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Pouvoir thermoélectrique des alliages
J. Friedel
To cite this version:
37
LE
JOURNAL
DE.
PHYSIQUE
-
ET
.
LE RADIUM
POUVOIR
THERMOÉLECTRIQUE
DES ALLIAGESPar J.
FRIEDEL,
Centre de Recherches métallurgiques de l’École des Mines, Paris.
Sommaire. - Nous avons étendu au pouvoir thermoélectrique le calcul de Mott pour la résistivité due à des impuretés polyvalentes (Zn, Ga, Ge, etc.) en substitution dans des métaux monovalents
comme le cuivre. On explique ainsi l’ordre de grandeur et la courbure marquée des variations obser-vées en fonction de la concentration.
Pour les
alliages
à base d’aluminium, on obtient des résultats en meilleur accord avec l’expérienceen supposant que deux bandes se chevauchent. Les propriétés électriques dépendent alors surtout du nombre de trous positifs dans la première bande, si ceux-ci sont peu nombreux (alliages à base
d’alu-minium) ou lents (alliages des métaux de transition : Ni, Pd, Pt, etc.). Développant des, calculs dus à Mott et à Galt, nous montrons que dans ces deux cas la variation du pouvoir thermoélectrique doit être proportionnelle à la différence de valence de l’impureté et de la matrice. Nous déduisons de la valeur expérimentale du coefficient de proportionnalité qu’il y aurait environ o, oi trou positif par
atome dans la première bande de
l’aluminium
pur. Les fortes variations positives du pouvoirthermo-électrique dues à la dissolution de titane ou de zirconium dans l’aluminium s’expliquent peut-être par la formation d’ions de valences négatives, à couronnes d pleines. Les autres éléments de transition donnent, en solution tant dans l’aluminium que dans le cuivre ou l’or, de fortes variations négatives que ces théories ne peuvent expliquer.
TOME 1",. 11.. NOVEMBRE 1953
On sait
(Mott
et Jones[1])
que lepouvoir
thermo-électrique
S d’un métal ou d’unalliage
estpropor-tionnel à la dérivée
logarithmique
de larésistivité
ppar
rapport
àl’énergie
E des électrons au sommet E =EM
de la bande de conductionT est ici la
température, k
la constante deBoltz-mann et e la
charge
de l’électron. La résistivité pse traite de
façon
assez différente dans une bandesimple (cuivre)
et dans deux bandesqui
se che-vauchent(nickel,
aluminium).
Nous étudions doncces deux cas
séparément.
z
1. Une bande
simple.
-Quand
on introduitune concentration c
d’impureté
dans unmétal,
la résistivité p
change
de laquantité
Ap.
On sait que le niveau de FermiEM
reste constant tant que là concentration est faible(c f .
Friedel[2]).
Le pou-voirthermoélectrique
varie donc de laquantité
d’où
avec
et
Aux faibles
concentrations,
lesimpuretés
diffusent
indépendamment
les unes des autres.Ap
etdE
sont alors
proportionnels
à laconcentration,
et Axest une constante
indépendante
de la concentration c.La
formule (3)
montre que AS estproportionnel
à
àp,
donc à c, aux faibles .concentrations. Mais commeAp
estgrand
engénéral
pour lesalliages,
pc
AS doit avoir une concavité
marquée
vers cposi-tives (comme a, non comme
b,
f g. i)
et tendre ,rapidement
vers une valeur constante -(I
-, x x )S.
xPour les métaux dont les électrons de conduction
peuvent
être considéréscomme
libres,
Mottrepré-LE JOURNAL DE PHYSIQUE ET LE RADIUM.-~ T. 14. - N° 11. - NOVEMBRE 1953.
562
sente un noyau
d’impureté
par unecharge
supplé-mentaire Z
égale
à la difference des valences del’impureté
et de la matrice : Z = i pour lezinc,
le cadmium ou le mercure dans le
cuivre,
etc.Fig. 1.
a. Formes permises; b. Formes non permises pour S (c).
(ci.
Mott et Jones[3]).
L’approximation
de Bornpour la diffusion des électrons donne alors pour la résistivité
où rs
est le rayon de lasphère
atomique,
Fig. 2. -
AX (VY)
d’après l’équation (5).m*= pm
estici la
masse effective desélectrons,
etLa formule
(3)
donne alorsAx n’est donc fonction que de y. Sa variation est
donnée
figure
2.,
2.
Application
auxalliages
à base de cuivreet d’or. - Une telle
théorie,
et enparticulier
le calcul deàx,
serait bienapplicable
à desalliages
à base d’un métalsimple
tel que le sodium. Pour lecuivre,
on sait que le niveau de Fermi estprès
detoucher la limite de la
première
zone; il la touchevraisemblablement pour l’or
(Smit
[4]),
et c’estl’influence de cette limite
qui
expliqùe
lesigne
dupouvoir thermoélectrique
de ces .métaux purs(Mott
et Jones
[5]).
Un certain ).1 ombre des conclusions obtenues auparagraphe précédent
semblecependant
s"appliquer
auxalliages
de ces métaux.Ils
présentent
tout d’abord defaçon
trèsgénérale
la courbure
marquée
dutype a (fig.
i).
Lafigure
3donne pour
exemple
lesalliages
Ag Au.
. Cette courbure
correspond
bien à un àxconstant,
comme on s’en convainc en calculant cette
quantité
Fig. 3. - Pouvoir
thermoélectrique
des alliages Ag Au (Table des constantes, 1913). à
partir
des àS etAp
mesurés(AS :
Landolt etBôrnstein
[6]; Ap :
Linde[7])
et des valeurs de x déduites par Mott dupouvoir
thermoélectrique
du métal pur(Mott
et Joues[5]).
Le tableau I montreque Ax est bien à peu
près
constant,
tandis queAS
cne l’est pas du tout
(MN signifie
ici N dissousdans
M).
TABLEAU I.
Deux
exemples
de l’invariance de 3xavec la concentration c.
Les valeurs moyennes de Ax ainsi déduites de à S
pour
quelques alliages
à base decuivre
et d’or sontdonnées au tableau II. Comme
Ap
estpositif
et xde l’ordre de -
i à -
1,5,
pour les métaux
nobles,
ces valeurscorrespondent
à des valeursnégatives
deàS,
fortes pour les éléments de transition.TABLEAU II.
’
’
Valeurs observées pour Ax dans
quelques alliages.
Pour CuMn, Ax estfort
et positif
à bassetempérature.
Leschiffres
entreparenthèses
sont déduits d’une seulemesure. ,
,
Comme pour les métaux nobles u et
kM
sontvoisins de
l’unité,
on a,d’après
(4),
Vy
o, 5
àet la
figure
2 laisseprévoir
Ax ~ I à 2. C’estbien l’ordre de
grandeur
des valeurs observées(tableau II),
excepté
pour les éléments detransition,
dont la résistivité
Ap
est d’ailleursirrégulière
elleaussi
(Linde [7]).
,Dans les
alliages
à based’aluminium,
parcontre,
les valeurs de Ax déduites par la formule
(3)
desvariations AS mesurées par Crussard
[8]
sont trèsdispersées
(tableau
III,
2eligne).
L’hypothèse
d’une bandesimple
n’est donc pas très satisfaisante.Nous allons voir que l’on obtient de meilleurs résultats en
supposant
que dans l’aluminium purles bandes 3 s et 3 p se chevauchent et que la
bande 3 s- n’est pas
complètement pleine.
°
3. Deux bandes
qui
se chevauchent. Métaux purs. --- C’est lecas traité par Mott
(Mott
etJones
[5])
pour leséléments
de transition et par Galt[9]
pour lesalliages
d’aluminium où les bandes set p sont
supposées
se chevaucher. Nous exposonsici le calcul de
Galt,
légèrement
rectifié.Nous considérons deux bandes
qui
sechevauchent,
du
type
représenté
figure
4,
avec des trousposi-tifs 1 et des électrons 2.
Nous supposons que les trous
positifs
sont beau-coupplus
lents ou moins nombreux que les électrons.En d’autres
termes,
Eo -
E « E. Le courant estalors
transporté
enmajeure
partie
par les électrons 2et, par suite
où
N2 (E)
est le nombre paratome,
T2 letemps
derelaxation et m2 la masse des électrons. 2.
On a
(Mott
[ 10]),
siNI
est le nombre par atomede trous
1,
-
-Les deux termes
correspondent
aux transitionsdes électrons 2 vers des états des bandes 2 et
1 ’
respectivement.
Ils sont évidemmentproportionnels
aux. densités
d N1
~E etdN2
~E des états libres 1 et 2au sommet E de la bande de conduction. Les
coefficients
positifs
aet g
varient lentement avecl’énergie
E. Pour des bandesparaboliques
>(a
et b deux constantespositives),
Mott traite aFig. 4. - Bandes
qui se chevauchent.
et p
comme des constantes. Un calculplus
exact(Bardeen
[11])
montre que oc estproportionnel
1
à
E 2.
La formule
(1)
donne alorsoù
Le coefficient C est
positif
et C’ estpetit,
donc S estnégatif.
4. Extension aux
alliages.
- La formulesimple
duparagraphe
1 pourAp
n’estplus
appli-cable
ici,
et nous utilisons la formule(6)
pour0 S,
où lesparamètres
C,
C’,
E.
et E varient avec la564
Nous utilisons
l’approximation
des bandesrigides
(Jones [12],
Mott[13]),
donc supposons que dansl’alliage
les deux bandes ont même forme et mêmeposition
relative que dans le métal pur :a, b
etEo
sont alors constants.L’énergie cinétique
E varie avec le nombre moyend’électrons par atome, c’est-à-dire la concentration de
l’alliage,
cequi
fait varierrapidement
le nombreNi
de trouspositifs,
si ceux-ci sont enpetit
nombreou ont une masse effective élevée. Nous supposons que la variation de la résistivité
Ap
avec E est duebeaucoup plus
à cechangement
du nombre de trousqu’à
la diffusion desélectrons
2 par les atomes de soluté(ci.
Mott[10]).
Nous pouvons alorsnégliger
la variation deet, f3
avec laconcentration;
et lepouvoir
thermoélectrique
del’alliage
nedépend
quede
l’énergie cinétique
.,
Comme u est
grand
et Cpositif,
la formule(6)
montre que
ds
est une constanteosiüve.
On endéduit,
eneffet,
quand
«et g
sont considérés commeconstants,
et le coefficient A est évidemment
positif :
Ainsi des
impuretés
de valenceplus
fortes que lesolvant,
qui
augmentent
l’énergie cinétique
E,
pro-duisent unchangement
relatif2013
positif
(exemples :
Pd Ag,
Pd Au,
probablement
Al Si).
Desimpuretés
de valenceplus
faible,
qui
réduisentE,
produisent
un ds
négatif
(probablement
A1 Mg,
A1 Cu).
CeciS
est en accord pour les
alliages
d’aluminium avec larègle expérimentale
de Crussard[8],
comme l’aexpliqué
Galt.De
plus,
dS doit êtreproportionnel
àdE,
donc afiproduit
de laconcentration
c et de la différence Zdes valences des deux constituants. Le tableau 111
donne les valeurs de B
= - ds/Zs
pour les
alliages
d’aluminium,
d’après
les mesures deCrussard.
B est bien à peu
près
le même pour les élémentsnon de transition. Les assez fortes valeurs de dS
pour le titane et le zirconium
pourraient
s’expliquer
si ces
éléments
se dissolvaient dans l’aluminiumavec une couronne d
complète.
On sait que lesrègles
d’Hume-Rothery
semblentindiquer
que lenickel,
le
cobalt,
le fer etpeut-être
lemanganèse
et le chrome se dissolvent de cettefaçon
dansl’aluminium,
quand
ils sont à faible teneur, les électronssupplé-dentaires étant soustraits à la bande de conduction
(Raynor [ 14]).
Et ces « valencesnégatives
» semblentconfirmés
par le fait que ces éléments sepré-sentent à
l’analyse
de la structure par les rayons Xcomme de gros ions
ayant
plus
que leurpart
d’élec-trons
(Taylor
[15]).
Ilserait
intéressant d’étudierde la même
façon
lesalliages
Al Ti.TABLEAU III.
Pouvoir
thermoélectrique
desalliages
d’aluminium.(dS
en1£ V/0
à6oooC).
Nous pouvons
enfin
déduire de la valeur dufac-teur B =-
2013 ?
le nombreNi
de trous dans labande 1. En
effet,
dansl’approximation
des bandesrigides
utiliséeici,
le nombred’électrons
supplé-mentaires
par atome introduits avec l’élémentdissous est
D’où
Soit maintenant p l’excès d’électrons 2 sur le
nombre de trous 1 :
p est l’excès du nombre
d’électrons
de valence paratome du métal de base sur le nombre d’électrons’
que la
première
zonepeut
contenir. Dansl’alu-minium,
parexemple,
p = 3 -2 = I .
Introdui-sant p dans
(7),
on a finalement pour le nombreNi
de trous
positifs
2 ,
Le
rapport
(l;) 3
est celui des masses effectivesLe
rapport
b est celui des masses effective
des électrons et .des trous
positifs.
Noustraiterons
1 er CAS : 1 TROUS NOMBREUX, MAIS LENTS. - C’est
le cas des éléments de transition.
Ni
est finiet a/b petit.
Parsuite,
et
Comme
dans ce cas la constante C= pb
estgrande,
03B1a
la
formule,(7)
montre que A ~ i. FinalementLe tableau IV donne les valeurs ainsi
obtenues
pour
N’1
pour troisalliages
typiques.
Les valeurs de S sontprises
chez Borelius[ 16J ;
B est déduit des valeurs dS(c)
données par Mott et Jones[5],
Landoltet Bôrnstein
[6]
et les Tables des constantesphy-siques
j17].
’
TABLEAU IV.
Calcul du nombre Ni de trous
positifs
.
(0, température
demesure).
L’accord avec les nombres
expérimentaux
déduitsde mesures
magnétiques
(dernière
colonne)
estgros-sier. Il nous invite
cependant
àétudîèr--un
autrecas
limite,
qui s’applique
sansdoute
auxalliages
d’aluminium.
2e cAS : PEU DE TROUS. -
Ni
estsupposé petit;
a et b du même ordre de
grandeur.
La formule(9)
se réduit alors à .Comme ici u =
(bN2/aN1)3
estpetit,
la formule(7)
montre que
A - I
D’oùPour les
alliages
d’aluminium,
nous avons trouvéà 6oooC
(ci.
tableauIII).
CommeS - - 5 li. V/0
à
°
cette
température (Borelius,
loc.cit.),
nous avonsNi ce o, o i.
Nous insistons sur ce que ce chiffre n’est
qu’un
ordre de
grandeur.
Mais l’existence d’unpetit
nombre de trouspositifs
dans la bande S est en accord avecl’analyse
de ce métal parMatyas [18]
et necontredit pas l’étude
plus
récente deLeigh [19].
, Notons enfin que les éléments de transition
(Ni,
Co,
Fe,
etc.)
donnent une forte variationnégative
du
pouvoir thermoélectrique,
tant dans l’aluminiumque dans le cuivre ou l’or. Les théories
simples
exposées
ci-dessusn’expliquent
pas cette varia-tion. Peut-êtrel’approximation
de Born surlaquelle
elles sont fondées n’est-elle pas suffisante dans ce cas
et faut-il
’invoquer
un mécanismeanalogue
àl’effet
Ramsauer Townsend dans la diffusion par les gaz(Mott
etMassey [20]).
’L’auteur tient à remercier M. Tessier du Cros pour
la correction d’une erreur dans la formule
[5].
, Manuscrit reçu le 8 juin I953.BIBLIOGRAPHIE.
[1] MOTT N. F. et JONES H. - Metals and
Alloys, Oxford, I936, p. 3II.
[2] FRIEDEL J. - Phil.
Mag., I952, 43, I53.
[3] MOTT N. F. et JONES H. - Metals and Alloys,
Oxford,
I936, p. 86 et 293. [4] SMIT J. -
Physica, I952, 18, 587.
[5] MOTT N. F. et JONES H. - Metals and
Alloys, Oxford, 1936, p. 3I2.
[6] LANDOLT H. H. et BÖRNSTEIN R. - Tabellen, Berlin,
I93I.
[7] LINDE J. O. 2014 El. Eig. verd. Leg. Kup., Sil., Goldes, Diss. Stockholm, I939.
[8] CRUSSARD C. - Bristol
Conf. Rep., I948, p. II9.
[9] GALT J. K. - Phil.
Mag., I949, 40, 309. [10] MOTT N. F. - Proc.
Roy. Soc., I936, A 156, 368.
[11] BARDEEN J. -
Phys. Rev., I937, 52, 688.
[12] JONES H. - Proc. Roy. Soc., I934, 144 A, 225.
[13] MOTT N. F. - Proc.
Phys. Soc., I935, 47, 57I. [14] RAYNOR G. V. 2014 Progr. Met. Phys., I949, 1, I.
[15] TAYLOR W. H. 2014 Abingdon Conf., I952 (sous presse). [16] BORELIUS G. -
Hand. Metall., Leipzig, I935, p. 400. [17] Tables des Constantes physiques, Paris, I9I3.
[18] MATYAS Z. 2014 Phil. Mag., I949, 40, 324. [19] LEIGH R. S. 2014 Phil. Mag., I95I, 42, I39 et 876. [20] MOTT N. F. et MASSEY H. S. W. - Atomic Collisions,