• Aucun résultat trouvé

Analyse du travail clandestin et de son évolution à Genève

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Analyse du travail clandestin et de son évolution à Genève"

Copied!
45
0
0

Texte intégral

(1)

Report

Reference

Analyse du travail clandestin et de son évolution à Genève

FLÜCKIGER, Yves, FERRO-LUZZI, Giovanni, URANTOWKA, Wiktoria & Observatoire Universitaire de l'Emploi

Abstract

Ce rapport fait suite à une demande émanant du Conseil d'État à travers le département de la sécurité, de la police et de l'environnement et dont le mandat a été confié au Professeur Flückiger actuel vice-recteur de l'Université de Genève. L'objectif de ce mandat consiste à fournir un tableau aussi complet que possible de la population clandestine dans le canton de Genève. Un premier rapport avait été réalisé par l'Observatoire en 2004 mais il ne concernait que la population clandestine travaillant dans le secteur de l'économie domestique. Le présent travail s'inscrit dans la continuité de ce premier rapport avec une perspective plus large où tous les travailleurs clandestins seront pris en compte indépendamment du secteur d'activité. Ainsi que discuté plus en avant, le secteur de l'économie domestique reste le principal pourvoyeur d'emplois pour cette population, de sorte que les résultats obtenus ne contrastent pas énormément par rapport à ceux du premier rapport.

FLÜCKIGER, Yves, FERRO-LUZZI, Giovanni, URANTOWKA, Wiktoria & Observatoire Universitaire de l'Emploi. Analyse du travail clandestin et de son évolution à Genève. Genève : Observatoire Universitaire de l'Emploi, 2012, 44 p.

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:76318

Disclaimer: layout of this document may differ from the published version.

1 / 1

(2)

1

Analyse du travail clandestin et de son évolution à Genève

Professeur Yves Flückiger Dr. Giovanni Ferro Luzzi

Wiktoria Urantowka

Observatoire Universitaire de l’Emploi (OUE)

1

Université de Genève

14. août 2012

Rapport réalisé pour le Département de la sécurité,

de la police et de l'environnement

État de Genève

1 Les auteurs tiennent à exprimer leur gratitude à Madame Michèle Gagnon et Monsieur Thierry Horner du Syndicat Interprofessionnel des Travailleurs, qui leur ont grâcieusement mis à disposition la base de données et les ont assistés dans l’élaboration et le traitement des données. Les auteurs remercient également Messieurs Bernard Babel et César Tercero, ainsi que Madame Anne Babel de la Fondation Pro (prestataire de « Chèque Service ») pour avoir attiré leur attention sur les données concernant leur clientèle et qui sont disponibles sur leur site internet. La responsabilité des éventuelles erreurs ou omissions du présent rapport reste entièrement celle des auteurs.

(3)

2

Sommaire

1 Introduction ... 4

2 Analyse de l’offre de travail des clandestins ... 5

2.1 Typologie des travailleurs clandestins ... 5

2.2 Données ... 5

2.3 Caractéristiques de la population clandestine ... 7

2.4 La durée de séjour et d’emploi des travailleurs clandestins ... 14

3 Rémunération des travailleurs non déclarés... 18

3.1 Données et statistiques descriptives ... 18

3.2 Les déterminants de la rémunération des travailleurs clandestins ... 25

3.3 La population déclarée similaire aux travailleurs clandestins ... 27

3.4 Différences de salaires entre travailleurs déclarés et clandestins ... 30

4 La demande de travail domestique... 35

4.1 La demande d’aide externe ... 38

5 Résumé et conclusions ... 42

Liste des Figures Figure 1 Population clandestine selon la nationalité ... 7

Figure 2 Population clandestine selon la région d'origine ... 8

Figure 3 Répartition par âges (SIT) ... 9

Figure 4 Répartition par âges (Chèque service) ... 10

Figure 5 Population clandestine selon le secteur d’activité ... 11

Figure 6 Proportion de travailleurs clandestins hommes ... 11

Figure 7 Secteur d’activité selon le continent d’origine... 12

Figure 8 Population clandestine selon l’état civil ... 13

Figure 9 Population clandestine selon le niveau d’éducation ... 14

Figure 10 Probabilité de séjour minimal des clandestins à Genève ... 15

Figure 11 Durée de séjour minimal des travailleurs clandestins ... 16

Figure 12 Durée de séjour minimal par sexe ... 16

Figure 13 Durée de séjour par région d’origine ... 17

Figure 14 Probabilité de rester en emploi pour les travailleurs clandestins ... 18

Figure 15 Distributions des salaires horaires des femmes et des hommes ... 20

Figure 16 Distribution des salaires horaires (Chèque service) ... 21

Figure 17 Salaire horaire selon le nombre d’employeurs ... 22

Figure 18 Salaire horaire selon le nombre d’heures travaillées ... 22

Figure 19 Heures hebdomadaires dans l’économie domestique et salaire horaire moyen ... 23

Figure 20 Distribution des heures de travail des travailleurs clandestins ... 24

(4)

3

Figure 21 Salaire horaire selon le secteur d’activité ... 24

Figure 22 Région d’origine pour les travailleurs en situation régulière et irrégulière ... 28

Figure 23 Travailleurs en situation régulière et irrégulière par classes d’âge ... 29

Figure 24 Travailleurs en situation régulière et irrégulière par état civil ... 29

Figure 25 Distributions des salaires horaires des hommes et des femmes déclarés, ESPA 2010 ... 31

Figure 26 Distribution des salaires horaires potentiels des travailleurs clandestins ... 35

Figure 27 Distribution des heures de travail domestique à Genève, ESPA 2010 ... 36

Figure 28 Heures de travail domestique externe demandées en Suisse, ESPA 2010 ... 39

Liste des Tableaux Tableau 1 Salaire mensuel des travailleurs clandestins selon les heures ouvrées ... 19

Tableau 2 Estimation d’une équation de salaire pour les travailleurs clandestins ... 26

Tableau 3 Répartition des travailleurs déclarés par nationalité ... 28

Tableau 4 Niveau de formation des travailleurs en situation régulière ... 30

Tableau 5 Statistiques des salaires horaires pour les travailleurs déclarés et clandestins ... 31

Tableau 6 Profils-type des travailleurs clandestins et déclarés ... 32

Tableau 7 Estimation des modèles de détermination du salaire pour le marché potentiel des travailleurs clandestins, ESPA 2010. ... 32

Tableau 8 Salaires prédits des travailleurs clandestins ... 34

Tableau 9 Temps consacré aux activités domestiques en Suisse et à Genève, ESPA 2010 .... 36

Tableau 10 Demande totale de travail ménager auto-produit par type de ménage en Suisse et à Genève par jour, ESPA 2012 ... 37

Tableau 11 Estimation des heures de travail domestique en Suisse, ESPA 2010 ... 38

Tableau 12 Demande totale de travail ménager externe par type de ménage et statut sur le marché du travail en heures par semaine, ESPA 2010 ... 40

(5)

4

1 Introduction

Ce rapport fait suite à une demande émanant du Conseil d’État à travers le département de la sécurité, de la police et de l'environnement et dont le mandat a été confié au Professeur Flückiger actuel vice-recteur de l’Université de Genève. L’objectif de ce mandat consiste à fournir un tableau aussi complet que possible de la population clandestine dans le canton de Genève. Un premier rapport avait été réalisé par l’Observatoire en 2004 mais il ne concernait que la population clandestine travaillant dans le secteur de l’économie domestique. Le présent travail s’inscrit dans la continuité de ce premier rapport avec une perspective plus large où tous les travailleurs clandestins seront pris en compte indépendamment du secteur d’activité.

Ainsi que discuté plus en avant, le secteur de l’économie domestique reste le principal pourvoyeur d’emplois pour cette population, de sorte que les résultats obtenus ne contrastent pas énormément par rapport à ceux du premier rapport.

Il n’est pas inutile de rappeler que toute étude sur l’économie sous-terraine comporte une dose importante d’incertitude quant aux résultats présentés. Ces personnes et leurs activités étant caractérisées par l’absence de données dans les registres officiels, et ne faisant pas partie des populations-cible dans les enquêtes sur le marché du travail, leur réalité échappe presque toujours aux statistiques officielles. Cela ne signifie pas pour autant que rien ne puisse être entrepris pour tenter de répondre à certaines interrogations concernant leur nombre, leur activité économique et leurs caractéristiques sociodémographiques. Cette étude reprend une base de données qui avait été exploitée dans le premier rapport et qui a été gracieusement mise à disposition par le Syndicat Interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT).

Cette base de données n’est aucunement construite à des fins statistiques, mais est constituée sur la base de dossiers de personnes en situation irrégulière et venues demander conseil auprès du SIT. D’autres rapprochements peuvent être effectués avec des bases de données officielles, en particulier l’Enquête sur la population active (ESPA) ou celles de « Chèque Service ».

Le présent rapport s’articule comme suit. En premier lieu, les caractéristiques sociodémographiques des personnes en situation irrégulière sont décrites. Ce tableau permet d’une part de mesurer si des modifications substantielles sont observées sur le type de personnes qui travaillent de manière clandestine à Genève. Il fournit également une vision intéressante du « clandestin-type » si un tel profil peut être dressé.

Une seconde partie s’intéresse aux rémunérations des travailleurs clandestins. Il s’agit dans cette section de mesurer le salaire que touchent ces personnes en fonction de leur pays d’origine, leur âge, leur niveau d’éducation ou tout autre variable d’intérêt qui puisse affecter leur statut sur le marché du travail. Une comparaison avec des données issues de la statistique officielle est également effectuée afin de cerner le segment de population active de laquelle cette population-cible s’approche le plus. Cette comparaison est évidemment risquée pour de multiples raisons qui seront détaillées plus loin, et l’interprétation des résultats doit toujours être faite avec une dose de prudence.

Enfin, la troisième section tente de mesurer la relation que les travailleurs clandestins entretiennent avec le marché du travail et le canton-hôte plus généralement. Cette partie est naturellement la plus sujette à l’incertitude car aucune donnée fiable n’existe sur les durées de séjour ou sur les durées d’emploi de ces personnes. Néanmoins, certains scénarios fondés sur des hypothèses qui seront précisées plus loin fournissent des pistes de réflexion sur la manière dont ces personnes se voient sujettes à perdre un emploi ou quitter le pays.

La dernière section fournit des conclusions en résumant les principaux résultats.

(6)

5

2 Analyse de l’offre de travail des clandestins

Cette section est consacrée à l’analyse de l’offre de travail émanant des travailleurs clandestins. Elle s’efforcera dans un premier temps de répondre à la question : qui sont les travailleurs clandestins à Genève ?

2.1 Typologie des travailleurs clandestins

Le premier rapport de l’OUE a déjà discuté les problèmes conceptuels pour définir cette population et essayer d’en définir les contours. La « clandestinité » revêt plusieurs formes liées à l’entrée dans le pays, le permis d’y séjourner et le droit d’y exercer une activité lucrative. Plusieurs études ont également vu le jour pour tenter de dénombrer le plus précisément cette population. Pour l’Union Européenne (EU-25), on estime que le nombre de sans-papiers se situe entre 1,9 et 3,8 millions de personnes. Pour la Suisse, les estimations varient entre 70 000 et 300 000 personnes, avec une étude de l’Office fédéral des migrations plaçant ce nombre à 90 000 en 20052. Il est en revanche assez difficile d’en déduire le nombre pour le canton de Genève, car ce dernier est fortement urbanisé, très international avec une économie régionale relativement dynamique. Par ailleurs, l’application de la loi et les mesures prises par les autorités à l’encontre de cette population varient sensiblement entre cantons.

Néanmoins le chiffre de 8'000 à 12'000 a été avancé pour le canton de Genève3. 2.2 Données

Ce portrait du travailleur clandestin4 exploite l’information relative à l’origine, l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, etc. Plus loin, ces caractéristiques seront analysées plus finement en relation avec la rémunération de ces personnes afin d’en identifier les principaux déterminants. Ainsi que mentionné plus haut, la source première d’informations sur les travailleurs clandestins à Genève est la base de données du SIT. Cette base de données est constituée de dossiers de personnes qui s’adressent au SIT pour de multiples raisons, qu’il s’agisse d’un conflit avec l’employeur ou simplement des informations sur les droits de l’employé. La base de données répertorie donc principalement des relations d’emploi entre le travailleur clandestin et son employeur qui peut être un particulier ou une entreprise. L’unité statistique de base est donc une relation d’emploi et non nécessairement une personne. Un travailleur clandestin peut donc figurer dans la base de données plusieurs fois, soit parce qu’elle a simultanément plusieurs employeurs, soit parce que cette personne est revenue au SIT, et que son employeur a changé entre-temps. Pour tout nouvel emploi de la personne, un nouveau dossier est constitué et rentré dans la base de données. D’un point de vue statistique, la base de données confronte le chercheur à plusieurs difficultés5.

1) Les personnes qui y figurent sont uniquement celles qui se sont présentées au SIT.

Autant ce constat est évident, autant il soulève de questions au niveau de la représentativité de l’échantillon utilisé. Il est en effet peu probable que la population

2 Voir « Leben als Sans-Papier in der Schweiz – Entwicklungen 2000-2010 ». Eidgenössische Kommission für Migrationsfragen, 2010.

3 Ces chiffres proviennent du bulletin d’information du SIT, no 93 de 2004 et sont mentionnés dans l’étude

« Sans Papiers in der Schweiz: Arbeitsmarkt, nicht Asylpolitik ist entscheidend », Gfs.Bern, Schlussbericht im Auftrag des Bundesamtes für Migration, 2005. À titre de comparaison, le canton de Zürich contiendrait environ 20'000 sans-papiers et le canton de Bâle-Ville environ 5'000.

4 Le masculin dans ce rapport est neutre et désigne l’ensemble des travailleuses et travailleurs clandestins.

5 Il convient de rappeler que la base de données n'a pas pour vocation une utilisation statistique mais d'assistance aux personnes venues consulter le SIT. La mise en exergue des lacunes statistiques ne constituent bien entendu pas une critique de la base de données.

(7)

6

clandestine qui s'adresse au SIT soit tirée au hasard dans le canton de Genève. Il s'agit vraisemblablement davantage de personnes ayant un conflit avec leur employeur, mieux au fait de leurs droits, ou disposant d'un meilleur capital social dans le canton.

Quelle que soit la raison, cela implique que certaines variables comme le niveau d'éducation, la durée de séjour ou le niveau de salaire sont sujettes à ce que l'on nomme un biais de sélection, qu'il est difficile de corriger sans information sur le groupe sous-représenté et la manière dont s'établit la sélection.

2) Le fait qu'une personne apparaisse plusieurs fois dans la base de données parce qu'elle a changé plusieurs fois d'employeurs peut également introduire un biais dans la représentativité de cette personne. En effet, si l'on exploite tous les emplois que cette personne a occupés et qui figurent dans la base de données, elle risque fort d'y être surreprésentée avec ses caractéristiques qui font qu'elle change d'employeur ou qu'elle est à Genève sur une durée plus longue.

3) Les personnes qui ont ouvert un dossier au SIT ne reviennent pas nécessairement au SIT par la suite, et il est donc impossible de savoir ce qu'est devenue cette personne.

Elle peut avoir changé d'employeur ou être au chômage, ou tout simplement avoir quitté le canton tout comme être restée auprès du même employeur! À nouveau, il n'est pas possible de connaître cette information, et le chercheur est amené à faire des hypothèses sur ce qu'il est advenu de cette personne.

À ces lacunes s'ajoutent des variables qui ne sont pas toujours renseignées (à nouveau, un biais de sélection est possible voire probable) ou certaines valeurs sont aberrantes. Ces lacunes doivent être connues car elles impliquent une certaine prudence dans l'interprétation des résultats, qui va au-delà de la simple fourchette statistique communément présentée et admise par les offices de statistique publique. En particulier, le chercheur doit se poser la question s'il souhaite mesurer l'activité clandestine (au sens des emplois clandestins) ou la population clandestine (au sens des personnes qui figurent dans la base). Les deux sont possibles et sujets à des biais de sélection. Dans ce rapport, nous utiliserons les deux approches en explicitant bien dans chaque cas à quelle unité statistique il est fait référence.

La base de données du SIT contient des informations sur 3’656 individus interviewés une ou plusieurs fois entre 2001 et 2012. Lorsque la personne revient pour un entretien, son dossier est mis à jour et remplace l'information du (ou des) précédent(s) entretien(s). Cette manière de collecter l'information empêche malheureusement l'exploitation de la dimension longitudinale, où des individus sont suivis dans le temps. Notre analyse exploitera donc uniquement la dimension transversale de la base de données. Cet exercice se fait aussi en rassemblant des personnes-dossiers dont l'année d'entretien n'est pas nécessairement la même.

En effet, et contrairement à une enquête statistique réalisée auprès d'un échantillon représentatif à un moment donné, la base de données du SIT se construit progressivement au fil des entretiens qui sont réalisés et enregistrés dans cette dernière. D'un point de vue statistique, cette non-simultanéité des enregistrements ne devrait pas causer de problème majeur, pour autant que l'intervalle de temps ne soit pas trop important. Il est en effet peu probable que la population clandestine, ses caractéristiques et rémunération, se modifie brutalement d'une année à l'autre, et même sur un horizon de dix ans. Toutefois, nous séparons les individus-dossiers avant et après 2004 sur certains tableaux ou graphiques afin de vérifier si des changements sensibles ont malgré tout pu être observés entre la première étude sur la main-d'œuvre clandestine et le présent rapport. Un ajustement est cependant nécessaire sur les données salariales en raison de la lente érosion du pouvoir d'achat. Lorsque les rémunérations sont analysées, elles seront toujours exprimées en francs de 2011, les données

(8)

7

antérieures étant adaptées pour l'inflation (à travers l'indice des prix à la consommation genevois de l'OCSTAT).

L'hypothèse de base de cette étude suit l'approche du premier rapport à savoir que les personnes interrogées lors des entretiens auprès du SIT sont des travailleurs « typique » du secteur clandestin. Aucune tentative de correction n'a été entreprise pour corriger les biais mentionnés plus haut. Étant donné que cette analyse a également pour but de comparer les résultats obtenus avec l'étude précédente de l'OUE6, une distinction sera souvent faite sur les données de la base de données pour les dossiers postérieurs à l'année 2004.

2.3 Caractéristiques de la population clandestine

Le premier déterminant important de la population clandestine qui figure dans la base de données SIT est leur citoyenneté. L'échantillon recense 80 nationalités. La Figure 1 illustre les proportions des travailleurs selon les nationalités. La rubrique « Autre » regroupe les nationalités constituées de moins de 4% d’observations dans l’échantillon. On remarque assez clairement que presque trois quarts des travailleurs clandestins du canton (70%) proviennent de cinq pays, les autres 75 nationalités ne constituant que 30% du total. Si des filières classiques sont donc bien présentes dans l'immigration clandestine du canton, il ne faut pas non plus oublier qu'une partie non-négligeable (un peu moins d'un travailleur sur trois) de ces travailleurs ont des nationalités très diverses. Si l'on se penche sur les continents d'origine, on constate que la majorité des travailleurs clandestins viennent d’Amérique Latine, dont 90% du Brésil, Bolivie, Pérou, Équateur et la Colombie. La seconde plus grande région de provenance est l’Asie, dont 70% est constitué de Philippins, suivie de l’Europe dont environ la moitié provient des pays d’ex-Yougoslavie. Contrairement à une image répandue, la population clandestine ne provient quasiment pas de pays très pauvres. 95% des cas sont représentés par des ressortissants de pays à haut (67%) et à moyen (28%) niveau du développement selon le dernier rapport du PNUD sur le développement humain7.

Figure 1 Population clandestine selon la nationalité

6 Yves Flückiger et Cyril Pasche. « Analyse du secteur clandestin de l’économie domestique à Genève » , OUE, 2004.

7 UNDP (2011). Human Development Report 2011 – Sustainability and Equity. A Better Future for All.

Palgrave.

Brésil 30%

Philippines 16%

Bolivie Ex-Yougoslavie 14%

6%

Mongolie 4%

Autre 30%

Population clandestine à Genève

selon la nationalité

(9)

8

Figure 2 Population clandestine selon la région d'origine

Les raisons d’émigration du pays d’origine ont pour la plupart une motivation économique (79%), mais une partie non négligeable des départs sont aussi dus à des conflits armés ou ethniques (8%) ainsi que des catastrophes naturelles (2%).

La structure d’âge est un élément important à intégrer dans la description de la population clandestine. Elle permet de déterminer notamment si les travailleurs sont des jeunes effectuant leurs premier travail en attente d’un meilleur emploi. La décision de migrer est par ailleurs fortement conditionnée par l'âge, puisqu'elle est typiquement associée à un

« investissement »8, dont le migrant espère un retour sur un nombre d’années le plus élevé possible (cette hypothèse ne concerne bien entendu que les migrations motivées par des raisons économiques). Dans le canton de Genève, la population clandestine est relativement jeune avec une moyenne d’âge de 36 ans9. Les individus de moins de 35 ans constituent plus de la moitié de la population clandestine, sans considérer les personnes mineures. Les individus de plus de 50 ans constituent à peine 7% de l’échantillon. Cette population est moins âgée que celle analysée en 2004, dont la masse se situait entre 35 et 45 ans. Les femmes sont globalement plus âgées que les hommes, avec une moyenne d’âge de 37 et 33 respectivement. Il est intéressant de constater que la base de données contient quelques cas de travailleurs mineurs, trop peu nombreux cependant pour évaluer de leur importance dans le canton.

8 Par exemple, dans l'étude de Rebecca Lessem (Mexico-U.S. Immigration: Effects of Wages and Border Enforcement, Unpublished Working Paper, Tepper School of Business, Carnegie Mellon University. 2012), l'âge moyen des migrants mexicains vers les USA est de 20 ans. La probabilité de migrer est ensuite estimée et décline de manière significative avec l'âge.

9 Rappelons que l'âge est une variable potentiellement sujette à un biais de sélection. En effet, un jeune migrant clandestin n'a peut-être même pas connaissance de la possibilité d'un entretien avec le SIT ou s'en méfie davantage qu'un travailleur clandestin connaissant mieux les institutions locales et le fonctionnement du marché du travail genevois.

Amérique Latine

58%

Afrique 8%

Asie 22%

Europe 12%

Population clandestine à Genève

selon la région d'origine

(10)

9

Figure 3 Répartition par âges (SIT)

Nous avons comparé ces données à celles qui ont été récemment publiées sur le site internet de « Chèque Service » en juin 2012 (http://www.chequeservice.ch/)10, et des différences sensibles peuvent être observées. En particulier, il semble que la population déclarée est plus âgée que dans la base de données du SIT. La population n’est probablement pas tout à fait la même car l’institution « Chèque Service » ne traite que les personnes employées par des particuliers dans l’économie domestique. Il se peut aussi que les travailleurs plus âgés disposent d’une meilleure connaissance des institutions et de leurs droits ou sont plus motivés à obtenir les garanties offertes par « Chèque Service », comme un salaire minimum, une couverture accidents et des cotisations à la caisse AVS. Ces différences démontrent également les difficultés auxquelles seraient confrontés des chercheurs visant à estimer le nombre de travailleurs clandestins sur la base des registres de l’AVS11.

10 Les statistiques de « Chèque Service » en 2012 se fondent sur 4’885 contrats actifs.

11 Cette proposition a été formulée comme une piste intéressante dans Philippe Wanner : « Compter les clandestins – Méthode d’estimation de la population sans autorisation de séjour », Forum suisse des migrations, Discussion Paper 13/2002.

0% 5% 10% 15% 20% 25%

< 18 de 18 à 24 ans de 25 à 29 ans de 30 à 34 ans de 35 à 39 ans de 40 à 44 ans de 45 à 49 ans de 50 à 54 ans de 55 à 60 ans plus de 60

Répartition de la population

clandestine par groupes d'âge (SIT)

(11)

10

Figure 4 Répartition par âges (Chèque service)

Lorsque l'on examine le genre de la population clandestine, on se rend compte de la très grande différence qui existe dans la population clandestine du canton de Genève12. Pratiquement deux tiers (65%) des travailleurs clandestins sont constitués de femmes. Elles sont majoritaire parmi les ressortissants de touts les régions à l’exception de l’Europe où l'on en compte seulement 20% de femmes. Cette répartition très inégale est moins surprenante lorsque l’on considère les secteurs d’activité où sont employés les travailleurs clandestins.

Plus de 60% d'entre eux travaillent dans le secteur de l’économie domestique qui, contrairement aux autres secteurs, emploie très majoritairement des femmes. Les données de

« Chèque Service » (qui rappelons le, ne concernent que l’économie domestique) confirment nettement cette prédominance puisque 96% des 4 885 relations de travail actives concernent des femmes.

On constate d’ailleurs assez nettement que l’économie clandestine à Genève est concentrée dans le secteur domestique, suivi des secteurs hôtellerie et restauration, services/vente, construction, agriculture et nettoyage. D’autres secteurs comme l’industrie, la boulangerie, l’enseignement privé, la métallurgie, la boucherie, ou la conciergerie emploient également des travailleurs clandestins mais dans des proportions bien moindres. Pour tous ces secteurs confondus, l’ensemble des dossiers ne constitue que 3% des emplois et est représenté sur la Figure 5 par le libellé « autres ».

12 Cf note précédente. Le sexe est également une variable potentiellement sujette à un important biais de sélection.

0% 5% 10% 15% 20%

de 18 à 24 ans de 25 à 29 ans de 30 à 34 ans de 35 à 39 ans de 40 à 44 ans de 45 à 49 ans de 50 à 54 ans de 55 à 60 ans de 61 à 64 ans plus de 65

Répartition de la population

clandestine par groupes d'âge (Chèque service)

(12)

11

Figure 5 Population clandestine selon le secteur d’activité

À l’exception de l’économie domestique, composée d’employées femmes à raison de 90%

(Cf. Figure 6), tous les autres secteurs sont majoritairement masculins. La Figure 7 montre que les ressortissants d’Amérique Latine sont surreprésentés dans tous les secteurs à l’exception du bâtiment et de l’agriculture ou les plus nombreux sont les Européens.

Figure 6 Proportion de travailleurs clandestins hommes

Économie domestique

62%

Agriculture et jardins

4%

Nettoyage 3%

Autre 3%

Services/vente 7%

Bâtiment 6%

Restauration 15%

Population clandestine selon le secteur d'activité

0%

20%

40%

60%

80%

100%

FEMMES HOMMES

Proportions d'hommes

et femmes par secteur

(13)

12

Figure 7 Secteur d’activité selon le continent d’origine

Une autre caractéristique d’intérêt pour cette population réside dans l’état civil. En effet, la décision de migrer est très souvent, mais pas exclusivement, le fait de jeunes célibataires. Par ailleurs, l’état civil permet de faire des hypothèses sur la structure familiale de ces ménages.

La structure de ces ménages est représentée dans la Figure 8. Il ressort que, comme attendu, plus de la moitié d’entre eux (55%) sont célibataires et seul un clandestin sur quatre est marié, avec une minorité de personnes vivant en concubinage (5%). Enfin, 15% des clandestins sont soit veufs, divorcés ou séparés. Il est également intéressant de relever qu’environ une personne mariée sur deux vit avec son conjoint à Genève, tandis que l’autre moitié a laissé son époux dans son pays d’origine. Ceci suggère que moins de 20% de la population vivent physiquement en couples (mariage ou concubinage). Pour les personnes vivant seules, en particulier les femmes, cela augmente naturellement le risque de précarisation en cas de perte d’emploi, car la personne ne peut pas compter sur le revenu du partenaire, ni bien entendu se reposer sur l’assurance-chômage.

La plupart de ces personnes vivent donc seules et ne sont pas toutes jeunes. L’écrasante majorité ne dispose pas d’un contrat de travail (97%) et ne cotise pas à l’AVS (84%). De surcroît, les représentants du SIT considèrent ne pouvoir correspondre véritablement en français qu’avec un dixième des personnes clandestines, ce qui démontre les lacunes importantes dans la maîtrise de la langue locale avec le préjudice que l’on peut imaginer en termes de mobilité sur le marché du travail.

0%

20%

40%

60%

80%

100%

Autre Europe Asie Afrique

Amerique Latine

Secteurs d'activité et origine des travailleurs

(14)

13

Figure 8 Population clandestine selon l’état civil

Une dernière variable importante pour saisir la réalité des travailleurs clandestins concerne leur niveau d’éducation. Un constat relativement inattendu est que ce dernier est en fait relativement élevé. Selon les données du SIT, plus de 70% de cette population bénéficie d’une éducation secondaire, ou universitaire et 14% d’entre eux ont suivi une formation professionnelle13. En comparaison avec l’étude de l’OUE de 2004, ou une proportion non négligeable des travailleurs n’avaient pas même achevé la formation obligatoire, on peut supposer un accroissement dans la formation moyenne du travailleur clandestin-type. Il est difficile d’expliquer ce changement, si ce n’est en émettant l’hypothèse qu’un certain nombre de ces travailleurs entrent de plus en plus dans la clandestinité après un cursus universitaire.

Cette hypothèse est toutefois difficile à tester car la base de données ne précise pas si le diplôme a été obtenu en Suisse ou dans le pays d’origine. Par ailleurs, dans ce dernier cas, la comparaison avec le même titre délivré en Suisse est clairement hasardeuse et requiert donc une certaine prudence dans son interprétation.

13 À nouveau une certaine vigilance s’impose sur ces chiffres, puisque le biais de sélection est notoirement élevé sur une variable comme l’éducation, les travailleurs venant pour un entretien ayant vraisemblablement une meilleure connaissance de leurs droits que des travailleurs peu qualifiés.

Célibataire 55%

Divorcé 8%

Séparé 5%

Concubinage 5%

Veuf 2%

Marié 25%

Population clandestine

selon l'état civil

(15)

14

Figure 9 Population clandestine selon le niveau d’éducation

2.4 La durée de séjour et d’emploi des travailleurs clandestins

Une question qui revient souvent sur les travailleurs clandestins concerne leur durée de séjour.

Cette question intéresse les chercheurs qui souhaitent comprendre le comportement des migrants en général, mais également les autorités politiques, puisque les instruments de lutte contre le travail au noir ou les mesures d’insertion socioprofessionnelle de la population migrante dépendent de la durée attendue du séjour de ces personnes. Les travailleurs migrants peuvent soit décider de quitter leur pays d’origine de manière définitive, soit de manière temporaire en espérant accumuler un capital permettant un nouveau départ dans leur pays d’origine. Clairement, la probabilité de retour dépend de quel type de migrants la population clandestine du canton de Genève est composée. D’autres facteurs comme la conjoncture économique ou la naissance d’enfants dans le pays hôte peuvent aussi modifier le choix initial. Les études sur le retour des migrants montrent des résultats assez contrastés selon les pays et les périodes. Selon Reichert et Massey (1979), le retour au pays d’origine implique un plus grand risque de détection que pour les travailleurs ayant un permis de séjour, car la majorité des travailleurs illégaux sont détectés à la frontière14 (l’étude porte sur les USA), et par conséquent le taux de retour est plus élevé parmi les travailleurs en situation régulière.

Dustmann, Bentolila et Faini (1996) ne disposent que de données sur les travailleurs en situation régulière et constatent que pour cette catégorie de migrants, le taux de retour soit assez élevé. Ces auteurs mentionnent une étude sur la Suisse estimant que des 63'290 travailleurs au bénéfice d’un permis de travail temporaire entrés en 1981, 63% sont rentrés au pays avant 1989, et les deux tiers des retours se sont produits dans les deux premières années.15 Chiswick (1984) exploite une base de données où les travailleurs clandestins ont été appréhendés et estime que la durée moyenne de séjour des travailleurs clandestins est d’un peu plus de trois ans.16 Cependant, cette base de données est également potentiellement sujette

14 Josh Reichert and Douglas S. Massey. Patterns of U.S. Migration from a Mexican Sending Community: A Comparison of Legal and Illegal Migrants. International Migration Review , Vol. 13, No. 4 (Winter, 1979), pp.

599-623.

15 Christian Dustmann, Samuel Bentolila and Riccardo Faini. Return Migration: The European Experience.

Economic Policy , Vol. 11, No. 22 (Apr., 1996), pp. 213-250.

16 Barry R. Chiswick. Illegal Aliens in the United States Labor Market: Analysis of Occupational Attainment and Earnings. International Migration Review, Vol. 18, No. 3, Special Issue: Irregular Migration: An International Perspective (Autumn, 1984), pp. 714-732 .

Secondaire 41%

Universitaire 30%

Pas de reponse 8%

Primaire 7%

Formation professionnelle

14%

Population clandestine

selon le niveau d'éducation

(16)

15

à un biais de sélection, puisque la durée de séjour repose uniquement sur les travailleurs appréhendés, dont on peut supposer qu’ils sont surreprésentés parmi ceux ayant une durée de séjour relativement brève.

La base de données du SIT ne contient malheureusement pas d’informations très précises sur la durée du séjour et nous sommes amenés à nous reposer sur des scénarios plus ou moins plausibles. En particulier, les données sur les personnes qui annoncent leur départ au SIT sont beaucoup trop limitées pour permettre une estimation de la durée effective du séjour fondée sur l’information du départ de Genève. Seuls 4% des épisodes d’emploi répertoriés ont à la fois des dates de début et de fin, ce qui limite fortement le calcul des durées de séjour. En se penchant sur cet échantillon restreint, on observe une durée de séjour médiane d’environ 32 mois (durée moyenne de 41 mois).

Nous avons donc plutôt opté pour une autre mesure visant à estimer la durée minimale de séjour des personnes en prenant la différence entre la période d’arrivée en Suisse et la date de l’entretien. Après l’entretien, la personne est perdue de vue, et il est donc impossible de savoir si elle est encore dans une relation d’emploi dans le canton, au chômage et à la recherche d’un travail, ou simplement retournée dans son pays (de manière volontaire ou suite à une appréhension). La personne peut également dans certains cas émerger dans la légalité à travers un mariage ou, plus rarement, bénéficier d’un permis humanitaire17. Sur la base de cette hypothèse, presque la moitié des travailleurs clandestins ont séjourné à Genève pendant 3 ans ou moins et moins de 10% d’entre eux sont restés plus de 10 ans. La durée minimale médiane calculée est d’environ 39 mois (durée moyenne de 4,8 ans). On constate aussi que les séjours des Européens sont plus longs que ceux des ressortissants d’autres régions (7 ans alors que la moyenne est de 4,4 ans).

Figure 10 Probabilité de séjour minimal des clandestins à Genève

17 Cette variable est également sujette à un biais potentiel de sélection discuté plus haut, car les personnes contactant le SIT ont peut-être une durée de séjour espérée plus longue que le clandestin représentatif, ne serait- ce qu’en raison de l’aide fournie par cette institution.

0.000.250.500.751.00

0 5 10 15 20 25 30

durée en années

S(t)

Probabilité de rester à Genève

(17)

16

De manière un peu surprenante, l’état civil ne semble pas jouer un rôle déterminant dans la durée de séjour des travailleurs clandestins, alors que l’on pourrait imaginer qu’une personne mariée (avec peut-être des enfants au pays) ait une durée de séjour plus courte. On note cependant que les durées de séjour sont d’habitude plus longues pour les hommes que pour les femmes avec cinq et quatre ans en moyenne respectivement. Cette différence est particulièrement frappante pour les séjours inférieurs à une année, mais ceci est peut-être tout simplement révélateur d’un recours plus rapide des femmes clandestines aux services du SIT que pour les hommes. En effet, plus la date de l’entretien est proche de la date d’arrivée en Suisse, plus la relation que l’on peut faire avec la durée effective de séjour s’estompe. Enfin, l’éducation ne semble pas constituer un élément majeur de différenciation dans la durée de séjour des travailleurs clandestins. On constate une légère corrélation négative entre niveau d’éducation et durée minimale du séjour, peut-être en raison des meilleures perspectives de retour des personnes à niveau de qualification élevé, mais de nouveau on peut raisonnablement suspecter que ce type de travailleurs mieux formés contactent plus rapidement le SIT que des travailleurs peu qualifiés.

Figure 11 Durée de séjour minimal des travailleurs clandestins

Figure 12 Durée de séjour minimal par sexe

0% 5% 10% 15% 20% 25% 30%

< 1 an de 1 à 3 ans de 3 à 5 ans de 5 à 7 ans de 7 à 10 ans de 10 à 15 ans plus de 15 ans

Durée de séjour des travailleurs clandestins

0% 5% 10% 15% 20% 25% 30%

< 1 an de 1 à 3 ans de 3 à 5 ans de 5 à 7 ans de 7 à 10 ans de 10 à 15 ans

plus de 15 ans Homme

Femme

Durée de séjour par sexe

(18)

17

Figure 13 Durée de séjour par région d’origine

Une autre manière de s’intéresser à la plus ou moins grande permanence des travailleurs clandestins consiste à examiner à la durée de la relation d’emploi. Les données sur la question sont malheureusement de nouveau lacunaires dans la base de données du SIT, mais il n’est pas inutile de les examiner en postulant quelques hypothèses.

Dans les statistiques récemment produites par « Chèque Service » pour leurs clients, il apparaît que dans l’économie domestique, la probabilité que la relation de travail soit active après quatre ans chute brutalement puisque seuls 6,1% des contrats de travail initiés en 2007 sont encore actifs en 2012. Cette proportion tombe à moins d’un contrat actif sur quarante après sept ans. Même si la comparaison est difficile, ces chiffres ne sont cependant pas en désaccord avec ceux pour la population employée déclarée en générale. D’après les données de l’ESPA sur plusieurs années pour la Suisse18, la durée médiane d’un emploi oscille entre six et sept ans pour les hommes et entre quatre et cinq ans pour les femmes.

18 Cf. Weber et Ferro Luzzi (2010). “From Lifetime Jobs to Churning?”, SSRN, Working Paper.

0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35%

< 1 an de 1 à 3 ans de 3 à 5 ans de 5 à 7 ans de 7 à 10 ans de 10 à 15 ans

plus de 15 ans Europe

Asie Amerique Latine Afrique

Durée de séjour par origine

(19)

18

Figure 14 Probabilité de rester en emploi pour les travailleurs clandestins

3 Rémunération des travailleurs non déclarés

Dans cette section, nous nous intéressons aux déterminants principaux de la rémunération des travailleurs clandestins. Afin d’obtenir une vision la plus proche de la réalité, seuls les dossiers des personnes inscrites présentant le dernier emploi ont été retenus pour la base de données du SIT. Dans la majorité des cas, la personne n’a qu’un emploi, mais environ 30%

des personnes enregistrées ont plus d’un employeur ce qui complique sensiblement la manière de mesurer le revenu de ces travailleurs, en particulier si des lacunes existent sur les heures ouvrées auprès de chaque employeur.

3.1 Données et statistiques descriptives

Pour estimer le salaire horaire reçu par les travailleurs, nous avons divisé le salaire mensuel net par le nombre d’heures de travail effectuées sur la même période. Étant donné que pour un nombre non négligeable des observations uniquement le salaire brut était disponible, nous l’avons converti en valeur nette en appliquant la formule 19:

où 6,55% du salaire brut ont été soustraits dans l’hypothèse que l’employeur prélève les cotisations pour les assurances sociales. La date de l’entretien pouvant différer entre les dossiers, nous avons converti toutes les données salariales en francs de 2011 en divisant chaque donnée par l’indice des prix à la consommation genevois (2011=100) calculé par l’OCSTAT. Une fois cette opération effectuée sur toutes les observations, on obtient un salaire horaire moyen de 12,15 CHF.

Il convient de noter que seuls 78% des répondants ont déclaré le niveau de leur revenu. Par ailleurs, la base de données contient un nombre important de travailleurs dont la rémunération est partiellement ou intégralement versée en nature sous forme d’hébergement et/ou repas.

19 C’est également la procédure adoptée par l’Office fédéral de la statistique dans son enquête sur la population active (ESPA).

0.250.500.751.00

0 6 12 18 24 30 36 42 48 54 60 66 72 78

durée en mois

S(t)

Probabilité de rester en emploi

(20)

19

Dans la grande majorité, ce type de rémunération s’opère dans l’économie domestique20. Nous avons donc intégré cette dimension dans l’analyse en augmentant le salaire de 500 CHF pour le logement, 300 CHF pour les repas, 300 CHF pour l’assurance-maladie21 et 70 CHF pour un abonnement de TPG22. Malheureusement, les lacunes sur les rémunérations sont exacerbées par celles concernant le volume exact de travail effectué. Afin d’éviter une trop grande perte d’observations en raison de données manquantes, nous avons opté pour une estimation des heures ouvrées fondée sur la vraisemblance de certains horaires correspondant à ces revenus. Aussi lorsque le nombre d’heures de travail n’était pas renseigné, nous avons attribué le nombre d’heures moyen correspondant à cette tranche de revenu.(cf. Tableau 1).

En procédant de la sorte, on obtient un salaire horaire moyen équivalent à 12.25 CHF, dont la valeur est très proche celle obtenue sans cet artifice statistique.

Tableau 1 Salaire mensuel des travailleurs clandestins selon les heures ouvrées

Salaire mensuel

Nombre moyen d'heures de travail par semaine

Nombre d’observations

1-500 9 301

500-1000 25 165

1000-1500 38 187

1500-2000 49 175

2000-2500 53 139

2500-3000 50 96

3000-3500 48 63

3500 + 51 35

Les données sur les salaires montrent que, dans le secteur clandestin, les femmes gagnent sensiblement moins que les hommes. Ces derniers touchent un salaire horaire moyen de 13,60 CH alors que celui des femmes s’élève à 11,75 CHF, ce qui correspond à une pénalité pour ces dernières d’environ 13,7%23. En utilisant les salaires médians24 (respectivement de 13.45 CHF pour les hommes et 10.45 CHF pour les femmes), la différence est encore plus importante et s’élève à 22,3%.

20 Sur les 1 629 personnes clandestines, 129 touchent une partie de leur rémunération en nature, dont 125 (soit 95%) sont dans l’économie domestique.

21 La base de données du SIT ne précise pas toujours de quelle assurance il s’agit. Nous avons supposé qu’il s’agissait surtout de l’assurance-maladie, car l’assurance-accidents est à charge de l’employeur.

22 Ces chiffres sont ceux qui avaient été proposés dans la première étude de l’OUE sur les travailleurs clandestins à Genève.

23 On pourrait aussi parler d’une prime pour les hommes de 15,8% par rapport au salaire des femmes.

24 Le salaire médian est une autre mesure de valeur centrale qui est moins sensible que la moyenne aux valeurs extrêmes de la distribution. C’est le salaire pour lequel la moitié de l’échantillon est rémunérée en-dessous de cette valeur, et l’autre moitié se situe au-dessus.

(21)

20

Figure 15 Distributions des salaires horaires des femmes et des hommes

Les distributions des salaires horaires des femmes et des hommes sont représentées sur la Figure 15 ci-dessus. Au-delà de la différence entre femmes et hommes, on constate que, de manière générale, les salaires horaires sont très dispersés avec de fortes inégalités. On trouve des salaires horaires inférieurs à 2 CHF et d’autres qui sont supérieurs à 40 CHF. Il ne faut cependant pas trop s’en alarmer et prendre ces chiffres au pied de la lettre. Les données sur les salaires (ou revenus) provenant d’enquêtes de la statistique publique (comme l’ESPA mentionnée plus haut) sont généralement fortement entachées d’erreurs de mesure. On peut donc suspecter que l’erreur de mesure provenant d’une base de données comme celle du SIT soit encore davantage concernée par ce type de problème. Les erreurs de mesures peuvent être assez substantielles, car les données ne sont pas « plausibilisées »25 par les représentants du SIT, et parce que nous avons été amenés à effectuer des conversions d’avantages en nature en CHF, ainsi que des estimations d’horaires des travailleurs clandestins n’ayant déclaré que leur revenu. Une autre source de données sur les salaires des travailleurs de l’économie domestique est fournie par « Chèque Service », mais n’y figurent bien entendu que les salaires respectant le contrat-type de travail dans la branche. Comme le montre la Figure 16, la grande majorité des salaires horaires sont supérieurs ou égaux à 19CHF26, ce qui contraste nettement avec les salaires observés pour les travailleurs inscrits dans la base de données du SIT. Il n’y a malheureusement pas moyen de savoir quelles proportions de la population clandestine recouvrent ces deux bases de données.

25 La plausibilisation d’une enquête est la procédure que les statisticiens opèrent sur cette dernière en considérant les incohérences des données renseignées. Ce toilettage permet d’obtenir une plus grande fiabilité des résultats statistiques.

26 Les quelques salaires inférieurs à cette valeur correspondent à des jeunes travailleurs « au pair » et des étudiants.

0

.02.04.06.08

0 10 20 30 40

salaire/heure

Femmes Hommes

Répartition des salaires horaires

(22)

21

Figure 16 Distribution des salaires horaires (Chèque service)

Dans le reste de cette section nous allons essayer de déterminer les facteurs qui peuvent expliquer ces grandes disparités.

En examinant de plus près la distribution des salaires, on constate que le nombre d’employeurs joue un rôle déterminant (Figure 17). Il apparaît effectivement que plus le travailleur clandestin a d’employeurs, plus sa rémunération horaire moyenne est élevée jusqu’à quatre employeurs. Au-delà, le salaire horaire chute à nouveau et devient même inférieur au salaire correspondant à un ou deux employeurs. À titre d’exemple, une personne travaillant 40 heures par semaine pour quatre employeurs différents obtient une rémunération hebdomadaire moyenne de 607 CHF, tandis qu’en travaillant le même nombre d’heures auprès d’un seul employeur le travailleur clandestin obtient une rémunération hebdomadaire de 442 CHF, soit 30% de moins, ce qui est considérable.

Plusieurs explications peuvent être avancées. Il est possible qu’une erreur de mesure induise les salaires horaires à être plus élevés pour les personnes travaillant auprès de plusieurs employeurs, mais il n’est pas possible d’en vérifier l’importance. Il est également compréhensible que les travailleurs exigent des rémunérations plus élevées en raison des coûts fixes liés à chaque emploi (essentiellement le coût de transport, mais également le temps perdu en déplacements). Enfin, on peut également présumer un certain « pouvoir de marché » de l’employeur lorsque le travailleur clandestin est captif dans un seul emploi. L’employeur sait que le travailleur peut tomber dans une situation de précarité en cas de licenciement et exploite cet avantage en proposant une rémunération plus faible. En ce qui concerne les travailleurs ayant plus de quatre employeurs, on peut également imaginer que le type d’emplois correspondant à un faible nombre d’heures est relativement mal payé (en particulier les heures de ménage) ce qui explique que ces personnes doivent cumuler un nombre élevé d’emplois pour obtenir un revenu suffisant.

0% 10% 20% 30% 40% 50% 60%

< 17.30 CHF de 17.30 à 19 CHF de 19 à 22.50 CHF de 22.51 à 25 CHF plus de 25 CHF

Salaire horaire déclaré (Chèque service)

(23)

22

Figure 17 Salaire horaire selon le nombre d’employeurs

La Figure 18 illustre une relation négative entre le nombre d’heures effectuées et le taux de salaire horaire. De nouveau, il est possible que des erreurs de mesure se trouvent à l’origine de cette relation inverse, ou alors il s’agit d’un pur effet de composition, où les personnes travaillant un nombre élevé d’heures le font justement parce que le salaire est plus faible, où parce que la relation d’emploi est telle que l’employeur parvient à exiger un nombre d’heures beaucoup plus élevé que ne le justifie une rémunération hebdomadaire ou mensuelle.

Figure 18 Salaire horaire selon le nombre d’heures travaillées

La Figure 19 montre également la forte prépondérance (pratiquement les deux tiers) de l’horaire relativement réduit compris entre une et quatre heures dans l’économie domestique (selon les données de « Chèque Service »), mais également des salaires qui décroissent avec le nombre d’heures ouvrées par contrat de travail. On note que la dispersion y est bien entendu nettement moins forte, ce qui est dû, comme déjà mentionné, à l’obligation de verser le salaire minimum figurant dans le contrat-type pour être affilié à l’institution « Chèque Service ».

8 10 12 14

1 2 3 4 5 plus de 5

Employeurs

Salaire horaire et nombre d'employeurs

Salaire horaire

0 2 4 6 8 10 12 14 16

de 1 à 10h de 10 à 20h de 20 à 30h de 30 à 40h de 40 à 50h de 50 à 60h de 60 à 70h de 70 à 80h plus de 80h

Salaire horaire et heures hebdomadaires ouvrées

(24)

23

Figure 19 Heures hebdomadaires dans l’économie domestique et salaire horaire moyen

À toute fin utile, nous avons également tenté de mesurer le volume de travail des travailleurs clandestins dans la base de données du SIT. La Figure 20 illustre la répartition des heures hebdomadaires de travail des employés clandestins, en n’utilisant que les contrats de la base de données du SIT postérieure à 2004. On y voit clairement la répartition bimodale que l’on trouve aussi pour les travailleurs déclarés et qui est due aux volumes différents de travail entre hommes et femmes. Les heures moyennes s’élèvent à 31,8 heures /semaine27, mais la moyenne pour les femmes est de 28,9 heures alors que la moyenne des hommes s’élève à 39,1 heures.

27 L’échantillon exploitable pour les heures est de 1125 femmes (dont 107 données manquantes) et 563 hommes (dont 129 données manquantes). Nous signalons cette information sur l’échantillon, car les données manquantes étaient beaucoup plus nombreuses avant 2004.

0.0%

10.0%

20.0%

30.0%

40.0%

50.0%

60.0%

70.0%

0-4 heures 4-8 heures 8-12 heures 12-22 heures 22-34 heures 34-45 heures

Distribution des heures par semaine (Chèque Service)

23.50CHF

22.70CHF

22.30CHF 20.35CHF

19 CHF 19 CHF

(25)

24

Figure 20 Distribution des heures de travail des travailleurs clandestins

L’analyse des salaires révèle également de fortes disparités de salaires entre les différents secteurs de l’économie où se concentre la population clandestine (Figure 21), avec une différence de 35% entre le secteur moins bien payé (économie domestique) et le secteur le plus rémunérateur (métallurgie).

Figure 21 Salaire horaire selon le secteur d’activité

0

.005 .01.015 .02

Density

0 20 40 60 80 100

HSem

kernel = epanechnikov, bandwidth = 4.3556

Kernel density estimate

10 12 14 16 18 20

Economie Domestique Restauration Agriculture Services / Vente Santé Privée Industrie Nettoyage Boulangerie Bâtiment Enseignement Privé Conciergerie Métallurgie

Salaire horaire des travailleurs clandestins par secteur

(26)

25

La nationalité ne joue en revanche pas un rôle majeur dans les différences salariales des travailleurs clandestins. Si l’on considère les cinq pays regroupant 70% des observations, le salaire des ressortissants des pays de l’ex-Yougoslavie est légèrement plus élevé que celui des autres clandestins. Contrairement à l’étude de 2004, le niveau de développement du pays de provenance du travailleur clandestin (tel que mesuré par l’Indice du Développement Humain ou IDH)28 n’est aucunement corrélé avec le salaire.

De manière un peu plus surprenante, on ne constate aucune relation entre l’âge et le salaire.

On pourrait effectivement s’attendre à ce que les travailleurs plus âgés aient acquis une certaine expérience sur le marché du travail en général et soient donc en mesure d’extraire un salaire plus élevé.

La situation est sensiblement différente pour la variable « durée de séjour en Suisse », dont l’impact sur le salaire est positif ainsi qu’attendu. C’est donc à travers cette variable que se traduit la plus grande expérience du travailleur clandestin sur le marché local du travail. On en déduit que ce sont surtout les caractéristiques locales (maîtrise de la langue, mais aussi du fonctionnement du marché du travail, réseau social plus étendu, etc.) qui permettent d’obtenir une meilleure rémunération et non une expérience générale du marché du travail (maîtrise de l’équipement, etc.).

3.2 Les déterminants de la rémunération des travailleurs clandestins

Jusqu'à maintenant nous avons cherché à déterminer quels facteurs exercent une influence sur le salaire horaire en simple ventilation univariée. Cette approche peut vite atteindre des limites, car nombre de facteurs s’entremêlent dans la détermination des salaires et peuvent ainsi parfois fournir une image qui ne reflète pas de manière précise l’effet et l’importance de ces variables sur le salaire. Pour obtenir une vue plus précise, une approche économétrique fondée sur l’estimation d’un modèle de « capital humain » est nécessaire. Cette approche permet de mieux saisir l’effet simultané de plusieurs variables sur le salaire et d’en quantifier l’effet en pour cent. La forme proposée est la suivante :29

LOG(SALAIRE)i = β1 + β2 FEMMEi+ β3 ÂGEi+ β4 SÉJOURi+ β5 ÉDUCATIONi + β6 ANCIENNETÉi + β7 ORIGINEi + β8 SECTEURi+ β9 MARIÉi+ εi

où LOG(SALAIRE)i représente le salaire horaire de la personne i en logarithme30, FEMME est une variable muette qui prend valeur 1 si l’individu est une femme et 0 sinon. Cette variable saisit une éventuelle pénalité salariale pour les femmes (due à une discrimination ou d’autres facteurs liés au genre). La variable SÉJOUR indique la durée de séjour (minimale) en années en Suisse, ÉDUCATION est un ensemble de variables muette indiquant le niveau de formation achevée le plus élevé, et ANCIENNETÉ dénote la durée de travail auprès de l’employeur actuel. La variable ORIGINE saisit, par un jeu de variables muettes, la région de provenance des travailleurs, SECTEUR indique le secteur d’activité (variables muettes), MARIÉ est une variable muette qui prend la valeur 1 si l’individu est marié (ou l’a été)31 et εi

28 UNDP (2011). Human Development Report 2011 – Sustainability and Equity. A Better Future for All.

Palgrave.

29 C’est une estimation très traditionnelle du modèle de capital humain à la Mincer (Schooling, Experience, and Earnings. Human Behavior & Social Institutions, NBER, 1974).

30 Cette spécification permet d’obtenir des « rendements » en pour cent du salaire associés à chaque déterminant.

31 Cette catégorie inclut les personnes veuves, séparées ou divorcées. Nous avons également inclus les personnes en concubinage.

Références

Documents relatifs

déduire de la base conceptuelle des données mais ne sont déduire de la base conceptuelle des données mais ne sont pas présentent dans celle-ci (ex : âge calculé à partir de la

b- Pour Ie numero des grappes (12eme position) durnnt Itnn- nee 1984 toutes leG srappes porteront In valeur 1 et uniquenent 10. c- Pour In date de l'enquete, lc~ 17e~e ct

Cette étude est basée d’une part, sur des dossiers de travailleurs clandestins déboutés (396) et de leurs employeurs (156) sanctionnés et, d’autre part, sur des entretiens,

anthropologiques; c'est pourquoi nous avons englobé dans notre série dix sujets dont nous ne connaissons pas le groupe sanguin. Etude des corrélations séro-anthropologiques

La base de données (données primaires) est la matière première à partir de laquelle la bioinformatique va produire d'autres données (données secondaires) et

A long terme, l’augmentation du volume de capital est indispensable pour produire davantage (le capital fixe est une source de croissance extensive), mais elle a surtout l’intérêt

On interprète ce nombre de la manière suivante : Au moins la moitié des trajets se font en moins de 53

deux groupes selon la cible : 448 personnes ont été interrogées sur leur attitude vis-à-vis des Nord-Africains et 484 sur leur attitude vis-à-vis des Asiatiques. annexe