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NOUVELLE REVUE FRIBOURGEOISE.

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(1)

L'ÉMULATION,

NOUVELLE REVUE FRIBOURGEOISE.

Chaque pays a sa pensée.

LA FONTAINE.

TOME TROISIÈME.

FRIBOURG,

IMPRIMERIE DE L.-J. SCHMID , ÉDITEUR,

RUE DE LA PRÉFECTURE, 198.

1854.

M__,/~ . ~

--

L'ÉMULATION, ·

NOUVELLE REVUE FRIBOURGEOISE.

Chaque pays a sa pensée.

LA Fo TA~-e.

TOJIE TROISIÈIIE.

FRIBOURG,

IMPRI IERIE DE L.-J. SCHMID, ÉDITEUR,

8.118 DB LA PRÉFECTUII.E , l'ia j 98.

1854.

(2)
(3)

>

?

L'ÉMULATION,

NOUVELLE REVUE FRIBOURGEOINE.

1894.

NOTICE

SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DE LA

SDBLÈTÉ D'ATUDES DB FRIBOURG,

DEPUIS SA FONDATION EN 183$ JUSQU'EN 1854.

L'âme est un feu qu'il faut nourrir Et qui s’éteint s’il nes'augmente.

VOLTAIRE.

Aux termes d’un article des Statuts de

la

Société d’Etudes,

le Président sortant ‘de charge est tenu de faire un rapport par écrit sur la vie et les travaux de cette Société pendant sa pré- sidence. Pour nous conformer à ce devoir, nous avons rédigé le compte-rendu suivant, dont la Société d’Etudes a jugé à propos de décider la publication.

L'histoire de la Société comprend deux ères distinctes : l’ère de la fondation, de août 1838 à août

1842,

et l'ère du renou-

vellement qui, commencée en 1849, n’est pas prète

àfinir

encore.

Une lacune

de

six années sépare ces deux époques et forme comme

ÉMUL. JANVIER 185% 1

ULAT N,

NOUVELLE REVUE FRJBOUIRGEOIS'E.

1834.

NOTICE

son

LA VIE ET LES TRAVAUX DE LA

DEPUIS SA FOl\llA TlOï EN 1838 JUSOU EN 1854.

L'âme esl an feu qu'il font nourrir EL qui s'éteint s'il 110 s'au{fme11lc.

°VOLTAJllE.

Aux termes d'un article de ratUl!- de la otiélé ù'Etude., le Pré·illeul . orta11L ·de cha1·ge est te11u de foire un rapport par é riL ·u1· la ie el le· Lravaux de c lle Société pendant a pré- sidence. :Pour nous con'fo,·mcr

a

ce devoir, nou a\'on rédigé le compte-rendu ~uivanl, donl la So ·iété ù Eludes a jugé à propo ùc ùé ·iùe1· la publir.atio11.

L'hi-Loil'e de lé! ociélé compre11d deux · res di li net.es : l'ère de la l'oodation, de août ·I

u:rn a

août 1 B ~2 et l'ère du r nou- vellem nL tJUi, comme11r.ée en 1840, o'e L pa prêteâ finir encore.

Une lacune de ix arrnée. ·èpa1•e ce· deux :potjue cl forme comme

imOL, JAN"llll\ 1854.

(4)

nov

be

le Moyen-Age de la Société, dont les deux ères que nous venons d'indiquer figurent l’Age

ancier

et l’Age moderne.

Nous suivrons done cette division que justifie d’ailleurs assez bien le ton un peu léger de notre Notice.

HISTOIRE ï

ANCIENNE.

(De 1838 à 1842.)

Le désir de s’instruire, uni à l’enthousiasme des lettres et de la patrie, porta quelques jeunes.gens à se réunir dans le courant de l’été 1858. Le besoin de régulariser ces conférences

se

fit sentir,

et le 1"août de la mème année, une société en forme s’installait dans une des salles du Lycée, sous la présidence de M. Daguet,

professeur à l'Ecole moyenne, et prenait le nom un peu poétique de Société d'Etudes des bords de la Saane.

Le caractère de cette association devait être (comme celui de la société de Zofingue qu’elle se proposait pour modèle et à laquelle elle devait s'agréger plus lard) purement national et littéraire.

On

fut,

aucommencement, assez fidèleà cette direction. La tendance politique chercha en vain à plusieurs reprises à s'emparer de la studieuse confrérieet ày faire prédominerun esprit de parti contraire

à la nature spéculative et théorique de l'institution. Une société radicale, l’Helvetia de Berne, ayant fait des ouvertures à la réunion fribourgeoise el invité ses membres à se trouver à Aarberg pour

y traiter des questions du jour, cette dernière déclina poliment l'invitation. On écrivit aux Melvétiens « que l’association d'Etudes

» ne s’occupant de politique que comme science, désirait rester

» étrangère aux moyens employés parl’Helvetia pour parvenirà

son

» but (l’affiliation à la Société des Carabiniers fédéraux, elc.). »

En revanche, la Société d'Etudes acceptait avec plaisir l’offre faite au nom des Zofingiens de Vaud, Berne et Neuchâtel d’une réunion centrale à Avenches, et y déléguait son président avec plusieurs de ses membres. La réunion d’Avenches du 5 janvier 1859 demeurera toujours dans le souvenir des Fribourgeois qui eurent

2

1 Moyen-Age ile la ocié!é donf le d ux \l'C!- qne nou venons d'indiquer figure11l I Age ancien el l'Age moderne.

t us .uivr ns dom; celte clivi ion que ju lifie d'aillenrs as:ez hi n le ton un p u léger tle notre lice.

I.

llJSTOIRE ANCŒNNE.

( Oe 1838 il 18.1'2.)

Le désir de 'instruire, uni à l'enlhou ia me des leUres et de la patrie, porta riuelque jeunes.gen 1, se rcuflir dnns le courant de l'ét6 1 58. Le be oin de régula1·i·erct:. conrérence. sefitsenlir, el le ·1°' aoùL <le l;i m me année, une ocièté en forme s'in tallait dans une de salle \.lu Lycée, sou la pré ident'.e de M. Da,.,uet, profcs eur à l'Ecole mo enne el prenait le nom un peu poétique de ocitité d'Et11d1Js de. bords rfe la aane.

Le caraclcre de celle i.-sol'Întion devait èlre (comme celui de 1a so·ietè de Zofiuguc qu'elle e proposait pour modèle el ù laquelle elle dcvnit ·agrêgur plu lnrd) pure111enl naûonal el liLLé1·ai1·e. On fut au ,·om111e11cerue11t, as cz fidèle à cettedir clion. L:i Lenllance politique chercha en vain à pl11sie11r repri e à s'emparer de la slutl icu e co11fr 'rie cl à y foir predo111 i11e1· un e·p1·i L de p.i1·û con 11·ail'e à la n:ilurc péculalive L théorique de 1 i11 lilulio11. Une ociété ratlicale, l'lle/.vetia de Berne, a onl foil tle ouve1·tures à la réunion fribom·<rcoi e •l i11\'itll se membre à e trouver à arberg poui·

y lrniler de ftue tiun · tlu jour, eellc dernière uei;lin::i pnliu1e11l l'invilalion. On éc1•i\'it anx f/e'11étie11s « que In ocialion d'Elu1les

» ne ·'oc<;1qrn11L de politique que ·01111110 cie1H·e, d ·si1·ai1 1·esler

u étrnngère au:.. moyen employés par l'llr:lvetia pou1· par enidi son

" hut (\'.irtili:1lion ü la oci "lé des C::u·abinier fédé1·nux, etc.). »

En re,·a11 ·lie, la Société d'Etutle acceptait avec plaisir l'offre foi le au 110111 de:; Zofingicn de auù, Uerne et 'eucuàlel d'une 1·tlu11io11 ct•11t1·alc ù Avc11ches, et déléguait oo présiùcnL a ec plu ·icu1· de. •s mc1111Jrc . n réunion ù' Avenche du 5 janvier 1859 dc111e11re1·:1 loujnur:; tian le ouvenir des f'ribourgeois qui curent

(5)

le bonheur

de

s’y trouver, un de cesjours qui colorent l’existence et font époque dans la vie. L'étudiant fribourgeois, jusque-là soi- gneusement tenu à l’écart par ses maîtres de tout contact avec la jeunesse des autres cantons, vidait pour la premièrefoisavec

elle

la

coupe

de

la science, de l’amitié et du patriotisme ! Pourla-première fois, il sentait sa main timide étreinte par le vigoureux poignet des mâles nourrissons des universités et des académies confédérales! Les libres manifestations de la pensée et les généreux accents d’une muse vraiment suisse complétèrent l’effet de cette journée délicieuse.

Le président de la Société d'Etudes conserve comme une relique chère dans sa collection d’autographes, l'original des vers suivants, restés inédits, je crois, car

ils

ne figurent point dans le volume de

poésie, signé du'nom de Henvi Durand, qui a paru depuis lors : Durand , le disciple favori de Vinet et d'Olivier, un beau jeune homme, à la longue et noire chevelure, à l’œil plein de flamme et au visage mélancolique et un peu dédaigneux, qu’une mort inattendueravissaitquelques années après à l’admiration dévouée de ses condisciples et à la sympathique estime de ses illustres pro- fesseurs ! Les vers improvisés à Avenches, sans avoir le fini et la limpide clarté des compositions” plus travaillées de Durand , ré- vèlent cependant par quelques éclairs le talent poétique et l’âme chaleureuse du jeune chantre vaudois.

Elevons nos voix dans ce jour,

Eclatons en hymne de fête,

Que toute la Suisse répète

Nos chants de concorde et d’amour!

C’est donc ici, fatale gloire,

Que s’élevaient des murs fameux!

Julia! ta douce mémoire Pleure tristement sur ces lieux.

Au milieu d'un peuple de braves La mort frappa tes jours si beaux;

Mais à leurs lils libres d’entraves Tu souris du sein des tombeaux.

5

le bonheur de s'y trouver un de ces jours qui colo1·cnL l'oxi tence et font épique dau la vie. L'êLudia11L fribour.,eois ju qne-lil oi- goeu emenl Lenu à l'écarl par es maitre tic 1011l conlatl avec la jeune se des aulr s ranlon , vidait pour fa p1· ·mièr foi avec elle la coupe de la sdenc de l'amilié eLdu palrioli 1110 ! Puur la µrernière foi , il senl11il a 111ain Li111ide étreinte µar le vigou1·cux poil:)nel des mâle noul't'i on de uni ver. il· el de académie ·011féùénile:; ! Le·

Jibres manifeslalio11s de la pensée eL le génèr ·ux :lccenls d'une muse vraiment sui e co111plélèrenl l'elTct <le celle journée délicieuse.

Le président de la o ·ié1é ù'Eluùes conserve comme une relique cbère dans a collt:cliunù'aulograplu:');, l'origin:.il desver sui anls, restés inédits, je 1·ois, car ils ne figurent point dans le volnme de poésie, signé <lu ·nom ùe Henri Dur·anù, q11i a paru depui lors:

Durand, le di ·iµlc favori ùe inel eL d'Olivier, un he.iu jeune homwe, à la longue el noire cllcnilure à l' il plein de flamme el au visage mélancolique el 1111 peu dëdaigueux, qu'une mort inattendue ravi: ailquelquesannée·aprè à l'admiration dévouée de ses condisciple et à la ·ympalbi,1ue e û11Je de es illu lre p1·0- fe seurs ! Les ver improvisés à Avenelles, sans avoir le fini et la limpide rlarlé des compo ilions-plus lrav<1illées de Durand, ré- vèlent cependant par quelques éch,ir le laient poétique el l'âme chaleurnuse du jeune chanlJ•c vaudois.

Élcrnos nos voix clans ce jour , EclnLon · en hymne de fête Que louLe la Suis e rêpèt

10- hants de concorde et ù amour!

C' c·t clone i i fou1Je gloii-' Que 'élevaient des mur fumeux 1

Julia I ta doue mémoire Plcu1·c tri tcmcnt ur ces lieux.

Au milieu d'un peuple de bru\'CS

La 0101•t frappa tes jour i beaux;

Mais Il Jeur fils libre d entraves Tu souri du sein des Lombeaux.

(6)

Ces lieux ne sont-ils pas le siège Des souvenirs de notre amour? ° Là-bas, j'ai, sur un mont de neige,

De Berthe vu la sombre tour.

C’est ici que, Reine fileuse,

’ar le pays tu chevauchais ; De tes Etats, reviens joyeuse Voir le bonheur que tu cherchais.

La liberté, notre couronne,

est pas sans gloire dans ces lieux.

Là-bas, au pied de la colonne, S’étend un champ victorieux.

Morat, tes vagues en furie JettentMais tonaunombord maintseul de laossementpatrie

;

Est l’héroïque monument.

Amis, restaurons-nous ensemble D'espérance et de souvenir.

Mais le Grütli qui nous rassemble Montre notre seul avenir!

Suisse, à notre mère bénie!

Keçois nos vœux et nos accents.

Toujours au seul mot de patrie Battra le cœur de tes enfants.

La réunion d’Avenches mit la Société fribourgeoise en rapport avec loutes les sections zofingiennes des cantons voisins. Il en résulta un échange plus ou moins profitable de

lettres,

de conseils, de discussions. La question d’une Université fédérale , soulevée par notre illustre littérateur et professeur Monnard , en 1855, fit les frais d’une partie de cette correspondance. La question de la cen- tralisation intellectuelle amena celle de la centralisation politique que préchait alors un autre homme d’école célèbre, l’éloquent docteur ‘Troxler. M. Daguet, alors partisan de l’unitarisme, comme le sont volontiers les jeunes gens, traduisit l’opuscule

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SSSR

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Cc lieux ne sont-il 4 pas le i · gc

ee

TS ———>—

D ou enir de notre amour?

Là-bas, j'ai, ur un monL de neige, De Bèrthc vu ln ombre tour.

Cc t ici quo, R ine lileu e, Par le pays tu chevauchai ; De tes Etats, re.,.iens joycu e

oir Je bonheur que Lu cherchais.

La liberté, notre couronne,

N e t pas an gloire dan ces lieux.

Là-ba , au pied de la colonne, S · tend un champ victorieux. l\forn L, te vogues en furie J u nt ou bord maint o cmcnt;

l\fai Lon nom cul de ln patrie Est l'héroïque monument.

Ami , rcstaurous-oous ensemble D' p 'rance et de ouvenir.

Mai le Grütli qui nou ras emble Montre noll'e cul avenir!

ui e, ô notre mère bénie 1 Rcçoi no vroux et nos acccn~s.

Toujours au seul mot de patrie Bauro le c ur de te enfants.

La réunion d'Avenchcs mit lo Société fribourgeoise en rapport avec toutes le eclion zofingienne des anlon voi.ins. Il en r' ulta un écbange plus ou moin. profilabl de lettre-, ile on eil • ùe di. eu ion . La 11ue tion d'une ni ver ité fédérale, ou levée par notre illu. lre lilléraleur et professeur Monnard, en ~85(>, fit les frais ù une partie de cette corre pondance. La question de la cen- lruli ation intellel'lut1llc amena celle de la · nlrnli ation politique

<1ue prècbail alor un autre homme d'école célébre, l'éloquent do ·t ur Tro. Ier. M. Dnguet, alor pnrtisan de l'uniLari me, comme le sonl volonlier le jeune gen , traduisit l'opuscule

(7)

s*

le publiciste lucernois proposait l’Union américaine à l’imitation des Suisses.

La lecture du fameux écrit du démocrate thurgovien Bornhauser (Schweizerbart et Treuherz) vévèle la mème tendance politique, reconnaissable aussi dans plusieurs compositions des sociétaires, comme l’histoire de la Révolution de Chenaux et le tableau du régime féodal à Planfayon, dont les auteurs étaient MM. Léger Gerbex et Joseph Thalmann , tous les deux en ce moment insti- tuteurs en Russie.

L'élément politique ne devint néanmoins point dominant dans la Société, comme

il

est aisé de s’en convaincre par

le

grand nombre desujets de naturelittéraire, économique et philanthropique, traités dans celle première période de l’association studieuse el dont nous indiquons quelques-uns en note (*).

Sous

le

rapport politique,

il

s’enfallait,dureste, que les sociétaires eussent des opinions homogènes, témoin lemorceauintitulé:

/

Egalité

est une chimère; el certaine réfutation des idées de Rousseau sur

la démocratie. La plus grande

liberté,

sinon la plus grande tolé- rance régnait dans la Société d’Etudes, et l’on en abusait parfois pourfaire des lectures, commecellede lu pièce grotesque intitulée :

« Vivenl les gueux, ce sont les gens heureux. »

L’esprit de contradiction était pour beaucoup dans les opinions émises par tel ou tel sociétaire qui cherchait à faire contre-poids de cetle manière à l’influence prédominante du président. Cet antagonisme devint trés-vivace ; dans la suite, la réception de quelques nouveaux membres, parmi lesquels un fougueux

pamphlétaire, le barbier Chassot, amena un violent orage el la dissolution de la Société d'Hiudes des bords de la Saane, le 26 février 1859, c’est-à-dire moins de dix semaines après cetle émouvante journée d’Avenches qui semblait devoir donner une

nouvelle vie à la réunion.

(°) Sur l'amour du bien public (M. Collaud, aujourd'hui greffier à Esta- vayer); la Journée de Grandson, traduit de l'allemand de Tromlitz (M. Th. Folly, commandant du corps de Gendarmerie); Biographie de Pourtalès le philanthrope (M. L. Pugin); les grands hommes de la Suisse (M. Daguet);lecombat de la Singine, et Notice sur Estavayer (M.Diétrich).

5

où le publiciste lucernuis proposait l'Union américaine à l'imil:ilion des Suisses.

La lecture du fameux écril du déruoc1·ate lhurgovien Bornhauser (Schweizerbart el Treuherz) rêvële la 111èrue l1rndaucc politique reco11n.1i ·saule au i dans plu icurs comµosilions des sociétaire , comme l'llisloire de la Révoluliou de Chenaux el le tableau du régime féodal à Planfayon, dont le auteul's étaient MM. Léger Gerbex el Joseph 'l'halmann , tous les deux en ce womeol insli- tuleurs eu Russie.

L'élément politique ne devint néanmoins point dominant dan la Socié1é, co11l111e ile ·t aisé de s'en convaincre par le grand nombre de sujets de nalu1·e liLtéraire, écono1uique el philanthropique, trailés dan cette première périodc de l'as ocialion tndieuse et dont nous indiquon quelques-un en note (1 ).

Sou~ le rapport politique, il s'en fallait, du reste, que les ociétaires eo ent des opiniuos bo111ogènl's, témoin le morceau inlilulé: f EgaliJ.é est une cllimère,· el certaine réful:.ilion des idée de Rou scau sur la démocratie. La plu 11ra11ùc liberté, . iuon la plu g1·ande tolé-

rance régnait dans la uciété ù'Etude,.;, et l'on en al>u ·ail parfois pour faire des lectures, comme celle de la pièce grotesque inLilulée:

« Vivent les gueux, ce sont les gens heu1·eux. "

L'e prit de conL1·aclicLion étaiL pour beau ·oup dans le opinions émises par lei ou tel sociétaire qui dierdrnil à faire contre-poids de celte manière à l'influence prédomina nie du pr ··-itlenl. Cet antagonisme devint ll·e·-vivace; dans la :mile la rêceptioo de quelques nouveaux ruembrn , p11rmi le·quel · un foug11 ux pamµlll 'taire, le ba1·bier Cha!; ol, amena un violent orarre el la !lis oluLion de la Sociéui d' ELurles des bords de la aa11e, le 26 février 1 59, c'est-à-di1·e muin: de dix emaine· aprè celle émouvante journée d'Avencbes qui emblail devoir donner une nouvelle vie à la réunion.

( 1) Sur l'amour Jo bien public ()1. Collaud, aujourd'hui r,reffier a Esta-

vayer); la Journée de Grandson, traduil ,le l'allemand de Tromlilz (ill. Th Folly, comma11da111 Ju corps de Gendarmerie); llin3raphie de Pourtalès le philautbropu (M. L. Pu1;i11) • lt:s tJr:iuds hommes de la ~uisse (~]. Oar,ucl); le combal de la Sint:iuc, el !Sotice sur Eslavaycr (ill. Diélrich).

(8)

=

"4

5

Mais quatre jours après ce thermidor anodin, la corporation se | constituait de nouveau sous le nom plus simple de Société d’Etudes

de Fribourg. M. Daguet reprenait la présidence du Comité dans le- | quel entraient MM. J.-J. Mauron et Diétrich, professeur. Chacun de

concevoir les meilleures espéranceset de s’écrier avec le poètesacré:

'

« Quelle Jérusalem nouvelle

» Sort du fond du désert plus charmanteet plus belle?

» Fils d'Apollon, chantez. »

Le commencement de celte seconde période (du 26 février au

21 juin) est marqué par la réception d’un homme de lettres déjà } connu par de charmants couplets, M. Nicolas Glasson , et par

celle

d’un chimiste, M. François Bernard, élève de M. Persoz, et qui vient de prendre avec tant de distinction sès grades dans la Faculté médicale de Strasbourg (*). Cette seconde époque est la plus riche de toutes, sous le rapport de la littérature nationale.

Pendant que M. Mauron recherchait dans Commines et dans d'autres auteurs les causes de la guerre de Bourgogne, que M. Louis Pugin s'occupait de la question plus actuelle de l'Industrie

fri-

bourgeoise, et que M. Suchet (inspecteur d’Ecole) traitait le

sujet non moins important de l’Æducation populaire; M. Passaplan, Es alors instituteur primaire, et depuis secrétaire de l'Instruction

publique, réfutait la théorie de l’Esclavage et célébrait dans un lan- gage chaleureux les louanges de la patrie ; M. Blicklé composait de verve une lettre du fameux paysan de l’Entlibuch, Hanz Krumme- nacher, à ses compatriotes, pour les engager à prendre les armes contre les gouvernants lucernois auxquels peu de lemps auparavant

& sur Ja hanche :

il n’avail pas craint de dire en face, le poing

«» Qui,mais quandoui, quand lesils sontmagistratsinjustes, sontils viennent dujustes, ils viennent dediable. » ÀDieucette

;

|

lecture qui côtoyait de nouveau de très-près le champ de la poli- tique brûlante qu'on s’efforçait d'éviter, se rattachent un plaïdoyer de M. Charles Gerbex, (aujourd'hui commandantde

garde civique) en faveur de la liberté de la presse, et l'étrange récit fait par

(*) M. Bernard a publié, à l'occasion des examens qu'il a subis pour

le e

grade de docteur, une dissertation très-savante sur l'électricité du tissu musculaire.

adsdues

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6

!\lais quatre jours après cc lhe1·mido~ anodin, la corporation se

·on Lituail de nouveau ou le nom plus impie de 'ociéd'Etudes

<.le Fribour". M. Dnguel rnprenai_L la pré idence du Çomilé dans le- quel 1mtn1icmL MM. J.-J. Maurnn et Diét,·icb, prQfc eur. _Cba_cun de coucevoir le meilleures e ·pérnnce et de s'écrier avec le poète sacré:

n Quelle Jérusalem T10uvelle

" ol'l clu ConJ ,lu ,lèsorl plus charmante el plus belle?

" Fils d' A roi Ion, ch,nte-i;. »

Le co;nrnen ement de celle e~onde pé1·i0Je (du 26 février au

~I juin) est un1rqu · par la receplion J'un homme cle leLLres déjà connu par de charn1a1 ts uplets, M. Nicola Glas on, el p:u celle d'un chimiste, M. Fr·ançois Bernard élève de l. Persoz et qui vienL de prendre .1ve1: tant de dîslinclion 'ès g1';.H.le i.hin · la faculté ,uthlicalc de lrashourg (')- Celle econdc ëpoque est la plus riche de Loule , sou le ,·apport rie la lillér·ature nationale.

Pendant que M. i\Ja11ro11 recherehaîl dans Com111inus et tlan d'autre aulc11r-lc wu,çes rle la (Jllerre rle Bouraogne, que )1. Loui Pugin ·occupaîL ùe la 11uesLion plu a ·Luelle de l'l11rlu:;trie fri- bo,,raeoi e, et que ~I. ucl.lel ( i nspecleur cl' Ecole) Ln1 iLait le

·uj•L non moins împorlunl de l'Erlucalio,1populaîre,· 1,1. Passaplaa,

·aloi· in Lilulc11r pri,naire el dcpuî ecrelaire de l lnslruclioa puulique, rér.utaiL la Lhéol'ie de l'E cl.ivage el ·élébr-ait dans un lan- gage chaleureux le louanges de la pal!'Îe; M. Blick.lé coruposait de Yen·e une l Ure du fomeux pay nn de l'En11ilwch, Uanz Krnmme- nnchcr, à se compnlriole , pour les en"t1ger il prent!1·e les arme coutre le "0uvern.1111 lucernoi~ auxquels peu clc temps auparavant il u'arniL pas ·rainL de di1·e en fol'c, le poing sur la_ hanche :

" Oui, oui quantl 1 111:1gis11·at~ sont ju ·te , ils vie1111e11L de Dieu;

,, mai· 11m1nd ils sont inju les, il icnne11t du diable. » A celle lecture cini cOtoyail tlu 11nuv•au de très-pr;. le champ tle la poli- lÎC]llC brùlaulo qu'on 'cfforçaîl d'éviLer, c 1·atlachc1n un plaidoyer d i\J. Chnrlo Gcrliex, (aujourd'lruicomm11nda11ldel:,ganlcc:ivique) en faveur de la liberLè ùe la pre .c, et l'étrange nicil foil pnr

(•) M. Hcrnarcl a publié, il l•oc asion des examens qu'il 11 subis pour le crado de docteur, uno diS$artation très-sav:mle sur l'électricitô ,lu tissu mu culaire.

(9)

ess

RE

M. Daguet de la vie animale et philosophique d’Henri Meunier, noble de naissance, latiniste de science, et mendiant de profession au quartier du Criblet, en l’an de grâce 1830.

Suivant un usage qui remontaitaux premiers jours de la Réunion, tout travail était remis à un membre chargé d'en faire la critique par écrit pour la séance suivante. Une autre institution ingénieuse

et profitable de cette Société primitive était celle d’un Censeur ou Observateur, Son office était de contrôler tous les faits et gestes de la Société, tous les dits et écrits des sociétaires. Pleine liberté était donnée à ce Mentor, à cel Aristarque de passer du grave au doux, du plaisant au sévère. Dieu sait, et les sociétaires de cette époque ont appris à leurs dépens à quel point les Cafons de la réunion studieuse usaient et abusaient du droit de critique qui leur était conféré par l'usage, et dont on jugea à propos de faire

même l’objet d’un article additionnel aux Statuts (*).

Mais ces institutions, tant sages fussent-elles, ne firent point trouver grâce à la Société devant les puissants ennemis qu’elle s'était faits parmi les puissants de la république et parmi les u/émas de l'instruction publique. On accusa le chef dela Réunion d’uncrime irrémissible dans les fastes d’un peuple libre : celui d’exciter à un trop haut point l’enthousiasme patriotique, et d'un second crime plusatroce encore, celui d'établir dans tous les coins unefabrique de

littéraleurs, c’est-à-dire, pour me servir de l’expression reçue à leur endroit, d'hommes incapables de gagner leur vie. Certains articles de l’Helvétie et du Nouvelliste vaudois, échappés à la plume sarcastique du biographe d'Henri Meunier, contribuèrent aussi à attirer la foudre sur l’innocente réunion qu’il présidait. Un beau soir, les professeurs de l'Ecole moyenne reçurent l’ordre de quitter la Société. Dans ce temps-là, on se permettait parfois de rire de l’aulorité en petit comilé ou dans un article anonyme ; mais on n'avait pas encore apprisà lui résister en face. On se retira donc en corps. Mais celte retraite qui dans la pensée des ennemis devait tuer la réunion, lui communiqua une nouvelle vie. Chose

(*) Les membres successivement revêtus des importantes fonctions de la Censure furent MM. Savary (aujourd'hui avocat), Cuénat (notaire), Monney (instituteur), Ottet (professeur), Bernard (docteur).

7

l\L Daguet de la vie :ioimale el philosopbique d'IJenri Meuoiel', noble de naissance, lalini te de science, el mentliaol do profe ioo au quartier du Criblet, en l'an de grace ~850.

Suivant un u age qui remontail aux premier jour de la Réunion, tout travail était remis i1 un membre chargé d' •11 foi1·e la crilique par écrit pour la séance suivante. ne autre in Lilulion ingénieu e et profitable de celle ociélé µrimilivè était celle <l'un Censeur ou Observateur. nu office éLaH de' contr<iler lou les fait el ge ·lc de la ociélé, tous le dits el écrils ùe ociéLaires. Pleine liberté était donnée à ce Mentor, à ccl Al'i [arque de pa er du 9nwe au doux, du plaisa11l au sévère. Dieu ail, el le sociétaire ùe cette époque ont appris à leurs déµen :\ quel point le Calons de la r ;union sludieu e usaient ol abusaient du droil ùe critique qui leur élail conféré par 1 u age, el clout ou jugea à propos ùe faire , wèwe l'objet d'un a1·Licle additionnel aux laluls (1).

Mais cc insLilulions, Lant age fu sent-elles, ne Cirent point ll'OUver gràce à la ·ociélé devauL les pui anl ennemis qu'elle 'était faüs parwi le· pui anl de la république el parmi les ulémas d.e l'iustl'uc1iu11 publique. On accu ·a lt:: cht::f cil!" la Rèunion d'uo c1·i111e il'rémissible dans les fa Les ù'un peuple libre : celui d'exciter à un trop bauL puinl. l'enthousiasme paLrioLi~ue, el ù'uu second ·rime plus atroce encore, celui d'établir dans tous les coins nne fabril1ue de lilléraleurs, c'est-â-ùire, pour me e1·vir de l'exp1·es ion 1·eçue à leur endroit, ù'hoU1iues iucapaules de gagner leur vie. Certain article de l'Helvétie el du Nouvelliste va11dois, échappés il la plume sarca tique du biographe d'Henri Meunier, contl'ibuè1·enl au. i :\

allirer la foudre sur l'innocente réunion qu'il pré idail. n beau sojr, les profes eur de l'Ecole moyenne re<;urenL l'ordre de quillei· la ociété: Dans ce Lemps-là, on se permcltaiL porfoi de rire clc l'autorité en petit comilé ou dan uu :Hticle anonyllle;

mais ou n'avait pas encore appri à lui ré·i ·Ler en face. 011 e rel.ira doue eu corp . Mai ·elle retraite qui dans la pen ée de ennemis devait tuer l:i réunion, lui communiqua une nouvelle Yic. Chose

( 1 ) Les membres succe~sivement revêtus des importnntes ro11ctions de la

Censure furent MNI. Savary (aujourd'hui avocat), Cuénal (notaire), Monney (insliluleur), Ottel (professeur), Bernard (docteur).

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honorable à dire pour le vert rejeton qui avait poussé sur le trone primitif, la Société d'Etudes , après avoir exprimé ses regrets aux victimes de ce coup d’Etat de la manière la plus touchante, décida de poursuivre ses efforts pour la culture intellectuelle. Il

n’y eut presque de changé que les noms. M. Mauron , ancien gou- verneur dans la maison du prince Jousoupoff, à St-Pétersbourg, et à la munificence éclairée duquel les lettres nationales doivent

la première édition de la traduction du drame de Schiller par

M. Mulhauser, de Genève, devint président, à la place de

M. Daguet; M. Suchet remplaça M. Collaud comme secré- taire, el une troisième période commença pour la Société d'Etudes amoindrie, mais non abattue, ni découragée. Le fort de la tempête passé, les professeurs de l’Ecole moyenne ren- trèrent d'ailleurs dans le giron de la communauté qui les reçul avec des démonstrations de joie proportionnées aux regrets que lui avait fait éprouver leur retraite, quelques semaines auparavant.

Dans celte troisième période (du 21 juin 1859 au 5 août 1840), la lecturedes Classiques, en usage déjà dans

les

périodes précédentes, prend une plus grande place dans les travaux de la Société. Clas- siques français et classiques allemands, Gœthe et Montesquieu, Schiller et Hugo captivent tour à tourl’attention de l'assemblée suspendue aux lèvres harmonieuses de son lecteur en titre et président M.

J.-J.-D.

Mauron. Séduits par le charme de ces séances dramatiques, de nouveaux sociétaires paraissent sur la scène el révèlent dans d’intéressants essais leur aptitude à traiter des sujets de politique générale, de philologie et de statistique.

M. Cyprien Ayer retrace à grands traits la situation de l’Amé- rique au moment de sa découverte ; M. Philippe Jungo (instituteur secondaire à Glaris el correspondant de plusieurs journaux , mort en 1855) recueille des matériaux pour une galerie des hommes illustres du canton; M. Genilloud (instituteur à Cugy près d’Esta- vayer) décrit l’œuvre du célèbre législateur des Chiuois, Confucius, et serute la formation des premiers Etats du monde. La couleur de tous ces mémoires était libérale et nationale. Un seul membre faisait exception, et son apologie de l’Inquisition, calquée sur celle

de M. Muistre, essuya une bourrasque qui engagea l'honorable

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honorable à dire pour le vert rejeton qui aYaiL poussé sor le tronc primitif la ociëté d'Etudes, après avoir exprimé ses regret au.'t victi1ue Ùfl e coup d'Elal ùe la manière la plus touclrnnle, déci~a de pour uh·re ses effort pour la culture iotellect1,1elle. Il n'y eut presque de rhangê que 1 s noms. 1\1. l\lauron, :mcien gou- verneur dan la maison du prince Jousoupo[, à t-Pétersbourg, eL à la munificence éclair· e duquel le leLLre nationales doivent la première édilioo de la traduction du drame de Scl1illi:r par

1\1. l\Julhauser, de Genève, devint président, à la place de

M. D.iguet; ~l. Ul'hel remplaça M. Collaud comme ecré- taire, et une troi ième période corn 111ença pour la ocié ù'EtuJc awoiuùrie, mai- non aballue, ni décou1·agée. Le fort Je la tempète pa sé, les prufe eurs de l'Ecole moyenne ren- trèrent d'ailleurs dans le giron ùe la cornmunaulé qui les reçut avec des déU1011 Lratioos de joie proporliounées aux regrets que lui avait fail ép1·ouver leur relnlile, quelques semaines auparayant.

Dans celle Lroi' ièllle période (du 2! juin ~859 au 5 aoûL ,1840), la lecture des Cla . iques, ·ou age déjà dan le p · ri ode précéde11le , preud une plu g1·anclo pla ·e dan les tra,·aux de la ociété. Clas- sirp1es frauçai el da ·i 1trns alle111ands, Gœtue el i\1011le quie4,

~cbillcr el Hugo capli enl tour à tour I alle111io11 de l'a··e111lilée uspcndue aux lèvres barnionieu es de soo lecteur e11 Litre et président Af. J. -J. -0. i\lauron. Séduits par le ·harme de ces

·éance d1·amaliquc , de nouveaux soelaire· parais e11L sur la

s ·è11e el révèlent Jaus ù'inléres aul.i; e· ais leu1· aµLituùe il traiter

de ·ujet de µoliliquc générale, de pbilologit: el de stali tique.

i\l. Cyprien A)•C1' relr;1ce il grantl Lraits la siluation de l'Amé- rî 1uc ilU lllOUlOOL de sa Jécouve1·Le; .\1. Philippe Jungu (i11slil11Leur

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lari el ·urresµonda11l de plu~ieurs jour11aux , mort en !855) recueille des 111aLériaux pour une galerie des hommes illu ·tre du canton; l\l. enilloud (iusLiluleur

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Cugy prè d'E la-

vaycr) ùêcrill' u redu célèbre légi:lateur de Chiuois, Confucius, eL crule la fonnaLion de premier Etals du monde. La ·ouleui· de tou ce mërnoir,s était lih 'rulc el nationale. 11 eul me~1hre foi ail exteptiou, 1 ou :ipol >gie de l'lnqui ·1iou, calqu ·e ur ('elle de )l. Mai ·Lre, es uya une bourrasque qui engagea I bono1·able

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