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Reference
Options pour un nouveau musée
LANGANEY, André
LANGANEY, André. Options pour un nouveau musée. In: Aubert, Laurent. Le monde et son double: ethnographie: trésors d'un musée rêvé . Genève : Musée d'ethnographie, 2000. p.
80-86
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:116562
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âJ F\Ë fç i) LJVTAU gWLJS t t
I
Jl
Genève conrne à Paris, le débat autour des collectionslf
d'anthropologie et d'ethnologie est d'actualiré ; et I'afhiref ldevient
particulièrement intéressante quand, après des analyses et des débats semblables, on s'oriente vers des dé- cisions totalenent opposées.À
Paris, le projet du musée desArts et Civilisations prévu au quai Braniy est original en ce sens que, sacrifiant
tout
à une esthétique cornrnerciale, il préconise de mettre en sourdine I'information sur les so- ciétés et le sens des objets. Constitué à partir des coliectionsAndré Longoney
du
muséede
I'Homme,du
musée desArts
africains et océaniens et de quelques autres institutions, le musée des Arts et des Civilisations prévoit de présenter chaque objet accompagnéd'un
o cartel > très discret avec son numéro d'inventaire, la liste de ses propriétaires successifs et, dans lemeilleur des cas, son ethnie d'origine. L information éven- tuelle sur les civilisations et les contextes sera reléguée dans
un secteur audiovisuel réduit,
loin
des salles de < délecta- tion >.[Jne
antennedu
musée s'ouvrirapar
ailleurs auL'Esplonode des mondes, moquette du projet.
(Pholo: Johnoùon Wotk, 1999.1
le monde eÎ son double
le musée et iet
Louvre, minime
par
sa surfâce, mais significativepar
laqualité des objets, choisis et présentés sans référence à leurs cultures d'origine.
À la tête de ce projet: des spécialistes et collectionneurs en
< arts primitifs >. Mais comment espère-t-on créer
un
lieu d'éducationet
de culture en écartantla
totalité des cher- cheurs en anthropologieet
des éducateurs compétents auprofit de spécialistes du marché de I'art ? Comment peut- on en outre envisager de créer, en pleine mondialisation et au début du XXIe siècle, un tel musée en en excluant déli- bérément les collections ethnographiques
de
I'Europe ?Car
l'Europe, prolongement géographique sans frontière culturelle de I'Asie continentale, ne sera pas incluse dans ce( tout primitif r. Cette sorte
d'apartheid muséologique rappelle que, souventen
France, l'ethnographie se veut étude des(
autres ))et
prétencl n'avoirrien à voir
avec(
notrer
sociologieou
( notre > anthropologie. Tout ceci estd'un
archaïsme venutout droit
duXIXe
siècleet
du musée des Colonies de Paris, hâtivement rebaptisé, après la décolonisation, musée des Arts africains et océaniens.À
Genève,on
esten
revanche conscientdu
trésor queconstituent
ies
collections ethnographiques,tant
localesqu'internationaies, mais aussi des responsabilités qu'elles imposent par rapport aux sociétés qui les ont produites. Les
autorités municipales
ont
réaliséquel
remarquable outil éducatif et de communication, voire de médiation sociale,un
musée d'ethnographie modernebien
pensé pouvait constituer dansune
société caractériséepâr
son multi- culturalisme. Le projetd'un
nouveau Musée d'ethnogra-phie à
Genève est centré surla
présentation interdisci- plinaire et la rencontre des humains et des cultures, dont les objets,si
précieuxet
rares soient-ils,ne sont que
destémoins. C'est donc avec une orientation âssez compa- rable à celle qui a fait la réputation du musée de I'Homme de Paris que I'on travaille.
À
chaque étape, les options sontévaluées par toutes les instances scientifiques, politiques et urbanistiques concernées. En dernier recours, la clécision ira aux citoyens s'ils I'estiment nécessaire. Pour un projet intel- lectuellement beaucoup plus ambitieux et pertinent que son
llternative parisienne, le coût estimé du musée genevois est
dix fois moindre, à peine le prix de huit cents mètres d'auto- route urbaine ou d'un projet de stade dans la même ville.
Iimplicorion du visileur
eTde lo cité
l)e
son fondateur, Eugène Pittard, à Louis Necker et Ber-nrrcl
Crettaz,la
pratiquedu
Musée d'ethnographie de Genève a toujours placé dans un même contexte intellectuel l'étude des Genevois, des Suisses et des autres, si difïérentssoient-ils
en
première apparence. L étudedu
phénomène humain, de la diversité des cultures et de ia place de la culture locale clansle
monde nécessite autant d'intérêtpour
lacomposition de la cité, son histoire ancienne ou ses rela- tions avec son arrière-pays ou sa région, que d'efforts à nous resituer dans
la
longue histoire dela
fascinante diversifi- cation des sociétés hunaines, de leurs râpports à I'environ- nenlent et de leurs productions matérielles.Genève est sans doute
l'une
des villes les pius riches du monde par I'extrême diversité d'origine de ses résidents temporaireset
d'une partie de ses habitants permanents.Ayant accueilli pendant des siècles les persécutés d'ailleurs, elle est devenue une cité syrnbolique de refuge, de règle- ment de conflits insolubles
et
de rencontre entre ennemisirréductibles. C'est
le lieu où
les conférences internatio- nales ne sont pas I'otage de I'une de leurs parties. Mais,loin
de chez eux par les mæurs,le cli-
mat, la langue,
ou
en faibleeffectit FCifg eOhAbiief
les étrangers de Genève onr
rendance
-i _.ts I,hcrmonie
à se replier sur eux-mêmes
ou sur uul
des
microcosmes.La sympathique
CeS hUmCinS
iSSUSparcellisation de la grande cité péri-
phérique de Meyrin en une
centaine dg sCCiéiéS
de
nationalités estun
exenrple ex-rrême. souvent, les résidents
étran- t-'{uc iout oppose
gers ne se rencontrent que
formel- e5t Une expéfienC
lement
et
échangent peu avecune t.rr. .t , I
,communauté indigène, dont
la mé- fl lfflClle ef plelne
fiance de jadis a laissé piace
à une O
^trEMDUCNES - - t- ^
- t.reserve perçue conrme rndlf terence par les communautês plus extraverties.
Ce n'est pas le moindre mérite de la
Ville
de Genève et,en particulier, de son Musée d'ethnographie, que d'avoir brillamment célébré,
en
1995, I'annéede la
Diversité.Celle-ci
{it
descendre dans la rue et se rencontrer pendant une semaine, dans la meilleure convivialité et côte à côte sur la vaste plaine urbaine de Plainpalais, des cr.risines, des musiques, des artisanats et des citoyens de la grande centaine de nationalités quiy
cohabitent, souvent sans interaction.Dans cette fête, on a souvent appris, par le plaisir, à connaî-
tre
cequ'il y
avait de meilleur chez les autres. Les arts, nobles ou populaires, étaient à I'honneur, mais les sciences aussi, par diverses expositionset
manifestationsqui
béné- ficièrent de I'engouement général.Les chances futures de Genève, tant pour son économie que pour son rayonnement national
et
international, dé- pendent de son aptitude à gérer une mondialisation locale des retombées de laquelle elle peuttirer un
grand parti.Mais faire cohabiter dans I'harmonie des humains issus de
Hoche de porode employée pendont les donses et égolement comme obiet d'échonge.
Monche en bois, lome en pierre polie, ligoture en rotin tressé.
Hout. : 500 mm ; long. : 500 mm.
Popouosie-Nouvelle-Guinée, Houtes Terres, ethnie Mendi.
sociétés que, parfois, tout oppose est une expérience clifficile et pleine d'embûches, niême si rlne iongrle tradition d'im- rurigration, de lieux de rencontles intelnationales et de to- lérance la rend ici pir"rs envisageable qu'ailleurs.
Vivle
avec les ar-itreset pa[
les autles supposequ'on
lescounaisse,
qll'on
les iespecteet
qllel'on
se fasse respecterd'eux.
La
cleurandede
reconnaissâllceet de
respect estd'ailleurs une des plerrières revendications cles pauvres et cles opprinés, sollvent avânt
tolrte
considération écono- ruriqr.re.La
reconnaissance des richesses culturelles des autres ou le plaisir d'en bénéficier sont sûrement les che- rurins les plus faciles vels la tolérance et la conrpréhension mr-rtr,relles. Ajoutons que,pollr
beaucoup de déracinés qui vivent à Genève dans le patchivork culturel international,leul
sociétécl'origine est plus
nrystérier-rse qtt'lnternet dans les alpages!
Mais cette méconnaissance des origines se double d'une grande curiosité, et les générations d'inr- nigrés,à partir
dela
deuxième, se passionnent souvent pour des lacines que la preurière, par souci d'intégration,a vonlu oublier'.
: :. 1 ; i
'.rl'i
lii:; iii i'$ilf;l'iii3,
i;3 fill,iltli'd, :i* iLlji,iiË gi
r"iCiiitlSli
C'est donc
âurânrpour
répondreà de tels
cluestit-rrr- nemel-lts, quedu fait
dela
responsabilité mondiale que leur confie la détention cle collections patrir.nonialcs pres- tigieuses de tous les contirrents, tous les pays et toutes les sociêtés, que desvilles
comne
Pariset
Genève doi-vent
fonder des mttsées totalement novateurs:
assufant ar.rssibien
desfonctions de lieu cle rencontre, d'ani- mation, d'éducation et de recherche
ur ln
diversité des lrumainset
deleurs cr,rltures que les fonctions plus
i,'',i:i
":l il' i.,1:,,
ll::,, i:,'.ï i::-
tions qr"ri s'imposent
à tout
musée.Ces nouvelles strlrctures se doivent
d'être
autantla
maison des autresparnri nous quc uotre maison dans
le
concelt des autres civilisations etcultules. Chaque visiteur, chaque spectateur
ou
chaquechercheur
doit
s'y retrouver impliqué personnellement et socialement, quelles que soient ses traditions, ses mceurs et ses origines, locales ou exotiques.Il
doit pouvoir y appren- dre autant sur lui-même que sur les autles,il
doity
sentir la vie des cultules et non la mort des objets. Cette néces-sité impose des exigences antithétiques
qu'il
convient de concilier.Prelnièrement,
I'institution doit être un lieu de
plaisir, d'animation et de rencontre autour des cultures, des arts et des civilisations, afin d'attirer le plus vaste pr"rblic spontanéposible et de passionner le public < captif
r
prioritaire des visites scolaires,qui induit
de nombreuses visites familiales lorsqu'un premier repérage en groupe l'a séduit.Deuxièmement, elle doit être un haut lieu de recherche sur
les sociétés, les civilisations
et
les cultures matérielles, re- pr'êsentées sur place par ses très riches collections. L'inter- disciplinarité doity
être la règie, car ies questions du pu-blic,
comme des chercheurs,y font
autant réIérence àI'histoire, à I'archéologie, à la linguistique ou à la biologie qu'à 1'ethnographie des sociétés traditionnelles
ou
nou- velies, à 1'ethnomusicologie et à I'histoire de I'art. Elle doit être r.rn centre d'enseignement et de communication scien- tifique, rayonuant à tous les niveaux, dans la ville et au-delà cle tous les cercles de {i'ontières concentriques, de la classeerrf,urtirre à I'Universiré, de la vilie qui I'entoure à I'Himalaya
on
à 1'Amazonie,dont on
détientun
patrirnoine ancien souvent disparu sur place.La recherche d'aujourd'hui apporte
un flot
énorme d'in- fôrmations, parlois aussi contraires à f intr"rition et à nos per- ceptions quotidiennes que la forme et la rotation de laTerre.A
regarder la cliversité des physiques et des modes de vie de nos six milliarcls de conternporains, aucun observateur ex- térieurr objectif ne lenr attribuerait I'origine commune ré- cente-
sans doute moins de mille siècles-
que la rechercheleur trouve au.;ourd'hui.
À é.o.rt.r
l'incroyable variété dessix mille langues parlées à travers le monde aujourd'hui et
à étudier leurs différences de grammaire et de structure, les linguistes ont d'abord cru, aidés par le contexte colonial
et
l'eurocentLisnre, qu'elles correspondaient à des inven-tions
indépendantes,par leurs
premiers locuteurs, des grandesfanilles
de langues. Pourtant, les recherches lesplus récentes en linguistique classificatoire établissent des
parentés
de
lexiquede
base entre torltes ces o familles82
Le monde et son doublele musée ei l'obiet
Sortir Lrn obict elnnogrcph
!trq ue
de son contexte
' ' f .
stgnrïrsnT pour n
l.!y votr qu'une vcleur crtistique,
sinon une valeur morcncnde,
i'est
rgesre 0e
,lr.mepils vis-ci-vis de
sc culiur"e ei de sa poputOtton
t,.o oilgtne
lrindépendantes >. Même les spécialistes les plus réservés re- connaissent
la
possibilité,sinon la forte
vraisemblance, d'une < langue mère > ancestrale assez récente et conrmune à tous les parlers actuels, qui en ont tant divergé et si vite.Troisièmement, les sociétés humaines
n'ont de
sens que replacées dans leur environnement naturel et leur histoire.A
Genève,le choix
dela
place Sturmpour le
nouveauMusée d'ethnographie
le
met en facedu
Muséed'art
etd'histoire et du Muséum d'histoire naturelle, à deux pas de
I'Université.
Le
nouveau musée lui-même hébergera le département d'anthropologiede la
Faculté des sciences, fondé, comme le Musée d'ethnographie, par Eugène pittard, humaniste et scientifique genevois de réputation mondiale, mais aussi, en son temps, expert pour les organisationsin-
ternationales.Le
musée accueillera également les Ateliers d'ethnomusicologie, un organisme fondé par Laurent Aubert et dédié à la présentation, à la diffusion, à I'enseignemenret
à la pratique des musiques et des danses du monde. par l'organisation de concerts, de festi- vals,de
stageset de
colloqucs, lcsAteliers contribueront
à
tisser desliens indispensables avec
les
norn- breuses communautésvivant
enrégion genevoise. Genève peut ainsi créer un centre scientifique, culturel, de rencontre, d'animation, de com- nunication
et
d'enseignement mul- tidisciplinaireen
sciencesde la
vie et sciences de l'homme, étroitement coordonné avec les Conservatoire et Jardin botaniques et le Musée d'his-toire
des sciences,et armé
pour ahordcr des problènres prioritairesde
I'actuahtè tels que les relations entre sociétéset
environnements ou encorela
transformation contenl- poraine des nrodes de vie.Quatrièmement, dans
ce
contexte,les
richesses artistiques des trésors ethnographiques ont vocation à être valorisées uunlrne ellesne le
sontjamais dans les galeries marchandes. <
un
masque africain estfait
pour danser dans la brousse >, rappelaitun
Dogon à Jean Rouch, géantdu film
ethnographique.Il ne
doit pas être présenté ciré, débarrassé de ses fibres et baigné delumières sophistiquées dans
une vitrine ou
conlme une sculpture contemporaine.Un
reliquaire Fangn'a
pas de sens hors de son contexte funéraire, sans son panier defi-
bres et les ossements du défunt
qu'il
contient. En isoler lasculpture sur bois pour en faire une æuvre d,art, au sens
occidental
du
terme, est une trahison inadmissible de sasociété d'origine. Que dirait-on de collectionneurs gabo- nais qui déroberaient ou rachèreraient à bas
prix
les objets de culte ou de mémoire de nos cimetières, après avoir jetéles os et
les fleurs artificielles? Sortir un objet
ethno- graphique de son contexte signifiant pourn'y
voir qu'une valeur artistique, sinon une valeur marchande, est un geste de mépris vis-à-vis de sa culture et de sa population d'ori- gine. C'est pourtant ce que font quotidiennement les col- lectionneurs privés et les marchands.La ratification,
tôt ou
tard, dela
conventionUnidroit
de 1'(Jnesco tnira, un jour, par freiner les pillages, spéculationset exportations illicites des richesses culturelles des pays du
Sud vers
le
Nord. Mais,en
attendânt, les futurs muséesd'ethnographie doivent être des lieux où, par le biais des
coliections historiques, des dons et des legs, les patrirnoines cuiturels pillés ou privatisés puissent êtrc restitués et rendus accessibles, tant à la communauté internationale qui en est I'héritière qu'aux tlescendants directs, s'ils existent, des so- ciétés qui les r:nt prodr-rits. Ces derniers doivent être asso
ciés à la conception et à la vie de ces institutions, et non
y
être représentés par leurs compatriotes négociants en prétendu < art primitif >.Des options ù déporloger potrr de fuTurs
muséesC'est à
la
lumière des sources généalogiqueset
linguis- tiques cornmunes que peut se cornprendre la diversité desmodes de vie, des relations à I'environnement, des sociétés
et
des productions matériclles, uotanllllËlrI arListiques, tle nos contemporains et de leurs ancêffes phrs ou moins ioin- tains. Pour cette présentation, plusieurs options sont pos- sibles, dontle
classique inventaire géographique dela
di-versité
des culturespar
continents.Celui-ci
présente l'avantagede bien
situer des informations essentielles etd'éviter des confusions graves au visiteur. Mais
il
est fata-lement très répétitif ei rrès biaisé en faveur des civilisations fabriquant de grands artef-acts matériels, ainsi que des so- ciétés que I'histoire du musée, les intérêts personnels de ses
conservateurs, de ses chercheurs
et
de ses bienfaiteurs ont privilégiées. Ce type de musée correspond aussi à l,ambi-tion
de présenter au public la totalité ou, du moins, la plus grande pârtie de ses collections.Il
n'est plus d'actualité àI'heure
où la
richesse des collections des grands muséesrend illusoire le projet d'en présenter vingt pour cent dans des conditions rnuséologiques de notre temps. Renoncer à
84
Le monde et son doubleI'exhaustivité et à
lr
présentation géographique est clonc tln impératif de moclernité ; maisii
doit être compensé par un sointout
particulier accordé àun
exposé clair des infor- mations jusqu'alors presqlle toujours implicites dans ce genre de présentation : la localisation des origines géogra- phique et ethnique des objets et leur datation dans le passé,le sub-actuel ou l'actuel.
La
présentationpar
monographies, aussi exhaustives que possible, sur quelques sociétés bien choisiespollr
leur re- présentativité des n-rodes de vie, des cullr"tres, des strttctures socialeset
des cttltures matériellesles plus
diffêrentes, est uneoption
très riche surle
plan clidactique car elle consisteà
immergerle
visiteur dansune
succession de cultures dont on peut montrer les points cotrrmuns et expli- quer les différences. Elle s'accorde bien avec I'utilisation des techniques multimédias les plus récentes, les plus interactives et les plus speclaculaircs. Ellc constitr-re une généralisation de la démarche habituelle de beaurcoup d'expositions tem- poraires et présente d'énormes avantages pour la gestion d'un musée,en
particuliers'il
est conçude
façon modulaire comme le futur Musée d'ethnographie cle Genève : on pellty
prévoir un renouvellement périodique de toutes les pré- sentations, cequi
évitele
contraste entredu
ten-Iporaire neuf et éphémère et du < pern-Ianent o dont les journalistes et les rumetus ne peuvent s'empêcher de clénoncer le pré- tendu côté < poussiéreux'r, ntênte dans les musées les plus propres du monde I
On peut aussi prévoir de valoriser, tour à tour et au ntieux, les parties les plus importantes des collections. Les itrcorrvé- nients de cette démrrche viennent, d'ttne part, cle ce qtte beaucoup de visiteurs ne se sentent
pls
irnpliqués parce clue leur société, leur pays ou même leur continent seront iqnorés à certaines périodes, d'autre part, cle ce que les col- lcctions historiques ne présentent pas sotlventle
caractère t:xhaustif souhaité, cequi
impose de nombreux emprunts,ou
des missions surle
terrainpour
préparer les présen- trrtions. Par ailleurs,le
choix des sociétéset
cultures pré- sentéesà un
moment donnéne
permet pas forcér,rent d'illustrer certains thèmes majeurs de l'ethnologieou
des sciences connexes. Dansle
cas de Genève, cela conduirait :r lenoncerà
montrer certains éléments majeurs des col- lcctions, parfois pendant de longues périodes. En revanche,(:c type de présentation pernret ttne synergie totale entre I'cxçrosition dans le musée et 1'animation pédagogique, cultu- rcllc et festive qui I'accompagne. Par la musique, la danse, lcs conférences, les expositions temporaires, les
jeux
et les fi'tcs, le musée peut devenir un formidable lieu de vie dans lcqucl les visiteurs occasionnels, comme les habitués fidé- lis['s, sont invités à pénétrer la culture des autres et à vivreIe musée et iet
leurs similitudes, courme lettrs différences,
à la
lumière d'une connaissance précise et valorisante.Une
qr-ratrièure grandeoption
possible consiste à choisir une présentation thématique organisée, soit selon l'histoire cles sociétés, soit selon ce qu'elles ont en contmLln, à savoirun
cycle de vie humain qui cotnmence avant la naissanceet finit
aprèsla
mort, après avoir considéréie
renouvel- lement des générations, ses implications sociales et la suc- cession des activités et des relations sociales aufil
de l'âgeet
selon les catégories sociales.Une
telle présentation a souvent été utilisée dans des monographies stll urle société ou un groupe de sociétés apparentées, urais n'a pas encore été retenue, malgré des tentatives, pollr' des établissements aussi importants, à vocation universelle et avec des collections aussi riches que ceux dontil
est question ici. Elle présente I'avantage de rappeler sâns cesse la très grarrde rrrrilé de tto- tre espèce et de ses préoccupations for-rdaurentales, en dé-pir
de la diversité des hunains, de leurs environneurents, des ressources, des modes clevie et
des cultures que l'on présente transversalement. Les universaux cles cultures, descivilisations, des arts et des uræurs
y
seraient plus en évi- dence que danstont
établissement,
,". ,..,-,,,,,,,i..,.,,:classique, ce
qui
n'empêcheraitpas '"''
lri'-:;:i:;::
de présenter, au passage, ce qr-ri est
le
:.';:5:_,: _,,i
'.;: . iplus important,
le
plusspectaculaire , :
.:i i, ou le
plus riche, surle
planartis-
,.-:r':'ttt,tlltii:f :l* :i*
rique, dans les variations et la
diver- ,.:i.:
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sité de chaque thème.
Lirrcunvénient éviclent de cette
clcr-
1 r...:' -i,.r.lt' ii
i,+i;r"nière dêrrarche est cie sacrifler
I'uni-
jré et la cohérence des sociétés et
des '-:iC{::i i'i
i-l il *: !:i'
cultures montrées au souci d'ttne
pré- I I i
' 'senrarion par rhènes
;.*#il'.; ..t,-;*1 ià5 **i:ii'Ù
cuhurels, en prise directe sur la
vie l'i**iil:+::., :,';;:i in','ii
quotidienne
du
visiteuret
intellec-ruellement très forte.
Un
autrein- i-i iii:]
l:';;
' + ''convénient est qu'elle exige de re- nonveler
les
sections,soit par
un bricolage partiel vite dépassé, soit par de trop grandes sections, au risque de laisser de vâstes espâces vides pen- clant la durée des transformations.! !, i
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i r.jfil
i*
r-g,j' * r:g iû;r :i*
t gSilij
Un compromis
nécessoire D'aulres options sont possibles, dontcelle qui
consisteà
laisser toute liberté de proposition à une équipe expérimentée, créativeet
motivéei".i t
., i '../..^j i :* :" i Ê {'i :-l -iË'
Ploques à beurre servont ô bottre le beurre pour en extroire le petit-roit et former lo motte, puis ô l'estompiller du signe du propriétoire en vue du morché.
cette décorotion olimentoire porte souvent lo rosoce centrole en double cordon ou encore des entrelocs et des fleurs, voire des inscriptions.
En éroble, en cerisier, en orolle, selon lo prou"non.".
Long. : 350 mm environ. Alpes rhodoniennes, entre lZ5O et lg5O.
enchaînant des projets aussi spectaculaires, innovants et réussis en fonction des possibiiités locales que les expo- sitions temporaires du Musée d'ethnographie de Neuchâtel, ou bien certaines présentations des musées de la Civilisation à Québec, Vancouver, Osaka
ou
Copenhague. Maisla ri-
chesse des collections de nos musées est source, à la fois, de responsabilités et de contraintes
qui
n'existent pas dansun nouvel étabiissement ou dans un musée sans collection.
Une
catégorie importante, parce que fidèle, de visiteurs vient pour retrouver d'année en année, sinon de généra-tion
en génération, ce qu'elle trouve au Musée d'ethno-Vision nocturne. L'Esplonode des mondes, moquette du proiei
(Pholo : Johnothon Woth.)
graphie de Genève ou au niusée de I'Homme à paris. Elle devrait le retrouver, mieux présenté et avec beaucoup plus de place, dans des musées rénovés ou nouveaux.
Aussi moderniste et novateur que I'on soit, cette demande
doit
être respectée et prise en compte. Par ailleurs, sil,or- dre
géographique continenral actueldu
Musée d'erhno- graphie de Genève ou du musée de I'Homme ne saurait être repris, alrtant par impossibilités techniques que pour des rai- sons scientifiques, nous avonsvu
ci-dessus qu'aucune desdeux grandes options alternatives de
la
présentation par sociétés ou par thèmes scientifiques n'est dépourvue d'in- convénients majeurs. Peut-on imaginer, alors, des solutions mixtes,qui
cumuleraient les avantages des deux types deprésentation, éviteraient
leurs principaux
inconvénients matérielsou
scientifiques,et
respectertient les contraintes liées aux collections, comme la demande, traditionnelle ou à susciter, des futurs utilisateurs ?Les musées de l'avenir seront des lieux de conservation, de
mise en valeur, de recherche, d'enseignement, de cor.nl11u-
nication, d'éducation, de rencontre
et
d'animation. IIs nedevraient être
ni
des galeries d'art prétendu abusivement< primitif r par les sots, ni des dépôts, ni des morceaux d'uni- versité,
ni
des maisons de quartier,ni
des clubs de grands voyageurs IMusées vivants
et
maisons de scienceet
d'humanité, iis devront faire face à une foule de contraintes contradictoires et de demandes incompatibles, qui feront à la ibis leur diÊ ficultéet
leur succès.II
appartienthicn
ôvidemment aux équipes responsables deleur
programmation scientifiqueet
muséographique de faire les choixqui
s'imposent par l'analyse détaillée des souhaits réalisables des utilisateurs et des moyens disponibles, en fonction des locaux, des col- lections et des objectifs fixés par les organismes de tutelle.Mais
il
est prr:rbable quc ucs équipes pâsserônr par I'examen et la modulation d'hypothèses de travail semblables à celles que nous venons d'ôvoqucr.Il
est aussi évident que, sur des sujets politiquement et humainement très sensibles, les futurs musées devront êtredes modèles
en natière
d'éthique, d'humanismeet
de science au service de la cité et du monde entier. Ce qui nefait que reprendre, en des termes contemporains, les objec- tifs affichés par Pittard, Rivet ou Rivière au début du XXe siècle : ies techniques changent toutes les apparences, mais les bonnes idées ne vieiliissent pas...