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DU 3 AU 13 MARS 2022 TU ME RESSEMBLES. DOSSIER PÉDAGOGIQUE ans

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Academic year: 2022

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TU ME RESSEMBLES

DOSSIER PÉDAGOGIQUE 15-19 ans

DU 3 AU 13 MARS 2022

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INTRODUCTION AU FILM

LA GENÈSE DU FILM : EN QUÊTE DE LA VÉRITÉ

Fiche technique …….………….………...………..………... 3

L’histoire de

Tu me ressembles

.…...…...…..………... 3

Premier long-métrage de la réalisatrice Dina Amer ... 4

Un travail journalistique ………...…...……….…………... 5

Fake news, propagande et désinformation …………...…….…………... 7

ANALYSE DU FILM

De l’enfance à l’âge adulte : la figure de la cowgirl …...…... 9

L’identité multiple d’Hasna …...……….…………... 10

De la fiction au documentaire ………...……….…………... 12

THÉMATIQUES

Une critique des médias ……... 13

Une fracture sociale ………...……….…………... 14

La radicalisation islamiste et le rôle des réseaux sociaux ……... 15

Les attentats terroristes contre

Charlie Hebdo

……... 16

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INTRODUCTION AU FILM

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FICHE TECHNIQUE

Titre du film : TU ME RESSEMBLES Réalisatrice : DINA AMER

Année : 2021

Pays : ÉTATS UNIS, FRANCE, ÉGYPTE

Interprétations : LORENZA GRIMAUDO, ILONNA GRIMAUDO, DINA AMER Production : THE OTHRS, VICE/RYOT

Durée : 90 MINUTES

Un film sur les traumatismes culturels et intergénérationnels à travers l‘histoire de deux sœurs vivant en banlieue parisienne. Après leur séparation, l’aînée, Hasna, se bat pour trouver son identité, ce qui l’amène à faire un choix extrême qui va choquer tout le monde – au nom de l’appartenance et de la résistance.

« Ce film a été réalisé pour faire comprendre les origines d’un traumatisme féminin – un voyage à travers les couches de la dissociation, de l’intime au familial en passant du religieux au colonialisme – un kaléidoscope d’identités fracturées, de rêves brisés.

Tu me ressembles est une invitation à regarder au-delà de notre perception de la vérité absolue, et nous invite à lever le voile sur ce qui nous empêche de nous voir dans l’autre. » Propos de la réalisatrice Dina Amer.

La réalisatrice Dina Amer aborde l’un des problèmes les plus sombres de notre époque et le déconstruit dans une histoire intime sur la famille, l’amour, la sororité et l’appartenance.

L’HISTOIRE DE TU ME RESSEMBLES

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« Une famille dysfonctionnelle, un fort sentiment d’être considérée comme n’appartenant pas à cette société, des abus, la prostitution et l’absence d’un espace protégé : tout cela a contribué à la tragédie d’Hasna, comme nous le montre ce film remarquable qui refuse de suivre la lignée de la pensée conventionnelle et dans l’histoire qu’il raconte, et dans le style qu’il choisit pour la raconter. » Kaleem Aftab, Cineuropa, 15/09/2021.

Dina Amer est une cinéaste et journaliste primée.

Elle participe à la production du documentaire The Square, nominé aux Oscars et récompensé par un Emmy Award, qui suit la révolution égyptienne depuis les premières lignes. Ayant grandi entre les États-Unis et l’Égypte, elle cherche à mettre en avant des histoires humaines et nuancées pour un public mondial. Avant de travailler dans le cinéma, Dina est journaliste, exerçant comme correspondante à l’antenne pour VICE, notamment dans le cadre de la série Black Market, où elle met à jour le trafic de réfugiés syriens et explore l’économie souterraine des tunnels illégaux entre l’Égypte et Gaza. Ses écrits sont publiés dans le New York Times, CNN et le Huffington Post. Tu me ressembles est son premier film en tant que réalisatrice.

Pour ce premier long-métrage, la cinéaste a été soutenue par des personnalités connues dans le cinéma comme Spike Lee, Spike Jonze et Alma Har’el. Spike Lee est un réalisateur et producteur américain. À travers ses films, il s’intéresse beaucoup à la communauté afro-américaine et à ses problèmes sociaux. Spike Jonze, de son vrai nom Adam Spiegel, est un réalisateur et producteur américain. Il réalise des vidéoclips ainsi que des films, tels que Her dans lequel il critique les avancées technologiques. Enfin, Alma Har’el est une réalisatrice israélienne, connue pour ses vidéoclips ou encore ses documentaires qui ont reçu de nombreuses récompenses.

Elle atteint une certaine renommée avec la sortie de son film en 2019, Honey Boy.

PREMIER LONG-MÉTRAGE DE LA RÉALISATRICE DINA AMER

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LA GENÈSE DU FILM :

EN QUÊTE DE LA VÉRITÉ

« Comment une petite fille si innocente avait pu grandir et se retrouver impliquée dans un attentat ? »

L’idée du film vient d’une série d’évènements et d’un contexte bien particulier.

Dans la nuit du 13 novembre 2015, une série de fusillades et d’explosions se sont produites simultanément à plusieurs endroits de Paris et ses environs, entraînant la mort de 131 personnes et faisant 350 blessé.e.s. Toutes ces attaques ont été coordonnées et revendiquées par l’État islamique, aussi connu sous le nom de

« Daech ». Déroulement des faits : après avoir tenté, en vain, de pénétrer au Stade de France où allait se jouer le match France-Allemagne, trois kamikazes se font exploser à l’extérieur de l’enceinte. Une deuxième équipe sillonne les rues en voiture, tirant à l’aveugle sur les personnes installées dans les cafés et restaurants des 10e et 11e arrondissements. Enfin, la troisième équipe, composée de trois kamikazes, s’introduit dans la salle du Bataclan, en plein concert du groupe américain Eagles of Death Metal. Criant « Allahu akbar » et mitraillant la foule, les trois assaillants massacrent la foule et prennent des otages. Alors qu’un des terroristes active son gilet explosif, les deux autres continuent à riposter face aux forces de l’ordre.

Finalement, l’un des deux assassins décide de mourir en martyr, entraînant dans son explosion le dernier assaillant. Cinq jours plus tard, une opération policière a lieu à Saint-Denis où les responsables de ces attaques ayant survécus se sont retranchés dans un appartement. Après plusieurs échanges de tirs, l’un des terroristes commet un attentat-suicide tuant les deux autres par la même occasion. Dans ce groupe se trouve une femme âgée de 26 ans qui sera, dès le lendemain des faits, qualifiée par les médias de « première femme kamikaze ».

Comme la majorité des téléspectateur.trice.s, Dina Amer a directement accepté cette dernière nouvelle comme étant vraie. Or, il s’est rapidement avéré que la présumée kamikaze n’a pas commis d’acte terroriste ce soir-là mais a crié à plusieurs reprises

« au secours », suppliant les forces de l’ordre de la laisser sortir avant que l’explosion ne la fasse définitivement taire. Dans la précipitation des événements, une erreur a été commise, mais trop tard : la fake news avait déjà fait le tour du monde. C’est cet incident précis qui a donné l’idée à la réalisatrice de faire un film. Elle explique que le traitement médiatique de cette victime était totalement différent que pour les autres terroristes et ce, peut-être, parce que c’était une femme. Nourrie par la culpabilité et la curiosité, Dina Amer s’est demandé qui était réellement cette jeune femme et, à partir de là, a commencé son enquête. Poussée par sa formation de journaliste, et hantée par la victime, elle a mené sa propre enquête pour découvrir peu à peu l’envers du décor : la vraie Hasna Aït Boulahcen. Obsédée par cette histoire, Dina Amer a donc tenté de déconstruire les évènements étape par étape. Elle a très vite saisi l’importance de la situation : il fallait tirer profit de cette erreur médiatique pour raconter une histoire humaine et en apprendre davantage sur Hasna, son histoire et son parcours jusqu’à la radicalisation. Pour comprendre le traumatisme et le chemin vers l’endoctrinement, la journaliste a passé six années à investiguer en réalisant des entretiens avec les proches et la famille de la victime.

UN TRAVAIL JOURNALISTIQUE

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Tu me ressembles est une histoire qui s’inspire de la vie d’une femme impliquée dans un attentat terroriste que les médias ont, dans un premier temps, dépeint comme la première « femme » kamikaze, alors qu’elle en était une victime. Pour toutes ces raisons, on peut qualifier le film de biopic car le scénario est en partie inspiré de la vie d’une femme rendue célèbre par les médias.

Tribunal de Paris, les avocats des accusés dans le premier rang,

le 8 septembre 2021. IVAN BRUN « LE MONDE » Tribunal de Paris, Salah Abdeslam au premier jour du procès, le 8 septembre 2021. BENOIT PEYRUCQ « AFP »

Depuis le 8 septembre 2021, le procès des attentats du 13 novembre 2015 a commencé devant la cour d’assises spéciale de Paris. Durant ces procès, vingt accusés seront jugés.

« Fiche sur les 20 personnes suspectées d’avoir pris part aux attentats du 13 novembre en France.

Crédits : LAURENCE SAUBADY, PAZ PIZARRO, MARYAM EL HAMOUCHI – AFP. » France Culture

• As-tu entendu parler de ces procès ?

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La genèse du film permet de nous intéresser au concept, devenu populaire aujourd’hui, de fake news, dont la traduction française est « fausse nouvelle ». Une fake news est « une fausse nouvelle lancée en connaissance de cause ou par erreur dans le champ médiatique »1 . Mais quelles sont les raisons pour recourir à ces fausses informations ? On peut les retrouver dans plusieurs contextes : par exemple, elles sont idéologiques pour mener des campagnes afin de rallier des personnes à une idée ; politiques en divulguant des informations erronées, comme des statistiques et des sondages, dans le seul but de séduire les gens ou déstabiliser un.e adversaire, surtout lors des périodes électorales ; enfin, financières, couramment utilisées sur internet, pour voler des données personnelles ou entrainer le.la consommateur.rice à acheter tel ou tel produit. Les fakes news ont souvent pour but de tromper et de manipuler le public. Aujourd’hui, les réseaux sociaux contribuent grandement à la propagation d’informations mensongères, et ce, à travers le monde. Un seul clic suffit pour partager un propos et augmenter sa visibilité.

FAKE NEWS, PROPAGANDE ET DÉSINFORMATION

As-tu déjà entendu parler du concept de fake news ? Connais-tu des exemples ?

À ton avis, comment se protéger et identifier les fake news ?

> Se renseigner sur l’auteur.rice : est-iel légitime pour parler de cette question ? Par exemple, il peut être intéressant de s’intéresser à ses précédents travaux écrits, s’iel a fait des études à ce sujet, s’iel est connu.e et reconnu.e dans le milieu. Un.e journaliste sportif.ve sera certainement moins expert.e pour parler du dernier Spider Man que de la Champion’s League et vice versa.

> Vérifier la nature de la source : afin de juger de la véracité de l’information, il est nécessaire de connaître la nature de la source. Où, quand, comment et par qui a-t-elle été diffusée ? Il est aussi important de savoir dans quel but : était-elle, par exemple, destinée au divertissement, à la parodie, à la critique ou à l’information ?

> Croiser les sources d’information : il est plus intéressant de croiser les opinions et les points de vue en s’appuyant sur plusieurs sources qu’en se basant sur une seule qui risque de contenir des erreurs. Garde aussi à l’esprit qu’un même événement peut être vécu et décrit de différentes manières. Il peut donc être utilisé de plusieurs façons : on dit que l’information est donc orientée.

1 « Fake News. Diffusion intentionnelle de fausse nouvelle : désinformation, rumeurs, théories du complot », in E-Enfance, [En ligne], page consultée le 1 février 2022. URL : https://e-enfance.org/informer/fake-news/

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Nous pouvons étudier les concepts de fake news et de campagnes de désinformation à la lumière du film :

Assise dans son lit, Hasna regarde des vidéos sur Youtube envoyées par son cousin dans lesquelles il décrit plusieurs situations dramatiques concernant les musulman.e.s. Or, les images utilisées pour illustrer son propos sont totalement sorties de leurs contextes : ni dates, ni lieux ne sont indiqués. De cette manière, l’orateur a la possibilité de faire raconter tout ce qui lui plaît aux images. Soulignons également l’utilisation d’images-chocs en continu permettant ainsi d’appuyer son discours et d’attendrir le public en suscitant un puissant mélange de tristesse et de colère. Il s’agit d’une stratégie très répandue sur internet visant à la manipulation et même, lorsqu’elle touche des personnes déjà fragilisées comme Hasna, pouvant servir à l’enrôlement terroriste.

À la fin du film, la sœur d’Hasna Aït Boulahcen témoigne en évoquant d’autres erreurs médiatiques autour de ces évènements. Elle explique que des photographies d’elle et d’une tierce personne ont été utilisées pour représenter Hasna Aït Boulahcen. À leur tour, les médias ont utilisé des images pour accompagner leurs informations alors qu’elles ne correspondent pas au sujet évoqué. On dit que les médias ont manqué de déontologie.

« Déontologie », as-tu déjà entendu ce mot ? Sinon, cherche-le dans le dictionnaire.

Quelles sont, à ton avis, les conséquences d’un manque de déontologie ?

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ANALYSE DU FILM

La structure de Tu me ressembles est très simple. Les évènements se suivent les uns après les autres, selon un ordre chronologique. On peut y distinguer deux parties : l’enfance et l’âge adulte du personnage principal, Hasna. La première partie du film suit le quotidien des deux sœurs. Elles vivent avec leur mère et leur frère avant d’être remises aux services sociaux qui les séparent dans différentes familles d’accueil. La seconde partie présente Hasna à l’âge adulte. Elle vit en colocation et travaille dans un fast-food. La situation se complique dès lors qu’elle renoue contact avec son cousin qui l’entraîne au fur et à mesure vers une radicalisation islamiste.

Il est intéressant de noter la présence d’un procédé très connu dans le cinéma. Il s’agit de l’ellipse temporelle.

L’ellipse temporelle est un procédé qui permet de passer sous silence une durée de temps. Ce raccourci est souvent utilisé dans le cinéma et dans la littérature. Dans notre cas, on ne connaît pas exactement la durée des ellipses temporelles. On voit seulement que plusieurs années se sont écoulées car Hasna est devenue une adulte. Malgré ce temps passé, on reconnaît qu’il s’agit du même personnage grâce à la présence du chapeau. De son enfance à l’âge adulte, Hasna transporte avec elle un objet, le chapeau de la cowgirl. Elle le trouve pour la première fois au marché en se promenant avec sa petite sœur et, depuis ce jour, cet accessoire ne la quitte plus. À plusieurs reprises, elle joue la cowgirl en faisant semblant de tirer et en criant « pan pan ». Adulte, elle complète l’attirail de la cowgirl, avec des chaussures. Cependant, il est intéressant de noter qu’elle délaisse au fur et à mesure son chapeau, au profit de sa burka, et de son niqab. À la fin du film, le chapeau restera dans la voiture alors qu’elle s’enfuit avec son cousin.

Dans sa famille d’accueil, la mère adoptive évoque une célèbre cowgirl, devenue aujourd’hui une légende du Far West : Calamity Jane. Renseigne-toi sur cette célèbre femme et trouve des points communs avec le personnage principal d’Hasna.

DE L’ENFANCE À L’ÂGE ADULTE : LA FIGURE DE LA COWGIRL

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Tout au long du film, on peut voir le visage du personnage principal se transformer et prendre différents traits. Ce changement permet de souligner les différentes personnalités qui habitent Hasna. Trois personnes pour un même corps prennent la parole selon les situations.

Pour illustrer cette identité multiple, la cinéaste décide que ce rôle sera joué par trois actrices, dont elle-même. Le nombre de trois fait référence au nombre d’« Hasna » différentes apparues dans les médias. Ces derniers ont utilisé des photos d’autres personnes pour représenter Hasna dont la véritable Hasna Aït Boulahcen, sa sœur Mariam Aït Boulahcen et une troisième femme anonyme. À plusieurs reprises, nous pouvons voir les trois actrices réunies ensemble pour représenter Hasna dans son entièreté.

Afin de rendre possible ce changement d’une personnalité à l’autre, d’une actrice à l’autre, dans l’image, la réalisatrice utilise un procédé de technique de synthèse qu’on appelle du « deepfake technology ». Il s’agit d’un hyper-trucage qui permet de superposer des fichiers audios ou vidéos sur d’autres fichiers audios ou vidéos.

Grâce à cela, il est tout à fait possible de changer la voix ou le visage d’une personne, comme c’est le cas dans le film.

L’IDENTITÉ MULTIPLE D’HASNA

Le choix de représenter Hasna comme une personne dont la personnalité est fragmentée n’est pas anodin. Lors d’un entretien avec la réalisatrice, celle-ci confie que malgré toutes les interviews qu’elle a menées avec l’entourage d’Hasna, de sa famille à ses ami.e.s, elle n’a jamais vraiment réussi à cerner la réelle « Hasna ». Elle s’est rapidement rendue compte qu’elle était une femme fragmentée, constituée de plusieurs personnalités qu’elle choisit de montrer selon la personne qui se trouve en face d’elle.

Te souviens-tu des moments où le visage d’Hasna se transforme ?

Décris les situations et les émotions d’Hasna pour comprendre ces changements.

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Par ce choix cinématographique, et cette volonté de porter à l’écran l’identité fragmentée de cette femme, Dina Amer aborde la question de la santé mentale à travers son histoire.

La santé mentale est, d’après elle, rarement évoquée lorsque des personnes d’origine étrangère commettent des actes anormaux voire graves, alors qu’elle est souvent utilisée comme justification pour les nationaux dans de pareilles circonstances. C’est pourquoi, il était important de retracer tout le parcours d’Hasna depuis son jeune âge jusqu’à son décès afin de comprendre comment sa perte d’identité s’est immiscée et développée tout au long de sa vie.

Par exemple, dès son arrivée dans sa première famille d’accueil, Hasna est confrontée à sa mère adoptive qui souhaite la modeler à son goût. Elle lui lisse les cheveux et l’oblige à manger du porc pour Noël alors qu’Hasna a été élevée depuis toute petite selon les principes de la religion musulmane qui interdit cet aliment et ne fête pas Noël.

S’ajoutent à cela des remarques incessantes : « Tu te tiens droite et tu ne mets pas les coudes sur la table, ça ne se fait pas ». Hasna doit changer et se plier à de nouveaux principes auxquels elle n’était jusqu’alors pas contrainte. Lors de son bref passage dans la salle de bain, elle répète en grimaçant les sermons dictés par sa mère adoptive. Face au miroir, les traits de son visage changent laissant défiler une série de visages. À son retour à table, une nouvelle Hasna, plus douce et conciliante, apparaît. Elle accepte de manger le plat de viande qu’on lui a servi. Ainsi, son identité se morcelle pour tenter de s’intégrer, de trouver une place dans une famille, dans une société, enfin, dans un pays, la France.

À travers le personnage d’Hasna, la réalisatrice parle des maladies mentales, telle que la schizophrénie, qui touchent à l’identité des individus. Ici, Hasna souffre d’un dédoublement de la personnalité qui s’est développé depuis son enfance. La plupart du temps, il s’agit d’un processus de défense mis en place par la personne concernée dans le but de se protéger, voire de se détacher d’elle-même lorsqu’elle est confrontée à des situations de violences.

Connais-tu d’autres films qui abordent la question de la santé mentale ?

Dans les interviews, la réalisatrice mentionne souvent le film culte Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) comme une de ses influences majeures pour la réalisation de Tu me ressembles.

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Dans ce long-métrage, on peut observer à plusieurs reprises des éléments qui nous rappellent qu’il s’agit d’une histoire basée sur des faits réels qui se sont passés en France.

On retrouve plusieurs références sur le lieu et l’époque de l’histoire. La tour Eiffel apparaît très souvent en arrière-plan, jusqu’à abriter directement les personnages. Il s’agit du symbole le plus représentatif de la capitale française. D’autres éléments font aussi référence à la France, comme le drapeau français, ou encore des affiches de campagne électorale sur lesquelles on peut voir le visage de Marine Le Pen ou de Claude Bartolone accrochées sur un pan de mur contre lequel s’adosse Hasna pour fumer sa cigarette.

D’autre part, des archives audiovisuelles sont utilisées pour compléter l’histoire. On peut voir des vidéos accompagnées de la voix des journalistes qui décrivent les scènes et reportent les nouvelles : par exemple, il y a des images d’archives relatives aux fusillades qui ont eu lieu au siège du magazine satirique Charlie Hebdo, ou d’autres concernant les attaques du 13 novembre 2015.

Tous ces éléments renforcent la dimension documentaire du film. C’est une façon de rappeler au public que l’histoire du personnage d’Hasna se base sur un réel vécu. Les images d’archives permettent aussi d’élargir les faits, tels que les attentats contre Charlie Hebdo, à la société française, et non à une seule personne.

La fin du film est elle aussi parlante car elle bascule de la fiction au documentaire. Bien que des images d’archives apparaissent pendant le film, celui-ci n’en reste pas moins une fiction de par le jeu des acteurs, les trucages et la mise en scène. Cependant, les dernières images se détachent de la fiction et se rapprochent du documentaire. Le film se termine sur des témoignages de personnes proches d’Hasna interrogées par la réalisatrice durant les six années qui ont précédé la réalisation du long-métrage.

DE LA FICTION AU DOCUMENTAIRE

Mariam Aït Boulahcen, la sœur d’Hasna

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THÉMATIQUES

La question des médias est au centre du film Tu me ressembles. D’emblée, les médias jouent un rôle déterminant dans sa réalisation : c’est à la suite d’une erreur médiatique que la réalisatrice Dina Amer décide de partir à la découverte de la réelle Hasna Aït Boulahcen, celle que la presse décrivait comme la première « femme » kamikaze. Dans son film, Dina Amer tente de retracer la vie de cette jeune femme, de son enfance jusqu’à ses 26 ans, et de comprendre ce qu’il s’est passé pour qu’elle soit impliquée dans des attentats terroristes. En menant des recherches personnelles et de nombreux entretiens avec les proches de la victime, la cinéaste souhaite prendre le contrepied des médias en réalisant son film. Son objectif est de remettre les choses dans l’ordre afin d’y dégager la vérité sur cette femme, accusée à tort par la presse.

Pour éclairer cette erreur médiatique, la réalisatrice met en parallèle la vie d’Hasna Aït Boulahcen et les reportages à son sujet dans les médias. Elle choisit de raconter, dans un premier temps, l’histoire de cette femme sous la forme d’un film de fiction avant de montrer, dans un second temps, les différents reportages médiatiques décrivant Hasna Aït Boulahcen comme la première « femme » kamikaze. Lorsqu’arrivent ces reportages, le.la spectateur.rice est déjà conscient.e du parcours d’Hasna Aït Boulahcen.

Dans ce sens, Tu me ressembles est une critique envers les médias qui, pris dans l’effervescence et dans le besoin de faire circuler le plus rapidement possible les nouvelles, ont tendance à commenter des situations sans même les analyser, et ce, par manque de temps et de recherches. Malheureusement, comme le démontre le film, ce besoin d’immédiateté conduit les médias à commettre des erreurs. Les entretiens que réalise la cinéaste avec les proches d’Hasna Aït Boulahcen révèlent notamment certaines conséquences de ces erreurs. Par exemple, Mariam Aït Boulahcen, la sœur d’Hasna Aït Boulahcen, raconte son sentiment d’insécurité ainsi que ses difficultés à trouver du travail car son nom de famille est directement relié aux attentats terroristes.

UNE CRITIQUE DES MÉDIAS

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L’identité fragmentée d’Hasna est aussi une manière pour la réalisatrice de parler des conséquences des problèmes liés à la société française, notamment en ce qui concerne l’intégration des musulman.e.s et de leur culture. Grâce à ce personnage morcelé en plusieurs parties, Amer aborde l’impact de la fracture sociale présente en France. Par « fracture sociale », on entend « le fossé séparant une certaine tranche de la population socialement intégrée d’une autre, composée d’exclus »2. Une société peut, en effet, être décomposée de plusieurs manières, de plusieurs strates, de plusieurs classes, etc. Par exemple : les pauvres et les riches, les hommes et les femmes, les adultes et les enfants.

Le début du film nous plonge dans les banlieues françaises et la pauvreté dans laquelle vivent les gens de ces quartiers, dont la famille d’Hasna. À l’opposé, on découvre plus tard les quartiers relativement bourgeois des familles d’accueil chez qui Hasna est envoyée.

• La mise en parallèle de ces images permet de distinguer l’écart des conditions de vie entre les deux modèles. Peux-tu citer les différences ?

UNE FRACTURE SOCIALE

Cette fracture sociale que dessine la réalisatrice dans son film est aussi le résultat des problèmes que rencontre la France, comme la question du chômage. Les jeunes qui n’ont pas ou très peu accès à une éducation scolaire et des études par la suite ont forcément des difficultés à trouver du travail et, par la même occasion, à s’intégrer dans la société.

Alors qu’Hasna souhaite s’engager dans l’armée française, le lieutenant lui fait remarquer les faiblesses de son dossier (« Votre dossier est très mince. ») et ne l’engage pas. De cette façon, l’écart ne cesse de s’élargir. Cette fracture sociale est alors une source de risque de troubles et de montée du terrorisme dans les banlieues.

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Dans le film, nous pouvons voir comment le comportement et le style vestimentaire du personnage principal, Hasna, se transforment, tout comme ses opinions. Ce processus par lequel « un individu ou un groupe adopte des velléités de violence, directement liées à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux qui conteste l’ordre établi sur le plan politique, social ou culturel »3 est ce qu’on appelle la radicalisation. Tu me ressembles aborde plus précisément la question de la radicalisation islamiste, liée à la religion musulmane et au courant de pensée islamiste.

Après avoir aperçu son cousin au journal télévisé, Hasna cherche à entrer en contact avec lui via les réseaux sociaux. Elle lui écrit un message privé sur Messenger et reçoit très vite une réponse. Alors qu’elle échange des banalités avec lui et des souvenirs de leur enfance, son cousin aborde rapidement la France et la place des musulman.e.s dans le pays. Dès lors, Hasna et son cousin ne cessent de s’envoyer des messages : l’enrôlement vers la radicalisation démarre. Au fur et à mesure, des changements apparaissent chez Hasna et sa très proche amie les remarque aussi.

• Peux-tu citer des changements adoptés par Hasna ? Tu peux t’aider des images ci-dessous.

Tous ces signes témoignent du changement qu’opère Hasna vers la radicalisation islamiste.

Notons que la place que jouent les réseaux sociaux dans cet enrôlement est centrale et occupe un rôle déterminant. Les organisations terroristes islamistes utilisent les réseaux sociaux pour embrigader de nouvelles recrues grâce à des campagnes de désinformation.

Par le biais de différents vecteurs de communication, comme des vidéos, des pages internet, ou encore des messages privés, ils propagent des idées extrémistes à caractère politique, religieux et idéologique et utilisent un discours basé sur la manipulation et le mensonge.

Les groupes extrémistes qui enrôlent des personnes, souvent de jeunes adultes facilement influençables et manipulables, ont pour objectif de les conduire à des actes terroristes : participer à des attentats en Occident, partir combattre au Moyen-Orient ou carrément mourir en martyr.

La radicalisation islamiste est menée par des groupes qui interprètent l’islam à travers une lecture radicale et tronquée du Coran (leur livre sacré) et qui l’instrumentalisent à des fins personnelles (politiques, idéologiques, etc). Il en existe de nombreux (les factions sont parfois rivales) : citons, par exemple, Al-Qaïda ou encore l’État islamique (aussi appelé

« Daech »). Gardons toutefois en tête que leur interprétation de l’Islam ne correspond pas à la façon dont la majorité des musulman.e.s pratiquent leur religion.

LA RADICALISATION ISLAMISTE ET LE RÔLE DES RÉSEAUX SOCIAUX

3 Guide interministériel de prévention de la radicalisation, publié en mars 2016, [En ligne], page consultée le 1 février 2022. URL : https://www.cipdr.gouv.fr/wp-content/uploads/2018/02/guide-interminist%C3%A9riel-de-prevention-de-la- radicalisation-Mars-2016.pdf

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Le film évoque les attentats contre Charlie Hebdo qui ont eu lieu plusieurs mois avant les attentats du Bataclan et de Saint-Denis. Charlie Hebdo est un journal français satirique, fondé en 1970, dans lequel on retrouve des illustrations et caricatures (dessins visant à se moquer de quelque chose ou de quelqu’un en le déformant et exagérant les défauts), inspirées de l’actualité et souvent en lien avec la culture, la politique, la religion, l’islamisme et l’extrême-droite. Cet hebdomadaire a régulièrement fait polémique à la suite de caricatures visant l’État islamique ou encore le prophète Mahomet. Plusieurs organisations terroristes, comme Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) ou l’État Islamique, ont à plusieurs reprises menacé le journal et ses dessinateurs. Le jour de la fusillade, le 7 janvier 2015 à Paris, Charlie Hebdo publie un numéro dans lequel on retrouve un des derniers dessins de Charb (ci-dessus), lequel montre un islamiste armé déclarant « Attendez ! On a jusqu’à la fin janvier pour présenter ses vœux ». Le matin du 7 janvier, deux terroristes cagoulés de l’organisation Al-Qaïda ont réussi à accéder aux locaux du journal. Ils parviennent à tuer une dizaine de personnes, dont huit membres de la rédaction. Parmi eux, les cinq dessinateurs : Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski4.

Dès le lendemain de ces attentats, de nombreux rassemblements et hommages sont rendus aux victimes. Un logo sur lequel on peut lire le slogan « Je suis Charlie », créé par l’artiste français Joachim Roncin, envahit les réseaux sociaux et les rues. Dans le film, nous retrouvons cette effervescence autour des attentats contre Charlie Hebdo, mais aussi l’incompréhension que cela provoque chez le personnage principal, Hasna, qui ne comprend pas pourquoi les gens se mettent à faire la même chose « comme des moutons » et que ceux qui ne le font pas soient « exclus ».

• À ton avis, qu’est-ce que la liberté d’expression ? Tu peux expliquer en donnant des exemples.

• Que penses-tu des couvertures du journal Charlie Hebdo ?

• Définis avec tes mots le terme « terrorisme ».

• Peut-il être autre chose que religieux ?

LES ATTENTATS TERRORISTES CONTRE CHARLIE HEBDO

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CRÉDITS

AUTEURE Jillian Camarda

GRAPHISME Les M Studio

AVEC LE SOUTIEN DE

LUXEMBOURG CITY FILM FESTIVAL

www.luxfilmfest.lu

Références

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