Séminaire Schützenberger
C LAUDE L ENORMAND
Opérateurs sur les polynômes non commutatifs définitions et notations
Séminaire Schützenberger, tome 1 (1969-1970), exp. n
o3, p. 1-9
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OPERATEURS SUR LES POLYNOMES NON COMMUTATIFS DEFINITIONS ET NOTATIONS
Claude LENORMAND
I.
POlyn8mes
et séries sur un monoïdeDans tout le
texte,
p la lettre Adésignera
un anneauunitaire ; l’élément unité
de A sera noté
1 ,
et le zéro sera noté 0 . On supposera que A contient l’en- semble des entiersalgébriques.
Définition 1. - Etant
donnés
un monoïde M et un anneau unitaireA ,
le A-module S =
AM
desapplications
de M dans A estl’espace
desséries
surM ,
àcoefficients dans A .
On
appelle support
d’une série lesupport
del’application
de M dansA que la
série représente~
t c’est-à-dire l’ensemble deséléments
m E M tels que 0 .Définition 2. - Le A-module P = des
applications
de M dansA ,
dont lesupport
estfini,
estl’espace
despolynômes
surM ,
à coefficients dans A.Le A-module P est un sous-module du A-module
S,
et M est une base de P . Une série sera ditecaractéristique
d’unepartie
M’ de si l’on as(m)
= 1 pour m EM’ ,
y ets(m)
= 0lorsque
m E M - M’ .Toute
partie
FI’ de M seraassimilée
à sa sériecaractéristique,
à commencerpar M lui-même
(les
éléments de M sont alorsappelés
les mon8mes deP ).
Définition
3. -
Onappellera
formefondamentale, Inapplication
bilinéaire de P x S dans A définie par(m , m ’ ) =
1lorsque
m =m’,
et(mym’)==0
lorsque m’ ,
en notant(f , g) l’image
par la forme fondamentale ducouple
(f , g)
EP x S . ’Ceci
permet
notammentd’orthogonaliser
toute suite libre depolynômes.
Mais, surtout,
cette forme bilinéairepermet
deconsidérer
les modules S et Pcomme duaux.
Toute série s ~ S s’écrira alors
3-02
et toute forme sur P est assimilée à une telle série
(par exemple,
e étantl’é- lément
unité de et p E P unpolynôme, (p , e)
est ce que l’onappelle
leterme constant du
polynôme
p y et(p
yX*)
la somme des coefficients duditpoly-
Définition 40 - On
appelle opérateur
de P(resp. S ) ,
toutendomorphisme
dumodule P
(resp. S ).
Pour tout
opérateur O,
on notera sonimage,
et Ker O son noyau.Définition 5. -
L’opérateur
dual d’unopérateur
w de P est 1’opérateur
de Sque nous noterons y défini par
pour tout
couple (f, g)
E P x S .Une
algèbre
sur un module 2.1 est définie par uneapplication bilinéaire
de M x J[dans M ,
que nous noteronsmultiplicativement.
Ainsi,
l’ensemble desopérateurs
de P(resp. S )
constitue unA-module,
que l’on munitcanoniquement
d’une structured’algèbre
dont leproduit
n’est autre que lacomposition
desapplications.
De
façon générale,
notonsfg
leproduit
de deuxéléments
f et g d’unealgè-
bre.
Une
dérivation 0
est unopérateur
satisfaisant àf~g
+Pour tout élément
f ,
d’un module muni d’une structured’algèbre,
nous noteronsexp f l’élément
Z
etloger
+f)
l’élément -Z (- l)i
nE~
lorsque
cela a un sens, I notant l’élément unité del’algèbre. Lorsque
f et gcommutent 9
on aexp(f
+g)
= exp f exp g ; 9enfin,
si est unedérivation,
et sif commute
avec Of
y on a Q exp f = Of exp f .II.
Algèbres
sur un monoide libre .Etant donné un ensemble X
fini,
y nous noterons le monoïde libreengendré
par
X,
y c’est-à-dire l’ensemble des suites finiesd’éléments
deX,
muni de lacomposition
des suites finies par concaténation.Une suite finie d’éléments de
X,
ou mot m = ... surl’alpha-
bet
X ,
seraéventuellement
notéemultiplicativement
m =x1
’-x2
" ...x =
n ,03A0
ie n
1..clu.
Le mot m
apparaît
ainsi commereprésentatif
del’application
de[n]
dansX,
telle queà(1) = x, i
pour toutDe
fait,
les constructionsqui
suiventpourraient
êtreprésentées
demanière
ca-tégorielle,
en utilisant les notations d’EILENBERG et WRIGHT[2J8
Nous noterons e l’élément neutre de
X’~ ,
y et mm’ t lacomposition
des mots met m’ .
Dans la
suite, ~~’
estpris
pour monoïde M .Nous
considérerons,
surP ,
les troisalgèbres
deHadamard, Cauchy,
etHurwitz,
9ainsi définies : ô
Définition 6. -
L’algèbre
deCauchy
sur P est définie parl’application
bili-néaire b de P x P dans
P,
telle que= m’m ,
pour tout
couple (m’ y m)
d’élémentsde X,
leproduit
m’m étant celui deX*.
On notera
fg
ouf . g
leproduit
non commutatif de deuxpolyn8mes
dansl’algè-
bre de
Cauchy ;
nous utiliserons les deuxnotations, ainsi,
si w est unopérateur,
wfg
serainterprété
commew(fg) ,
etwf.g
comme(wf)g.
Le crochet de Lie[f y g]
sera relatif àl’algèbre
deCauchy,
et l’on noterafn
lapuissance
n-ième de f dans
l’algèbre
deCauchy.
Nous utiliserons aussi le crochet de Lie[w ,
pour deuxopérateurs
w, y w’ .Il est clair que
l’application bilinéaire,
définissantl’algèbre
deCauchy
surP ,
s’étend en uneapplication
bilinéaire de S x S dansS,
etl’algèbre
deCauchy
est définie sur S .L’algèbre
deCauchy
admet unanti-isomorphisme déterminé
paret à tout
opérateur %1 correspond l’opérateur
~w~ yconjugué
de w par - .Par
ailleurs,
lemorphisme d’algèbre
tel que x pour tout xEX,
yest
appelé
involutionprincipale
del’algèbre
deCauchy
de P .Lorsque
l’onparlera
del’opérateur conjugué
del’opérateur
w ~ sans autrepré- cision,
ils’agira
del’opérateur conjugué
de w par l’involutionprinci- pale.
L’algèbre
deCauchy peut
être définie surl’espace
despolynômes
de toutmonoïde,
3-04
et sur
l’espace
des séries de tout monoïde M à factorisationfinie,
c’est-à-dire tel que tout élément m e Mpuisse
s ’écrire d’un nombre fini defaçons
sous laforme m =
m ’m",
m’et m" étant deuxéléments
de M . Dans ce cas, est lasérie
de Möbius du monoïde(cf. [l])y
et la série de Möbius duproduit
directdes deux monoïdes est le
produit
tensoriel des séries de Möbius.Définition 7. -
L’algèbre
de Hurwitz sur P =Z (x*) peut
être définie parl’ap- plication bilinéaire
b de P x P dansP ,
y définie par récurrence sur la base de P parpour tout
couple (m y m’)
d’éléments deX,
et toutcouple (x y y) d’éléments
de
X ,
é t ant donné queb(e , m)
=m .Il est
immédiat
que ceproduit
estcommutatif,
etl’ application
b ainsi définies’étend en un
produit
commutatif sur S.On notera f w g le
produit
de Hurwitz de deuxséries,
etf
lapuissance
n-ième de la série f pour ce
produit.
Remarque
1. - Si l’on assimile toutepartie
deX*
ou X à sa série caractéris-tique,
on aX*
= en notantXn
lepolynôme puissance
n-ième dupolynôme
nEN
caractéristique
deX ;
la sérieX’~
est inverse de e - X dansl’algèbre
deCauchy.
Par
ailleurs,
X wXn
= + X.X wr-1 ,
, soit finalement X (DXn
=(n
+1)Xn+1 ,
et
X~- ==
nZXn ;
la série~
nJXn
est ainsi inverse dee - X
pour leproduit
n~l~
de Hurwitz
(ceci
a un sens, même si X estinfini).
Remar ue
2. - Voici uneimportante propriété
duproduit
deHurwitz ;
soit X et Y deuxalphabets disjoints,
et X + Y leur union(on
réservera la notation X +Y
au c as
XnY==~ ) ;
on ace
qui
résulte decomme cela
s’établit immédiatement
par récurrence sur 1 ~ entier n Enparticulier,
on aHurwitz,
par pour toutcouple (m ,
ments de
X ,
et 03C3x = x pour X .Ce
morphisme d’algèbre
est unisomorphisme, lorsque l’alphabet
X estréduit
àune
lettre,
et seulement dans ce cas.Notons alors exp X la série
en
supposant
que l’anneau A contientl’anneau Q
des nombres rationnelso En ver-tu de la remarque 1
ci-dessus,
y on aRemarque
4. -Soient S
le sous-module desséries s e S ,
y telles que(s , e)=0 y p
labijection
~?eS~
surS~ ,
définie paret i l’involution telle que
On a alors
mais 03B2
n’est paslinéaire,
et ce n’est pas unopérateur.
Par
ailleurs,
p labijection
des
surs
y définie parpour tout s E admet pour inverse la
bijection
Définition 8. -
L ’algèbre
de Hadamard sur P est définie parl’application
bili-néaire b ainsi définie sur la base
X*
de P :où 0 est la série dont tous les coefficients sont nuls.
3-06
Le
produit
de Hadamard s’étend en unproduit
deS
y et ceproduit
estévidemment
commutatif.
On notera f H g le
produit
de Hadamard des séries f et g .Il est clair que le
produit
de Hadamardpeut
êtredéfini, quel
que soit le monoi- de Mconsidéré,
etquel
que soit l’anneau unitaire A .Toute
dérivation 0
duproduit
de Hadamard satisfait àce
qui
entraîneExcepté
sur un anneau decaractéristique 2,
y leproduit
de Hadamard n’admet que ladérivation
triviale Om = 0 pour tout m FIII.
Quelques opérateurs
essentielsModule des dérivations. - Toute dérivation 0 de
l’algèbre
deCauchy
de P s’é-tend en une dérivation de
S ;
parcontre,
y toute dérivation de S n’est pas unedérivation
de P . Toute dérivation de P ou S estdéterminée
par son action surles
éléments
de X .Ainsi,
pour définir une dérivation de P(resp. S),
il suffit de se donner uneapplication
de X dans P(resp. S ~ ,
A tout
élément
x~ X y
associons la dérivationpartielle Dx
définie parD x y =
L’ensemble des dérivations de P
(resp. S )
est donc un P-module(resp.
S-module) ,
dont une base est constituée par l’ensemble des dérivationspartielles D , lorsque
xparcourt
X .On notera
ax
la dérivationqui
s’écritxDx
dans le module desdérivations,
ettelle que
3
y =(x , y)x
pour tout y e X ..Nous noterons D
= l D
la dérivationtotale,
et c’est de Dqu’il s’agira lorsque
l’onparlera
del’opérateur
dedérivation,
sans autreprécision ;
on aDx =
quel
que soit x EX.On notera 9
= 03A3 ~x ,
la dérivation satisfaisant à xquel
que soit x ~ X .des libres
monogènes engendrés
par leséléments
deX, et y l’homomorphisme
cano-nique
deX"
sur M tel que yx = x(1 ’élément
x estconsidéré,
àgauche
decette dernière relation comme élément de
X ,
et à droite commeélément
deM )
etSoient
p ~
leprojecteur
de M sur(x) y
etl’isomorphisme
de~~
sur
~ ; Inapplication ~x ~ (p
o faitcorrespondre
à tout mot son de-gré partiel
en x, y et l’on a aussi 9x
m =
(X
x
m).m .
On noterale
degré (total)
de tout mot m E c ’est-à-direl’image
de m par l’homomor-phisme 03C8
de Mdans N
tel que 03C8x = 1 pour tout x e X . On a 3m =On notera P
n le sous-module des
polynômes homogènes
dedegré
n , et éventuel- lement Wn la restriction d’un
opérateur
W à P n sainsi.
Dn est une
applica-
tion de
P
dansP , .
Séries comme opérateurs. -
A tout mot m ~ X sont associés lesopérateurs
sui-vants,
que nous définirons sur la base de P :( 1 )
L’opérateur & qui,
à tout mot m’ eX* ,
faitcorrespondre
le motmm ’ ;
mais aussi
l’opérateur qui,
au motm’ ,
faitcorrespondre
le mot m’m : c’est làl’extension à
l’algèbre
deX
desreprésentations régulières
deX ~
sim =
m. m~
...m
est ladécomposition
est leproduit
m. ~~
...à ;
ledual
deS ~
estdéfinie
parsi m" =
xm’ ,
et 0dans
tout autre cas :l’opérateur x
satisfait donc àA At At
Notons alors X
l’opérateur 03A3 ;
9l’opérateur
dualX = l x
satisfait à~ t + .
XEX At xEX
X
xm = m pour tout m EX’
et tout xE X
etX
e = 0 .Considérons
l’opérateur X
tel queX’
fi ==X
m :l’opérateur
dualXiI>
est tel pour tout mot m it-X
m est lepolynôme caractéristique
des3-08
facteurs droits de m °
l’opérateur ~*t~, conjugué
parl’anti-isomorphisme ~ ,
f ait alors
correspondre
à tout mot lepolynôme caractéristique
de ses f acteurs gau-ches
( e
et minclus) ;
gfinalement
y lepolynôme i*t ~3‘t
m est lepolynôme
des f acteurs de m .
(2) L’opérateur associé
à mqui,
à tout mot m’ EX* ,
faitcorrespondre
lepolynôme
m w m’ . Enparticulier,
à tout x on associe ainsil’opérateur
dual de la dérivation
parti elle D :
PROPOSITION. -
L’opérateur
de dérivationpartielle D
admet pouropérateur
duall’opérateur Dt
tel queDt
m = m ru x .x
Démonstration. -
Soient uncouple (m
ym’)
d’éléments deX,
et uncouple
(y y z) d’éléments
deX ;
9 on a alors(démonstration
par récurrence sur lesdegrés)
Or,
et,
en vertu del’hypothèse
derécurrence,
donc
Par
ailleurs,
et finalement
soit
ce que l’on voulait
précisément
établiro Parailleurs,
il est exact que(3)
A tout mot m EX~~ correspond l’opérateur qui,
à tout mot m’ asso-cie m H
m’ ;
° cetopérateur,
d’unepart
estidempotent (c’est
unprojecteur) ,
d’au-tre
part
est son propre dual : eneffet,
on a d’unepart,
et d’autre
part,
yDe
manière générale,
toutopérateur
w deP ,
dont la restriction àX
estune
permutation
de X :(a) peut
êtreétendu
en unopérateur
deS,
(b)
est tel quew = w
BIBLIOGRAPHIE
[1]
CARTIER(P.)
et FOATA(D.). -
Problèmes combinatoires de commutation et ré-arrangements. - Berlin, Springer-Verlag, 1969 (Lecture
Notes inMathematics,
85).
[2]
EILENBERG(S.)
and WRIGHT(J. B.). -
Automata ingeneral algebras,
Information andControl,
t.11, 1967,
p.452-470.
(Texte
reçu le 1erdécembre 1970)
Claude LENORMAND 70 avenue de Verdun