HAL Id: jpa-00209338
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Submitted on 1 Jan 1981
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Défauts dans une mésophase hexagonale discotique : disinclinaisons et parois
P. Oswald, M. Kléman
To cite this version:
P. Oswald, M. Kléman. Défauts dans une mésophase hexagonale discotique : disinclinaisons et parois. Journal de Physique, 1981, 42 (10), pp.1461-1472. �10.1051/jphys:0198100420100146100�.
�jpa-00209338�
Défauts dans une mésophase hexagonale discotique :
disinclinaisons et parois (*)
P. Oswald (**) et M. Kléman
Laboratoire de Physique des Solides (LA. 2), Bâtiment 510, Université de Paris-Sud, 91405 Orsay, France
(Reçu le ler juin 1981, accepté le 29 juin 1981)
Résumé.
2014Cet article porte
surdes observations de gouttes libres de la phase hexagonale discotique de l’hexa- pentoxytriphénylène, et leur interprétation. Les seules disinclinaisons stables dans les mésophases hexagonales discotiques sont les lignes dièdre de rang 1/2, et la répartition moléculaire obéit à
unmodèle dit de
«domaine
développable
».L’expérience et le calcul montrent que le
coeurest rempli de matière ordonnée dans la phase hexa- gonale ; la
mesuredu rayon de
coeurconduit à une estimation de l’énergie anisotrope de contact entre grains de
différentes orientations. L’étude des échantillons très minces met
enévidence le rôle des effets d’ancrage
surle
verreet l’air. L’écart
aucaractère dièdre des lignes
semanifeste par des crans, assez rares, de caractère totalement torse.
Une étude par interférométrie Michelson de la surface des gouttes révèle sans ambiguïté l’existence d’une topo- graphie remarquable et inattendue de la surface libre,
enrapport étroit avec la présence de disinclinaisons. On observe aussi des marches de surface qui suivent les directions colonnaires. L’étude des parois conduit à leur clas- sification
enfonction de l’angle de désorientation 03B80 : parois de courbure, symétriques
ouasymétriques, pour
03B80 15 deg. ; parois de discontinuité pour les angles supérieurs à 60 deg. ; parois d’un type plus complexe, compo- sées d’une succession de petits domaines développables. Cette dernière étude conduit à
uneévaluation d’une lon- gueur de pénétration ~K/B.
Abstract.
2014This paper deals with observations of free drops of the hexagonal discotic mesophase of hexapentoxy- triphenylene, and with their interpretation. The only stable disclinations in such
aphase
arewedge lines of strength 1/2 ; the molecular distribution follows the so-called
«developable domain
»model. Experiment and calculation show that the core is filled with ordered matter ; the measurement of the core radius leads to
anestimation of the
anisotropic boundary energy between grains of different orientations. In very thin samples the role of anchoring
effects on glass and air is visible. Very rarely,
oneobserves jogs of twist character
onthe disclinations. A very
remar-kable and unexpected topography of the free surfaces has been revealed by Michelson interferometry ; close rela-
tionship between the shape of the surface and the presence of disclinations is conspicuous. One observes also steps
on
the free surface which follow the molecular columns. Walls are classified according to the angle of desorientation
03B80 : symmetric
orasymmetric curvature walls for 03B80 10 deg. ; walls of discontinuity for 03B80 > 60 deg. ; walls
of
a morecomplex type, which break up in
asequence of kite-shaped developable domains. This last study leads
to
anevaluation of the penetration length ~K/B.
Classification
Physics Abstracts
61.30J
-61.70
1. Introduction.
-Il existe deux grandes classes
de mésophases hexagonales : la première, la plus
anciennement connue, est celle des phases lyotropes
directes et inverses [1]. Ce sont par exemple des sys-
tèmes savon + eau. La seconde, beaucoup plus ,récente, est celle des phases discotiques thermo- tropes [2] auxquelles est exclusivement consacré cet article.
Le discotique étudié est l’hexapentoxytriphénylène (Fig. 1) [3, 4]. Cet ester de triphénylène a été syn- thétisé par le groupe de J. C. Dubois dans les labo- (*) Travail réalisé dans le cadre du contrat DRET 79/352;
constitue
unepartie de la thèse de 3 e cycle de P. Oswald.
(**) Et aussi à la S.E.S.I.-C.E.N., 92260 Fontenay
auxRoses.
ratoires de la THOMSON CSF. Ce corps présente
les transitions de phase suivantes :
69°C 122°C
Cristal 69°C phase hexagonale 122°C liquide isotrope .
Il est uniaxe négatif dans sa phase hexagonale, ce qui permet de l’observer au microscope polarisant.
Nous nous interessons dans ce travail à la nature des défauts observables au microscope polarisant :
ce sont les disinclinaisons et les parois séparant les grains d’orientation différente. Des observations de
ce type ont déjà été publiées, mais nous les avons largement étendues et complétées par un calcul de
l’énergie des défauts.
Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphys:0198100420100146100
1462
Fig. 1.
-A : Hexapentoxytriphénylène ; B : Structure hexagonale :
les molécules
enforme de disque plat s’empilent pour former de
longues colonnes qui s’ordonnent parallèlement les
unes auxautres
suivant
unréseau hexagonal.
[A : Hexapentoxytriphenylene; B : Hexagonal structure; the disc-like molecules pack in long parallel columns forming
anhexagonal array.]
Nous présentons d’abord (partie 2) un court rappel
de l’énergétique et de la notion de domaine dévelop- pable [9, 10]. Nous nous limitons dans l’écriture de
l’énergie libre aux termes d’énergie de courbure, qui, seuls, interviennent pour les disinclinaisons, et à une
forme simplifiée des termes élastiques, suffisante pour traiter des parois.
La partie 3 porte sur les lignes dièdre, observées en gouttes libres d’échantillons épais et minces. Dans le
premier cas nos résultats permettent de déterminer la nature du coeur ; dans le second cas les effets d’ancrage
au verre et au contact de l’air sont prédominants et
modifient la nature des disinclinaisons.
Dans la partie 4, l’expérience nous conduit à une
classification des parois en fonction de l’angle de
désorientation qui est justifiée théoriquement.
Cet article ne traite qu’accessoirement des dislo- cations qui seront étudiées, en elles-mêmes et dans leur relation aux disinclinaisons, dans un article
ultérieur.
2. Considérations générales. Rappels.
-2.1 DEN-
SITÉ D’ÉNERGIE LIBRE.
-Appelons t le vecteur unitaire porté par l’axe des colonnes moléculaires. Ce vecteur caractérise l’axe optique local. Par analogie avec les
autres cristaux liquides, la densité d’énergie libre de
courbure s’écrit [5] :
Le terme en K 1 correspond à une déformation en
éventail, celui en K2 à une déformation de torsion,
celui en K3 à une déformation de flexion.
Il convient d’y ajouter une densité d’énergie libre
de déformation du réseau hexagonal que l’on écrit sous
la forme suivante [6, 7] :
où les Uij sont les déformations définies de façon habituelle, l’axe des z étant pris parallèlement aux
colonnes moléculaires. A ceci on doit ajouter l’équa-
tion de conservation des colonnes [8] :
qui s’écrit à l’approximation présente :
Au même ordre il n’y a pas de terme de couplage entre
orientation du réseau et directeur. Ce point sera dis-
cuté dans un article en préparation, où sera présentée
une théorie détaillée de l’élasticité des phases cano- niques.
Pour caractériser cette double élasticité, nous
introduisons les longueurs caractéristiques :
Nous en donnerons une première estimation lors de l’étude des parois.
2.2 RAPPELS SUR LES DOMAINES DÉVELOPPABLES.
-Le problème est de définir les configurations pour
lesquelles le réseau hexagonal est localement conservé.
Les domaines développables satisfont à cette condi- tion [9, 10]. Pour les obtenir, on considère une surface développable L et la famille des demi-plans n qui s’appuient sur cette surface. Les colonnes molécu-
laires décrivent alors les lignes r perpendiculaires à
cette famille de demi-plans n. On vérifie que toute surface réticulaire est développable, ce qui achève de justifier leur nom. Par construction on a :
De plus, l’existence d’une famille de plans perpen-
diculaires aux colonnes implique qu’il existe une
fonction ç telle que
On a alors nécessairement
Ces domaines sont donc sans torsion, la densité
d’énergie libre se réduisant au terme de flexion :
où R est le rayon de courbure d’une colonne molé- culaire.
Cette situation est pour les discotiques l’analogue
de la géométrie en coniques focales pour les smec- tiques [11], où le terme élastique disparaît (conserva-
tion de l’épaisseur des couches), seul subsistant le terme de courbure.
Fig. 2.
-Modèles de lignes S
=1 : A : Ligne S 1 d; B : Ligne S 1 c.
[Models of lines S
=1 : A : Line S 1 d ; B : Line S 1 c.]
2.3 EXEMPLES DE DOMAINES DÉVELOPPABLES.
-Le plus simple est celui que l’on obtient en prenant pour surface développable E un cylindre de révolution
de rayon ro (Fig. 2) ; les colonnes moléculaires décrivent alors les développantes d’un cercle de rayon ro.
Une telle configuration équivaut à une ligne dièdre de
rang S
=1. Le rayon de courbure des colonnes s’annule sur la surface développable 1 et leur énergie
de flexion devient infinie. Par conséquent le rayon de c0153ur de la ligne dièdre est nécessairement plus grand que ro. Nous appellerons lignes S 1 d celles pour lesquelles ro 0. Si ro
=0, c’est-à-dire si la surface développable est dégénérée en une droite,
nous les appellerons des lignes S 1 c. Dans ces condi- tions les colonnes moléculaires ont la forme de cercles
concentriques.
Lorsque la surface développable est un demi- cylindre de rayon ro, on obtient une ligne de rang S
=1/2 (Fig. 3). Nous appellerons lignes S 1/2 d
celles pour lesquelles ro # 0 et S 1/2 c celles avec
ro
=0. Soulignons que le modèle de coeur de la
figure 3 a été retenu car il permet de réaliser des condi- tions d’ancrage identiques sur tout le pourtour du
coeur.
Fig. 3.
-Modèles de lignes S
=1/2 : A : Ligne S 1/2 d ; B : Ligne S 1/2 c.
[Models of lines S
=1/2 : A : Line S 1/2 d ; B : Line S 1/2 c.]
1464
3. Lignes dièdre S
=1 et S
=1/2.
-L’observation des lignes dièdre se fait aisément au microscope pola- risant, l’échantillon étant soit situé entre lame et
lamelle, soit en goutte libre. Certaines de ces observa- tions ont déjà fait l’objet de publications [3, 6, 12, 13] ;
nous les avons reprises et complétées. Les résultats présentés ci-dessous sont tous originaux.
Entre lame et lamelle on observe plutôt des textures
en ancrage normal. De nombreux défauts très recti-
lignes dont la longueur est de plusieurs dizaines de gm sont visibles [3, 13]. Nous avons analysé dans une précédente note [12] leurs propriétés optiques et
montré qu’il s’agissait toujours de lignes demi-
entières vraisemblablement du type S 1/2 d apportant ainsi la preuve que les colonnes suivent bien des déve-
loppantes de cercle.
La rectilinéarité des lignes dièdre en ancrage nor- mal a un caractère très frappant. On sait que les disin-
clinaisons ne peuvent se courber que si des dislocations
se terminent sur elles ; de telles dislocations ne sont pas résolues au microscope optique, mais nous avons
observé des crans (Fig. 4) de taille importante qui nous indiquent la présence de parois de dislocations vrai- semblablement vis. Nous reviendrons sur cette ques- tion dans un article ultérieur.
Fig. 4.
-Observation
enancrage normal d’un
cran sur uneligne
dièdre. Microscope polarisant; nicols croisés. Goutte libre d’en- viron 30 pm d’épaisseur.
[Observation with the polarizing microscope (crossed nicols) of
ajog
on adisclination in
afree drop about 30 gm thick with normal
anchoring conditions.]
En goutte libre on observe plutôt une géométrie planaire, pour laquelle les cylindres moléculaires sont dans un plan parallèle à la lame de verre. Dans ces
conditions l’axe des lignes dièdre est vertical. Les échantillons sont toujours préparés sur des lames de
verre ordinaires et non traitées, et les textures sont obtenues par refroidissement très lent (0,2°/min.)
de la phase isotrope.
Nous nous limitons dans ce qui suit à la géométrie planaire.
3.1 CAS DES ÉCHANTILLONS ÉPAIS.
-3.1.1 Obser- vations. - Ce sont ceux pour lesquels l’épaisseur est supérieure à 5 gm. Sur la figure 5 l’épaisseur varie de
5 à 10 gm. De nombreuses lignes dièdre S
=1/2 sont visibles, soit isolées, soit quelquefois groupées par
paires, leur distance mutuelle étant alors quelconque
mais pouvant être du même ordre de grandeur que leur rayon de coeur. Ces associations très proches pourraient facilement passer pour des lignes S
=1 qui n’ont jamais été observées dans des échantillons
épais. L’observation en lumière circulaire (Fig. 5B) permet de visualiser les coeurs de ces défauts qui appa- raissent très gros. On peut estimer leur rayon à 1 gm et ceci indépendamment de l’épaisseur dès lors qu’elle dépasse 5 gm. De plus la dimension des coeurs semble
indépendante de la température. Ces résultats sont
confirmés par l’observation de ces défauts en ancrage normal. Enfin nous n’avons jamais observé d’inter-
actions visibles entre disinçlinaisons parallèles.
Afin de connaître la topographie des surfaces libres,
nous avons fait des observations de lignes de niveau
Fig. 5.
-Goutte libre de discotique
enancrage planaire (épaisseur :
5 à 10 pm). De nombreuses lignes dièdre isolées
ougroupées par
paires sont visibles. A : Nicols croisés; B : Lumière polarisée
circulairement.
[Free drop of discotic in planar anchoring (thickness : 5 to 10 gm).
Many disclinations S
=1/2, isolated
orcoupled
arevisible. A :
Crossed nicols ; B : Circularly polarized light.]
en adaptant sur l’axe d’un microscope Leitz Ortholux
un interféromètre de Michelson Watson-Barnet. Ce
dispositif n’empêche pas l’utilisation normale du
microscope. Les franges d’interférence sont des
Fig. 6. - Aspect de la surface libre du discotique après
unrecuit
d’environ 36 heures. A : Observation
enlumière parallèle et nicols croisés ; B : Topographie Michelson de cette même
zone :chaque
sommet est le point d’émergence d’une ligne dièdre S
=1/2;
C : Coupe typique d’une ligne dièdre S
=1/2 par
sonplan de symétrie.
[Aspect of the free surface of the discotic after about 36 hours.
A : Observation in parallel light, crossed nicols ; B : Michelson
topography of the
same zone :every summit is the point of
emer-gence of
adisclination S
=1/2 ; C : Typical cut of
adisclination S
=1/2 through its plane of symmetry.]
franges d’égale épaisseur, distantes d’une demi-lon- gueur d’onde, soit ici 0,27 gm. L’observation de gouttes libres de discotique par cette méthode a montré leur
topographie prononcée, particulièrement nette après
24 heures de recuit, où chaque disinclinaison qui est perpendiculaire à la préparation passe par le sommet d’une colline quasi conique. Selon le cas, l’axe du
cône ne contient qu’une seule disinclinaison S 1/2 d (et alors le profil est dissymétrique) (Fig. 6), ou bien
deux disinclinaisons S 1/2 d plus ou moins rappro- chées (le profil est alors très symétrique) (Fig. 7). Les phénomènes de croissance qui conduisent à ces
géométries, vraisemblablement hors d’équilibre, ne
sont pas encore compris.
Fig. 7.
-A : Observation
enlumière parallèle et monochromatique (À
=542 nm) et nicols croisés d’une paire de disinclinaisons S
=1/2
très approchées. Chaque frange noire correspond à
uneligne d’égal
retard entre le rayon ordinaire et le rayon extraordinaire. Entre chaque frange la différence d’épaisseur est de 4 pm environ ; B :
Coupe suivant
unplan diamétral. Le profil est pratiquement
rec-tiligne.
[A : Observation in parallel monochromatic light (À
=542 nm) and
crossed nicols of
apair of very close disclinations S
=1/2. Each
dark fringe is
aline of equal retardation between the ordinary ray and the extraordinary ray. Between every fringe the différence of thickness is about 4 um ; B : Cut by
adiametral plane. The profile is practically rectilinear.]
Nous observons d’autre part des marches macro-
scopiques très brutales qui apparaissent fréquemment
à la surface libre de la goutte. Ces marches sont très visibles en lumière transmise et en lumière réfléchie
(Fig. 8). Leur hauteur très variable a pu être évaluée
N° 10
Fig. 8.
-Observation
enlumière réfléchie et nichols croisés d’une marche macroscopique de surface. Cette marche suit les directions colonnaires et est légèrement décentrée par rapport
au coeurde la disinclinaison,
cequi est compatible
avecle modèle de la ligne
S 1/2 d (Fig. 3). On
mesurer. - 0,7 gm.
[Observation in reflected light and crossed nicols of
amacroscopic
circular step
onthe free surface of
adiscotic drop (thickness
N
20 pm). This step follows the molecular columns and is not
perfectly centred along the
coreof the disclination,
anobservation
compatible with the pattern of the line S 1/2 d (Fig. 3). ro is found to be equal to ~ 0.7 pm.]
en interférométrie Michelson à quelques dizaines de gm, ce qui représente plusieurs centaines de couches moléculaires. Les différences d’épaisseur qu’elles engendrent sont quelquefois suffisantes pour provo- quer des variations sensibles dans les couleurs de
polarisation chromatique visibles en lumière parallèle.
Enfin ces marches suivent les directions colonnaires
comme le montre la figure 8 où est visible un léger décentrage de la marche par rapport au coeur de la disinclinaison. Ceci nous indique clairement que les colonnes suivent les développantes d’un petit cercle
conformément au modèle de la figure 3A.
3.1.2 Modèle et interprétation.
-Commençons
par le cas théorique d’une ligne S
=1 (Fig. 2). Son énergie de courbure par unité de longueur se réduit au
terme de flexion et vaut :
où R est le rayon extérieur de la ligne.
A cette énergie de courbure il convient d’ajouter une énergie de coeur. Se pose alors le problème essentiel
de sa nature. Un coeur creux, très peu vraisemblable conduit à Ee0153ur
=2 nre YHA où YHA est la tension
superficielle du discotique en présence d’air. La
minimisation de l’énergie totale conduit, en prenant K3
=10 - 6 dyne et y
=10 erg/cm’ à re
=10 Á,
ce qui est beaucoup trop petit. Un coeur plein de liquide isotrope déjà plus plausible, introduit une énergie de volume nr; Eg où Es est l’énergie de sur-
fusion du liquide isotrope et une énergie de surface
2 nre YH, où yH, est la tension superficielle de l’hexa- gonal au contact du liquide isotrope. En supposant le corps pur, on peut écrire en première approximation E
=AH AT T
soù AT
=T - T est l’écart en tem- pérature au point de transition et AH l’enthalpie
de transition. La minimisation de l’énergie totale en
ro et rc conduit à
Cette expression montre que le rayon de coeur est
a
K3 100 .. ,
..d 1
inférieur
a y2013 100= A, ce qui conduit à des valeurs 2 Es 4 T ’ q
beaucoup trop petites par rapport aux observations.
Le modèle d’un coeur rempli de liquide isotrope
n’est donc pas satisfaisant. L’hypothèse la plus rai-
sonnable est celle d’un coeur rempli de cristal liquide hexagonal pur, les colonnes moléculaires étant paral-
lèles à l’axe du défaut. Il n’y a plus alors de terme d’énergie de volume mais simplement un terme d’énergie de surface que l’on écrit sous la forme :
Yo est une constante positive, y2 un terme d’anisotropie qui peut être positif ou négatif et Oc l’angle que font les
cylindres avec le coeur (Fig. 2).
La minimisation de l’énergie totale E(ro, rc) conduit
à deux solutions distinctes. La première est donnée
par :
Elle correspond à une ligne S 1 d (Fig. 2A).
La seconde est donnée par :
Elle correspond à une ligne S 1 c (Fig. 2B).
Le même calcul s’appuyant sur le modèle de coeur
de la figure 3 peut être fait avec les lignes de rang
S
=1/2. On obtient deux solutions. La première :
correspond à une ligne S 1/2 d (Fig. 3A).
La seconde :
correspond à une ligne S 1/2 c (Fig. 3B).
L’existence et la stabilité de ces solutions dépendent
des valeurs de yo et y2. La discussion complète de ce problème est donnée dans [6]. On montre en particulier
que si 72 0 et si 0,61 - Yo 0,83, alors seules
Y2
Fig. 9.
-Gouttelette de discotique (épaisseur h N 3 um) : A : Observation
enlumière parallèle ; nicols croisés ; B : Observation
en
lumière polarisée rectilignement. On mesure r1 - 0,6 pm et r2 N 1,4 um (cf. Eig. 10).
[Droplet of discotic (thickness h - 3 um) : A : Observation in
parallel light, crossed nicols. B : Observation in rectilinearly polarized light. ri and r2
arefound to be equal to N 0.6 gm and 1.4 um, respectively (Fig. 10).]
sont stables les lignes S 1/2 d, les lignes S
=1 étant
instables énergétiquement et effectivement absentes
expérimentalement. Plus précisément, il n’existe pas de solution qui réalise un extrémum de l’énergie
totale E(ro, re) du type S 1 d ; en revanche, un tel
extrémum existe pour les S 1 c, mais c’est un point-
selle de l’énergie (un maximum en ro, un minimum en
rc). Ainsi donc une S 1 c serait instable vis-à-vis d’un
élargissement infini du coeur, qui conduirait donc au
rétablissement du cristal parfait, et non pas vis-à-vis d’une dissociation en deux S
=1/2. Nous n’avons pas de preuve expérimentale de ces derniers points, les
seuls objets observés étant des S
=1/2 (sans doute
pour des raisons de nucléation [13]), sauf en échantillon très mince (cf. infra).
Notons en outre que notre calcul ne prévoit pas
d’interaction, même à courte distance, entre S
=1/2 parallèles. C’est bien ce que nous observons.
En ce qui concerne l’énergie des S 1/2 d, si par
analogie avec les autres cristaux liquides on prend K3 - 10 - 6 dyne, on a alors y - 7 x 10- 3 erg/cm2 (en utilisant les valeurs observées ro
=0,7 gm (Fig. 8)
et y-c
=1 gm (Fig. 5B)). L’énergie totale par unité de ligne est alors de l’ordre de E - 10 K3.
Dans ce modèle nous avons calculé l’énergie par unité de longueur d’un défaut supposé implicitement
de longueur infinie. Cette condition n’est bien sûr
jamais réalisée en pratique et il faut en toute rigueur
tenir compte des effets d’ancrage en surface. C’est ce
que nous allons maintenant examiner.
3.2 CAS DES ÉCHANTILLONS TRÈS MINCES.
-3.2. 1 Observations. - Ce sont ceux pour lesquels l’épaisseur est inférieure à 4 gm. Nous observons alors les deux types de lignes. Sur la figure 9 nous montrons l’exemple d’une ligne S
=1. L’absence de décalage
dans les branches noires, nicols perpendiculaires (Fig. 9A) indique qu’il s’agit d’une ligne du type S 1 c (Fig. 2B). Le coeur de cette ligne, observée en lumière
naturelle, a l’aspect d’un anneau sombre de faible
contraste. En lumière polarisée rectilignement on
observe deux points noirs situés perpendiculairement
à la direction de polarisation (Fig. 9B). Toute rotation
du polariseur engendre une même rotation de cette
paire de points noirs qui restent à distance constante.
Eclairons en lumière naturelle et analysons la lumière
transmise : on observe cette fois-ci deux points noirs parallèles à l’axe de l’analyseur. Ces propriétés optiques sont compatibles avec un coeur conique
évasé vers le bas comme indiqué sur la figure 10. Ce
modèle suppose toujours que le coeur est rempli de
cristal liquide en ancrage normal.
Nous avons fait des observations semblables sur
les lignes S
=1/2 dont les coeurs prennent eux aussi la forme de demi-cône évasé vers le bas. Ces effets
optiques disparaissent dès que l’épaisseur de l’échan- tillon est supérieure à 5 gm et les coeurs peuvent être considérés comme cylindriques, au moins dans la
masse.
1468
Fig. 10.
-Trajectoire des rayons lumineux dans
unmodèle de
coeur
conique. La lumière est polarisée rectilignement. En A et B
le rayon extraordinaire subit
uneréflexion totale tandis qu’en C et
D le rayon ordinaire
nesubit
aucunedéviation. Il existe alors deux
zones
schématisées par des taches noires par où
nesort
aucunrayon lumineux et situées perpendiculairement à la direction de
polarisation,
cequi est conforme
auxobservations (Fig. 9).
[Path of the rays in
amodel of conical
core.The light is rectili-
nearly polarized. In A and B the extraordinary ray is wholly reflected
whereas in C and D the ordinary ray is not deviated. There is then two
zonesschematized by dark patches through which any ray go out and situated perpendicularly to the direction of polarization,
in agreement with the observations.]
3. 2. 2 Modèle et interprétation.
-Calculons l’éner-
gie d’une ligne S 1 c à coeur conique. Nous avons le
terme de courbure :
où ri (respt. r2) est le rayon de coeur sur le verre (respt.
au contact de l’air), R le rayon extérieur et h l’épaisseur
de l’échantillon. L’énergie de coeur se met sous la
forme :
Restent les énergies d’ancrage sur le verre et au contact
de l’air :
où A (respt. B ) est la différence entre les énergies libres
d’interface au contact du verre (respt. au contact de l’air) en ancrage normal et en ancrage planaire (A = Anormal - Aplanaire, ...).
La minimisation en ri et r2 de l’énergie totale
conduit à :
Ces deux relations permettent de déterminer ri et r2 dès que l’on connaît A, B, y et h. On a estimé rl, r2 et h optiquement (Fig. 9). Si on prend
on trouve d’après (20) et (21) :
Ces valeurs d’énergie d’ancrage sont très faibles.
Les signes de A et B nous indiquent qu’au contact
de l’air l’ancrage planaire est favorisé tandis qu’au
contact du verre c’est l’ancrage normal. Ces résultats
sont conformes à nos observations du début.
Le modèle de goutte mince s’étend aux échantillons
épais. Un calcul reporté en annexe nous a permis de
montrer que le pied des disinclinaisons est déformé selon un cône sur une distance caractéristique de
l’ordre du rayon de coeur.
4. Parois.
-Lorsque deux domaines entrent en
contact, l’expérience montre qu’il se forme en général
une paroi. On dit suivant la nomenclature de Bou-
ligand [13] qu’elle est du premier ordre si, de part et d’autre de cette paroi, le directeur subit une discon- tinuité. Si par contre la seule courbure des cylindres
est discontinue, elle est du second ordre : la paroi est
alors nécessairement un plan n commun aux deux domaines développables et elle n’a pas d’énergie
propre.
Dans ce paragraphe nous ne nous intéressons qu’aux parois du premier ordre (Fig. 11). Soit 0o l’angle des
directeurs de part et d’autre de la paroi. L’expérience
montre trois types de parois qui ne s’observent que pour des valeurs assez bien déterminées de l’angle de
raccordement (0o. Nous étudierons successivement les
parois de courbure, les parois de domaines dévelop- pables et les parois de discontinuité, cet ordre corres- pondant à des valeurs croissantes de 0o’
4. 1 PAROIS DE COURBURE.
-La figure 7A montre
une paroi où l’angle de raccordement 00 est petit,
de l’ordre de 10°. Cette paroi est invisible en lumière
Fig. 11. - Parois du premier ordre. On distingue les parois de
courbure (1), les parois de discontinuité (2) et les parois de domaines développables (3). Dans
cedernier
casde nombreuses stries, que l’on attribue à des parois de courbure asymétriques, sont visibles et
se
couplent
auxdomaines développables.
[Walls of the first order. Curvature walls (1), discontinuity walls (2)
and walls of developable domains (3) may be distinguished. In this
last
casemany striae may be seen, which may be attributed to
asymmetrical curvature walls and connected with the developable domains.]
circulaire, ce qui indique que l’axe optique ne subit
pas de discontinuité, mais tourne de façon continue.
On observe, d’autre part, lorsque les nicols sont croi- sés, une variation très rapide du contraste de part
et d’autre de la paroli, ce qui montre que sa largeur
doit être très petite, dans notre cas inférieure à 1 gm.
On observe des parois symétriques et des parois asymétriques.
a) Pour interpréter les parois symétriques l’hypo-
thèse la plus simple consiste à supposer que les cylin-
dres moléculaires changent lentement de direction,
ceci conduit au modèle de la figure 12. Nous appelons 0 l’angle que fait le directeur avec l’axe z perpendicu-
laire à la paroi. On recherche la fonction 0
=0(z) qui
satisfait aux conditions aux limites :
Fig. 12.
-Paroi de courbure symétrique réalisée uniquement
enfléchissant les colonnes moléculaires.
[Symmetrical wall of curvature simply realized by bending the
molecular columns.]
La paroi étant supposée symétrique, on aura :
La densité d’énergie libre s’écrit :
Quant à la densité d’énergie de déformation du réseau
hexagonal, elle se met sous la forme :
et ceci quelle que soit l’orientation du réseau hexagonal.
Cette expression suppose que la paroi a une extension
infinie dans la direction y, donc qu’il n’y a aucune
distorsion dans cette direction. L’équation d’équilibre
s’obtient en minimisant l’énergie totale, ce qui donne
en négligeant les termes de surface :
Les angles étant petits (ainsi que leurs variations,
donc leurs dérivées), nous pouvons faire son déve-
loppement limité en négligeant les termes d’ordre supérieur ou égal à 5 :
Cette équation admet l’intégrale première :
condition réalisée en pratique
OS
1470
puisque KI et K3 sont vraisemblablement du même ordre de grandeur et que 03B8 10°, alors cette équa-
tion se résout immédiatement et conduit à :
où Â31
=K 3/B 1 est une distance de pénétration caractéristique.
On montre alors que l’énergie se met sous la forme :
et sa largeur est de l’ordre de À/00.
Le comportement en 0g de l’énergie indique que
ces parois ne s’observeront que pour des valeurs
petites de 0o’ On ne les observe effectivement que pour des angles 00 inférieurs à 1 5°. Au-delà de cette limite les parois de courbure disparaissent au profit
des parois de domaines développables et des parois
de discontinuité que nous étudions dans le para-
graphe suivant.
b) En ce qui concerne les parois asymétriques, la figure 13A montre qu’elles contiennent nécessairement
Fig. 13.
-A : Paroi de courbure asymétrique : il y
anécessairement des dislocations coin transversales, toutes de même signe ; B : Paroi
de courbure symétrique réalisée par
unedouble distribution de dislocations coin de signes opposés, dont la
sommedes vecteurs de Burgers est nulle. Cette situation est nécessairement accompagnée
de flexion des colonnes moléculaires.
[A : Asymmetrical curvature wall : transversal edge dislocations, all of the
samesign
arenecessarily présent ; B : Symmetrical
cur-vature wall realized by
adouble distribution of edge dislocations of
opposite signs, the
sumof their Burgers vectors being
zero.This
situation requires necessarily the bending of the molecular columns.]
des dislocations coin ; notons qu’une paroi symétrique
peut elle-même être obtenue à partir d’un modèle de dislocations (dont la somme des vecteurs de Burgers
est nulle (Fig. 13B)). La présence de dislocations dans
ce cas contribue à diminuer l’énergie élastique. Nous
traiterons de ces différentes situations dans un article ultérieur.
4.2 PAROIS DE DISCONTINUITÉ ET PAROIS DE DOMAINES
DÉVELOPPABLES.
-Ce sont les plus nombreuses. Les
parois de discontinuité (Figs. 11 et 14) s’observent pour des angles 03B80 supérieurs à 600 et sont généra-
lement asymétriques et courbées. Elles ne sont que très rarement rectilignes. Leur énergie est donc faible.
Elles ont toujours l’aspect d’un trait noir de largeur optique 1 gm, que ce soit en lumière circulaire ou
nicols croisés (Fig. 11). Le microscope polarisant ne permet pas de connaître leur structure interne qui
reste inconnue. Nous supposerons que leur énergie
par unité de surface Ed est approximativement cons-
tante et nous l’évaluerons par la suite.
Fig. 14.
-Paroi de discontinuité.
[Wall of discontinuity.]
Lorsque l’angle 03B80 approche 180°, la paroi de
discontinuité devient un sous-joint de désorientation
(Fig. 15) qui doit être plus vraisemblablement décrit par un ensemble de dislocations coin. De tels joints
sont d’énergie faible lorsqu’ils sont symétriques et rectilignes. Nous en avons fait quelques observations à la rencontre de deux domaines développables et
Fig. 15.
-Sous-joint de désorientation.
[Tilt sub-boundary.]
comme éléments constitutifs des parois de domaines développables (cf. ci-dessous).
Entre 150 et 600 on observe des parois de domaines développables (Fig. 11). Elles sont composées d’une
succession de petits domaines triangulaires, de tailles variables, placés bout à bout. Ces domaines sont
séparés les uns des autres par de petits éléments de
joints d’angle variable, sans doute du type sous-joint
dans la partie où cet angle est proche de zéro. Ces
joints sont bien visibles en lumière circulaire où ils ont
un aspect semblable à celui des parois de discontinuité.
Les domaines sont toujours couplés à des stries
rectilignes perpendiculaires aux colonnes moléculaires bien visibles sur la figure 11. Ces stries sont difficiles
à analyser optiquement. Il semble cependant qu’elles
soient associées à une très légère désorientation du
directeur, ce qui permet de les assimiler au moins en
première approche à des parois de courbure asymé- triques. Elles contiendraient donc un surplus de
dislocations d’un signe donné, dislocations qui relaxe-
raient en partie le joint décrit plus haut, qui ne contien-
drait donc pas la densité optimale de dislocations nécessaires pour réaliser la désorientation observée.
Une observation prolongée montre que ces parois
sont instables : naissant à la transition isotrope hexagonal, elles disparaissent complètement en 24 heu-
res. Plus précisément, les petits domaines dévelop- pables qui la composent ont tendance à se regrouper pour s’agrandir, ce qui conduit à la disparition de la paroi ou, plus exactement, à son remplacement par
un très grand domaine.
Sur la figure 16 nous présentons un modèle simplifié permettant de rendre compte des principales pro-
priétés de ces parois. Ce modèle montre la nécessité
d’introduire les morceaux de joints asymétriques
ABCD séparant chaque domaine. C’est pour relaxer cette situation que naissent les stries. Nous pouvons obtenir une première estimation de l’énergie de ces
Fig. 16.
-Paroi de domaines développables.
[Wall of developable domains.]
parois en considérant ce modèle (Fig. 16). Appelons R
la taille d’un domaine et r leur distance d’interpéné-
tration. L’énergie comprend deux termes essentiels : le premier est un terme de courbure qui vaut pour
n
n
chaque q domaine e° 2 K
3L 0 9 -. gr Le second correspond p
à l’énergie du joint ABCD et vaut (dans l’hypothèse
où Ed est constant) :
L’énergie par unité de surface s’écrit dans ces condi- tions :
-