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MANUSCRIT TROUVÉ À SARAGOSSE

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DESTIN D'UN HOMME ET D'UN LIVRE

LE COMTE JEAN POTOCKI ET

LE MANUSCRIT TROUVÉ À SARAGOSSE

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Jean Potocki, 1761-1815 (portrait de Lampi).

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JEAN POTOCKI

MANUSCRIT

TROUVÉ

À SARAGOSSE

TEXTE ÉTABLI, PRÉSENTÉ ET PRÉFACÉ

PAR ROGER CAILLOIS

nrf

GALLIMARD

Extrait de la publication

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© Éditions GallinmnL 1958.

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NOUVELLE PRÉFACE

PAR ROCKR CAILLOIS

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Issu d'une illustre famille polonaise, contemporain et parfois acteur des plus graves événements, le comte Jean Potocki (1761-1815) acquit de son vivant une bizarre répu- tation d'excentrique et d'érudit. Il monte en ballon avec l'aéronaute Blanchard, exploit de moins de conséquence mais de plus de retentissement que de noter, le premier, le langage secret des princes tcherkesses lors de réunions liturgiques. Il fréquente les salons parisiens les plus avancés et se lie, plus tard, avec les Jacobins. Il fonde une impri- merie libre et se prononce contre la monarchie héréditaire, en même temps qu'il ridiculise les démocrates dans une saynète bouffonne. Il voyage depuis le Maroc jusqu'aux

confins de la Mongolie. Il combat contre les Russes et devient

conseiller privé du tsar Alexandre I". Il est l'un des fonda- teurs de l'archéologie slave et termine, avant de se suicider d'une manière affreuse, un long roman de la plus grande fantaisie qu'il laisse presque entièrement inédit. Il l'a écrit en français, comme toutes ses œuvres d'ailleurs. L'ouvrage demeure pratiquement inconnu. Il en est d'autant plus pillé. Il fait l'objet d'un procès retentissant à Paris. Le manuscrit original est perdu, mais la traduction polonaise, parue en 1847 et plusieurs fois rééditée, devient une sorte de classique dans cette littérature. Elle est alors peu lue, d'ailleurs comme beaucoup de classiques. Plus d'un siècle après, en 1958, à la suite du plus fortuit des hasards,

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MANUSCRITTROUVÉÀSARAOOSSEE

l'œuvre, qui est intitule Manuscrit trouvé à Saragossc, est publier, (la première, partis du moins), dans sa langue ori- ginale. On s 'aperçoit qu'il s'agit pour le style et pour le contenu d'un véritable chef-d'œuvre. La littérature fran- çaise s'en trouve soudain enrichie, comme la littérature

fantastique mondiale, dont ce roman, indépendamment de

ses autres mérites, constitue un des sommets. Il vaut la peine d'examiner de plus près la carrière d'un homme et la destinée d'une œuvre également hors série.

I

Jean Potocki est né le 8 mars 1761. Il fait de solides études secondaires à Genève et à Lausanne. Il voyage en Italie et en Sicile. Il s'intéresse alors aux mathématiques et aux sciences naturelles, mais bientôt c'est l'histoire qui retient son intérêt et qui fixe définitivement sa vocation.

Cependant, il se dévoue quelques années au métier des armes. En 1779, de passage à Malte, il donne la chasse, sur les vaisseaux de l'Ordre, aux pirates barbaresques.

En 1780, commence à paraître l'Histoire de la nation polonaise entreprise par Naruszewicz. Il y manque, faute de sources et de documents, le premier tome, celui qui devrait traiter des origines. Potocki décide de rassembler le matériel nécessaire et de tirer de l'oubli ce passé inconnu, inaccessible peut-être, enseveli en tout cas sous les sédi-

ments confus d'une histoire inextricable. Ce fut un labeur

immense, obstiné, fécond. Cette persévérance aboutit à la publication de plusieurs ouvrages érudits qui sont à l'ori- gine de la préhistoire slave et dont la publication s'éche-

lonne entre 1789 et 1810.

Ses études savantes n'empêchent pas Potocki de céder à son goût des voyages. Il visite l'Italie et la Tunisie, plus

tard la Turquie, la Grèce et l'Egypte, puis l'Illyrie et la Serbie. De 1785 à 1787, il séjourne à Paris, où réside, dans une aile du Palais-Royal, la mère de sa femme, la princesse

Elizabeth Lubomirska, amie de la princesse de Lamballe et dont Marmontel disait qu'elle connaissait mieux la langue française que les trois quarts des membres de l'Institut. A

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PRÉFACE

la fois, il travaille dans les bibliothèques et fréquente le monde. Il discute philosophie dans le salon de Mme Hel- vétius et se lie vraisemblablementavec Volney, dont le pes- simisme et le fatalisme le séduisent également. Il est désor- mais acquis à la philosophie des Lumières et y demeurera fidèle. Il aurait cependant fréquenté la confrérie des Lan- turlerus, qui prône un spiritualisme syncrétique et qui réunit bizarrement le futur tsar Paul I*' et le futur martyr de la Révolution, Lepeletier de Saint-Fargeau. En tout cas, partisan décidé de Diderot, d'Holbach, Helvétius et La Mettrie, il est séduit par les idées progressistes alors en vogue. Il gagne les Pays-Bas en révolte contre le Stathou- der. Il y assiste à l'écrasement des milices bourgeoises par l'armée prussienne. Potocki en conçoit une méfiance tenace à l'égard de la Prusse qu'il tient pour l'incarnation néfaste des forces réactionnaires. Son protégé Klaproth écrira après sa mort

Né en Pologne, le comte Potocki devait dans sa jeunesse, être sectateur de cette liberté, qui est toujours en péril quand on en parle trop. C'était un sentiment honorable chez lui, comme il est chez tous ceux qui ne cherchent pas dans des déclamations libérales un moyen de parvenir. Un voyage qu'il fit en Hollande, en 1787, pendant la révolution contre le Stathouder, et le spec- tacle des fureurs populaires paraissent avoir singulièrement diminué son enthousiasme pour la liberté des peuples et le bonheur qu'elle verse sur le genre humain.

Il est possible que l'âge ait tempéré l'enthousiasme du jeune partisan des idées nouvelles, mais rien ne permet de supposer que son séjour à Amsterdam l'ait fait changer d'opinion. Il rentre précipitamment en Pologne afin de se faire élire à la Grande Diète comme député de Posnanie, province qu'il choisit parce que sa famille n'y possède pas de domaines. Il n'entend devoir son élection qu'à sa seule valeur. En fait, seuls les nobles ont droit de vote et le nom

de Potocki est illustre dans tout le pays.

Il dénonce le danger prussien et adresse au roi Stanislas- Auguste un mémoire où il souligne l'importance des fron- tières occidentales et la nécessité d'y monter une garde vigi- lante. Il se prononce en faveur d'un impôt volontaire des-

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MANUSCRIT TIIOUVÉ À SARAGOSSE

tiné à accroître les forces armées du pays et y consacre le cinquième de ses revenus personnels.

En même temps, à la Diète, il demande l'abolition du servage et la participation du Tiers-Etat. Il fait partie de

la Commission de l'Education nationale on lui attribue

l'enseignement obligatoire de l'histoire de l'Orient, même dans l'enseignement primaire. Il installe chez lui une Imprimerie libre (Wolny Drukarnia) où il édite des bro- chures libérales, anticléricales, révolutionnaires. Il prépare, sans toutefois le publier, une sorte de manuel de la guerre clandestine destiné aux francs-tireurs et partisans. Il des- sine même leur futur uniforme, qu'il revêt à l'occasion. Il donne comme titre à l'opuscule la formule du senatus- consulte qui, à Rome, intronisait les dictateurs « Ne quid detrimenti respitblica capiat. »

En 1789, sur les presses de cette même Imprimerie libre, il réimprime également son Voyage en Turquie et en Egypte fait en l'année 1784, déjà publié à Paris en 1788, puis les deux volumes de son Essai sur l'Histoire universelle et

Recherches sur la Sarmatie.

Un exploit l'a rendu célèbre. En juillet 1788, Stanislas- Auguste a invité à Varsovie l'aéronaute Jean-Pierre-Fran- çois Blanchard. Ces premières ascensions sont fort dange- reuses. Pilâtre du Rozier a été brûlé vif avec son passager en 1784. Mais l'Europe entière se passionne pour ces pre- mières tentatives de conquête du ciel. Blanchard a ajouté à la nacelle de son ballon des voilures mobiles et une hélice verticale. Potocki y prend place avec un serviteur turc qui tient à l'y suivre, et un caniche. Le ballon tient l'air une

heure environ, puis atterrit à Wola, non loin de Varsovie.

Potocki avait eu le temps de faire des observations sur les vents. Des cavaliers vinrent chercher les aéronautes pour les ramener en triomphe à la capitale. Le roi fit frapper à

l'Hôtel des Monnaies une médaille commémorative. Potocki est le héros du jour.

En 1791, il se rend au Maroc et en Espagne. Il s'est trouvé retenu à Tanger, que bombarde une escadre espagnole en représailles d'une incursion barbaresque sur les côtes d'Andalousie. Le sultan Moulay-Yésid l'avait reçu en même

temps que l'ambassadeur de Suède. Potocki s'intéresse éga-

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PRÉFACE

lement aux mœurs de la rue et aux intrigues de la Cour.

Il note chaque détail, examine leur raison d'être et leurs conséquences.

A son retour, il passe par la France. Le prince Alexandre Lubomirski l'introduit au club des Jacobins, où il prend la parole. On acclame le « citoyen-comte », qui apporte le

salut des peuples émancipés aux révolutionnaires parisiens.

Il est reçu par Condorcet et par La Fayette. Il se lie avec Talma. Il assiste à plusieurs séances de l'Assemblée légis- lative. Dans l'ensemble, il apparaît cette fois comme un témoin tour à tour enthousiaste et inquiet du développe- ment d'une transformation qu'il appelait de ses vœux quel- ques années auparavant. Il rentre en Pologne accompagné d'un ancien combattant de la guerre d'Indépendance amé- ricaine, nommé Mazzeï, agent à Paris de Stanislas-Auguste et qui fut vite réputé agent, en Pologne, des clubs pari-

siens.

De nouveau dans sa patrie et pendant qu'on imprime une partie de ses souvenirs et réflexions sous le titre de Voyage dans l'empire du Maroc, volume comme presque tous ses ouvrages tirés à cent exemplaires seulement, Potocki par- ticipe en qualité de capitaine "du génie, sous les ordres de son frère Séverin, à une campagne malheureuse contre la confédération de Targowice, suscitée et appuyée par la Russie. Cette campagne dura deux mois. Il écrit à Stanis- las-Auguste que ces brefs combats ne furent guère qu'un

« hommage rendu aux lois de l'honneur militaire ». En août 1792, il retrouve sa femme au château de Lancut, chez la princesse Lubomirska. Le château est plein d'émi- grés français auxquels se joindra bientôt l'évêque de Laon, Louis-Hector de Sabran. Ce sont fêtes, jeux et réceptions ininterrompues, promenades en gondole, bals et représen- tations théâtrales où hôtes et invités se partagent la distri- bution. On supplie Jean Potocki de renouveler le répertoire.

Se rappelant les spectacles dont il fut témoin en Italie et qui y continuent la tradition de la Commedia dell'arte, il écrit (en français, il va de soi) six canevas ou « parades » qu'il qualifie lui-même d'extravagances dramatiques et où il montre une verve bouffonne d'un ton étrangement moderne. L'une d'elles est une parodie quelque peu grivoise

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MANUSCRIT TllOUVÉ À SARAGOSSE

du théâtre que Mme de Genlis avait naguère composé pour le divertissement et l'édification des jeunes filles de qualité.

Une autre, Cassandre démocrate, moque la phraséologie des orateurs révolutionnaires qui semblent avoir déçu Potocki, lors de son second séjour à Paris. L'année suivante, en 1793, il publie et dédie ces Parades à sa belle-sœur, née princesse Sapieha, qui en avait interprété les principaux

rôles. Ces représentations ont eu beaucoup de succès. Le

prince Henri de Prusse demande à l'auteur d'écrire une pièce pour la troupe française qu'il entretenait à sa rési- dence de Rheinsberg. Potocki compose une « comédie mêlée d'ariettes, en deux actes et en vers », les Bohémiens d'Andalousie (1794). Elle n'ajoute rien à sa gloire.

Il n'y a là qu'amusettes et intermèdes sans conséquence qui le distraient à peine de ses travaux scientifiques. L'an- née suivante, Potocki publie à Hambourg le Voyage dans quelques Parties de la Basse-Saxe pour la Recherche des Antiquités slaves ou vendes, fait en 1794 par le comte Jean

Potocki. A Vienne, en 1796, il donne un Mémoire sur un nouveau Péryple (sic) dit Pont-Euxin, ainsi que sur la plus ancienne Histoire des Peuples du Taurus, du Caucase et de la Scythie. La même année, à Brunswick, en quatre volu- mes, il édite des Fragments historiques et géographiques sur la Scythie, la Sarmatie et les Slaves.

En 1797 et 1798, il voyage en Ukraine et dans le Caucase pour y rassembler sur place la documentation dont il a besoin pour son grand ouvrage. Celui-ci paraît en 1702, à Saint-Pétersbourg. C'est, dédiée à Alexandre I", une His- toire primitive des Peuples de la Russie, avec une exposi- tion complète de toutes les Notions locales, nationales et traditionnelles nécessaires à l'Intelligence du quatrième Livre. Le titre dit bien le propos essentiel de l'auteur qui est d'expliquer le présent par le passé et réciproquement.

A la fois ethnographe, archéologue, géographe, philologue, Potocki compare la langue, les mœurs, les institutions des peuples qu'il a sous les yeux avec les données qu'il trouve

dans les écrivains de l'antiquité. Il a une mémoire surpre-

nante. Témoin d'un usage étrange, il l'identifie aussitôt à telle coutume dont il a lu la description chez quelque auteur grec ou latin. Je donnerai un exemple d'une méthode qui

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PRÉFACE

devait par la suite, rendre tant de service aux historiens des religions

Vers les premiers jours de septembre, chaque prince tcherkesse quitte sa maison, se retire sur quelque montagne ou dans le fond d'une forêt, et il y bâtit une hutte de branchages. Ses gentils- hommes afftdés le suivent; mais personne de la famille n'ose en approcher, pas même un frère. Là, tout le monde est masqué;

c'est-à-dire qu'on a le visage voilé et qu'on ne parle point tcher- kesse, mais un certain jargon qui s'appelle chakobza. Là se ren- dent les amis secrets du prince qui ont volé et rapiné avec -lui, de quelque nation qu'ils soient, Misdjéghi, Ossète, etc. ils viennent aussi masqués, par la raison qu'ils pourraient rencontrer des gens avec lesquels ils seraient en rapport de vengeance et qui les assas- sineraient. Le prince seul les connaît tous, et il est le centre de tous les mystères. Cette mascarade dure six semaines, pendant les- quelles des petites bandes de masques se détachent pour aller voler dans les environs, et comme tout le monde est sur ses gardes, il y a nombre de tués et blessés, et même des princes, parce qu'ils ne se nomment point, sans quoi on les épargnerait. Je sais déjà plusieurs mots du jargon chakobza, et je compte compléter mon dictionnaire à Géorgievsk, où l'olt m'a indiqué quelqu'un qui en a la clef. Dans le dialogue de Lucien, intitulé les Scythes, ou de l'Amitié, il y a des choses qui ont un rapport évident avec cet usage tcherkesse et je suis bien fâché de n'avoir point mon Lucien

avec moi 1.

Quels que soient leurs mérites, les ouvrages de Potocki ne rencontrent pas le succès escompté. L'originalité en est méconnue et on feint de ne voir en lui qu'un grand seigneur touche-à-tout, égaré par caprice dans l'érudition. Son tra- vail sur les antiquités slaves est refusé comme tome pre- mier de l'oeuvre de Naruszewicz. L'Histoire primitive est très vivement critiquée et Potocki n'entre pas pour le moment à l'Académie impériale des sciences, comme il en nourrissait l'espoir et l'ambition. Toutefois Alexandre I"

le nomme conseiller privé et le décore de l'ordre de St. Wla- dimir faible et paradoxale consolation pour un homme qui a sacrifié à l'étude la carrière et les honneurs auxquels

le destinaient sa naissance et ses talents.

i. Voyage dans les Sieps (sic) d'Astrakhan et du Caucase, etc., éditA par Klaproth, Paris, 1829, pp. 168-169.

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MANUSCRIT TROUVÉ À SARAGOSSE

En 1803, Potocki se rend en Italie où il séjourne jusqu'au printemps de l'année suivante. Il se consacre alors à déter- miner la chronologie de l'Orient antique, cherchant à éta- blir des correspondances entre les dates de l'histoire de l'Egypte, de la Bible, de l'histoire de l'Assyrie et de la plus ancienne histoire grecque. A Rome, il entre en rela- tion avec le cardinal Borgia et avec l'égyptologue Jean Zoega, consul général de Danemark.

En 1804, Potocki publie à Pétersbourg un ouvrage sur la Crimée, Ilistoire ancienne du Gouvernement de Kherson, puis l'année suivante, une Histoire ancienne du Gouver- nement de Podolie et une Chronologie des deux premiers Livres de Manethon'. Il désire étendre ses tableaux synop- tiques à l'Extrême-Orient, en particulier à la Chine. Grâce à l'influence du prince Adam Czartoryski, ministre des Affaires étrangères du Tsar, il est nommé à la tête de la mission scientifique adjointe à l'ambassade du comte Golov- kine. Partie en mai 1805, l'expédition ne réussit pas à par- venir à Pékin. Elle ne dépasse qu'à peine les frontières de

la Chine.

A l'origine, elle devait compter 240 personnes. Les Chi- nois, qui avaient voulu limiter à 90 le nombre des parti- cipants, en acceptent à la fin 124. Ils imaginent recevoir des vassaux et demandent les neuf génuflexions de rigueur devant le Fils du Ciel. Après de longues et tortueuses négo- ciations, l'Ambassade franchit enfin la frontière de Mongolie le 18 décembre, et par 28° de froid, se dirige vers Ourga, actuellement Oulan-Bator. Le thé gèle dans les tasses et les feux d'artifices ne réchauffent personne. Les querelles d'étiquette recommencent. Le Préfet chinois, qui devait escorter les Russes jusqu'à Pékin, demande à Golovkine de se découvrir devant les flambeaux qui représentent l'Empe- reur et ne reçoit les présents qu'on lui offre que comme le tribut d'un peuple soumis. La rupture ne tarde pas à se produire. Les Chinois renvoient aux Russes leurs cadeaux

avec une lettre insolente. Les Russes refusent de les

reprendre et les jettent hors du camp. Après onze jours

a. Il avait déjà publié, sur le même sujet, un premier mémoire intitulé Dynasties du second Livre de Manethon (Florence, i8o3).

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Extrait de la publication

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