Options pour un nouveau musée

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(1)

Book Chapter

Reference

Options pour un nouveau musée

LANGANEY, André

LANGANEY, André. Options pour un nouveau musée. In: Aubert, Laurent. Le monde et son double: ethnographie: trésors d'un musée rêvé . Genève : Musée d'ethnographie, 2000. p.

80-86

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:116562

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(2)

*PrË*r=Ë $ r*L$ ffi

ê

âJ F\Ë fç i) LJVTAU gWLJS t t

I

Jl

Genève conrne à Paris, le débat autour des collections

lf

d'anthropologie et d'ethnologie est d'actualiré ; et I'afhire

f ldevient

particulièrement intéressante quand, après des analyses et des débats semblables, on s'oriente vers des dé- cisions totalenent opposées.

À

Paris, le projet du musée des

Arts et Civilisations prévu au quai Braniy est original en ce sens que, sacrifiant

tout

à une esthétique cornrnerciale, il préconise de mettre en sourdine I'information sur les so- ciétés et le sens des objets. Constitué à partir des coliections

André Longoney

du

musée

de

I'Homme,

du

musée des

Arts

africains et océaniens et de quelques autres institutions, le musée des Arts et des Civilisations prévoit de présenter chaque objet accompagné

d'un

o cartel > très discret avec son numéro d'inventaire, la liste de ses propriétaires successifs et, dans le

meilleur des cas, son ethnie d'origine. L information éven- tuelle sur les civilisations et les contextes sera reléguée dans

un secteur audiovisuel réduit,

loin

des salles de < délecta- tion >.

[Jne

antenne

du

musée s'ouvrira

par

ailleurs au

L'Esplonode des mondes, moquette du projet.

(Pholo: Johnoùon Wotk, 1999.1

le monde son double

(3)

le musée et iet

Louvre, minime

par

sa surfâce, mais significative

par

la

qualité des objets, choisis et présentés sans référence à leurs cultures d'origine.

À la tête de ce projet: des spécialistes et collectionneurs en

< arts primitifs >. Mais comment espère-t-on créer

un

lieu d'éducation

et

de culture en écartant

la

totalité des cher- cheurs en anthropologie

et

des éducateurs compétents au

profit de spécialistes du marché de I'art ? Comment peut- on en outre envisager de créer, en pleine mondialisation et au début du XXIe siècle, un tel musée en en excluant déli- bérément les collections ethnographiques

de

I'Europe ?

Car

l'Europe, prolongement géographique sans frontière culturelle de I'Asie continentale, ne sera pas incluse dans ce

( tout primitif r. Cette sorte

d'apartheid muséologique rappelle que, souvent

en

France, l'ethnographie se veut étude des

(

autres ))

et

prétencl n'avoir

rien à voir

avec

(

notre

r

sociologie

ou

( notre > anthropologie. Tout ceci est

d'un

archaïsme venu

tout droit

du

XIXe

siècle

et

du musée des Colonies de Paris, hâtivement rebaptisé, après la décolonisation, musée des Arts africains et océaniens.

À

Genève,

on

est

en

revanche conscient

du

trésor que

constituent

ies

collections ethnographiques,

tant

locales

qu'internationaies, mais aussi des responsabilités qu'elles imposent par rapport aux sociétés qui les ont produites. Les

autorités municipales

ont

réalisé

quel

remarquable outil éducatif et de communication, voire de médiation sociale,

un

musée d'ethnographie moderne

bien

pensé pouvait constituer dans

une

société caractérisée

pâr

son multi- culturalisme. Le projet

d'un

nouveau Musée d'ethnogra-

phie à

Genève est centré sur

la

présentation interdisci- plinaire et la rencontre des humains et des cultures, dont les objets,

si

précieux

et

rares soient-ils,

ne sont que

des

témoins. C'est donc avec une orientation âssez compa- rable à celle qui a fait la réputation du musée de I'Homme de Paris que I'on travaille.

À

chaque étape, les options sont

évaluées par toutes les instances scientifiques, politiques et urbanistiques concernées. En dernier recours, la clécision ira aux citoyens s'ils I'estiment nécessaire. Pour un projet intel- lectuellement beaucoup plus ambitieux et pertinent que son

llternative parisienne, le coût estimé du musée genevois est

dix fois moindre, à peine le prix de huit cents mètres d'auto- route urbaine ou d'un projet de stade dans la même ville.

Iimplicorion du visileur

eT

de lo cité

l)e

son fondateur, Eugène Pittard, à Louis Necker et Ber-

nrrcl

Crettaz,

la

pratique

du

Musée d'ethnographie de Genève a toujours placé dans un même contexte intellectuel l'étude des Genevois, des Suisses et des autres, si difïérents

soient-ils

en

première apparence. L étude

du

phénomène humain, de la diversité des cultures et de ia place de la culture locale clans

le

monde nécessite autant d'intérêt

pour

la

composition de la cité, son histoire ancienne ou ses rela- tions avec son arrière-pays ou sa région, que d'efforts à nous resituer dans

la

longue histoire de

la

fascinante diversifi- cation des sociétés hunaines, de leurs râpports à I'environ- nenlent et de leurs productions matérielles.

Genève est sans doute

l'une

des villes les pius riches du monde par I'extrême diversité d'origine de ses résidents temporaires

et

d'une partie de ses habitants permanents.

Ayant accueilli pendant des siècles les persécutés d'ailleurs, elle est devenue une cité syrnbolique de refuge, de règle- ment de conflits insolubles

et

de rencontre entre ennemis

irréductibles. C'est

le lieu où

les conférences internatio- nales ne sont pas I'otage de I'une de leurs parties. Mais,

loin

de chez eux par les mæurs,

le cli-

mat, la langue,

ou

en faible

effectit FCifg eOhAbiief

les étrangers de Genève onr

rendance

-i _.ts I,hcrmonie

à se replier sur eux-mêmes

ou sur uul

des

microcosmes.

La sympathique

CeS hUmCinS

iSSUS

parcellisation de la grande cité péri-

phérique de Meyrin en une

centaine dg sCCiéiéS

de

nationalités est

un

exenrple ex-

rrême. souvent, les résidents

étran- t-'{uc iout oppose

gers ne se rencontrent que

formel- e5t Une expéfienC

lement

et

échangent peu avec

une t.rr. .t , I

,

communauté indigène, dont

la mé- fl lfflClle ef plelne

fiance de jadis a laissé piace

à une O

^tr

EMDUCNES - - t- ^

- t.

reserve perçue conrme rndlf terence par les communautês plus extraverties.

Ce n'est pas le moindre mérite de la

Ville

de Genève et,

en particulier, de son Musée d'ethnographie, que d'avoir brillamment célébré,

en

1995, I'année

de la

Diversité.

Celle-ci

{it

descendre dans la rue et se rencontrer pendant une semaine, dans la meilleure convivialité et côte à côte sur la vaste plaine urbaine de Plainpalais, des cr.risines, des musiques, des artisanats et des citoyens de la grande centaine de nationalités qui

y

cohabitent, souvent sans interaction.

Dans cette fête, on a souvent appris, par le plaisir, à connaî-

tre

ce

qu'il y

avait de meilleur chez les autres. Les arts, nobles ou populaires, étaient à I'honneur, mais les sciences aussi, par diverses expositions

et

manifestations

qui

béné- ficièrent de I'engouement général.

Les chances futures de Genève, tant pour son économie que pour son rayonnement national

et

international, dé- pendent de son aptitude à gérer une mondialisation locale des retombées de laquelle elle peut

tirer un

grand parti.

Mais faire cohabiter dans I'harmonie des humains issus de

(4)

Hoche de porode employée pendont les donses et égolement comme obiet d'échonge.

Monche en bois, lome en pierre polie, ligoture en rotin tressé.

Hout. : 500 mm ; long. : 500 mm.

Popouosie-Nouvelle-Guinée, Houtes Terres, ethnie Mendi.

sociétés que, parfois, tout oppose est une expérience clifficile et pleine d'embûches, niême si rlne iongrle tradition d'im- rurigration, de lieux de rencontles intelnationales et de to- lérance la rend ici pir"rs envisageable qu'ailleurs.

Vivle

avec les ar-itres

et pa[

les autles suppose

qu'on

les

counaisse,

qll'on

les iespecte

et

qlle

l'on

se fasse respecter

d'eux.

La

cleurande

de

reconnaissâllce

et de

respect est

d'ailleurs une des plerrières revendications cles pauvres et cles opprinés, sollvent avânt

tolrte

considération écono- ruriqr.re.

La

reconnaissance des richesses culturelles des autres ou le plaisir d'en bénéficier sont sûrement les che- rurins les plus faciles vels la tolérance et la conrpréhension mr-rtr,relles. Ajoutons que,

pollr

beaucoup de déracinés qui vivent à Genève dans le patchivork culturel international,

leul

société

cl'origine est plus

nrystérier-rse qtt'lnternet dans les alpages

!

Mais cette méconnaissance des origines se double d'une grande curiosité, et les générations d'inr- nigrés,

à partir

de

la

deuxième, se passionnent souvent pour des lacines que la preurière, par souci d'intégration,

a vonlu oublier'.

: :. 1 ; i

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lii:; iii i'$ilf;l'iii3,

i;3 fill,iltli'd, :i* iLlji,iiË gi

r"iC

iiitlSli

C'est donc

âurânr

pour

répondre

à de tels

cluestit-rrr- nemel-lts, que

du fait

de

la

responsabilité mondiale que leur confie la détention cle collections patrir.nonialcs pres- tigieuses de tous les contirrents, tous les pays et toutes les sociêtés, que des

villes

comne

Paris

et

Genève doi-

vent

fonder des mttsées totalement novateurs

:

assufant ar.rssi

bien

des

fonctions de lieu cle rencontre, d'ani- mation, d'éducation et de recherche

ur ln

diversité des lrumains

et

de

leurs cr,rltures que les fonctions plus

i,'',i:i

"

:l il' i.,1:,,

ll:

:,, i:,'.ï i::-

tions qr"ri s'imposent

à tout

musée.

Ces nouvelles strlrctures se doivent

d'être

autant

la

maison des autres

parnri nous quc uotre maison dans

le

concelt des autres civilisations et

cultules. Chaque visiteur, chaque spectateur

ou

chaque

chercheur

doit

s'y retrouver impliqué personnellement et socialement, quelles que soient ses traditions, ses mceurs et ses origines, locales ou exotiques.

Il

doit pouvoir y appren- dre autant sur lui-même que sur les autles,

il

doit

y

sentir la vie des cultules et non la mort des objets. Cette néces-

sité impose des exigences antithétiques

qu'il

convient de concilier.

Prelnièrement,

I'institution doit être un lieu de

plaisir, d'animation et de rencontre autour des cultures, des arts et des civilisations, afin d'attirer le plus vaste pr"rblic spontané

posible et de passionner le public < captif

r

prioritaire des visites scolaires,

qui induit

de nombreuses visites familiales lorsqu'un premier repérage en groupe l'a séduit.

Deuxièmement, elle doit être un haut lieu de recherche sur

les sociétés, les civilisations

et

les cultures matérielles, re- pr'êsentées sur place par ses très riches collections. L'inter- disciplinarité doit

y

être la règie, car ies questions du pu-

blic,

comme des chercheurs,

y font

autant réIérence à

I'histoire, à I'archéologie, à la linguistique ou à la biologie qu'à 1'ethnographie des sociétés traditionnelles

ou

nou- velies, à 1'ethnomusicologie et à I'histoire de I'art. Elle doit être r.rn centre d'enseignement et de communication scien- tifique, rayonuant à tous les niveaux, dans la ville et au-delà cle tous les cercles de {i'ontières concentriques, de la classe

errf,urtirre à I'Universiré, de la vilie qui I'entoure à I'Himalaya

on

à 1'Amazonie,

dont on

détient

un

patrirnoine ancien souvent disparu sur place.

La recherche d'aujourd'hui apporte

un flot

énorme d'in- fôrmations, parlois aussi contraires à f intr"rition et à nos per- ceptions quotidiennes que la forme et la rotation de laTerre.

A

regarder la cliversité des physiques et des modes de vie de nos six milliarcls de conternporains, aucun observateur ex- térieurr objectif ne lenr attribuerait I'origine commune ré- cente

-

sans doute moins de mille siècles

-

que la recherche

leur trouve au.;ourd'hui.

À é.o.rt.r

l'incroyable variété des

six mille langues parlées à travers le monde aujourd'hui et

à étudier leurs différences de grammaire et de structure, les linguistes ont d'abord cru, aidés par le contexte colonial

et

l'eurocentLisnre, qu'elles correspondaient à des inven-

tions

indépendantes,

par leurs

premiers locuteurs, des grandes

fanilles

de langues. Pourtant, les recherches les

plus récentes en linguistique classificatoire établissent des

parentés

de

lexique

de

base entre torltes ces o familles

82

Le monde et son double

(5)

le musée ei l'obiet

(6)

Sortir Lrn obict elnnogrcph

!t

rq ue

de son contexte

' ' f .

stgnrïrsnT pour n

l.!

y votr qu'une vcleur crtistique,

sinon une valeur morcncnde,

i'

est

rgesre 0e

,lr.

mepils vis-ci-vis de

sc culiur"e ei de sa poputOtton

t,.

o oilgtne

lr

indépendantes >. Même les spécialistes les plus réservés re- connaissent

la

possibilité,

sinon la forte

vraisemblance, d'une < langue mère > ancestrale assez récente et conrmune à tous les parlers actuels, qui en ont tant divergé et si vite.

Troisièmement, les sociétés humaines

n'ont de

sens que replacées dans leur environnement naturel et leur histoire.

A

Genève,

le choix

de

la

place Sturm

pour le

nouveau

Musée d'ethnographie

le

met en face

du

Musée

d'art

et

d'histoire et du Muséum d'histoire naturelle, à deux pas de

I'Université.

Le

nouveau musée lui-même hébergera le département d'anthropologie

de la

Faculté des sciences, fondé, comme le Musée d'ethnographie, par Eugène pittard, humaniste et scientifique genevois de réputation mondiale, mais aussi, en son temps, expert pour les organisations

in-

ternationales.

Le

musée accueillera également les Ateliers d'ethnomusicologie, un organisme fondé par Laurent Aubert et dédié à la présentation, à la diffusion, à I'enseignemenr

et

à la pratique des musiques et des danses du monde. par l'organisation de concerts, de festi- vals,

de

stages

et de

colloqucs, lcs

Ateliers contribueront

à

tisser des

liens indispensables avec

les

norn- breuses communautés

vivant

en

région genevoise. Genève peut ainsi créer un centre scientifique, culturel, de rencontre, d'animation, de com- nunication

et

d'enseignement mul- tidisciplinaire

en

sciences

de la

vie et sciences de l'homme, étroitement coordonné avec les Conservatoire et Jardin botaniques et le Musée d'his-

toire

des sciences,

et armé

pour ahordcr des problènres prioritaires

de

I'actuahtè tels que les relations entre sociétés

et

environnements ou encore

la

transformation contenl- poraine des nrodes de vie.

Quatrièmement, dans

ce

contexte,

les

richesses artistiques des trésors ethnographiques ont vocation à être valorisées uunlrne elles

ne le

sont

jamais dans les galeries marchandes. <

un

masque africain est

fait

pour danser dans la brousse >, rappelait

un

Dogon à Jean Rouch, géant

du film

ethnographique.

Il ne

doit pas être présenté ciré, débarrassé de ses fibres et baigné de

lumières sophistiquées dans

une vitrine ou

conlme une sculpture contemporaine.

Un

reliquaire Fang

n'a

pas de sens hors de son contexte funéraire, sans son panier de

fi-

bres et les ossements du défunt

qu'il

contient. En isoler la

sculpture sur bois pour en faire une æuvre d,art, au sens

occidental

du

terme, est une trahison inadmissible de sa

société d'origine. Que dirait-on de collectionneurs gabo- nais qui déroberaient ou rachèreraient à bas

prix

les objets de culte ou de mémoire de nos cimetières, après avoir jeté

les os et

les fleurs artificielles

? Sortir un objet

ethno- graphique de son contexte signifiant pour

n'y

voir qu'une valeur artistique, sinon une valeur marchande, est un geste de mépris vis-à-vis de sa culture et de sa population d'ori- gine. C'est pourtant ce que font quotidiennement les col- lectionneurs privés et les marchands.

La ratification,

tôt ou

tard, de

la

convention

Unidroit

de 1'(Jnesco tnira, un jour, par freiner les pillages, spéculations

et exportations illicites des richesses culturelles des pays du

Sud vers

le

Nord. Mais,

en

attendânt, les futurs musées

d'ethnographie doivent être des lieux où, par le biais des

coliections historiques, des dons et des legs, les patrirnoines cuiturels pillés ou privatisés puissent êtrc restitués et rendus accessibles, tant à la communauté internationale qui en est I'héritière qu'aux tlescendants directs, s'ils existent, des so- ciétés qui les r:nt prodr-rits. Ces derniers doivent être asso

ciés à la conception et à la vie de ces institutions, et non

y

être représentés par leurs compatriotes négociants en prétendu < art primitif >.

Des options ù déporloger potrr de fuTurs

musées

C'est à

la

lumière des sources généalogiques

et

linguis- tiques cornmunes que peut se cornprendre la diversité des

modes de vie, des relations à I'environnement, des sociétés

et

des productions matériclles, uotanllllËlrI arListiques, tle nos contemporains et de leurs ancêffes phrs ou moins ioin- tains. Pour cette présentation, plusieurs options sont pos- sibles, dont

le

classique inventaire géographique de

la

di-

versité

des cultures

par

continents.

Celui-ci

présente l'avantage

de bien

situer des informations essentielles et

d'éviter des confusions graves au visiteur. Mais

il

est fata-

lement très répétitif ei rrès biaisé en faveur des civilisations fabriquant de grands artef-acts matériels, ainsi que des so- ciétés que I'histoire du musée, les intérêts personnels de ses

conservateurs, de ses chercheurs

et

de ses bienfaiteurs ont privilégiées. Ce type de musée correspond aussi à l,ambi-

tion

de présenter au public la totalité ou, du moins, la plus grande pârtie de ses collections.

Il

n'est plus d'actualité à

I'heure

où la

richesse des collections des grands musées

rend illusoire le projet d'en présenter vingt pour cent dans des conditions rnuséologiques de notre temps. Renoncer à

84

Le monde et son double

(7)

I'exhaustivité et à

lr

présentation géographique est clonc tln impératif de moclernité ; mais

ii

doit être compensé par un soin

tout

particulier accordé à

un

exposé clair des infor- mations jusqu'alors presqlle toujours implicites dans ce genre de présentation : la localisation des origines géogra- phique et ethnique des objets et leur datation dans le passé,

le sub-actuel ou l'actuel.

La

présentation

par

monographies, aussi exhaustives que possible, sur quelques sociétés bien choisies

pollr

leur re- présentativité des n-rodes de vie, des cullr"tres, des strttctures sociales

et

des cttltures matérielles

les plus

diffêrentes, est une

option

très riche sur

le

plan clidactique car elle consiste

à

immerger

le

visiteur dans

une

succession de cultures dont on peut montrer les points cotrrmuns et expli- quer les différences. Elle s'accorde bien avec I'utilisation des techniques multimédias les plus récentes, les plus interactives et les plus speclaculaircs. Ellc constitr-re une généralisation de la démarche habituelle de beaurcoup d'expositions tem- poraires et présente d'énormes avantages pour la gestion d'un musée,

en

particulier

s'il

est conçu

de

façon modulaire comme le futur Musée d'ethnographie cle Genève : on pellt

y

prévoir un renouvellement périodique de toutes les pré- sentations, ce

qui

évite

le

contraste entre

du

ten-Iporaire neuf et éphémère et du < pern-Ianent o dont les journalistes et les rumetus ne peuvent s'empêcher de clénoncer le pré- tendu côté < poussiéreux

'r, ntênte dans les musées les plus propres du monde I

On peut aussi prévoir de valoriser, tour à tour et au ntieux, les parties les plus importantes des collections. Les itrcorrvé- nients de cette démrrche viennent, d'ttne part, cle ce qtte beaucoup de visiteurs ne se sentent

pls

irnpliqués parce clue leur société, leur pays ou même leur continent seront iqnorés à certaines périodes, d'autre part, cle ce que les col- lcctions historiques ne présentent pas sotlvent

le

caractère t:xhaustif souhaité, ce

qui

impose de nombreux emprunts,

ou

des missions sur

le

terrain

pour

préparer les présen- trrtions. Par ailleurs,

le

choix des sociétés

et

cultures pré- sentées

à un

moment donné

ne

permet pas forcér,rent d'illustrer certains thèmes majeurs de l'ethnologie

ou

des sciences connexes. Dans

le

cas de Genève, cela conduirait :r lenoncer

à

montrer certains éléments majeurs des col- lcctions, parfois pendant de longues périodes. En revanche,

(:c type de présentation pernret ttne synergie totale entre I'cxçrosition dans le musée et 1'animation pédagogique, cultu- rcllc et festive qui I'accompagne. Par la musique, la danse, lcs conférences, les expositions temporaires, les

jeux

et les fi'tcs, le musée peut devenir un formidable lieu de vie dans lcqucl les visiteurs occasionnels, comme les habitués fidé- lis['s, sont invités à pénétrer la culture des autres et à vivre

Ie musée et iet

leurs similitudes, courme lettrs différences,

à la

lumière d'une connaissance précise et valorisante.

Une

qr-ratrièure grande

option

possible consiste à choisir une présentation thématique organisée, soit selon l'histoire cles sociétés, soit selon ce qu'elles ont en contmLln, à savoir

un

cycle de vie humain qui cotnmence avant la naissance

et finit

après

la

mort, après avoir considéré

ie

renouvel- lement des générations, ses implications sociales et la suc- cession des activités et des relations sociales au

fil

de l'âge

et

selon les catégories sociales.

Une

telle présentation a souvent été utilisée dans des monographies stll urle société ou un groupe de sociétés apparentées, urais n'a pas encore été retenue, malgré des tentatives, pollr' des établissements aussi importants, à vocation universelle et avec des collections aussi riches que ceux dont

il

est question ici. Elle présente I'avantage de rappeler sâns cesse la très grarrde rrrrilé de tto- tre espèce et de ses préoccupations for-rdaurentales, en dé-

pir

de la diversité des hunains, de leurs environneurents, des ressources, des modes cle

vie et

des cultures que l'on présente transversalement. Les universaux cles cultures, des

civilisations, des arts et des uræurs

y

seraient plus en évi- dence que dans

tont

établissement

,

,". ,..,-,,,,,,,i..,.,,:

classique, ce

qui

n'empêcherait

pas '"''

lr

i'-:;:i:;::

de présenter, au passage, ce qr-ri est

le

:.';:5:_,

: _,,i

'.;: . i

plus important,

le

plus

spectaculaire , :

.:

i i, ou le

plus riche, sur

le

plan

artis-

,.-:r':

'ttt,tlltii:f :l* :i*

rique, dans les variations et la

diver- ,.:i.:

,.,

i

:r i:

;"

i,.i

sité de chaque thème.

Lirrcunvénient éviclent de cette

clcr-

1 r..

.:' -i,.r.lt' ii

i,+i;r"

nière dêrrarche est cie sacrifler

I'uni-

j

ré et la cohérence des sociétés et

des '-:iC{::i i'i

i-l il *: !:i

'

cultures montrées au souci d'ttne

pré- I I i

' '

senrarion par rhènes

;.*#il'.; ..t,-;*1 ià5 **i:ii'Ù

cuhurels, en prise directe sur la

vie l'i**iil:+::., :,';;:i in','ii

quotidienne

du

visiteur

et

intellec-

ruellement très forte.

Un

autre

in- i-i iii:]

l

:';;

' + ''

convénient est qu'elle exige de re- nonveler

les

sections,

soit par

un bricolage partiel vite dépassé, soit par de trop grandes sections, au risque de laisser de vâstes espâces vides pen- clant la durée des transformations.

! !, i

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r-g

,j' * r:g iû;r :i*

t gSil

ij

Un compromis

nécessoire D'aulres options sont possibles, dont

celle qui

consiste

à

laisser toute liberté de proposition à une équipe expérimentée, créative

et

motivée

i".i t

., i '../..^j i :* :" i Ê {'i :-l -iË'

(8)

Ploques à beurre servont ô bottre le beurre pour en extroire le petit-roit et former lo motte, puis ô l'estompiller du signe du propriétoire en vue du morché.

cette décorotion olimentoire porte souvent lo rosoce centrole en double cordon ou encore des entrelocs et des fleurs, voire des inscriptions.

En éroble, en cerisier, en orolle, selon lo prou"non.".

Long. : 350 mm environ. Alpes rhodoniennes, entre lZ5O et lg5O.

enchaînant des projets aussi spectaculaires, innovants et réussis en fonction des possibiiités locales que les expo- sitions temporaires du Musée d'ethnographie de Neuchâtel, ou bien certaines présentations des musées de la Civilisation à Québec, Vancouver, Osaka

ou

Copenhague. Mais

la ri-

chesse des collections de nos musées est source, à la fois, de responsabilités et de contraintes

qui

n'existent pas dans

un nouvel étabiissement ou dans un musée sans collection.

Une

catégorie importante, parce que fidèle, de visiteurs vient pour retrouver d'année en année, sinon de généra-

tion

en génération, ce qu'elle trouve au Musée d'ethno-

Vision nocturne. L'Esplonode des mondes, moquette du proiei

(Pholo : Johnothon Woth.)

graphie de Genève ou au niusée de I'Homme à paris. Elle devrait le retrouver, mieux présenté et avec beaucoup plus de place, dans des musées rénovés ou nouveaux.

Aussi moderniste et novateur que I'on soit, cette demande

doit

être respectée et prise en compte. Par ailleurs, si

l,or- dre

géographique continenral actuel

du

Musée d'erhno- graphie de Genève ou du musée de I'Homme ne saurait être repris, alrtant par impossibilités techniques que pour des rai- sons scientifiques, nous avons

vu

ci-dessus qu'aucune des

deux grandes options alternatives de

la

présentation par sociétés ou par thèmes scientifiques n'est dépourvue d'in- convénients majeurs. Peut-on imaginer, alors, des solutions mixtes,

qui

cumuleraient les avantages des deux types de

présentation, éviteraient

leurs principaux

inconvénients matériels

ou

scientifiques,

et

respectertient les contraintes liées aux collections, comme la demande, traditionnelle ou à susciter, des futurs utilisateurs ?

Les musées de l'avenir seront des lieux de conservation, de

mise en valeur, de recherche, d'enseignement, de cor.nl11u-

nication, d'éducation, de rencontre

et

d'animation. IIs ne

devraient être

ni

des galeries d'art prétendu abusivement

< primitif r par les sots, ni des dépôts, ni des morceaux d'uni- versité,

ni

des maisons de quartier,

ni

des clubs de grands voyageurs I

Musées vivants

et

maisons de science

et

d'humanité, iis devront faire face à une foule de contraintes contradictoires et de demandes incompatibles, qui feront à la ibis leur diÊ ficulté

et

leur succès.

II

appartient

hicn

ôvidemment aux équipes responsables de

leur

programmation scientifique

et

muséographique de faire les choix

qui

s'imposent par l'analyse détaillée des souhaits réalisables des utilisateurs et des moyens disponibles, en fonction des locaux, des col- lections et des objectifs fixés par les organismes de tutelle.

Mais

il

est prr:rbable quc ucs équipes pâsserônr par I'examen et la modulation d'hypothèses de travail semblables à celles que nous venons d'ôvoqucr.

Il

est aussi évident que, sur des sujets politiquement et humainement très sensibles, les futurs musées devront être

des modèles

en natière

d'éthique, d'humanisme

et

de science au service de la cité et du monde entier. Ce qui ne

fait que reprendre, en des termes contemporains, les objec- tifs affichés par Pittard, Rivet ou Rivière au début du XXe siècle : ies techniques changent toutes les apparences, mais les bonnes idées ne vieiliissent pas...

t6

Le monde et son double

Figure

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