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Submitted on 1 Jan 1946
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Examen aux rayons X d’esters chlorés de quelques
acides gras à longue chaine
Jean Brenet
To cite this version:
EXAMEN AUX RAYONS X D’ESTERS
CHLORÉS
DEQUELQUES
ACIDES GRAS A LONGUE CHAINEPar JEAN BRENET,
Chargé
de Recherches.Laboratoire de rayons X du Centre national de la Recherche
scientifique,
à Bellevue.Sommaire. 2014 Cette étude
a porté sur l’orientation et la structure d’esters chlorés d’acides gras à
longue chaîne. Des diagrammes pris au cristal tournant, on a pu déduire : 1° La tendance très marquée à l’orientation de ces molécules;
2° La loi de variation des longueurs moléculaires en fonction du nombre d’atomes de carbone; 3° Une généralisation de la théorie de Shearer, pour le calcul de la distribution des intensités des raies du diagramme en fonction de l’ordre de réflexion, dans le cas de molécules possédant plusieurs
centres de diffraction à forte densité électronique le long de la chaîne.
Ce travail a pour but initial d’étudier par
diffrac-tion des rayons X la structure et les
phénomènes
d’orientation des molécules de certains dérivés
particuliers
des acideslaurique, myristique,
palmi-tique
etstéarique.
Ces dérivés sont des esters chlorés obtenus par combinaison des acides gras et de lamonochlorhydrine
duglycol;
leurs formules sontrespectivement :
De nombreux travaux antérieurs ont été faits
sur des
composés
organiques
àlongue
chaîne :carbures, acides, alcools, cétones, esters;
l’on connaît les résultatsimportants
obtenus par diversauteurs,
etplus particulièrement
parMüller, Shearer, Saville,
J.-J.Trillat,
Meyer,
etc. L’une des méthodesgéné-ralement
appliquées
est celle utilisée par J.-J. Tril-lat[1],
ou méthode du cristal tournant de M. M. deBroglie.
C’est cette méthodequi
a été utiliséedans la
présente
étudequi
aporté :
1° Sur l’orientation des
esters,
et sur le calculdes distances
réticulaires;
2° Sur la distribution des intensités pour les
divers ordres de réflexion.
1. Phénomènes d’orientation des esters et
calcul des distances réticulaires. -
Les
échan-tillons des esters examinés ont été obtenus par fusion sur lame de verre. Les clichés montrent
dans certains cas
jusqu’à
17 ordres de réflexionsuccessifs,
cequi
indique
que la stratification esttrès
parfaite
ainsi que l’orientation des moléculesFig, i. - Laurate de
-chloréthyle.
par
rapport
ausupport
(fig.
i et2).
Le calcul desgrandes
distances réticulaires àpartir
desdiagrammes
de diffraction donne les résultats suivants :valeurs
qui
peuvent
êtrecomparées
à celles desacides gras
correspondants
obtenus par la même140
méthode :
Fig. 2. - Stéarate
deyfi-chloréthyle.
L’accroissement des distances réticulaires par atome
de carbone
est,
pour cesesters,
La variation de la
dzstance dl
est donc linéaireet
peut
êtrereprésentée
par une droite( fig. 3).
Fig. 3.
(Nous
rappelons
que pour les acides gras orientés par fusion sur verre, J.-J. Trillat a trouvé unaccrois-sement Ad
égal
à1 Á.)
N
Cette
variation d d1
permet
de calculer l’incli-naison de la chaîne sur lesupport.
Si l’on serappelle
que l’étude de la
structure des
acides gras fournitun accroissement de
longueur
de la moléculede 1,27 Á par atome de
carbone,
et si l’on tientcompte
de la valeur1,15
trouvéeplus
haut pour l’accroissement de la distanceréticulaire,
onpeut
évaluer à
72D l’angle
des molécules avec lesplans
réticulaires
(001).
En outre, àpartir
des valeursdes diamètres de 0 et Cl données par Goldschmidt
[3],
on
peut
calculerl’angle
entre les liaisons de Clet des CH2
précédents.
Dansl’hypothèse
admiseaujourd’hui
de chaînes enzig
zag, cetangle
estégal
à24~ 58’.
Les distances réticulaires observées ne sont
compatibles qu’avec
ladisposition déjà
trouvéepour les acides gras en
particulier,
c’est-à-dire deux moléculesdisposées
bout à bout dans desdirections
opposées.
Ainsi comme pour les acides gras, etplus généralement
comme pour tous les corps àgroupement
terminalactif,
ces corps sedisposent
en couches bimoléculaires. Ce résultatmontre donc que les molécules d’esters chlorés
possèdent
unepolarité
nettementmarquée
due très certainement à laprésence
du chlore terminalet du
groupement
CO-0.Enfin,
soit àpartir
de raies floueséloignées
de la tache centrale(sur
lesdiagrammes
au cristaltournant),
soit àpartir
dediagrammes
depoudres,
on
peut
déterminer lespetites
équidistances
prin-cipales qui
sontrespectivement
Il convient de
rappeler
que l’intensité desphéno-mènes d’orientation est, comme l’a montré J.-J.
Tril-lat,
en relation avec lespropriétés d’adsorption
et delubrification;
cephénomène, particulièrement
net pour les esters chlorés d’acides gras,
indique
que ces corps doivent êtresusceptibles
de jouer
le rôle de couche
protectrice
et lubrifiante(«
épi-lamen » au sens de P.
Woog) lorsqu’ils
sontincor-porés
dans des huiles degraissage;
il serait donc intéressant de les utiliser comme «dopes »
d’onc-tuosité.
2. Distribution des intensités dans les
diffé-rents ordres de réflexion. Généralisation de la
théorie de Shearer. - Suivant les
conceptions
déjà exposées
par J.-J. Trillat et Louis deBroglie
d’un
part
[i],
Shearer[2]
d’autrepart,
on considèredans une molécule
donnée,
larépartition
des densitésélectroniques
des éléments constituant la chaîne suivant l’axe de cette chaîne. Lepouvoir
diffractant de la chaîne varie en effet enchaque
point
suivant cette densité.Pour les
composés
étudiésici,
on obtient unereprésentation plus
complexe,
en raison de laprésence
dans lachaîne,
d’ungroupement
C = 0à densité
électronique
élevée,
comparable
au moinsà celle du chlore terminal
(fig. 4).
groupe-ments CO et CI sont
séparés
seulement par deuxgroupements
CH2.Jusqu’ici
l’expérience,
en accordavec la théorie
(1), (2),
avait montré que pour leschaînes linéaires
possédant
un seulgroupement
actif terminal
(acides,
alcools parexemple),
lesdiagrammes
présentaient
un renforcement des ordresimpairs
et un affaiblissement des ordrespairs.
Fig. 4.
Sur les distances horizontales, en bas des figures 4 et 5 lire :
dl
au lieu ded ~
2 2Dans le cas actuel où le groupe terminal est
complexe,
la distribution des intensités diffère
profondément
de celle
présentée
par les corpsprécédents
et la théorie de Shearer[2]
nepeut
plus
s’appliquer
sous sa forme initiale.Rappelons
brièvement leprincipe
de cette théorie : Sidl
désigne
la distance réticulaire et x la distance" d’un centre diffractant au
plan
deréférence,
onpose que
l’amplitude
de l’onde réfléchie par l’élément dx depouvoir
diffractantf
(x)
estpropor-tionnelle à
n étant l’ordre de
réflexion,
c la vitesse de lalumière,
7~ la
longueur
d’ondediffractée,
A une constante.L’ensemble des ondes diffractées entre deux
plans
réticulaires successifs est donné par
où
Dans le cas de deux molécules
placées
bout à bout dans des directionsopposées,
on montre facilementque l’on a
_7
L’amplitude
estproportionnelle
à 2AJ,
J étantl’intégrale
figurant
dans la formule(2).
Cette méthodeest basée sur le fait que le
pouvoir
diffractantf (x)
reste constant dans certaines
parties
de la moléculeet ne varie
brusquement qu’en
despoints
où la densitéélectronique
s’accroît ou diminue de lamême manière. ’
3. Généra,lisation de la théorie de Shearer.
-Le fait que les formules de Shearer ne
pouvaient
s’appliquer
aux esters chloréstient]à
laproximité
des deux
groupements
C0.0 et Cldéjà signalée.
Ceci conduit alors à
généraliser
les calculs de Shearerà des molécules
plus complexes.
Considérons lareprésentation
schématique
de la densité électro-’
nique
de la chaîne en fonction de la distance àl’origine
de la chaîne( fig. 5).
Fig. 5.
Soient
Rz, R2,
...,Rk,
lespouvoirs
diffractantsdes
groupements
à densitéélectronique
élevée.Soient S le
pouvoir
diffractant dugroupement
terminal à forte densité
électronique,
P celui del’hydrogène
etQ
celui desgroupements
CH2.Soient
a 0 la
largeur
dugroupement
H,
61, ô2,
...,6k
celles des
groupements
.R1, R2,
...,Rk
et Ô cellesdu
groupement
actif termmal.Désignons
par pi2
P2 2’ .., Pk d1
les distances desgroupements
Ri,
2 2
R2,
...,Rk
àl’origine.
On doit
calculer,
en tenantcompte
des limites142
on arrive aisément
pour les ordres
pairs,
et àpour les ordres
impairs.
~
Fig. 6.
Dans le cas
présent,
il n’existequ’un
centrediffractant
R,
legroupement
C=0,
et on a lesformules
On
peut
d’ailleurs étendre la théorie au cas oùla molécule ne
possède
pas degroupement
terminal à forte densitéélectronique.
Dans le cas d’un seulgroupement
présent
dans lamolécule,
on montreavec Shearer
[2]
que l’intensité estproportionnelle
1
à
I
i
+7~
enposant
Considérons maintenant des molécules de ce
type,
mais avec
plusieurs
centres diffractants à densitésélectroniques
élevées dans la moléculereprésentée
par le schéma de lafigure
6. CalculonsIl
etI,
enconservant les notations
précédentes :
et une relation
analogue
pour12,
les cosinus étantremplacés
par sinus. On obtient les formules(11)
et
(12)
d où
Il
1-~-
1:
proportionnel à
On voit que cette formule conduit bien à retrouver les formules de
Shearer;
ainsi parexemple,
pourune cétone à chaîne
linéaire,
on obtientqui
n’est autre que la formule donnée par Shearer4.
Application
aux esters chlorés d’acides gras. Discussion des résultats. - Pour lescorps étudiés
ici,
le calculthéorique
été basésur les formules
(6)
et(7)
en faisant les mêmeshypothèses
que Shearer pour lesapproximations.
On pose alors
et, de
plus,
tenantcompte
des densitésélectroniques
de
H, CH2
etCl,
onprend
d’où les formules
Dans ces formules le terme en COS1! np traduit l’influence de la
position
dugroupement
C=O dansFig. 7. - Laurate.
la
molécule,
et le coefficient R -Q
traduit soninfluence sur
l’amplitude
de l’onde diffractée. Eneffet R -
Q
représente
la différence entre lespouvoirs
diffractants de C=Q-0 et desCH2,
cespouvoirs
étant en relation étroite avec les densités
électro-niques
de cesgroupements.
Les
diagrammes
de cristal tournant obtenusexpérimentalement
sontreprésentés
sur lesfigures
iet 2. Si l’on
prend
l’intensité de la raie dupremier
ordre comme unité et si l’on fait le
rapport
desintensités des autres raies à
celle-ci,
on obtient larépartition
des intensités observées en fonctionde
l’ordre(trait pointillé
sur lesfigures
7, 8, 9,10).
Fig. 8. -
Myristate.
La théorie
développée
plus
haut donne unerépar-tition
figurée
en traitspleins
sur lesfigures
7,8, g
et 10. Le tableau suivant résume les valeurs observées
et calculées.
La valeur de R -
Q adoptée
pour les calculsà
partir
des formules(15)
et(16),
etexprimée
enfonction de
Q -
P,
donne un accord tout à fait satisfaisantjusqu’au
septième
ordre pour lemyris-tate,
palmitate
et stéarate( fig.
8,
g et10).
Parcontre, pour le
laurate,
l’accord n’estacceptable
quejusqu’au cinquième
ordre(fig. 7);
la différenceconstatée est
peut-être
attribuable à l’existence d’une formepolymorphique
ou à uneimpureté.
Dans les
calculs,
la valeur de R -Q
adoptée
a144
valeur a donné des résultats très satisfaisants pour
les molécules de
myristate, palmitate,
stéarate,
semble montrer que l’on a ainsi une manière d’évaluer l’ordre degrandeur
dupouvoir
diffractant dugroupement
C-0. Cepouvoir
diffractant estpropor-tionnel à la densité
électronique
dugroupement
considéré. Il devrait être pourCO,
théoriquement
du même ordre de
grandeur
que celui deFig. 9. - Palmitate.
En
effet,
pour les diversgroupements,
on devraitavoir :
P
proportionnel
à I pourl’hydrogène,
Q
» 8 »CH2,
~t » I4 »
CO,
S » 17 » Cl.
Ce
qui
donne pour lestermes Q -
P et R -Q
Q-P proportionnel
à 7,R-~
» 6,d’où R -
Q
sensiblementégal
àQ -
P.En fait l’accord obtenu entre théorie et
expé-rience montre que l’on doit
prendre
Il y a donc renforcement
apparent
dupouvoir
diffractant de
CO;
ce renforcementparaît
provenir
de la
proximité
du Cl terminal de densitéélectronique
comparable,
et est de l’ordre de1,6
parrapport
au
pouvoir
diffractant que l’onpeut
déduire de la densitéélectronique
réelle.Fig. I o. - Stéarate.
Il serait évidemment intéressant d’établir la
« carte » des densités
électroniques
en utilisant la méthode dePatterson;
c’est ce que nous nous proposons de faire ultérieurement.Conclusion. - De cette
étude,
nous pouvonsconclure que les esters chlorés d’acides gras
pré-sentent une
aptitude à
l’orientation très nette surles surfaces leur servant de
support.
La
généralisation
de la théorie de Shearer à des moléculescomplexes
permet
d’obtenir des valeursthéoriques
de la distribution des intensités des raies en fonction de l’ordre de réflexion et d’aboutirà un accord satisfaisant avec les valeurs observées.
Les esters chlorés purs ont été
préparés
parl’Ins-titut de Recherches des Huiles et
Oléagineux
quenous remercions
ici;
le travailexpérimental
etthéo-rique
a été effectué au Laboratoire deRayons
X ducentre national de la Recherche
scientifique,
àBellevue,
sous la direction du Professeur J.-J. Trillat que nous remercionségalement.
,
Manuscrit reçu le 25 mai ~946.
BIBLIOGRAPHIE.
[1] J.-J. TRILLAT, Ann. de Phys., juillet-août 1926 et Thèses,
Paris, 1926. 2014 J.-J. TRILLAT et Louis DE
BROGLIE,
C. R. Acad. Sc., 1485, 18 mai 1925.
[2] SHEARER, Proc. Roy. Soc., 1925, vol. 108, p. 655.