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Diabète de type 1, activité physique et nouvelles technologies
KOSINSKI, Christophe, et al.
Abstract
L'activité physique est recommandée pour tous les patients avec un diabète, mais une attention particulière est nécessaire en cas de diabète de type 1. En effet, ces patients sont à haut risque d'hypoglycémie. Le défi des soignants et du patient est donc de trouver la meilleure stratégie possible pour pouvoir pratiquer l'activité physique souhaitée, et cela sans faire d'hypo ou d'hyperglycémie. Une adaptation du traitement d'insuline et/ou de l'alimentation est nécessaire, en fonction du type, de l'intensité et de la durée de l'activité physique. Il existe désormais plusieurs outils technologiques permettant d'améliorer la prise en charge du patient, lesquels ont également des limitations. Ainsi, une prise en charge interdisciplinaire diabétologique est recommandée en vue de la pratique d'une activité physique régulière ou ponctuelle.
KOSINSKI, Christophe, et al . Diabète de type 1, activité physique et nouvelles technologies.
Revue médicale suisse , 2018, vol. 14, no. 609, p. 1139-1144
PMID : 29851322
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:108916
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Diabète de type 1, activité physique et nouvelles technologies
L’activité physique est recommandée pour tous les patients avec un diabète, mais une attention particulière est nécessaire en cas de diabète de type 1. En effet, ces patients sont à haut risque d’hypoglycémie. Le défi des soignants et du patient est donc de trouver la meilleure stratégie possible pour pouvoir pratiquer l’activité physique souhaitée, et cela sans faire d’hypo ou d’hyperglycémie. Une adaptation du traitement d’insuline et/ou de l’alimentation est nécessaire, en fonction du type, de l’intensité et de la durée de l’activité physique. Il existe désormais plusieurs outils technologiques permettant d’améliorer la prise en charge du patient, lesquels ont également des limitations. Ainsi, une prise en charge interdisciplinaire diabétologique est recomman- dée en vue de la pratique d’une activité physique régulière ou ponctuelle.
Type 1 diabetes, physical activity and novel technology
Physical activity is recommended for all patients with diabetes, but it is important to be particularly attentive in patients with type 1 diabetes. Because of their treatment, these patients have a higher risk of hypoglycemia. The challenge for both caregivers and the patient is to find the best possible strategy to practice the desired physical activity without any significant hypo- or hyperglycemia.
Thus, an adaptation of the insulin and/or nutritional treatment is necessary, depending on the type, intensity and duration of the physical activity. Moreover, many technological devices are now available that can improve patient care, but they also have some limitations to take into account. Allover, an interdisciplinary approach is highly recommended, both for a specific or a regular physical activity practice.
INTRODUCTION
Pour les patients atteints d’un diabète de type 1, la pratique d’une activité physique (AP) régulière améliore les différents facteurs de risque cardiovasculaire. Ceci inclut une améliora- tion de la composition corporelle, de l’endurance, de la fonc- tion endothéliale, du profil lipidique et de l’hypertension. La qualité de vie est également améliorée. Une étude de cohorte
montre même une réduction de la mortalité.1 Le contrôle métabolique est souvent, mais pas toujours, amélioré.
On recommande 150 minutes d’AP accumulées par semaine, avec idéalement pas plus de deux jours sans AP. En plus des activités aérobiques, des activités de résistance et de force sont préconisées à hauteur de deux ou trois fois par semaine.2 Il existe cependant certaines contre-indications absolues, telles que la présence d’une hémorragie du vitré, le fait de charger sur un pied de Charcot actif ou d’avoir présenté une hypoglycémie sévère dans les 48 heures qui précèdent la pra- tique d’une activité sportive.3 Il est fortement recommandé de consulter le médecin spécialiste en cas de contre-indica- tions relatives : une rétinopathie proliférative (surtout pour les activités vigoureuses/anaérobiques et en particulier si la rétinopathie n’est pas traitée), des plaies ouvertes au niveau des pieds, une neuropathie périphérique sensitive sévère (évaluation du chaussage préalable), une dysfonction auto- nome sévère (nécessité d’une investigation cardiaque), une maladie coronarienne instable, ou encore des signes d’acido- cétose avant de débuter l’activité physique.3 Enfin, le facteur limitant la pratique de l’AP est souvent la survenue de l’hypo- glycémie, laquelle est crainte par les patients et les soignants.
Cet article se focalisant sur la pratique d’AP dans le contexte d’un diabète de type 1, nous aborderons l’adaptation de l’insu- linothérapie et les options alimentaires. Nous passerons en revue les connaissances issues des nouvelles technologies utiles à la pratique de l’AP et la manière d’employer à bon escient les dispositifs disponibles.
ADAPTATION DE L’INSULINOTHÉRAPIE
Du point de vue physiologique, la pratique d’une activité physique induit plusieurs modifications : une augmentation de la sensibilité à l’insuline, une augmentation du glucose mis à disposition du muscle durant l’AP (via une augmentation de la néoglucogenèse et de la glycolyse), une augmentation de la disponibilité périphérique de glucose (via une augmentation du flux sanguin), ainsi qu’une augmentation de la captation périphérique du glucose (via une augmentation de la trans- location de GLUT4).4 La sensibilité à l’insuline est géné- ralement augmentée après l’AP, parfois jusqu’à 24 heures, voire même 48 à 72 heures selon le type d’AP, raison pour laquelle il est nécessaire d’adapter le traitement également après l’AP.
Une gestion adéquate de l’insulinothérapie est nécessaire afin d’éviter l’hypoglycémie en cas d’AP, mais également une hyper- Dr CHRISTOPHE KOSINSKIa, OLIVIER LE DIZÈSa, Dr GIACOMO GASTALDIb, MAGALI ANDREYa,
Pr FRANCESCA AMATIa,c, Dr FRANÇOIS R. JORNAYVAZb et Pr JARDENA J. PUDERa Rev Med Suisse 2018 ; 14 : 1139-44
aService d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme, CHUV, 1011 Lausanne,
bService d’endocrinologie, diabétologie, hypertension et nutrition, HUG, 1211 Genève 14, cDépartement de physiologie et Institut des sciences du sport, Université de Lausanne, 1005 Lausanne
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glycémie majeure symptomatique qui pourrait compromettre la pratique de l’AP de façon optimale. De ce fait, l’adaptation de l’insuline dans le contexte d’AP reste un défi tant pour le pa- tient que pour le soignant. En effet, cette adaptation peut se faire à trois moments : avant, pendant et après l’AP pratiquée.
Aussi, plusieurs facteurs peuvent influencer cette adaptation de traitement :
• Le site d’injection de l’insuline.
• Le moment et la dose de la dernière injection d’insuline.
• La quantité d’insuline en circulation (insuline basale et rapide).
• La composition du dernier repas ou du dernier snack.
• La glycémie avant le début de l’AP.
• Le type d’AP pratiquée, ainsi que sa durée et son intensité.
Malgré une grande variabilité glycémique inhérente à chaque patient, il existe des recommandations pouvant servir de base, à individualiser au cas par cas. De manière générale, l’AP aérobique nécessite une réduction plus importante de l’insu- linothérapie que lors d’AP à haute intensité sur un court terme (tendance anaérobique) et l’AP mixte se situe entre les deux.3
Nous avons résumé les adaptations les plus importantes dans le tableau 1. Les paragraphes suivants porteront sur certains détails proposés. A noter que pour faciliter la lecture du tableau 1, nous avons séparé les activités sur la base de deux grandes familles en fonction du métabolisme « aérobique» et
« anaérobique». Nous sommes conscients que cette sépara- tion est réductrice et que plusieurs facteurs individuels (comme le degré d’entraînement, le stress de la compétition, etc.), sportifs (durée, intensité, modalité de l’AP) ou envi- ronnementaux (chaleur, altitude, etc.) influencent le métabo- lisme à l’effort.
Concernant l’insuline rapide (prandiale), il est nécessaire de diminuer la posologie si l’AP a lieu environ deux heures avant ou après l’heure du repas. Selon l’intensité, la diminution pourra être entre 20 et 75 % (par exemple, 20-25 % si AP « aéro- bique légère », 50 % si « modérée », 75 % si « haute intensité ») en cas d’AP aérobique, tandis qu’elle ne sera que de 20 % en cas d’AP anaérobique. Ces propositions sont valables tant pour des injections sous-cutanées qu’en cas de pompe à insu- line.3,5,6 Comme mentionné précédemment, la durée de l’AP influence l’adaptation du traitement. De ce fait, en cas d’AP aérobique d’intensité légère-modérée de courte durée (< 30 minutes), il n’est pas forcément nécessaire de diminuer la posologie de l’insulinothérapie. Toutes ces adaptations sont à personnaliser pour chaque patient.
Concernant l’insuline lente (basale), si le patient est au béné- fice d’injections sous-cutanées, on peut proposer une réduc- tion de la posologie en cas d’exercice très prolongé. En cas de poursuite de l’insuline basale à la posologie habituelle, des hypoglycémies tardives peuvent parfois survenir, ce qui est particulièrement inquiétant en cas de pratique d’AP le soir.
Parmi les différentes insulines basales utilisées en Suisse (dé- témir, NPH, glargine, dégludec), la dégludec est difficile à adapter en raison de sa très longue durée d’action. En effet, cette insuline basale n’est pas flexible pour une pratique régu- lière d’AP (adaptation de la posologie au moins 48 heures avant) et présente un risque accru d’hypoglycémie durant et
post-AP. En cas de port d’une pompe à insuline, le débit basal peut être réduit durant et après l’effort. On peut même proposer d’ôter la pompe, mais avec une durée maximale approximative d’une heure et sous certaines conditions (gly- cémie pré-AP, cétones, etc.).3,5‑7
Concernant le risque d’hypoglycémie dans les 24 heures post-AP, plusieurs autres facteurs sont à prendre en compte, hormis l’adaptation de l’insulinothérapie et de l’alimentation.
Avant ou après l’effort, il est recommandé d’éviter d’injecter l’insuline au niveau de la partie du corps sollicitée par l’acti- vité physique. Certains auteurs proposent de terminer une activité physique d’intensité modérée prolongée (par exemple, vélo, course à pied) par un sprint de dix secondes.8 En effet, dans cette étude, il a été mis en évidence que la glycémie était plus stable post-AP grâce au sprint, en raison d’une aug- mentation des taux d’hormones de stress (catécholamines, hormone de croissance et cortisol). Enfin, parmi de poten- tielles alter natives futures, certains auteurs proposent du glucagon in tranasal avant de débuter l’AP en cas de glycémies peu élevées (< 7 mmol/l). Ces derniers ont montré que de petites doses (150 µg) de glucagon intranasal permettaient aussi bien de corriger une hypoglycémie que 16 g de sucre rapide.9
ADAPTATION DE L’ALIMENTATION
Pour maintenir un équilibre glycémique durant et après l’AP, ainsi que pour éviter l’hypoglycémie, l’alimentation a aussi un rôle prépondérant à jouer. Les stratégies qui vont être dé- crites dans cet article sont issues d’un consensus récent.3 Il a été établi sur la base de recommandations et d’études menées chez des personnes non diabétiques entraînées, ainsi que sur quelques études qui ont été menées chez des patients diabé- tiques de type 1. Idéalement, l’adaptation conjointe de l’insu- linothérapie devrait permettre aux patients de ne pas manger juste pour «courir derrière la glycémie». Si, selon le tableau 1, une personne doit systématiquement «se sucrer» pour pou- voir commencer l’AP, il serait préférable d’essayer d’adapter l’insulinothérapie.
Les adaptations alimentaires proposées vont principalement se concentrer sur les glucides. Le but de ces recommanda- tions est surtout l’amélioration de la performance, mais éga- lement l’évitement de l’hypoglycémie. Pour ce faire, il est im- portant de maintenir une grande disponibilité des hydrates de carbone, car cela retarde la fatigue et la perception de la diffi- culté de l’effort. Le défi de l’apport en glucides est donc d’avoir un stockage optimal, de répondre aux besoins de l’exercice (même si les hydrates de carbone ne sont pas les seuls substrats de l’effort) et de maintenir la glycémie. Une attention toute particulière est également nécessaire à la pé- riode après l’AP. Il est important de reconstituer les stocks de glycogène afin d’éviter une hypoglycémie tardive. Les apports en glucides vont varier en fonction du taux de sucre au début de l’AP, du traitement insulinique, du moment de l’exercice et du type d’activité (tableau 1).
Idéalement, la dernière prise alimentaire devrait être peu riche en graisses et en fibres afin d’éviter les troubles gastro- intestinaux et favoriser la vidange gastrique. Pendant l’effort,
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Type d’AP Evolution attendue
de la glycémie AVANT L’AP DURANT L’AP APRÈS L’AP
Adaptation
de l’alimentation Adaptation de l’insuline Adaptation
de l’alimentation Adaptation de l’insuline Adaptation
de l’alimentation Adaptation de l’insuline Aérobique
> 30 minutes (Effort constant et intensité légère à modérée) (p.ex. : vélo, course à pied)
Baisse durant et après l’AP
• < 5 mmol/l : prise de 10-20 g de glucose oral et retarder l’AP tant que la glycémie n’est pas > 5 mmol/l
• 5-6,9 mmol/l : prise de 10 g de glucose oral puis débuter l’AP
• 7-10 mmol/l : débuter l’AP
• 10-15 mmol/l : débuter l’AP
• > 15 mmol/l : si hyperglycé- mie inexpliquée, vérifier les cétones a
• Si dernière prise alimen- taire au plus tard 2-3 h avant : prise de glucides 1 g/kg
• Insuline lente (injection sous-cutanée) : pas de réduction, sauf si AP de très longue durée : K de 20 % b
• Pompe à insuline : K de 10-90 % c du débit basal 90 min avant l’AP (réduction du débit selon la durée et l’intensité de l’AP J moindre K si durée 30-60 min)
• Insuline rapide (prandiale ; injections sous-cutanées ou pompe) : K de 20-75 % (selon durée et intensité de l’AP) si repas dans les 2 h avant l’AP. Moindre K si hyperglycémie (p.ex.
> 15 mmol/l)
• De 30 à 60 min : prise de glucides 10-15 g/h
• De 60 à 150 min : prise de glucides 30-60 g/h
• > 150 min : prise de glucides 60-90 g/h (souvent pour augmenter la performance)
• Veiller à garder une hydratation régulière
• Insuline lente (injection sous-cutanée) : pas d’autre réduction
• Pompe à insuline : K de 10-90 % c du débit basal durant l’AP (réduction du débit selon la durée et l’intensité de l’AP J moindre K si durée 30-60 min)
• Insuline rapide (prandiale ; injections sous-cutanées ou pompe) : pas d’injection, sauf si hyperglycémie (p. ex. > 15 mmol/l)
• Prise de 1-1,2 g de glucides/kg
• Veiller à garder une hydratation régulière
• Insuline lente (injection sous-cutanée) : pas/peu de réduction (max. K de 20 %) (CAVE : risque d’hypoglycémie durant 24 h, mais aussi risque de cétose si K trop grande)
• Pompe à insuline : idem supra
• Insuline rapide (prandiale ; injections sous-cutanées ou pompe) : K de 20-75 % (selon intensité de l’AP) si repas dans les 2 h après l’AP
• Attention à ne pas surcorriger une hyperglycémie
Anaérobique (Effort intense et courte durée) (p.ex. : sprint, musculation)
Hausse durant et immédiatement après l’AP, puis baisse à distance de l’AP
• < 5 mmol/l : prise de 10-20 g de glucose oral et retarder l’AP tant que la glycémie n’est pas > 5 mmol/l
• 5-6,9 mmol/l : débuter l’AP
• 7-10 mmol/l : débuter AP, mais risque d’hyperglycémie présent
• 10-15 mmol/l : débuter l’AP, mais risque d’hyperglycémie présent
• > 15 mmol/l : si hyperglycé- mie inexpliquée, vérifier les cétones a
• Insuline lente (injection sous-cutanée) : pas de réduction
• Pompe à insuline : pas de réduction du débit basal ou éventuellement K de 10-20 % si AP de longue durée
• Insuline rapide (prandiale ; injections sous-cutanées ou pompe) : pas de réduction ou éventuellement K de 10-20 % si repas dans les 2 h avant l’AP
• Pas de d’adaptation spécifique de l’alimentation nécessaire
• Veiller à garder une hydratation régulière
• Insuline lente (injection sous-cutanée) : pas de réduction
• Pompe à insuline : pas de réduction du débit basal
• Insuline rapide (prandiale ; injections sous-cutanées ou pompe) : pas d’injection
• Eventuellement correction si hyperglycémie
• Pas d’adaptation spécifique de l’alimentation nécessaire
• Veiller à garder une hydratation régulière
• Insuline lente (injection sous-cutanée) : en général, pas de réduction
• Pompe à insuline : en général, pas de réduction du débit basal
• Insuline rapide (prandiale ; injections sous-cutanées ou pompe) : pas de réduction ou éventuellement K de 10-20 % si repas dans les 2 h après l’AP
• Attention à ne pas surcorriger une hyperglycémie
(Adapté des réf.3,7).
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la consistance de ce qui est consommé n’a pas d’influence sur la capacité d’oxydation. Le choix des aliments consommés (boisson, barre, gel) doit donc être uniquement dicté par la tolérance personnelle et la facilité d’ingestion.
Si la consistance de ce qui est consommé n’a pas d’impor- tance sur la capacité oxydative, la qualité des sucres consom- més peut en avoir une. Pour des efforts supérieurs à 2-3 heures, la quantité de glucides nécessaire peut atteindre les 60 à 90 g par heure. Si seul du glucose est ingéré, l’oxydation sera saturée à 60 g par heure et l’accumulation de glucose dans l’intestin n’est pas souhaitable. De ce fait, comme l’ont ré- cemment proposé nos collègues de Berne,10 la co-ingestion de fructose et de glucose peut avoir un impact bénéfique durant l’AP car cela permet d’avoir un taux d’oxydation supérieur à 1 g par minute. L’effet de ce mélange sur la performance a été observé sur des durées d’AP supérieures à 2 h 30. La con- sommation de sucres de différentes natures est une option d’autant plus intéressante qu’elle ne nécessite pas d’adapta- tion de l’insulinothérapie. Ceci est expliqué par le fait que le fructose est absorbé par des transporteurs intestinaux spéci- fiques (GLUT 5) et qu’il est principalement métabolisé par le foie qui le convertit en substrats alternatifs, comme le lactate ou les acides gras.
SUIVI : GLYCÉMIES ET CÉTONES, ÉTUDES SENSORS
Les connaissances dans le domaine de l’AP chez les patients avec un diabète de type 1 ont grandement progressé avec la disponibilité de systèmes de mesure du glucose en continu (Continuous Glucose Monitoring System, CGMS) et de systèmes de contrôle du glucose « flash » (Flash Glucose Monitoring System, FGMS). En effet, leur utilisation permet de montrer non seulement la glycémie précédant l’effort, mais surtout la tendance (hausse, baisse, stabilité) préalable, ce qui va permettre au patient d’adapter en conséquence l’insulinothérapie et l’alimentation.
Sur le plan pratique, les CGMS/FGMS évitent la nécessité d’interruptions intempestives au milieu de l’AP pour réaliser une glycémie capillaire. Cet avantage est précieux lors de compétitions ou durant la pratique de sport de groupe (par exemple, cyclisme). L’observation des courbes du glucose durant l’AP et la possibilité d’analyser les fluctuations a pos- teriori offrent la possibilité de pratiquer la plupart des AP en améliorant la sécurité et d’adapter finement l’alimentation pour rester performant.
Pour que l’utilisation des CGMS/FGMS soit sûre, les patients doivent avoir un minimum de notions théoriques : 1) le délai physiologique entre la glycémie interstitielle et la glycémie plasmatique qui varie selon les fabricants (5 à 10 minutes) ; 2) les situations durant lesquelles la précision peut être affectée (glycémies en dehors de l’intervalle 3,9 à 10 mmol/l) ; 3) le temps d’équilibration du capteur (1 heure à 24 heures) ; 4) l’importance de la calibration selon le système et 5) la gestion des problématiques associées à la fixation du capteur sur la peau. Il est donc important de rappeler au patient l’impor- tance de ne pas se fier uniquement aux résultats du CGMS/
FGMS pour administrer de l’insuline de correction, au vu du possible manque de fiabilité des valeurs.
Il est recommandé, pour les sportifs pratiquant des compé- titions (football, basket, course à pied, etc.) ou des sports d’endurance de longue durée, de contrôler les corps céto- niques en cas d’hyperglycémie inexpliquée supérieure à 15 mmol/l. Ceci est indispensable pour les porteurs de pompe à insuline, car la survenue de problématiques techniques est fréquente et se traduit souvent par une mauvaise diffusion de l’insuline responsable d’une cétose. Il est donc important de prescrire un des appareils disponibles et remboursés et de donner une marche à suivre. La présence d’une cétonémie (> 0,6 mmol/l) est le plus souvent signe d’insulinopénie chez le patient diabétique, bien qu’en cas de jeûne ou après l’AP il est possible d’observer chez le sujet non diabétique une élé- vation des corps cétoniques.
MATÉRIEL : LES DÉFIS PRATIQUES
La fiabilité des outils technologiques liée à la surveillance ou l’administration des traitements en cas d’AP, notamment en lien avec l’altitude ou la profondeur sous l’eau, se base sur très peu de données scientifiques et l’on se réfère surtout aux informations fournies par les producteurs.
Une étude portant sur des glucomètres a comparé deux tech- niques d’analyse du sang en haute altitude : glucose déshydro- génase (GDH) et glucose oxydase (GOX).11 Elle date de 2010, avant la nouvelle norme ISO 15195:2013, et a été réalisée à 5000 m au Kilimandjaro (Tanzanie). Elle a conclu que les deux méthodes surestiment la glycémie à haute altitude, mais que les machines avec une technologie GDH étaient un peu plus fiables.
Concernant les CGMS, lesquels sont de plus en plus fré- quents et tentent de se substituer aux mesures glycémiques capillaires, aucune étude n’a été retrouvée dans la littérature ni même directement auprès des fabricants.
Une expédition effectuée à 5760 m sur le Mont Damavand (Iran) avec 19 patients diabétiques de type 1 a permis de tes- ter les pompes à insuline des marques Medtronic (Veo, 640G, 715 et 722 ; 15 patients) et Roche (Accuchek Combo ; 4 pa- tients).12 Les patients étaient tous expérimentés et malgré des études plus anciennes montrant la formation de bulles dans des conditions hypobariques,13,14 aucun incident n’a eu lieu durant ce test. Ainsi, retenons que les patients ne doivent pas être découragés de pratiquer une activité de haute montagne, voire de très haute montagne, en raison de leur matériel.
Les tableaux 2, 3 et 4 reprennent quelques appareils et les limites posées par les fabricants, avec quelques explications en lien avec les termes usités.
Dans la pratique courante, ce sont les différentes expériences des patients qui nous donnent les limites rencontrées. Ainsi, en cas de grand froid ou en haute altitude, les appareils de mesure de la glycémie semblaient effectivement moins fiables et ne fonctionneraient pas toujours.
Enfin, en cas de pratique d’un sport, et ce d’autant plus s’il est extrême (intensité, profondeur, hauteur, température, etc.), il est important que le patient soit entouré d’une équipe inter-
disciplinaire. L’objectif sera de lui permettre d’obtenir les outils pour la gestion des différentes situations potentielles, ainsi que les conditions nécessaires à sa réussite, tout en tenant compte de ses demandes mais aussi de ses connais- sances.
CONCLUSION
Comme il a été discuté tout au long de cet article, force est de constater qu’une prise en charge optimale du contrôle glycé- mique en cas d’activité physique reste un réel défi complexe,
Fabricant Modèle Altitude Température
de fonctionnement Hygrométrie Étanchéité ASCENCIA Contour Next USB
Contour Next One Contour Next Link 2.0
NC 5 à 45°C 10 à 93 % Non
YPSOMED Lecteur Omnipod (pompe) 696 à 1062 hPa 5 à 40°C 20-90 % sans condensation Non
Unio NC 6 à 44°C < 90 % Non
ROCHE DIABETES Accuchek Aviva Combo NC 5 à 32°C NC Non
Accuchek Aviva NC NC NC Non
Accuchek Mobilea 0 à 4000 m au-dessus du niveau de la mer 10 à 40°C 15 à 85 % Non
Accuchek Guide NC NC NC Non
MENARINI Glucomen Areo NC 5 à 45°C 20 à 90 % sans condensation Non
Glucomen LX Plus NC 5 à 45°C 10 à 90 % humidité relative Non
ABBOTT Freestyle Libre – 381m à 3048 m 10 à 45°C 10 à 90 % sans condensation Non
TABLEAU 2 Glucomètres NC : non connu.
aUne notification de précaution d’emploi a été apportée par rapport à la couleur de l’environnement, notamment en journée sous les toiles de tente de couleur orangée.
Aide pour l’interprétation de la pression atmosphérique (Pa). Pression atmosphérique moyenne : 0 m : 1013 hPa ; 1000 m : 898.76 hPa ; 2000 m : 794.98 hPa ; 3000 m : 701.13 hPa ; 4000 m : 616.45 hPa ; 5000 m : 540.26 hPa .
Fabricant Modèle Altitude Température
de fonctionnement Hygrométrie Étanchéité
DEXCOM Récepteur G5
ou récepteur G4 – 396,24 m à 4206 m 0 à 40°C 10 à 95 %
d’humidité relative IP22 : gouttes tombant verticalement – Protec- tion contre l’insertion d’objets larges et les projections d’eau
Transmetteur G5 – 396,24 m à 4206 m 0 à 45°C 10 à 95 %
d’humidité relative IP28 : protection contre l’insertion d’objets larges et l’immersion dans l’eau jusqu’à 2,4 mètres de profondeur pendant 24 heures Protection contre l’immersion dans l’eau Transmetteur G4 – 152 m à 3657 m 10 à 42°C 10 à 95 %
d’humidité relative IP 28 : immersion temporaire MEDTRONIC
Guardian 2 Link Pression entre 61,36 kPa (610 hPa) et 106,17 kPa (1060 hPa)
– 5°C à 45°C 5 à 95 %
sans condensation NC Guardian
Connect 57,60 kPa (570 hPa) à
106,17 kPa (1060 kPa) 0 à 45°C 10 à 95 %
sans condensation NC
ABBOTT Freestyle Libre
récepteur – 3381 m à 3048 m 10 à 45°C 10 à 90%
sans condensation Non Freestyle Libre
capteur (FGMS) – 3381 m à 3048 m 10 à 45°C 10 à 90 %
sans condensation IP27 : immersion possible à 1 mètre de profondeur pendant 30 minutes SENSONICS (Distribu-
teur : Roche Diabetes) Eversense
transmetteur 700 hPa à 1060 hPa 5 à 40°C 15 à 90 % IP67 : submersion pendant 30 minutes à 1 mètre
TABLEAU 3 CGMS et FGMS
CGMS : système de mesure du glucose en continu ; FGMS : système flash de monitoring du glucose ; NC : non connu.
Aide pour l’interprétation de la pression atmosphérique (Pa). Pression atmosphérique moyenne : 0 m : 1013 hPa ; 1000 m : 898.76 hPa ; 2000 m : 794.98 hPa ; 3000 m : 701.13 hPa ; 4000 m : 616.45 hPa ; 5000 m : 540.26 hPa .
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Bubble formation occurs in insulin pumps in response to changes in ambient temperature and atmospheric pressure but not as a result of vibration. BMJ Open Diabetes Res Care 2014;2:e000036.
* à lire
** à lire absolument
Fabricant Modèle Altitude Température
de fonctionnement Humidité Étanchéité ROCHE Accuchek Combo 500 à 1060 hPa mais ne
pas dépasser 3000 m d’altitude
5 à 40°C 20 à 90 %
d’humidité relative IPX8 : protégée contre les effets d’une immersion temporaire dans des conditions standards – Maxi- mum 60 minutes à 2,5 mètres
Accuchek Insight 550 à 1060 hPa 5 à 40°C 20 à 90 %
d’humidité relative IPX8 : il est possible de porter la pompe pendant la douche, le bain ou lorsque l’on nage. Mais comme l’adaptateur de perfusion n’est pas étanche dans l’eau, il est susceptible de pénétrer dans le compartiment de la cartouche
Ne pas plonger à plus de 1,3 mètre de profondeur
MEDTRONIC 640G 70,33 kPa (700 hPa) à
106,18 kPa (1060 hPa) 5 à 40°C 20 à 90 % IPX8 : protégée contre les effets d’une immersion continue dans l’eau à 3,6 mètres pendant 24 heures
YPSOMED Ypsopump 500 à 1060 hPa 5 à 37°C 20 à 95 % d’humi-
dité relative sans condensation
IPX8 : immersion pendant 60 minutes à une profondeur maximum de 1 mètre Omnipod (Insulet
Corporation) 696 à 1062 hPa 5 à 40°C 20 à 90 % sans
condensation Non
Pod (Insulet
Corporation) 696 hPa à 1060 hPa 4,4 à 40°C mais
démarrage >10°C 20 à 85 % sans
condensation IPX8 : 7,6 mètres pendant au maximum 60 minutes
TABLEAU 4 Pompes à insuline
Aide pour l’interprétation de la pression atmosphérique (Pa). Pression atmosphérique moyenne : 0 m : 1013 hPa ; 1000 m : 898.76 hPa ; 2000 m : 794.98 hPa ; 3000 m : 701.13 hPa ; 4000 m : 616.45 hPa ; 5000 m : 540.26 hPa .
En cas de pratique d’une AP chez le patient avec un diabète de type 1, une adaptation de l’insulinothérapie et/ou de l’alimenta- tion se révèle souvent nécessaire
Le type, la durée et l’intensité de l’AP vont influencer la manière de gérer le traitement ou l’alimentation
Il est important de veiller à maintenir un état d’euglycémie et surtout d’éviter les hypoglycémies. Ces dernières peuvent survenir durant l’AP, mais également dans les 24 heures après, en raison d’une amélioration de la sensibilité à l’insuline
Différents outils technologiques peuvent aider dans la prise en charge de l’AP (sensor, pompe), mais ils ne doivent pas être une entrave à la pratique de l’AP
IMPLICATIONS PRATIQUES et ce malgré de nombreux outils technologiques. Il est impor-
tant de discuter avec le patient de ses objectifs portant sur le type d’AP, la durée, l’intensité et les moyens d’y parvenir. Pour cela, une prise en charge interdisciplinaire en diabétologie est nécessaire pour la préparation « standard ». En cas de pratique d’AP à un niveau élevé, voire même professionnel, ou pour des conseils plus personnalisés (notamment gestion de l’oxy- dation des graisses), une consultation spécialisée en médecine du sport peut être ajoutée à une équipe interprofessionnelle (par exemple, consultation « Sport et Diabète » au CHUV).
Enfin, il est important de préciser que ces recommandations peuvent être utiles pour des conseils personnalisés, mais la pratique d’une AP doit rester un plaisir et non une source de stress et de contraintes.
Conflit d’intérêts : Les auteurs n’ont déclaré aucun conflit d’intérêts en relation avec cet article.