families do not ow n a small patch

o f vineyards, w hich are often far fro m their villages, if these are situated too

high in the mountains. Their vines grow on the sunny slopes enclosing the Rhone

Valley. This situation engendered customs w hich have been perpetuated for

generations. Periodically, the m ountain farmers m ust migrate to the Rhone

Valley to tend their vineyards. From some valleys they used to migrate there

w ith the whole fa m ily and their cattle and settle fo r a couple o f weeks in pri­

m itive chalets in or near their vineyard. A n d because these chalets are not

their permanent home, their owners are called « forains » like the pedlars w ho

travel fro m fair to fair.

The inhabitants o f Salvan in the Valley o f the Triant are such «forains ».

Their vineyards are a short w a y above M artigny-C roix, at Plan-Cerisier,

between the pass roads o f the Great Saint Bernhard and o f the Forclaz.

A ltough cerisier means cherry tree, the p retty name o f this hamlet has nothing

to do w ith cherries, fo r the inclined plane where it stands was first mentioned

in the 14th century as Plan-Celluisier. In those times, orchards and a fe w grape­

vines were grown there. O n ly since the nineteenth century has this w ell exposed

land been entirely planted w ith vine-stocks and is ow ned by a m ajority of

« forains » fro m Salvan.

A s the Salvanins had to descend a very steep mule trail fro m Salvan to

Vernayaz, and fro m there w a lk still a long distance to M artigny and eventually

to Plan-Cerisier, w hich meant a w hole d a y’s journey on foot, they did not

migrate there w ith the fa m ily fo r the spring chores w hich the men did alone,

bu t everybody w en t dow n there in October for the grape harvest. The hamlet

of Plan-Cerisier had therefore a particular character until a fe w decades ago.

The chalets were tiny, w ith fust a cellar dug into the ground and, above it, a

small kitchen-bedroom. The w hole building was overgrown by grape-vines and

the oldest w ou ld have crumbled, had not the creepers held the walls together.

Until the end o f the grape harvest, the grapes ivere stored in the cellar, then

p u t half crushed into long, narrow barrels and transported up the steep trail

by mule-drawn carts. The w ine was made in Salvan. Since 1906, a railway and

n ow also a road lead fro m M artigny to Salvan, and therefore the grapes are

transported up there b y train or by jeep.

N o w , a fe w families live the year round in Plan-Cerisier in recently built

houses. B u t luckily, the hamlet has preserved its old charm and comes alive at

the grape harvest, w hen the « forains » o f Salvan arrive in their very small

vineyards, w hich they call their paradise. V ery good wines grow there, but are

not fo r sale, as the growers have just enough land on w hich to produce the wine

fo r their private use.

I t does not m atter w hether the man one meets in a lane o f Plan-Cerisier is

co-proprietor, tenant or the owner o f a house there. The im portant thing is :

has he got the kee, the sacred instrum ent to open the sanctum in w hich all his

fa m ily and business matters are treated over a glass o f wine, as w ell as important

documents signed, politics discussed, elections decided and lasting friendships

sealed.

In common w ith a fe w other villages in the Valais vineyards, Plan-Cerisier is

perpetuating the quaint custom o f « la brisolée ». In late October or beginning

N ovem ber, the year’s grape juice has undergone its first fermentation. I t looks

still a bit m u ddy, but prickles and gradually separates fro m its dregs. A t this

time, the growers and their guests gather in the w ine cellar to taste the new

w ine and evaluate its qualities. W ith it are served hot, fragrant roasted chestnuts

and a mild, creamy cheese — a treat fo r the gods. « La brisolée » is a gay gather­

ing w ith laugther, music and songs, a sort o f reward fo r all the chores and cares

required until, at last, the wine van be drawn.

,

r

(22)

LT

l/ltiJ N S ftN S

L ettre à m on am i F ab ien , Valaisan émigré

Mon cher,

Com me je lis un peu trop les journaux, il m ’arrive d ’avoir des hallucinations. Ainsi j’ai cru un m atin qui n ’était pas un lendemain de Com ptoir, que le Valais allait se scinder en deux demi-cantons.

L’initiative était p artie du H aut-V alais qui ne voulait plus accepter la tutelle du C entre et du Bas, unis p a r une langue commune, le français, et séparés p ar de nom breux patois revivifiés une fois l ’an lors d ’une journée fo rt populaire.

Les prom oteurs de cette initiative faisaient valoir q u ’ils étaient assez grands p our se gérer eux-mêmes, q u ’ils ne voulaient plus faire choisir p a r des gens de race différente leurs gouvernants et qu ’il en était de même pour leurs juges. O n se serait cru sur la prairie du Grütili en 1291 ou dans le J u r a bernois en 1974.

Ils avançaient que le H a u t risquait d ’être contam iné p a r les idées subversives de ceux du Bas, répandues p a r une femme aussi jolie que dangereuse, quanti bien même elles pénétraient dans un langage qui leur était peu familier et qu ’au point de vue « argent » ils p o uvaient m a intenant se passer des subventions v en a n t de Sion. Ils se « péréquationneraient » entre eux.

Finalement la tentative échoua : ce fu t au m om ent où il fallu t choisir la capi­ tale du nouveau dem i-canton alémanique. Donc, rassure-toi, p o in t de vague de fond de ce côté-là. N o u s sommes mariés p o u r le meilleur et p our le pire. Dois-je d ’ailleurs te rappeler que cette union fu t considérée un m om ent comme si forte, quand le H a u t gouvernait, que très sérieusement d ’aucuns envisagèrent de faire du Valais une république indépendante et même que certains n ’eussent point reculé devant la monarchie.

U n p etit Lichtenstein en somme. N ous frapperions nos timbres-poste et cela en quantité telle que nous pourrions nous passer d ’autres industries ; nos chefs politiques, au lieu de siéger platem ent à Berne, avec nos Confédérés actuels, p a r ­ courraient les couloirs onusiens et ceux de Strasbourg et de Bruxelles.

Ils traiteraient d ’égal à égal avec les Wilson, Schm idt ou autres Giscard et gagneraient ainsi én prestige. Mais il p a ra ît que c’est aussi une vue de l ’esprit, car il y au ra it ta n t de prétendants au trône que nous risquerions une situation analogue à celle de nos amis transalpins : celle de n ’avoir pas de chef du tout.

Alors la République confédérée poursuit son chemin. Se to u rn a n t vers Berne et Zurich, elle peut ainsi continuer à jouer sa carte de pays sous-développé, chercher la péréquation p a r le haut, vendre ses vins et ses tomates et faire jouer une fois l’an l’hym ne national p a r ses fanfares.

E t puis, si nous ne pouvions plus nous plaindre de Berne — çar bien entendu l ’aide confédérale n ’est jamais assez forte — de quoi parlerions-nous et sur quelles bases nos candidats aux Chambres fédérales partiraient-ils en campagne l’année prochaine ?

* * *

Mais en attendant, il est clair que ce pays se développe. O n en veut p our preuve que des dîners selects s’organisent à des prix défiant toute surenchère. Ainsi, pour quatre-vingts modestes francs tu aurais pu, à l ’O rd re de la Channe, manger d u turbotin à l’oseille, du pâté de gibier en croûte, des cailles farcies et finir quand même avec du fromage et des poires du pays, le tout avec de l’ermitage, de l’arvine, du pinot noir et de l’amigne.

S’agissant de gibier, sache qu ’à un autre grand dîner on a servi du renne qui, p o u r une fois, ne s’était pas transform é en chevreuil p o u r franchir la frontière, m ot qui couvre d ’ailleurs aussi, à l ’occasion, les antilopes et autres caprins exotiques.

N o tr e aversion pour la chasse tombe dès que ces « touchants anim aux dignes de protection » sont nés sous d ’autres cieux. Alors là le massacre est permis.

E t les cailles peuvent tom ber rôties dans notre bouche : elles arriv en t de loin et nous n ’avons pas entendu les coups de feu. N o tre conscience est donc en ordre.

A propos, tu sais que dans notre canton aussi l’initiative pour l’expulsion des étrangers n ’a pas passé. Au dernier moment, les Valaisans se sont avisés q u ’ils devaient peut-être construire leur autoroute eux-mêmes.

E t n ’oublie pas d ’aller voter quelque chose a propos de l’assurance maladie. J ’ai calculé q u ’avec ce q u ’il va falloir payer pour elle et pour l’AVS, il en coûtera plus cher de se préparer à bien m ourir que de bien vivre le temps présent.

Bien à toi. Je te parlerai du fendant quand m on ami W alter me perm ettra d ’en dire du bien.

par R a p h y R appaz

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 58 H o rizo n ta le m e n t

1. Ils p u llu len t sur certains cham ps v a ­ laisans. 2. Ancienne localité entre V e rn ay a z et M artigny. - Evêque de Sion (672-690). 3. A djectif p o u r le général de Gaulle ou sommet de la vallée de Bagnes. - D ans la peau. 4. Sous un a u tre nom, f u t l’un des grands empires de l ’antiquité - La femme le devient souvent. 5. D an s un tas. - P o lira p a r frottem ent. 6. Interjection. - Bouche. - Ph o n étiq u em en t : arme. 7. A ffirm atio n étrangère. - N égation. - P h o n étiq u em en t : rupin. 8. C o iffu re mise à l ’envers. - F o u r­ voyé. 9 Localité haut-valaisanne célèbre p a r ses articles. - Sans voiles. 10. Contesta. - Bordure. - Adverbe. 11. Ville de Sicile sans fin. - Im p ératrice byzantine. - G az naturel.

V erticalem ent

1. Société valaisanne s’occupant d ’une certaine histoire. 2. H a b i ta n t d ’une localité du Bas-Valais. 3. T rib u d u n o rd -est des Indes (singulier). - G r a n d ami des sorcières. 4. Celui de La F u rk a a f a it couler beau ­ coup d ’encre. - Fin de participe. 5. Forme d ’un auxiliaire. - G lacier qui a p ro voqué une terrible c atastrophe en Valais en 1818. 6. Il devient de plus en plus rare. - Riches­ ses inversées. 7. P o rte -d rap e au de l ’ancienne armée valaisanne. - Voyelle doublée. 8. L ’un des premiers sites valaisans à a voir attiré les touristes. 9. Possessif. - Veau en patois valaisan. - C ontracté. 10. Plus d ’un régna sur le Valais. - D ém onstratif. 11. Lac dans le H a u t-V ala is . - P o u r la santé, il est préférable q u ’il soit bon.

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

(23)

A hnung

und A ufbruch

(24)

Ahnung und Aufbruch

T ext Pierre Im hasly

Fotos René R itler

D ie stillen Tage, die unterschw elligen, m a tt,

ohne H a u c h , d och S tü rm e ah n e n d d er H im m e l

im u n g u te n Zeichen des Skorpions.

N a c h innen gestülpte E rd e, schm erzlos n ach

innen gestülpt, v o ller Scham . U n d Reisig, das

fällt.

Ein Firnis ü b er den L euten, ih rem T u n , das

zage

L ich t

zersp ru n g en er

B ilder,

E n d z eit-

A h n u n g en , selbst böse W eiber w e rd e n m ilder.

E n tw o rfe n e , v e rw o rfen e, abgelegte Briefe, no

co m m u n icatio n , Z e it der P ap ierk o rb g esch ich ten ,

ach.

Z eit d er N eb elb ild er, k a lte f a t a m o rg a n a,

Z eit d e r san ften H ö lle , d a rin d er F ro st sengt,

Z e it d er san ften H ö lle , die, m o rb id e, nichts v er-

heisst, ausser d er S c h w e rm u t des a b g eh a lfte rten

Ja h re s nichts.

A b g etak e lte Schiffe, elf schon a n d er Z ah l,

m ü d e kleine A r m a d a m it so schönen N a m e n wie

M ai.

Vögel d a rü b er. S ch w arze u n d blaue u n d

grässlich an g em alte w ie d er Vogel T o d . D ie

(25)

Pressentiments

Jours de silence, épuisés, à bout de souffle. Tout

est sous-entendu. Le ciel, gonflé d ’orages pres­

sentis, dans le signe maléfique du Scorpion.

La terre retournée sur elle-même, retournée

sur elle-même sans souffrances, pudique. Et la

chute des brindilles.

Un glacis sur les gens et les gestes, le reflet

hésitant d ’images brisées. Intuition de fin des

temps, les mauvaises femmes elles-mêmes s’adou­

cissent.

Lettres élaborées, lettres rejetées, lettres écar­

tées, no communication, histoires bonnes pour la

corbeille, ach !

Mirages de brouillard, froide sorcellerie,

temps du doux enfer ou le gel roussit, temps du

(26)

einen tra g e n die Vögel fo rt... M ein k r a n k e r

N a c h b a r ist gestorben.

M a n c h m a l, w en n die Stille h ält, w as sie v e r ­

spricht, k a n n m a n es hören. M ein k r a n k e r N a c h ­

b a r ist gestorben.

Ich geh, im T r a u m , ü b er den v erschneiten

M o n te M o ro zu G e v a tte r Po, z u r lichten Sorella

A d ria , w o ich ersaufe wie ein Stein. K ein T ra u m ,

d e r trä g t, N o v e m b e r ist f ü r Q u a te m b e rk in d e r

da, u n d ich b in keins.

Leise su m m t das J a h r zuende. D e r L a n d m a n n

h a t seine F rü c h te destilliert, er gibt d ir gern

ein G läschen. K in d e r h olen ihre P u p p e n h erfü r,

die langen A b en d e u n d f r ü h ins Bett. Im G ilt-

steinofen b re n n t d er V alen tin , d e r O ehen.

D ie schw eren Schuhe tu n n u n ih ren D ienst,

das P feifch en sch m au ch t, M o n th e y e r m ach en

w a rm . E in Fuchs s tre u n t um s H a u s , d a bleiben

die F lin ten au ch n ic h t im K asten.

M a n resüm iert : die guten u n d die schlechten

Tage. F re u d u n d Leid a u f d e r W aage, R ü ck b lick

alles, U h re n , die ab lau fen , nichts, w as n ach v o r ­

ne wiese.

N u r u n te r d em Schnee regt sich’s, in den

L ü ften , w eil alles d o ch zu sam m en h än g t, G r a t ­

zug, C henegouga, die E rd e w ill n ic h t sterben.

Sie w ir d au fersteh n , eh n och drei M o n a te ins

J a h r gezogen. M it grossem T a m ta m , m it T rilili

u n d D a m d id e ld a m , m it F ö h n u n d F ra tz e , m it

M o n d g esich t u n d Schellengeläut, ächzend, stö h ­

nen d , h ö h n e n d : M enschlein n im m dich n u r in

ach t, d er G eisterbeschw örer ist d e r L etzte, d er

lacht.

E in grosses S pek tak el, dies Leben, ein Sausen

u n d Brausen, w ild e J a g d ? Ein stilles E ingehn,

V ergehn, V erw e h n ?

Ein A u f u n d A b jedenfalls, dem alles z u sa m ­

m e n h än g t, das O b e n u n d das U n te n , Aussen u n d

In n en , das Seichte u n d das Tiefe, das Schaurige

u n d das T ra u rig e ; ein A u f u n d A b jedenfalls,

bei dem m a n , seit Benn, n ich t weiss, « w o h e r

das S an fte u n d das G u te k o m m t ».

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doux enfer morbide qui ne promet rien, rien

sauf le cafard : l'année a posé le licol.

Onze bateaux déjà désarmés, petite armada

fatiguée aux noms si beaux, mai, juin...

Des oiseaux sur le tout. Noirs, bleus, ou

affreusement coloriés, comme l’oiseau de la

mort. Il y en a que les oiseaux emportent... Mon

voisin malade est mort.

Parfois, quand le silence tient ses promesses,

cela s’entend. Mon voisin malade est mort.

Je passe en rêve le Monte-Moro enneigé, jus­

qu’au compère Pô, jusqu’à la claire sorella

Adriatique où je me noie comme un caillou. Ce

n’est pas un rêve qui porte, novembre ne réussit

qu’aux enfants des Quatre-Temps, pas à moi.

L ’année bourdonne doucement vers sa fin. Le

paysan a distillé ses fruits, si tu veux un petit

verre c’est de bon cœur. Les enfants ressortent les

poupées ; longues soirées, tôt au lit, dans le four­

neau de pierre ollaire brûle la prose à Valentin,

Oehen de son nom.

Rentrée en service des gros souliers, la pipe,

les montheys réchauffent. Un renard rôde autour

de la maison, et les fusils resteraient dans l’ar­

moire ?

O n fait le bilan : les bons et les mauvais jours.

Joies et peines sur la balance, tout est à bout de

course ; regards en arrière et rien qui pointe vers

l’avant.

Rien ne bouge, sauf sous la neige, et dans les

airs car tout se tient. Cortèges endiablés, chene-

gouga, la terre ne veut pas mourir. Elle ressusci­

tera avant que trois mois n ’aient entamé l’an­

née. A grand tamtam, tralala et damdideldam,

à coups de fœ h n et de grimaces. Faces lunaires,

bruits de cloches, plaintes, soupirs et ricane­

ments : gare ! le sorcier rira bien, qui rira le

dernier.

Dramatique, cette existence, chassée, sifflée,

soufflée ? Ou déclin discret, passage, comme

feuille au vent ?

De toutes façons, une alternance où tout est

cohérent, le haut, le bas, le dedans et le dehors.

Des hauts et des bas dont on ignore, avec Benn,

« d ’où nous viennent la douceur et le bien ».

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(30)

Curriculum vitæ

d’une compagne de bouche

La coutume de racler du from age est m entionnée p o u r la première fois dans un ouvrage édité à Zurich en 1574. Il est cependant fo rt p robable que les Valaisans rôtissaient leur from age depuis plus longtemps.

Cette tra d itio n est restée l ’apanage des paysans jusque vers 1900. Enfermés dans leurs hautes vallées, ils faisaient leurs provisions p o u r l’hiver : v ian d e séchée, from age séché, le même que celui p our la raclette mais gardé trois, q u a tre ou cinq ans dans les caves et légèrement écrémé a v a n t la fabrication, p o u r faire le beurre.

A l’alpage, au contraire, pas question de faire du .beurre. T out le la it est directem ent transform é en fromage. E t vers l’automne, après la désalpe, ces fromages gras et frais, de trois à q u a tre mois d ’âge, sont prêts à être raclés. O n en consomme à toutes les céré­ monies : mariage, enterrem ent, naissance, to u t est occasion de se régaler.

Le 31 juillet 1909 m arque l’entrée « dans le m onde » du fromage valaisan. Ce jour-là, veille de l ’Exposition cantonale industrielle de Sion, la raclette est offerte aux journalistes. E t de continuer son aim able invite to u t au long de l’exposition, te n ta n t des visiteurs venus de toute la Suisse. C ’est le prem ier pas vers la commercia­ lisation.

C ep en d an t, p o u r commercialiser un fromage, il fa u t un minimum de standards. O r, il y a deux cents alpages et donc deux cents sortes différentes de from age (jusqu’en 1930, les fromages gras à raclette p ro v e n aien t exclusivement des alpages). Ce souci de stan ­ dardisation est le trav a il de la Fédération laitière valaisanne, créée en 1919, du Service can to n al de l ’industrie laitière (aujo u rd ’hui, Station cantonale d ’industrie laitière) et de la C entrale d ’a ch a t des fromages valaisans.

Le from age à raclette pèse de six à sept kilos, a un talo n droit ou légèrement cintré- de six à six centimètres et demi de h aut, une consistance un peu ferme, une croûte uniform e et solide, une « morge » b run orange naturelle, pas très abondante, non coloriée, ni gluante, ni farineuse. Les fromages d o iv en t pouv o ir supporter le tran s p o rt et plusieurs mois d ’encavage. Ils doivent aussi p o rter en creux, au talon, le m arquage officiel.

Le Valais p r o d u it quelque v in g t-h u it millions de kilos de lait. La moitié est transform ée en from age à raclette. En 1973, sur un million q u a tre cent mille kilos de fromage, cinq cent mille kilos o n t été commercialisés, d o n t 2 °/o à l’étranger. Q u a n t aux neuf cent mille restant, ils o n t constitué le stock des producteurs. Le Valaisan est, en effet, un grand consom m ateur de fromages. Alors q u ’en Suisse la moyenne de consommation est de dix kilos p a r h a b ita n t et p a r an, en Valais elle a tte in t q u a ran te kilos.

Si le from age à raclette a déserté quelque peu l ’alpage p o u r la fruitière — c’est ainsi q u ’on appelle en Valais les petites fro m a ­ geries — il demeure p o u r ta n t une fabrication artisanale. Fabriqué dans cent v in g t laiteries et sur cent cinquante alpages, il n ’est cep en d an t commercialisé que dans cinquante de chacune de ces exploitations.

Mais chaque herbage, chaque alpage, chaque from ager lui donne son caractère pro p re et on peut choisir, comme on choisit un bon vin, un Bagnes, un Conches, un Orsières, un H e id a ou une autre variété. Bien plus, si on y prête atten tio n , on peut voir incrusté sur le talon, outre la région, le num éro de la laiterie ainsi que la d ate de fabrication. E t on peut choisir son « cru ».

Ces différences de « cru » p ro v ien n e n t du fa it que le fromage est encore façonné selon les vieilles coutumes et non pas indus­ triellement. F a it de lait non pasteurisé, contrairem en t a u x autres fromages à racler q u ’on tro u v e dans le commerce, il p re n d son temps p o u r m ûrir. D e trois à cinq mois, selon la flore de son lait. Plus gras aussi que les fromages à racler industriels (une moyenne de 54 à 57 % de m atière grasse contre 45 à 48 %>), il est légèrement plus coûteux que ses imitations.

C ep en d an t, q u a n d on le goûte cru, il est résistant sous la dent (et non mou), de goût franc et, écrasée entre les doigts, sa pâte fine et homogène se laisse étaler facilement lorsqu’il est mûr. Il

(31)

J ’aime le pain

p a r A lbert M athier

J ’aime le pain

Qui porte l’empreinte des mains

Qui ont pétri

Cette pâte flétrie

Y aime le pain

Qui porte rempreinte du pétrin

J ’aime les mains

Qui ont massé ce pain frais

J’aime les empreintes digitales

Du boulanger

Sur le pain frais

Elles ne sont pas classées

Dans des dossiers

J’aime le pain difforme

Comme une bouse de vache

Que l’on taille à la hache

J’aime le pain sec

Le pain de seigle

A belles dents

Que l’on sème en nos champs

J’aime le pain et le vin

Le pain qu’on casse

Le vin qui casse

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