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La mine de charbon de Darbon et ses inscriptions
SESIANO, Jean
Abstract
Une présentation de la mine de charbon abandonnée de Darbon, dans le Chablais de Haute-Savoie (France) est donnée, et ainsi que celle d' inscriptions gravées sur les parois calcaires environnantes. Elles sont probablement dues à des mineurs à la pause, voire à des bergers de la région.
SESIANO, Jean. La mine de charbon de Darbon et ses inscriptions. Nature et Patrimoine en Pays de Savoie , 2001, no. 35, p. 24-26
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:41179
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Les terralns affectés datent du Secondaire et du début du Tertiaire, soit du Trias
à
l'Eocène, les couches les plus jeunes Se trouvant, commetrès
souvent,dans les
fondsde
vallées.Les
sommets mentionnés plus haut représentent un anticlinal (pli en voÛte) déjetévers le
nord-ouest, chevauchantdonc
légèrementle
synclinal(pli en
formede U) du
vallonde
Darbon, alorsque le
synclinal voisin,le
vallonde
I'Eau Noire,est bien plus
ouvert, quoiqu'à nouveau asymétrique.Les
calcaires affleurent largement dansle
secteuravec la
présencede
hautes parois (d'environ50
à'100
m) à
patine clairedu
Malm supérieur (environ 150 millionsltl.i,l,ïr:i ili)l]
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d'années). C'est sa base, au contact avec
les
rochesdu
Dogger, forméede
marneset de
calcaires argileux gris-beige ou gris-foncé, fétides et très fossilifères, que l'on appelle couchesà
Mytilus.Elle
représentedonc
unensemble d'une vingtaine
de
mètres d'épaisseur débutant par des calcaires marneux foncés et des schistes noirsà
charbon et se poursuivant par des calcaireset des
schistes brunâtres,riches en débris de
coquilles deMollusques, ensemble rattaché au Dogger supérieur et à la base du Malm (Argovien).
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La
minede
Darbonse
situesur
lacommune
de
Vacheresse.C'est
laplus ancienne concession des mines
de
charbondu
Chablais, puisqu'ellea
été accordéeen
1839à
Madame Chatillon. Des essais d'extraction par des émigrés français avaient déja été tentésen
1791, mais l'occupation du pays par les troupes de la République les força à cesser leurs travaux.En effet, ces dépôts de
charbonavaient très
tôt
attiré I'attention des autochtones,puis des
géologues.Parmi ceux-ci,
A.
Favrequi a
écriten 1867 un
ouvrage remarquablesur la
géologiedes
régionsde
laSavoie,
du
Piémontet de la
Suisse voisines du Mont-Blanc (Favre, 1867).Dans
le
tomell, il
parlede la
minede charbon de d'Arbon (sic).
ll
situe stratigraphiquementce
charbon endécrivant les différentes
couches présenteset leurs fossiles et
endonne une coupe dans son atlas. ll reprend en fait une description faite en 1857 par M. Elie
de
Beaumont, touten y
ajoutant quelques judicieuses remarques.Selon Barbier (1875), ce
charbonse
comporte bienà la
forgeet
est utilisé avec succès dansles
foyers des bateauxà
vapeurdu
Léman età l'usine à gaz de Genève. De plus,
il est
excellent pourla
cuisson des briqueset
des tuiles, ainsi que pourla
préparationde la
chaux.On
ena
sorti jusqu'à1
000 tonnes par an (collectif d'auteurs, 1995). B. Tagini,près d'un siècle plus tard,
dansson
travailde
diplôme consacré à l'anticlinalde
Chillon,ne peut
queconfirmer
cette extraction
(Tagini, 1951). Chamot (1961) mentionne en plus d'autres tentatives d'exploitation du charbon dans la région, mais toutes ont été jugées peu rentables du fait de l'altitude élevée et de la dislocation des couches sous I'effet de la tectonique (charriages).Relevons que dans
le
casqui
nous intéresse, on peut qualifier de houille ce charbon caril
contient une assez forte proportion de matières volatiles (environ 50%), alors que I'anthracite, du fait du métamorphisme (chaleur et pression), n'en contient plus que 6%environ.
La couche de houille, inclinée vers le sud
de
15à
20",a
environ 120 cm d'épaisseur dont 15 à 20 cm de houille pure, au sommet, le reste étant plus ou moins terreux. A l'époque, une analyse de ce combustible, très bitumineux et à longue flamme, répandant une odeurde
lignite brûlé,a
donné 35,2 o de matières volatlles et 64,8 % de coke.Sa
combustion laissedes
cendres composées aux trois quarts d'argile, lereste étant du sulfate et du carbonate de chaux. Un gramme de cette houille qui brûle libère de 5 à 6 000 calories, alors que les bonnes houilles de Saint- Etienne, à l'ouest de Lyon, donnaient de 6 000 à 6 500 calories. L'analyse d'un échantillon pris sur un déblai de
la
mine, faiteen
septembre 2005 à l'lnstitut de Minéralogie de l'Universitéde
Genèveet à
Lausannepar
M.Capponi, nous
a
montré une teneurde
75%de
carbone. L'analyse des cendres donne 45,4o/ode
silice, 3%d'alumine,
le
reste étant des oxydesde titane, de fer, de
calcium, de phosphore, etc., avec une perte de 50% de COz.En ce qui
concerne l'emplacementde la
mine,elle se
trouveau
piedde la
paroide
Malm, dansle
Creuxdu
Planay,à
I'altitudede I 630
m (coordonnées : 937.880/21 56.900). Lagalerie d'extraction
s'est
effondrée, maison
distingue encore trois mursde
soutènementde déblais.
Surdeux terrils de quelques
mètrescarrés chacun, on trouve
encoredes
morceauxde
houille. D'aprèsM. Roger Lausenaz, berger à Darbon, la galerie était encore pénétrable sur
200 m dans les
années '1950-55.Elle s'est éboulée par la suite. Quant au charbon,
il
était descendu durant I'hiver en luge par le chemin d'accès àla mine, puis on rejoignait la médiocre piste
de
Darbon. Cette dernière n'a en effet été rendue carrossable pour les jeeps qu'en 1947, afin de pouvoir reconstruirele
villagequi
avait été incendié par les Allemands à la fin de la guerre de 39-45.C'est
la
difficultédu
transportde
la houille à cause de I'altitude qui a mené à l'abandon de la mine, à la fin du XlX"siècle. En effet, les frais d'extraction et de transport jusqu'à Genève, principal débouché,
la
mettaientà
3,60 F. les 100 kg, alors que les charbons de la Loire, de meilleure qualité, se vendaientiJi'r;r":'i..t
i ""}*.
Barbier V., La
Savoieindustrielle, Genève, 187 5.
Chamot G.
A,
La nappe des Préalpes médianes entre les Cornettes de Bise et le col duCorbier (Chablais français), Bull. Univ. Lausanne No 131, 1961, 86 p.et cartes.
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Favre A.,
Recherchesgéologiques dans les parties
de la Savoie, du
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Suisse voisines du Mont-Blanc, 1867, 3 tomes et un atlas. Paris et Genève.Sesiano J.,
Monographie physiquedes plans
d'eau naturelsdu
département dela
Haute-Savoie, 1993, 125 p. et tables. Publ. du Conseil Généralde la
Hte-Savoie, Annecy.Tagini
8.,
Etude géologique de I'anticlinal de Chillon (vallée d'Abondance, Haute-Savoie, 1951, Trav. de diplôme, Univ.de
Lausanne,51 p. et
3cartes.
à2,80 F. B. Tagini mentionne dans son
travail
la
présence d'autres galeries d'exploitation dans le cirque du Planay aux Chèvres, jouxtantà
I'ouest celuidu Creux
du
Planay, mais nous n'y avons absolumentrien
remarqué. ll est vrai que 55 ans se sont écoulés entre ses observations et nos visites.Alors que nous arpentions
la
régionà la fin
des années B0 lorsde
nos étudessur les plans d'eau de
laHaute-Savoie (Sesiano,'1993), nous avions non seulement vu les restes de l'exploitation minière
à
Darbon, mais encore des inscriptions sur les rochers voisins.En effet, si on longe la paroi
à
partir de la mine en direction de I'ouest sur environ40 m, on vient
buter dansle fond d'un dièdre. ll s'agit
d'un décrochement dextre, le compartiment devantsoit ayant
coulissévers
la droite.Cet
accident tectonique est probablement encoreactif,
comme I'indiquele
déplacementde
I'axed'une
galerie phréatiquedans
une grotte voisine (néotectonique). C'est justementsur le
miroiren
résultantque I'on distingue les
premièresinscriptions.
Si I'on
continuesur
ladroite, on ne tarde pas, 20 m au-delà,
à en
trouver d'autres, gravées sousun
surplomb rocheux,puis
encore30 m plus loin,
derrièreun
angle.Les inscriptions comportent des noms propres,
des
initiales,des
dates et parfois des lettres rondes stylisées. A la mairie de Vacheresse, on nous a dit que la plupart des patronymes écrits se rencontrent dans la vallée, certains les portent encore, à Chevenoz surtout.Nous avons demandé
à M.
Roger Lausenaz, berger à Darbon durant desdécennies et maintenant retiré au Fion,
ce qu'il en pensait. Pour lui, ce sont des bergers qui ont gravé ces signes
"pour passer
le
temps".Les
datesétant presque toutes
du
XX" siècle (entre 1900 et 1935), sauf une ('1899),elles sont bien postérieures à l'activité
de la
mine.En effet,
nous avions pensé qu'elles pouvaient être le fait de mineursà
la pause du déjeuner, carles premières inscriptions mentionnées plus haut sont
à
côté d'une fissure dont s'échappe en été un courant d'air frais propice à y entreposer de bonnes bouteilles !Même si nous n'avons pas pu trouver
I'origine de ces
inscriptions, les derniers témoinsde leur
réalisation ayant disparu, il était intéressant de les sauver de l'oubli. Temporairement sans doute, car le ruissellement sur le rocher et la compresse acide représentée par le développement de mousses et de lichens sur les inscriptions les feront à la longue s'effacer par corrosion du support. Peuvent aussi survenir des événementsplus
soudains comme l'écroulement des falaises. Les chaos de blocs dans les cirques en sont les preuves, le plus récent s'étant produitau
débutde
1995 avecla
chute de prèsde 20
000 m3de
rocher, juste à côté de la mine. Et c'est justementla
faiblesse mécaniquedes
roches du Dogger, auniveau
de la couchede
charbon, qui amène les couches résistantes sus-jacentes du Malm à se retrouver peuà
peu en porte-à-faux, puis lorsquela
limitede
résistancemécanique
est
dépassée,à
céderselon les plans de fracture. Et ce n'est qu'une question
de
temps pour que l'emplacement de la mine disparaisse à son tour de la même manière.Je remercie M. R. Lausenaz, du Fion,