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La mine de charbon de Darbon et ses inscriptions

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Academic year: 2022

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La mine de charbon de Darbon et ses inscriptions

SESIANO, Jean

Abstract

Une présentation de la mine de charbon abandonnée de Darbon, dans le Chablais de Haute-Savoie (France) est donnée, et ainsi que celle d' inscriptions gravées sur les parois calcaires environnantes. Elles sont probablement dues à des mineurs à la pause, voire à des bergers de la région.

SESIANO, Jean. La mine de charbon de Darbon et ses inscriptions. Nature et Patrimoine en Pays de Savoie , 2001, no. 35, p. 24-26

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:41179

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(2)

Les terralns affectés datent du Secondaire et du début du Tertiaire, soit du Trias

à

l'Eocène, les couches les plus jeunes Se trouvant, comme

très

souvent,

dans les

fonds

de

vallées.

Les

sommets mentionnés plus haut représentent un anticlinal (pli en voÛte) déjeté

vers le

nord-ouest, chevauchant

donc

légèrement

le

synclinal

(pli en

forme

de U) du

vallon

de

Darbon, alors

que le

synclinal voisin,

le

vallon

de

I'Eau Noire,

est bien plus

ouvert, quoiqu'à nouveau asymétrique.

Les

calcaires affleurent largement dans

le

secteur

avec la

présence

de

hautes parois (d'environ

50

à

'100

m) à

patine claire

du

Malm supérieur (environ 150 millions

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(3)

d'années). C'est sa base, au contact avec

les

roches

du

Dogger, formée

de

marnes

et de

calcaires argileux gris-beige ou gris-foncé, fétides et très fossilifères, que l'on appelle couches

à

Mytilus.

Elle

représente

donc

un

ensemble d'une vingtaine

de

mètres d'épaisseur débutant par des calcaires marneux foncés et des schistes noirs

à

charbon et se poursuivant par des calcaires

et des

schistes brunâtres,

riches en débris de

coquilles de

Mollusques, ensemble rattaché au Dogger supérieur et à la base du Malm (Argovien).

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La

mine

de

Darbon

se

situe

sur

la

commune

de

Vacheresse.

C'est

la

plus ancienne concession des mines

de

charbon

du

Chablais, puisqu'elle

a

été accordée

en

1839

à

Madame Chatillon. Des essais d'extraction par des émigrés français avaient déja été tentés

en

1791, mais l'occupation du pays par les troupes de la République les força à cesser leurs travaux.

En effet, ces dépôts de

charbon

avaient très

tôt

attiré I'attention des autochtones,

puis des

géologues.

Parmi ceux-ci,

A.

Favre

qui a

écrit

en 1867 un

ouvrage remarquable

sur la

géologie

des

régions

de

la

Savoie,

du

Piémont

et de la

Suisse voisines du Mont-Blanc (Favre, 1867).

Dans

le

tome

ll, il

parle

de la

mine

de charbon de d'Arbon (sic).

ll

situe stratigraphiquement

ce

charbon en

décrivant les différentes

couches présentes

et leurs fossiles et

en

donne une coupe dans son atlas. ll reprend en fait une description faite en 1857 par M. Elie

de

Beaumont, tout

en y

ajoutant quelques judicieuses remarques.

Selon Barbier (1875), ce

charbon

se

comporte bien

à la

forge

et

est utilisé avec succès dans

les

foyers des bateaux

à

vapeur

du

Léman et

à l'usine à gaz de Genève. De plus,

il est

excellent pour

la

cuisson des briques

et

des tuiles, ainsi que pour

la

préparation

de la

chaux.

On

en

a

sorti jusqu'à

1

000 tonnes par an (collectif d'auteurs, 1995). B. Tagini,

près d'un siècle plus tard,

dans

son

travail

de

diplôme consacré à l'anticlinal

de

Chillon,

ne peut

que

confirmer

cette extraction

(Tagini, 1951). Chamot (1961) mentionne en plus d'autres tentatives d'exploitation du charbon dans la région, mais toutes ont été jugées peu rentables du fait de l'altitude élevée et de la dislocation des couches sous I'effet de la tectonique (charriages).

Relevons que dans

le

cas

qui

nous intéresse, on peut qualifier de houille ce charbon car

il

contient une assez forte proportion de matières volatiles (environ 50%), alors que I'anthracite, du fait du métamorphisme (chaleur et pression), n'en contient plus que 6%

environ.

La couche de houille, inclinée vers le sud

de

15

à

20",

a

environ 120 cm d'épaisseur dont 15 à 20 cm de houille pure, au sommet, le reste étant plus ou moins terreux. A l'époque, une analyse de ce combustible, très bitumineux et à longue flamme, répandant une odeur

de

lignite brûlé,

a

donné 35,2 de matières volatlles et 64,8 % de coke.

Sa

combustion laisse

des

cendres composées aux trois quarts d'argile, le

reste étant du sulfate et du carbonate de chaux. Un gramme de cette houille qui brûle libère de 5 à 6 000 calories, alors que les bonnes houilles de Saint- Etienne, à l'ouest de Lyon, donnaient de 6 000 à 6 500 calories. L'analyse d'un échantillon pris sur un déblai de

la

mine, faite

en

septembre 2005 à l'lnstitut de Minéralogie de l'Université

de

Genève

et à

Lausanne

par

M.

Capponi, nous

a

montré une teneur

de

75%

de

carbone. L'analyse des cendres donne 45,4o/o

de

silice, 3%

d'alumine,

le

reste étant des oxydes

de titane, de fer, de

calcium, de phosphore, etc., avec une perte de 50% de COz.

En ce qui

concerne l'emplacement

de la

mine,

elle se

trouve

au

pied

de la

paroi

de

Malm, dans

le

Creux

du

Planay,

à

I'altitude

de I 630

m (coordonnées : 937.880/21 56.900). La

galerie d'extraction

s'est

effondrée, mais

on

distingue encore trois murs

de

soutènement

de déblais.

Sur

deux terrils de quelques

mètres

carrés chacun, on trouve

encore

des

morceaux

de

houille. D'après

M. Roger Lausenaz, berger à Darbon, la galerie était encore pénétrable sur

200 m dans les

années '1950-55.

Elle s'est éboulée par la suite. Quant au charbon,

il

était descendu durant I'hiver en luge par le chemin d'accès à

la mine, puis on rejoignait la médiocre piste

de

Darbon. Cette dernière n'a en effet été rendue carrossable pour les jeeps qu'en 1947, afin de pouvoir reconstruire

le

village

qui

avait été incendié par les Allemands à la fin de la guerre de 39-45.

C'est

la

difficulté

du

transport

de

la houille à cause de I'altitude qui a mené à l'abandon de la mine, à la fin du XlX"

siècle. En effet, les frais d'extraction et de transport jusqu'à Genève, principal débouché,

la

mettaient

à

3,60 F. les 100 kg, alors que les charbons de la Loire, de meilleure qualité, se vendaient

(4)

iJi'r;r":'i..t

i ""}*.

Barbier V., La

Savoie

industrielle, Genève, 187 5.

Chamot G.

A,

La nappe des Préalpes médianes entre les Cornettes de Bise et le col du

Corbier (Chablais français), Bull. Univ. Lausanne No 131, 1961, 86 p.et cartes.

Col lectifd'auteurs, Bon nevaux, Vacheresse, Chévenoz au fil du temps, 1995, 223 p.

Favre A.,

Recherches

géologiques dans les parties

de la Savoie, du

Piémont

et de la

Suisse voisines du Mont-Blanc, 1867, 3 tomes et un atlas. Paris et Genève.

Sesiano J.,

Monographie physique

des plans

d'eau naturels

du

département de

la

Haute-Savoie, 1993, 125 p. et tables. Publ. du Conseil Général

de la

Hte-Savoie, Annecy.

Tagini

8.,

Etude géologique de I'anticlinal de Chillon (vallée d'Abondance, Haute-Savoie, 1951, Trav. de diplôme, Univ.

de

Lausanne,

51 p. et

3

cartes.

à2,80 F. B. Tagini mentionne dans son

travail

la

présence d'autres galeries d'exploitation dans le cirque du Planay aux Chèvres, jouxtant

à

I'ouest celui

du Creux

du

Planay, mais nous n'y avons absolument

rien

remarqué. ll est vrai que 55 ans se sont écoulés entre ses observations et nos visites.

Alors que nous arpentions

la

région

à la fin

des années B0 lors

de

nos études

sur les plans d'eau de

la

Haute-Savoie (Sesiano,'1993), nous avions non seulement vu les restes de l'exploitation minière

à

Darbon, mais encore des inscriptions sur les rochers voisins.

En effet, si on longe la paroi

à

partir de la mine en direction de I'ouest sur environ

40 m, on vient

buter dans

le fond d'un dièdre. ll s'agit

d'un décrochement dextre, le compartiment devant

soit ayant

coulissé

vers

la droite.

Cet

accident tectonique est probablement encore

actif,

comme I'indique

le

déplacement

de

I'axe

d'une

galerie phréatique

dans

une grotte voisine (néotectonique). C'est justement

sur le

miroir

en

résultant

que I'on distingue les

premières

inscriptions.

Si I'on

continue

sur

la

droite, on ne tarde pas, 20 m au-delà,

à en

trouver d'autres, gravées sous

un

surplomb rocheux,

puis

encore

30 m plus loin,

derrière

un

angle.

Les inscriptions comportent des noms propres,

des

initiales,

des

dates et parfois des lettres rondes stylisées. A la mairie de Vacheresse, on nous a dit que la plupart des patronymes écrits se rencontrent dans la vallée, certains les portent encore, à Chevenoz surtout.

Nous avons demandé

à M.

Roger Lausenaz, berger à Darbon durant des

décennies et maintenant retiré au Fion,

ce qu'il en pensait. Pour lui, ce sont des bergers qui ont gravé ces signes

"pour passer

le

temps".

Les

dates

étant presque toutes

du

XX" siècle (entre 1900 et 1935), sauf une ('1899),

elles sont bien postérieures à l'activité

de la

mine.

En effet,

nous avions pensé qu'elles pouvaient être le fait de mineurs

à

la pause du déjeuner, car

les premières inscriptions mentionnées plus haut sont

à

côté d'une fissure dont s'échappe en été un courant d'air frais propice à y entreposer de bonnes bouteilles !

Même si nous n'avons pas pu trouver

I'origine de ces

inscriptions, les derniers témoins

de leur

réalisation ayant disparu, il était intéressant de les sauver de l'oubli. Temporairement sans doute, car le ruissellement sur le rocher et la compresse acide représentée par le développement de mousses et de lichens sur les inscriptions les feront à la longue s'effacer par corrosion du support. Peuvent aussi survenir des événements

plus

soudains comme l'écroulement des falaises. Les chaos de blocs dans les cirques en sont les preuves, le plus récent s'étant produit

au

début

de

1995 avec

la

chute de près

de 20

000 m3

de

rocher, juste à côté de la mine. Et c'est justement

la

faiblesse mécanique

des

roches du Dogger, au

niveau

de la couche

de

charbon, qui amène les couches résistantes sus-jacentes du Malm à se retrouver peu

à

peu en porte-à-faux, puis lorsque

la

limite

de

résistance

mécanique

est

dépassée,

à

céder

selon les plans de fracture. Et ce n'est qu'une question

de

temps pour que l'emplacement de la mine disparaisse à son tour de la même manière.

Je remercie M. R. Lausenaz, du Fion,

pour ses

nombreuses informations, M. B. Tagini pour ses renseignements techniques

et M. F.

Capponi pour l'analyse de la houille.

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