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La médecine : un corps à corps avec la vie et avec l’autre

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338 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 8 février 2012

actualité, info

Une rencontre autour de la Pathosophie de V. von Weizsäcker et de la sortie de Corporéité et présence de M. Gennart1 sera organisée le 23 février à Neuchâtel.2 C’est dire que l’équi pe dans laquelle j’ai la chance de travailler conti­

nue à s’occuper de philosophie de la méde­

cine et à s’intéresser à l’intersubjectivité sin­

gulière qui anime la rencontre médicale.

Lors de cette rencontre, M. Gennart souli­

gnera que la médecine n’est pas d’abord une science de la nature, mais une pratique inter­

subjective de soins qui intègre l’apport des sciences de la nature. Des hommes et des femmes soignent d’autres humains qui souf­

frent. La médecine est avant tout une façon d’agir des humains entre eux.

Pas plus que nous ne pouvons renier la réalité biologique de la vie, nous ne pouvons refouler les questions éthiques inhérentes à

la médecine. La pratique médicale a originai­

rement affaire à la vie en tant qu’elle peut faire mal, et se structure comme une tentative de soulager, de «faire du bien» à ceux qui «sont mal».

C’est pourquoi la médecine a pour objet primordial notre vie humaine en tant que phé­

nomène pathique : vie qui non seulement nous permet d’accomplir nos tâches, mais qui peut aussi commencer à faire mal. La maladie nous menace dans notre intégrité et, com­

me telle, nous oblige à nous soucier de cette vie qui, dans la bien por­

tance, glisse dans l’oubli et l’impen­

sé. L’attribut pathique de la vie est le motif premier et la raison d’être de la médecine.

La médecine est en outre fondée sur le fait qu’il existe dans la nature humaine une tendance fon da men­

tale à prendre soin des membres de la collectivité qui souffrent, à les soigner et à les maintenir ainsi dans la communauté. Il n’y aurait pas de médecine sans cette tendance ins­

crite dans la vie humaine elle­même.

La consultation médicale se pré sente alors comme une relation entre deux personnes dont l’une, patiente, souffre et demande de l’aide à une autre dont elle espère qu’elle sait ce que signifie souffrir. Et qui a aussi un sa­

voir et un savoir­faire qui lui permettent de bien traiter le problème amené en consulta­

tion. La démesure survient lorsque le méde­

cin perd le contact avec ce sol commun de la vie que nous vivons, que nous avons à vivre, et prétend traiter des processus sans plus rien vouloir savoir de la personne qui les vit.

C’est dire aussi que dans une perspective médicale, nous avons toujours à garder ac­

tive la question de savoir ce qu’est bien traiter la vie humaine, bien prendre soin de notre vie en tant que nous – soignants et soignés – carte blanche

Pr Marco Vannotti CERFASY Ruelle Vaucher 13 2000 Neuchâtel [email protected]

La médecine : un corps à corps avec la vie et avec l’autre

Jan Steen – La Femme malade commons.wikimedia.org/LDD

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Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 8 février 2012 339 sommes dans une collectivité donnée.

La médecine aborde la maladie en utilisant sa science. Mais le médecin traite le corps en souffrance de son patient en se penchant sur lui avec son propre corps, ses sens, sa tête. Il palpe, ausculte, regarde ; il sourit pour encourager son patient à vivre. Il va bien trai- ter la vie humaine par une rencontre inter­

corporelle.

Le corps lui­même intervient dans l’échan­

ge du sujet avec son monde. Il est, dans son ensemble, «accordé» à ce qui se passe à l’interface entre le sujet vivant et son environ­

nement humain. En ce sens, l’aptitude à res­

sentir de l’empathie pour la souffrance de l’autre, à chercher des moyens pour la sou­

lager met en jeu une intercorporéité. Ces réflexions sur la rencontre soignante paraissent une évidence. Mais nous passe­

rons une après­midi pour les prolonger avec des regards nouveaux – dont celui de Marc Ledoux 3 – et votre apport nous serait pré­

cieux. C’est ici l’occasion d’inviter les lecteurs de la RMS à participer à cette rencontre.

1 Gennart M. Corporéité et présence. Jalons pour une approche du corps dans la psychose. Le Cercle Her­

méneutique, 2011.

2 Info : www.Cerfasy.ch

3 Marc Ledoux, philosophe, sociologue, psychanalyste.

Clinique de La Borde, F. Cf. Ledoux M. Qu’est­ce que je fous là : Psychothérapie institutionnelle en résis­

tance et dialogue avec la psychiatrie de qualité. Paris : Le Pli, 2005.

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