A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
D.-T. E GOROV
B.-K. M LODZIEJOWSKI
Notice sur Karl-Michailovitch Peterson
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 2
esérie, tome 5, n
o4 (1903), p. 459-479
<http://www.numdam.org/item?id=AFST_1903_2_5_4_459_0>
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NOTICE
SUR
KARL-MICHAILOVITCH PETERSON,
PAR MM. D.-T. EGOROV ET B.-K.
MLODZIEIOWSKI.
Traduit du russe (1) par M.
Édouard DAVAUX,
Ingénieur de la Marine à Toulon.
L - KARL-MICHAILOVITCH PETERSON ET SES TRAVAUX
GÉOMÉTRIQUES,
PAU B.-K. MLODZIEIOWSKI.
’
J’ai
l’intention,
dans cet aperçu, de donner desrenseignements
sur la vie etsur la
caractéristique
des travauxgéométriques
d’un de nosgrands
mathéma-ticiens,
Karl-Michaïlovitch Peterson. Bien que les méritesscientifiques
dePeterson aient
déjà
rendu son nom célèbre de son vivantparmi
les mathéma- ticiens russes, ce n’est que dans ces dernières annéesqu’il
est arrivé à unerépu-
tation
plus juste
etplus complète.
Petersons’occupa de
deux branches desMathématiques :
deséquations
aux dérivéespartielles
et de la Géométrie diffé- rentielle. Cefurent,
avant tout, ses recherches sur leséquations
aux dérivéespartielles qui
fixèrent sur lui l’attention etqui,
en18~g,
lui firent obtenir legrade
de Docteur de l’Université de la Nouvelle Russie. Les travaux de Petersonsur la Géométrie différentielle furent aussi hautement
appréciés
par sescollègues
immédiats de la Société
mathématique
deMoscou,
mais ils furent moins connus( r) Les deux Parties de cette Notice, dues respectivement, la première à M. Mlodzieiovski
et la seconde à 3’I. Egorov, ont paru séparément en 1903 dans le
premier
fascicule du Torne XXIV (p. 1-21 et 22-29) du Recueil mathématique(MATEMATHQECKIN CBOPHNKB),
publié par la Société mathématique de Moscou ; on a adopté comme titre, pour chaque Partie, ]a traduction française du titre russe de l’articlecorrespondant.
460
dans de
plus grands
cercles demathématiciens, peut-être
parce que, à cetteépoque,
ons’occupai t
peu en Russie de cette branche de la Géométrie. Et pour-tant la
première place appartient
incontestablement à ces travaux dePeterson,
par la richesse des résultats
qu’il
a obtenus et par l’abondance des idéesprofondes
et
ingénieuses.
Tandis quePeterson,
dans ses recherches sur leséquations
auxdérivées
partielles,
n’a fait que se mettre au niveau de sescontemporains,
dans sestravaux de Géométrie il s’est
placé
surbeaucoup
depoints
en avant de sontemps.
Quand plus
tard les recherches de Petersonacquirent
uneplus grande notoriété,
il fut reconnu
qu’une
série entière depropositions,
trouvéesplus
tard par Dar-boux, Lie, Bianchi, Schwarz,
MauriceLévy
et d’autres savants, avalent étédéjà
obtenues
beaucoup plus
tôt par Peterson.Mais, indépendamment
desrésultats,
laméthode fondamentale dont s’est servi Peterson dans ses recherches est féconde an
plus
hautdegré
et sans aucun doute peut encore donnerbeaucoup
de choses inté-ressantes et nouvelles. Dans ces derniers
temps,
les travaux de Peterson ont attiré deplus
enplus
sur eux l’attention des savantsoccidentaux, principalement
dessavants allemands. Le mérite en revient surtout au
professeur Stocke!,
deKiel,
dont de nombreux travaux se
rapportent
à l’étude del)eterson;
leprofesseur
Stäckel a
publié (1)
en 1 go t unebiographie
de Peterson.Pour faire connaître les circonstances très
simples
de la vie dePeterson, je
mesuis surtout servi des documents et
renseignements
misgracieusement
à madisposition
par le directeur del’École
dePétropavlovsk,
K.-R.Vernander,
etpar un
professeur
de cetteécole,
K.--A.Grévé, qui
avaient connu deprès
Peter-son ;
je
me suis servi aussi de labiographie
dePeterson,
quej’ai
mentionnéeplus haut,
faite par leprofesseur
Stäckel. En dehors de ces sources,j’ai emprunté quelques renseignements
sur la vie de Peterson à sur la vie et lesvaux d’auteurs russes
défunts,
de D.-D.J a z 1 ko 1, ,
à laBibliographie
ru.Sse,année
1881,
et à un article de V.-V. Bobinine sur Peterson dans le Dictionnairebiographique
russe.Karl-Michaïlovitch Peterson est né
à Riga
le 13 mal de l’année1828;
il descen-dait d’une famille
bourgeoise
et, à cequ’il semble,
lithuanienne.’
Ayant
terminé ses études aucollège
deRiga
ent 84;,
il entra la même annéeà l’Université de
Dorpat,
où ils’occupa
de sciencesmathématiques
et naturelles.A cette
époque,
Senff etMinding enseignaient
lesMathématiques
à l’Université deDorpat.
Peterson entendit t chez Senff la théorie des courbes et dessurfaces;
mais le célèbre
Minding
fut surtout leguide
de Peterson en Géométrie. Cet(1) Karl Peterson (r8z8-r88r), , von Paul Stäckel, in Kiel (Bibliotheca mathematica,
dritte Fotge, zweitei 1 Rand, 1901, p. I22-I32).
illustre savant
publia
une sériede remarquables
travaux sur la Théorie de la déformation dessurfaces,
serapportant
au fameux Mémoire de GaussDisquisi-
nones
generales
cincasuperficies
cunvas. AinsiMinding
découvrit entre autresl’invariabilité de la courbure
géodésique
dans la déformation d’unesurface,
iltrouva les conditions de
l’application
d’une surface sur une autre et donna des surfacesapplicables
sur les surfaces de révolution. Les travaux suivants de Peterson ont un rapport direct avec ces travaux deMinding;
c’est à lui-mêmeque Peterson
présenta
sathèse,
etMinding l’appréçia
par la mentionzeichnet.
Le
professeur Stäckel,
dans sabiographie
dePelerson,
faitconnaître, d’après
une Communication du
professeur Kneser,
le contenu de cettethèse,
conservéedans les dossiers de l’Université de
Dorpat.
Lapremière
Partie se rapporte à la théorie deslignes
sur les surfaces etprincipalement
à la théorie de la courburegéodésique
et de la courbure normale. Peterson y démontre le théorèmesimple
et
élégant qui
suit :Si une courbe est donnée sur une
surface développable,
sa relation enchaque point
avec lasurface
estdéfinie simplement
parl’inclinaison 03C6
cle son
plan
osculateur sur leplan tangent
à lasurface développable,
pccnl’angle
03C9 de latangente
à la courbe avec une droitegénératrice,
et par lcc distance l dupoint
de la courbe à l’arête derebroussement,
en la comptantsur la Si les
génératrices
de lasurface
sontdéfinies
par unparamètre
t, uneéquation
de laf (l,
tu, 03C6,t)
= oexprime
la nature d’unecourbe tracée sur la
surface.
Si lasurface développable
et laforme
de lczfonction f
sontdonnées,
la courbecorrespondante s’exprime
sans constantesccj°bitraines,
avec une ou deux constantes, selon que lafonct;’on f,
enplus
de t,clépend
seulement del,
ouégalement
de tu, ou ect outre de 03C6;inversement,
siune courbe est donnée et si l’nn recherche une
surface développable
pourlaquelle
une courbe donnéepossède
unepropriété définie
pan uneéquation
donnée
f( l,
w, 03C6,t)
= o, le nombre des constantes arbitraires dansl’équation
cle la
surface
sera o, I Olc 2, selonqu’il
entre clausf,
enplus
cle t,seulement 03C6
ou
également
tu, ou en outre 1.La seconde
partie
de la thèse de Peterson se rapporte à la déformation des surfaces. Peterson démontre que, si l’on connaît pourchaque point
d’unesurface,
>en
plus
des coefficientsE, F,
G de l’élémentlinéaire,
les deux rayons de courbureprincipaux
n, et r2 etl’angle ?
entre une deslignes
de courbure et une deslignes
de coordonnées sur la
surface,
la forme de la surface est par là entièrementdéfinie;
on voit facilement t que r,, r2 et 03C6 se relientimmédiatement aux
pana-mètres du second ordre
L, M,
N ouD, D’, D",
de sorte que laproposition
dePeterson est, au
fond, équivalente
aux troiséquations fondamentales
denardi-Codazzi
qui jouent
un rôle siimportant
dans la théorie des surfaces etqui expriment
la même idée sous une formeplus symétrique
etplus
commode.Si nous
appelons
l’attention sur ce que Mainardi a donné ses formules en i856et sur ce que la thèse de Peterson est de
1853,
nous devronsreconnaître,
avec leprofesseur Stackel,
que le talent de Peterson l’avaitdéjà
conduit dans ce pre.mier travail sur une voie sûre et que, en la
suivant,
il devait arriver auxpropositions
lesplus importantes
de la théorie de la déformation des surfaces.Il est
regrettable
que l’idée émise par Peterson dans sa thèse n’ait pas reçu délui,
à cequ’il semble,
dedéveloppement
ultérieur. Nous verrons ci-dessous que, dans ses travauxpostérieurs,
la théorie de la déformationl’occupa
non pas tanten elle-même que dans son rapport avec d’autres formes de
correspondance
dessurfaces.
Peterson étudia à l’Université de
Dorpat
de1847
à 1 852 et, au commencementde
1853,
il subit l’examen de candidat. Comme on le voit par unecopie
duregistre,
Peterson passa brillamment son examen. Il obtint les notes lesplus
élevées dans tous les
sujets,
saufdeux;
l’un de ces derniers était la reineGeometrie. Il passa seulement ziemlich gut l’examen de
langue
russeobligatoire
à
Dorpat.
C’est ici le lieu de remarquer que, bien que, selon l’attestation de personnes ayant connu Peterson dans lapériode
moscovite de savie,
safaçon
de
parler
le russe donnatoujours l’imprcssion qu’il
n’était pasd’origine
russe,tous ses articles dans le Recueil
mathématique
n’en sont pas moins écrits dansune très belle
langue, précise
et claire.Il est difficile de fixer avec
précision l’époque
àlaquelle
Peterson s’établit àMoscou,
ou il devintprécepteur
dans une familledistinguée.
En1865,
Petersonentra comme
professeur
deMathématiques
àl’Ecole
allemande dePetropavlovsk
en
qualité
desuppléant,
et devint eni8"7Q professeur
titulaire. Il suttransmettre
à ses élèves une
partie
de cet amour de la Sciencequi
i l’animaitlui-même,
etbeaucoup
de sesélèves,
entraînés p3r sonenseignement, choisirent,
à la fin deleur cours à
l’École,
la Faculté deMathématiques.
En outre, tous les anciens élèves dePeterson,
aveclesquels j’ai
eu occasion dém’entretenir, parlaient
ana-nimement de lui comme d’un homme leur ayant
inspiré
unprofond respect,
non seulement par ses connaissancesétendues,
mais encore par son caractère droit etnoble. S’étant établi à
Moscou,
Peterson fitpartie
du Cercle des Mathématiciensmoscovites, groupés
à cetteépoque
autour desprofesseurs
Braschmann et Davidov de l’Université de Moscou. Davidov avait été attaché àl’École
dePetropavlovsk
et,
depuis 1866, il y
avait mêmeenseigné quelque
temps lesMathématiques;
selon toute apparence, il
s’y
rencontra avec Peterson. En octobre1864,
lesmembres de ce Cercle
proposèrent
de se réunirchaque mois,
deseptembre
àavril,
pouréchanger
des communications sur les différentes branches des Mathé-matiques.
Peterson fut un des agents actifs de ces réunions et, dans le Recueilmathématique, publié
en 1866 par leCercle,
contenant les Communications lues par les membres duCercle,
se trouve son Mémoire les relations et lesaffi-
nités entre les
surfaces courbes, qui inaugurait
la série de ses travaux sur laGéométrie différentielle.
Le 23
,janvier 1867,
ce Cercle de mathématiciens futréorganisé
en Sociétémathématique
de Moscou et, en même temps, le Recueilmathématique
devintune
publication périodique.
Avec d’autres mathématiciens duCercle,
Peterson entradans la nouvelle Société comme membre fondateur et continua à
prendre part
àses travaux avec son ancienne ardeur. Les
procès-verbaux
des séances de la Société notent delui,
de 1865 à1879,
dix-huit Communications dans le domaine de la Géométrie différentielle et de la théorie deséquations
aux dérivéespartielles.
Peterson
publia
en mêmetemps
dans le Recueilmathématique
sixMémoires,
dont trois se
rapportent
à la Géométrie différentielle et trois à la théorie deséquations
aux dérivéespartielles.
Ces Mémoires sont les suivants :1. Obt OTHOIIIEHIRXB II CPOICTBAXB MEHIY KPHBBIMH NOBEPXHOCTRMH (Sur les
relations et les
affinités
entre lessurfaces courbes),
t.I, 1866,
p.3gI-438.
2. 0 KPHBBIXB Ha HOBEPXHOCTRXB
(Sccc°
les courbes tracées sur lessurfaces),
t.
Il, 1867,
p.1-44.
3. 06Tb HETHOAHIN
HOBEPXHOCTEH
BToporo HOPRIKA(Sccr
ladéformation
dessurfaces du
second t.X, I883,
p.476-523.
4, 5,
6. 06rbNHTETPHPOBAHIN YPABHEHIN
Cb RACTHBIMN NPONEBOIHBIMN(Sur l’intégration
deséquations
aux dérivéespartielles),
t.VIII, I877,
p.29I-36I;
t.
IX, 1878,
p.I,~~-I92;
t.X, 1882,
p.169-223.
Les deux
premiers
Mémoires dePeterson,
refondus etaugmentés,
furentpubliés
par lui en 1868 enlangue
allemande sous le titre : : Ueber Curven und Flächen. Ce travail de Peterson est intéressant parce que nous y avonsl’exposé
le
plus complet
et leplus systématique
des idées que Petersonprit
pour base deses recherches
géométriques.
Le 28 novembre
I879, Peterson,
sur laprésentation
desprofesseurs
E.-T. Sabi-nine,
N.-A. Oumov et V.-V.Preobrajensky,
fut élevépar le
Conseil de l’Univer-sité de la Nouvelle Russie au
grade
de Docteur honoris causa enMathématiques
pures. Comme on le voit par la
présentation elle-même, publiée
dans lesComptes
rendus des séances du Conseil
(Mémoires
de l’Université de la NouvelleRussie,
t.XXX),
laplace principale
futassignée
dans celle-ci aux recherches de Peterson sur leséquations
aux dérivéespartielles;
il fut fait seulement mention de ses travauxgéométriques.
Peterson ne
s’est pas
marié. Il mena une viepaisible
etretirée,
occupant tout tson temps à des recherches
scientifiques
on à des entretiens avecquelques amis,
ses
collègues
àl’École
dePetropavlovsk.
En mars1881,
il tombamalade,
et leig avril de la même année il mourut à
l’hôpital
del’École
d’une inflammation dupéritoine.
Nous avons
déjà
dit que les idées de Peterson et les résultatsqu’il
obtint sontprésentés
de lafaçon
laplus complète
dans son livre Ueben Curven und Flächen.Aussi nous suivrons surtout
ce livre
pourl’exposé
des travauxgéométriques
dePeterson. Son
analyse
circonstanciée est d’autantplus
nécessairequ’il
est actuel-lement une curiosité
bibliographique,
et l’on ne peut que sejoindre
au pro- fesseur Stäckel pour souhaiterqu’il
soitpublié
de nouveau.Un des
principaux
mérites de Peterson dans la Géométrie différentielle des surfacés consiste en cequ’il
aindiqué
lapropriété suivante, simple
et en mêmetemps
générale,
de toutecorrespondance
entre deux surfaces : dans toute corres-pondance
entre deuxsurfaces,
il existe engénéral
surchaque
surface unsystème
de
lignes conjuguées auquel correspond
sur l’autre unsystème également conju- gué.
Cetteproposition apparaît
avec toute sasimplicité fondamentale,
dans lapleine acception
du mot, dans la théorie de lacorrespondance
dessurfaces,
non seulement parce que les
variables, correspondant
à ce réseaugénéral conjugué, représentent par-dessus
tout unsystème
commode de coordonnées pour l’étude de lacorrespondance donnée,
mais aussi parce que, entre les pro.priétés
de lacorrespondance
et lespropriétés
de ce réseauconjugué,
existe unlien
géométrique
étroit. Nous verrons ci-dessousquels
riches résultats Peterson atirés de sa
proposition,
et enparticulier
dans la théorie de la déformation des surfaces. .Le livre Ueber Curven und Flächen fut
publié
par Peterson comme une pre- mière livraisonaprès laquelle
d’autres devraientparaître.
A en
juger
parplusieurs
passages dulivre,
et aussi par desparties
des Mémoires de Petersonqui
n’entrèrent pas dans lapremière
Partie dulivre,
onpeut
supposerque la seconde Partie devait être
principalement
consacrée à lareprésentation
conforme ou, comme
l’appelle Peterson,
à la relationgraphique
des surfaces.La
première livraison, qui représente
par elle-même un toutcomplet,
commencepar
l’exposé
despropriétés
fondamentales des courbes dansl’espace
et des courbessur les surfaces.
Peterson y
démontre unepropriété
fondamentaleindiquée
dansla suite par
Darboux,
à savoir que si u, v sont des coordonnéesconjuguées
surune
surface,
les coordonnées cartésiennes x, y, z satisfont à une mêmeéquation
de la forme
Ensuite Peterson introduit diverses familles de
lignes qui
doivent trouver leurapplication
dans des recherches ultérieures. Telles sont leslignes hélicoïdales,
dont les tangentes sont
également
inclinées sur une directiondéterminée,
leslignes cylindriques
ecconiques, représentant les lignes
de con tact avec la surfacede
cylindres
et de cônesqui
lui sont circonscrits. Peterson s’arrête avec uneattention
particulière
sur deux famillesremarquables
delignes, qu’il
aappelées lignes
de lumière etlignes
d’ombre(Licht-
undSchattenlinien).
Les pre- mières sont deslignes d’égal éclairement,
c’est-à-dire les lieuxgéométriques
despoints
pourlesquels
un faisceau de droites normales rencontre une surface sous unangle
constant; leslignes
d’ombre sont lesenveloppes
des ombresportées
par les normales à une surface sur les
plans
tangentscorrespondants
dansl’hypo-
thèse où les rayons lumineux sont
parallèles.
Petersonindique
une série de pro-priétés
intéressantes de ceslignes
et découvre que leslignes
de lumière etd’olnbre, correspondant
à une même direction des rayonsincidents,
forment surla surface un réseau
conjugué ( i ).
Plus
loin,
Peterson établit la notion d’une formeparticulière d’équations qu’il
a
appelées équations
d’une courbeparticulière
avec des variablesconjuguées.
Supposons
que nous ayons sur une surface une famille delignes dépendant
d’unparamètre,
parexemple
une des familles delignes coniques.
Prenons sur la surfaceune famille de
lignes conjuguées
avec leslignes
de la famille donnée et prenons les deux farnilles poursystème
delignes
de coordonnées sur la surface. Alors notresurface sera
représentée
avec lescoordonnées u, v
par deséquations
de la formeoù
représente l’équation
de la famille que nous avonsprise,
etv = const. de la famille
conjuguée.
Petersonappelle
ceséquations :
:équations de
courbes de
forme
donnée à variablesconjuguées.
Si dans lesfonctions 03C6
entrenttoutes les
quantités
arbitraires dont peuventdépendre
leslignes
d’une familledonnée,
ceséquations
seront leséquations générales
de la famille de courbes considérées. Peterson affirme que l’on peut obtenir les formes de ceséquations
sans connaître la surface sur
laquelle
sont leslignes cherchées ;
dans ce cas, lesfonctions q
doiventdépendre
encore d’une fonction arbitraire des coordonnées«, v dont la
présence
transforme leséquations précédentes
enl’équation
d’unefamille de
lignes
donnée sur une surface arbitraire. Lesexemples
donnés par Peterson en vue del’application
de cette idée sont très intéressants et l’on peutencore
espérer beaucoup
de sondéveloppement
ultérieur. Peterson lui-même aappliqué
sa méthode à la déduction deséquations
des courbesconiques
etcylin- driques,
dont un casparticulier
a étéindiqué plus
tard parK0153nigs.
Endésignant
( 1 ) Cette proposition a été retrouvée en 8g~ par M. Pieri. 0
par
x~v~,
les coordonnées des sommets des cônescirconscrit
Peterson trouve les
équations générales
suivantes des courbesconiques
où
a, b,
c sont des fonctions x,03B2,
y, de v, et où wdépend
des deux va-riables. Nous avons pour les courbes
cylindriques
Un cas
particulièrement
intéressant etélégant
est celui où les deux familles de,
lignes conjuguées
sontconiques.
Alors les formulesprécédentes prennent
la formeon a, b,
cdépendent
de u, et y de v. Si le secondsystème
se compose delignes cylindriques,
alors 1, = const., et enremplaçant 1 par -)
nous avonsEnfin,
dans le cas où les deuxsystèmes
sontcylindriques,
nous trouvonsCe sont les surfaces connues de
translation,
étudiées en détail par Peterson et trouvées dans la suite par Bianchi.Peterson passe ensuite à
l’exposé
des idées fondamentales de ses travaux surla
correspondance,
ou, comme ill’appelle,
sur la relation etl’affinité
des sur-faces. Si à
chaque point
d’une surfacecorrespond
unpoint
déterminé d’une autre etinversement,
Petersonappelle
cettedépendance
une relation des surfaces :il est évident que cette relation
s’exprime analytiquement
par deuxéquations
entre les coordonnées courantes
~x,
y,z),
y,, despoints
deux sur-faces ou par deux
équations
entre les coordonnéescurvilignes (u, v~, v, )
sur ces surfaces. S’il est donné
plus
de deuxéquations
entre cesquantités,
larelation entre les surfaces
correspondantes
ne serapossible
que dans le cas ou toutes ceséquations
seront laconséquence
de deux d’entreelles,
cequi,
engé- néral, impose
des conditions aux surfaces elles-mêmes. Aussi une relation de la dernière sorte n’est paspossible
entre toutcouple
desurfaces,
mais seulemententre des surfaces
qui
se trouvent dans unedépendance réciproque
déterminée.Peterson
appelle
ces relations desaffinités
de deux surfaces. Peterson démontre ici le théorème fondamental dont on aparlé plus haut,
à savoir que danschaque
relation ou affinité de deux surfaces il existe sur chacune d’elles un réseau de
lignes conjuguées, auquel correspond
sur l’autre surface un réseauégalement conjugué.
Petersonappelle
ceréseau, qui
peut êtreréel, imaginaire
ou formé delignes confondues,
la base de la relation ou del’affinité.
Gommeexemples,
Peterson
indique
les relations suivantes : :1° le parallélisme,
pourlequel
les nor-males
correspondantes
des deux surfaces sontparallèles ;
2" laperspective,
où lespoints correspondants
des deux surfaces sont sur les rayons d’unegerbe
dedroites ;
3° laconjonction,
pourlaquelle
les deux surfaces ont auxpoints
corres-pondants
une tangente commune. Deux autres relations nedépendent
t pas de laposition
relative dessurfaces; 4°
laconjugaison, pour laquelle
àchaque système
de
lignes conjuguées
sur une surfacecorrespond
unsystème conjugué
surl’autre ;
5" la relation
graphique,
pourlaquelle
lesangles correspondants
sur les deuxsurfaces sont
égaux
entre eux. Il est évident par la définition même de la rela- tion(4)
que sa base est indéterminée.Ensuite Peterson
indique
des formes diverses d’affinités. D’abord il est clair que si nousdonnons,
dans une relationdonnée,
la base de larelation,
c’est-à-dire lesystème
delignes conjuguées qui
resteconjugué
sur la secondesurface,
nousintroduisons par là une nouvelle condition et nous n’obtenons
plus
unerelation,
mais une
affinité;
ainsichaque
relation sur une base donnée est une affinité. Enoutre, Peterson donne comme
exemples
d’affinités : : i° la:déformation;
2° lapective graphique,
où deux surfaces se trouvent simultanément en relation gra-phique
et en relation deperspective ;
3° ledéveloppement,
pourlequel
une dessurfaces est tangente aux normales de
l’autre; 40 la perspective parallèle,
pourlaquelle
les rayons vecteurs menés d’unpoint
auxpoints
de lapremière
surfacesont
parallèles
aux normales auxpoints correspondants
de l’autre etréciproque-
ment; 5°
des plans correspondants,
où à des courbesplanes
d’une sur-face
correspondent
des courbesplanes
de l’autre.Ainsi Peterson a eu en vue non seulement les formes de
correspondance
entredes
surfaces qui
étaientplus
ou moins étudiées en détail à sonépoque,
maisencore des formes dont la
signification
dans la théorie des surfaces n’a été décou-verte que
plus
tard. Ainsi leparallélisme
se trouve en relation étroite avec larepré-
sentation
sphérique
d’unesurface,
laconjonction
n’est pas autre chose que lacorrespondance
entre les deux surfaces focales d’une congruencerectiligne,
la con-jugaison
renferme comme casparticulier
les congrucnces connuesW,
dans les-quelles
leslignes asymptotiques
des deux surfaces focales secorrespondent
l’uneà l’autre. La
perspective graphique également est
tout à faitIdentique
à l’inver-sion et à la similitude
(1);
ledéveloppement
est la relation entre une surface et sadéveloppée;
laperspective parallèle
est, comme il n’est pas difficile de s’en (’ ) Ce résultat a été retrouve en 1877 par ÉdoWeyr.
convaincre,
la transformation parpolaires réciproques
relative à unesphère
derayon
égal
à un;enfin,
l’affinité deplans correspondants
estidentique
à la colli-néation. Dans les travaux
imprimés
dePeterson, beaucoup
de ces relations nesont
qu’effleurées,
bien que nous y trouvionsbeaucoup
de choses intéressantes.Dans les Mémoires de
Peterson,
les relations deparallélisme
et deperspective
sont étudiées
plus
endétail ;
aussi unegrande
attention est-elleportée
surl’ap- plication
de ces deux transformationsgéométriques
à des formes diverses d’affi- nité.Peterson commence son étude du
parallélisme
par la démonstration du théo- suivant dont{importance
est évidente.Dans tout
couple
desurfaces parallèles
il existe deuxfamilles
de courbesconjuguées auxquelles
lestangentes
en deuxpoints correspondants
sontparallèles
entre elles etqui représentent
ainsi la base de lcccorrespondance
Peterson a
indiqué
en mêmetemps
des relationssimples permettant
de passer d’une surface à une autrequi
lui estparallèle
sur une base donnée : sous la formequ’llleur
adonnée,
elles conduisent à une suite deconséquences
trèsImportantes,
enparticulier
dans la théorie de la déformation. Peterson a examinéavec une attention
particulière
leparallélisme
sur une baserectangulaire,
c’est-à-dire le cas où les
lignes conjuguées qui
servent de base auparallélisme
sontrectangulaires,
autrement dit sont deslignes
de courbure. Comme sur lasphère
toutes les
lignes conjuguées
sontorthogonales,
leproblème
revient à l’étude duparallélisme
d’une surface arbitraire avec lasphère.
Enprenant
sur lasphère
descirconférences de
grands
cercles pour l’une des deux familles delignes conju- guées,
Peterson en tire leséquations générales
des surfaces avec deslignes
decourbure
cylindriques.
Dans
l’application
duparallélisme
à la théorie de ladéformation,
Petersondécouvrit le théorème
remarquable qui
constitue un des ornements de son travail.l1 consiste en ce
qui
suit.Supposons
que l’on ait deux surfaces S etS’, appli-
cables l’une sur
l’autre,
et que l’on connaisse la base de ladéformation,
c’est-à-dire le système delignes conjuguées qui
demeureconjugué après
déformation.Alors,
si l’on sait trouver toutes les surfaces 1
parallèles
à S sur la mêmebase,
et toutesles surfaces ~’
parallèles
à S’ sur cettebase,
les surfaces ~’s’appliqueront
sur tessurfaces S.
Ce théorème
permet,
connaissant uncouple
de surfacesapplicables
l’une surl’autre,
d’en déduire une Infinité d’autrescouples semblables,
pourvu que l’on sache résoudre pour les surfacesprimitives
leproblème
duparallélisme
sur unebase donnée. Ce dernier
problème exige l’intégration
d’uneéquation
deLaplace
et
peut
être résolujusqu’au
bout dansbeaucoup
de cas. Peterson aappliqué
saméthode avec un succès éclatant à une série de cas
particuliers
enpartie
nouveaux,en
partie déjà
connus avant.lui,
mais résolus par desprocédés particuliers
et arti-ficiels. Ainsi il a donné des surfaces
applicables
sur les surfaces de révolution(Minding),
sur les hélicoïdes et sur les surfaces moulures(Bour).
En outre,Peterson a déduit de là les surfaces
applicables
sur les surfaces minima trouvées ensuite en1875
parSchwarz,
les surfacesapplicables
sur les surfaces de transla- tion obtenues en18~8
par Bianchi. Deplus,
Peterson a trouvé les surfacesspirales, qui
ont lapropriété
d’être semblables àelles-mêmes,
et il en a donné des défor-mations ;
ces surfaces ontégalement
été découvertes en18~8
simultanément par .Sophus
Lie et MauriceLevy.
Les surfaces
applicables
sur les surfaces du second ordre trouvées par Petersonsont
particulièrement remarquables.
Peterson a considéré ces surfaces comme uncas
particulier
des surfaces de la formeoù u et v sont les coordonnées d’un
système conjugué
delignes coniques
etcylin- driques.
Peterson a trouvé que ceslignes
peuvent êtreprises
pour base de la déformation et que sur cette basechaque
surface de la formeIndiquée peut
être déformée sous une infinité de formes. J’ai considéré dans la suite en 1886(t)
les déformations de ce genre avec
plus
de détails.Dans les recherches de Peterson les
lignes
de déformationprincipales
ont unegrande importance.
Peterson aappelé
ainsi deslignes conjuguées sur
une surfaceet telles
quelles
demeurentconjuguées
dans la déformation de lasurface,
nonpas dans une nouvelle forme
quelconque,
mais dans une infinité de nouvelles formes. Du théorème fondamental de Peterson résulte que si leslignes
de défor-mation sont
principales
pour une surface donnée nous obtiendrons aussi deslignes
de déformation
principales,
si nous transformons la surface donnée en une autrequi
lui estparallèle,
defaçon
que lesystème
donné delignes
serve de base à ceparallélisme.
Peterson lui-même a trouvé leslignes
de déformationprincipales
pour les surfaces de
révolution,
detranslation,
pour les surfacesminima,
pour les surfaces du second ordre et pour les hélicoïdess’appliquant
sur une caténoïde.Le
problème général
deslignes
de déformationprincipales
des hélicoïdes a été résolu en1 896 par
Stackel.Peterson a étudié en outre la relation de
perspective.
Il démontra ici cette pro-position,
que laperspective graphique,
c’est-à-dire une transformation par pers-pective
pourlaquelle
la similitude est conservée dans lesparties
infinilnentpetites,
(1) Mémoires
scientifiques
de l’Université cle Moscou, Sectionphysico-mathématique,
tome VII. ’
ne peut être
qu’une
transformation par similitude ou uneinversion, proposition qui
étend sespropriétés
sur la transformation dessurfaces,
etqui
fut démontréepar Liouville pour la transformation de
l’espace.
A cesujet
Peterson a démontreque la transformation considérée conserve les
lignes
decourbure,
théorèmequi
fut démontré dans la suite par Darboux.
Peterson a ensuite donné le moyen de
découvrir,
pour une surfacedonnée,
toutes les surfaces
perspectives
avec elle sur une base donnée et enfin il a dé- montré que toute transformationprojeclive
ou toute affinité desplans
correspon-dants,
comme ill’appelle,
conserve laconjugaison
de toutes leslignes
sur lessurfaces;
cette mêmeproposition
futégalement
démontrée dans la suite par Dar- boux. Peterson en déduisit uneéquation générale
trèsélégante
des surfaces ayantun
système
delignes conjuguées planes.
La dernière
partie
du Livre de Peterson est consacrée auxéquations
deslignes géodésiques.
Eu remarquant que l’inversion conserve leslignes
decourbure,
Peterson
appliqua
aux surfaces avec deslignes
de courburecylindriques,
dontles
équations
avaient étéobtenues par
luiantérieurement,
successivement la trans-formation par inversion et la transformation par
parallélisme,
pour base delaquelle
sont
prises
leslignes
de courbure. Il obtient de cette manière des surfaces àlignes
de courbure de
plus
enplus comhliduées,
et démontre que cette méthode permet d’obtenirl’équation générale
deslignes
de courbure avec deux séries de fonctions arbitraires d’une variable. Il donne lui-même sous forme dequadratures
leséqua-
tions
générales
de surfaces avec deslignes
de courbureconiques
etplanes.
Commeaux
lignes
de courbure d’une surface donnéecorrespond
sur sondéveloppement
une famille de
lignes géodésiques
et delignes qui
leur sontconjuguées, possédant inéquation
delignes
de courbure avec un certain nombre de fonctionsarbitraires,
nous aurons
alors l’équation
deslignes géodésiques
avec le même nomlare de fonc-tions arbitraires.
Tels sont, dans les
grandes lignes,
les résultats obtenuspar
Peterson dans sonLivre : : Uebcr Cicrcen und
Flächen.
Comme ses deuxpremiers
Mémoires ontparu presque en entier dans le
Recueil mathématique,
nous n’examinerons pasen détail ces
articles,
mais nous en donnerons brièvement le contenu.Le Mémoire Sur les relations et les
affinités
entl’e lessurfaces
courbes con-tient la théorie
générale
des relations et desaffinités,
le théorème sur la based’une
relation,
c’est-à-dire sur l’existence d’un réseauconjugué
commun pourtout
couple
de surfacescorrespondantes,
la théorie de la relation deparallélisme
et son
application
à la déformation dessurfaces,
laperspective graphique,
la pers-pective conjuguée
et l’affinité deplans correspondants.
Dans ce Mémoire nefigurent
pas les surfacesapplicables
sur les surfacesminima,
ni cellesapplicables
sur les surfaces