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“ Pour lui aider à soustenir son estat ” : alliances, fiefs,
réseaux, clientèles et partis dans l’ancienne noblesse
d’Île-de-France de Philippe Auguste à Charles VII
(1180-1437)
Laurent Nabias
To cite this version:
Laurent Nabias. “ Pour lui aider à soustenir son estat ” : alliances, fiefs, réseaux, clientèles et partis dans l’ancienne noblesse d’Île-de-France de Philippe Auguste à Charles VII (1180-1437). Histoire. Université de Nanterre, 2016. Français. �NNT : 2016PA100170�. �tel-02880019�
ED 395 : École doctorale Milieux, cultures et
sociétés du passé et du présent
EA 1587 - Centre d'Histoire Sociale et Culturelle de l'Occident (XIIIe-XVIIIe siècles)
Laurent N
ABIAS
« Pour lui aider à soustenir son estat ». Alliances, fiefs, réseaux,
clientèles et partis dans l’ancienne noblesse d’Île-de-France de
Philippe Auguste à Charles VII (1180-1437)
Volume I
Thèse présentée et soutenue publiquement le 14 octobre 2016
en vue de l’obtention du doctorat en histoire et archéologie des mondes médiévaux de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense
sous la direction de M. Franck COLLARD
Membres du jury :
Président : M. Jean-Philippe GENET,professeur émérite à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne
Rapporteur : M. Guido CASTELNUOVO,professeur à l’Université d'Avignon et des pays de Vaucluse
Rapporteur : M. Laurent HABLOT,directeur de recherche à l’École Pratique des Hautes Études
Directeur de la recherche : M. Franck COLLARD, professeur, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Figure 1 : Terrier de la châtellenie de Trie commencé en 1384. Fonds de la châtellenie de Trie (Archives départementales de l’Oise, 1 Ep 33/31. Photographie S. Vermeiren).
Registre de 123 folios de papier numérotés. Reliure en peau de loup sur ais de bois. Dimensions : H.29 ; L.21 ; Ep. 6,5 cm1.
1
Bruno RICARD et Stéphane VERMEIREN, Scripturae : trésors médiévaux des Archives de l’Oise, Beauvais, Archives départementales de l’Oise, 2011, p. 120-123.
Dédicaces
Je dédie cette thèse à mon directeur de recherche M. le professeur Franck Collard, qui a su croire en moi dès le début de mes premières recherches en master d’histoire en 2007, et qui, au fil de toutes ces années, a su assurer le suivi et m’a donné les conseils nécessaires pour rester dans la bonne voie, alors que l’attraction vers des chemins de traverse était grande.
Je dédie aussi ce travail de recherche à ma famille, à mes amis, à Nathalie qui m’a toujours soutenu et à Alexandre, compagnon d’armes et héraut de mes aventures
REMERCIEMENTS
En 1997, jeune ingénieur en optronique2, j’arrêtais un travail de thèse en astrophysique instrumentale à Grenoble. J’avais fait une erreur sur le choix du sujet et sur l’adhésion à un projet trop instrumental à mon goût et pas assez théorique. Je devais tourner la page. Il suffisait pour cela de changer d’échelle d’étude, passer des fractales de Mendelbrot3
et de l’étude des origines du big bang à celle d’une histoire plus rapprochée, celle du Moyen Âge, mon autre centre d’intérêt, un bond de quelques milliards d’années il est vrai. Pour cela, il a fallu me replonger dans une reprise d’étude en 1999, alors que je commençais ma vie active dans l’industrie spatiale. C’était à Cannes et je m’étais inscrit à l’université d’Aix-Marseille comme auditeur libre. Puis en 2000, je me suis inscrit pour la première fois en licence d’histoire à Nanterre via l’enseignement à distance. Je ne l’ai plus quitté depuis cette date, et à ce titre, je souhaiterais remercier toute l’équipe de Comète, M. François Regourd et Mme Catherine Vincent, cette dernière ayant mis en place le master accompagné, en 2007, année qui fut un véritable tournant.
En effet, je réalise deux rencontres majeures dans mon parcours. François Gentili, archéologue de l’INRAP, m’accueille sur son chantier de fouille à Orville. La découverte par mon voisin de fouille, à un mètre de moi, de la girouette armoriée d’Orville, est un déclic. Je propose à l’archéologue d’identifier les armoiries. Monsieur le professeur Franck Collard accepte de suivre mes travaux sur la famille des propriétaires d’Orville, les Gallois d’Aunay, en master 1, puis sur une extension de l’étude à l’ancienne noblesse francilienne en 2009. Un cap dans l’ancienne noblesse était franchi, et Franck Collard m’a également soutenu, et a accepté d’encadrer ma thèse, aussi je l’en remercie.
Je souhaite ensuite remercier les personnes qui m’ont aidé à initier le sujet, Sabine Berger, pour m’avoir fourni la piste des archives privées, et le marquis de Nicolay pour m’avoir permis d’y accéder, Mrs Gérard Vergison et Marc Viré pour m’avoir soutenu dans cette tâche. Je salue également mes enseignants en prosopographie médiévale, Mme Hélène Millet et Mme Bozzolo du LAMOP, et Olivier Canteaut, qui m’a fourni de nombreuses informations sur les Chambly.
2 Ensemble de techniques associées à l’optique, l’électronique, comme les Lasers, les fibres optiques, les
détecteurs optiques, utilisés dans le médical, la défense, la communication et l’industrie spatiale.
3
Je fus cependant surpris de retrouver une allusion à Mendelbrot et à ses fractales dans Jacques REVEL (éd.),
Ensuite, j’aimerais remercier tous ceux et toutes celles qui m’ont accueilli dans leurs bibliothèques ou leurs centres d’archives, comme Mme Françoise Hildesheimer qui m’a présenté le fonds ancien des archives nationales pour que je puisse consulter les très nombreuses fiches des actes du Parlement de Paris et je l’en remercie. Mme Léa Ferrez-Le Guet et M. Florent Picouleau m’ont accueilli avec gentillesse et enthousiasme à la bibliothèque du musée Condé de Chantilly. Je voudrais également saluer Rémy Guadagnin spécialiste du lignage des seigneurs de Villiers-le-Bel, avec qui mes échanges furent fructueux, et qui m’a permis de conforter mes découvertes récentes sur le lignage. Enfin je salue respectueusement Boris Bove pour m’avoir indiqué l’existence du livre des fiefs de l’Abbaye de Saint-Denis et m’avoir aiguillé vers la maîtrise des systèmes d’information géographique.
J’adresse aussi mes plus vifs remerciements et salutations aux membres du groupe RES-HIST qui ont accepté mes nombreuses interventions orales et grâce à qui j’ai pu tester mes expériences d’analyse de réseau : Claire Lemercier, Laurent Beauguitte, Pierre Gervais , Sylvia Marzagali, Pierre-Yves Beaurepaire, Zacarias Moutoukias, José María Imízcoz Beunza pour l’organisation des colloques. Je voulais aussi remercier les grands spécialistes qui m’ont apporté beaucoup sur ces questions complexes : Pascal Cristofoli qui m’a appris les bases, et Klaus Hamberger qui m’a enseigné Puck, tous deux de l’EHESS, Claire Lemercier et Laurent Beauguitte, de nouveau, qui ont échangé avec moi sur les techniques d’analyse de réseau, et enfin Isabelle Rosé, avec qui j’ai pu discuter de l’application de ces techniques en histoire médiévale, je luis dois beaucoup.
Je salue également les responsables des bibliothèques de l’université Paris 3, M. François Michaud, directeur de la bibliothèque Sainte-Barbe, et Mme Auby-Bucherie, directrice de la Direction des Bibliothèques Universitaires, pour avoir accepté ma demande de congés formation, ce qui m’a permis de consacrer quelques temps au travail en archives.
Enfin, il faut maintenant que je remercie très chaleureusement ceux grâce à qui je ne me suis pas senti seul pendant cette longue traversée du désert, à savoir mon compagnon de lutte Alexandre Grosjean, qui a su me remettre sur les voies de la véritable histoire alors que je m’égarais sur la sociologie des réseaux, et mes relectrices préférées, ma mère Christine, ma sœur Cécile, Clémence, grande linguiste et spécialiste de la typographie, Valérie, Elsa, et mes amis, ma famille et mes parents qui ont réussi à me supporter pendant ces quelques années intenses.
ABRÉVIATIONS
AD + numéro du département : Archives départementales
AN : Paris, Archives nationales de France
BnF : Paris, Bibliothèque nationale de France
INRAP : Institut National de Recherche en Archéologie Préventive
IRHT : Institut de Recherche et d’Histoire des Textes n.a.f : nouvelles acquisitions françaises
RHGF : Recueil des Historiens de la Gaule et de la France
AVERTISSEMENT
Cette thèse est composée de trois volumes, deux volumes de texte et un volume d’annexes. Les annexes sont divisées en chapitre, chaque chapitre d’annexes regroupant les annexes du chapitre correspondant dans les deux premiers volumes. Lorsque le texte de la thèse fait référence à des documents en annexe, le renvoi est précisé en gras en note de bas de page. Chaque figure, tableau ou carte, est associé à deux numéros séparés par un point. Le premier correspond au chapitre de référence du livret d’annexe, et le second correspond à son numéro de classement.
Droits d’auteurs :
Cette création est mise à disposition selon le Contrat : « Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de modification 3.0 France » disponible en ligne : http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/fr/
TABLE DES MATIÈRES DES VOLUMES I ET II
REMERCIEMENTS ... 4
ABRÉVIATIONS ... 6
AVERTISSEMENT ... 7
TABLE DES MATIÈRES DES VOLUMES I ET II ... 8
INTRODUCTION GÉNÉRALE ... 16
CHAPITRE PRÉLIMINAIRE : LA NOBLESSE ET UNE DE SES COMPOSANTES PARTICULIÈRES : LES ANCIENS NOBLES ... 21
1 POUR UNE ÉTUDE DE L’ANCIENNE NOBLESSE ... 23
1.1 La noblesse médiévale : encore ! Oui mais pas seulement… ... 24
1.1.1 Les années 1960-1970 : les pionniers de la recherche sur la noblesse médiévale ... 24
1.1.2 Les années 1980-1990 : le temps des monographies régionales ... 25
1.1.3 Les années 1990-2000 : le temps des synthèses et l’appel à multiplier les études de cas ... 25
1.1.4 Les années 2000-2015 : La relance des études régionales et de lignages, et une ouverture à l’anthropologie et la sociologie ... 26
1.2 De la nécessité d’étudier l’ancienne noblesse ... 28
1.2.1 Un milieu nobiliaire de référence nécessaire remontant à l’époque de Philippe Auguste ... 28
1.2.2 La nécessité de réduire la population étudiée à l’ancienne noblesse ... 29
1.3 Éléments de distinction entre l’ancienne et la nouvelle noblesse ... 30
1.3.1 La noblesse en pratique : des nobles de naissance ou des nobles de fait, par opposition aux nobles « par faict du prince » ... 31
1.3.2 De la « cognoissance des nobles » : une distinction du fait de chevalerie ? ... 32
2 DE L’ANCIENNE NOBLESSE EN REPRESENTATION ET SA PERCEPTION PAR AUTRUI .. 36
2.1 « Par le nom », la titulature, l’armoirie et la devise « on connait l’homme » : ... 36
2.1.1 Nom de lignage, nom de baptême, surnom ... 36
2.1.2 Armoiries, emblèmes, devises ... 37
2.1.3 Éducation et identité de l’ancien noble ... 42
2.2 De la renommée par ancienneté des lignages : la construction et la mémoire nobiliaire dans la pierre et dans les livres : nécropoles, sanctuaires et généalogistes ... 44
2.3 Le dominium par la possession du fief ... 45
3 MODÈLE CULTUREL NOBILIAIRE ET MISE EN PRATIQUE DES VERTUS CHEVALERESQUES ... 47
3.1 Éthique et pratique de la chevalerie ... 48
3.1.1 Honneur et vaillance au combat ... 48
3.1.2 Le chevalier dans les tournois ... 49
3.1.3 L’idéal courtois ou comment se conduire noblement dans la société de cour ... 52
3.2 Dépréciation et exaltation théorique : une vision contrastée de l’ancienne noblesse aux XIVe et XVe siècles ... 54
3.2.1 Des anciens nobles critiqués et humiliés par leurs contemporains : ... 54
3.2.2 Une noblesse recherchée : l’appartenance aux ordres de chevalerie, une forme de clientèle princière ... 57
3.2.3 La noblesse exaltée par les hérauts d’armes ... 58
3.3 Les anciens nobles dans la tourmente : en crise, en résistance, en mutation ? ... 60
3.3.1 L’ancienne noblesse et la crise des XIVe et XVe siècles ... 60
3.3.2 Résistances et mutation nobiliaires en Île-de-France ? ... 62
4 CONCLUSION : DES NOBLES ET DES NOBLESSES ... 63
4.2 Des individus pluriels : une invitation à différencier les échelles ... 66
4.3 pour replacer l’homme au sein de la société ... 67
PARTIE I : LES ANCIENS NOBLES FRANCILIENS : IDENTIFICATIONS, ITINÉRAIRES DE VIE, ET RÉSEAUX DE RELATIONS ... 69
CHAPITRE I : PÉRIMÈTRE GÉOGRAPHIQUE ET SOCIO-DOCUMENTAIRE DE L’OBJET D’ÉTUDE ... 70
1 LE CADRE DE VIE GÉOGRAPHIQUE DES ANCIENS NOBLES DE L’ÎLE-DE-FRANCE ... 72
1.1 L’espace vécu – la vision des contemporains ... 73
1.1.1 Toponymie des villes dites « en France » ... 74
1.1.2 Les chroniques de France ... 77
1.1.3 Les listes de villes, descriptions de pays et cartes ... 78
1.1.4 La marche héraldique de France ... 80
1.2 Synthèse des définitions des termes de France, de pays de France, d’Île-de-France ... 82
1.3 Organisation de l’espace francilien : analyse des critères de délimitation ... 85
1.3.1 Critères de délimitation des espaces naturels globalement rejetés et critères ecclésiastiques non retenus ... 85
1.3.2 Critères de délimitation et organisation de l’espace par les pouvoirs féodaux et par l’administration royale partiellement retenus ... 86
1.3.3 Bilan des critères utilisés dans le cadre de la thèse ... 90
2 PÉRIMÈTRE DOCUMENTAIRE : ... 91
2.1 Les sources ecclésiastiques ... 92
2.2 Les sources diplomatiques laïques issues des institutions ... 93
2.2.1 Les montres et listes de féodaux et de combattants ... 94
2.2.2 Les séries de quittances ... 96
2.2.3 Les aveux et dénombrements ... 96
2.2.4 Les sources du Parlement de Paris ... 98
2.2.5 Sources diplomatiques sur les hôtels princiers ou royaux et autres administrations ... 100
2.2.6 Sources diplomatiques étrangères ... 101
2.3 Les sources sigillographiques et héraldiques ... 101
2.3.1 Les armoriaux occasionnels ... 102
2.3.2 Les armoriaux institutionnels des XIVe et XVe siècles ... 105
2.3.3 Les armoriaux généraux et universels ... 107
2.4 Les sources narratives ... 108
3 DÉMOGRAPHIE ET PERMANENCE DES ANCIENS NOBLES – CORPUS D’ÉTUDE :... 109
3.1 Le début de l’enquête : la semonce des nobles et l’arrière-ban dans les registres de Philippe Auguste 109 3.2 L’évolution des patrilignages et la mesure de la permanence des anciens nobles du début du règne de Saint Louis à Charles VII ... 115
3.3 Bilan statistique sur l’ensemble de la période ... 119
3.4 Le corpus sélectionné : ... 121
3.4.1 Une question d’échelles :... 122
3.4.2 Des parentèles d’importance majeure : Montmorency, Melun et Montfort (exclue de l’étude). . 124
3.4.3 Des patrilignages d’importance régionale : le lignage des Trie, Aunay, Villiers-le-Bel/Villiers de l’Isle-Adam/Isle-Adam ... 125
3.4.4 Des patrilignages d’importance locale : les Choisel et Choisel de Chennevières ... 127
4 CONCLUSION ... 127
CHAPITRE II : ÉTUDE PROSOPOGRAPHIQUE ET ANALYSE DE RÉSEAU DE L’ANCIENNE NOBLESSE FRANCILIENNE ... 129
1 ÉTUDE PROSOPOGRAPHIQUE : POUR UN RECUEIL DE DONNÉES ATTRIBUTAIRES ET RELATIONNELLES ... 131
1.1.1 Une documentation plurielle pour la reconstitution des traces individuelles ... 132
1.1.2 Complexités des trajectoires de vie – bifurcations et imprévisibilité ... 133
1.1.3 Établissement du questionnaire – les grandes rubriques ... 134
1.2 La base de données... 135
1.2.1 Les tables de données attributaires ... 135
1.2.2 Les tables de données relationnelles ... 139
1.2.3 Les relations entre individus, propriétés et revenus ... 141
1.3 La typologie des carrières ... 141
2 ÉTABLISSEMENT D’UN DICTIONNAIRE TYPOLOGIQUE DES LIENS SOCIAUX - LES TABLES TYPES ... 147
2.1 Transferts économiques : de la théorie des dons et des transferts économiques en général ... 148
2.1.1 Le don ... 149
2.1.2 L’échange ... 150
2.1.3 LeT3T ou « Transfert du 3e Type » ... 150
2.1.4 La prédation ... 150
2.1.5 Bilan ... 151
2.2 Relations de dépendance : clientèle, féodalité bâtarde, vassalité ... 152
2.3 L’écheveau de la parenté en Île-de-France ... 155
2.4 Les relations juridiques et judiciaires ... 156
3 ANALYSE DES DONNÉES RELATIONNELLES COMPLEXES - RÉSEAUX COMPLEXES ... 157
3.1 Principes fondateurs de la network analysis ... 159
3.1.1 Quelques définitions ... 159
3.1.2 Densité, connexité, détection de cliques et de communautés ... 160
3.1.3 La centralité ... 161
3.2 Complétude et représentativité des réseaux égocentrés et des réseaux complets : ... 162
3.3 Les modélisations relationnelles retenues : collection de réseaux égocentrés à l’échelle du topolignage, réseau d’affiliation, réseau d’alliance et de parenté ... 165
3.3.1 Multiplexite, potentialite et temporalite des liens ... 166
3.3.2 Composition des partis et institutions, organisation des missions, montres d’armes, participation à des évènements - les réseaux d’affiliation : ... 168
3.3.3 Un cas particulier : les réseaux d’alliances et de parenté ... 169
4 CONCLUSION ... 177
PARTIE II : LES ALLIANCES, LA TERRE ET LES TOPOLIGNAGES ... 179
CHAPITRE III : LES ENJEUX DE LA PARENTÉ... 180
1 LE RÉSEAU D’ALLIANCES ENTRE PARENTÈLES ... 183
1.1 Remarques d’ordre général sur le corpus étudié ... 183
1.1.1 De la difficulté d’établir un corpus généalogique cohérent ... 183
1.1.2 Un exemple de reconstitution de lignage : les Villiers-le-Bel et Villiers de l’Isle-Adam... 185
1.1.3 Statistiques et biais du corpus étudié ... 199
1.2 Visualisation du réseau d’alliance : une recherche du conjoint dans la parenté au plus près ... 202
1.3 Le cas de bouclages consanguins ... 205
1.3.1 Rappel et contexte des interdits matrimoniaux ... 205
1.3.2 Les mariages consanguins avant le concile de Latran de 1215 : des cas peu identifiés en dehors du lignage royal ... 207
1.3.3 Après 1215 : expansion du mariage au plus proche des interdits religieux à tous les niveaux de la noblesse francilienne ... 208
2 ÉVOLUTION TEMPORELLE DE LA STRUCTURE DU RÉSEAU ... 213
2.1 Le réseau matrimonial de 1020 à 1140 ... 213
2.1.1 Le cycle d’alliance Dammartin/Mello/Clermont : ... 214
2.2 Le réseau matrimonial entre 1140 et 1200 : ... 216
2.2.1 La parentèle royale, les comtes et les Grands ... 217
2.2.2 La noblesse moyenne sous Louis VII et Philippe Auguste ... 221
2.2.3 L’apparition des Trie, Marly et Isle-Adam ... 225
2.3 Le réseau matrimonial entre 1200 et 1260 : l’agrégation des lignages moyens s’accélère autour des Grands ... 226
2.3.1 Les nœuds ne donnant pas suite à la continuité du réseau : ... 226
2.3.2 Les nœuds responsables de l’extension du réseau ... 228
2.3.3 L’intégration de nouveaux figurants : Beaumont-en-Gâtinais et Mauvoisin ... 231
2.4 Le réseau matrimonial entre 1260 et 1320 : le renouveau des groupes matrimoniaux ... 232
2.4.1 Une extension limitée du noyau des hauts et moyens lignages : la fin de l’extension de la première composante matrimoniale. ... 232
2.4.2 De nouvelles structures ... 234
2.4.3 Développement de la composante exclusivement royale et princière ... 236
2.4.4 Arrêt de l’expansion de l’ancienne structure et émergence de nouvelles constellations : les causes ... 237
2.5 Le réseau matrimonial entre 1320 et 1380 ... 238
2.6 Le réseau matrimonial entre 1380 et 1440 ... 240
2.6.1 La reconstruction de la constellation principale ... 240
2.6.2 Et, de nouveau, l’émergence de petites structures ... 241
3 SOLDARITÉS FAMILIALES ET TRANSMISSION DES BIENS ... 243
3.1 Lignages, parentèles et topolignages ... 243
3.2 La transmission des armoiries et du nom du lignage ... 245
3.2.1 Les armoiries au centre de la mémoire du lignage ... 245
3.2.2 Pour la défense de l’ancienneté du lignage ... 246
3.3 Le capital relationnel ... 248
3.3.1 Le rôle des femmes ... 248
3.3.2 Action de la parentèle pour la continuité patrimoniale ... 253
3.3.3 La présence de la parentèle aux instants de la défense des droits des héritiers ... 259
3.3.4 Par l’alliance et la parentèle : la construction du topolignage ... 262
4 CONCLUSION ... 266
CHAPITRE IV : LES RESSOURCES DES FIEFS ET DU RÉSEAU FÉODAL : LA NATURE ET LES HOMMES ... 269
1 LES CENTRES DE POUVOIRS DES TOPOLIGNAGES ... 272
1.1 La hiérarchie des demeures et des nobles ... 273
1.1.1 De la simple maison noble ou manoir ... 273
1.1.2 En passant par le chastel, la tour résidence ou la maison forte ... 277
1.1.3 Du château de ville au château de la châtellenie ... 280
1.2 Des seigneurs haut-justiciers : une justice seigneuriale encore développée sur ses sujets ... 282
1.2.1 Des droits de contrôle des mesures et de justice ... 282
1.2.2 Un pouvoir accru sur les hommes pour une exploitation plus intensive de leur travail : permanences féodales et mutations ... 283
1.3 Commerce et échanges locaux ... 289
1.3.1 Le contrôle des voies de communication – les seigneurs voyers ... 290
1.3.2 Les marchés et les foires ... 292
1.3.3 Le contrôle des transactions économiques dans les villes, les marchés et les foires ... 293
1.3.4 Le contrôle des communautés : institutions religieuses et écoles ... 296
2 LA MAITRISE DE LA NATURE ENVIRONNANTE : UNE SOURCE DE RÉSISTANCE ET D’ADAPTATION ? ... 299
2.1 Des seigneurs gruyers ... 300
2.1.1 Gruyers fieffés et châtelains gruyers : gruyers de père en fils… Ou en fille. ... 301
2.2 L’exploitation des forêts ... 304
2.2.1 La gestion de la coupe : une partie de la vente des bois ... 305
2.2.2 Les droits d’usage et la justice dans les bois ... 306
2.2.3 La chasse dans les bois du seigneur ... 308
2.3 L’exploitation de l’eau ... 309
2.3.1 Les travers et autres péages ... 310
2.3.2 Exploitation de l’eau : les droits de pêche et autres gibiers d’eau ... 314
2.3.3 Exploitation de l’eau : les moulins. Application à la draperie ... 317
2.4 L’exploitation de la terre et du sous-sol ... 318
2.4.1 Prés, terres arables, terres en friche et exploitation de la réserve seigneuriale ... 319
2.4.2 Les vignes d’Île-de-France ... 321
2.4.3 Exploitation des carrières et du plâtre ... 321
3 L’ÉVOLUTION DES FIEFS ... 323
3.1 Les effets des guerres ... 324
3.1.1 Dans les chroniques... 324
3.1.2 Dans les aveux et dénombrements ... 325
3.1.3 Les fiefs en souffrance dans les registres de la chambre des comptes ... 327
3.2 La résistance des seigneurs hauts justicier – leurs mesures d’adaptation ... 329
3.2.1 La gestion des destructions et des abandons de fiefs ... 329
3.2.2 Topolignées, associations et communautés de châtelains ... 331
3.3 La qualité des fieffés dans les grandes seigneuries ... 332
3.3.1 Fresnoy, Villiers et Villiers de l’Isle-Adam ... 333
3.3.2 Les Montmorency ... 339
3.3.3 Les seigneurs de Chantilly : les Montmorency-Laval et les d’Orgemont ... 348
3.3.4 Les Trie ... 352
3.4 Une esquisse de reconstitution des réseaux féodaux ? ... 354
3.4.1 Quelques considérations sur la structure globale du réseau féodal ... 355
3.4.2 L’influence de la parentèle sur le réseau féodal – apparition de nouveaux acteurs de la parenté étendue ... 356
4 CONCLUSION ... 357
PARTIE III : LE MARCHÉ DES CLIENTÈLES ET DES PARTIS ... 361
CHAPITRE V : LES CLIENTÈLES NOBILIAIRES ET LA LUTTE DES PARTIS ... 362
1 L’ANCIENNE NOBLESSE FRANCILIENNE DANS LES SUITES PRINCIÈRES ... 364
1.1 Les anciens nobles franciliens dans l’hôtel princier : le noyau de la cour... 365
1.2 Dans l’administration des princes et du roi ... 368
1.2.1 Anciens nobles au conseil ... 369
1.2.2 Le Parlement ou la Chambre des comptes œuvrant pour les princes ... 373
1.3 Des notions de « parti », de « parti politique » et de « clientèle » ... 377
1.3.1 Définitions ... 377
1.3.2 Les critères et les signes d’identification des appartenances à un parti ... 378
1.3.3 De la société contractuelle et des politiques de salariat, de pensions, de donation ... 379
2 DE LA NAISSANCE DES PREMIÈRES CLIENTÈLES AUX PREMIERS PARTIS... 390
2.1 Entourage des premiers princes apanagistes et rapports avec les premiers hôtels capétiens ... 393
2.1.1 Dans les expéditions des rois et princes français : les croisades de Saint Louis et l’expédition des Anjou en Sicile ... 394
2.1.2 Alphonse de Poitiers, Robert II d’Artois et Charles Ier d’Anjou ... 399
2.1.3 Les relations entre les hôtels royaux de Philippe III et Philippe IV et le royaume angevin de Naples ... 404
2.2 Premiers hôtels capétiens et montée des Valois ... 407
2.3.1 Sous Louis d’Evreux et Philippe d’Evreux ... 410
2.3.2 Sous Charles II de Navarre ... 412
2.3.3 Sous Charles III de Navarre et son frère Pierre de Navarre ... 414
3 GUERRE CIVILE ET MONARCHIE ANGLAISE : FRANÇAIS, ANGLAIS ET BOURGUIGNONS ... 415
3.1 Dans l’entourage militaire des princes ... 417
3.1.1 En soutien des princes apanagés ... 417
3.1.2 Les partisans Orléans et Armagnac... 419
3.1.3 Les partisans bourguignons ... 421
3.1.4 Les « non alignés » : partisans du duc de Berry et du comte de Clermont ... 427
3.1.5 La place au conseil du roi ... 428
3.2 Sous la monarchie anglaise : des partisans toujours fidèles aux Bourguignons ... 430
3.2.1 Des lignages aux revirements constants ... 431
3.2.2 Prisonnier des Anglais et changement de parti ... 436
3.2.3 Restitutions de terres par le parti anglais et confiscations pour cause de pillages ... 437
4 CONCLUSION ... 439
CHAPITRE VI : L’ANCIENNE NOBLESSE D’ÎLE-DE-FRANCE ET LE ROI ... 441
1 L’ASCENSION DES MICROTOPOLIGNAGES : LES CHOISEL ET CHOISEL DE CHENNEVIERES ... 442
1.1 Méthode utilisée lors de l’étude ... 443
1.2 Des premiers contacts avec le roi : l’office de gruyer, la communauté de Senlis ... 445
1.3 À partir de 1200 : l’apparition des Choisel de Chennevières ... 447
1.4 Entre 1260 et 1320 : la pluralité des activités... 451
1.5 Entre 1320 et 1380 : une mutation des groupes lignagers ... 454
1.6 Entre 1380 et 1440 : la succession des nouveaux lignages ... 457
2 L’ASCENSION DES LIGNAGES FRANCILIENS SOUS L’IMPULSION DES INSTITUTIONS : LE SOCLE D’UNE CLIENTELE ROYALE ? ... 461
2.1 La participation aux armées royales ... 463
2.1.1 Les nobles et le service armé pour le roi ... 463
2.1.2 Le commandement militaire ... 466
2.2 La formation des réseaux de parentèle parmi les serviteurs de l’hôtel royal ... 472
2.2.1 Les solidarités lignagères et alliances nobiliaires ... 473
2.2.2 Le service de l’hôtel et du Conseil du roi entre la sphère domestique et la sphère publique ... 478
2.2.3 Au Parlement, dans les baillages et à la Chambre des comptes ... 484
3 DE LA CLIENTELE ROYALE VERS LE PARTI DU ROI DE FRANCE OU VERS UN PARTI FRANCILIEN ? ... 485
3.1 La fidélité de l’ancienne noblesse francilienne de Philippe Auguste à Charles V : de bonnes conditions pour la naissance du parti francilien royal ... 486
3.1.1 Le mouvement de résistance des anciens nobles franciliens contre les premières ligues nobiliaires provinciales ... 486
3.1.2 Le soutien au roi malgré la demande de réformes - une lutte résolue contre le parti navarrais. 488 3.1.3 Le prix du sang : l’ordre de chevalerie de l’Etoile mort-né. ... 490
3.2 L’émergence d’un parti francilien royal ? Sa constitution sous Charles VI ... 492
3.2.1 L’ouvrage du songe véritable ... 492
3.2.2 Le parti en action : la défense de la souveraineté royale, des symboles royaux, de l’intégrité du royaume et de la paix sociale ... 495
3.2.3 Les dons de livrées à la cour du roi de France... 501
3.3 Le parti du roi en guerre sous Charles VI et Charles VII ... 502
3.3.1 La fidélité des partisans royaux et la guerre civile ... 503
3.3.2 Le prix du sang contre l’Anglo-Bourguignon : une série de sièges et de batailles rangées ... 504
3.3.4 Retrouvailles franco-françaises : la récupération des territoires perdus ... 511
4 CONCLUSION ... 513
ANNEXE : TABLEAUX GENEALOGIQUES ... 515
PARTIE IV : LE RESPECT DES TRADITIONS - LA CONSCIENCE DU GROUPE ... 521
CHAPITRE VII : CULTURE LITTÉRAIRE, CULTURE DE GUERRE ET VIE SPIRITUELLE ... 522
LE POIDS DES TRADITIONS GAGE DE LA SURVIVANCE DE L’ANCIENNE NOBLESSE ? ... 522
1 MANIFESTATIONS CULTURELLES DU MODE DE VIE NOBILIAIRE : LE POIDS DES TRADITIONS ... 525
1.1 Les équipes d’anciens nobles franciliens dans les tournois ... 526
1.2 Une certaine continuité de la noblesse lettrée francilienne à l’initiative de la création d’œuvres littéraires ... 532
1.2.1 Une participation à la littérature courtoise à la charnière entre le XIIe siècle et le XIIIe siècle ? .... ... 532
1.2.2 Participations de l’ancienne noblesse francilienne aux cercles poétiques aux XIVe et XVe siècles .. ... 537
1.3 Des acteurs franciliens éduqués et sensibles à la culture aux XIVe et XVe siècles ... 539
1.3.1 Savoir lire et écrire, être ouvert à tous les enseignements ... 539
1.3.2 Histoire et historiographie : sur l’apprentissage de l’État ... 541
1.3.3 Des chroniques et des livres sur la chevalerie et sur l’art du combat peu nombreux ... 544
2 COUR ROYALE ET COURS SEIGNEURIALES ... 547
2.1 La Cour amoureuse ... 548
2.1.1 Au carrefour de la société lettrée et de la société guerrière ... 548
2.1.2 Les réseaux de parenté d’anciens nobles au sein de la Cour amoureuse ... 550
2.1.3 Les relations entre les anciens nobles et les lettrés dans la Cour amoureuse ... 554
2.2 Cours seigneuriales reconstituées par les sources et maisons fortes retrouvées par les archéologues : des traces de la vie culturelle seigneuriale ? ... 556
3 DÉVOTIONS, ORDRES RELIGIEUX ET FONDATIONS DE NÉCROPOLES DU GROUPE FRANCILIEN ... 563
3.1 Ventes et donations ... 563
3.2 Un nouvel engagement spirituel ... 569
3.3 Fondations de chapelles et de nécropoles nobiliaires : la mainmise de l’espace sacré par les anciens nobles franciliens ... 572
4 CONCLUSION ... 575
CONCLUSION GENERALE ... 578
INDEX DES NOMS DE PERSONNES ... 585
INDEX DES NOMS DE LIEUX ... 597
SOURCES ... 602
Sources manuscrites... 602
Archives nationales de France ... 602
Archives départementales de l’Oise ... 610
Archives du Musée Condé de Chantilly ; cabinet des titres ... 611
Bibliothèque du Musée Condé de Chantilly : cabinet des livres ... 612
Archives départementales du Pas-de-Calais ... 613
Archives départementales du Val d’Oise ... 613
Bibliothèque nationale ... 613
Dépôt légal Bibliothèque nationale de France ... 619
Bibliothèque municipale de Senlis ... 619
Bodleian library, Oxford - Collection Douce ... 619
Sources sigillographiques et héraldiques : ... 628
BIBLIOGRAPHIE ... 630
Instruments de recherche ... 630
Généralités - Historiographie ... 631
Histoire politique et militaire – Institutions royales et princières – Guerre de Cent ans et société politique .. 632
Ouvrages de synthèse et ouvrages régionaux sur la noblesse et la chevalerie (Hors Île-de-France) ... 639
Géographie de la France, de l’Île-de-France médiévale, du pays de France et provinces voisines ... 644
Généralités sur les parentés et lignages - monographies familiales franciliennes... 646
Noblesse, identification, milieu de cour et culture littéraire ... 650
Archéologie d’habitations nobiliaires et d’établissements religieux franciliens ... 657
Économie, crise, fief, féodalité ... 659
Dictionnaire des relations, liens personnels et réseaux ... 661
Prosopographie et analyse de réseau ( y compris le réseau de parenté) ... 661
Clientèles et partis – apports de l’anthropologie ... 665
TABLE DES ILLUSTRATIONS ... 669
TABLE DES TABLEAUX ... 670
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Dans un extrait de généalogie datant approximativement du milieu du XVe siècle, un mémorialiste anonyme présentait la famille toujours vivante des Aunay seigneurs d’Orville, un ancien lignage noble francilien qui remontait au moins au début du XIe siècle. Il décrivait alors l’ascendance paternelle et maternelle de Jean Le Gallois d’Aunay, le chef du lignage, et concluait en ces termes :
« Et en vérité les enffans dudit seigneur d’Orville sont si bien alignaigés en pays dessus dit que, depuis madite dame de sainct Symon, leur grant mere et ledit seigneur d’Orville, leur grant pere jusques à cousins yssuz de germains, ilz sont au jour d’huy vivans troys cens nobles personnes »4.
L’acte évoquait ainsi l’importance numérique du lignage dont la branche paternelle était francilienne, proche du lignage des Montmorency, puisque le fils de Jean, Philippe III Le Gallois d’Aunay, se maria le 4 décembre 1468 avec Catherine de Montmorency, soit près de quatre cents ans après la première union de Mahaut d’Aunay et de Foucault III de Montmorency-Saint-Denis, une branche cadette de ce lignage ancestral. En 2015, Daniel Dessert, historien moderniste et spécialiste de Louis XIV, évoquait, dans son dernier ouvrage Les Montmorency : mille ans au service des rois de France5, une maison qui fit son apparition au milieu du Xe siècle et qui disparut en février 1922. La sœur de Catherine de Montmorency, Marguerite, quant à elle, épousa le 12 février 1470 Antoine de Villiers de l’Isle-Adam. Ce dernier était le frère de Philippe de Villiers de l’Isle-Adam, le célèbre grand-maître de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui mena la résistance contre le siège musulman de l’île de Rhodes. Il fut célébré dans une récente exposition du musée d’art et d’histoire Louis-Senlecq à l’Isle-Adam6, rappelant l’historique du lignage jusqu’à ses origines datées
environ du milieu du XIe siècle. Au XVIe siècle, le célèbre Anne de Montmorency disposait
4
Il existe plusieurs copies de cette généalogie du XVe siècle, datée entre 1436 (mariage de Jean Le Gallois d’Auna avec Isabelle Rouvroy de Saint-Simon) et 1491, date de sa mort : A) « Copie touchant la généalogie de Montmorency et de ceulx daunoy ». In quarto de 4 folios (8 pages dont les deux dernières sont blanches). Porte la mention « huit». Fonds Nicolay : 3AP 49 dossier 16 pièce n°4 ou 3E4. B) Copie : généalogie de Saint Simon, porte la mention « neuf » (Fonds Nicolay : 3AP 49 dossier 16, pièce n°5 ou 3E5). C) Copie : « généalogie de la maison daunoy », porte la mention « huit ». (Fonds Nicolay : 3AP 49 dossier 16, pièce n°6 ou 3E6).
5
Daniel DESSERT, Les Montmorency : mille ans au service des rois de France, Paris, Flammarion, 2015, p. 7-10.
6De Rhodes à Malte : le grand maître Philippe de Villiers de l’Isle-Adam (1460-1534) et l’ordre de Malte,
aussi d’autres anciens lignages franciliens à son service, comme Pierre des Garges7, d’une
famille dont les origines remontaient au moins à Philippe Auguste. Les exemples pourraient être multipliés presqu’à l’infini.
Or de nombreux historiens au XXe siècle, Guy Bois le premier, mais aussi Édouard Perroy, ont évoqué une crise nobiliaire liée à celle de la fin du Moyen Âge, de la fin du XIIIe siècle au milieu du XVe siècle. La Guerre de Cent ans, la famine et la peste provoquaient la baisse des revenus seigneuriaux8. « Qu’il s’agisse des redevances foncières, des banalités, de la dîme ou des profits de la réserve seigneuriale, un même mouvement, lié à la décroissance économique et démographique, a précipité au plus bas le revenu de la seigneurie9 ». Parallèlement à ce mouvement, les dépenses liées à la guerre, aux besoins somptuaires et à la défense des fortifications augmentaient10. Dans le cadre de la Normandie orientale, le même auteur prend l’exemple de la baisse des recettes du comte de Tancarville, qui est aussi vicomte de Melun, donc un grand seigneur francilien, et dont le lignage perdure jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
« Bien des difficultés ont alors assailli les lignages traditionnels11 » rappelle Léopold Génicot qui s’interroge et se prononce sur « la crise du bas Moyen Âge » évoquée par la plupart des médiévistes12. De même, Joseph Morsel précise que la théorie de la crise de la fin du Moyen Âge insiste sur l’idée que dans l’Allemagne médiévale, les premières victimes de cette crise furent la noblesse, notamment la petite noblesse, et l’Église, alors même que ce concept de crise doit être remis en cause13. En effet, il est couramment admis que la montée d’hommes nouveaux s’observe, tels les bourgeois apparaissant dans les institutions royales ou princières, pour répondre aux besoins plus spécifiques de juristes, de comptables et de gestionnaires, ou des anoblis qui renouvellent le groupe social. Léopold Génicot fait toutefois
7
Thierry RENTET, Anne de Montmorency : grand maître de François Ier, Rennes, Presses universitaires de Rennes (Histoire), 2011.
8
Guy BOIS, « Noblesse et crise des revenus seigneuriaux en France aux XIVe et XVe siècles : essai d’interprétation » dans La noblesse au Moyen Âge XIe
-XVe siècles : essais à la mémoire de Robert Boutruche,
textes réunis par Philippe Contamine, Paris, Presses universitaires de France, 1976, p. 219-233.
9
Guy BOIS, Crise du féodalisme, 2ème édition, réédition de la parution aux éditions de l’EHESS de 1976, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques (Références), 1981, p. 230-234 ; 362-365.
10
Léopold GÉNICOT, « La noblesse médiévale : encore ! », Revue d’histoire ecclésiastique, vol. 88, no 1, 1993, p.°173-201, ici p. 200-201.
11
Ibid., p. 200.
12
L. GÉNICOT, « La noblesse médiévale : encore ! », art cit.
13
Joseph MORSEL, « Crise? Quelle Crise? Remarques à propos de la prétendue crise de la noblesse allemande à la fin du Moyen Âge », Sources. Travaux historiques, no 14, 1988, p. 17-42, ici p. 18.
un constat pour les Pays-Bas bourguignons : si certains lignages nobles d’origine ancienne disparaissent, d’autres tiennent, en prenant l’exemple des Nassau et des Croÿ14
, tout comme Joseph Morsel constate de nombreux exemples contradictoires de nobles qui réussissent alors que d’autres historiens allemands constatent la crise générale de la noblesse15
. Le problème central de cette thèse consiste à vérifier si ces observations sont aussi valables pour les nobles franciliens d’origine ancienne, en s’affranchissant du constat de renouvellement de la noblesse par les anoblis. Leur survie, pour ne pas parler de leur résilience16, doit être évaluée via des statistiques démographiques ou des études prosopographiques, depuis le règne de Philippe Auguste, date à laquelle Nicolas Civel a réalisé un état de l’aristocratie francilienne, jusqu’à la fin de la Guerre de Cent ans en Île-de-France et la libération de Paris par Charles VII en 1436 et celle de la dernière place forte de Pontoise tenue par les Anglais en 1441. Et, accessoirement, si cette affirmation est vérifiée, le second objectif est alors de cerner les raisons pour lesquelles certains lignages nobles se maintiennent tandis que d’autres disparaissent. Pour cela, un examen des ressources auxquelles ont naturellement accès les anciens nobles préalablement identifiés est nécessaire, pour connaître les critères de subsistance qui leur permettent d’« aider à soustenir leur Estat ».
Après avoir précisé pourquoi cette thèse ne s’intéresse qu’à l’ancienne noblesse et sur quels individus se concentre cette étude, d’autres problématiques ont été développées.
L’alliance : quel rôle joue leur stratégie matrimoniale, et les réenchaînements d’alliance entre lignages pendant l’ensemble de la période s’ils existent ?
Le fief : détiennent-ils toujours leurs fiefs à la fin de la Guerre de Cent ans, et en quelle mesure les revenus issus de leurs fiefs leur permettent-ils de résister face aux difficultés économiques ? En somme, vérifions-nous l’impact de la baisse des revenus seigneuriaux signalée lors de cette crise des XIVe et XVe siècles ?
Les réseaux : pouvons-nous caractériser les réseaux de solidarité de la noblesse, et notamment, identifier la multiplicité des liens établis et leur impact sur l’État de noblesse ?
14
L. GÉNICOT, « La noblesse médiévale : encore ! », art cit, p. 201.
15
Joseph MORSEL, La noblesse contre le prince : l’espace social des Thüngen à la fin du Moyen Âge
(Franconie, v. 1250-1525), Stuttgart, J. Thorbecke (Beihefte der Francia, n° 49), 2000, p. 1-2..
16 Il ne nous appartient pas dans le cadre de cette thèse de débattre de la justesse de l’emploi de ce terme
d’origine psychologique dans une recherche en histoire médiévale. Mais l’évocation de ce terme nous a semblé une bonne image du questionnement posé.
Les clientèles : à côté de leurs revenus classiques, il est certain que ces anciens nobles ont aussi profité du jeu des clientèles princières, chaque prince ayant une représentation dans la capitale, proche de l’implantation des seigneurs franciliens. Ces derniers ont-ils pu profiter de leur patronage politique et culturel ? Si cela est le cas, comment s’est-il mis en place et quelles ont été les relations instaurées avec les Grands dans les cours royales et princières, et notamment avec le plus grand d’entre eux, le roi de France ?
Les partis : de la fin du XIIIe au XVe siècle, devant l’accroissement du pouvoir royal, la montée de la fiscalité et la construction de la souveraineté royale et de l’État, apparaissent des séries de revendications des nobles pour défendre leurs prérogatives et leurs privilèges. Ces idées se manifestent sous la forme de partis politiques qui ont joué un rôle conséquent dans les débuts de la guerre civile et de la guerre contre les Anglo-Bourguignons. Quelle est la part prise par les anciens nobles franciliens dans ces formations ? Qu’y ont-ils gagné ou perdu ?
Enfin, pouvons-nous adhérer à la réflexion de Ludwig von Eyb le Jeune, gentilhomme franconien et biographe du jeune noble franconien Wilwolt von Schaumberg, un modèle nobiliaire franconien de référence, au début du XVIe siècle, quand il affirme que « Les Franconiens sont meilleurs que les Français17 » (et donc que les Franciliens18). La noblesse d’Empire de Franconie et de la région souabe parvenait à résister à la levée de l’impôt, qui lui était imposée, après la diète de Worms en 1495. L’auteur signifiait alors qu’à ce moment, les Français, même s’ils étaient, eux, exempts de tout prélèvement symbole de la nouvelle mainmise de l’État moderne sur la société médiévale, acceptaient la domination de la monarchie qui les réduisait à l’état de sujet, à égalité avec les autres composantes non nobles de la société19. Même en considérant les défaites de certains princes français insurgés contre Charles VII lors de la Praguerie de 144020, peut-on vraiment évoquer la perte de la liberté de la noblesse francilienne21, et ne peut-on pas considérer qu’il ne s’agit finalement que d’une légère compensation lâchée en échange du formidable appui de la monarchie qui aurait aidé à sa survie et à son redressement à la fin de la période ?
17
J. MORSEL, La noblesse contre le prince, op. cit., p. 1 et note n°1. 18 Parenthèse rajoutée par l’auteur de cette thèse.
19
Ibid., p. 1-2. 20
Voire plus tard lors de la défaite de la Ligue du Bien Public contre Louis XI en 1465.
21
Si la noblesse francilienne avait perdu toute liberté, comment expliquer la parution de cet ouvrage concernant la noblesse des XVIe-XVIIe siècles : Jean-Marie CONSTANT (éd.), La noblesse en liberté : XVIe-XVIIe siècles,
La thèse tente de répondre à ces différentes questions dans les chapitres qui suivent et qui sont regroupés en quatre parties. La première définit les contours de l’objet d’étude et propose une analyse démographique sur la population de l’ancienne noblesse francilienne ayant vécu entre 1180 et 1437, avec une prolongation de l’étude en 1441 pour évoquer la reprise de la ville de Pontoise. Elle précise également quelques aspects techniques de la méthode employée, basée sur l’enquête prosopographique et l’analyse de réseau. La seconde partie mettra l’accent sur l’identification des jeux d’alliance entre lignages, l’enjeu des héritages et de la conservation du patrimoine au sein, non pas de simples lignages, mais de topolignages établis, seuls objets de l’étude de l’évolution des parentés d’anciens nobles, et enfin, des politiques déployées pour assurer le maintien de la possession des fiefs et des revenus afférents tout au long de la période. Dans une troisième partie, la place des anciens nobles franciliens dans les différentes clientèles et les partis de la période est identifiée, tout comme leur rôle dans la guerre civile et la fin de la Guerre de Cent ans en Île-de-France. Les relations des anciens nobles franciliens avec la monarchie, qui les distingue des autres noblesses de France, puisqu’ils sont situés sur le domaine royal ancestral, sont examinées. La thèse de l’existence d’un parti royal composé spécifiquement par les franciliens, anciens nobles en tête, est aussi présentée. Enfin, la dernière partie étudie un type de ressource fondamental concernant l’apport majeur de la culture nobiliaire dans la survie de son état, mais dont la description à partir des sources est particulièrement compliquée. Cette partie approfondit enfin les échanges mutuels entre les milieux de cours royaux et princiers d’un côté, et le milieu de vie seigneurial de l’autre. En effet, si le roi utilise les ressources nobiliaires pour rehausser sa majesté et légitimer sa souveraineté, l’ancien noble francilien en retour ne tire-t-il pas de bénéfices de ce mode de vie curiale ? Cet échange ne constitue-t-il pas le moteur fondamental de la dynamique et de la vitalité de l’ancienne noblesse francilienne ?
CHAPITRE PRÉLIMINAIRE : LA NOBLESSE ET UNE
DE SES COMPOSANTES PARTICULIÈRES : LES
ANCIENS NOBLES
Les historiens, aussi bien médiévistes que modernistes, ont toujours rencontré des difficultés à traiter le problème de l’identité nobiliaire. Le débat a fait l’objet de nombreux colloques. Jean-Marie Constant affirmait lui-même il y a dix ans que : « le problème de l’identité nobiliaire s’est pratiquement toujours posé depuis la seconde moitié du XVIe
siècle22 ». Pour appuyer sa démarche, il cite la classification d’Olivier de la Marche des gentilshommes, nobles et non nobles, dans son Traité du duel judiciaire, daté de 1436, c’est-à-dire idéalement de la fin de notre période23. Or la question s’est aussi posée avant le XVIe siècle. Un autre colloque sur le même sujet portait en 1998 sur une ère chronologique beaucoup plus étendue, du IXe au XIXe siècle24. Sans remonter aux origines de la noblesse, car d’autres ont déjà bien répondu à la question25
, il nous est apparu, pour des raisons aussi
22
Jean-Marie CONSTANT, « Noblesse et élite au XVIe siècle : les problèmes de l’identité noble » dans La noblesse
en liberté : XVIe-XVIIe siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes (Histoire), 2004, p. 67-80, ici p. 67. 23 L’auteur cite O
LIVIER DE LA MARCHE et al., Traitez du duel judiciaire, relations de pas d’armes et tournois
par Olivier de la Marche, Jean de Villiers, seigneur de l’Isle-Adam, Hardouin de la Jaille, Antoine de la Sale, etc..., première édition en 1436, réed. en 1583, rééd. par Bernard Prost, Paris, Léon Willem, 1872, p. 45. Olivier
de la Marche s’adresse ainsi au roi : « il est besoin que vous cougnoissez ceulx que vous debvez tenir pour gentilshommes, pour nobles hommes, et pour non nobles, le gentilhomme est celluy qui, d’ancienneté, est issu de gentilshommes et gentilsfemmes et ceulx sont gentilshommes et leurs postérités entretenues par mariage, comme dit est ».
24
Jean-Marie CONSTANT (éd.), L’identité nobiliaire : dix siècles de métamorphoses, IXe-XIXe siècles, Le Mans,
Publication du Laboratoire d’histoire anthropologique du Mans, CNRS-UPRES A 6092, 1997. Le chapitre de Jean-Marie Constant mentionné dans la note précédente est issu de cet ouvrage aux pages 45 à 61.
25
Une excellente synthèse des différents courants qui s’opposent sur les origines de la noblesse se trouve dans Maïté BILLORÉ, De gré ou de force: l’aristocratie normande et ses ducs, 1150-1259, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, p. 31 note 1. Ajoutons quelques éléments ponctuels au débat. Pour Joseph Morsel, se demander si la noblesse médiévale remonte à la noblesse romaine est un débat stérile (Joseph MORSEL, L’aristocratie médiévale: la domination sociale en Occident, Ve-XVe siècle, Paris, Armand Colin
(Collection U), 2004, p. 15-16. Pour Léopold Génicot, la prosopographie, l’étude des listes de témoins, l’archéologie des châteaux et les titulatures montrent que l’ascendance carolingienne de la « noblesse » médiévale est certaine (Léopold GÉNICOT, « La noblesse au Moyen Âge dans l’ancienne « Francie » », Annales.
Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 17, no 1, 1962, p. 1-22, ici p. 2-7). Notons toutefois que Nicolas Civel n’évoque pas la noblesse francilienne mais seulement l’aristocratie francilienne au XIIe
siècle (Nicolas CIVEL, La fleur de France : les seigneurs d’Ile de France au XIIe
siècle, Turnhout, Brepols, 2006). De même, Philippe
Contamine évoque la naissance de la noblesse comme « véritable force politique », au moment où le concept juridique de noblesse est couché par écrit, à la fin du XIIIe siècle, quand les anoblissements apparaissent (Philippe CONTAMINE, La noblesse au royaume de France de Philippe le Bel à Louis XII : essai de synthèse, 2ème
édition, Paris, Presses universitaires de France (Moyen Âge), 1998, p. 20. Enfin, Joseph Morsel date la sociogenèse de la noblesse en Allemagne au deuxième tiers du XVe siècle, quand le terme nobilitas est utilisé
pour la première fois pour évoquer le groupe noble dans son ensemble (Joseph MORSEL, « L’invention de la
bien pratiques qu’historiographiques, que le thème pouvait être abordé sous l’angle de la noblesse « d’antique lignage26
», de « noblesse immémoriale27, ou plutôt de « l’ancienne noblesse » pour la période antérieure au XVIe siècle. En fait, cette dernière expression est retenue, pour faire écho à l’article de Françoise Autrand28, qui décrit l’opposition entre
noblesse ancienne et nouvelle noblesse29 au XVe siècle. À une époque où les historiens sont plus intéressés par les crises, par les évolutions et par les mutations, la recherche de caractères permanents et pérennes nous a semblé pertinente. Si, par hypothèse, l’ancienne noblesse se définit par une noblesse qui n’a jamais été anoblie, qui ne dispose donc pas de preuve écrite de son existence à part des dénominations de tierces personnes, et qui est reconnue comme telle par la société, alors se pose la problématique des critères de reconnaissance et de perception de ses membres par autrui. Quelles sont les différences majeures entre anciens et nouveaux nobles ? Certes, le modèle nobiliaire est réputé être fondé sur des vertus et valeurs chevaleresques dans le développement des sociétés curiales princières. Mais comment les fondements de cette ancienne noblesse et ses liens avec la chevalerie se définissent-ils ? Comment l’image qu’elle donne à voir s’appréhende-t-elle, alors que Philippe Auguste instaure des conditions d’accession à la chevalerie30, et que s’observe son déclin au cours du
médiévale » dans Jacques Paviot et Jacques Verger (éds.), Guerre, pouvoir et noblesse au Moyen Âge. Mélanges
en l’honneur de Philippe Contamine, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2000, p. 533-545, ici p.
538). Maïté Billoré identifie les nobles normands de la période 1150-1259 comme un groupe nobiliaire (M. BILLORÉ, De gré ou de force, op. cit., p. 34, 36.). Les hypothèses sur l’origine ne s’excluent pas et leurs variantes
reflètent les états successifs de la noblesse.
26
Guy FOURQUIN, Les Campagnes de la région parisienne à la fin du Moyen Âge, Paris, Presses Universitaires de France, 1964, p. 467.
27 Sara Fourcade précise que « si elle pouvait s’acquérir, la noblesse était d’abord une qualité qui se transmettait
par le sang, de génération en génération et depuis des temps immémoriaux » d’après Sara FOURCADE, « Clerc ne
suis, (...) livre ne ay point » : la noblesse française à la conquête du livre (vers 1300 - vers 1530), Thèse de
doctorat en histoire sous la direction de Jacques Verger, Université Paris-Sorbonne, Paris, 2008, p. 21). Sur la noblesse immémoriale ou d’extraction, vue par un historien contemporanéiste, voir Alain TEXIER, Qu’est-ce que
la noblesse ?, Paris, Tallandier (Approches), 1988, p. 16, 535. L’auteur, qui travaille sur les origines historiques
de la noblesse contemporaine, définit la noblesse immémoriale comme « celle dont personne, et surtout pas le pouvoir royal, n’a conservé en mémoire l’origine. », « les familles nobles sans trace d’anoblissement ni de roture, qui peuvent faire remonter leur filiation au moins à 1696 ». Alain Texier évoque aussi une décomposition de cette noblesse en noblesse d’extraction simple (qui ne remonte pas au-delà de 1560), d’extraction chevaleresque (issue d’un chevalier du XIVe siècle), d’ancienne chevalerie (filiation établie depuis le milieu du
XIIIe siècle), et oppose les gentilshommes aux anoblis.
28
Françoise AUTRAND, « Noblesse ancienne et nouvelle noblesse dans le service de l’État en France : les
tensions du début du XVe siècle » dans Annalisa Guarducci (éd.), Gerarchie economiche e gerarchie sociali,
secoli XII-XVIII : atti della dodicesima Settimana di studi, 18-23 aprile 1980 / a cura di Annalisa Guarducci,
Florence, Le Monnier (Pubblicazioni. Série 2, Atti delle settimane di studio e altri convegni / Istituto internazionale di storia economica « F. Datini », n°12), 1990, p. 611-632. Cet article fut l’élément déclencheur de ce sujet de thèse.
29 La nouvelle noblesse est comprise dans l’article comme l’ensemble des anoblis, qui d’ailleurs répugnent
Olivier de la Marche.
30Ainsi, tous les nobles ne souhaitaient pas devenir chevaliers à cause du prix de l’équipement sous Philippe
XVe siècle°31, voire du XVIe siècle 32? Pour beaucoup d’historiens, comme Guy Bois33 ou Edouard Perroy34, la noblesse francilienne est en crise aux XIVe et XVe siècles, comme d’ailleurs dans l’ensemble de la France de cette fin du Moyen Âge35
. Pourtant, dans sa première partie, ce chapitre préliminaire étudie de manière ciblée une des composantes de la noblesse encore vigoureuse, l’ancienne noblesse. Sa représentation dans la société médiévale est ensuite abordée à travers les éléments distinctifs de son identité nobiliaire, en termes d’éducation, d’onomastique, d’héraldique et d’emblématique. Dans une troisième partie, un parallèle est proposé entre l’idéologie chevaleresque, principale composante du modèle culturel nobiliaire et de l’idéal noble, et la mise en pratique inégale et diversement reconnue de ces valeurs et vertus nobiliaires. Enfin, le chapitre précise la nécessité de privilégier l’étude des anciens nobles en interaction, par rapport à celle du groupe social dans son ensemble, et les montre plongés dans la tourmente, surmontant leurs difficultés.
1
POUR UNE ÉTUDE DE L’ANCIENNE NOBLESSE
L’historiographie de la recherche sur la noblesse a souvent pour objet l’étude de la noblesse comme groupe social considéré comme un bloc, avec parfois l’évocation du renouvellement de la noblesse par les anoblis. Toutefois, l’historiographie se déplace actuellement sur l’objet de l’individu noble lui-même, avec la multiplication des monographies régionales puis lignagères.
de MM. de Wailly et Delisle, Paris, V. Palmé, 1894, p. 686-689, n° 373-374 ; p. 385-393 ; p. 693 n° 415-416, désormais abrégé en RHGF.
31
Philippe CONTAMINE, « Points de vue sur la chevalerie en France à la fin du Moyen Âge », Francia, no 4, 1976, p. 255-285.
32
Nicolas LE ROUX, Le crépuscule de la chevalerie : noblesse et guerre au siècle de la Renaissance, Seyssel, Champ Vallon (Époques), 2015.
33
Guy BOIS, « Noblesse et crise des revenus seigneuriaux en France aux XIVe et XVe siècles : essai d’interprétation » dans Philippe CONTAMINE (éd.), La noblesse au Moyen Âge XIe-XVe siècles : essais à la mémoire de Robert Boutruche, Paris, Presses universitaires de France, 1976, p. 219-233.
34
Édouard PERROY, « Feudalism or principalities in fifteenth century France », Historical Research, vol. 20,
no 61, 1945, p. 181-185.
35
La notion de crise à la fin du Moyen Âge est particulièrement bien discutée dans Boris BOVE, Le temps de la guerre de Cent Ans : 1328-1453, Paris, Belin (Histoire de France, n° 4), 2010, p. 507-539.
1.1 La noblesse médiévale : encore 36 ! Oui mais pas seulement…
Les études sur la noblesse depuis le début des sciences historiques, initiées en 1902 par Paul Guilhiermoz37, sont magistralement relancées par Marc Bloch en 1936. Celui-ci lance un appel38 à mener des recherches sur l’évolution de la noblesse en Europe et surtout en France. De nombreux historiens lui répondent peu après, mais, par la suite, malgré de nombreuses relances, les projets collaboratifs ont peiné à se mettre en place. Toutefois, l’étude de la noblesse connaît un regain d’intérêt depuis une dizaine d’années, dans le cadre du programme de recherche sur la construction de l’État et le rôle des élites39, et l’utilisation
généralisée à d’autres disciplines comme l’anthropologie historique40
ou la sociohistoire41.
1.1.1 Les années 1960-1970 : les pionniers de la recherche sur la noblesse médiévale
En 1961, Georges Duby42,tout comme Léopold Génicot43, répondent à Marc Bloch et poursuivent les recherches sur les noblesses régionales. Dans son étude sur la région de l’Île-de-France, dans les années 1960, Guy Fourquin aborde la noblesse francilienne sans réelle vision globale, mais l’auteur évoque pour la première fois ses permanences et ses mutations44
. Les Anglo-Saxons ne sont pas en reste, tel Christopher Allemand qui initie l’étude des liens entre la noblesse, la littérature et la guerre45 en 1976, ou Maurice Hugh Keen qui fait paraître un ouvrage sur la chevalerie en 198446.
36
Ce titre de chapitre est emprunté à Léopold Génicot : Léopold GÉNICOT, « La noblesse médiévale : encore ! »,
Revue d’histoire ecclésiastique, vol. 88, no
1, 1993, p. 173-201.
37
Paul GUILHIERMOZ, Essai sur l’origine de la noblesse, (Reproduction en fac-similé de l’édition de Paris, A. Picard et fils, 1902), Genève, Megariot reprints, 1979.
38
Marc BLOCH, « Sur le passé de la noblesse française : quelques jalons de recherche », Annales d’histoire
économique et sociale, vol. 8, no 40, 1936, p. 366-378.
39
Jean-Philippe GENET et Günther LOTTES (éds.), L’État moderne et les élites : XIIIe
-XVIIIe siècles apports et limites de la méthode prosopographique - actes du colloque international CNRS-Paris I, 16-19 octobre 1991,
Paris, Publications de la Sorbonne (Histoire moderne, n° 36), 1996.
40
Philippe MINARD et al., « Histoire et anthropologie, nouvelles convergences ? », Revue d’histoire moderne et
contemporaine, vol. 49-4bis, no 5, 2002, p. 81-121.
41
Gérard NOIRIEL, Introduction à la socio-histoire, Paris, La Découverte (Repères), 2010. 42
Georges DUBY, « Une enquête à poursuivre : La noblesse dans la France médiévale », Revue Historique,
vol.°226, no 1, 1961, p. 122.
43
L. GÉNICOT, « La noblesse au Moyen Âge dans l’ancienne « Francie » », art cit.
44
G. FOURQUIN, Les Campagnes de la région parisienne..., op. cit., p. 346. 45
Christopher Thomas ALLMAND (éd.), War, literature and politics in the late Middle Ages, Liverpool,
Liverpool university press, 1976.
46
1.1.2 Les années 1980-1990 : le temps des monographies régionales
Dans les années 1980-1990, de nombreuses monographies retracent l’histoire d’un ou plusieurs lignages nobles dans un espace régional limité, comme celle de Michel Parisse sur la Lorraine47 ou celle de Marie-Thérèse Caron sur la Bourgogne48. En 1980, Brigitte Bedos reprend cette thématique en se focalisant sur la châtellenie de Montmorency. Pour la fin du XIIIe siècle, elle constate la disparition de nombreux lignages nobles franciliens d’origine ancienne et évoque à son tour la crise nobiliaire49.
1.1.3 Les années 1990-2000 : le temps des synthèses et l’appel à multiplier les études de cas
La décennie suivante 1990-2000, Philippe Contamine et Joseph Morsel circonscrivent le débat en dénonçant la réalité de cette crise de la noblesse50. Joseph Morsel soutient ensuite sa thèse sur la noblesse franconienne en 199351. Des ouvrages de synthèse apparaissent ensuite, comme Noblesse et pouvoir royal en France par Marie-Thérèse Caron en 199452. La même année, Marie-Claude Gerbet publie un ouvrage sur les noblesses espagnoles53 et Philippe Contamine fait paraître La noblesse du Royaume de France de Philippe le Bel à Louis XII en 199754. En 2000, Martin Aurell fait de nouveau le point55. C’est l’heure des
bilans et des synthèses, puisqu’il produit ensuite un ouvrage général sur la noblesse en Occident56. Joseph Morsel, à son tour, édite l’aristocratie aux Ve-XVe siècles en 200457.
47
Michel PARISSE, Noblesse et chevalerie en Lorraine médiévale : les familles nobles du XIe au XIIIe siècle,
Nancy, Service des publications de l’Université de Nancy II, 1982.
48
Marie-Thérèse CARON, La Noblesse dans le duché de Bourgogne : 1315-1477, Lille, Presses universitaires de
Lille, 1987.
49
Brigitte BEDOS-REZAK, La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368 : aspects féodaux, sociaux et économiques, Pontoise, Société historique et archéologique de Pontoise du Val d’Oise et du Vexin, 1980, p. 195. 50
P. CONTAMINE, La noblesse au royaume de France..., op. cit., p. 8990. J. MORSEL, « Crise? Quelle Crise ? », art cit, p. 23.
51 Elle ne sera publiée qu’en 2000, voir J. M
ORSEL, La noblesse contre le prince, op. cit. 52
Marie-Thérèse CARON, Noblesse et pouvoir royal en France : XIIIe-XVIe siècle, Paris, A. Colin, 1994. 53
Marie-Claude GERBET, Les noblesses espagnoles au Moyen Âge: XIe-XVe siècle, Paris, A. Colin, 1994. 54
P. CONTAMINE, La noblesse au royaume de France..., op. cit. 55
Martin AURELL, « La noblesse occidentale à la fin du Moyen Âge : bilan historiographique et perspectives de
recherche », Memoria y civilisation, vol. 1, 1998, p. 97-110. 56
Martin AURELL, La noblesse en Occident, Ve-XVe siècle, Paris, A. Colin (Collection Cursus), 1996. 57