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Pourquoi Souffrir Roman

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Academic year: 2022

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Pourquoi Souffrir

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BERTHE DIDONE

Pourquoi Souffrir Roman

LES LIVRES NOUVEAUX 5 6 , R u e d e l ' U n i v e r s i t é , 5 6

PARIS

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TOUS DROITS DE REPRODUCTION RÉSERVÉS

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DEUX AMANTS

— Alors, chérie, tu ne restes pas avec moi ce soir ? Ton mari revient pour le dîner ?

— Oui, Claude, c'est le moins qu'il puisse faire, d'être à l'heure pour le repas, il n'y a que cela qui presse son retour. Ce n'est déjà pas très gai pour une jeune mariée d'avoir un mari qui n'aime pas son foyer ; moi qui ai horreur de la solitude.

— Je suis là, tu l'oublies. Tu peux fort bien, en l'absence de ton mari, venir me voir ; j'en suis si heureux.

Sur ces derniers mots, Claire Dubois secoua sa belle tête brune en manière de protestation.

— Je ne peux pas venir ici tous les jours, les gens sont si méchants et mon mari si ja- loux. Oh ! quand j'y pense, j'ai si peur !

— Voyons, ne te fais pas de crainte, per- sonne n'a la clef de la maison que moi-même

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et de plus il ne pourrait se douter que tu viens souvent chez moi.

— Oui ! une parole peut tout lui révéler, alors, pense à nos belles promenades dans ces lieux propices, à nos tendres rêveries, à tes égarements amoureux, enfin tout, mon grand ! Elle l'entoura de ses bras frais et murmura :

— Je ne suis heureuse que près de toi et j'ai bien peur qu'un jour je ne puisse plus te voir. Ce serait atroce !

Puis, ayant jeté un coup d'œil à sa montre- bracelet, elle s'écria :

— Déjà six heures. Oh ! mon chéri, vite que je parte, je vais être en retard. Mon mari sera déjà rentré, cela fera encore une scène de plus.

Il l'aida à remettre son manteau, puis après une folle étreinte, rapidement elle le quitta.

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LA RENCONTRE

Six mois plus tôt avait eu lieu le mariage de Claire Dubois avec Georges Durieux, jeune ingénieur à peine dans l'exercice de ses fonc- tions. Georges était un garçon très sérieux, trop sérieux même, fuyant le monde. Grand, un visage allongé où brillaient deux yeux bleus, les cheveux à la couleur indéfinissable, faisaient de ce garçon une personne pas mal du tout. Claire et son mari offraient un vivant contraste ; elle, une belle poupée de dix-neuf printemps, possédant des cheveux et des yeux bruns merveilleux, aimant la vie et ses joies.

Elle aimait la danse, tout ce qui fait rire. Elle avait cru faire un mariage d'amour, mais au bout d'un mois, elle s'était aperçue qu'ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre ; ils n'avaient pas les mêmes goûts, elle aimait être bercée, chérie, pour ajouter à ses sentiments

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amoureux. Elle avait également de l'admira- tion pour les arts, le beau, l'élégance. Lui, son mari, ne s'occupait que de son travail, de fa- çon que celui-ci ne lui donnait qu'un moment de loisir pour le dîner. A ce tête-à-tête on ne voyait pas les tendres attouchements de deux jeunes époux : point de rire, ni de baiser en- tre deux plats, rien ! Ce dernier terminé, il la quittait ne l'embrassant que du bout des lèvres, ne se préoccupant ni de ses goûts ni de ses aspirations.

Les jours d'ennui, elle lui demandait la dis- traction d'une promenade, ou une soirée de théâtre, mais le mari répondait brutalement.

Lorsqu'elle se faisait câline et qu'elle lui disait :

— Georges, m'aimes-tu ?

Il ne resserrait pas l'étreinte et répondait :

— Mais bien sûr que je t'aime !

Oui, il l'aimait, mais à sa façon, c'est-à- dire indifféremment alors qu'elle ne rêvait que d'amour passionné et cette jeune femme droite, honnête, se vit peu à peu délaissée. Et un soir que plus désabusée que de coutume, regrettant d'avoir uni sa vie sans songer que l'amour qu'elle avait pour son mari n'aurait pas été plus fort que son indifférence à lui, un soir que son pauvre cœur avait besoin d'amour, elle fit la connaissance de Claude Leemans. Celui-ci, beau garçon, mince, brun de visage, à la voix caressante, âgé de vingt- huit ans, avait fait sur Claire une profonde impression. Ce soir-là, plus désemparée que d'habitude, la jeune femme était sortie. Claire

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marchait doucement, toute à ses idées som- bres ; elle ne s'aperçut pas qu'elle venait de perdre un gant. Claude qui la suivait et qui ne quittait pas des yeux la gracieuse silhouette, le ramassa et le remit à sa propriétaire. Ses yeux, malgré tout, s'attachèrent sur ceux de sa compagne et il aperçut deux larmes scintil- ler aux bords des grands yeux sombres. Il s'excusa, puis hasarda :

— Madame, excusez l'indiscret que je suis, mais je vois que vous avez du chagrin. Quel- qu'un ferait-il pleurer ces beaux yeux-là ?

— Je n'ai rien, Monsieur, rien qu'une forte déception.

— Pourrais-je vous offrir quelque chose ? Comme elle le regardait en hésitant, il ex- pliqua :

— En bon camarade, acceptez-vous ?

— Oui, dit-elle tout bas.

Il l'emmena dans un chic restaurant, à l'abri des indiscrets, lui prenant la main, doucement il demanda :

— Petite fille déjà mariée, et déjà éprouver des remords ?

Les larmes perlèrent à ses longs cils.

— Il y a six mois que je suis mariée, mais nous ne nous entendons pas ; mon mari est toujours au travail, il me néglige. Jamais une douce parole, jamais un baiser fougueux, pour apaiser ses sens il me prend brutalement ; l'espace d'une seconde je crois qu'il m'aime, mais lorsque c'est fini il redevient le même.

Il hocha la tête.

— Bien sot celui qui ne sait garder un tré-

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sor tel que vous ; si c'était moi, je saurais vous aimer !

— C'est la vie, dit-elle. Jamais on ne ren- contre son idéal.

— Si, on le rencontre, mais parfois trop tard.

Elle releva la tête et le regarda franche- ment.

Il demanda timidement :

— Pourrais-je vous revoir ?

— Non, je ne veux pas.

— Mais si, voyons comme deux camarades, voulez-vous demain à la même heure. Si vous avez de la peine, vous me la confierez et je vous consolerai.

— Non, Monsieur, je suis mariée, je ne vous reverrai jamais !

— Mais nous ne faisons rien de mal, aussi je vous attendrai demain.

Elle secoua sa tête et répliqua :

— Je ne viendrai pas.

Il se leva et la retint.

— Votre nom ?... le mien c'est Claude.

Emmitouflée dans son manteau de fourrure elle répondit :

— Claire.

Puis confuse, elle s'enfuit.

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