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Quelques notes sur la florule pélagique de divers lacs des Alpes et du Jura

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Quelques notes sur la florule pélagique de divers lacs des Alpes et du Jura

PITTARD, Eugène

PITTARD, Eugène. Quelques notes sur la florule pélagique de divers lacs des Alpes et du Jura.

Bulletin de l'Herbier Boissier , 1897, vol. 5, no. 6, p. 504-520

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:137043

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1 / 1

(2)

Extrait dl

Btr,lletin

ile l;Herbier

Boissier Tome

V.

No

6.

Juin {897.

fluelques

noles

sur la llorule

pélaEique

de divers

lacs des

Alpes e[ du

Jura.

Eugène

PITARI)

PAR

ceci n'est pas-le

travail

d'un botaniste, et ne peut

avoir

que le carac-

tère

d'une

note

préliminaire.

Dans l'étude que

j'ai

faite de la faune inférieure d,un certain nombre de lacs alpins et du Jura,

i'ai

été naturellement amené à m,occuper d.e

quelquos-uns des membres de

la florule

pélagique

qui

composent une

partie du Plankton.

comme

la

presque

totalité

des

lacs dont il

va

être parlé n'ont

pas encore

été

étudiés

à

ce

point de vue par

les botanistes (exception

faite pour le lac

de Tanney

) il m'a paru

inté- ressant

de noter au

pa,ssage

les

forrhes que

je

pouvais reconnaitre, appartenant

à

cette florule,

surtout

parce que des comparaisons entre les divers lacs étudiés pouvaient

être

essayées.

Ceci

n'est

clonc pas

un travail

completo mais

un

simple aperçu qui

pourra servir de

base

à

des

travaux

subséquents

entrepris par

des spécialistes. Cette note

aura

encore cet

intérêt

qu'elle

indiquera,

pour quelques lacs

au

moins (Tanney, Chavonnes,

Lowerz, Joux,

Brenet),

d.es recherches en verticale, pratiquées de

la

surthce au plancher du lac.

L'étude de

la

florule pélagique des lacs

a

une certaine importance,

1 R. Chodat, Note sur la tlorule pélagique d'un lac de montagne. Bull. Herb.

Boissier, 1896, t. IY.

e

voir

aussi F.-A. Forel, Les Micro-organismes pélagiques des lacs cle la région subalpine. Bu,Il. Soa. pauil. sa.naf.,

XXIII,

87.

2L

(3)

505

BULLETIN Dlt L'HERBIER BoISSIER.

pour ileux raisons principales. La première, pârce que cette florule peut se développer

plus ou

moins abondamment en espèces et en individus selon

la

natur.e chimique des eaux du lac, selon

la

situation de celui-ci, son altitude,

la

couleur

et le

degré de plus

ou

moins grande transpa- rence cle ses eaux, etc,, etc., et que, de co

iâit,

des renseignelrents inté- ressânts

nous sont fburnis sur Ies

conditions d'existence

des

êtres

inférieurs

clans les nûppcs d'cau clouce

-

et qu'à cet égard

il

est peut-

être

pussil.rle d'é[ab]ir cles

rapports

entre

la

présencc

ou

I'abscncc dc

telle

espèce

et

les conditions physico-chimiques

d'un lac. La

seconde

raison, qui n'est qu'une

partie

de

la

première, touche

à la

question du

ct'cle de

la

circuiation de

la

matière organique, puisque ces microphytes absorbent les matières dissoutes d.ans les eaux des lacs et deviennent à

leur tour la

proie des Rotateurs et des Entomostracés phytophages. Le nomble des organismes compOsant la florule

d'un

lac

pourrait

dès lors nous lenseigrer

-

empiriquement

- sur la valeur

des matières dis-

soutes dans les eaux de ce

lac

et nous

indiquer, a priori, la

possibilité ou I'impossibilité d'existence des autres organismes inférieurs.

Ainsi

que

Ie

remarque R. Chodat, dans

Ia

note citée

plus haut,

les inclications botaniques sont

très

éparses',

et il

est grandement temps que I'on se mette à cette étude. N'étant pas botaniste,

je le

répète, mes recherches n'ont pas été dirigées exclusivement dans ce sens et

il

man- quera, sans doute, bie+u des espèces à I'appel'

J'ai clit

que

les

récoltes clue

j'ai

laites proviennent de

la

surface et

pour

quelques lacs des eaux profondes. On Yerra que

la

florule péla-

gique habite les

eaux moyennes

et

profond.es

tout

aussi

bien

que

la

sulfhce des nappes d'eau, les espèces qui

la

composent suivant généra- lement Ies autres membres de Planhton dans les migrations que ceux-ci peuvent fhire

la nuit

et le

jour. Le produit

de mes pêches est conservé

dansleformol dilué à la

dose

de2olo

environ, ce

qui

donne de bons r.ésultats. Mes pêches sont pratiquées au moyen d,'un

filet fill

de

Mtiller

clont les mailles sont

du

plus

pctit

diamètre

qui

existe dans

le

com- merce

(N"

19). Chacune des récoltes, quand

il y

a moyen cle

faire

des pêches quantitatives,

dure 4

minutes. Pendant ce

laps de

temps

je

pârcours environ 136 mètres et

je filtre

à peu près 4,95 m3. d'eau' Mais cctte dernière indication a peu d'intérêt en I'espèce, puisque

je

iaisserai do côté la, rluestion des volumes ramassés,

1

Il vielt

cle paraltle

un tlavail

intéressant de M. Sqhræter sur le Ph;'[o- pla,nkton ilrr lao cle Zurich : clie Sclnoebeflor"tl unserer Seen; 99e Neujahtsblatt der Nnlrrlfolnchendon Gesellschalt. Zurich, 4 897

(4)

'

EUG, PITÀRD. FLONULE PÉLAGIQUE DES ALPES I]T DU

JURA.

506

ce travail sera

divisé

en deux parties

principales,

la

première se

rapportera à quelques lacs alpins;

la

seconde à trois lacs

du

Jura.

Lacs des Alpes.

La

région deu Alpes tlout

j'ai

étudié quelques-uus tles lacs est située entre

le

lac f,éma,n, le nrisseau

I'Eatr

froide, le

Hongrin,

lo cours supé_

rieur

de

la sarine à

I'ouest

- le

cours supérieur de

la sarine et

le cours moyen de la Kander (affluent

de la

simmen) au

Nord - la

Dala

(qui

descend des Alpes bernoises) iusqu,au cours

du Rhône et de la Dranse d'Entremont à

I'Est

- la frontière

d.es

Alpes

valaisannes âu

Sud,

Ces

lacs

appartiennent donc en

partie a'bassin du

Rhône, en

paltie

au bassin de

I'Aar

et sont placés sur d.eux versants principaux.

ce sont

des nappes d'eau d'inégales étendues; elles sont assez diflé- rentes les unes des autres par

la

nature d.e leurs bords et de leurs lits,

la

couleur de leurs eaux, etc,,

et

présentent donc des conditions biolo- giques diverses.

Yoici

ces lacs groupés d'après

leur altitude

:

l.

Blauseeli (lac bleu de Kandersteg). ,

2.

Lac rle Tanney.

Lac de Nairvaux

880 m.

1411 ))

1495 n 1501 r 1509

)

1638 ) 1695 ) 1836

)

1870 r 2714 ù

.', 4.

5.

6.

7.

8.

9.

0.

1

Laè Lac Lac Lac

Rond

Pourri

Lovenex.

des Chavonnes (Chamossaire) pied de

la Tour d'AI

Mares de Looz (sur Tanney). .

Lac

Lioson (Chaussy).

Daubensee (sur la Gemmi) . . .

Les lacs 2,

6,8

sont situés sur la

rive

gauche de

la vallée du

Rhône

les autres sur la

rive droite. '

Imhof qui

a,

ie

crois

le

seul,

jeté

un coup

d'æil sur

quelques_uns cle ces lacs, donne de tr'ès rapides infolmations 1 seulement

au sujet

des lacs

du

chamossaire (dans lesquels figure re lac des chavonnes incliqué plus haut) et

du lac

de Tanney. Les seules espèces végétales

qu'il

cite, sont

Dinobryon

elonqattun Imhof et Perid,iniu,rn tal,ulah,m

Ehg.

_

I

O.-E. Imhof, Organismes inférieurs des lacs ile la région du Rhône. C. R. d,e

la

Soa. h,ela., Lausanne, {893.

(5)

507

BULI,ETIN DE L'HERBIER BOISSIER'

Pour mettre un peu d'orclre dans les indications qui vont suivre, nous commencerons

par

les lacs situés

sur la rive

gauche

de la vallée

du Rhône; puis

l'élumération

de tous les lacs mentionnés au tableau, une fois telminée nous ajouterons Ie las rle Lowerz (a51 m.) qui appartient aux lacs alpins par les eaux qui le forment. Nous

Ie

mettons

à la

suite parce

qu'il

appartient à

une toute autre région

que celle

dorlt

nous avons d'ebord à Palier.

LACS DE LA RIVE

GAUCHE

Lac de TanneY.

situé

à

l,altitude

de 1411 mètres sur le versant

nord

d.u Grammont.

Superlicie 0,17 hm., profbndeur maximale 31

m'

Alimenté par un

petit

ruisseau. Emissaire invisibie,

souterrain;

clans tous les cas mal connu.

Le

17

juillet

1896 I'eau

était

assez transparente. Température 19"

c.

La

plus grande quantité clu Plankton se

trouvait

à 20 mètres de pro- fond.eur et elle était surtout constituéo

par

des Rotateurs.

A la

surface, où

la

récolte de Plankton est très faible, ou remarque

Cycl,otel,Ia comta

Ehg.

Syned,ra d,el'icatisshna

Grw,

Perid;inittm tabula- fu,m Eb,g. Ped,iastrum boryantun Menegh.

Chose irtéressante,

les Dinobryon

stipitaltura,

Stcin

ct, elnngakurt', Imhof,

qui

sont excessivement rares à

la

surface deviennent

très

nom-

breux à partir

de

5

mètres

de

profbndeur.

on

les

trouve

encore en

masse importante à 30 mètres atec Syned,ra d,el'icat'i'ssi'ma.

M. R. Chodat' qui a

publié

la liste

des espèces

qu'il a

rencontrées dans ce lac (et elles sont bien plus nombreuses que les miennes) indique, comme le

tait

te plus intéressant à

retenir

de son

travail,

concernant

la florule,

I'absence

de

Ceratir'tm luirund,inel,l'a O.

F.

M{iller

'

(Ceratinun

lna,croceros

schr. et

Perty,)

J'ai trouvé cette

espèce dans

une

pêche

pratiquée à 10

mètres,

mais

représentée

par

quelques exemplaires seulement.

Lac de Lovenex.

Au pietl N.

W. du

Grammont,

Il

est situé

à

1688

m. d'altitute à

la

base diune paroi de rochers et d.e pentes d'herbe.

ll

est alimenté

pa'

les 1 Yoir la nr-rte dc la ptigu 50&.

(6)

EUG. PITIRD. FI,ORULE PÉLAGIQUE DES ÀLPES ET DU

JURA.

508 eaux de ruissellement

et par la fonte

des neiges. Profondeur maximale 4 mètres. Ce

lac

est

très

riche en algues filamenteuses et en diatomées diverses (Navicula, etc.).

J'y ai remarqué la

présence

de

Cyclotel,l,u

cwnta Ehg.;

Pd,i,astrwm,

boryantrm Menegh;

Botryoeoccus

Braumii Kutz,

Cosmariurn scmed,æmns (?) Delp. Bcez ed,esrnus quai,ri,caud,a

Bteb.

Ce qui m'a lrappé, c'est l'absence de Sgned,ra d,ekcatissi,rna, de Uera-

'l,"uutn lti'r'u'ru1i;uel,la eL ùes D'intfuryun, qui existcnt dans lo lac de Tanney,

situé

de

l'autre côté tlu Grammont.

Cette absence

ast d'autant

plus remarquable que Lovenex est placé plus près du lac Léman et dans une position

qui lui faciliterait,

plus que Tanney,

le

peuplement

par

des espèces yenues de ce grand lac, oir elles existent.

Mares do Looz.

Au-dessus

du lac

de Tanney,

à I'altitude d'environ

1600 mètres, se

trouvent

quelques mares de faible étendue,

de

très bas fond et n'ayant que peu d'écoulement. Ces mares sont extrêmement

riches en

Rota-

teurs. Par

contre

la

florule

y

est trèS

rare

sauf Ped,iastrumboryanum.

Ces mares sont caractérisées par I'absence des mêmes formes indiquées ci-dessus pour le lac de Lovenex.

LACS DE LA RIVE DROITE

Parmi

les lacs situés sur la riue d,roite

ùt

Rhône,

je

laisse de côté un élargissement du cours de la Kander,

un

peu au-dessous

du

village de Kandersteg. Ce-tte

toute petite

nappe cl'eau est fr:oirle (5o C.)

et

pe;u capable, à cause de ce caractère, et à cause

du

courânt qui

y

règne, de contenir des membres de

la

florule pélagique.

J'y ai

trouvé, cepeudant,

et

cela peut être intéressant

à noter

à cause justement des caractères ci-dessus, des débris de Di,nobryon et de Ceratium hirund,i,nella.

Blauseeli (lac

bleu

de Kandersteg).

Ce

petit

lac, le plus beau des lacs bleus de

la

Suisse, est à

l'aititude

de 880 m., sa longueur est de 120 mètres, sa

largeur

de

80;

sa profon-

(7)

509

BULLETTN DE r,'HnRtsrER BorssrcR.

deur

de 9,1.

Malgré

une pêche consciencieuse faite en bateau pendant

4

minutes

et qui m'a

permis

d'explorer

presque

toute la surlâce

de I'ea,u,

le filet n'a

presque

rien

ramené.

Par

contre les diatomées sont excessivement nombreuses, surtout sur le fond. Je crois que

la liste

de celles-ci n'a, pas encore été donnée. Grâce

à

I'obligeance

de

M. le pro- fesseur J.

Brun qui y avait

déjà

pris

des échantillons

et à

qui

j'en

ai

remis il'autres provena,nt dc ce ravissant

petit

lac,

je

puis incliquer ci- dessous le catalogue des espèces reconnu€s

(X :

assez

frdquentc;)Q(

:

fréquente;

X X X :

abonclante).

-

Récoltes

Brun

1884

(aott),

Keller

1895 (septembre) et

Pitard

1896

(juillet).

X

rare rare

XX

X X

XXX X

rare râre rare

X

rale râre rare

X

rilre

X X X

r&re râre rare

X X

rafe

Aohnanthis trinodis Arnott.

lleæellunt var. alptestris J. Brun.

iymbelta æqualis

(:

Naaicula angustata W. Sm.).

d,eliaatula Ktz.

Cistula Hemp.

var. major J. Brun.

aymbiformi.s (forma minor) Ehr.

\at.

stdgnorum J. Brun.

Eltenbergii KLz.

graoilis

(:

læois Næ9.).

maculata KIz.

Eunotia Arozs Dhr.

var. Ttlicata J. Brun.

Gom4th,onema angust atum Ktz.

var. æqualis Greg.

heloetioum J. Brun.

- nnîotu* ;Y,.î#:;:::l;ff:"

montanu,m Schum.

N at:iaula I/eùes Ralfs.

eæilds Grun,

(:

serians vat. euilis).

Patula

\-.

Sm.

(:

I,atiuscula KIz.).

sali.narum Grun.

(:

wgptooephala W. Sm. non Ktz.).

serians vat. minima Grun.

Zellensis Grrn,

Nitzsah,ia angustata Grun.

(:

Fryblionella ang. W. Sm.).

En dehors de ces formes

le

Blauseeli

doit être

considéré comme très llâuvre,

et

aussi

bier

eil espèces atrina,les qu'etr espèces végétales. C'y- clotel'la

comtal

Tabellaria J'mestrafia

Kiitz;

Cosmari,r,rnx sceneilesnxus;

(8)

EUG. PITARD. FLORULE PÉLAGIQUE DES ALPES ET DU

JURA.

5{O

Ceratiunt,hi,rund,i,nell,a,sont les espèces rencontrées; elles sont

d'ailleuls

très rares.

Lac de

Nairvaux.

Au pietl de la Tour d'Ai; au

bas

d'un gros rocher et de

pentes d'herbes;

altitude

1495 ru., alirnen[é

pal

les eaux cle pluie

et la

fonte des neiges. Eau claire. Ce lac

nourrit

beaucoup de

truites

que

I'Etat

de Vaud

y

a introduites.

Très riche en Ceratium hi,mmd,i,nel,la. Ce

Péridinien

a une forme plus élancée et plus gracieuse que celle des autres

lacs;

les cornes postérieu- res sont

plus

écartées et

plus

minces.

A

côté : Cycl,otel'la comta,

îragi- laria

crotonerzsis

Edw.;

de

très

rares exemplaires de

Dinobryon

d'iuer-

g ens

Imhof

(avec kystes).

Lac Rond.

A

1501

m.

dans

la

même

région

que le précédent. L'écoulement cle

.

ses eâux va dans I'Tlau froide.

Difficile à

explorer parce que ses bords

sont

formés

par

des

radeaux

d'herbes

sur

lesquels

il y a danger

à

s'aventurer. Je

n'y ai

guère rencontré

qte Dinobryon

d,i,uergens, Me-

l,os'i,ra catenata

Btan;

ce.lac est à

revoir

complètement.

Lac

Pourri

A

1509 m., d'altitude,

sur le

versant N.

E.

de

la Tour d'AI,

au pied cl'une

paroi de

rochers, environné

de

sapins.

Situé entre le lac

de Nairvaux et le lac Rond. Bords marécageux, difficilement abordables en certains enclroits et remplis

de

roseaux.

Çe petit lac

est extraordinai- rement riche en larves d'insectes. Rencontré: Anabæna spiroïd,es Klehb. ; Melosi,ra catenata;

Fragihri,n

crotonensis; Cycl,otel'la comtnl Di.nobrgon d,i,uergensl de

très rares

exemplaires

de

Ceratium hi'rztnd,inell'a. Cctte dernière constatation est assez curieuse, en

tant

que

distribution

géo- graphique, puisque

le lac Pourri

est à proximité du lac Nairvaux qui,

lui,

est très riche de cette espèce.

(9)

5,1{ BULI,ETIN DE L'HERI]IER BOISSIER.

Lac des Chavonnes.

Altitude

1695 m. Ce lac est situé dans le massif du Chamossaire (Alpes vaucloises).

Il

est alimenté

par

quelques ruisseaux

qui

descendent des peutes'environnantes.

Le 7 aott

1896,

j'ai

récolté

du Plankton;temp.

18o

C, La

surlhce totale

du lac

est de 0,05

km,,

$a profondeur maxi- maJe 28 mètres,

Je

ne possècle des récoltes que

jusqu'à

10 mètres de

profbndeur, car je n'ai pas pu trouver le point de plus

grande dépression.

A la

surface se

trouvait :

Merixrnoped,ia elegans; Tahetllaria Jmes-

tratu;

Cyctotel,la cotnta; des

tlébris de

Di,nobryon

(probablemint D.

d,i,uergms); quelques très rares restes

de

Ceratiwm hi.rund,inella, Ces formes se retrouvaient à 10 mètres de profondeur.

Il

peut

être

encore intéressant

de noter

qu'en cette dernière

partie du lac le filet

rame- nait tles algues filamenteuses flottantes. On peut se demancler comment elles vivent.

Lac Lioson.

Sur le versant N. de Chaussy (dans

la

partie occidentale de

la

vallée des Ormonts),

Altitude

1870

m. Au

piect de parois de rochers

et

d.e

prairies.

Alimenté par

les eaux de

pluie et

Ia fonte des neiges. Ce lac

m'a paru

excessivement pauvre en florule péIagique,

en

dehors d'un

certain nombre de

Navisules diverses.

Malgré

d'actives recherches dans les flacons que

j'ai

rapportés, je n'ai pas trouvé trace de Dinobry on

ni

de Ceratiu,m.

Daubensee.

Sur le versant nord de

la

Gemmi.

Altitude

2714m. C'est un lac

lroitl

âux eaux grises formé par

la

tbnte des neiges.

Le

10

aott

1896,

la

tem- pérature

y

était de 50 C. Le ibnd de ce

lac

est formé

par

des cailloux.

La faune et la flore y sont.pauvres. J'y ai

cependant rencontré :

An ab æna sçir oid,es, Cy ctot el,ln comta, Dinobry

on

d,iuer g

ms,

Cer atium hirund,inella.

II

est bon de remarquer, dès à présent, que cette dernière

tbrme était

considérée

jusqu'à

ce

jour

comme ne dépassant pas

f'alti-

tucle

de

2436 m.

'

(Wildsee). Les exemplaires rlu Daubensee sont d'une

1 Eug. Pitard,

A

propos de Cer(ûiu,m hirunilùrella, O.-F. Miiller, Aroh. de Gen,èçe,

t,

UI, [897,

(10)

EUG. PITARD. FLORULE PÉLAGIQUE DES ALPES OT DIJ

JIJRÂ.

5,I2

petite taille,

certainement

très

inférieure à celle de Cerati,unt, habitant d'autrcs lacs.

tac

de Lowerz.

Malgré son altitude peu élevée, ce lac a éié placé à

la fin

ds l'énumé-

ratiou

de ceux

qui

précèdent à cause de sa position géographique

fort

éloignée de celle des autres lacs.

Altitude

451 m. Superficie

totale

3.10

km';

protbndeur maximale 13 m. O'est clonc

un lac

peu profoncl dont les rives, en certains endroits, sont assez marécageuses. Des pêches

y

ont été pratiquées le 7

aott et le

17 septembre aux abord.s de

l'Île

de Schwanau. C'est

un lac alpin fbrmé par

des ruisseaux

qui

descendent principalement

de la région du Rossberg; du Hohe Stock et

des NIythen,

Il

me parait, au

point

de vue

qui

nous occupe, surtout riche en dia- tomées

et en

Phalophycées. Cgclotelln comta,, Asterionel,lw graci,llima

Ileib;

sont

les

représentants

de la

première classe.

La

seconcle

a

les

formes

suivantes

: I),inobryon

di,aergens (avec hystes)

D.

stipi,tntum;

Ceratium reficu,l,atum

Imhof (si

eette espèce

doit

être admise

'),

Cera- thwn cormûum, Clap

et Lachm;

Perid,ini,tun tabulatum Ehg. Tous ces membres de Ia florule se retrouvent eucore

à

10 mètres de profondeur.

Si nous essayons, sur ces quelques données, de récapituler

les

obser'- vations recueillies

et si

nous tentons quelques comparaisons entre les divers lacs étudiés, relativement

aux

principales lbrmes qu'ils contien- nent en

fait

cle florule pélagique, voici ce que nous voyons:

Asterionell,a graci,l,li,mn

Heib, ne s'est

rencontrée que dans

Ie

lac

de

Lowerz, c'est-à-dite dans celui qui, par.mi tous les lacs

alpins

qui

tgurent

dans ce

travail,

est situé à la plus faible altitude.

Syne,rlra, d,elicntissim,a Grun, n'a été vue clue dans le

lac

de Tanney ; elle manque, avons-nous déjà remarqué, dans le lac de Lovenex et dans les mares de Looz qui sont cependant très rapprochés.

Tabellaria

fmestrataKltz,

a été recueillie dans le Biauseeli de Kan- dersteg et dans le lac des Chavonnes seulement.

I

0.-8. Imhof, Resultate meiner stutlien iiber die pelagische fauna Kleinerer utrd grôsserer Siisswasserbecken der Schweiz. Leipzig, t88&.

'H. Blanc, Note sur Ceratium hirundinella O.-F. Mûller.

Bull.

Soc. tsaud,. sc.

ttul.,

XX,9l,-

(11)

51,3

BULLETIN DE L'HBRBIItrR BoISSIER.

PaliastrumboryanumMenegh, se

trouve

mentionnée clans

Ie

lac de 'l'anney, dans le Iac de Lovenex

et

tlans les mares de Looz, c'est-à-dire clans des nappes d.'eau qui appartiennent à la même région. Elle manque dans tous les autres lacs.

Ceratrumherund,i,nell,a O.

F. Miiller; estune

forme

dont I'aire

géo- graphique est

très

étendue.

Elle

existe dans

tous les

lacs indiqués ci- àu**u*, sauf dans celui de Lovenex et clans les mares de Looz, ce clui est extrêmement curieux si I'on se rn,ppeJle

la

proximité d'e ces lacs de

celli

de Tanney.

Il

est

vrai

qu'à Tanney cette espèce est rare.

Elle

ne figure

pas non plus

dans le lac Rond oir

elle doit

exister

très

probablement puisqu,elle se trouve dans les lacs de

Nairvaux et Pourri. Nos

pêches dun*

.u

der"nier lac sont absolument insuffisantes, nous avons

dit

pour- quoi.

Cerati,u.nt, corntttum Olap. et Lachn., n'est mentionnée que dans

le

lac cLe Lo,werz,

Et il

est intéressant

de

se rappeler qu'elle provient rle la surface aussi bien que de

la

profondeur.

on

pense généralement que ce Péricliniacé n'habite que

le lbnd

des lacs; dans

le

lac Léman on ne le trouve jamais à Ia surface

Perid;inrum' tabulatttm

Ehg, appartient aux

lacs

de

Tanney

et

de Lowerz seulemeut.

Lacs

du

Jura.

Les observations qui vont suivre se

rapportent aux

lacs tles Rousses et aux lacs de Joux et Brenet. Elles ont eu

lieu

pendant

I'été de

1896, les 12, 13 et 14

juillet,

par un temps beau et

clair

le thermomètre mar-

quant

dans

les trois lacs la

température

de

18o

c. Les

récoltes de plankton dans lequel

setrouvait la florule

pélagique

ont eu

lieu de la

surthce cles eaux jusque près

du

plancher

du lac

(soit à 20 mètres de profoncleur),

sauf pour

Ie lac des Rousses oir

les

pêches

n'0nt eu

lieri qu'ir la surface.

Pour ce

qui eoncerne

les

lacs

de

JOux

et

Brenet, des récoltes ont été pratiquées le

jour

et

la

nuit.

Lac de

Joux.

ce lac

est situé

à

I'altitucle cle 1008

m. II

est

formé

principalement par le cours cle l'Orbe et ses eaux s'en v6nt par des eltoruroirs constituet'

1 E. Penard, Recherches stttle Ceratium maaroceros, elc' Genève, [888' E. Penard, Les Péridiniacées clu Léman' BulI. Soa. bot. Ganècse, n0 6, l89L

(12)

EUG. PITARD, FI,ORULE PÉLAGIQUE DES ÀLPES ET DU

JURA.

5I&

un

émissaire souterrain

qui apparait à

une certaine distance

au

nord.

Ce lac

doit

être certainement très intéressant pour les botanistes à cause de ses diverses conditions physiques. Près

du

Sentier

il

est peu profond,

tourbeux;

plus au nord, sa rive gauche à certains endroits descend assez

rapidement à pic.

La

drague ramène de

la

vase calcaire grise jaunâtre ruêlée à tles

tlébris

organiques de toutes sortes.

ll y

a en outr.e dans ce .la,c,

par vingt

màtres da fond cnviron, dcs émincnccs particulières con- nues sous le nom de Monts

et

clont

le

sol, qui est

un

dépôt organique, cst formé presqu'uniquement de débris de Charas'.

Les membres de la florule pélagique que

j'y

ai rencontr,és sont les sui- vants : fuIeristnoped,ia elegans';

îrugilari,a

u'otonens'is; Asteri,onell,a gra-

cilli,ma;

Cycl,otel,la comtul

Melosia catenatal

Ped,i,astntm boryamunt, ; Dinobrg on diuerg ens

I

Ceratium hirund,inel,l,a

;

Perid,iniwrn tabttl,attm.

Et

cela depuis

la

surface (le

jour et la nuit)

jusqu'à

vingt

mètres de

p rofbn deur, C er atiunt hirun d,inella

était

parti cul ièrem ent abondant.

Lac

Brenet.

(i'esl; une dépendance norcl

tlu

lac cle Joux, dont

il est

séparé pâr. un

étroit

chenal de quelques mètres de longueur;

la partie

de ce lac qui est

la plus

rapprochée

du village le

Pont est

un

bas

lbnd

quelquefois en partie à sec pendant l'été.

An point

de vue de

la

faune inférieure,

le

lac Brenet m'a présenté cette

particularité

de

fournir

des différences sen- sibles par rapport au lac de Joux, dans

la

présence, en même temps, de diverses espèces de Crustacés pélagiques ,.

Représentants de la florule : n|.erismoped,ia el,egans I Fragi,lari,a

uoto- nensis;

Asteri,onel,l,a

orucil,lima;

Cyclotella comta

et C.

stetkoera (?)

Clère et

Grunow; Melosira

cntenutal Ped,iastntm boryantun; Botryo- cocctts

Brnunii;

Pand,orina, rnorlln'ù

Bory; Er,ulorina

el,egans

Ehg.;

Bcened,esnrus quadricaltd,a;

Dinobryon

d,ùtergens;

D.

sti,pitatu,m; Cera- t;ir,tm, hlirtr,n d,'in el,ln

; Ier

id,i,niurn tab ulntwm.

Lac

des Rousses.

Sur le territoire

français,

altitude

1059 m.,

un

des plus élevés des 1

F.-4.

Forel, La faune profonde cles lacs suisses. Mém. Soa. hela. sa. nat,, vol.

XXIX,

1885.

2 Pitarcl, Sur Ie Plankton dos lacs cle Joux-Brenet. Arah, de Genèoe,

t. IIl,

{897.

(13)

5[5

BULLETIN DE L'HERBIER BoISSIER.

lacs du Jura.

Il

est formé

pal

quelques luisseaux

et

son émissaire est I'Orbe. Dans sa

partie du

sud-est

et

de I'est, ce

lac

est passablement marécageux, Sa flore possède

la particularité

d'enregistrer

une

espèce

de

Potamogeton

qui

ne se récolte

nulle part

ailleurs dans les lacs du Jnra. C'cst

lc

Potarmogeton cori,acer,ts

tr'reycr',

connu auparavant scu- lement dans l'Angleterre, le Danemarh et Ie Holstein.

Espèces pélagiques lencontrées : Merismolted,in el,egans; Fraqi,larda crotonensis 1 Cyclotella comta I Ped,dnstrum borpl anum

;

Cosnarittm scene- il,eswuus 1 Dinobryon, diuerl1ens ; Cerwl,'i;wrt, h,,i:rtancl;i;nell,u; Peril,in;i,r,wrt, labu- l,atwn.Le plus nombreux de ces organismes étaitPed,i,astrurn boryanttm.

En

comparant ces

trois

lacs

du Jura, il peut

sembler,

au

premier

abord, qu'ils ne renferment pas tous Ia même flQrule. Je crois

qu'il

n'en est rien. Si certaines espèces sont mentionnées pour un lac et ne le sont pas pour les autres, cela signifie peut-être

que

ces espèces

n'ont

pas

eucore été rencontrées et voiià

tout.

Les

tlois

lacs du

Jura

dont

il

vient

d'être parlé ont trop

cle calactères communs

pour qu'il n'en soit

pas ainsi.

Et

cependant l'observation

de Magrfn

indiquée plus

haui

(pré-

sence de Potamogeton coriaceus dans le lac des Rousses seulement) est assez curieuse. Je sais bien

qu'il s'agit

d'une planto supérieure fixée au sol, mais

il

ne

Ihut

pas

oublier

que les Potamogetons

se

disséminent facilement 2 et que si les conditions d'existence que peuvent

fburnir

les trois lacs ci-dessus sont identiques,

rien n'aurait

empêché cette espèce de continuer son chemin par le cours de l'Orbe jusqu'aux lacs de Joux- Brenet.

Nous avons dressé pour les quatorze lacs mentionnés dans ce

travail

le tableau des fbrmes pélagiques qui

y ont été

rencontrées. Ce tableau permettra plus fhcilement les comparaisons. Nous avons esquissé quel- ques-unes de celie-ci en terminant l'énumération de

la

florule contenue dans les lacs alpins. Voici ce tableau. On

y

remarquera, que nous âYons groupé les Cyclotella sous lo seul

terme de

Cyclotel'l'a comta

Ehg.;

les études ultérieures qui pourront être faites par des botanistes sépareront les espèces.

1 Ant. Magnin, Los lacs clu Jura, no

l.

Généraliiés sur Ia Limnologie juras- sierue. Lyul-Paris, [895.

2 Hochreutiner, Notice sur la répartition des Phanérogames clans lo Rhône et dans le port rle Genève. BulL Herb. Boiss., t..

V,

{897, p.

9-l{.

(14)

EUG. PITARD. FLORULE PÉLÀGIQUE DES ALPES ET DU

JURA. 5Iô Tableau comparatif montrant la distribution des membres de la

florule pélagique dans les divers lacs

étudiés.

Scslzopnycu.a

A;àb;;;

',p".;'tdr;'Ki;dd.

.:

:

Merismolteilia elegans A. Rt. .

Drerolrnæ...

Melosira ct,tena,ta Brun. . . . . .

Frnqilaria arotonensis

Elw.

.

Asttit'ionella qracillima Heib. .

Synedra d,eLicatissitna Grun . .

'l'abellat'ia I'enestrata Kûtz. . .

Cllclotella comta Ehrg

CHloRopIrycoæ

EtLdorina elegans Ehrg.. . . . .

Pandorina morum Bory

...

..

Peiliastrutn boryanum Menegh . C osmar ium sc ene d, e smus D elp .

Botryococcus Braunii Ktz. . . . S c e ne d, esmus quad,r i caud,a Brcl) Pwæopnycg,n,

Dgnobruon d,ioergens Imhof. . .

D. stipitatwn Stein . .

D. elonqatum Imhof..

Ceratiùrn hirundinella

O.

F.

Miiller. ...

C. retiaulatum 1 Imhof

...

C. aornutum Clap. et Lach.

..

Perid,inium tabulal,um Ethg. .

X

X X X

i

X i

X X X X X

X,?)

X

Il

semble

au premier abord qu'il n'y a

pas

de

diminution sensible dans le nombre des espèces,

à

mesure

qu'on

s'élève dans

la

montagne, au Inoins pour les deux classes : Diatomæa et Phæophycæa. Cependant nous croyons que cette diminution avec les altitudes élevées

doit

exister.

1

Voir la

note page 5,12

6

m

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LAC DES ALPES

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?!1€r NÈ

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(15)

It7

BULLnTIN DE L'HERBIER BoISSIER.

Nous ne I'avons pas révélée, c'est

vrai;

mais

la florule

pélagique

doit

suiyre, à cet égarcl, les mêmes modifications que

la

faune

inférieure'.

D'ailleurs les lacs mentionnés dans ces notes sont situés (sauf le Datr- bensee) à de f'aibles altitudes.

Ce que

le

tableau peut nous

faire

constater, c'est le cosmopolitisule

d.es lacs situés

à

d'assez grandes distances les uns cles autres,

et

placés rtans eles e.onditions diverses. Cependant, dans certains câs, ce cosmo- politisme est

restreint.

C'est

ainsi

que Byneclra d"eli,catissima s'est ren- contrée dans

le

seul

lac de Tanney et

Tabel'l'ari'a Jbnætruta dans le BlauseelideKandersteg et dans le lac des Chavonnes seulement.

A

quoi tiennent ces dilïérences

de répartition?

C'est ce que, en

l'état,

nous ne saurions dire ; et

il

fhut avouer que des conclusions sérieuses à cet égalcl ne

pourront être

permises que lorsque des explorations complètes dcs diverses nappes d'eau auront été efi'ectuées.

Ce qui est encore

plus curieux,

c'est la, différence

qui

paratt exister dans le catalogue des espèces

qui

peuplent des lacs rapprochés les uns des autres et placés, semble-t-il, d.ans les mêmes conditions physico-chi- miques. Nous avons

lhit

cette I'emarque au sujet du groupe

:

Lovenex,

Looz, Tanney qui nous paralt être, parmi les lacs qui nous

con- cernent,

le plus

caractéristique.

En effet, deux Péridiniacées:

Cera-

tium

hi,rund,inell,a

et

Perid,i,ni,wn tabul'atum

et tn

Di,nobryon

ne

se trouvent quc dans Ic lnc Tanncy, à I'cxclusion des mares de Looz et du

Iac Lovenex; et

ces

trois

nappes d.'eau possèdent,

toutes les

trois, Ped,iastntm

boryanum. Nous pourrions en conclure que

certaines espèces cle

la

florule pélagique sont plus aptes que d'autres à être

trals-

portées sans crainte.

Au fond,

toutes ces espèces

doivent être,

à ce

rlernier

égard, placées dans les mêmes conditions, mais quelques-unes d'entr'elles

ne supportent

probablement pas

toujours le transpolt

et c'est la raison pour laquelle on ne les rencontre pas dans tous les lacs;

pour laquelle elles manquent dans un ou deux,

parrni

une série de lacs rapprochés les uns des autres.

Cette constatation nous amène à penser que certa.ins lacs placés dans les mêmes conditions physico-chimiques

et qui

sont privés cle certaines espèces doivent

l'être

temporairement seulement. Une

fois

ces espèces

y

seront rencontrées.

Il

est bon de remarquer que ltous ne parlons ici que des lacs que nous avons explorés

le

mieux possible,

Il y

en a d'autres 1

l'.

Zschokke, Die l'auna hochgelegener Gebirgseen. Verhandl. der Natur'Î Ges, in Basel,

t, XI,

{895.

BULI.. H.oÂr. lcrrus,,

juil 1807.

37

(16)

EUG. PITARD, FLORULE PÉLÀGIQUE DES ALPES ET DU

JURÀ. 5I8

dans lesquels ceux qui passeront après nous trouverons ample moisson, d'autant

qu'il y

a cles espèces que nous n'avons pas su déterminer.

Pourtant, il y

a des membres

de la florule

pélagique qui pa,ra,issent être

particuliers

à certains lacs. C'est ainsi que

la

gracieuse Asteri,onella qraci,l,l,i,ma ne s'est jamais présentée dans mes récoltes en dehors des lacs du

Jura

(Joux, Brenet, Rousses) et du Iac de Lowerz. Peut-être en est-il cle même

pour

certaines plantes inférieures comme

il

en est pour cer-

tains

anima,ux inférie;urs rlont I'existence

ne peut avoir lieu

que dans un grand volume d'eau et à cles altitudes pas

trop

élevées

? Je

n'insiste pas pour

le

moment, me réservant de

revenir

plus

tard sur

ce sujet.

Perid,ini,um tabulatum,

serait un peu dans ce

cas

puisqu'il n'a

été trouvé, en dehors des lacs ei-dessus, que dans celui de Tanney.

Dans

le

cas

oir

cette constatation se généraliserait, pourrait-on en

inférer

que certaines espèces pourraient

servir

à caraetériser certaines catégories de lacs

?

Cela

ést bien ctiflicile à dire

pour le moment.

En

examinant

le

tableau que nous avons dressé (et qui est très incomplet,

il

faut

le

bien répéter), nous voyons que les rapports les plus évidents existent entre les lacs du

Juraet

celui de Lowerz et que,

parmi

les lacs alpins, c'cst Tannoy

qui

se rapproche

le plus de

ceux-là.

Or,

des dix

lacs

alpins indiqués en plus

de

Lowerz, c'est Tanney qui a le

plus

considérable volume d.'eau.

L'altitude

seule

ne devrait

donc pas uniquement,

entrer

en ligne de compte

relativement à la distribution

des espèces, mais

la

position du

lac, le volume

des eaux,

la

longueur,

la largeur

du lac, etc., etc.,

tout

comme

lorsqu'il

s'agit des animaux inférieurs.

Il y aurait

encore quelques

mots

à

dire

au sujet des migrations dans le même bassin auxquelles

la florule peut

être soumise. Les pêches en

verticale

que

j'ai

pratiquées dans

les lacs de

Tanney, des Chavonnes, de Lowerz et

de Joux et Brenet, ont montré que Ia

presque totalité des formes de

la

florule pélagique subit cles changements dans

la

posi-

tion

que ces formes peuvent occuper dans

la

verticale d'un lac.

Et je

ne sais rien relativement aux causes de ces variations. Ce mou- vement existe

pour tous les

membres de

Ia

florule,

je

crois, m'ais

il

serait

téméraire d'en

déterminer les raisons. Chacun

sait

ce que I'on appelle les

migrations du Plankton:

le

jour, la

presque

totalité

des espèces descend dans

la

prolbncleur,

pour ne reparattre

que dans la

nuit. il y a

des explications

pour

ce

qui

concerne

les

Entomostracés pélagiques;

il n'y

en

a

pas, que nous sachions,

pour

les autres repré- sentants

du

Planhton.

D'ailleurs

ces

migrations

présentent tellement

(17)

5{9

BULLETIN DE L'HERBIER BoIssMR.

d'exceptions que

encore

il y aurait

témérité à discuter avec les élé- ments que nous possétlons.

On

le voit, Ie

champ des études relatives

à la

florule pélagique est plein de promesses.

A

peine a-t-on commencé

à I'explorer. Il y a

tles travaux intéressants sur les grands lacs (Bodensee, Léman, Zurich, etc.), sur certaines régions (Plônersee,

par

exemple), mais

pour

les lacs cte

montagne

il

leste presque

tout

à thire.

Un point

que nous voudrions encore signaler est celui qui touche à

la

façon dont les membres de la florule pélagique

ont

pu se disséminer comme ils

I'ont

fait.

On a

mis

en avaut

le

transport

par

les oiseaux, comme devant être

le

facteur

le

plus

important

de cette dissémination (nous laissons de côté ce

qui

est

relatif aux

causes géologiques qui nous paraissent inu-

tiles

à invoquer).

Nous

acceptons volontiers

ce mode

d'extension, au moins en ce qui concerne les lacs situés dans les régions de 1âible

alti-

tude.

Tant qu'il s'agit

de

distribution

horizontale

rien ne paralt

plus

naturel et des

observations sérieuses

fhites en grand

nombre, sont venues prouver I'importance des oiseaux comme agents de dispersion.

Pourtant une objection se présente pour expliquer le peuplement des lacs de hautes altitudes. Pour ceux

qui

sont situés sur les passages des oiscaux migratours, les raisons invoquées

tout

à I'heure subsistent dans

leur

entier, car les oiseaux peuvent se reposer, en traversant les Alpes ou toute autre chalne de montagne, sur les flaques d'eau de ces régions et laisser dans ces eaux Ies æufs, germes, spores,

qu'ils

peuvent avoir attachés à leurs plumes ou à leurs pattes.

Mais

il y

a des dépressions contenant

de

I'eau situées en dehors des routes de passâge des oiseaux, des lacs sur lesquels, vraisemblablement, les oiseaux ne s'arrêtent jamais. Comment se sont-ils peuplés'/ Nous avons pensé que les insectes aquatiques

ne

devaient pas être étrangers

à

ce peuplement

et

nous croyons

qu'il y aurait intérêt à diriger

des recherches dans

ce

sens,

car en

dehors des oiseaux,

les

vents nous paraissent d.'une action ile peu d'importance pour

la

dissémination des espèces aquatiques dans les hautes montagnes.

Et

puis, au-dessus de tout cela, une nouvelle objection

surgit

encore.

Ceux qui ont pratiqué des pêches pélagiques et qui ont essavé d'étudier

sur

Ie

vivant le ploduit de

celles-ci, savent combien cela est clifficile.

Certaines espèces ureuruut pl'esque

ilurrédiateuient et pour

des causes qrro

nolls ne

comprenons pâs

très hien.

Ce.ra,tourn hwwnd,wt'el,l,o,'

pat

(18)

EUG. PITÀRD. FLORULE PÉLAGIQUE DES AIIPES

DU JURÀ. 520 exemple, ne supporte pâs

letransport;

et cette espèce n'est pas

la

seule à cesser de

vivre

si rapidement.

Or,

pôur avoir été amenée jusqu'à plus de 2000 mètres,

la

flore pélagique a

dt

subir bien des vicissitudes.

Nous croyons que

encore

il y a

des choses

qu'il est

désirable d'étudier.

Ajoutons,

pour

terminer, que le tableau qui est

publié

dans

Ie

texte de ce l,ravail

permet

d'élever

I'altitude à

Iaquello se rencontre encore Cerati,r,tm hi,rund,inel,l,a, O.-tr',

Mtiller,

a2774mètles (Daubensee) et rap-

pelons,Ie peu de

prétentions

de cet article qui n'a eu que le but

d'esquisser un

travail qu'il serait

intéressant d.'entreprendre.

Genève,

mai

1897.

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