Département de Mathématiques d’Orsay
Mémoire du M2 formation à l’enseignement supérieur
LE THÉORÈME DE NEWLANDER - NIRENBERG
U
α∩ U
βU
αU
βM
⊆ R n R n ⊇
φα(Uα∩Uβ)φ αβ
φβ(Uα∩Uβ)difféomorphisme
φ α φ β
Présenté par Achim Napame Sous la direction de Hugues AuvRay
Année 2018 - 2019
1 Géométrie différentielle 1
1.1 Variétés différentielles . . . 1
1.1.1 Immersion et submersion . . . 1
1.1.2 Sous-variétés deRn . . . 2
1.1.3 Variétés différentielles . . . 2
1.2 Espaces tangents . . . 4
1.2.1 Espace tangent d’une sous-variété deRn . . . 4
1.2.2 Fibrés vectoriels réels . . . 5
1.2.3 Espace tangent d’une variété . . . 5
1.3 Champs de vecteurs . . . 7
1.3.1 Champ de vecteurs dans une carte . . . 8
1.3.2 Dérivations . . . 9
1.3.3 Crochets de champs de vecteurs . . . 10
1.3.4 Flot d’un champ de vecteurs . . . 11
1.4 Théorème de Frobenius . . . 13
2 Variétés complexes 17 2.1 Structures complexes sur les espaces vectoriels . . . 17
2.1.1 Définitions et exemples . . . 17
2.1.2 Complexification d’un espace vectoriel réel . . . 18
2.1.3 Espaces propres d’une structure complexe . . . 18
2.2 Fonctions holomorphes . . . 19
2.2.1 Fonctions holomorphes d’une variable complexe . . . 19
2.2.2 Fonctions holomorphes à plusieurs variables . . . 20
2.2.3 Le théorème d’inversion locale pour les fonctions holomorphes . . . 21
2.3 Variétés analytiques complexes . . . 21
2.3.1 Définition et exemples . . . 21
2.3.2 Fibrés vectoriels complexes . . . 22
2.3.3 Fibrés vectoriels holomorphes . . . 22
2.4 Structure presque complexe sur une variété . . . 23
2.4.1 Premières définitions . . . 23
2.4.2 Structure complexe d’une variété complexe . . . 23
2.4.3 Automorphismes infinitésimaux . . . 25 i
3 Intégrabilité des structures presque complexes 27
3.1 Version analytique du théorème de Frobenius . . . 27
3.1.1 Condition d’intégrabilité d’une structure complexe . . . 27
3.1.2 Distribution réelle associée à une distribution complexe . . . 28
3.1.3 Distribution holomorphe . . . 29
3.1.4 Version analytique du théorème de Frobenius . . . 29
3.2 Propriétés locales des structures presque-complexes . . . 31
3.2.1 Deux énoncés sur les opérateurs elliptiques . . . 31
3.2.2 Propriétés locales des structures presque-complexes . . . 33
3.3 Le théorème de Newlander - Nirenberg . . . 37
Index 41
Bibliographie 43
1
Géométrie différentielle
Dans ce chapitre, on présente quelques notions de bases sur la géométrie différentielle. On étudiera les notions de fibrés vectoriels, de champs de vecteurs et de dérivations sur les variétés.
Dans la première partie, nous donnerons les définitions de variétés et sous-variété réelle. Dans la deuxième partie, on présentera la notion de fibré vectoriel qui sera utile pour définir l’espace tangent d’une variété.
La troisième partie s’articulera autour des notions de champs de vecteurs et dérivations sur une variété.
Nous terminerons ce chapitre par démontrer le théorème de Frobenius ; ce théorème sera utile dans la démonstration du théorème3.17de Newlander – Nirenberg.
Dans ce chapitre, on note n, m, p trois entiers entiers positifs tel quen, m > 0et kun élément de N∗∪ {+∞}.
1.1 Variétés différentielles
On commence cette partie par présenter les théorèmes de formes normales et définir les sous-variété deRn. Dans un second temps, nous généraliserons ces notions dans le cadre des variétés.
1.1.1 Immersion et submersion
Soitf :Rn−→Rmune fonction de classeCketx0 ∈Rn.
Théorème 1.1 (Inversion locale). On suppose que n = m. Si la différentielle dx0f def en x0 est bi- jective, alors il existe un voisinage U de x0 et un voisinage V def(x0) tel que f : U −→ V soit un Ck-difféomorphisme.
Définition 1.2. On dit quef est uneimmersionenx0si la différentielledx0f est injective. Dans ce cas, on an≤m.
La fonctionf est unesubmersionenx0si la différentielledx0f est surjective. Dans ce cas, on an≥m.
Théorème 1.3(Formes normales). On suppose ici quex0= 0.
1. Si f est une immersion en x0, alors il existe un difféomorphisme local φ : Rm −→ Rm tel que φ◦f(x) = (x, 0).
2. Si f est une submersion en x0, alors il existe un difféomorphisme local ψ : Rn −→ Rn tel que f◦ψ(x1, . . . , xn) = (x1, . . . , xm).
Démonstration. On se ramène au théorème d’inversion locale à travers l’algèbre linéaire. On écritf = (f1, . . . , fm)où lesfj : Rn −→ Rsont des fonctions à valeurs réelles. SoitA = (ajl) la matrice de Mm, n(R)définie parajl= ∂fj
∂xl
(0)pourj∈ {1, . . . , m}etl∈ {1, . . . , n}. On a d0f : Rn −→ Rm
h 7−→ Ah . 1
Premier point.La matriceAest de rangn. Il existe une matrice inversibleP ∈ GLm(R), tel que pour tout X ∈ Rn,P AX = t(X,0). Soit g : Rm −→ Rm la fonction définie parg(x) = P x; c’est un isomorphisme linéaire. Quitte à utiliser la fonctiong◦f, on peut supposer qued0f(h) = (h,0). SoitΨ l’application définie par
Ψ : Rn×Rm−n −→ Rm
(x, y) 7−→ f(x) + (0, y) .
On ad0Ψ(x, y) = (x, y). Par le théorème1.1d’inversion locale,Ψest un difféomorphisme local en0.
On poseφ= Ψ−1. CommeΨ(x, 0) =f(x), nous avonsφ◦f(x) = (x,0).
Second point.Il existeP ∈GLn(R)tel que pour toutX = (x1, . . . , xn)∈Rn,AP X = (x1, . . . , xm).
Soitg:Rn−→Rmla fonction définie parg(x) =f(P x). On ad0g(x1, . . . , xn) = (x1, . . . , xm). Quitte à utiliser la fonctiong, on peut supposer que d0f(x1, . . . , xn) = (x1, . . . , xm). Soit Ψ l’application définie par
Ψ : Rm×Rn−m −→ Rn (x, y) 7−→ (f(x, y), y) .
Sur un voisinage de0,Ψest un difféomorphisme local. On poseψ= Ψ−1, nous avons[f◦ψ](x, y) =x.
En effet : siΨ(x, y) = (X, Y)oùX =f(x, y)etY =y, nous avons[f◦ψ](X, Y) = [f◦ψ◦Ψ](x, y) = f(x, y) =X.
1.1.2 Sous-variétés deRn
Théorème 1.4. On supposep≤n. SoitMune partie deRn. Les définitions suivantes sont équivalentes : Définition par redressement.Pour toutx∈M, il existe un voisinageU dexdansRn, un voisinageV de Rnet unCk-difféomorphismeφ:U −→V tel queφ(M∩U) =V ∩(Rp× {0}). Une telle applicationφ est appelé carte deM.
Définition par fonction implicite.Pour toutx∈M, il existe un voisinageU dexdansRnet une applica- tionf :U −→Rn−pde classeCkqui est une submersion enx, tel queU ∩M =f−1(0).
Définition 1.5. On dit qu’une partieMdeRnest unesous-variétédeRnde dimensionpet de classeCk si elle vérifie l’une des deux définitions du théorème1.4.
Exemple 1.6. Soit Sn={(x1, . . . , xn+1)∈Rn+1|x21+. . .+x2n+1= 1} la sphère unité deRn+1et
f : Rn+1 −→ R
(x1, . . . , xn+1) 7−→ x21+. . .+x2n+1−1 .
Pour toutx ∈ Sn, la différentielledxf est surjective etSn = f−1(0), doncSnest une sous variété de Rn+1de dimensionn.
1.1.3 Variétés différentielles
Définition 1.7. SoitMun espace topologique etI un ensemble. Unatlas de carteCkà valeurs dansRn surM est un ensembleA de couples(Uα, φα)pourα∈I tel que
1. (Uα)α∈I est un recouvrement deM par des ouverts,
2. φα:Uα −→φα(Uα)⊂Rnest un homéomorphisme et pour toutα, β∈I, l’application φαβ : φα(Uα∩Uβ) −→ φβ(Uα∩Uβ)
x 7−→ φβ◦φ−α1(x) est unCk-difféomorphisme.
Pour α, β ∈ I, l’applicationφα est appelée une carteet l’application φαβ est appelé application de transitionouchangement de carte.
U
α∩ U
βU
αU
βM
⊆ R n R n ⊇
φα(Uα∩Uβ)φ αβ
φβ(Uα∩Uβ)difféomorphisme
φ α φ β
Soient A et B deux atlas de cartes de classes Ck. Les atlasA et B sontCk-compatiblessi leur réunion est encore un atlas de classeCk ou de manière équivalente, le changement de carte entre une carte deA et une carte deBest unCk-difféomorphisme. ÊtreCk-compatible est une relation d’équi- valence.
Définition 1.8. Unevariété différentiellede classeCket de dimensionnest un espace topologique sépa- rable muni d’un atlas dénombrable de cartes de classeCkà valeurs dansRn(ou de manière équivalente d’une classe d’équivalence d’atlas de cartesCkà valeurs dansRn).
Exemple 1.9. Une sous-variétéM deRnde dimensionp(p≤n) est une variété différentielle.
On peut généraliser la notion de sous-variété deRnaux variétés abstraites.
Définition 1.10. On suppose p ≤ n. SoitM une variété de dimensionnetN ⊂ M une partie deM.
On dit queN est unesous-variétédeM de dimension psi l’une des deux définitions équivalentes est vérifiée.
Définition par redressement.Pour toutx∈N, il existeφ:U −→V ⊂Rnune carte deMtelle queU contientxetφ(N ∩U) = (Rp× {0})∩V ⊂Rp×Rn−p.
Définition par fonction implicite.Pour toutx∈N, il existe un ouvert de carteU deM tel quex∈U et une applicationf =fU :U −→Rn−p de classeCkqui est une submersion enxvérifiantU∩N = f−1(0).
SoientMetNdeux variétés de classeCket de dimensionmetnrespectivement. Soitf :M −→N une application continue.
Définition 1.11. L’applicationf est de classeCr (r ≤ k) si pour toute carteφ : U −→ Rm deM et ψ :V −→ RndeN, l’applicationf lue dans les cartes(U, φ)et(V, ψ)est de classeCr, c’est-à-dire : l’application
g: φ(U∩f−1(V)) −→ ψ(V) x 7−→ (ψ◦f ◦φ−1)(x) est de classeCr.
Soitx∈M,(U, φ)une carte deM enxet(V, ψ)une carte deN enf(x).
L’application f est uneimmersionen xsi l’application f lue dans les cartes(U, φ)et (V, ψ) est une immersion au point φ(x). De même,f est une submersion enx si l’application f lue dans les cartes (U, φ)et(V, ψ)est une submersion au pointφ(x).
Comme généralisation du théorème1.3, on a :
Théorème 1.12. 1. Sifest une immersion enxalors pour toute carte localeφenxtelle queφ(x) = 0, il existe une carte locale ψ en f(x) avec ψ(f(x)) = 0telle qu’au voisinage de 0on ait ψ ◦f ◦ φ−1(x1, . . . , xm) = (x1, . . . , xm,0, . . . , 0).
2. Sif est une submersion enxalors pour toute carte localeψenf(x)telle queψ(f(x)) = 0, il existe une carte localeφenxavecφ(x) = 0telle qu’au voisinage de0on aitψ◦f◦φ−1(x1, . . . , xm) = (x1, . . . , xn).
1.2 Espaces tangents
Avant de définir l’espace tangent d’une variété, nous commençons par définir l’espace tangent d’une sous-variété réelle. Compte tenue des propriétés de l’espace tangent d’une sous-variété deRn, on veut voir s’il n’existe pas de versions analogues dans le cas d’une variété. Pour cette raison on a besoin de la notion de fibré vectoriel.
1.2.1 Espace tangent d’une sous-variété deRn SoitM une sous-variétés deRnde dimensionp.
Définition 1.13. Soitx ∈ M. Un vecteur v ∈ Rn est tangent à M en x s’il existe une courbec : ]−ε, ε[−→Mde classeC1avecε >0tel quec(0) =xetc′(0) =v.
L’espace des vecteurs tangent deM enxest appeléespace tangentdeM enxet est notéTxM
Exemple 1.14. Soitx0∈RnetV un sous-espace vectoriel deRn. SiM =x0+V alors pour toutx∈M, TxM =V.
Proposition 1.15. Pour toutx∈M,TxM est un espace vectoriel de dimensionp.
Démonstration. Soitx∈M,U un voisinage dexetφ:U −→V comme dans la première définition du théorème1.4. Sicest une courbe deM passant parx, alors φ◦c est une courbe deV ∩(Rp× {0}) passant parφ(x)et d
dt[φ(c(t)) ] t=0
= dxφ(c′(0)) .Ainsi,X ∈ TxM si et seulement si dxφ(X) ∈ Tφ(x)φ(M∩U); donc l’application dxφ:TxM −→Tφ(x)φ(M ∩U) est un isomorphisme et
TxM = (dxφ)−1(Rp× {0}) . Ainsi,TxMest un sous-espace vectoriel deRnde dimensionp.
Proposition - définition 1.16. L’ensembleT M de tous les vecteurs tangents deM définie par T M ={(x, X)∈M×Rntel queX ∈TxM}
est appeléespace tangentdeM. L’espace totalT Mest une sous-variété deRn×Rnde dimension2p.
Démonstration. Siφ:U −→V une carte enM, alors l’application Ψ : U ×Rn −→ V ×Rn
(x, X) 7−→ (φ(x), dxφ(X) ) est une carte deT M.
1.2.2 Fibrés vectoriels réels
SoitMune sous-variété deRn. L’espace tangentT M est localement difféomorphe au produit d’un ouvert deM avec un sous-espace vectoriel deRn. Siπ :T M −→ M est la projection deT M surM, pour toutx∈M,π−1(x)est identifié à un sous-espace vectoriel deRn. On peut donc voirT Mcomme une famille d’espaces vectoriels. Cet exemple est un cas particulier de la notion de fibré vectoriel.
Définition 1.17. SoitBune variété de classeCk+1. Unfibré vectoriel réelξde classeCket de rangpsur B est la donnée d’une famille d’espaces vectoriels réels(Ex)x∈B de dimensionpet d’une structure de variétéCksurE= [
x∈B
Extelle que les conditions suivantes sont vérifiées : 1. L’applicationπ :E −→BenvoyantExsurxest de classeCk.
2. Pour toutx ∈ B, il existe un voisinage ouvert U dex dans B et unCk-difféomorphisme φ : π−1(U)−→U×Rptel que pr1◦φ=πet pr2◦φ|Eb :Eb−→Rpest un isomorphismeR-linéaire pour toutb∈U.
On dit queπest laprojection deξ,Blabase,El’espace total,Ex=π−1(x)lafibreau dessus dex,U unouvert distingué(oude trivialisation) etφunetrivialisation localedeπau dessus deU.
Définition 1.18. Soitξ etξ′ deux fibrés vectoriels réels de projectionsπ :E −→ Betπ′ :E′ −→ B′ respectivement. Unmorphisme deξ dans ξ′ est un couple d’applications (f, f) tel que le diagramme suivant commute :
E E′
B B′
f
π π′
f
,
et pour tout b ∈ B,f|Eb : Eb −→ E′
f(b) est un morphisme d’espaces vectoriels réels c’est-à-dire une applicationR-linéaire.
Soientξ,ξ′ etξ′′ trois fibrés vectoriels. Soient(f, f) un morphisme deξ dansξ′et (g, g)un mor- phisme deξ′dansξ′′alors(g◦f, g◦f)est un morphisme deξdansξ′′.
Définition 1.19. Unesectionde classeCkd’un fibré vectorielπ :E −→ Bde classeCk est une appli- cations:B−→Ede classeCktelle queπ◦s=IdB.
1.2.3 Espace tangent d’une variété
Dans le cas d’une variété abstraite, on peut construire l’espace géométrique de tous les vecteurs tangents. Cette construction est semblable à celle faite pour les sous-variétés deRn.
Définition 1.20. SoitMune variété,x∈M etε >0un réel. Soitc1, c2 : ]−ε;ε[−→M deux chemins tel quec1(0) =c2(0) =x. Les cheminsc1 etc2sontéquivalentssi pour toute carte localeφenx,
(φ◦c1)′(0) = (φ◦c2)′(0) .
Dans cette définition, on aurait pu demander l’égalité uniquement pour une carte. En effet siφαest une carte locale enx telle que (φα◦c1)′(0) = (φα◦c2)′(0) etφβ une autre carte locale enx, nous avons :
(φβ ◦c1)′(0) =dφα◦c1(0)[φβ◦φ−α1]( (φα◦c1)′(0) ) = (φβ◦c2)′(0) .
Notation. Sic:]−ε;ε[−→Mest un chemin tel quec(0) =x, on note[c, x]la classe d’équivalence de chemins équivalents àcpour la relation ci-dessus. L’élément[c, x]est un vecteur tangent àM enx.
L’ensemble de tous les vecteurs tangent àM enxest appeléespace tangentdeM enxet est notéTxM.
SoitM etN deux variétés de classeCk. Soitf :M −→N une application de classeCk. Sicest un chemin dansMpassant parx∈M, alorsf ◦cest un chemin dansN passant parf(x).
Lemme 1.21. Sic1etc2sont deux chemins équivalents alorsf◦c1etf◦c2le sont aussi.
Démonstration. Soitφune carte locale deM enxetψune carte locale deN enf(x).
Comme(φ◦c1)′(0) = (φ◦c2)′(0), nous avons :
(ψ◦f ◦c1)′(0) = (ψ◦f◦φ−1◦φ◦c1)′(0)
=dφ◦c1(0)(ψ◦f◦φ−1)((φ◦c1)′(0))
=dφ◦c2(0)(ψ◦f◦φ−1)((φ◦c2)′(0))
= (ψ◦f◦c2)′(0) , d’où le résultat.
Ainsi l’application Txf : TxM −→ Tf(x)N
[c, x] 7−→ [f ◦c, f(x)] est bien définie. Sifest un difféomorphisme, nous avons(Txf)−1 =Tf(x)(f−1).
SoitM une variété de dimensionnetx∈M. Siφest une carte locale enxalors l’application Txφ: TxM −→ Rn
[c, x] 7−→ (φ◦c)′(0)
est un isomorphisme. Siφ(x) = 0etψune autre carte locale deMenx, le diagramme suivant commute.
TxM
Rn Rn
Txφ Txψ
d0(ψ◦φ−1)
Commed0(ψ◦φ−1)préserve la structure d’espace vectoriel, les structures d’espace vectoriel surTxM issues deTxφetTxψsont les mêmes. DoncTxMest bien un espace vectoriel réel de dimensionn.
On définit l’espace tangentd’une variétéM par T M = a
x∈M
TxM ={(x, X)tel quex∈M etX∈TxM} . L’espaceT Mest muni d’une projection π :T M −→M définie parπ(x, X) =x .
Proposition 1.22. On supposek≥2. SiMest une variété de dimensionnet de classeCk, alorsT Mhérite canoniquement d’une structure de variété de dimension2net de classeCk−1.
Démonstration. Soit(Uα, φα)α∈Iun atlas de cartes pour la variétéM. Pour toutα, on pose dφα: π−1(Uα) −→ φα(Uα)×Rn
(x, X) 7−→ (φα(x), dxφα(X) ) .
L’applicationdφαest une carte pour la variétéT M. Pourα, β∈I, l’application de changement de carte est définie par
dφαβ : φα(Uα∩Uβ)×Rn −→ φβ(Uα∩Uβ)×Rn
(x, X) 7−→ (φβ◦φ−α1(x), dx(φβ◦φ−α1)(X) ) .
Commeφβ◦φ−α1est un difféomorphisme de classeCketdx(φβ◦φ−α1)est un difféomorphisme de classe Ck−1, on conclut quedφαβ est un difféomorphisme de classeCk−1.
Ainsi (φα(Uα), dφα)α∈I est un atlas de cartes deT M à valeurs dansR2nde classeCk−1. DoncT M est une variété de dimension2net de classeCk−1.
Remarque 1.23. L’applicationπ :T M −→Mest la projection d’un fibré vectoriel réel ; ce fibré vectoriel est appeléfibré tangentdeM.
SoitM etN deux variétés de classeCk+1etf : M −→ N une application de classeCk+1. Alors l’applicationT f définie par
T f : T M −→ T N
(x,[c, x] ) 7−→ (f(x),[f ◦c, f(x)] )
est de classeCk. Le couple(T f, f)est une morphisme de fibrés vectoriels deT M −→M surT N −→
N; en particulier le diagramme suivant commute.
T M T N
M N
T f
f
Remarque 1.24. SiM est un ouvert deRm etN un ouvert deRn, on définit l’applicationT f par :
T f : T M −→ T N
(x, v) 7−→ (f(x), dxf(v)) .
1.3 Champs de vecteurs
Dans cette partie,M désigne une variétéC∞de dimensionn. Cette partie a pour but de présenter les différentes propriétés des champs de vecteurs. On commence par le définir, puis on présente l’écriture d’un champ de vecteurs dans une carte locale. Dans un deuxième temps, dans le cadre des variétés de classeC∞, on montre qu’il existe une correspondance entre champs de vecteurs et dérivations. Grâce à cette correspondance, on définit le crochet de Lie de deux champs de vecteurs. On termine cette partie en donnant quelques propriétés sur les flots de champs de vecteurs.
Définition 1.25. Unchamp de vecteurs de classeCkest une sectionCkdu fibré tangent deM.
Notation. On noteΓk(T M)l’ensemble des champs de vecteurs de classeCketΓ(T M)l’ensemble des champs de vecteurs de classeC∞.
Comme pour toutx∈M,TxMest un espace vectoriel, on peut munirΓk(T M)d’une structure d’es- pace vectoriel pour l’addition point par point et de la multiplication externe point par point. SiX, Y ∈ Γk(T M)etλ∈R, nous avons (X+Y) :x∈M 7−→X(x) +Y(x) et(λX) :x∈M 7−→λX(x).
Si f ∈ Ck(M, R) et X ∈ Γk(T M), alors(f X) est un élément de Γk(T M)définie par(f X)(x) = f(x)X(x). On dit queΓk(T M)est unCk(M, R)-module.
SoitN une variété de classeCk+1etf :M −→N unCk+1-difféomorphisme.
Définition 1.26(Image réciproque). SoitY ∈Γk(T N). On définit un champ de vecteursf∗Y surMde classeCkappeléimage réciproquedeY parf, par
f∗Y :x7−→(Txf)−1(Y(f(x)) ) .
Propriété 1.27. 1. L’application deΓk(T N)dansΓk(T M)définie parY 7−→f∗Y estR-linéaire et pour toutg∈Ck(N,R)on a f∗(gY) = (g◦f)f∗Y .
2. SoientP une variétéCk+1,g : N −→ P unCk+1-difféomorphisme et Z un champ de vecteur CksurP. Alors (g◦f)∗Z =f∗(g∗Z).
On peut pousser en avant les champs de vecteurs. SiX∈Γk(T M), on notef∗Xle champ de vecteurs de classeCksurN défini par(f−1)∗X, c’est-à-dire
f∗X :y7−→Tf−1(y)f(X(f−1(y) ) ) .
Pour toutX ∈Γk(T M)etY ∈Γk(T N), on af∗(f∗X) =Xetf∗(f∗Y) =Y; donc f∗ : Γk(T N)−→Γk(T M)
est unisomorphismed’espace vectoriel d’inversef∗. 1.3.1 Champ de vecteurs dans une carte
SoitX ∈Γk(T M). La restriction deXàU est un champ de vecteurs surU notéX|U.
SoitU est un ouvert deRn. On aT U = U ×Rn et un champ de vecteurs surU est une application x7−→(x, X(x))qui s’identifie àX∈Ck(U,Rn).
Si(e1, . . . , en)est la base canonique deRn, alors les champs de vecteursEj : x 7−→ ej forment une base deΓk(T U). Donc tout champ de vecteursXsurU s’écrit de façon unique sous la forme
X= Xn j=1
fjEj
oùfi ∈Ck(U,R).
Soit(U, φ) une carte locale deM et X ∈ Γk(T U). Le champ de vecteursφ∗(X|U)est un champ de vecteurs surφ(U). Dans la base des champs de vecteursEj, nous avons φ∗(X|U) =
Xn j=1
fjEj oùfj ∈ Ck(φ(U),R). SiXj =fj ◦φ, alors X|U =
Xn j=1
Xjφ∗Ej.
LesXj ∈Ck(U,R)sont les coordonnées locale deXdans la carte(U, φ).
Proposition 1.28. Soit(V, ψ)une autre carte locale etφ◦ψ−1l’application de changement de carte définie par φ◦ψ−1 : y = (y1, . . . , yn) 7−→ (x1(y1, . . . ,,yn), . . . , xn(y1, . . . ,,yn)).Si X|V =
Xn j=1
Yjψ∗Ej
alors Xl= Xn j=1
Yj
∂xl
∂yj ◦ψ.
Démonstration. Poura∈U ∩V, on a
ψ∗Ej(a) = (ψ◦φ−1◦φ)∗Ej(a) = (Taφ)−1
(ψ◦φ−1)∗Ej(φ(a) )
= (Taφ)−1
(φ◦ψ−1)∗Ej(φ(a) )
= (Taφ)−1 Tψ(a)(φ◦ψ−1)[Ej(ψ(a)) ]
= (Taφ)−1 Xn
l=1
∂xl
∂yj
(ψ(a))el
!
= (Taφ)−1 Xn l=1
∂xl
∂yj ◦ψ◦φ−1
·El
!
(φ(a) ) , donc
ψ∗Ej =φ∗ Xn
l=1
∂xl
∂yj ◦ψ◦φ−1
·El
!
= Xn
l=1
∂xl
∂yj ◦ψ·φ∗El . Ainsi,
X = Xn j=1
Yjψ∗Ej = Xn j=1
Yj Xn l=1
∂xl
∂yj ◦ψ·φ∗El= Xn l=1
Xn
j=1
Yj∂xl
∂yj ◦ψ
φ∗El ,
d’où la proposition.
1.3.2 Dérivations
Définition 1.29. Unek-dérivation(oudérivation) deMsur les fonctions à valeurs réelles est une appli- cation linéaireδ : Ck+1(M, R) −→ Ck(M, R)qui vérifie la règle de Leibniz, c’est à dire : pour tout f, g∈Ck+1(M, R),
δ(f g) =f δ(g) +gδ(f) .
Soit f une fonction appartenant àCk(M, R) et δ une dérivation. pour toutg ∈ Ck+1(M, R)et x∈M, on définit la dérivationf δpar
(f δ)(g)(x) =f(x)δ(g)(x) .
On noteDk(M)l’ensemble desk-dérivation. Sik=∞, on notera l’ensembleDk(M)parD(M). L’en- sembleDk(M)est unCk(M,R)-module.
Remarque 1.30. Les dérivations sont nulles sur les constantes.
Proposition 1.31. Soitδune dérivation. Si les fonctionsf etgappartenant àCk+1(M, R)coïncident sur un ouvertU deM, alors les fonctionsδfetδgcoïncident surU.
Définition 1.32. SoientN une variété de classe Ck+1,δ une dérivation sur N et φ : M −→ N un Ck+1-difféomorphisme local. Pour tout x dans M, il existeUx et Vx des voisinages ouverts de x et φ(x) respectivement tels queφ : Ux −→ Vx est unCk+1-difféomorphisme. Pour x ∈ M, on note χx ∈Ck+1(Vx,R)une fonction à support dansVxtel queχx= 1près deφ(x). On définit la dérivation φ∗δdeMpar :
φ∗δ: Ck+1(M,R) −→ Ck(M, R)
f 7−→ (φ∗δ)(f) :x7−→δ[χxf ◦φ−1](φ(x)) . Remarque 1.33. La formule définissantφ∗δne dépend pas du choix deχx.
Exemples 1.34. 1. Si(U, φ) est une carte locale deM à valeurs dansRnde coordonnées canoniques (x1, . . . , xn), alors les
∂
∂xj
: Ck+1(U,R) −→ Ck(U,R) f 7−→ ∂(f◦φ−1)
∂xj ◦φ sont des dérivations surU.
2. SoitX ∈Γ(T M)un champ de vecteurs. L’application LX : Ck+1(M, R) −→ Ck(M, R)
f 7−→ LXf :x7−→(Txf)(X(x) )
est une dérivation. Cette application est l’action de ladérivée de LieLX sur les fonctions.
SiUest un ouvert deRnde base canonique(e1, . . . , en)et de coordonnées canoniques(x1, . . . , xn), nous avons LEj = ∂
∂xj
. Plus généralement, si(U, φ)est une carte locale deM à valeurs dansRn, nous avons Lφ∗Ej = ∂
∂xj .
L’application Γ(T M) −→ D(M)
X 7−→ LX est un isomorphisme deR-espace vectoriel.
Théorème 1.35.
Démonstration. Cette application est bien linéaire. Montrons l’injectivité. On suppose queLX = 0 pour un certainX. Soit(U, φ)une carte locale deM de coordonnées canoniques(x1, . . . , xn). On note χj : (x1, . . . , xn)7−→xj l’applicationj-ème coordonnée. Pour toutx∈U, on a
0 = (LX)χj(x) = (Txχj)(X(x)) =χj(X(x)), doncXest le champ de vecteurs nulle surU.
Montrons que l’application est surjective lorsqueMest la boule unité ouverteBdeRn.
Lemme 1.36. Soitf :B −→Rune application de classeC∞. Pour touty= (y1, . . . , yn)dansB, il existe des applicationsh1,y, . . . , hn,y:B −→Rde classeC∞telle que, pour toutx= (x1, . . . , xn)dansB,
f(x)−f(y) = Xn j=1
(xj−yj)hj,y(x) .
En effet : f(x)−f(y) = Z 1
0
d
dtf(t(x−y) +y)dt= Xn j=1
(xj −yj) Z 1
0
∂f
∂xj
(t(x−y) +y)dt . Soitδune dérivation surB. Par le lemme1.36, pour toutf ∈C∞(B,R)et touty∈B, nous avons :
δf(y) =δ(f−f(y))(y) = Xn j=1
[hj,y(y)δ(χj−yj)(y) + (yj−yj)δ(hj,y)(y) ]
= Xn j=0
δ(χj)(y)∂f
∂xj(y) .
On posegj =δ(χj), nous avonsδ=LY où Y = Xn j=0
gjEj. Donc l’application est bien surjective.
On suppose maintenant queM est une variété abstraite. Soit(Uα, φα)un atlas de carte deM tel que φα(Uα) =B. Soitδune dérivation surM.
On a(φα)∗(δ|Uα) =LYαoùYαest un champ de vecteurs surB. Doncδ|Uα = (φα)∗(LYα) =L(φα)∗Yα. On note Xα le champ de vecteurs(φα)∗Yα;Xα est un champ de vecteurs sur Uα. SurUα ∩Uβ, les champs de vecteursXαetXβ coïncident ; donc lesXαse recollent en un champ de vecteursXsurM.
Comme pour toutαnous avons δ|Uα =LXα = (LX)|Uα, on conclut queδ =LX.
Remarque 1.37. SiX ∈Γ(T M), alors on identifie le champ de vecteursXavec la dérivée de LieLX. Sif ∈C∞(M, R), on noteraX(f)l’élémentLX(f).
1.3.3 Crochets de champs de vecteurs
Soitδ, δ′ ∈D(M). L’élément[δ, δ′] =δ◦δ′−δ′◦δest une dérivation surM. En effet : δ◦δ′(f g) =f(δ◦δ′)g+ (δf)(δ′g) + (δg)(δ′f) +g(δ◦δ′f) et
δ′◦δ(f g) =f(δ′◦δ)g+ (δ′f)(δg) + (δ′g)(δf) +g(δ′◦δf) , donc [δ, δ′](f g) =f[δ, δ′]g+g[δ, δ′]f.
Définition 1.38. SoitX, Y ∈Γ(T M). On note[X, Y]le champ de vecteurs tel que L[X, Y]= [LX,LY] .
On appelle[X, Y]est lecrochet de LiedeXetY. Pour toutf ∈C∞(M,R), [X, Y](f) =X(Y(f) )− Y(X(f) ).
Lemme 1.39. SoientM etN deux variétés de classeC∞etX, Y, Z∈Γ(T M). On a :
1. [X, Y] + [Y, X] = 0: anti-commutativité ;
2. [X,[Y, Z]] + [Y, [Z, X]] + [Z, [X, Y]] = 0: identité de Jacobi ;
3. pour toutf :N −→MunC∞-difféomorphisme,f∗[X, Y] = [f∗X, f∗Y]: fonctorialité de[·,·].
4. Soit(U, φ)une carte locale deM. Si surU, X= Xn j=1
fj ∂
∂xj et Y = Xn j=1
gj ∂
∂xj alors surU,
[X, Y] = Xn l=1
Xn j=1
fj
∂gl
∂xj −gj
∂fl
∂xj
∂
∂xl . (1.1)
5. Pourf ∈C∞(M, R), on a [X, f Y] =f[X, Y] + (LXf)Y .
Proposition 1.40. SoitN une sous-variété deM etX, Y des champs de vecteurs surM. Si les restrictions deXetY àN restent dansT N ⊂T M|N, alors[X, Y]|N est tangent àN et est égal[X|N, Y|N].
1.3.4 Flot d’un champ de vecteurs
Soit X ∈ Γ(T M)un champ de vecteurs. On cherche les solutions c : I −→ M définies sur un intervalleIdeRcontenant0de l’équation
c′(t) =X(c(t)) . (1.2)
Exemple 1.41. SiM = R2 alorsX est de la formeX = f(x, y) ∂
∂x +g(x, y) ∂
∂y et la courbec(t) = (x(t), y(t))vérifie l’équation
x′ =f(x, y) y′ =g(x, y) .
Plus généralement si (x1, . . . , xn) sont les coordonnées locales dex ∈ M et(Xj)1≤j≤n les coor- données locales deXvu à travers un carte, en notantc(t) = (x1(t), . . . , xn(t)), l’équation(1.2)devient
x′j =Xj(x1, . . . , xn) pour toutj∈ {1, . . . , n} .
Par le théorème de Cauchy-Lipschitz, pour toutx∈M, il existe une unique courbe intégralec:I −→M deX définie localement tel quec(0) = x et c′(t) = X(c(t)). Ainsi, pourx ∈ M fixé, on note cx la solution maximale de l’équationc′(t) =X(c(t))de condition initialec(0) =x.
Définition 1.42. Le champ de vecteurXestcompletsi pour toutx∈M, la solutioncxest définie surR.
Lemme 1.43. Sic:I −→M est une solution de l’équation(1.2), alors pour toute carte(Uα, φα)deM tel queIα =I∩c−1(Uα)6=∅on a : pour toutt∈Iα,
(φα◦c)′(t) = [ (φα)∗X](φα◦c(t)) . (1.3) Démonstration. Pour toutt∈Iα, il existey∈Rntel queφ−α1(y) =c(t). Sit∈Iα, on a :
(φα◦c)′(t) =Tc(t)φα(c′(t) ) =Tφ−1
α (y)φα(X(φ−α1(y)) ) = [(φα)∗X](y) = [ (φα)∗X](φα◦c(t)) .
Lemme 1.44. SiXest à support compact, alorsXest complet.
Démonstration. Soit(Uα, φα) une carte de M et Yα = (φα)∗X|Uα un champ de vecteur sur Rn. Le champ de vecteursYαest à support compact.
Par le lemme des bouts, sic1 est une solution dea′(t) =Yα(a(t))définie sur un intervalle borné, alors l’image dec1 sort de tout compact. Ceci est impossible carYαest à support compact. Donc la solution c1est définie surR; ceci entraîne queYαest complet. DoncX|Uα est complet.