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Procrastination et projection mentale dans le futur

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Master

Reference

Procrastination et projection mentale dans le futur

ZUBER, Sascha

Abstract

La présente étude s'intéresse au lien entre la procrastination et la projection mentale dans le futur dans une perspective qui intègre différents facteurs associés à ces deux concepts (tels que la perspective temporelle, le niveau d'identification de l'action et les stratégies de régulation émotionnelle). Lors d'une tâche de projection mentale dans le futur, 103 participants ont imaginer des événements futurs spécifiques à partir de 5 mots (ami, famille, fête, travail et voyage). Nous avons mesuré différentes caractéristiques phénoménologiques de ces événements imaginés ainsi que la procrastination, la perspective temporelle, le niveau d'identification de l'action, et les stratégies de régulation émotionnelle des participants.

ZUBER, Sascha. Procrastination et projection mentale dans le futur. Master : Univ.

Genève, 2014

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:38945

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Section de Psychologie

Procrastination et projection mentale dans le futur

MEMOIRE REALISE EN VUE DE L’OBTENTION DE LA Maîtrise universitaire en psychologie

ORIENTATIONS Psychologie cognitive

Psychologie clinique

PAR Sascha ZUBER

en collaboration avec Alexandra BUGNON Sous la direction du Prof. Martial VAN DER LINDEN

et Marie My Lien REBETEZ (assistante) Dr. Roland MAURER (jury)

Genève, juin 2014

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Remerciements

Mes remerciements vont à tous ceux qui m’ont apporté leur aide, conseils, et soutien durant la réalisation de ce mémoire, en particulier :

Le Professeur Martial van der Linden pour la supervision de ce projet de recherche,

Marie My Lien Rebetez pour son encadrement, ses conseils, ses explications, sa patience et sa disponibilité,

Alexandra Bugnon pour sa motivation, le bon travail en équipe, ses capacités d’organisation, son aide et sa collaboration,

Le Professeur Matthias Kliegel et toute l’équipe du vieillissement cognitif CAL pour leurs conseils et la mise à disposition de leur salle d’expérience,

Selamauit Shukorey Ghebre-Medhin pour m'avoir aidé avec le français,

Le Docteur Roland Maurer pour avoir accepté de faire partie du jury évaluant notre travail, Et finalement tous les participants de l’étude pour avoir participé volontairement malgré l’absence de rémunération. C'est vous qui faites avancer la science!

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Table des matières

1. Introduction
théorique ...4

1.1. La
Procrastination...4

1.2. Définition
de
la
procrastination ...5

1.3. Conceptions
et
mesures
de
la
procrastination ...5

1.4. Corrélats
de
la
procrastination...6

1.4.1. Les
facteurs
situationnels...6

1.4.2. Les
différences
interindividuelles...8

1.4.3. L'autorégulation ... 10

1.4.4. L’orientation
dans
le
temps ... 11

1.5. La
projection
mentale
dans
le
futur ... 13

1.5.1. Les
caractéristiques
des
projections ... 13

1.5.2. Les
fonctions
de
la
projection ... 16

2. Méthode... 18

2.1. Buts
de
la
présente
étude... 18

2.2. Hypothèses
théoriques... 19

2.3. Participants ... 19

2.4. Matériel... 20

2.4.1. Tâche
de
projection
mentale
dans
le
futur... 20

2.4.2. Questionnaires... 23

2.5. Procédure... 25

2.6. Hypothèses
opérationnelles ... 25

3. Résultats ... 27

3.1. Les
analyses
corrélationnelles... 27

3.2. Les
analyses
de
régression
linéaire
multiple... 27

3.3. Les
analyses
en
clusters ... 29

4. Discussions... 31

4.1. Intérêt
de
l’étude ... 35

4.2. Limites
et
perspectives... 37

5. Bibliographie... 40

6. Annexes ... 49

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Résumé

La présente étude s’intéresse au lien entre la procrastination et la projection mentale dans le futur dans une perspective qui intègre différents facteurs associés à ces deux concepts (tels que la perspective temporelle, le niveau d’identification de l’action et les stratégies de régulation émotionnelle). Lors d’une tâche de projection mentale dans le futur, 103 participants ont dû imaginer des événements futurs spécifiques à partir de 5 mots (ami, famille, fête, travail et voyage). Nous avons mesuré différentes caractéristiques phénoménologiques de ces événements imaginés ainsi que la procrastination, la perspective temporelle, le niveau d’identification de l’action, et les stratégies de régulation émotionnelle des participants. Les résultats indiquent que la procrastination est en lien avec les caractéristiques qualitatives et la distance subjective des événements imaginés, ainsi qu’avec la perspective temporelle et les stratégies de régulation émotionnelle des participants. Au niveau individuel, des analyses en clusters révèlent deux profils distincts par rapport à un haut versus un bas niveau de procrastination.

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1. Introduction théorique 1.1. La Procrastination

La procrastination semble être un phénomène répandu à travers l’histoire humaine. La preuve de l’existence de cette problématique déjà bien avant notre temps se trouve dans des anciennes écritures. La procrastination apparaît dans tout type de documents à travers les temps, indépendamment de la culture ou de la religion de leurs auteurs. Déjà de l’ère du cinquième siècle avant Jésus-Christ, il existe des récits qui nous parlent de cet enjeu. A cette époque, le grand guide spirituel Siddhartha Gautama, le premier Bouddha, aurait transmis à ses disciples que « nous devons être diligents aujourd’hui. D’attendre jusqu’à demain serait trop tard. » (Thich Nhat Hanh & Ngyuen, 2013). Pendant le premier siècle avant Jésus-Christ, le philosophe romain et homme d’État Marcus Tullius Cicero instruisait que « dans l’exécution de quasiment toutes les affaires la lenteur et la procrastination sont haïssables » (In rebus gerendis tarditas et procrastinatio odiosae sunt ; Cicero, 1913).

Presque 2000 ans plus tard, le romancier Charles Dickens nous donne le conseil de « ne jamais faire demain ce que nous pouvons faire aujourd’hui. La procrastination est le voleur du temps, coincez-le ! » (Dickens, 1992). Nous voyons donc que depuis des millénaires les penseurs importants de chaque époque sont conscients du problème de la procrastination et essaient d’en avertir leurs contemporains. De nos jours, la procrastination demeure en tant que problématique qui touche de nombreux domaines de la vie quotidienne, tel que le monde du travail, le système de santé publique, et la réussite académique (Pychyl & Flett, 2012). Par exemple, 80 à 95% des étudiants rapportent déjà avoir procrastiné, 75% se considèrent comme procrastinateurs et presque 50% indiquent qu’ils ajournent de manière permanente et qu’ils ont déjà eu des problèmes liés au fait d'avoir repoussé les choses au lendemain (Steel, 2007). En rapport avec le domaine médical, des études indiquent que les procrastinateurs repoussent la prise de contact avec les aides de soin, qu’ils n'adhèrent pas correctement au traitement suggéré et qu’ils recherchent moins souvent d'aide en cas de difficultés psychologiques (Pychyl & Flett, 2012 ; Stead, Shanahan, & Neufeld, 2010). Au niveau économique, la procrastination engendre des couts réels dans les entreprises (Wan, Downey,

& Stoug, en presse ; Goetzel, Long, Ozminskowski, Hawkins, Wang, & Lynch, 2004 ; Hemp, 2004). Par ailleurs, la fréquence de la procrastination est en hausse (Steel, 2007). En 1978, seulement 5% de la population américaine se disait être procrastinateur, tandis qu'en 2007 26% se considéraient correspondre à ce terme (Steel, 2007 cité sur usatoday.com).

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L’ensemble de ces faits révèle le nombre important des problèmes liés à la procrastination, que ce soit pour les étudiants en particulier, les entreprises ou la population générale, et souligne l'importance des recherches dans ce domaine ainsi que d’une meilleure compréhension globale du phénomène.

1.2. Définition de la procrastination

La procrastination est un terme pour lequel il n'y a pas de définition consensuelle dans la littérature psychologique. La partie commune des différentes définitions est que la procrastination décrit le fait de remettre la prise d'une décision ou la réalisation d'une tâche au lendemain. Certains auteurs ajoutent que la procrastination se distingue de l'évitement en ce que la personne qui procrastine a l'intention de réaliser l'action plus tard, ce qui n'est pas le cas dans l'évitement (Beswick & Mann, 1994, Ferrari, 1993, Lay & Silverman, 1996, Milgram, 1991, Silver & Sabini, 1981, cités dans Steel, 2007). Plusieurs auteurs mentionnent également la composante d’irrationalité : les individus remettent des actions au lendemain malgré le fait que cela aurait des conséquences négatives (Akerlof, 1991, Burka & Yuen, 1983, Ellis &

Knaus, 1977, Silver & Sabini, 1981, cités dans Steel, 2007). Ainsi, la procrastination peut être décrite comme le fait de repousser intentionnellement la réalisation prévue d'une action malgré l’anticipation des conséquences négatives dues à cet ajournement (Steel, 2007).

1.3. Conceptions et mesures de la procrastination

Dans la littérature, la procrastination était pendant longtemps principalement conceptualisée et évaluée selon le modèle tripartite proposé par Ferrari (1992). Ce modèle divisait la procrastination dans les trois composantes d'« évitement », d'« excitation » et « décisionnelle»

(Ferrari, 1992 ; Harriott & Ferrari, 1996). Chaque dimension pouvait être mesurée par un questionnaire spécifique :


- la General Procrastination Scale (GP, Lay, 1986) : cet outil mesure la procrastination de type « excitation ». Les individus qui procrastinent principalement parce qu’ils sont à la recherche de sensations fortes ont des scores élevés à la GP. Ils reportent les tâches pour parer à l’ennui et ils estiment qu’ils travaillent le mieux sous pression (Ferrari, Dìaz-Morales, O'Callaghan, Díaz, & Argumedo, 2007).

- l’Adult Inventory of Procrastination (AIP, Johnson & McCown, 1989) : l’AIP évalue l’aspect d’évitement de la procrastination. Les procrastinateurs du type « évitement »

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indiquent avoir une faible estime de soi et peu de confiance dans leurs capacités à résoudre les tâches qu'ils repoussent. Ils estiment également avoir de la peine à respecter les délais. Par peur d’échouer, ils procrastineraient ainsi dans l’idée de protéger leur estime de soi (Ferrari et al., 2007).

- le Decisional Procrastination Questionnaire (DPQ, Mann, 1982) : Comparé à la GP et à l'AIP, qui évaluent la procrastination à un niveau comportemental, ce questionnaire vise à cibler les procrastinateurs qui repoussent la prise de décision.

Face à un choix à faire, ils recherchent plus d’informations sur les différentes alternatives et ont besoin d’un degré de certitude plus élevé avant de pouvoir décider, ce qui retarderait l’initiation de l’action (Ferrari & Dovidio, 2000).

Malgré le fait que ce modèle tripartite soit appliqué dans de nombreuses recherches, il faudrait y porter un regard critique. Plusieurs études doutent de la division de la procrastination en trois différentes dimensions, parce que les concepts se chevaucheraient fortement entre eux, ou avec d'autres concepts psychologiques (Spada, Hiou, & Nikcevic, 2006 ; Simpson & Pychyl, 2009). Dans une étude effectuée par Steel (2010), plus que 4000 participants ont remplis les trois questionnaires évaluant la procrastination. L'analyse factorielle permet de refuser un modèle tripartite de la procrastination tel que proposé par Ferrari en favorisant une théorie unifactorielle. Les résultats montrent que le premier facteur représente la dimension du délai dysfonctionnel dans la procrastination. En gardant les items qui avaient les coefficients de saturations les plus élevés avec ce facteur, la Pure Procrastination Scale (PPS) était créée. Ce nouvel outil explique la majorité de la variance des autres outils et montre une validité convergente élevée avec des autres mesures liées.

Ainsi, la PPS simplifie la recherche sur la procrastination, car elle fournit un modèle singulier de la procrastination sur lequel les chercheurs peuvent se baser (Steel, 2010).

1.4. Corrélats de la procrastination 1.4.1. Les facteurs situationnels

Une personne qui procrastine est soit en train de rien faire, soit elle est en train d'effectuer une action qui n'est pas celle qu'elle devrait effectuer. La deuxième partie implique que la personne préfère la réalisation de l’une des actions à l’autre. Il se pourrait ainsi que la procrastination se produise – en tout cas en partie - en raison de caractéristiques inhérentes à

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la tâche repoussée. Deux caractéristiques semblent avoir un impact sur la procrastination : La nature aversive de la tâche et la nature lointaine du délai (Steel, 2010).

Par rapport à la nature lointaine du délai, les tâches dont l'échéance est lointaine sont plus fréquemment repoussées que les tâches avec une échéance proche (Steel, 2007). Ainsi, les études indiquent que plus le délai d’un devoir s'approche, moins les étudiants auraient tendance à procrastiner (Schouwenburg & Groenewoud, 2001). Par rapport à la nature aversive de la tâche, plus une tâche est perçue comme étant aversive, plus nous avons tendance à l’éviter – par exemple par la procrastination (Steel, 2007). Généralement, la difficulté a un impact négatif sur la perception de la tâche, de façon à ce que plus une tâche est difficile, plus nous l'estimons comme désagréable, et plus il est probable que nous allons la repousser (Ferrari, Mason, & Hammer, 2006). L'aversion de la tâche augmente également si les différentes étapes qu'il faut passer pour son accomplissement sont floues (Blunt & Pychyl, 2000). Ainsi, les tâches qui sont structurées de manière claire et compréhensible sont moins susceptibles d'être repoussées que celles qui sont moins structurées (Ackerman & Gross, 2005

; Ferrari, Mason & Hammer, 2006). Les activités qui sont perçues comme plus ennuyantes sont plus difficiles à poursuivre jusqu’à leur finition et ainsi plus susceptibles à la procrastination (Blunt & Pychyl, 2000). Si la tâche est perçue comme intéressante en revanche, nous avons moins tendance à la repousser (Ackerman & Gross, 2005 ; Ferrari, Mason & Hammer, 2006). L'importance personnelle de la tâche joue également un rôle. Plus nous estimons qu’une tâche mérite nos efforts car elle est en lien avec nos projets individuels ou parce qu’elle nous amène du plaisir, moins elle est perçu comme aversive (Blunt &

Pychyl, 2000). Il est important de souligner que des aspects comme les caractéristiques intrinsèques à la tâche (p.ex. la difficulté) ou la distance perçue entre le présent et le délais de la tâche sont des estimations que les individus font de manière subjective, et qu’elles ne correspondent pas à des valeurs fixes et objectives. En effet, chaque stimulus peut être interprété de manière différente d’une personne à l’autre (Luyten, Lowyck, & Tuerlinckx, 2001). Ces différents aspects de l'évaluation subjective de la tâche nous indiquent que la procrastination ne dépend pas uniquement des caractéristiques intrinsèques à la tâche, mais également de la personne qui doit la réaliser. Ainsi, des différences au niveau interindividuel pourraient également être impliquées dans la procrastination.

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1.4.2. Les différences interindividuelles

Les différences qui existent d'un individu à l'autre corrèlent avec de nombreuses psychopathologies. Les différences interindividuelles peuvent jouer un rôle important dans une multitude des fonctions et pathologies du psychisme (p.ex. Widiger, 2011 ; Cole, Anticevic, Repovs, & Barch, 2011 ; Cross-Disorder Group of the Psychiatric Genomics Consortium, 2013). Mais qu'en est-il du lien entre les différences individuelles et la procrastination ? Pourrait-elle être liée à des différences au niveau sociodémographique et génétique ou est-elle associée à des différences au niveau de la personnalité ?

Les facteurs sociodémographiques

Au niveau des données sociodémographiques, nous voyons que la procrastination est en lien avec l'âge, le sexe et le niveau d'éducation des individus. Premièrement, les adolescents et les jeunes adultes seraient plus inclinés de repousser les tâches au lendemain que les personnes âgées (Steel, 2007 ; Steel & Ferrari, 2013). Par rapport au sexe, des études récentes indiquent que les hommes font plus fréquemment récurrence à la procrastination que les femmes (Steel

& Ferrari, 2013). Le niveau d’éducation est également associé à la procrastination : plus une personne a suivi une scolarité longue, moins elle devrait procrastiner (Ferrari, Özer, & Demir, 2009; Steel & Ferrari, 2013).

Les facteurs génétiques

Quand nous nous intéressons aux différences interindividuelles qui pourraient influencer un comportement, il est nécessaire que nous nous questionnions également sur l’impact des facteurs génétiques. A notre connaissance peu de recherches dans le domaine étaient effectuées jusqu’à présent. Gustavson, Miyake, Hewitt et Friedman (2014) viennent de publier la première étude de jumeaux s’intéressant aux relations génétiques entre la procrastination, la personnalité et la gestion des buts. Les données de cette étude démontrent que des bases génétiques contribueraient de manière significative à la procrastination et à l'impulsivité. Ces deux concepts restent séparables au niveau phénotypique (r = .65) mais ne sont pas séparables au niveau génétique (r = 1.0), ce qui signifie qu’une fois pris compte de la variance génétique partagée avec l’impulsivité, la procrastination n’aurait pas de variance unique. Au niveau évolutionnaire la procrastination et l’impulsivité seraient alors des produits secondaires. Ce type d’analyse ne nous permet cependant pas de déduire lequel des deux traits aurait engendré le surgissement de l’autre. Les résultats de cette étude indiquent également

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que la variance partagée entre la procrastination et l’impulsivité se chevaucherait à 68% avec la variance génétique de la capacité de gestion de buts. En conséquence, les procrastinateurs sont plus impulsifs et ils ont des plus faibles capacités d’initier les comportements nécessaires pour atteindre leurs buts (Gustavson et al., 2014). Cette étude récente démontre la concomitance entre la procrastination et l'impulsivité. Par la suite, nous allons nous intéressons non seulement au lien entre procrastination et l'impulsivité, mais également avec d'autres traits de la personnalité.

Les traits de personnalité

Notons d'abord que les traits de personnalité sont fortement associés à la psychopathologie : les deux forment une relation bidirectionnelle où chacun peut influencer l'autre (Widiger, 2011). Le concept de la personnalité permet de décrire et de prédire de manière relativement stable les cognitions, les affects, les émotions et les actions d’une personne (Rolland, 2004).

Le modèle classique découpe la personnalité en cinq traits (les Big Five), tel qu’introduit par McCrae et Costa (1987). Selon ces auteurs, les cinq facteurs englobant la personnalité sont : névrosisme, ouverture expérience, caractère agréable, caractère consciencieux et extraversion.

Le premier trait de personnalité associée à la procrastination est le névrosisme. Comme mentionné auparavant, l’impulsivité (qui fait partie du facteur névrosisme), est fortement associée à la procrastination, aussi bien au niveau comportemental qu'au niveau génétique.

Cela signifie que les procrastinateurs sont des personnes particulièrement sensibles aux tentations immédiates et qu'ils anticipent moins les conséquences ultérieures (Dewitte &

Schouwenburg, 2002). Ensuite, l’aspect dépression (qui fait aussi partie du névrosisme) est également en lien avec la procrastination. Il semble pourtant que cela soit principalement dû à des bas niveaux d’énergie, ce qui rend beaucoup de tâches aversives (Steel, 2007). Nous pouvons encore noter que, contrairement à la croyance générale, la faible estime de soi et l’auto-handicap (qui sont également des sous-composantes du névrosisme) ne corrèlent pas avec la procrastination (Steel, 2007). La procrastination corrèle par contre fortement avec plusieurs sous-dimensions du caractère consciencieux (Steel, 2007 ; Schouwenburg & Lay, 1995) : les individus qui disposent d’un faible autocontrôle, qui sont facilement distraits, qui ont de la peine à s’organiser et qui sont moins motivés à atteindre leurs buts sont les plus vulnérables à la procrastination. Les facteurs extraversion, ouverture à l’expérience et caractère agréable par contre ne semblent pas jouer un rôle important dans la procrastination (Steel, 2007).

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Au niveau de la personnalité nous voyons dans l'ensemble que les procrastinateurs se distinguent principalement par rapport au caractère consciencieux et l'impulsivité : face à une situation conflictuelle, ils échouent de s'autoréguler (c'est-à-dire qu'ils ne contrôlent pas de manière fonctionnelle leurs comportements et leurs émotions face à des stimuli externes) et donnent la préférence à des activités avantageuses dans le présent au lieu de se contenir pour avoir des conséquences positives plus tard. Dans l'idée que les procrastinateurs répondent aux impulsions dans le présent plutôt que d'envisager les implications à long terme, nous allons par la suite nous intéresser plus en détail aux concepts d'autorégulation et d'orientation dans le temps.

1.4.3. L'autorégulation

Selon Gollwitzer et Wieber (2010) nous procrastinons quand nous repoussons volontairement une action dirigée vers un but malgré notre intention forte d'atteindre ce but et suffisamment d'opportunités de le poursuivre. Ainsi, la procrastination peut être définie comme un déficit d‘autorégulation de la poursuite d‘un but. En effet, de nombreuses études montrent que même une intention forte d'atteindre un but n'est pas suffisante pour garantir son accomplissement (Gollwitzer & Wieber, 2010). C'est ce qui est appelé dans la littérature comme le intention- behavior gap, c'est-à-dire l'écart entre l'intention et l'action. Effectivement, les procrastinateurs ne se distinguent pas des non-procrastinateurs quant à l'intention d'accomplir leurs buts. Ainsi, le problème principale dans la procrastination ne serait pas la formation des buts ou l'intention de les réaliser, mais les mécanismes en jeu quand la personne essaie d'initier la réalisation de l'action. La résistance initiale de débuter une action est comprise comme le résultat du conflit entre des avantages à long terme et des avantages à court terme.

Les procrastinateurs préfèrent justement s'engager dans des activités qui rapportent des avantages immédiats, au lieu de s'engager dans des activités plus désagréables mais bénéfiques ultérieurement.

Chez les procrastinateurs, l'autorégulation n'échoue pas uniquement quand à l'orientation vers les buts, mais également au niveau de la régulation émotionnel. La régulation émotionnelle décrit les stratégies que nous appliquons pour gérer notre activation émotionnelle (Garnefski

& Kraaij, 2006). Plus précisément, le terme de régulation émotionnelle englobe « tous les processus extrinsèques et intrinsèques qui observent, évaluent et modifient les réactions émotionnelles, en particulier l'intensité et les aspects temporels, pour atteindre les buts » (Thompson, 1994, cité dans Garnefski, Kraaij, & Spinhoven, 2001). Dans la vie quotidienne,

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la régulation émotionnelle joue un rôle important quand nous nous retrouvons face à des tâches difficilement surmontables, ce qui serait justement compliqué pour les procrastinateurs.

Pour que nous puissions atteindre certains de nos buts, il faut que nous poursuivions la réalisation de l'action orientée vers le but, même si cela engendre un ressenti désagréable dans le présent. Cependant, dans un contexte émotionnel négatif les procrastinateurs essaient d'améliorer leur humeur immédiate, c'est-à-dire qu'ils s'investissent dans un changement d'humeur dans le présent au lieu de supporter un état émotionnel négatif pour atteindre un avantage futur (Tice, Bratslavsky & Baumeister, 2001). Ainsi, ils privilégient leur humeur immédiate au lieu de l'humeur future. Cette préférence pour l'immédiat ne manifeste pas uniquement au niveau de l'humeur mais également au niveau de l'image du soi : les procrastinateurs accordent plus d'importance au soi présent qu'aux besoins du soi futur (Sirois

& Pychyl, 2013). Face à des situations négatives, ils se désengagent des actions intentionnées afin d'éviter le ressenti négatif et de protéger le soi actuel aux dépens des conséquences négatives pour le soi futur. Une compréhension temporelle du soi et la régulation émotionnelle impliquée dans la poursuite des buts seraient alors particulièrement importantes dans la procrastination, car les conséquences de la procrastination touchent le soi futur. Ainsi, nous allons nous intéresser par la suite à l'impact que l'orientation dans le temps peut avoir dans les situations d'ajournement.

1.4.4. Lʼorientation dans le temps

De nombreux processus psychologiques de base s'appuient sur certains aspects temporels, comme l'habituation, le conditionnement, la mémoire, l'auto-efficacité, l'anticipation, l'adaptabilité évolutionnaire, la culpabilité, la dépression et l'anxiété (Zimbardo & Boyd, 1999). L'être humain s'oriente dans le temps, c'est-à-dire, il peut se repérer par rapport au passé, au présent et au futur. Cette orientation temporelle peut être définie comme une série continue et non-consciente d'expériences personnelles et sociales qui nous permettent de donner du sens à notre vécu (Zimbardo & Boyd, 1999). Quant à la procrastination, les études montrent que les individus qui repoussent fréquemment les tâches sont plus orientés au présent et aux plaisirs immédiats, et qu'ils manquent d’une perspective globale de leur vie future (Ferrari & Dìaz-Morales, 2007). Par rapport à la perspective temporelle, les procrastinateurs peuvent ainsi être décrit comme suit : ils sous-estiment le temps nécessaire pour accomplir une tâche, ils commencent les tâchent à la dernière minute, ils nécessitent de plus de temps pour structurer leur temps, ils estiment que leur emploi du temps à peu de

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valeur personnelle pour eux et finalement ils s'orientent plus au présent qu'au futur (Ferrari &

Dìaz-Morales, 2007). Cette préférence pour l'orientation dans le présent au lieu de la considération du futur peut jouer un rôle important dans la procrastination. Des études ont montré que plus la distance temporelle d’un événement futur est grande, plus nous nous le représentons dans des termes abstraits tandis qu’une perspective à courte durée favorise le traitement superficiel et concrets des scènes futures (Trope & Liberman, 2003 ; Liberman, Trope, McCrea, & Sherman, 2007). Comme les procrastinateurs s'orientent plus au présent, ils auraient justement tendance à identifier les actions plutôt par rapport aux aspects concrets qu'abstraits, ce qui pourrait avoir des impacts négatifs comme nous verrons par la suite. Selon la théorie de l'identification de l'action, la représentation d'une action peut varier, allant d'une identité de bas niveau (la personne se focalise plus sur le « comment » réaliser la tâche, sur les aspects procéduraux concrets) à une identité de haut niveau (la personne réfléchit

« pourquoi » réaliser une tâche, aux conséquences ultérieures de l'action ; Vallacher &

Wegner, 1989). Si nous prenons comme exemple l'action de « manger », une identification à bas niveau voudrait dire que la personne se représente l'action comme « mâcher et avaler », tandis qu'une identification à haut niveau signifierait que la personne se représente l'action plutôt comme « se nourrir » ou « prendre du poids ». Les procrastinateurs identifient les actions plus souvent sur un bas niveau, c'est-à-dire qu'ils se les représentent plus en termes de comportements concrets et immédiats que par rapport à leurs conséquences à long terme (Dewitte & Lens, 2000). Les individus qui se focalisent préférentiellement sur les aspects concrets d'une action par contre sont plus facilement distraits pendant l'accomplissement d'une tâche et la réalisent avec moins d'efficacité. Ces personnes sont également plus impulsives et moins motivés par des raisons intrinsèques (Vallacher & Wegner, 1989). Par contre, les personnes qui appliquent souvent une identification de haut niveau sont plus consciencieuses et exécutent les tâches jusqu'à leur finition (Vallacher & Wegner, 1989).

En résumant, nous venons de voir que la procrastination ne représente pas uniquement un déficit d'autorégulation dans la poursuite des buts ou de la régulation émotionnelle, mais qu'elle est également en lien avec notre manière d'identifier les actions et avec notre orientation dans le temps. Quand nous nous retrouvons dans une situation négative pendant laquelle nous devons réaliser une tâche aversive, nous avons besoin de nous représenter un moment futur avec des conséquences positives afin de nous autoréguler et de résister à la procrastination. De même, si nous disons que la procrastination décrit l'écart entre l'intention de réaliser une action et le commencement réel de l'action, cela signifie que la personne qui

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ajourne une tâche doit se représenter dans le présent un moment dans le futur pour lequel elle envisage la réalisation de l'action (Orbell & Sheeran, 2000). Des études montrent que notre manière de nous engager dans ces processus de planification et d'orientation de conduites futures vers un but est influencée par la projection mentale dans le futur (D‘Argembeau, Ortoleva, Jumentier, & Van Der Linden, 2010). Ainsi, la procrastination pourrait être influencée par nos capacités à nous projeter mentalement dans le futur. Néanmoins, à notre connaissance, ce facteur n'a pas encore été étudié dans la littérature.

1.5. La projection mentale dans le futur

La capacité à se projeter dans le temps, que ce soit dans le futur ou le passé, est un des processus liés à la mémoire épisodique (Tulving, 2002). La mémoire épisodique est le système conceptuel qui enregistre les informations de notre vie dans un contexte épisodique, c'est-à-dire en les situant par rapport au temps et aux événements vécus (Tulving, 1972). Elle est liée aux lobes frontaux du cerveau (Schacter, 1987 ; Tulving, 1985). Les lobes frontaux sont à la base des processus qui nous permettent de nous représenter et de tenir compte des expériences que nous avons vécues dans le passé et que nous allons vivre dans le futur (Wheeler, Tuss, & Tulving, 1997). Dans une perspective constructiviste, la mémoire épisodique ne consiste pas en un système qui reproduit de manière précise et exacte tous les faits du passé, mais elle peut contenir des erreurs et semble sensible à des illusions (Schacter

& Addis, 2007). Ainsi, la mémoire serait plutôt une reconstruction du passé qu'une reproduction véritable des données, car elle est susceptible à la perception et à l'interprétation subjective de la personne. Pour former une scène future nous extrayons des éléments de nos souvenirs du passé et nous les recombinons avec des autres éléments réels ou imaginaires.

Comme l'imagination du futur n'est pas un processus qui prédit avec certitude les événements à l'avenir, nous avons besoin d'un tel système constructif qui est capable de récupérer de manière flexible des éléments du passé pour les réorganiser dans une nouvelle scène (Suddendorf & Corballis, 1997).

1.5.1. Les caractéristiques des projections

Si plusieurs personnes ont vécu le même événement, chacune d’entre elles va avoir un souvenir qui diffère de celui des autres, car nos représentations du passé dépendent de notre perception subjective de l’événement vécu (Tourangeau, 1999). Comme la projection dans le futur se base sur des processus de la mémoire, les scènes futures imaginées se distinguent

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également d’une personne à l’autre. Ainsi, chaque individu se représente des scènes qui se distinguent des scènes des autres personnes. Les pensées orientées au futur peuvent différer par exemple au niveau de la thématique (p.ex. le travail, la relation avec les proches, les loisirs, ou autre) et au niveau de leur fonction (p.ex. la planification des actions ou la prise de décision ; D‘Argembeau, Renaud, & Van Der Linden, 2011). Les caractéristiques des scènes imaginées changent également d’une personne à l’autre : les scènes peuvent varier quant à leur niveau de vivacité ou de spécificité, elles peuvent se distinguer par rapport aux ressentis liés à la scène et également par rapport au fait que la personne se voie dans la scène ou qu’elle se représente la scène à travers ses propres yeux. Ces différentes caractéristiques des scènes futures peuvent dépendre de plusieurs facteurs. La distance temporelle de l'événement auquel nous pensons par exemple influence notre représentation de cet événement : Nous allons penser plus fréquemment aux événements d’un futur proche que ceux d’un futur plus lointain (D‘Argembeau et al., 2011). La familiarité du contexte dans lequel se déroule l’événement imaginé d’autre part influence la vivacité de la projection : plus la scène imaginée se place dans un environnement qui nous est connu, plus notre représentation sera vivace. Par la suite nous allons voir plus en détail quatre caractéristiques de la projection mentale dans le futur qui sont la spécificité, les caractéristiques qualitatives, la perspective visuelle et les ressentis cognitifs associés aux projections.

Spécificité

Nous avons dit que les représentations du futur peuvent se distinguer rapport à la spécificité de la scène imaginée. Un événement futur est considéré spécifique s'il se déroule à un moment et un endroit précis et s'il ne dépasse pas la durée d'une journée (Williams, Ellis, Tyers, Healy, Rose, & MacLeod, 1996). Généralement, les pensées que nous avons par rapport à un futur proche sont plus spécifiques que celles en lien avec un événement futur lointain (Trope et Liberman, 2003). Le degré de spécificité de la projection dans le futur corrèle également avec la spécificité des souvenirs épisodiques de notre passé (Williams et al., 1996), ce qui va en accord avec l’idée que les mêmes processus sans impliqués dans le rappel du passé et la projection dans le futur. En plus de la spécificité, les mécanismes impliqués dans la mémoire influencent également les caractéristiques qualitatives de nos représentations du futur.

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Les caractéristiques qualitatives

Hassabis, Kumaran, Vann, et Maguire (2007) ont étudié des patients amnésiques avec des lésions bilatérales de l’hippocampe, donc la région cérébrale qui joue un rôle primordial dans la mémoire épisodique. Leur étude conclut que les patients amnésiques décrivaient des expériences futures moins détaillées que les personnes sans amnésie. Plus précisément, les scènes décrites par les amnésiques sont moins riches au niveau des références spatiales, elles contiennent moins d’entités physiques et de descriptions sensorielles comme l’audition ou la proprioception, et elles manquent d’émotions, d’actions ou de pensées. Les mêmes déficits sont constatés chez les patients amnésiques quant à leurs descriptions du passé. Cela démontre que les caractéristiques qualitatives de nos souvenirs du passé jouent également un rôle dans notre représentation du futur.

La perspective visuelle et les « ressentis cognitifs » associés aux projections

Finalement, la projection mentale dans le futur comprend encore plusieurs autres caractéristiques. Les représentations des événements futurs peuvent se faire selon deux perspectives différentes (acteur vs observateur) et peuvent être accompagnées par des ressentis cognitifs particuliers. La vivacité de la scène imaginée par exemple est en lien avec des ressentis cognitifs comme la perspective visuelle, la conscience autonoétique, le sentiment de distance subjective entre le présent et la scène imaginée, et la probabilité perçue que l’événement imaginé se produira (D’Argembeau & Van der Linden, 2012).

La perspective visuelle désigne le fait que nous pouvons voir des scènes imaginées soit à travers nos propres yeux, soit en tant qu'acteur si nous nous voyons dans la scène. La perspective visuelle est associé à la vivacité de la représentation mentale, dans le sens que les scènes que nous voyons à travers nos propres yeux nous semblent plus réelles que les scènes que nous voyons en tant qu'observateur (D’Argembeau & Van der Linden, 2012).

La conscience autonoétique désigne le sentiment subjectif que nous avons lorsque nous revivons notre passé ou nous nous projetons dans le futur (Van der Linden, 2003). Un aspect central de la projection mentale dans le futur est justement le fait de se déplacer dans le temps pour pré-expérimenter un événement avec un ressenti réaliste qui permet d'anticiper les actions et leurs conséquences. Ce ressenti de pré-expérience corrèle fortement avec notre impression de réellement voyager dans le temps (D’Argembeau & Van der Linden, 2012). La

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conscience autonoétique est également associée aux caractéristiques qualitatives de la scène imaginée.

La vivacité de la scène dépend également du sentiment de distance subjective, de sorte que les événements lointains nous semblent moins vivaces que les événements proches (D’Argembeau & Van der Linden, 2012). Comme mentionné auparavant, tout stimulus peut être évalué de manière subjective. Ainsi, des distances temporelles fixes - comme par exemple un nombre de jour précis entre le présent et le moment imaginé - vont subjectivement être perçues comme plus ou moins longues d'un individu à l'autre (Ross &

Wilson, 2002). En effet, la distance temporelle subjective est significativement liée aux caractéristiques qualitatives de la scène imaginée.

Le dernier ressenti en lien avec nos projections sera la probabilité avec laquelle nous estimons que l'événement imaginé se produira réellement. Le nombre de pensées en lien avec l’événement et la vivacité des scènes imaginées augmentent avec la probabilité perçue que l’événement se produise (D’Argembeau & Van der Linden, 2012).

Les différents ressentis cognitifs associés à la projection mentale dans le futur sont reliés les uns aux autres. Le sentiment de réellement vivre la scène imaginée (la conscience autonoétique) est en lien avec la perspective visuelle de la personne (D’Argembeau & Van der Linden, 2012). Plus précisément, plus la personne éprouve que l’événement créé fera effectivement partie de sa trajectoire de vie, plus elle aura tendance à voir la scène à travers ses propres yeux. La perspective visuelle à son tour est en lien avec la distance subjective entre le présent et le moment futur (D’Argembeau & Van der Linden, 2012). Les individus qui se voient dans la scène en tant qu’observateur ont plus l’impression que cet événement futur est lointain que ceux qui se voient à travers leurs propres yeux. Finalement, le sentiment de distance subjective serait associée à la probabilité perçue : plus un événement nous semble lointain, moins nous avons l’impression que sa réalisation soit probable.

1.5.2. Les fonctions de la projection

Pendant une journée régulière, nous avons tous de nombreuses pensées spontanées qui sont liées à notre futur. En effet, chaque individu a en moyenne environ 60 pensées par jour qui traitent des événements de son futur personnel (D‘Argembeau et al., 2011). Le fait de nous imaginer dans le futur nous est utile dans de nombreuses situations de la vie quotidienne, telles que dans la prise de décision, la planification de nos actions et la régulation

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émotionnelle. Tout d’abord, l’imagination du futur nous facilite la prise de décision, car elle nous permet d'imaginer les conséquences éventuelles de nos actions avant d’avoir effectué ces actions (D‘Argembeau et al., 2010). Quand nous considérons une décision particulière, notre représentation du futur suscite un état somatique en nous, que nous allons percevoir consciemment ou inconsciemment comme étant soit positif, soit négatif (Bechara & Damasio, 2005). Ainsi, l’activation d’une représentation d’un état somatique peut induire des changements au niveau neuronal, sans que nous devions physiquement réaliser l’action. Grâce à cela, nous pouvons par exemple anticiper l'avantage des sacrifices dans le présent pour des bénéfices ultérieurs. Cela pourrait jouer un rôle primordial dans la procrastination. Comme mentionné auparavant, les procrastinateurs ont moins tendance à identifier les actions par rapport à leur avantages ultérieures (Dewitte & Lens, 2000) et ils s'orientent plus au présent qu'au futur (Ferrari & Dìaz-Morales, 2007), ce qui engendre justement une représentation plus superficielle et moins concrète du future (Trope & Liberman, 2003 ; Liberman, et al., 2007).

La projection mentale dans le futur joue également un rôle dans la planification des actions.

Quand nous avons des difficultés à initier les actions orientées vers nos buts, il peut être bénéfique de former un plan qui précise les différentes étapes nécessaires pour l’accomplissement de l’action (Gollwitzer, 1999). Ainsi, nos stratégies de planification nous permettent de savoir à chaque étape ce qui sera nécessaire par la suite pour avancer en direction du but. Une partie de la planification des actions consiste à choisir une situation future adéquate à la réalisation de l’action. Ainsi, la représentation de cette situation peut contribuer à la réussite ou à l’échec de l’initiation de l’action. Finalement, nos stratégies de planification et la projection mentale sont également associées à la régulation émotionnelle.

La simulation mentale nous procure la possibilité d’envisager des états émotionnels futurs et de développer des plans qui permettent d’altérer ces états émotionnels (Taylor, Pham, Rivkin,

& Armor, 1998). En effet, pour atteindre des situations futures souhaitées, il ne faut pas seulement que nous initiions et maintenions les actions qui vont vers la résolution du problème mais nous devons également gérer nos émotions de manière appropriée (Fiske &

Taylor, 1991). Face à une tâche désagréable nous pouvons par exemple nous représenter le ressenti positif suite à l’accomplissement de la tâche, ce qui régulera notre état émotionnel présent. Ces mécanismes de projection sont essentiels pour faire face de manière efficace aux situations stressantes de la vie quotidienne (Taylor et al., 1998). Ainsi, la projection mentale dans le futur joue un rôle primordial pour que nous poursuivions nos buts, car elle contribue à

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la régulation émotionnelle, à la planification des activités orientées aux buts et à la prise de décision.

2. Méthode

2.1. Buts de la présente étude

L'ensemble de ces illustrations révèle que la projection mentale dans le futur pourrait être en lien avec la procrastination. La projection mentale dans le futur est impliquée dans l’orientation vers les buts et la procrastination représente justement un échec de l’orientation vers les buts. En plus, les deux ont plusieurs facteurs en commun, tels que la perspective visuelle, le niveau de l'identification de l'action et la régulation émotionnelle. D'abord, la perspective temporelle est associée aux deux concepts : les personnes qui s’orientent plus au présent qu'au futur sont plus susceptibles de procrastiner et les pensées par rapport à un futur proche sont moins abstraits et tiennent moins compte du contexte global. Cela nous amène au niveau de l'identification de l'action : comme les pensées concernant un futur proche sont moins abstraites, cela favorise justement une identification des actions à un niveau concret et procédural. Ce bas niveau d'identification de l'action a été associé à la procrastination.

Finalement, la régulation émotionnelle joue un rôle dans les deux concepts : les procrastinateurs régulent moins adéquatement leurs émotions, et la projection dans le futur peut nous aider à réguler nos émotions (p.ex. en anticipant des avantages à long terme).

Malgré le lien apparent entre ces deux concepts, il n'existe pas, à notre connaissance, d'étude s'intéressant au lien entre la procrastination et la projection mentale dans le futur. La présente étude aurait comme objectif d'explorer les relations entre la procrastination, la projection mentale dans le futur, la perspective temporelle, le niveau de l’identification de l’action et la régulation émotionnelle et d'appréhender la problématique dans une perspective intégrative.

Premièrement, nous nous sommes intéressés au lien entre procrastination et projection mentale dans le futur. Plus précisément, nous avons étudié le lien entre la procrastination et 1) la spécificité et les caractéristiques qualitatives des événements futurs imaginés ; 2) la perspective visuelle et certains ressentis cognitifs associés aux projections (tels que la conscience autonoétique, le sentiment de distance subjective, et la probabilité perçue).

Deuxièmement, comme des liens entre la procrastination et les différents facteurs mentionnés auparavant tel que la perspective temporelle, le niveau d’identification de l’action et la régulation émotionnelle étaient étudiés séparément dans la littérature, il serait intéressant

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d’avoir une compréhension plus intégrative du phénomène. Nous voulions examiner 1) les liens entre ces variables, mais également ; 2) comment ces différentes variables étaient associés les unes aux autres à un niveau individuel.

2.2. Hypothèses théoriques

Nos deux hypothèses théoriques du lien entre procrastination et capacités de projection mentale étaient les suivantes :

1) Une fréquence élevée de procrastination serait en lien avec des faibles capacités de projection mentale dans le futur. Plus précisément, les projections mentales dans le futur seraient peu spécifiques et auraient peu de caractéristiques qualitatives.

2) La procrastination serait en lien avec la perspective visuelle et les « ressentis cognitifs » associés aux projections. Plus précisément, les procrastinateurs se verraient plus en tant qu'acteur dans la scène imaginée, ils auraient moins le sentiment de réellement vivre la scène qui leur semblerait plus lointaine et moins probable.

Nos deux hypothèses théoriques du lien entre procrastination, capacités de projection mentale et les facteurs qu’elles ont en commun étaient les suivantes :

3) Au niveau des variables, le lien entre la projection mentale dans le futur et la procrastination serait modéré par la perspective temporelle, le niveau d’identification de l’action et la régulation émotionnelle.

4) Au niveau individuel, les procrastinateurs se distingueraient des non-procrastinateurs par rapport à la perspective temporelle, l’identification de l’action, la régulation émotionnelle et les différentes caractéristiques de la projection mentale dans le futur.

2.3. Participants

Dans le cadre de cette étude, nous avons recruté 110 étudiants, dont sept ont dû être exclus.

Nos critères d’exclusion étaient d’éliminer de l’échantillon toutes les personnes ayant souffert de problèmes neurologiques (comme des accidents vasculaires cérébraux, des épilepsies, des hémorragies cérébrales, des tumeurs cérébrales, des traumatismes crânio-cérébraux, ou des commotions cérébrales), ayant des problèmes psychiatriques, et prenant des médicaments tels que les antidépresseurs ou les anxiolytiques. Les personnes qui n’étaient pas de langue maternelle française ou qui n’avaient pas un niveau élevé de français étaient également

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exclues. Par ailleurs, les étudiants en psychologie au niveau de maîtrise ne pouvaient pas participer à notre expérience afin d’éviter des biais éventuels dus à la connaissance de la thématique ou des questionnaires utilisés. Par conséquent, six personnes ont été exclues à cause de leur niveau de français estimé insuffisant, et une personne a été exclue parce qu’elle souffrait d’un trouble de la personnalité bipolaire, et indiquait prendre du lithium comme traitement. L’échantillon final était composé de 103 participants âgés entre 18 et 35 ans (M = 23.165 ; ET = 3.936) dont 63 femmes et 40 hommes. Ces participants étaient des étudiants d’une université, d’une haute école ou d’une formation post-obligatoire (nombre d’années d’études : M = 15.558 ; ET = 2.624). Les hommes et les femmes ne différaient pas sur l’âge, le nombre d’années d’études, la procrastination ou sur la projection mentale dans le futur.

2.4. Matériel

2.4.1. Tâche de projection mentale dans le futur

Dans la tâche de projection mentale dans le futur (adaptée de Hassabis et al., 2007 ; D’Argembean & Van Der Linden, 2012 ; Williams, et al., 1996), les participants entendaient cinq mots, l’un après l’autre, et ils devaient pour chaque mot imaginer un événement futur qui pouvait se produire dans leur futur. Nous leur demandions précisément d’imaginer un événement spécifique, c’est-à-dire un événement qui se déroule dans un lieu et à un moment précis et qui dure au maximum une journée. Nous leur demandions également d’imaginer cet événement comme s’ils étaient en train de le vivre, de nous rapporter le plus de détails sensoriels possibles et on leur précisait qu’il n’y avait pas de limite de temps pour générer un récit. Nous nous assurions que les participants avaient bien compris la consigne générale (cf.

Annexe I) ; si ce n’était pas le cas, nous leur répétions l’explication avant de continuer. Nous leur indiquions qu’ils avaient la possibilité de fermer les yeux, de regarder par la fenêtre, de tourner la chaise, ou encore de regarder l’expérimentateur selon leur préférence afin qu’ils sentent le plus à l’aise possible pour générer un récit. Ensuite, le chercheur déclenchait l’enregistreur et le plaçait devant le sujet. L’expérimentateur pouvait alors commencer à lire au participant la consigne du premier mot pour lequel il fallait s’imaginer un événement futur (cf. Annexe I). Avant de continuer, nous leur demandions si quelques chose d’autre leur venait à l’esprit ou s’ils avaient quelque chose à ajouter, afin de s’assurer que leur récit était bien terminé. Les mots que nous avions choisis étaient : Ami, Travail, Famille, Fête et Voyage. Ce sont des mots que nous avons considérés d’une part comme concrets,

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contrairement par exemple au mot « justice » qui est plutôt un mot abstrait, et d’autre part comme neutres car les participants pouvaient par rapport à l’un de ces mots générer un événement soit positif, soit négatif. Nous avons choisi des mots très généraux car nous voulions étudier la tendance générale des procrastinateurs à se projeter dans le futur. Quand le participant avait terminé de raconter l’événement imaginé, on lui demandait de prendre une à deux minutes pour bien garder l’événement en tête, et par la suite remplir la version adaptée du Memory Characteristics Questionnaires (Johnson, Foley, Suengas, & Raye, 1988 ; D’Argembeau & Van Der Linden, 2004).

Cotation des récits

Les récits des participants étaient retranscrits et codés selon leur spécificité et leurs caractéristiques qualitatives.

Concernant la spécificité, chaque retranscription était attribuée à une quatre catégories suivantes (Williams et al., 1996) :

non-réponse : si la personne dit ne pas avoir de souvenir spécifique ou que le mot ne l’inspire pas. Dans cette catégorie, figure aussi les récits qui ne sont pas considérés comme des souvenirs (p.ex. « j’aime bien rire ») ou non liés à la thématique.

spécifique : pour un événement particulier (un moment et un lieu précis) qui dure moins d’une journée (p.ex. « je suis allé à un concert l’été dernier »).

catégoriel : pour un événement qui résume un certain nombre ou une catégorie d’événements, comme des comportements répétés ou des activités régulières (p.ex. « aller à des concerts durant l’enfance »).

étendu : pour un souvenir d’une période particulière de temps plus longue qu’une journée (p.ex. « trois semaines de vacances en France »).

Le score final de spécificité représente le pourcentage de réponses de la catégorie spécifique par rapport aux nombre total de réponse. Par exemple, si un participant avait trois réponses qui étaient classées comme spécifiques, une comme catégorielle et une comme étendue, son score final était 60% (3 réponses spécifiques / 5 récits).

Concernant les caractéristiques qualitatives, le nombre de mentions de détails était compté par rapport aux cinq catégories suivantes Les récits étaient également évalués de manière

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quantitative en calculant le nombre de caractéristiques qualitatives hétéro-évaluées (Hassabis et al., 2007 ; cf. Annexe II pour un exemple de classement dans les catégories) :

Données spatiales : Le nombre de propositions faisant référence au lieu de l’évènement (p.ex. « dans le carré », « chez moi ») ou décrivant la position relative d’entités au sein de l’environnement (p.ex. « derrière le bar », « autour de la table », « en face »), une direction par rapport au point de vue du participant (p.ex. « à ma gauche je peux voir…») ou une mesure spatiale explicite (p.ex. « la hauteur de la pièce est d’environ 12 mètres »).

Entités physiques : Le nombre d’entités distinctes (tels que des objets, personnes, animaux, nourriture, vêtements ou des éléments de la nature) mentionnées dans le récit (p.ex. « on était 4 », « je vois des oiseaux »).

Données sensorielles : Toute proposition décrivant les propriétés d’une entité (p.ex. « la chaise sur laquelle je suis assis est en bois ») ; détails visuels (comme la couleur ou la forme; p.ex. « table ronde », « rouge »), tactiles (p.ex. « c’était doux », « moite »), olfactifs (p.ex. « ça sentait bon », « odeur de cigarette »), gustatifs (p.ex. « c’était bon

»), et auditifs (p.ex. « il y avait beaucoup de bruit »). Mais encore, tout ce qui est lié à la position du corps ou d’une partie (p.ex. « assis », « couché », « les jambes croisés », « la main sur le côté »), ainsi que les mouvements du corps ou d’une partie (p.ex. « je ferme les yeux »). Enfin, le temps météo ou l’atmosphère générale (p.ex. « il fait très chaud »,

« la pièce est enfumée »).

Pensées/Emotions : Le nombre de pensées (par exemple « je me demande », « je me disais ») et d’émotions exprimées (par exemple « je me sens seul », « j’étais stressé », « j’ai passé un moment agréable »).

Actions/Intentions : Toutes les intentions (par ex., « il semble pressé », « il venait pour vendre quelque chose », « il voulait dire quelque chose ») et les actions (par ex., « j’ouvre la porte », « le barman sert une bière »).

Pour chaque caractéristique mentionnée d'une catégorie, le participant recevait un point dans cette catégorie. Si le participant mentionnait plus que sept caractéristiques d'une catégorie, il ne recevait pas de points supplémentaires (cotation de Hassabis et al., 2007). Ainsi, les scores dans chaque catégorie pouvaient varier entre 0 et 7 points (où 0 indique que le participant n'a

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pas du tout mentionné cette catégorie, et 7 indique que le participant a utilisé cette catégorie sept fois ou plus). Une moyenne des mentions de chaque catégorie était calculée à travers les cinq récits. Finalement, le score total de caractéristiques qualitatives hétéro-évaluées représente la somme des moyennes des scores des cinq catégories pour les cinq récits (moyenne des données spatiales + moyenne des entités physiques + moyenne des données sensorielles + moyenne des pensées/émotions + moyenne des actions/intentions). Afin que le score total varie entre 0 et 28 (comme dans la cotation de Hassabis et al., 2007), nous avons multiplié le score total des caractéristiques qualitatives hétéro-évaluées par 0.8475

Pour rendre les scores les plus objectifs possibles, chaque récit était codé par deux chercheurs pour le score de spécificité et le score des caractéristiques qualitatives hétéro-évaluées.

2.4.2. Questionnaires

La version adaptée du Memory Caracteristic Questionnaire (MCQ ; Johnson, et al., 1988 ; D’Argembeau & Van Der Linden, 2012 ; cf. Annexe III) : Après chaque événement rapporté, les participants devaient remplir une version adaptée du MCQ (permettant d’évaluer plusieurs caractéristiques de la projection dans le futur). D’abord, le MCQ évalue des caractéristiques qualitatives (auto-évaluées) telles que les détails sensoriels (p.ex. : « Ma représentation de cet événement futur comporte des détails visuels »), la clarté des informations contextuelles (p.ex. : « Ma représentation du lieu où cet événement se produit est claire » pour les informations contextuelles ou « En imaginant cet événement, il me vient à l’esprit sous forme d’une scène cohérente (et non comme des éléments isolés » pour la cohérence de l’événement imaginé), la clarté des informations auto-référencées (p.ex. : « En imaginant cet événement, je sens des émotions »), et la clarté des informations hétéro- référencées (p.ex. : « Ma représentation des personnes et objets impliqués dans cet événement est claire »). Ensuite, ce questionnaire évalue la perspective visuelle (« Veuillez indiquer de quelle façon vous visualisez l’événement futur que vous avez imaginé ») et les ressentis cognitifs associés aux projections telles que la conscience autonoétique (« En imaginant cet événement, j’ai le sentiment de vivre réellement l’expérience comme si j’y étais »), la probabilité perçue (« Selon moi, la probabilité que cet événement se produise est forte ») et la distance subjective (« Cet événement me paraît subjectivement proche »). Pour chacun des items, l'évaluation devait être faite sur une échelle de Likert en 7 points, où l'extrême gauche représentait un score le score le plus bas (p.ex. « pas du tout clair ») et l'extrême droit représentait le score le plus élevé (p.ex. « très clair »).

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La version française de la Pure Procrastination Scale (PPS ; Rebetez, Rochat, Gay

& Van Der Linden, 2014 ; cf. Annexe IV) : Ce questionnaire qui contient 11 items permet d'évaluer la tendance du participant à remettre les choses au lendemain. Pour chaque énoncé (p.ex. « Je reporte les décisions jusqu'à ce qu'il soit trop tard »), le sujet doit indiquer sur une échelle de 5 points si celui-ci correspond à son comportement, 1 point représentant « très rarement ou pas du tout » jusqu’à 5 points représentant « très souvent ou toujours ». Le score total au PPS représente la moyenne des scores des 11 items.

L’Echelle de Perspective Temporelle - Consideration of Future Consequences (CFC ; Demarque, Apostolidis, Chagnard, & Dany, 2010) : Cette échelle évalue à quel degré le participant prend en considération les conséquences futures de ses actions ainsi que l’impact de ces conséquences sur sa façon d’agir (cf. Annexe V). Le CFC consiste en 7 items cotés en 5 points (allant de « Ne s'applique pas du tout à moi » à « S'applique tout à fait à moi

»). Le score final se compose de la moyenne des scores des 7 items (suite à l'inversion du score de certains items). Un score total qui est bas représente une perspective temporelle à court terme tandis qu'un score total élevé indique une perspective temporelle à long terme.

La version française du Behaviour Identification Form (BIF ; Belayachi & Van der Linden, soumis) : Ce questionnaire à 23 items évalue le niveau d’identification de l’action, c'est-à-dire la manière dont nous nous représentons généralement les actions par rapport à un haut ou un bas niveau d'identification (cf. Annexe VI). En d’autres termes, une représentation de l’action de bas niveau décrit le « comment réaliser l’action », les aspects procéduraux et moteurs, tandis qu’une représentation de l’action de haut niveau porte sur le « pourquoi réaliser l’action », les buts et les conséquences. Chaque item du BIF correspond à une action (p.ex. « lire ») suivie de deux alternatives dont l’une est de bas niveau (p.ex. « Suivre des lignes de caractères ») et l’autre de haut niveau (p.ex. « Acquérir des connaissances »). Pour chaque item le participant doit choisir laquelle de ces phrases décrit le mieux le comportement en question. Le score final au BIF est formé en additionnant le nombre d'item pour lesquels le participant a choisi la réponse de haut niveau.

Le Cognitive Emotional Regulation Questionnaire (CERQ ; Jermann, Van der Linden, D’Acremont, & Zermatten, 2006) : Le CERQ est un questionnaire qui met en évidence neuf stratégies différentes de régulation émotionnelle que les sujets appliquent lors d’événements négatifs ou désagréables (cf. Annexe VII). Parmi ces stratégies, cinq font références à des stratégies appropriées (acceptation, centration sur le positif, centration sur la

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planification, réévaluation positive, et mise en perspective) et quatre à des stratégies inappropriées (blâme de soi, blâme d'autrui, rumination, et dramatisation). Pour les 36 items de ce questionnaire, quatre par stratégie, le participant indique sur une échelle de Likert en 5 points la fréquence avec laquelle il utilise chaque stratégie. Pour la présente étude, nous avons utilisé uniquement les scores des stratégies non-adaptatives. Ainsi, le score final au CERQ représentait la moyenne des scores aux items évaluant les stratégies non-adaptatives.

2.5. Procédure

L’expérimentateur accueillait chaque participant individuellement dans un laboratoire se trouvant dans le bâtiment UniMail de l’Université de Genève. Tout d’abord, nous demandions au participant de s’installer et de remplir la feuille de consentement (cf. Annexe VIII) ainsi que la fiche personnelle (cf. Annexe IV) sur laquelle il fournissait des informations concernant son âge, son sexe, son niveau d'études, des problèmes neurologiques et psychiatriques, et la prise de médicaments. Par la suite, le chercheur expliquait au participant le déroulement de l’expérience et éclaircissait d'éventuelles incompréhensions. Lorsque le sujet n’avait plus de questions, l’expérimentateur lui administrait la tâche de projection mentale dans le futur (Hassabis et al., 2007 ; D’Argembean & Van Der Linden, 2012 ; Williams, et al., 1996). Après le dernier récit, le participant remplissait le PPS, le CFC, le BIF et le CERQ (voir Annexes II à VII). Afin d’éviter des biais de réponses dû à la fatigue ou à l’ordre du matériel présenté, l’ordre de la séquence des cinq mots de la tâche de projection mentale dans le futur ainsi que l’ordre des questionnaires étaient randomisés. A la fin de la passation, l’expérimentateur pouvait brièvement discuter de la thématique, des hypothèses des chercheurs, ainsi que de l’intérêt de l’étude, si le participant le souhaitait. Notre tâche permet d’évaluer d’une part la spécificité (hétéro-évaluée) et les caractéristiques qualitatives (hétéro- évaluées) et d'autre part les caractéristiques évaluées dans le MCQ, tel que les caractéristiques qualitatives (auto-évaluées), la perspective visuelle et les ressentis cognitifs.

2.6. Hypothèses opérationnelles

Nos hypothèses opérationnelles étaient les suivantes :

1) Des difficultés à se projeter mentalement dans le futur (mesuré par les caractéristiques qualitatives auto-évaluées du MCQ et la spécificité et les caractéristiques qualitatives hétéro-évaluées par les chercheurs) dans la tâche de projection mentale dans le futur seront reliées à une plus grande tendance à procrastiner

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