Int´egration et Probabilit´es (M43050) 2010-2011 Corrig´e de l’examen du lundi 16 mai 2011
— Exercice I —
On d´esigne par J l’intervalle ouvert ]0,+∞[, et par λ la mesure de Lebesgue sur (R,BR). On rappelle quen! =R
June−u dλ(u).
1.Pour quelles valeurs deα r´eel la fonction t∈J→tαe−√t est-elle Lebesgue-int´egrable sur J? Quand 2α+ 1∈N, montrer que
Z
J
tαe−√t dλ(t) = 2·(2α+ 1)!
Solution. —La fonctiont∈J→tαe−√t est continue≥0 sur J, donc son int´egrale de Lebesgue sur J est ´egale `a la limite quandεց0 des int´egrales de Riemann
Iε= Z ε−1
ε
tαe−√t dt, 0< ε <1
(si on veut tout d´etailler, on a utilis´e ici le th´eor`eme de convergence monotone, et l’´egalit´e des int´egrales de Riemann et de Lebesgue pour une fonction continue sur un intervalle compact).
Dans cette int´egrale on fait le changement de variablet=u2,ε1/2≤u≤ε−1/2, d’o`u dt= 2udu, ce qui donne
Iε = 2
Z ε−1/2
ε1/2
u2α+1e−u du.
Au voisinage (droit) de 0 la fonction int´egr´ee est ´equivalente `a 2u2α+1, donc par les crit`eres d’int´egrabilit´e de Riemann il y a convergence vers une limite finie, quandε→0, pour l’expression
2 Z 1
ε1/2
u2α+1e−u du,
si et seulement si 2α+ 1>−1, soit encoreα >−1. Sinest un entier>0 tel que 2α+ 1≤n, on a du cˆot´e de l’infini, en utilisant l’information rappel´ee dans l’´enonc´e,
2
Z ε−1/2
1
u2α+1e−u du≤2 Z +∞
1
une−u du <2. n!<+∞.
La fonction t ∈ J → tαe−√t est donc Lebesgue-int´egrable sur J si et seulement si α > −1. Si 2α+ 1 =m, entier ≥0, la limite de Iε est
2 Z +∞
0
u2α+1e−u du= 2 Z +∞
0
ume−u du= 2. m!
en utilisant `a nouveau le rappel.
2. Montrer que la fonctionf d´efinie sur J par
∀x∈J, f(x) = Z
J
sin2(xu) e−√u x2u3/2 dλ(u)
est continue ≥0 sur J, et d´eterminer sa limite en0. Montrer quef est de classe C1 sur J.
Solution. — Posons
F(x, u) = sin2(xu) e−√u
x2u3/2 = sin2(xu) x2u2
√ue−√u;
pour chaqueu ∈J fix´e, la fonction x→ F(x, u) est continue sur J ; de plus, comme|sinθ| ≤ |θ| pour toutθ r´eel, on a l’encadrement
(1) 0≤F(x, u)≤√
ue−√u
qui prouve que pour toutx∈J, la fonction u→ |F(x, u)| est major´ee par la fonction u∈J→√
ue−√u,
qui est ind´ependante du param`etre x et qui est Lebesgue-int´egrable sur J d’apr`es la question 1 (appliqu´ee avecα= 1/2>−1). On d´eduit d´ej`a que
∀x∈J, 0≤f(x)<+∞,
et ensuite, on d´eduit du th´eor`eme de continuit´e des int´egrales de Lebesgue `a param`etre que la fonctionf est continue sur J. De plus, quandθtend vers 0, le quotient (sinθ)/θtend vers 1, donc
∀u∈J, F(x, u) −→x→0 √
ue−√u;
en utilisant la mˆeme majoration (1) et le th´eor`eme de convergence domin´ee, on conclut que f(x) −→x
→0
Z
J
√ue−√u dλ(u) = 2 2·1 2+ 1
! = 4.
Pour d´eriverf, on remarque d’abord quex→F(x, u) est d´erivable sur J, et
∂F
∂x(x, u) =
−2sin2(xu)
x3 + 2usin(xu) cos(xu) x2
e−√u u3/2.
Pour montrer quef est d´erivable sur l’ouvert J, on peut limiter la variation de la variable x `a un intervalle de la forme ]a,+∞[, avec a >0 fix´e mais arbitraire. On peut commencer par ´ecrire la majoration|sin(xu)| ≤ |xu|qui donne pour toutx >0
∂F
∂x(x, u)
≤2u2 x +2u2
x
e−√u u3/2 = 4
x
√ue−√u, puis, pour toutx > a, on obtient que
∂F
∂x(x, u) ≤ 4
a
√ue−√u,
ce qui fournit un majorant int´egrable, multiple de celui qui a d´ej`a ´et´e utilis´e pour prouver la continuit´e def. On d´eduit quef est d´erivable sur ]a,+∞[, avec
∀x > a, f′(x) = Z
J
∂F
∂x(x, u) dλ(u),
et comme x → ∂F∂x(x, u) est continue, le th´eor`eme de continuit´e montre que f′ est continue sur ]a,+∞[ ; commea >0 est quelconque, il en r´esulte quef est de classe C1sur J.
3.Montrer que Z
J
f(x) dλ(x) =Z
J
sin2y
y2 dλ(y)Z
J
e−√u
√u dλ(u)
<+∞. Solution. — Consid´erons encore la fonction
F(x, u) = sin2(xu) e−√u x2u3/2 ;
c’est une fonction continue sur J×J, donc bor´elienne, et elle est ≥0 ; d’apr`es le th´eor`eme de Fubini positif,
Z
J
f(x) dλ(x) = Z
J
Z
J
F(x, u) du dx=
Z
J
Z
J
F(x, u) dx du; l’int´egrale int´erieure vaut
Z
J
F(x, u) dx= Z
J
sin2(xu) e−√u
x2u3/2 dx= e−√u u3/2
Z
J
sin2(xu) x2 dx.
Pour ufix´e, le changement de variable xu=y donne e−√u
u3/2 Z
J
sin2(xu)
x2 dx= e−√u u3/2
Z
J
sin2(y)
y2u−2 u−1dy= e−√u u1/2
Z
J
sin2(y) y2 dy, d’o`u l’´egalit´e demand´ee dans la question 3. Il reste `a remarquer que
Z +∞ 0
sin2y
y2 dy <+∞,
car la fonction sous l’int´egrale reste born´ee au voisinage de 0 et est ≤ y−2 `a l’infini (crit`ere d’int´egrabilit´e de Riemann), et que l’int´egrale en u est finie d’apr`es la premi`ere question (ap- pliqu´ee avecα =−1/2>−1).
— Exercice II —
Sia < b, la loi uniforme sur [a, b]est la loi sur (R,BR) dont la densit´e par rapport `a la mesure de Lebesgueλest ´egale `a(b−a)−11[a,b].
1.On suppose que U1 etU2 sont deux variables al´eatoires r´eelles ind´ependantes de loi uniforme sur [0,1]. Calculer la fonction de r´epartition du minimum V = min(U1,U2). Montrer que la loi de V admet une densit´e par rapport `a λ, et d´eterminer cette densit´e. Calculer l’esp´erance de V.
Solution. — Si le minimum V est > t, c’est que les deux variables U1 et U2 sont > t, donc d’apr`es l’ind´ependance
P(V> t) = P(U1> t)P(U2> t) = P(U1> t)2= 1−FU1(t)2
. On a donc, pour la fonction de r´epartition FV de la variable al´eatoire V, l’´egalit´e
FV = 1−(1−FU1)2.
La fonction de r´epartition FU1 vaut 0 quand t ≤0, elle vaut 1 quand t≥1 et quand 0≤t≤1 on a FU1(t) = P(U1≤t) = P(0<U1≤t) =t; pour 0≤t≤1, on a donc
FV(t) = 1−(1−t)2= 2t−t2;
on a FV(t) = 0 sit≤0, et FV(t) = 1 sit≥1. On v´erifie que FVest continue surRet de classe C1 par morceaux. Il en r´esulte que la loi de V admet une densit´efV´egale `a la d´eriv´ee de la fonction de r´epartition, `a savoir
fV(t) =1[0,1](t) (2−2t).
On en d´eduit E V =
Z
R
tfV(t) dt= Z 1
0
(2t−2t2) dt=h
t2−2t3/3i1
0= 1−2/3 = 1/3.
2.On pose S = U1/U2et T = U22/2; justifier le fait que Sest d´efinie presque sˆurement. Montrer que la loi du couple (S,T) admet la densit´e 1A(s, t) par rapport `a la mesure de Lebesgue λ2 de R2, o`u
A ={(s, t)∈R2: 0< s,0< t <1/2, s√
2t <1}.
En d´eduire la loi de S. Montrer que P(x <S≤y) = (y−x)/2quand 0≤x ≤y≤1.
Solution. —Comme la loi de U2admet une densit´e par rapport `aλ, la probabilit´e de l’´ev´enement {U2= 0} est nulle, donc S est bien d´efinie en dehors de l’ensemble P-n´egligeable {U2= 0}.
Pour d´eterminer la loi du couple (S,T), on va calculer Ef(S,T) au moyen d’une int´egrale surR2, lorsque f est une fonction bor´elienne≥0 surR2. On a
Ef(S,T) = Ef(U1/U2,U22/2)
qui se calcule au moyen de la loi du couple (U1,U2). Comme U1 et U2 sont ind´ependantes, la loi du couple est le produit des deux lois uniformes sur les deux coordonn´ees, c’est donc la mesure de Lebesgue sur le carr´e [0,1]2. Comme les bords du carr´e sont n´egligeables, on peut choisir de calculer l’int´egrale en ne prenant que l’int´erieur du carr´e, qui est l’ouvert V = ]0,1[×]0,1[,
Ef(S,T) = Z
V
f(u/v, v2/2) dλ2(u, v).
On va calculer cette int´egrale par le changement de variable (s, t) = (u/v, v2/2). Pr´ecis´ement, consid´erons l’application Ψ d´efinie sur l’ouvert V par
∀(u, v)∈V, Ψ(u, v) = (u/v, v2/2) et posons (s, t) = Ψ(u, v).
Puisque 0 < u, v < 1, et puisque s = u/v et t = v2/2, on d´eduit que s > 0, 0 < t < 1/2 et s√
2t = (u/v)v = u < 1, ce qui prouve que (s, t) ∈ A ; on a donc Ψ(V) ⊂ A. Si (s, t) ∈ A et si on veut retrouver (u, v) ∈ V tel que (s, t) = Ψ(u, v), on commence par r´esoudre t = v2/2 qui donne v = √
2t > 0, et comme (s, t) ∈ A on a t < 1/2 donc v < 1. Ensuite, on ´ecrit u = (u/v)v = s√
2t > 0, qui est bien < 1 par d´efinition de A. On a ainsi trouv´e l’application inverse de Ψ,
∀(s, t)∈A, Φ(s, t) = (s√ 2t,√
2t)∈V.
On peut v´erifier que Φ est une bijection de A sur V, de classe C1, inverse de Ψ. Posons
∀(u, v)∈V, g(u, v) =f(u/v, v2/2) =f(Ψ(u, v)).
On exprime (u, v) sous la forme (u, v) = Φ(s, t), pour (s, t) ∈ A, et on applique la formule de changement de variables
Ef(S,T) = Z
V
g(u, v) dudv= Z
A
g(Φ(s, t))|(det JΦ)(s, t)|dsdt.
Commeg(Φ(s, t)) =f(Ψ◦Φ(s, t)) =f(s, t), on aura
(2) Ef(S,T) =
Z
A
f(s, t)|(det JΦ)(s, t)|dsdt.
On calcule la matrice jacobienne
(JΦ)(s, t) = √
2t s/√ 2t 0 1/√
2t
,
dont le d´eterminant vaut 1 en tout point (s, t)∈A. On a finalement `a partir de (2)
(3) Ef(S,T) =
Z
A
f(s, t) dsdt.
Introduisons la mesure dµ(s, t) =1A(s, t) dsdtsur (R2,BR2). On a pour tout bor´elien B deR2, en appliquant la formule (3) `a la fonction f =1B,
P (S,T)∈B
= Z
R2
1B(s, t)1A(s, t) dsdt=µ(B) ; cette ´egalit´e montre que la mesureµest la loi du couple (S,T).
A partir de l`` a on voit que la probabilit´e pour que S≤xest ´egale `a la mesure de l’ensemble produit B = ]−∞, x]×R, qu’on va calculer avec le th´eor`eme de Fubini positif,
P(S≤x) = Z
R2
1s6x1A(s, t) dsdt= Z x
−∞
Z
R
1A(s, t) dt ds.
L’int´egrale int´erieure est la mesure (de dimension un, c’est-`a-dire la longueur) de l’ensemble As
desttels que (s, t)∈A : commes >0 pour tout (s, t)∈A, on voit que cet ensemble As est vide pour touts≤0 ; pours >0,
As ={t: 0< t <1/2 et √
2t <1/s}={t: 0< t <min(1/2,1/(2s2)}; pour 0< s≤1 on a As = ]0,1/2[, de longueur 1/2 et pour s≥1 on a As= ]0,1/(2s2)[.
D´efinissons une fonction h bor´elienne≥0 surRen posant h(s) = 0 pours≤0,h(s) = 1/2 entre 0 et 1, et h(s) = 1/(2s2) pour s≥1 : pour tout s∈Rla valeur de h(s) est la longueur de la coupe As, par cons´equent on a
P(S≤x) = Z x
−∞
h(s) ds,
ce qui montre queh(s) dsest la loi de S. En particulier, quand 0≤x≤y≤1, P(x <S≤y) =
Z y
x
h(s) ds= 1 2
Z y
x
ds= (y−x)/2.
On rappelle que l’int´egrale de Riemann g´en´eralis´ee R+∞ 0
sinx
x dxest semi-convergente, et que sa valeur estR+∞
0 sinx
x dx= π2.
3.On suppose maintenant que U suit la loi uniforme sur [−1,1]; justifier le fait que X = 1/U est d´efinie presque sˆurement. Montrer que la fonction caract´eristique de X est ´egale `a
∀t∈R, ϕX(t) = E eitX
= Z +∞
1
cos(ty) y2 dy.
Montrer que pour tout r´eels >0, on a
ϕX(s) = cos(s)−s Z +∞
s
sinx x dx.
Montrer queϕX(t) =ϕX(−t) = 1−π2|t|+|t|ε(|t|), o`u limt→0ε(t) = 0.
Solution. — Comme dans la question pr´ec´edente, on a U 6= 0 presque sˆurement (la loi de U admet une densit´e), donc X = 1/U est d´efinie presque sˆurement. On a
E eitX= E eit/U= Z
R
eit/u dPU(u) = 1 2
Z 1
−1
eit/u du, et en d´ecomposant en sin, cos et en utilisant les parit´es, on voit que
E eitX= 1 2
Z 1
−1
cos(t/u) + i sin(t/u)
du= 1 2
Z 1
−1
cos(t/u) du= Z 1
0
cos(t/u) du.
On posey= 1/u, 0< u <1 et on obtient
(4) E eitX=
Z +∞ 1
cos(ty) y2 dy.
On proc`ede ensuite par int´egration par parties, pours >0, Z +∞
1
cos(sy)
y2 dy=h
−cos(sy) y
i+∞ 1 −s
Z +∞ 1
sin(sy)
y dy.
On pose maintenantx=sy; commes est>0, xvarie de s`a +∞, Z +∞
1
cos(sy)
y2 dy = cos(s)−s Z +∞
s
sin(x) x dx.
D’apr`es le rappel sur l’int´egrale de (sinx)/x, on sait que Z +∞
s
sinx
x dx= π
2 +ε1(s),
et d’autre part cos(s) = 1 +sε2(s), o`u limt→0εj(t) = 0 pour j = 1,2 ; on en d´eduit que pour s >0 tendant vers 0, on a
ϕX(s) = 1−π
2s+sε(s).
On note queϕXest paire d’apr`es la formule (4), donc en appliquant le calcul pr´ec´edent `a s=|t| on trouve que
ϕX(t) =ϕX(−t) = 1− π
2|t|+|t|ε(|t|).
Uneloi de Cauchyadmet la densit´eaπ−1(a2+x2)−1par rapport `aλ, pour un certaina >0appel´e leparam`etrede la loi de Cauchy ; unevariable de Cauchyde param`etreaest une variable al´eatoire dont la loi est une loi de Cauchy de param`etrea; sa fonction caract´eristique est t→e−a|t|. 4.On suppose que les(Uj)j>1sont des variables uniformes sur[−1,1], ind´ependantes, et on pose pour toutn≥1
Yn= 1 n
n
X
j=1
1 Uj
.
Exprimer la fonction caract´eristique ϕYn `a l’aide de la fonction ϕX de la question 3, et montrer que la loi de Yn converge vers une loi de Cauchy dont on d´eterminera le param`etre.
Solution. —Comme les variables Uj sont ind´ependantes, les variables al´eatoires Xj = 1/Uj sont ind´ependantes aussi, et elles ont la mˆeme fonction caract´eristique, ´egale `a la fonction ϕX de la question pr´ec´edente. Par ind´ependance,
ϕYn(t) = E eit Pn
j=1n−1Xj
=
n
Y
j=1
E eintXj = ϕX(t/n)n
.
En utilisant le DL deϕX et celui de ln(1 +u), lnϕYn(t) =nln ϕX(t/n)
=n
−π 2
|t| n + t
nεt n
−→n −π 2|t|. On en d´eduit que
ϕYn(t) −→n e−π2|t|,
la fonction caract´eristique d’une variable de Cauchy de param`etre π/2. D’apr`es le cours, on sait que la convergence des fonctions caract´eristiques est ´equivalente `a la convergence des lois (th´eor`eme de L´evy).
— Exercice III —
On fixe deux nombres r´eels p, q tels que 1 < p < +∞ et 1/p + 1/q = 1. On d´esigne par E l’espace Lp( ]0,+∞[,B]0,+∞[, λ) et par F l’espace Lp(R,BR, λ); dans ces deux espaces la norme d’une fonctionf sera not´ee kfkp.
1.A chaque fonction` ϕ ∈ E on associe la fonction Tϕ d´efinie sur R par (Tϕ)(x) = ex/pϕ(ex).
Montrer que Tϕ∈F et que kTϕkp=kϕkp. Montrer que T est une bijection de Esur F.
Solution. — On calcule Z
R
|(Tϕ)(x)|pdx= Z +∞
−∞ |ex/pϕ(ex)|pdx= Z +∞
−∞ |ϕ(ex)|p ex dx;
par la formule de changement de variable dans les int´egrales de Lebesgue, on obtient en posant t= ex, pour x∈R,
Z
R|(Tϕ)(x)|pdx= Z +∞
0 |ϕ(t)|pdt.
Cette relation montre en mˆeme temps que Tϕest dans F si et seulement si ϕest dans E, et que les normes sont ´egales. Pour prouver le caract`ere bijectif, on trouve l’application inverse de T : sif est une fonction de F, posons
∀t >0, (Sf)(t) =t−1/pf(lnt).
On v´erifie que TSf =f et STϕ=ϕ.
2.On poseg(x) =1x>0e−x/q, pourx∈R. V´erifier quegest Lebesgue-int´egrable surR. Montrer que sih est une fonction bor´elienne positive, on a
Z
R
h(y)g(y) dy≤Z
R
h(y)pg(y) dy1/pZ
R
g(y) dy1/q
.
Solution. — On a
Z
R
g(x) dx= Z +∞
0
e−x/q dx=q,
un calcul qu’on a d´ej`a fait de nombreuses fois. On consid`ere ensuite la mesure (finie, mais ¸ca n’a pas d’importance) dµ(y) =g(y) dy; si la partie droite de l’in´egalit´e demand´ee est ´egale `a +∞, le r´esultat est vrai ; sinon, h est dans Lp(µ) et la constante 1 est dans Lq(µ), et on applique l’in´egalit´e de H¨older `a la mesure µet au produith.1,
Z
R
h(y)g(y) dy= Z
R
h.1 dµ≤Z
R
hpdµ1/pZ
R
1qdµ1/q
=Z
R
hp(y)g(y) dy1/pZ
R
g(y) dy1/q
.
On rappelle que sif est une fonction bor´elienne ≥0 sur R, les fonctions (x, u)→f(u)g(x−u) et(x, y)→f(x−y)g(y) sont mesurables de (R2,BR2) dans ([0,+∞],B[0,+∞]).
3. A toute fonction` f bor´elienne≥0 sur Ron associe la fonction f∗g, `a valeurs dans [0,+∞], d´efinie en posant pour toutx r´eel
(C) (f ∗g)(x) =
Z
R
f(u)g(x−u) du.
Montrer que
(f ∗g)(x) = e−x/q Z x
−∞
f(u) eu/q du= Z +∞
0
f(x−y) e−y/q dy.
Montrer que
(f∗g)(x)p
≤qp/q Z +∞
0
f(x−y)pe−y/q dy, puis montrer que
Z
R
(f∗g)(x)p
dx≤qp Z
R
f(x)pdx.
Solution. — Par simple remplacement de g(x−u) par sa d´efinition on obtient (f∗g)(x) =
Z x
−∞
f(u) e−(x−u)/q du= e−x/q Z x
−∞
f(u) eu/q du.
Pour xfix´e on effectue le changement de variable lin´eaire y=x−uet on obtient ainsi e−x/q
Z x
−∞
f(u) eu/q du= Z +∞
0
f(x−y) e−y/q dy.
Posons, toujours pourxfix´e,
h(y) =f(x−y)
et appliquons l’in´egalit´e de la question 2, ´elev´ee `a la puissance p (f∗g)(x)p
=Z
R
h(y)g(y) dyp
≤Z
R
g(y) dyp/qZ
R
f(x−y)pg(y) dy
=qp/q Z
R
f(x−y)pg(y) dy=qp/q Z +∞
0
f(x−y)pe−y/q dy.
On applique ensuite la croissance de l’int´egrale et le th´eor`eme de Fubini positif (grˆace aux rappels sur la mesurabilit´e),
Z
R
(f ∗g)(x)p
dx≤qp/q Z
R
Z +∞ 0
f(x−y)pe−y/q dy dx
=qp/q Z +∞
0
Z
R
f(x−y)pe−y/q dx dy.
L’int´egrale int´erieure vaut Z
R
f(x−y)pe−y/q dx= e−y/q Z
R
f(x−y)pdx= e−y/q Z
R
f(x)pdx, d’apr`es l’invariance par translation de la mesure de Lebesgue, donc
Z
R
(f∗g)(x)p
dx≤qp/qZ +∞ 0
e−y/q dyZ
R
f(x)pdx
=qp/qqZ
R
f(x)pdx
=qpZ
R
f(x)pdx .
4. On suppose maintenant que la fonction f est un ´el´ement de l’espace F; montrer que la fonctiony∈R→f(x−y)1y>0e−y/q est Lebesgue-int´egrable sur Rpour presque toutx∈R, ce qui permet de d´efinir la fonctionf∗g presque partout par l’´equation(C). Montrer quef∗g est dans Fet v´erifie l’in´egalit´e
kf∗gkp ≤qkfkp.
Solution. — Soit f ∈ F ; en appliquant la question pr´ec´edente `a la fonction |f|, mesurable et positive, on trouve
Z
R
(|f| ∗g)(x)p
dx≤qp Z
R
|f(x)|pdx <+∞,
ce qui montre que (|f| ∗g)(x) est fini presque partout. On note que pour tout r´eel x tel que (|f| ∗g)(x) < +∞, la fonction y ∈ R → f(x−y)1y>0e−y/q est Lebesgue-int´egrable sur R puisque l’int´egrale de sa valeur absolue vaut (|f| ∗g)(x) ; la fonctionf∗gest donc d´efinie presque partout ; de plus, quand (|f| ∗g)(x)<+∞, on a
|(f∗g)(x)|= Z
R
f(x−y)g(y) dy ≤
Z
R|f(x−y)|g(y) dy= (|f| ∗g)(x), doncf∗g est dans Lp, et
kf∗gkpp= Z
R|(f∗g)(x)|pdx≤ Z
R
(|f| ∗g)(x)p
dx≤qp Z
R|f(x)|pdx=qpkfkpp.
Certains ´etudiants ont trouv´e une meilleure fa¸con de r´esoudre la premi`ere partie de cette question : pour montrer que la fonction y ∈ R → f(x−y)1y>0e−y/q est Lebesgue-int´egrable sur R pour tout x ∈ R, on remarque que y → f(x−y) est dans Lp(R), par l’invariance de la mesure de Lebesgue par translation et retournement, ety→1y>0e−y/q est dans Lq(R),
Z
R
1y>0e−y/qq
dy= Z +∞
0
e−y dy= 1<+∞, donc par H¨older le produit des deux est Lebesgue-int´egrable surR. 5.Siϕ est une fonction de E, montrer que la fonction ψ:t >0→ t−1Rt
0ϕ(u) du est dans Eet v´erifie l’in´egalit´e kψkp ≤qkϕkp (utiliser la bijection Tet exprimer Tψ `a partir de Tϕ).
Solution. — On a
∀x∈R, (Tψ)(x) = ex/pψ(ex) = ex/pe−x Z ex
0
ϕ(u) du.
On poseu= ey, qui est ≤ex si et seulement si−∞< y ≤x, d’o`u (Tψ)(x) = ex/pe−x
Z x
−∞
ϕ(ey) ey dy= e−x/q Z x
−∞
ϕ(ey) ey/pey/q dy
= e−x/q Z x
−∞
(Tϕ)(y) ey/q dy= Z x
−∞
(Tϕ)(y) e−(x−y)/q dy= ((Tϕ)∗g)(x).
D’apr`es la question1 et la question 4,
kψkp=kTψkp=k(Tϕ)∗gkp≤qkTϕkp =qkϕkp.