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Les associations d’anciens combattants de Moselle de la fin de la seconde Guerre mondiale à nos jours :
organisation, buts et influence
Aurélie Bludszus
To cite this version:
Aurélie Bludszus. Les associations d’anciens combattants de Moselle de la fin de la seconde Guerre mondiale à nos jours : organisation, buts et influence. Histoire. Université de Strasbourg, 2014.
Français. �NNT : 2014STRAG033�. �tel-01266582�
UNIVERSITÉ DE STRASBOURG
ÉCOLE DOCTORALE ED 519, Sciences Humaines Sociales EA 3400 ARCHE - Arts, Civilisation et Histoire de l'Europe
THÈSE
présentée par :Aurélie BLUDSZUS
soutenue le : 3 décembre 2014
pour obtenir le grade de :
Docteur de l’Université de Strasbourg
Discipline/ Spécialité :
Histoire Contemporaine
Les associations d’anciens combattants de Moselle de la fin de la Seconde Guerre
mondiale à nos jours : organisation, buts et influence
THÈSE DIRIGEE PAR :
Monsieur GRANDHOMME Jean-Noël Maître de Conférences en histoire contemporaine (HDR), Université de Strasbourg
Monsieur COCHET François Professeur d'histoire contemporaine, Université de Lorraine
PRESIDENT DE JURY ET RAPPORTEUR :
Monsieur HEYRIES Hubert Professeur d'histoire contemporaine, Université Paul- Valéry Montpellier III (antenne de Béziers)
RAPPORTEUR :
Monsieur TATU Laurent Professeur d'anatomie, Université de Franche-Comté AUTRE MEMBRE DU JURY :
Monsieur HAU Michel Professeur émérite d'Histoire économique et sociale, Université de Strasbourg
Remerciements
Je voudrais remercier les membres des Associations des Anciens Combattants qui ont pris le temps de répondre à mon étude et tout particulièrement MM. HARIG et DONNET, qui m’ont aidés et guidé durant mes recherches. Ils n’ont pas hésité à prendre le temps de m’accueillir pour me faire partager leur histoire.
Je souhaiterais dire merci à mes directeurs de thèse Jean-Noël GRANDHOMME et François COCHET ainsi qu’à toutes les institutions, organismes et associations qui m’ont permis de consulter leurs archives, et spécialement, aux Archives Départementales de la Moselle, à Philippe WILMOUTH de l’ASCOMEMO et à l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre de la Moselle.
Enfin, je remercie mes parents pour s’être pris d’affection pour ce sujet ainsi que pour leur participation active à cette thèse et pour leur soutien quand les temps sont devenus difficiles. Je remercie Florian pour sa patience et son aide durant ces longues années de recherche. Merci à tous ceux qui ont répondu présent lorsque j’avais besoin d’eux et qui ont rendu possible cette thèse.
TABLE DES MATIERES
TABLE DES FIGURES DE LA THESE 21
TABLE DES SIGLES ET DES ABREVIATIONS 22
INTRODUCTION 24
Chapitre I : La Moselle, une situation particulière 25
LA MOSELLE, UNE TERRE DE CONVOITISE AU DESTIN COMPLEXE 26
LA MOSELLE AU CŒUR DE NOTRE PROPOS… 32
LES MOSELLANS, UNE POPULATION BALLOTEE ET MEURTRIE DANS SES CHAIRS 37
Chapitre II : Démarche et données de l’étude 42
SYNTHESE HISTORIOGRAPHIQUE 43
PROBLEMATISATION DU SUJET 46
DEMARCHES ET ENQUETES 51
Processus général 51
« Malgré-Nous » : une démarche spécifique 53
DEMARCHE DE COLLECTE ET DE TRAITEMENT DE L’INFORMATION 58
PARTIE I : QU’EST CE QU’UN COMBATTANT ? CONCEPT ET TERMINOLOGIE DU
MONDE ANCIEN COMBATTANT 59
Introduction à la partie I 60
ANCIENS COMBATTANTS ET GROUPE SOCIAL 60
PRISE EN COMPTE DES ANCIENS COMBATTANTS 61
Chapitre I : Les fondements des associations d’anciens combattants 65
HISTORIQUE DU MOUVEMENT COMBATTANT 66
GENESE DU MOUVEMENT COMBATTANT 70
Chapitre II : Les raisons d’être des associations d’anciens combattants 74
NATURE DU MOUVEMENT COMBATTANT 75
DEUX SENTIMENTS MOTEURS : PATRIOTISME ET PACIFISME 78
LES TRAUMATISMES DE LA GUERRE 81
COMBATTANT ET ANTIMILITARISME 84
PARTIE II : ANCIENS COMBATTANTS ALSACIENS-MOSELLANS : UNE REELLE
SPECIFICITE. 87
Introduction à la partie II 88
Chapitre I : Le cas spécifique des anciens combattants Alsaciens et Mosellans 91
DES SOLDATS ALLEMANDS 92
LE RETOUR DES SOLDATS ALSACIENS-MOSELLANS 94
PRISE EN CHARGE SPECIALE DES ALSACIENS-MOSELLANS 96
LES PREMIERES ASSOCIATIONS D’ANCIENS COMBATTANTS 98
Chapitre II : Un particularisme mosellan : les « Malgré Nous » 103
INTRODUCTION 104
DES COMBATTANTS « FELDGRAU » POURTANT SI DIFFERENTS… 104
LA NAISSANCE DES PREMIERS « MALGRE-NOUS DE MOSELLE » 106
LES ASSOCIATIONS D’ANCIENS COMBATTANTS SOUS LES YEUX DE LA PRESSE MOSELLANE : LES EDITIONS « LE LORRAIN », L’ORGANE DE DIFFUSION 108
« MALGRE-NOUS », UN CONCEPT TRES FRANÇAIS 113
Chapitre III : Le statut particulier des « Malgré-Nous », incorporés de force 120
INTRODUCTION 121
SITUATION DES INCORPORES DE FORCE EN 1945 EN MOSELLE 121
L’annexion de fait : la naissance de l’incorporation de force 121 Installation de la situation illégale de l’annexion de fait 121 Accélération de la nazification de l’espace mosellan : la précipitation de l’encadrement 123 Du « Reichsarbeitsdienst » à l’incorporation de force dans la « Wehrmacht » 124
Le « RAD », service national du travail allemand 124
Vers l’incorporation de force 128
Le refus de l’incorporation de force 133
La décision de refuser l’incorporation de force 133
Le traitement des incorporés de force par les Alliés 136
Le rapatriement des « non-rentrés » 137
La situation spécifique des Incorporés de Force. 138
L’après guerre, un climat insupportable 140
Une situation sans évidence 140
Comment être reconnu ? 143
Les femmes, incorporées de force 145
Les Traumatismes de la guerre 147
L’HOMME QUI FIT LE LIEN ENTRE DEUX GENERATIONS DE « MALGRE NOUS » : PAUL
DURAND 148
L’intégration de la première association « Malgré Nous » 150
L’appel à l’union 151
LA COMPOSITION DE L’ASSOCIATION 157
Un comité directeur composé d’évadés 157
La composition socio-professionnelle 159
Lors de la guerre 159
Après la libération 161
Le soutien extérieur et les membres d’honneur 162
ANALYSE DES STATUTS DE L’ACMNR 164
L’organisation administrative et le recrutement 165
Le comité directeur 166
Les sections locales 167
Les membres de l’Association 167
Le Bulletin 168
Le rôle du Bulletin 169
Structure du bulletin 173
Analyse de la composition de l’Association 176
PARTIE III : D’AUTRES ASSOCIATIONS, D’AUTRES SPECIFICITES 185
Chapitre I : Une association d’arme : Les Marins et Marins Anciens Combattants
et leur Fédération (AMMAC) 186
INTRODUCTION 187
LES FONDEMENTS HISTORIQUES : DES AMICALES EPARPILLEES 187
LA FEDERATION DES ASSOCIATIONS DE MARINS ET MARINS ANCIENS COMBATTANTS
(FAMMAC) : GENESE 191
COMPRENDRE SON HISTOIRE 192
Les activités de service et de propagande 197
LES PREMIERES ACTIONS SIGNIFICATIVES DE LA FEDERATION 201
LA FEDERATION MOSELLANE DES ASSOCIATIONS DE MARINS ET MARINS ANCIENS
COMBATTANTS 204
Les amicales 205
C'est mon drapeau 207
Chapitre II : Une association de classe d’âge : La Fédération Nationale des
Combattants de Moins de Vingt ans (1914-1918, 1939-1945 et T.O.E.) 210
INTRODUCTION 211
LE CAS DE LA GRANDE GUERRE 211
LE CAS DE LA SECONDE GUERRE 212
ACTUELLEMENT 214
Chapitre III : Associations des Anciens Combattants et Militaires Français, Section Fédérale André Maginot de la Moselle affiliée à la Fédération Nationale
André Maginot G.R. 140 215
INTRODUCTION 216
LE FONCTIONNEMENT GENERAL DU GROUPEMENT 140 217
Origine de l’association 217
Les buts de l’association 218
SECTION ACMF / FNAM DE MAIZIERES LES METZ, HAUCONCOURT ET ENVIRONS 222
Angélo Manza raconte la vie de l’association 223
Les Présidents des 40 dernières années 227
Le Comité (en 2010) 227
Chapitre IV : l’Amicale des Pieds Noirs et Mouvement National des Rapatriés d'Outre-mer - Municipalités et Souvenir - section Moselle 229
INTRODUCTION 230
HISTOIRE DE L’ASSOCIATION DES PIEDS NOIRS 230
LA CONSTITUTION EN ASSOCIATION 233
CHAPITRE V : Les associations d’officiers et de sous-officiers de réserve de
Moselle 238
INTRODUCTION 239
RAPPEL HISTORIQUE 240
EN MOSELLE 246
PARTIE IV : CONVERGENCES ET DIVERGENCES DES ACTIONS DES ASSOCIATIONS
D’ANCIENS COMBATTANTS DE MOSELLE 248
Chapitre I : Démarches et missions des associations mosellanes 249
UNE CERTAINE CONVERGENCE DES ACTIONS 250
LE DISCOURS PROPRE AUX « MALGRE-NOUS » 257
L’indemnisation pour le préjudice subit suite à l’incorporation de force 257
Rôle des « Malgré-Nous » dans le rapatriement 266
Les revendications propres à notre province 266
TABLEAU DE SYNTHESE DES ROLES ET DES ATTRIBUTIONS DES ASSOCIATIONS
D’ANCIENS COMBATTANTS 275
DESIDERATA ET ATTENTES D’UN ANCIEN COMBATTANT 276
Chapitre II : Se Souvenir : un Devoir ? 277
INTRODUCTION 278
L’ENTRETIEN DU SOUVENIR : COMMEMORER POUR REPOUSSER L’OUBLI 278
RAPPELER LE DRAME DE LA MOSELLE ET INSTRUIRE LA JEUNESSE 281
UN RELAIS PUISSANT AU SEIN DES POUVOIRS PUBLICS 283
DU « DEVOIR DE MEMOIRE » AU « TOURISME DE MEMOIRE » 285
CONCLUSION 289
SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE 295
I. SOURCES D’ARCHIVES 295
1. SOURCES MANUSCRITES 295
1. 1. Archives publiques 295
1.2. Archives privées 295
2. SOURCES ORALES 296
II. Sources imprimées 296
1. DOCUMENTS OFFICIELS 296
2. MEMOIRES ET TEMOIGNAGES DE « MALGRE-NOUS » 297
Autres associations 299
3. JOURNAUX ET REVUES 299
Le bulletin d’information de l’association des « Malgré-Nous » 299
Les autres périodiques et revues 300
La presse Régionale 300
III. Bibliographie 300
1. OUVRAGES GENERAUX 300
* Le traumatisme de la guerre 303
* Les anciens combattants 304
2. OUVRAGES SUR L’INCORPORATION DE FORCE ET SES CONSEQUENCES 306
3. JOURNAUX ET REVUES 308
IV. SITES INTERNET 309
TABLE DES MATIERES DES ANNEXES
LISTE DES ANNEXES 311
LISTE DES FIGURES DANS LES ANNEXES 314
ANNEXE 00 : DEMARCHE & DONNEES DE L’ETUDE 317
LISTE DES ENTITES D’ANCIENS COMBATTANTS DE LA MOSELLE 318
ETUDE DES ASSOCIATIONS DE MOSELLE 343
CRITERE = NATURE DE L’ENTITE 344
CRITERE = PORTEE GEOGRAPHIQUE 344
CRITERE = THEMATIQUE 345
CRITERE = « CONFESSION » 345
ANNEXE 01 : LA MOSELLE « BALOTTEE » 346
Entre « Etre Français » et « Etre Allemand » 347
LA MOSELLE, ENTRE France ET Allemagne 348
ANNEXE 02 : LES ACTEURS DU MONDE « ANCIEN COMBATTANT » 351
LE MINISTERE DES ANCIENS COMBATTANTS ET VICTIMES DE GUERRE (AC-VG)353
MINISTERE DE LA DEFENSE : UN RAPPEL HISTORIQUE 353
ATTRIBUTIONS LEGALES AU SEIN DU MINISTERE DE LA DEFENSE 354
Ministre de la défense 354
Ministère de la Défense 354
Le livre blanc de la Défense 354
La loi de programmation militaire 355
Le projet de loi de finances 355
LE SECRETARIAT AUX ANCIENS COMBATTANTS 356
Lien Armée- Nation 356
La politique de mémoire 356
Préservation et la mise en valeur du patrimoine mémoriel 358
Les sépultures de guerre 358
Les hauts lieux de la mémoire nationale 358
Favoriser le développement du tourisme de mémoire 359
PETITE REVUE DE PRESSE 359
L’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONAC-VG) 360
UN PEU D’HISTOIRE 361
ORGANISATION DE L’OFFICE 361
BUDGET DE L’OFFICE 362
ACTIONS DE L’OFFICE 362
Réparation 362
Reconnaissance 362
Mémoire 364
Hébergement 364
Reconversion professionnelle 364
PETITE REVUE DE PRESSE 365
L’INSTITUTION NATIONALE DES INVALIDES (INI) 365
LES MISSIONS DE L’INSTITUTION 365
ORGANISATION DE L’INI 366
LE SOUVENIR FRANÇAIS 366
UN PEU D’HISTOIRE 367
LE SOUVENIR FRANCAIS, AUJOURD’HUI 369
LA Fédération Nationale André Maginot (FNAM) 369
PETIT HISTORIQUE 369
ACTIONS DE L’ASSOCIATION 370
LES PRESIDENTS DE LA FNAM 371
« LA CHARTE », LE JOURNAL D’INFORMATION DE LA FNAM 371
« LA GRANDE GARENNE », SITE D’ACCUEIL ET DE REPOS 371
PETITE REVUE DE PRESSE 372
LA FNAM, ACTIONNAIRE DE LA FDJ 372
Fédération Nationale des Anciens des Missions Extérieures – OPEX (FNAME-
OPEX) 373
Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie
(FNACA) 374
BUTS DE LA FEDERATION 375
LA FNACA, AUJOURD’HUI 376
REVUE DE PRESSE 377
Fédération nationale des Plus Grands Invalides de Guerre (FNPGIG) 377
UN PEU D’HISTOIRE 378
UN JOURNAL, DES MESSAGES 379
LA FONDATION 380
Union des Blessés de la Face et de la Tête (UBFT) 380
UN PEU D’HISTOIRE 380
UN REPRESENTANT UNIQUE DU MONDE DES INVALIDES 381
LA FONDATION, AUJOURD’HUI 381
Union Fédérale des Associations Françaises d’Anciens combattants, DE Victimes de guerre et des Jeunesses de l’Union Fédérale (UF) 383
COURT HISTORIQUE 383
L’UNION FEDERALE, AUJOURD’HUI 384
Union Française des ASSOCIATIONS DE Combattants et Victimes de Guerre
(UFAC) 384
RAPPEL HISTORIQUE 384
LES PRESIDENTS DE L’UFAC 385
L’UFAC, AUJOURD’HUI 385
Union Nationale des Combattants (UNC) 386
ANOPEX 387
ANNEXE 03 : ANCIENS COMBATTANTS : DONNEES GENERALES 389
UN PEU D’HISTOIRE 389
LA PRISE EN CHARGE DES COMBATTANTS 389
LA PRISE EN CHARGE DES MORTS 392
LA PRISE EN CHARGE DES SURVIVANTS 393
LES ASSOCIATIONS D’ANCIENS COMBATTANTS 393
LA CARTE DE COMBATTANT 396
LA CARTE D’INVALIDITE 398
LE TITRE DE RECONNAISANCE DE LA NATION 398
LES MENTIONS & TITRES 399
LA MENTION « MORT POUR LA FRANCE » 399
LA MENTION « MORT EN DEPORTATION » 399
LES DECORATIONS 399
CATEGORIES DE DECORATIONS 400
Les croix : 400
Les ordres 400
Les ordres nationaux : 400
Les ordres des ministères : 400
Les médailles 400
ASPECTS BUDGETAIRES 401
RESSOURCE DU MINISTERE (SECRETARIAT) DES AC-VG 401
LE LIEN ENTRE L’ARMEE ET LA NATION 403
LA JOURNEE « DEFENSE & CITOYENNETE » 404
LA POLITIQUE MEMORIELLE 404
Aspects budgétaires 404
Valorisation du patrimoine mémoriel 405
Le calendrier commémoratif 405
Autres actions pour la mémoire 407
Concours national de la résistance et de la déportation 407
RECONNAISSANCE & REPARATION DES ANCIENS COMBATTANTS 407
PETIT RETOUR HISTORIQUE 408
SITUATION ACTUELLE 409
CAS DES OPEX 410
INDEMNISATION VICTIMES DE LA SECONDE GUERRE 413
ANNEXE 04 : LES MALGRE-NOUS 414
PREMIERE ASSOCIATION DES « MALGRE-NOUS » (1920) 415
LES STATUTS DE L’ASSOCIATION ACMNR (réactivée en 1945) 417
L’ASSOCIATION DES « MALGRE-NOUS », NOUVELLE GENERATION 421
LES « MALGRE-NOUS » ET LES AUTRES ASSOCIATIONS 426
QUELQUES EXEMPLES... 426
LIEN DE L’ASSOCIATION ACMNR AVEC LE LUXEMBOURG 427
RASSEMBLEMENT DES « MALGRE-NOUS » 427
QUELQUES EXTRAITS DU BULLETIN DE L’ACMNR 428
LE MOT DU PRESIDENT (bulletin n° 204 de 2003) 428
LIEUX DE CONGRES DE L’ASSOCIATION ACMNR 429
L’INDEMNISATION DES INCORPORES DE FORCE 431
L’INDEMNISATION DES INCORPORES DE FORCE au 31 décembre 2013 434
INDEMNISATION 1 435
INDEMNISATION 2 436
INDEMNISATION TOTALE 437
ALLOCATION RAD 438
SUBVENTIONS 439
TOTAL DES MONTANTS VERSES PAR LA FEFA 440
ANNEXE 05 : LES AUTRES ASSOCIATIONS D’ALSACE - MOSELLE 441
ASSOCIATION DES ANCIENS DE TAMBOV ET AUTRES CAMPS 442
PETIT RAPPEL HISTORIQUE 442
GENESE DE L’ASSOCIATION « ANCIENS DE TAMBOV » 444
OBJECTIFS DE L’ASSOCIATION 445
HISTOIRE DE L’ASSOCIATION ET FAITS MARQUANTS 445
LES PRESIDENTS DE LA FEDERATION 448
AVENIR DE L’ASSOCIATION 448
MUSEE D’HISTOIRE ET DE TAMBOV 449
UN CELEBRE ARTISTE 449
LE LUXEMBOURG ET SES ENROLES DE FORCE 450
BIBLIOGRAPHIE 450
L’AMICALE DES « FLECHARDS » 451
SPECIFICITES 451
GENESE DE L’ASSOCIATION 451
OBJECTIFS DE L’ASSOCIATION 452
HISTOIRE ET FAITS MARQUANTS 452
BIBLIOGRAPHIE 452
LES « MALGRE-ELLES » 453
QUELQUES RAPPELS 453
ALLOCATION RAD – KHD 453
BIBLIOGRAPHIE 454
LA FONDATION POUR L’ENTENTE FRANCO-ALLEMANDE (FEFA) 455
SERVICES PUBLICS 455
ASSOCIATIONS 455
OBJECTIFS DE LA FONDATION 456
INDEMNISATION DES INCORPORES DE FORCE 456
COOPERATION FRANCO-ALLEMANDE 456
LES PRESIDENTS DE LA FEFA 456
L’INDEMINISATION DES INCORPORES DE FORCE 457
SITUATION ACTUELLE DE LA FEFA 457
LES « A. D. E. I. F. » 458
BREF HISTORIQUE 458
ADEIF DU BAS-RHIN : SES PRESIDENTS 459
ADEIF DU HAUT-RHIN : SES PRESIDENTS 460
UNION INVALIDES ANCIENS COMBATTANTS ET VICTIMES DE GUERRE D’ALSACE
LORRAINE (UIACAL) 460
BIBLIOGRAPHIE CONCERNANT L’INCORPORATION DE FORCE 461
AUTRES PUBLICATIONS ET OUVRAGES 462
ANNEXE 06 : LES LIEUX DE LA MEMOIRE 463
LES TRACES DE COMBAT 464
LES SEPULTURES 466
LES NECROPOLES & CIMETIERES 467
LES HAUTS LIEUX DE mémoire 468
LES MONUMENTS AUX MORTS 470
LES OSSUAIRES 473
L’OSSUAIRE DE DOUAUMONT 473
LES COMMEMORATIONS 473
LA FLAMME 474
COMMEMORATIONS EN MOSELLE 474
LISTE DES SITES DE LA JOURNEE « MEMOIRE DE LA MOSELLE » 474
CEREMONIE DU VIEIL-ARMAND 476
DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE 476
LES SITES MEMORIELS DE MOSELLE 477
AVANT LA GUERRE DE 1870-1871 478
L’ALSACE-MOSELLE ANNEXEE 478
L’ENTRE DEUX GUERRES 478
LES SEQUELLES DES GUERRES 479
SE SOUVENIR ET TRANSMETTRE 479
LE CENTRE EUROPEEN DU RESISTANT DEPORTE 479
LE MEMORIAL D’ALSACE-MOSELLE DE SCHIRMECK 480
LE MUSEE DE GRAVELOTTE 480
LE FORT DE METZ-QUEULEU 480
LES EXPOSITIONS 481
ASCOMEMO 482
ANNEXE 07 : TOURISME DE MEMOIRE 483
LA MISSION DU « CENTENAIRE DE LA PREMIERE GUERRE » 484
EVENEMENTS EN LORRAINE 485
EN MEURTHE & MOSELLE 485
EN MEUSE 485
EN MOSELLE 486
DANS LES VOSGES 486
AUTRES EVENEMENTS 486
JOURNEES D’HISTOIRE REGIONALE 486
SALONS DU LIVRE 486
JOURNEES DU PATRIMOINE 487
QUELQUES CITATIONS 487
TABLE DES FIGURES DE LA THESE
Numéro de la figure Titre de la figure
FIGURE 01 LA PRUSSE A UNE FRONTIERE COMMUNE AVEC LA FRANCE FIGURE 02 LE DEPARTEMENT DE LA MOSELLE AVANT L’ANNEXION DE 1871 FIGURE 03 LA LORRAINE A LA SORTIE DE L’ANNEXION
FIGURE 04 INTEGRATION DES ZONES ANNEXEES DANS LE REICH
FIGURE 05 LES TERRITOIRES ANNEXES DEVIENNENT « ELSASS-LOTHRINGEN » FIGURE 06 LA LIMITE DE LA « LORRAINE » A L’EPOQUE CAROLINGIENNE FIGURE 07 LIMITES DU FRANCIQUE (vers l’an 1000)
FIGURE 08 INDUSTRIES DU FER ET DU CHARBON
FIGURE 09 SELECTION DES ASSOCIATIONS D’ANCIENS COMBATTANTS DE MOSELLE : EVOLUTION DU NOMBRE AU FIL DE LA DEMARCHE
FIGURE 10 SELECTION DES ASSOCIATIONS D’ANCIENS COMBATTANTS DE MOSELLE : MOTIF DE LA DEPERDITION EN NOMBRE
FIGURE 11 LOGIGRAMME DE LA DEMARCHE DE CONTACT DES ASSOCIATIONS FIGURE 12 LOGOTYPE DE LA PREMIERE ASSOCIATION DES « MALGRE-NOUS » FIGURE 13 ORIGINE TERRITORIALE DES INCORPORES DE FORCE
FIGURE 14 LOGOTYPE DE LA SECONDE ASSOCIATION DES « MALGRE-NOUS » FIGURE 15 REPARTITION GEOGRAPHIQUE DES LIEUX DE CONGRES
FIGURE 16 DETAILS DES LIEUX DE CONGRES ANNUELS DE L’ACMNR FIGURE 17 ORIGINE DES « MALGRES NOUS » DE MOSELLE
FIGURE 18 ÉVOLUTION DES EFFECTIFS DE L’ACMNR (Estimation) FIGURE 19 REPARTITION DES ADHERENTS ACMNR PAR SECTION
FIGURE 20 DONNEES SUR LA PROGRESSION DE L’ADHESION A L’ASSOCIATION ACMNR
FIGURE 21 NOMBRE D’ADHERENTS PAR SECTION ACMNR
FIGURE 22 IMPLANTATIONS DES SECTIONS DE L’ASSOCIATION ACMNR FIGURE 23 REPARTITION « HOMME – FEMME » AU SEIN DE L’ACMNR
FIGURE 24 SYNTHESE SUR LE MOUVEMENT DES INCORPORES DE FORCE EN ALSACE – MOSELLE
FIGURE 25 PART DES HOMMES DE PLUS DE 65 ANS ET TITULAIRE DE LA CARTE DE COMBATTANT (PAR ZONES)
FIGURE 26 NOMBRE DE RETRAITES DU COMBATTANT
TABLE DES SIGLES ET DES ABREVIATIONS
Sigle Signification
ACMF Anciens Combattants et Militaires Français ACMNR Anciens Combattants Malgré-Nous Réfractaires
ACORAM Association Centrale des Officiers de Réserve de l’Armée de Mer AC-VG Anciens Combattants – Victimes de guerre
ADEIF Association des Déserteurs, Evadés et Incorporés de Force
AFN Afrique du Nord
AGISM Association pour la Gestion des Institutions Sociales Maritimes
AMC Association des Mutilés et anciens Combattants de la grande guerre (de Nancy)
AMMAC Association des Marins et Marins Anciens Combattants
ANFANOMA Association Nationale des Français d’Afrique du Nord, d’Outre-mer et de leurs Amis
ANOPEX Association Nationale des Opérations Extérieures ARAC Association Républicains d’Anciens Combattants
ASCOMEMO Association
CARAC Caisse Autonome des Anciens Combattants
CORAN Confédération des Officiers de Réserve de l’Armée Nouvelle
DCA Défense Contre Aéronefs
DNA Dernières Nouvelles d’Alsace
EHPAD Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes FAMAC Fédération des Anciens Marins Anciens Combattants
FAMMAC Fédération des Associations de Marins et Marins Anciens Combattants FASOR Fédération Nationale des Amicales de Sous-officiers de Réserve
FEDAMMAR Fédération française des Associations amicales de Marins et Marins Anciens Combattants
FEFA Fondation pour l’Entente Franco-allemande
FEVAL Fédération des Engagés Volontaires Alsaciens et Lorrains
FNACA Fédération Nationale des Anciens Combattants d’Algérie, en Tunisie et au Maroc
FNAM Fédération Nationale André Maginot
FNR Front National des Rapatriés
FORR Fédération des Officiers de Réserve Républicains
Sigle Signification
FSORR Fédération des Sous-officiers de Réserve Républicains
HJ HitlerJugend
KHD KriegHilfDienst
LVF Ligue des Volontaires Français
NSDAP NationalSocialisches Deutsche ArbeitPartei NSKK NationalSocialisches KraftfahrerKorps
ONAC Office National des Anciens Combattants (et Victimes de Guerre)
OPEX Opérations Extérieures
OPMNAM Orphelins de Pères de Malgré-Nous d’Alsace -Moselle
RAD ReichArbeitsDienst
STO Service du Travail Obligatoire
UF Union Fédérale des Associations Françaises d’Anciens Combattants, Victimes de Guerre et des jeunesses de l’Union Fédérale
UFM Union Fédérale des mutilés
UFAC Union Française des Anciens Combattants UFFM Union des Fédérations Françaises de Marins UNAM Union Nationale des Anciens Marins
UNC Union Nationale des Combattants
UIACAL Union Invalides Anciens Combattants et victimes de guerre d’Alsace Lorraine
UNOR Union Nationale des Officiers de Réserve URSS Union des Républiques Socialistes Soviétiques
WASt Deutsche Dienststelle, Die Auskunfststelle für Wehrmarchtsnachweise
Introduction
CHAPITRE I :
LA MOSELLE UNE SITUATION PARTICULIERE
CHAPITRE II :
DEMARCHE ET DONNEES DE L’ETUDE
CHAPITRE I : LA MOSELLE, UNE SITUATION PARTICULIERE
LA MOSELLE, UNE TERRE DE CONVOITISE AU DESTIN COMPLEXE
LA MOSELLE AU CŒUR DE NOTRE PROPOS
LES MOSELLANS, UNE POPULATION BALLOTEE ET MEURTRIE DANS SES CHAIRS.
LA MOSELLE, UNE TERRE DE CONVOITISE AU DESTIN COMPLEXE
L’Alsace et la Lorraine ont toujours été des terres convoitées par ces deux grandes puissances que sont la France et l’Allemagne.
Le traité de Chambord du 15 janvier 1552 concrétisa la première incursion française sur le territoire « Lorrain ». En effet, en échange de la participation du roi de France Henri II et de son soutien financier dans la guerre menée contre l’empereur Charles Quint par les Princes protestants, celui-ci pouvait acquérir, soit les comtés de Ferrette et de Montbéliard, soit les Trois- Évêchés (Metz, Toul et Verdun). Henri II fit un choix stratégique et opta pour les Trois-Évêchés pour disposer d’un point d’appui en Lorraine face au Saint Empire. Même si le roi ne détient que le titre de « vicaire d’empire » et ne possède pas ces cités en propre, c’est un premier pas légal et militaire sur les terres lorraines. La Lorraine était déjà considérée à cette époque comme une zone d’influence française, une sorte de base avancée dans la lutte contre les Habsbourg.
Après avoir été longtemps sans frontières réellement définies, le Duché de Lorraine, en intégrant la France en 1766, prendra le nom de Province de Lorraine. En 1790, elle couvrira les futurs départements des Vosges, de la Moselle, de la Meurthe, de la Meuse ainsi qu’une partie des Ardennes, de la Haute-Saône et de la Haute-Marne.
Le territoire de la Moselle a connu, comme le Duché de Lorraine en son temps, des conflits que la convoitise de ses voisins a suscités. Depuis la création du département, la Moselle s’est retrouvée au premier plan, en contact de ses potentiels agresseurs puisque formant la frontière géographique avec le Royaume de Prusse.
FIGURE 01 : LA PRUSSE A UNE FRONTIERE COMMUNE AVEC LA FRANCE
COMMENTAIRE :
En 1815 (traité de Vienne le 9 juin), la Prusse gagne à l’est des territoires polonais et à l’ouest une partie de la Ruhr et les régions de Cologne, Coblence, Trèves et Aix la Chapelle, et une grande partie de la Sarre. Ainsi la Prusse et la France ont une frontière commune. La Prusse « pèse » alors plus de 10 millions d’habitants pour une superficie de 278 000 km2.
En 1866 et la victoire de Sadowa sur l’Empire Austro-hongrois, la Prusse connaît alors une expansion maximale lui permettant de relier les deux parties du royaume prussien (Hanovre, Hesse et Nassau, notamment). La Prusse pèse alors 15 millions d’habitants pour un territoire de 350 000 km2, de Trèves à Memel, prélude à la constitution de la future Allemagne du Nord.
En effet, les souverains prussiens ont tour à tour conquis de nouvelles terres et la victoire de Sadowa leur a donné une puissance politique que les dirigeants européens de l’époque ont commencé à craindre. Ainsi, l’idée d’expansion territoriale a grandi au sein du nouveau grand royaume dont les ambitions semblaient fonder un espace germanique dont les contours de la Meuse rappelleraient la Lotharingie.
Le stratagème de la dépêche d’Ems a déclenché le conflit armé entre l’Empire français et les forces alliées à la Prusse. Les défaites françaises successives ont conduit à l’armistice puis le traité de Francfort qui a abouti à l’amputation calculée de zones alsaciennes et lorraines. Non seulement les populations ont connu les combats (jugés sanglants et atroces) mais ont eu à subir pour nombre d’entre eux l’annexion de droit. Ainsi des français sont devenus par un trait de plume des citoyens allemands d’une nation naissante.
FIGURE 02 : LE DEPARTEMENT DE LA MOSELLE AVANT L’ANNEXION DE 1871
COMMENTAIRE :
En 1870, le département de la Moselle compte les arrondissements de : Briey, Thionville, Boulay, Forbach et Sarreguemines et sa préfecture est Metz.
Le département de la Meurthe, préfecture Nancy et ses arrondissements de Toul, Château- Salins, Sarrebourg et de Lunéville.
Aussi, après la défaite de la France, cette dernière devra céder à l’Allemagne, conformément au traité de Francfort du 10 mai 1871, la partie septentrionale de la Lorraine c'est- à-dire : la Moselle (à l’exception de Briey), ainsi qu’une partie de la Meurthe1. Les parties de la Meurthe et de la Moselle restées françaises formeront le département de la Meurthe-et-Moselle.
A partir de 1871, les territoires annexés ont évolué socialement et industriellement. La nouvelle frontière, a été le déclencheur, des deux côtés, de nouvelles initiatives et des villes ont connu un essor significatif. Mais au bout de près d’un demi-siècle, les gouvernants français dont une partie
1 L'annexion comprend les territoires de l’Alsace (sauf Belfort et des communes avoisinantes, formant par la suite le Territoire de Belfort), ainsi qu'une grande partie de la Moselle (excepté la région de Briey), à laquelle sont rattachés deux arrondissements de la Meurthe, ceux de Sarrebourg et de Château-Salins. Nous verrons par ailleurs que ce découpage territorial explique l’emploi indistinct et courant des termes d'« Alsace-Lorraine» et d'«Alsace-Moselle»,
se voulait être des « revanchards » alliés à une population dont certains se rangeaient à cette formule « ce n’est pas pour toujours », ont utilisé leurs accords politiques avec la Russie et la Grande Bretagne pour se confronter une nouvelle fois à nos voisins germains d’alors, les Allemands du Reich de Guillaume II, pour une guerre qu’ils avaient déclarée. Après 48 ans de présence allemande, le premier grand conflit mondial éclata : les alliés victorieux et le Traité de Versailles signé en 1919, la zone annexée redevient française et ne formera, à son tour, qu’un seul et unique département, la Moselle.
FIGURE 03 : LA LORRAINE A LA SORTIE DE L’ANNEXION
COMMENTAIRE :
Au retour à la France en 1919, suite au traité de Versailles, le département de la Moselle perd l’arrondissement de Briey et gagne les arrondissements de Château-Salins et de Sarrebourg.
Le département de la Meurthe gagne l’arrondissement de Briey mais cède les arrondissements de Château-Salins et Sarrebourg.
Le département des Vosges cède le canton de Schirmeck à l’Alsace.
Après la défaite française de juin 1940, le IIIème Reich occupe une nouvelle fois les territoires formant les départements de l’Alsace : Bas et Haut-Rhin et de la Moselle. La France libérée en mai 1945 induit le retour des départements annexés de fait pendant près de 5 ans.
La Seconde Guerre mondiale mettra un terme à ce ballottage culturel et politique. Elle sera surtout la marque du pire affront subi par l’Alsace et la Moselle. En effet, lorsque le gouvernement français constate l’avancée fulgurante des troupes allemandes, face à une défaite inévitable, il accepte de signer une Convention d’Armistice, celle de Rethondes, le 22 juin 1940. Cet accord signé par le général Huntziger2 pour la France et le maréchal Keitel3 pour l’Allemagne, est pourtant muet quant au devenir de l’Alsace et de la Moselle, alors territoires occupés.
2 Huntziger Charles (1880-1941), général. Formé à Saint-Cyr. Il représente, sur les recommandations de Charles de
FIGURE 04 : INTEGRATION DES ZONES ANNEXEES DANS LE REICH
COMMENTAIRE :
Les représentants du IIIème Reich décident à l’intégration des territoires « repris » (annexion de fait) dans le giron allemand. Les nouvelles contrées prennent les noms de : Moselland, de Westmark et d’Oberrhein.
Mais l’Allemagne interprètera ce texte de manière à mettre la main sur ces territoires empreints de germanité4 : le 7 août 1940, l’éviction de la souveraineté française fut consommée
français lors de la signature de l’Armistice de Rethondes, le 22 juin 1940. Il devient Secrétaire d’Etat à la Guerre du Gouvernement de Vichy. Il signera par ailleurs le statut des juifs le 3octobre 1940.
3 Keitel Wilhelm (1882-1946), Chef suprême des troupes allemandes depuis 1938 et Maréchal depuis juillet 1940. Il représente l’Allemagne national-socialiste lors de la signature de l’Armistice. Il est choisi par Hitler essentiellement pour sa fidélité au régime. Il est condamné à mort lors du procès de Nuremberg.
4 Citation du Général Doyen au procès de Philippe Pétain : « Les trois départements du Haut-Rhin, Bas-Rhin et de la
Moselle, dès le lendemain de la signature de l’armistice ont été brutalement ré-annexés par le Reich d’une façon totale.
Les bornes ont été replacées là où elles étaient autrefois. Le cordon douanier été replacé à l’ancienne frontière. Cela a été la séparation totale de la France à ces trois départements », cf. Nonnenmacher Georges-Gilbert, La Grande Honte, Colmar, Alsatia, ADEIF du Haut-Rhin, 2ème Edition, 1966, 239p, page 117. (1ere Ed : 1965).
par l’installation de la Zivilverwaltung5. Joseph Bürckel prend officiellement son poste de chef de l’administration civile, à Metz, le 21 septembre 1940. Le 1er décembre 1940, la Moselle, la Sarre et le Palatinat sont officiellement intégrés dans le Gau de la Westmark6, divisé en 26 Kreise7, dont la capitale est désormais Sarrebrück. Il est alors chargé comme ses homologues Simon pour le Luxembourg et Wagner pour l’Alsace, d’encadrer l’ensemble de la population de ces provinces dans un but de «regermanisation» des masses.
LA MOSELLE AU CŒUR DE NOTRE PROPOS…
Que l’on parle de « Lorrain » ou de « Lorraine » ce que nous qualifierons dans notre étude sera une simple différenciation par rapport au terme « Alsace ». Ce terme représentera, pour notre période et notre travail, le département de la Moselle mais aussi ses habitants. Cet emploi alternatif du nom « Moselle » ou « Lorraine » s’explique facilement. Tout d’abord, c’est une
« habitude » que de parler d’Alsace-Lorraine, expression formulée par Bismarck en 1871, lors de la création du Reichsland Elsass-Lothringen qui prit ce nom par simple traduction, alors que seulement un quart de la région (précisément 6 800 km2 sur 24 500) avait été en fait rattaché à l’empire, représentant la Moselle amputée de l’arrondissement de Briey.
5 Administration civile allemande.
6 La « Marche occidentale ».
FIGURE 05 : LES TERRITOIRES ANNEXES DEVIENNENT « ELSASS-LOTHRINGEN »
COMMENTAIRE :
En 1871, la décision est prise par Guillaume Ier : les zones françaises obtenues dans le cadre des négociations de paix préalable au traité de Versailles constitueront, en allemand : « Reichsland Elsass – Lothringen ». En français, littéralement : la terre d’empire « Alsace – Lorraine ».
Ensuite, les trois autres départements lorrains sont, eux, inclus dans une zone dite
« interdite » et qui le restera jusqu’au printemps 1943. La limite ouest de cette zone depuis Charleville-Mézières jusqu’à Langres correspond à la frontière de l’ancienne Lotharingie, fixée par le traité de Verdun en 8438.
8 Schneider Jean, Histoire de la Lorraine, Paris, QSJ ?, PUF, 125 pages (carte).
FIGURE 06 : LA LIMITE DE LA « LORRAINE » A L’EPOQUE CAROLINGIENNE
COMMENTAIRE :
Suite à la répartition de l’empire carolingien en 3 parties, est créé un territoire médian alors appelé « Lotharingie ». Ses limites occidentales (établies d’après une carte proposée par Jean Schneider : La Lorraine à l’époque carolingienne) rappelle les frontières ouest du futur duché de Lorraine (lorsqu’il sera rattaché à la France) et à l’actuelle région administrative de Lorraine.
Cette limite historique semble signifier pour la population de la Lorraine la possibilité imminente d’une annexion de fait du reste du Territoire dans le cadre d’une issue victorieuse de la guerre pour l’Allemagne. Cette zone aurait d’ailleurs été rebaptisée par un certain nombre d’auteurs allemands la « Franconie occidentale »9. Les Lorrains de l’ouest vivront longtemps dans le doute d’une annexion généralisée. Pourtant, cette situation ne verra jamais le jour et même si les Lorrains ont vécu la peur au ventre pendant trois années, seule la Moselle fut touchée par une véritable annexion et surtout par l’incorporation de force. Nous utiliserons donc de préférence les termes plus exacts d’ « Alsace-Moselle » et de « Moselle ». Par contre, lorsque nous parlerons des
9 Informations extraites de « 1944-1945, les Années Liberté », Editions Serpenoise, 2004, Nouvelle Edition, 62 pages, qui reprend l’article de Roger Bour publié dans le Républicain Lorrain intitulé : « La Lorraine, ses hommes et ses
« Malgré-Nous de Moselle », nous pourrons utiliser le terme de « mosellan » aussi bien que celui de « lorrain ».
Une autre particularité émanant de ce département vient de son parler, qui dans ses sonorités rappelle la langue allemande. Cette langue cohérente avec son histoire engendre des ambigüités quant à la considération de l’origine de la population de cette zone géographique : sont-ils Allemands ou bien Français ?
FIGURE 07 : LIMITES DU FRANCIQUE (vers l’an 1000)
COMMENTAIRE :
Le nord-est de la France a entretenu au fil des siècles des parler locaux. Dans la zone constituant de nos jours le département de la Moselle, il est utilisé le francique, version locale d’un dialecte germanique. A l’aube du XXIème siècle, seuls les anciens le pratiquent entre eux et il est très rare de l’entendre dans les conversations.
En Lorraine coexistent deux langues, le roman et le francique. Ce dernier qui prend des accents et un vocabulaire voisin tout en étant différent s’étend du Luxembourg actuel (au nord) jusqu’au canton de Bâle en Suisse (au sud).
Comme dans d’autres régions, ce parler francique qui se transmet de façon orale de génération en génération s’essouffle un peu en ce début du XXIème siècle. Mais dans les années
de la Seconde Guerre mondiale, les populations de la zone rouge ne parle que ce dialecte germanophone, autrement dit le roman ou français échappe le plus souvent, à leur compréhension dans les discussions du quotidien.
On mesurera exactement les conséquences de cette particularité lorsque ces populations seront évacuées ou expulsées vers les territoires du sud-ouest de la France, notamment. Certains journaux locaux avaient même traduit en allemand certaines rubriques ce qui avait choqué plus d’un Mosellan. Cela a beaucoup ajouté à l’incompréhension des populations de la « France de l’intérieur » qui, même en 2014, « fusionne » l’Alsace et la Lorraine mais pour certains croient qu’au XXème siècle les deux régions actuelles sont allemandes.
Enfin, la Lorraine est une terre riche et économiquement active durant ces longs siècles d’histoire tumultueuse. Son activité se concentre surtout autour de la mine (la minette et le charbon) et de la sidérurgie (fonte, acier et produits marchands). Ce pôle de développement donne naissance à une complexité ethnique puisque elle fonctionnera essentiellement grâce à la main œuvre issue de l’immigration (selon les périodes : italienne, allemande, belge, polonaise, africaine du nord,…). Mais cette richesse fait surtout de cette terre un lieu attractif économiquement et explique l’attention qu’on lui porte durant les guerres successives. Enfin, c’est la sidérurgie qui donne naissance aux villes de Moselle, surtout dans le bassin de la Fensch (Florange, Hayange, Nilvange, ..), de la vallée de l’Orne (Amnéville10, Gandrange, Moyeuvre,...) sans omettre Thionville, Hagondange et le bassin de la Chiers (Longwy,...). Il en sera de même (mais après 1950) pour les régions carbonifères : Forbach, Freyming, Merlebach,... et Saint- Avold11.
En s’urbanisant et se péri-urbanisant, suite à l’explosion démographique, due à la présence de plus en plus de main d’œuvre dans ces zones d’emploi, ces communes semblaient sans fin, sur tout le pourtour des bassins miniers et sidérurgiques. Cette population alors très importante en nombre explique aussi l’implantation d’associations dont l’adhésion est plus conséquente
10 Au cours de la l’annexion allemande, en 1894, la commune d’Amnéville est créée par scission, à partir de la commune de Gandrange. En 1895, la population est inférieure à 100 habitants. En 1921, on en compte plus de 5 000 et depuis 2004, plus de 10 000 personnes.
11 Sans rentrer dans les raisons de cette évolution, un village comme Farébersviller comptait 600 âmes en 1964 et prés de 8500 habitants lors du recensement de 1962. Se reporter à : Doumergue Y., « La vitalité démographique du bassin
qu’ailleurs. En effet, sortis de la guerre, ces jeunes anciens combattants vont retrouver leur famille et leurs villes et villages, chercher à reprendre leurs études mais surtout vont rechercher un emploi. Le secteur secondaire étant le plus pourvoyeur d’emplois dans le département de la Moselle, nombre d’entre eux s’installeront à proximité de leur travail et alimenteront ensuite les associations proches de leurs logements.
LEGENDE : SIDERURGIE HOUILLERE
FIGURE 08 : INDUSTRIES DU FER ET DU CHARBON
COMMENTAIRE :
Le sous-sol de la Lorraine contient les gisements de minette et de charbon qui pendant plus d’un siècle et demi vont faire sa richesse, sa notoriété et aussi... la convoitise de notre voisin germain.
Des millions d’emplois seront ainsi créés, directement et indirectement, assurant la prospérité des résidents locaux et des travailleurs immigrés venus de l’Est et du Sud de l’Europe
LES MOSELLANS, UNE POPULATION BALLOTEE ET MEURTRIE DANS SES CHAIRS
La Grande Guerre a vu en près de 1 500 jours tant de pays, tant de nations, tant de soldats, tant de population, de civils et d’enfants mourir ou être grièvement blessés. Mais ici en Moselle (et en Alsace) annexée, les soldats ont combattu en uniforme « vert de gris ». Et lorsque les derniers soubresauts des unités combattantes se sont arrêtés et que les armes de destruction massive se sont tues, les militaires mosellans étaient du côté des perdants.
Un processus de réhabilitation s’est engagé mais n’a pas pu en quelques années faire oublier dans les familles la langue de Goethe, l’école, l’adolescence et son insouciance, le mariage et la promesse des belles années d’une famille fondée, et les enfants qui grandissent,... et à leur tour, engendrent « les bambins » qui sautent sur les genoux de leur grands parents.
La Grande Guerre et ses horreurs ont conduit à poser de façon claire ce que la Nation pouvait faire pour « réparer » physiquement et financièrement ses militaires, ses combattants, leurs veuves, leurs enfants devenus orphelins. Ainsi naquit ce « nouveau monde » de la solidarité hautement affichée des « anciens combattants » et au fil des ans s’adjoignirent d’autres personnes obtenant ce statut, la carte d’ancien combattant et les attributs et avantages associés.
Ainsi, est fondée en Moselle l’association des « Malgré-Nous ».
Et voilà qu’une génération plus tard, à peine vingt ans, la guerre reprend. Les armées du IIIème Reich envahissent les pays de Centre Europe et aux premiers beaux jours de mai
« croquent » les armées françaises, pourtant déployées selon des plans maintes fois affinés par l’Etat Major, en quelques jours. En septembre 1939, avait commencé l’évacuation des zones proches des lignes de défense. Ainsi, 227 000 Mosellans venants de 214 communes doivent abandonner leurs maisons et leurs terres, auxquels il faut probablement ajouter au moins 50 000 personnes12. Après la débâcle, plus des deux tiers des exilés, germanophones pour la majorité, durent revenir en Moselle. Le 22 juin 1940, le gouvernement du maréchal Pétain, signe l’armistice.
Et les vainqueurs reprennent possession des territoires de l’est français sans que les accords entre belligérants ne le prévoient. Entre juin 1940 et la libération de la Lorraine (Bitche, mars 1945), soit pendant près de cinq années, les populations de Moselle et d’Alsace sont à nouveau des citoyens allemands, de surcroît placés sous le joug nazi. On peut donc penser que 400 000 Mosellans se retrouvaient dans le département à partir de l'automne 1940.
Mais dès le milieu de l'été 1940, 85 000 Mosellans francophones furent brutalement expulsés vers la France de l’intérieur par les nazis, avec seulement une valise de 50 kg et une somme de 2 000 francs en poche.
Il est triste de penser que durant ces quelques mois, les trains qui ramenaient les réfugiés germanophones, de la zone rouge vers la Moselle, ont croisé symboliquement les trains qui déportaient les expulsés francophones, depuis la Moselle vers la France de Vichy. 10 000 autres
Mosellans, suspectés de patriotisme (PRO), furent transplantés entre 1941 et 1943, mais cette fois vers des territoires contrôlés par l'Allemagne13.
Si la campagne de France a connu son lot de soldats français morts ou blessés, le cas des Alsaciens-Mosellans devient, dès 1941, très spécifique, par la mise en œuvre du travail forcé des hommes et des femmes et en 1942, par l’intervention du gauleiter Bürckel qui met en place l’incorporation de force. Des jeunes hommes et femmes français, mais devenus en conséquence de l’annexion de fait des « soldats » allemands, feront la guerre, notamment sur le front de l’Est, à leur grand désarroi pour la quasi-totalité.
Cette spécificité de l’incorporé de force et du concept de « Malgré Eux » (hommes et femmes) n’a pas été comprise par la France de l’intérieur (voir le premier procès de Bordeaux) et il a fallu des dizaines d’années pour que la lente reconnaissance de l’Allemagne et de la France14 soit effectivement et officiellement proclamée (Président de la république française, Nicolas Sarkozy, Colmar, discours du 8 mai 2010).
Il y eut 7 800 arrestations dont 1 602 réfractaires à l'incorporation ou évadés, 1 053 résistants et 206 otages. Au total, 5 800 d'entre eux furent déportés en Allemagne. Il y eu aussi 151 exécutions de Mosellans durant la guerre. On peut tout de même constater que ce dernier chiffre est inférieur à 1% des cas. Cependant personne ne pouvait alors imaginer quelles conséquences aurait réellement une arrestation. 30 000 Mosellans furent incorporés de force dans l’armée allemande à partir de 1942 mais environ 7 à 8 000 d'entre eux parvinrent à s'extirper de l'engrenage, soit en quittant clandestinement le département vers la « France de l’intérieur », soit en désertant lors d'une permission ou d’un mouvement de troupe sur le front. Environ 8 000 des Incorporés de Force Mosellans ne sont jamais revenus. D’autres sont rentrés bien après la fin de la guerre. Ces chiffres restent approximatifs car « la guerre ne permet jamais que l'on tienne avec soin le registre des horreurs qu'elle entraîne » (Jacques Gandebeuf). Pour les trois départements de l’est de la France (Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle), il y eut au total 129 979 Incorporés de Force15. Le fichier WASt16 établit un nombre plus élevé de disparus que le ministère
13 Le plus souvent en « Vieille Allemagne » ou l’ex-territoire polonais, surtout la Silésie.
14 Annexe 04 – les Malgré-Nous - indemnisation de la FEFA
15 Nous trouvons plus généralement le chiffre arrondi de 130 000 incorporés de force français. Ce chiffre est probablement légèrement plus important que la réalité, mais reste toutefois représentatif.
16 WASt : Deutsche Dienststelle. Die Auskunftsstelle fur Wehrmachtsnachweise. C’est un fichier de renseignements militaires allemand pour l’information des proches parents de tués de l’ex-Wehrmacht. C’est aussi le service de
français des Affaires Étrangères car il prend sans doute en compte des notions plus larges d’«
Alsaciens » et de « Lorrains ».
Si pour l’Alsace et la Moselle17, ces évènements sonnent comme une tragédie, il n’est pourtant connu du reste de la France que le sort des 44 réfugiés Mosellans francophones, installés en région Limousin, après leur expulsion par les nazis vers la fin de 1940, morts en victimes de la cruauté des Schutzstaffel (SS) à Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944. Ces familles venaient de Charly (devenu depuis Charly-Oradour, en souvenir de ce drame) et de Montoy-Flanville. Ce jour de juin 1944, 642 personnes dont des femmes et des enfants moururent. La révélation au grand jour de ce massacre ne fera qu’enfoncer les « Malgré-Nous » dans le silence et le ressentiment. En effet, parmi cette section de la Waffen SS « Das Reich », il y avait 13 Alsaciens incorporés de force.
A partir du procès de Bordeaux, qui s’est déroulé du 12 janvier au 13 février 1953 et qui devait condamner ceux qui avaient pris part à ce massacre, les gens feront un amalgame et tous les « Malgré-Nous » seront traités en parias et en traîtres. Mais jamais ils n’abandonneront leurs camarades. Lorsque les condamnations tombèrent (des peines de prison et une condamnation à mort), ils manifestèrent inlassablement dans les rues, jusqu’à ce qu’ils soient réhabilités. En finalité, ils seront amnistiés conformément à la loi n° 53-112 publiée au JO du 21 février 1953.
Pourquoi condamner des hommes qui étaient contraints, le fusil sur la tempe, de se soumettre aux ordres ? Les Incorporés de Force ne savaient que trop bien ce qu’il en coûtait de refuser d’exécuter un ordre. Mais comment expliquer aux gens, plein de haine envers les Allemands, que même en sacrifiant sa propre vie quelqu’un aurait bien fini par exécuter les ordres : il y a d’autres temps pour l’héroïsme.
La Moselle et son destin mouvementé et toujours tragique a enfanté des anciens combattants qui ont longtemps gardé leur spécificité, convaincus de leur droit et de leur droiture, et confrontés à l’ignorance des représentants régionaux et nationaux. Depuis, comme d’autres, les descendants des combattants français des guerres mondiales ont rejoint les conflits dans lesquels l’empire colonial français arrivant à bout de souffle et devant affronter plus puissantes que canons et les bombes, les armes que sont la volonté, la ténacité, issues du besoin de liberté des peuples
renseignements de la Wehrmacht pour les pertes de guerre et les prisonniers de guerre.
des zones occupées, colonisées et exploitées. Enfin, depuis quelques dizaines d’années18, est apparue ce que certains qualifient de « quatrième génération du feu ». En effet, la France, dans le cadre de coalitions, sous couvert de mandats ou encore dans le cadre de conventions ou traités signés, intervient dans des missions regroupées sous le terme d’ « OPEX19 ». Les régiments stationnés en Moselle (incluant des mosellans de cœur) ont fournis les ressources matérielles et surtout humaines à de nombreux contingents déployés sur la planète pour représenter la France et ses valeurs. A ce jour, plus de 600 militaires français ont été les victimes de ces opérations.
18 Probablement depuis les 2 attentats du 23 octobre 1983 à Beyrouth (Liban) qui ont tués 241 Américains et 58 parachutistes français (1er RCP) qui occupaient, dans le cadre de leur déploiement de forces multinationales de l’ONU, l’immeuble Drakkar.
19 OPérations EXtérieures.
CHAPITRE II : DEMARCHE ET DONNEES DE L’ETUDE
SYNTHESE HISTORIOGRAPHIQUE
PROBLEMATISATION DU SUJET
DEMARCHES ET ENQUETES
SYNTHESE HISTORIOGRAPHIQUE
Un territoire aussi complexe, autant modifié et manipulé par les guerres, a nécessairement des combattants spécifiques. Nous nous sommes alors demandé si les particularités de cette terre pouvaient aussi avoir un impact sur les associations d’anciens combattants qui y naissent. Ainsi la base ne notre réflexion s’est appuyée sur l’étude que propose Antoine Prost en 1975, dans une thèse en 3 volumes, mesurant l’implication et l’importance des anciens combattants dans la société française, en s’appuyant sur l’analyse, l’organisation et le comportement des associations d’anciens combattants. Cette thèse demeure l’ouvrage de référence en la matière. Il se rattache cependant à un courant culturel né dans les années 1970 ciblant l’histoire de la Grande Guerre mais déplaçant l’objet d’étude central des combats proprement dits vers l’analyse de l’homme- soldat et de son expérience en tant que combattants. Bruno Cabanes20 relève cependant un long vide historiographique sur la sortie de la guerre suite au premier conflit mondial. Certes la guerre et ses différents aspects restent un sujet dominant en Histoire Contemporaine, mais rares sont les ouvrages qui traitent des anciens combattants. Cette thématique sur l’expérience combattante renaît pourtant dans les années 1990, incluant toutefois de nouveaux domaines de recherches abordant majoritairement des cas particuliers, mais se cristallisant toujours autour de la Première Guerre mondiale et l’immédiat après guerre : les mutilés21, les fusillés22, les oubliés23. En ce qui concerne plus particulièrement les Alsaciens-Lorrains du premier conflit mondial nous pouvons citer les travaux de Jean Noël Grandhomme24 et ceux Raphaël Georges25 qui, par l’analyse de
20 Cabanes Bruno, La victoire endeuillée, la sortie de la guerre des soldats français (1918-1920), Seuil, Paris, 2004, 549 pages.
21 Delaporte Sophie, Gueules Cassées, Les blessés de la face de la Grande Guerre, Noesis, Paris, 2001, 231 pages.
22 Offenstadt Nicolas, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, Paris, 1999, 264 pages (Nouvelle édition chez Odile Jacob en 2009, revue et augmentée, 284 pages).
23 Becker Annette, Oubliés de la Grande Guerre, humanitaire et culture de guerre, 1914-1918 : populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre, Noesis, Paris, 1998,405 pages. (Rééditions : 2003 et 2012)
24 Grandhomme Jean-Noël, « Esquisse d'une histoire des combattants alsaciens-lorrains de l’armée allemande (1914- 1919) » , in Cazals Rémy, Picard Emmanuelle, Rolland Denis (dir.), La Grande Guerre, pratiques et expériences, Toulouse, 2005, p.214-225 (412 pages). Voir aussi, du même auteur, Ultimes sentinelles, Strasbourg, Nuée Bleue, 2006, 221 pages.
25 Georges Raphaël, Les anciens combattants alsaciens-lorrains dans l'entre-deux guerres, Mémoire de Master 1 Histoire, Université de Strasbourg, 2007 et Un après-guerre particulier : les soldats alsaciens-lorrains après 1918, Mémoire de Master 2 Histoire, université de Strasbourg, 2008 (sous la direction de Grandhomme Jean-Noël).
témoignages et d’archives publiques et privées, apportent une vision éclairée sur l’expérience combattante de ces populations dans l’armée allemande et surtout sur cette difficile réintégration dans une société redevenue française. Mais nous devons constater que pour le cas spécifique de la Moselle combattante, il n’existe que très peu d’ouvrages.
Pour faire face à ce manque d’informations, il semblait nécessaire de produire un projet à la fois synthétique et novateur. Ainsi, une telle étude rejoignait aussi bien les travaux et les questionnements de spécialistes de la Seconde guerre mondiale, comme ceux de François Bédarida et de Jean-Pierre Azéma sur « La France des Années Noires »26, que ceux de Henry Rousso sur Vichy27 ou encore ceux de Paul Fussell28 sur la psychologie et les comportements en temps de guerre. Cette thèse entrait donc dans la catégorie d’études du « passé récent », histoire qui connut ces quarante dernières années, un renouvellement majeur. Dès lors, les historiens français et étrangers purent développer les champs d’études du temps présent, comme l’attestent les travaux de recherche de l’historien Laurent Douzou sur la mémoire de la résistance29 ou les travaux d’Anthony Rhodes sur la propagande durant la Seconde Guerre mondiale30. Nous laissons de côté l’évènementiel et les études purement techniques pour une analyse plus psychologique de l’histoire. Alors que le résistant de la dernière heure sortira de la guerre en héros, le « Malgré- Nous » contraint et menacé devra accepter son étiquette de victime ou pire de paria alors qu’il aurait tout donné pour s’évader. Pourtant, il aura sacrifié sa jeunesse et parfois sa vie pour sauver les siens : n’a-t-il pas le droit au même titre que le résistant d’être traité en héros ?
Toutefois, de nombreux travaux existaient déjà quant à la situation de la Moselle et de sa population sous l’occupation allemande, entre 1940 et 1945, comme l’ouvrage de Gérard Le
26 Bédarida François et Azéma Jean-Pierre (dir.), La France des années noires, deux tomes, Points Seuil, Réédition et mise à jour, 2000 (Ed. 1993). Tome 1, La France des années noires : de la Défaite à Vichy, 580 pages. Tome 2, La France des années noires : De l’Occupation à la Libération, 632 pages.
27 Rousso Henry et Conan Eric, Vichy, un passé qui ne passe pas, Fayard, 1994, 328 pages. Rousso Henry, Le régime de Vichy, Paris, PUF QSJ ?, 2007, 127 pages (ressource électronique). Rousso Henry, Les années noires : vivre sous l’occupation, Paris, Gallimard, Réédition 2009, 191 pages.
28 Fussell Paul, A la guerre. Psychologie et comportements pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Points Seuil, Reed. 2003, 415 pages (1992).
29 Douzou Laurent, La résistance française : une histoire périlleuse, Paris, Points Seuil, 2005, 365 pages.
30 Rhodes Anthony, Histoire mondiale de la propagande : de 1933 à 1945, Paris Bruxelles, Elsevier, 1980, 285 pages
Marec, « Les années noires, la Moselle annexée par Hitler ». En effet, mis à part les innombrables témoignages sur l’expérience même de l’enrôlement de force (« La parole retrouvée » de Gandebeuf Jacques ou « Malgré-Nous et autres oubliés » de Joseph Burg et Pierron Marcel), des ouvrages divers couvraient la période allant de l’annexion à la libération via l’incorporation de force, dont des études sur la Moselle occupée (« Nazification de la Lorraine mosellane» de Wolfanger Dieter), des écrits juridiques sur le statut des incorporés (« La Grande Honte »31 de Nonnenmacher Georges), des articles et des revues (« Revue d’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale », « Saisons d’Alsace »,...) ou encore des ouvrages de synthèse (« Les Malgré-Nous », de Riedweg Eugène), quasiment tous les champs d’études ont été plus qu’exploités, du moins jusqu’à la fin de la guerre. Nous nous apercevons, en effet, en étudiant de plus près la bibliographie attenante à ce sujet, que la majorité des travaux sur les « Malgré-Nous » s’arrêtaient en 1945, laissant ainsi de côté la situation des enrôlés de force après la fin des hostilités et, plus généralement, la construction de la mémoire de l’incorporation de force de l’après seconde guerre. La plupart des ouvrages sur les « Malgré-Nous » sont issus des incorporés de force eux- mêmes, leurs enfants ou leurs petits-enfants ainsi que de quelques passionnés régionaux comme Laurent Kleinhentz32.
Parmi tous les récits de guerre d’enrôlés de force dans l’armée allemande, fort peu sont écrits de la main de Mosellans. Parmi ces rares récits, quelques-uns seulement ne relatent uniquement que leur expérience personnelle. Ce sont souvent des condensés de divers souvenirs d’incorporés de force se trouvant à un moment ou un autre dans la même unité ou dans le même camp de prisonniers. De plus, ces récits ont été publiés, pour la plupart, dans les années 1980. On peut alors s’interroger sur l’exactitude de ce récit qui a certainement était répété maintes et maintes fois, racontés entre enrôlés de force, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Est-ce que tous les détails de ce souvenir en font vraiment partie ? Le témoignage différé est problématique car il est bien connu que « les mécanismes de la mémoire sont mystérieux »33. La
31 Nonnenmacher Georges-Gilbert, La Grande Honte, Colmar, Alsatia, 1965, 239p. Georges Nonnenmacher est avocat à la cour de Colmar et membre de l’ADEIF. Il rédigea ce mémorandum à la demande de la Fédération internationale des victimes du nazisme. Ce texte est destiné en priorité à être déposé auprès des gouvernement de France, du Luxembourg et de Belgique
32 Kleinhentz Laurent, Tambow, la face cachée : le rapport secret de Ioussitchew, commandant du camp 188 de Tambow, Metz, Editions Serpenoise, 2001, 421 pages. Kleinhentz Laurent, les barbelés rouges, Metz, Editions Serpenoise, 2003, 336 pages. K. L., Dans les griffes de l’oURSS, Metz, Editions Serpenoise, 2007, 581 pages.
33 De nombreux chercheurs, dont les Professeurs Susumu Tonegawa (Prix Nobel 1987) et Xu Liu, rappellent que la