• Aucun résultat trouvé

Premier novembre, éternel (re) commencement

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Premier novembre, éternel (re) commencement"

Copied!
1
0
0

Texte intégral

(1)

REVUE MÉDICALE SUISSE

WWW.REVMED.CH 24 février 2021

412

Premier novembre,

éternel (re)commencement

Premier novembre (ou souvent le 2, car le premier est un dimanche), nouveau départ, prête pour ce nouveau poste et gonflée de motivation, je me présente, humble face à l’immensité, dans le nouvel établissement où je vais travailler pour une année (ou 6 mois, ou 2 ans peu importe). Petit matelot face à l’adversité du grand et bruyant océan.

Première journée d’introduction, pas de surprise, je ne pourrai pas retenir toutes les informations qu’on me donne avant de les avoir appliquées en clinique mais soit, j’en aurai vaguement une idée quand la situation se présentera. Badge, blouse, casier, bip, timbre, accès informa­

tique, tout est prêt, … quoique.

Deuxième journée, raz de marée, jetée dans une mer déchaînée : nombre de patients incalculable à voir, programme informatique qui refuse de se laisser maî­

triser, courriers, facturation, personne ne comprend que je ne puisse pas déjà aller plus vite. Les infirmières sont épuisées de revivre chaque année le même scénario du changement des médecins, ça n’est juste pas possible.

J’en perds mes affaires, disséminées aux quatre coins du service (stéthoscope au box 1, timbre au box 2, tête au box Covid, émotions au casier). Quand j’ai de la chance, on m’a doublée un jour pour éviter de justesse une réelle catastrophe.

En fin de journée, mal de tête plus grand que certains patients qui sont venus con­

sulter (mais sans red flags), déshydratation avancée, désespoir total.

Cette année en plus, le virus qui nous accompagne ne facilite pas la tâche. Je glisse sur la vague émotionnelle que j’aurais pu anticiper : regrets d’avoir changé de poste, nostalgie du précédent dans lequel j’étais si bien, … du moins il me semble maintenant.

Pendant le reste du mois de novembre, je trouve enfin quelle capsule de café mettre dans quelle machine et dans quelle tisanerie, où se trouvent le micro­onde et les salles de colloques. Je retiens même enfin mon nouveau numéro de bip (!).

Masque FFP­2 et masque standard, sur­

blouse, test rapide versus test standard par PCR n’ont plus de secret, ou presque.

J’apprends à nager la brasse, lentement mais sûrement. Mais dans quelle salle d’attente se trouve mon patient ?

Décembre, les fêtes de fin d’année viennent égayer l’ambiance, rapprocher les collègues qu’on connaît déjà un peu mieux et les équipes qui sont au coude à coude pendant les fériés où la charge de travail reste généralement très importante.

Apprendre à faire la planche, c’est une question de survie.

Mais cette année, pourrons­nous fêter l’esprit tranquille ?

Janvier, février, longs mois d’hiver, on continue à ramer sur ces flots incessants de travail et dans la nuit pour la plupart du temps : gardes, piquets, week­ends, cette année n’aura jamais de fin. Plus jamais on ne m’y reprendra à postuler dans un lieu de formation avec des conditions de travail si difficiles.

Mars, avril, les journées rallongent, on sent l’apprentissage des nouvelles con nais­

sances, le travail devient plus routinier et surtout on y prend goût ! Mini­CEX, DOPS*, évaluations, il faut se dépêcher.

Mai, déjà 6 mois de passés, une éternité si l’on considère une carrière de quelques années seulement. On s’habitude vite à nager le crawl finalement ; il suffit de res­

pirer au bon moment et régulièrement.

Mais il faut déjà penser à postuler pour la suite de la formation, pour dans 6 mois, 1 an, 2 ans… Est­ce que je ne veux pas plutôt changer de métier ?

Juin, juillet, août, les mois d’été rendent la vie plus facile, on sort avec les collègues avec lesquels on s’entend bien, il fait beau et chaud, on apprend à travailler

constamment en équipe incomplète car tout le monde part en vacances, mais le travail est légèrement moins dense car les patients aussi profitent du soleil, du moins ceux qui le peuvent.

Septembre, après 10 mois dans le service, on fait presque partie des meubles, nage du papillon avec un seul bras, on est devenu spécialiste dans la discipline (quoique…), on nous fait confiance et on nous pose même la question sur d’éven­

tuelles modifications à proposer au service (moi ?). Pourtant l’immensité des connais­

sances à acquérir semble encore et toujours infinie, c’est la beauté du métier.

Octobre, ça sent la fin de l’année, après avoir tant pesté, la gorge serrée, on prépare son départ. Remises de service, apéro de départ (quand il est autorisé), lâcher à contre­cœur son badge, son timbre, ses clés de casier, son bip, comme s’ils étaient des objets nous ayant accom­

pagné toute une vie.

Car cela n’est pas la première fois, ni la dernière, et pourtant chaque fois c’est pareil, je jure qu’on ne m’y reprendra pas à avoir le cœur si lourd de partir, j’ai tant appris, immense merci !

Dre DAPHNÉ GERMANN Avenue de Lavaux 24, 1009 Pully [email protected]

RÉFLEXION

* Mini-CEX et DOPS: évaluations du médecin-assistant au moyen de deux outils, l’un pour les activités cliniques, l’autre pour les gestes techniques, 4 de ces évaluations par an sont nécessaires à l’obtention du FMH de médecine interne.

Références

Documents relatifs

l’autorisation du dirigeant ou de son délégué. Cette disposition est applicable à toute personne y compris les entrepreneurs qui sont chargés d'exécuter aux tombes un travail,

Il illustre l’efficacité de notre modèle en boucle, partant du patient, passant par la recherche fondamentale et pré-clinique, l’élaboration de modèles de la

Écrire un programme en PYTHON qui utilise la fonction précédente et qui renvoie le plus petit diviseur premier d’un entier naturel donné.. Un nombre entier naturel est premier

1 Une version de cet article est publiée dans le magazine.. appareils politiques traditionnels, qui décident de s’organiser avec les moyens qui sont les leurs

 ne pas conduire à l’école les élèves ayant été testés positivement au SARS-Cov2, ou dont un membre du foyer a été testé positivement, ou encore identifiés comme contact

ont quitté leur premier emploi dès la première année et ce majoritairement de leur propre fait - pour un poste plus intéressant ailleurs et/ou car le poste ne correspondait pas

b) Tout au long des travaux préparatoires s'est posée la question des rapports entre le sursis simple et limité aux peines privatives de liberté, seul connu du droit actuel, et

L'Amérique latine a atteint un chiffre d’affaires comparable 2 de 302 millions d’euros, en croissance de 21,2 % à taux de change constants 1 par rapport au premier trimestre de