FACULTÉ DE
MÉDECINE
ET DEPHARMACIE DE BORDEAUX
ANNÉE 1902-1903 H» 75
DE LA RUPTURE
DES
Varices des Veines dn Cordon
THESE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINE
Présentée et soutenuepubliquement te 14 janvier 1903
PAR
Albert-Léopold LAS SERRE
Né à Moissac(Tarn-et-Garonne), le 5 octobre 1877.
ÉLÈVEDU SERVICE DESANTE DELA MARINE
MM. PIÉCHAUD, professeur,président.
Examinateurs delaThèse•
\
BOURSIER, professeur. \) CHAVANNAZ, agrégé. \ Juges.
BÉGOUIN, agrégé.
beCandidat répondraaux questions qui lui serontfaitessur lesdiverses parties de l'Enseignementmédieal.
BORDEAUX
Imprimerie J. DURAND, 20, rue Condillac
1903
FACULTÉ
DEMÉDECINE
ET DE PHARMACIE DEBORDEAUX
M. de NABIAS Doyen. | M. PITRES,... Doyenhonoraire.
PROFESSEURS :
MM. MIOÉ
DUPUY.. ) Professeurs honoraires.
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Le Secrétaire de la Faculté: LEMA1RE-
Pardélibération du 5 août 1879, la Facultéa arrêté que les opinionsémises dan ■
J.ne s esquilui sont présentées doiventêtreconsidérées commepropresà leursauteuri quelle n'entendleur donner ni approbation niimprobation.
A MON
PERE, A MA MÈRE
A MON FRÈRE Léopold LASSERRE Lieutenant d'artillerie.
THÈSEusserre. 1
MEIS ET AM1CIS
A MES MAITRES
DE LA MARINE ET DE LA FACULTÉ
A MES CAMARADES
DU CORPS DE SANTÉ DE LA MARINE ET DE L'ARMÉE COLONIALE
A MON
PRÉSIDENT
DETHÈSE
Monsieur le Docteur PIÉCHAUD
Professeur de Clinique chirurgicaledes enfants, Chirurgien des Hôpitaux,
Officier de VInstruction publique.
Arrivé au terme de nos études médicales, il nous resteun devoir agréable entre tous
à remplir
:celui de remercier
tous ceux qui de près ou deloin se sont
intéressés à
nouset
nousont aidé à atteindre notre but.
Toute notre affection, toute notre reconnaissance la plus profonde pourront seules rendre à notre père et
à
notremère tout ce qu'ils ont fait pour nous et les
dédommager
defous les sacrifices qu'ils se sont imposés.
Pendant les trois années que nous venons de passer
à
l'École de Bordeaux, nous avons rencontré d'excellents
camarades toujours, de bons amis souvent; nous nevoulons
pasles quitter sans leur dire...un.mot.d'adieu ou plutôt d'au
revoir et lesassurer que leur souvenir et celui des heures agréables que nous avons passéesavec eux restera toujours présent à notre esprit.
Que MM. Pezet et Fréchou qui nous aidèrent dans la rédaction de notre travail reçoivent ici tous nos remercie¬
ments.
Dansnos professeurs de la Marine et de la Faculté, nous avons toujours eu des maîtres indulgents et bons à quinous devons le meilleur de ce que nous savons; qu'ils soient
assurés de toute notre gratitude. Parmi eux, M. le
profes¬
seur Chavannaz a bien voulu nous donner le sujet de notre these
inaugurale
et nous communiquer une observation personnelle; il nous a, de plus, aidé de ses conseils et de sa science.Nousl'en remercions bien sincèrement etn'oublions pas1accueil affable que nous avonstoujours trouvé auprès
de lui.
Enfin M. le professeur Piéchauda bien voulu accepter la présidence de notre thèse; qu'il reçoive ici l'assurance de toute notre gratitude pour l'honneur qu'il nous fait aujour¬
d'hui. Nous avons suivi son service l'an dernier etnous nous rappellerons longtemps sa bonté pour ses petits mala¬
des et pour ses élèves.Nousessayerons plus tard del'imiter.
A. L.
Bordeaux, le 14janvier 1903.
INTRODUCTION
La dilatation variquente des veines du
cordon
aété obser¬
vée dès la plus haute antiquité.
Aussi
la voyons-nousétudiée
même par les premiers chirurgiens;
Celse, Paul d'Egine,
Guyde Chauliac, Ambroise Paré, Dionis en donnent untrai¬
tement qui sera à peu près repris par les
chirurgiens moder¬
nes et qui entre leurs mains, grâce à
l'antisepsie, donnera
des résultatsincomparables. De plus,
si les Anciens s'étaient
placésàun point de vue purement
pratiques, les
auteursdu
siècle se préoccupent peut-être davantage
de l'étiologie, de
lapathogéniede cette afïection, en
recherchant la nature et
les causes, en faisant même avec Bouchard, une véritable insuffisance congénitale des tissus,
insuffisance héréditaire,
enun mot une véritabledégénérescence.
Aussi, actuellement, trouverait-on difficilement une
mala¬
die ayant été étudié de façon plus approfondie à tous
les
points de vue et il serait bien difficile de donner quelque
chose de neuf sur le varicocèle. Aussi ne l'essayerons-nous
pas; nousnous contenterons simplement de mettre un peu plus en relief un point des
complications du varicocèle, laissé
presque partout dans l'ombre : nous voulons
parler de la
rupture decesdilatations variqueuses.
Dans l'exposé de notre étude nous avons
suivi l'ordre
suivant:
Introduction.
Chapitre i. — Anatomie du cordon et deses varices. Leur anatomie pathologique.
— 10 —
Chapitre ii. —
Étiologie,
pathogéniede leursruptures.Observations.
Chapitre iii. —
Symptomatologie
de ces ruptures.Chapitreiv. — Leur diagnostic.
Chapitre v. —Pronostic.
Chapitre vi. — Traitement.
Conclusions.
— 11
CHAPITRE
PREMIER
Avant d'aborder l'étude de notre sujet, nous sommes obligé d'entrer dans
quelques considérations anatomiques et
anatomo-pathologiques sur
les veines du cordon et leurs
varices.
A l'état normal, les veines issues
de la glande génitale se
groupenten trois faisceaux :
l'antérieur de beaucoup le plus
volumineux, entoure l'artère
spermatique; le moyen
accompagne l'artère
déférentielle et le canal déférent, le pos¬
térieur estformé par la réunion
de quelques veines issues du
pôle inférieurdu testicule etde la queue
de l'épididyme. Le
groupe antérieur se jette dans
la veine
caveinférieure à
droite; à gauche, dans les
veines rénales; le groupe posté¬
rieur se jette dans les veines
spermatiques. On considère, en
général, le groupe antérieur commele premier frappé et
commele plus atteint dans le cas
où toutes les veines sper¬
matiques sont ectasiées. Horteloup, au
contraire, décrit la
phlébectasie comme beaucoup plus rapide et
plus accentuée
dans le plexus funiculaire postérieur.
Quoiqu'il
ensoit, si le
varicocèle est total, le paquet variqueux
prend la forme d'un
cône dont le sommetest supérieur et
dont la base répond
autesticule. Ce dernier, parfois
débordé de toutes parts, parait
enfoncé au milieu de ces flexuosités veineuses que
l'on
a justement comparées à uneagglomération de
vers oud'intes¬
tins de poulet. Ces veines variqueuses
reliées
parde
nom¬breuses anastomoses forment une masse inextricable, au milieu de laquelle lecanal déférent
semble perdu.
Mais, si, souvent, le processus
morbide paraît atteindre à
la fois tout le systèmedesveines,
il faut néanmoins distinguer
des cas où il semble se localiser à un seul groupe. Tantôt
c'est le faisceau antérieur qui est malade, tantôt c'est le faisceau postérieur et la rupture et
l'hémorragie
consécutivene dépendront que de l'un.
Le processus variqueux peut porter sur les veines à des hauteurs différentes; aussi, à une époque, avait-on voulu dis¬
tinguer ces varices en cirsocèles ou varices du cordon et varicocèle ou dilatation variqueuse du scrotum. Mais c'était là une distinction bien subtile qui n'estpas restée, car ces deux états ne sont en somme quedeux étapes du varicocèle, qui le plus souvent coexistent ou se succèdent de façon très rapprochée. Ces varices s'arrêtent le plus souvent au niveau de l'orifice externe du canal inguinal. Ce n'est pas du reste
une règle absolue, cardans le cas de varicocèle volumineux, l'état variqueux se prolonge sur toute la hauteur des veines
spermatiques.
Au point de vue
histologique,
les altérations sont les sui¬vantes; mais avant tout, il faut faire remarquer qu'elles
mettent beaucoup plus
longtemps
que les varices ordinaires pour arriver au terme ultime du développement phlébo-scléreux. D'après Cornil, après une période de simple dilata¬
tion, survient l'état variqueux vrai caractérisé par la dilata¬
tion des veines avec
hypertrophie
de leursparois, c'est-à-direpar la phlébite chronique. La tunique interne est celle quise ressentle moins de cetteinflammation. Latunique moyenne,
au contraire, est le siège d'une hyperplasie considérable du
tissu conjonctif qui aboutitfinalementà la formation dutissu fibreux. Lorsque l'état variqueux est parvenu au dernier degré de son évolution, la paroi veineuse est devenue mécon¬
naissable. On peut même y trouver parfois, comme dans les
varices des membres inférieurs, des concrétions calcaires enfoncées au milieu des travées fibreuses. L'épaisseur de
la
tubique moyenne est de deux à dix fois plus considérable qu'à l'état normal, la dilatation porte, non seulement sur letronc de la veine, mais aussi sur toutes les veinules et les vaso-vasorum. Enfin, il faut remarquer qu'en
général le
tissu cellulaire, dans lequelbaignent
les éléments du cordon,
estindemne de toute altération.
Ces veines, avec le canal déférent
les artères et les nerfs,
sont entourées par un tissu
cellulaire très lâche qui permet
leur glissement.
Ces divers
organesseront enveloppés en
bas,par unprolongement
de la vaginale qui vient d'entourer
letesticule etde l'isoler en quelque sorte; en
haut,
par unemembranecelluleuse qui n'est autre chose
qu'une expansion
de l'aponévrose du grand
oblique. Le cordon
semeut donc
clans uneatmosphère de tissu
cellulaire lâche, au-dessous de
la peau, du dartos, de la
couche celluleuse, du crémaster et
de satunique fibreuse qui
l'enveloppent
commeils envelop¬
pentletesticule. Dans le canal
inguinal,
ceséléments restent
encore réunis, mais au niveau de
l'orifice interne, ils
se séparent; le tissu cellulaire ducordon
vacommuniquer
aveccelui de la fosse iliaque interne et avec
le tissu cellulo-
graisseux sous-péritonéal. Ces
faits sont importants à
con¬naître au point de vue de la
marche des épanchements
sanguins produits par la rupture
de
cesvarices qui vont
constituer une sorte d'hématocèle funiculaire, hématome
serait même peut-être plus exact, comme nous
le
verronsplus loin.
CHAPITRE II
La rupture de ces
varice n'est
pas unecomplication très
fréquente du varicocèle,
puisque
nousn'avons
puen retrou¬
ver que quelques
observations et
quedans les traités de chi¬
rurgie, même les plusrécents, on
la trouve à peine signalée
quelquefois elle ne l'est
même
pas.Et pourtant si l'on étudie
lapathogéniede
l'hématocèle funiculaire,
onla trouve toujours
rangée parmi les causes adjuvantes,
et souvent déterminantes
decette affection; on peut même se
demander si, cette héma-
tocèle étudiée pour la première
fois
parPott et attribuée par
lui à une rupture des veines
spermatiques, n'est pas due à
une rupture de ces veines ayant
subi la dégénérescence vari¬
queuse à un degré plus ou
moins avancé, comme cela se
produit du reste chez la femme ou
l'hématocèle rétro-utérine
peut être due à la rupturedes
varices du plexus utéro-ovarien.
Aussi, est-il permis de penser que
bien des
casen restent
inconnus, soit parce que
l'hémorragie n'a produit qu'un fai¬
ble épancliement sans grande
importance et vite résorbé,
soit parce que la dilatation
variqueuse n'était pas considé¬
rable et a passé inaperçue, toute
l'attention étant portée sur
l'épanchement. De plus oncomprend facilement que ces
ruptures ne sont pas aussi
nombreuses
quecelles de varices
du membreinférieur, par
exemple,
car par saposition seule
le cordon est moins exposé aux
chocs et
auxtraumatismes
Que la jambe ou la cuisse, où nous
trouvons souvent
une cause fréquente de rupture,
l'ulcère variqueux, que nous
ne rencontrons pas au
milieu du cordon. 11 faut aussi tenir
compte pour expliquer la rareté
de
cesruptures des varices
spermatiques, de ce fait que,
d'après les anatomo-patholo-
gistes et Périer en particulier,
la paroi de
cesvaisseaux atteint
— 16 —
rarement un degré de dégénérescence aussi avancée que celle des membres; le processus variqueux s'arrête générale¬
ment avant.
Ces ruptures se produisent à l'âgeadulte, carle varicocèle
ne se
développe
en général qu'avec les organes génitaux, c'est-à-dire à l'époque de la puberté ; on le considère commen'existant pas chez l'enfant et il régresseengénéral, pendant
la vieillesse. D'après Broca cette opinion serait exagérée, quoiqu'il en soit cette complication ne se montrera guère que
pendant l'âge moyen dela vie. Elle se produira surtout chez les individus qui quoiqueatteintsde varicocèle, n'en prennent
aucun soin, n'y prêtent aucune attention, menant une vie très active, aussi ce sera une complication du varicocèle des individus exerçant uneprofession pénible.
En etïet, deux facteurs principaux peuvent êtreinvoqués
dans la pathogénie des ruptures de ces varices. Ce sont d'un côté les efforts, les exercices violents; de l'autre les chocs et les traumatismes.
Si nous parcourons les observations recueillies, nous voyons que dans toutes, la rupture se ramène à cesdeux
causes agissant par des mécanismes différents. Il suffira même très souvent d'un effort minime pour la déterminer; c'est ainsi que dansdeux des observations citées, un accèsde
toux a été suffisant; elleseproduira aussi pendant ladéféca¬
tion, une stationprolongée, la danse, l'équitation, etc. Quant
auxtraumatismes nous voyons parl'observationde Bouisson, qu'ils n'ont pas besoin d'être bien graves pour la produire puisque le choc d'un morceau de pain revêtu d'une croûte dure, a été suffisant dans le cas qu'il rapporte. Et celase comprend si on songe que ces veines ectasiées sont devenues par leur
dégénérescence,
dures, fibreuses et ont perduune grande partie de leur élasticité. Qu'à ce moment pour unecause ou pour une autre, l'afflux sanguin dans cesveines soit
augmentéou bien qu'un traumatisme se produiseà ce niveau,
ces vaisseaux sclérosés, dilatés, ne pourront pas résisterou réagir en se dilatant
davantage
et se rompront facilement.— 17 —
C'est ce qui se
produit dans
unchoc
oudans
uneffort
;dans
un choc la veine normale serait simplement
déprimée et
contusionnée, mais ici sa paroi se
brisera. Pendant
uneffort,
un exercice violent, par suite de la
contraction des muscles
de l'abdomen, il y aura
constriction de
cesveines
auniveau
du canal inguinal; la
circulation
enretour
seragênée et la
pression excentrique
qui s'exercera
surles parois des vais¬
seauxspermatiques en sera
augmentée d'autant; si l'élasticité
du vaisseau n'est pas suffisante, il se rompra.
De plus il faut
aussitenir compte d'unedisposition
particulière de la struc¬
turede ces veines ; elle n'ont pasde
valvules
oun'en ont
quede très peu marquées, de sorte que
la colonne sanguine
contenue dans ces veines, ne sera pas segmentée et que sa pressionen un même point sera beaucoup
plus considérable.
OBSERVATIONS
Observation de Canton. — I.
(Traduite du Lancet London, 1860.)
Mortparrupture devaricoeèle
Peudetempsaprèsque nouseûmes relaté un cas demortpar rupture d'unevarice de lajambe chez un malade de l'hôpital de Charing-Crossdans le service deM. Canton, nous eûmes l'occa¬
siond'observerun autre cas ayant eu la même issue fatalepar suite del'hémorragie. Seulement, dans ce cas-ci, la varice occu¬
paitune autresituation. Le malade en question était, en effet
porteur d'unvaricoeèle siégeantsurle côté gauche et avaitreçu
unchocsurle scrotumqui, immédiatement,commençaàgonfler.
Le malade fut admis presque aussitôt à l'Hospital Collège University avecles bourses distendues et ayant le volume d'une têted'adulte.Avec cela il y avait de l'œdème du pénis et de la tuméfaction du scrotum. L'œdème scrotal sembla augmenter et prendre une coloration de mauvais aspect, n'annonçant rien
de bon.
On porta le diagnostic dehernie étranglée, mais lavéritable
naturede la lésion fut bientôt reconnue.
Une largeincision futfaite par M. Hill, le chirurgien en chef,
àlapartiepostérieure de la tumeur,pour diminuer latension et
permettre l'évacuation du liquide contenu qui avait produit l'ecchymose et la coloration.
On retira ainsi une certaine quantité de sang coagulé qui fut
aussitôt remplacépar du sang frais et l'hémorragie continua
ainsijusqu'à lamort soudaine etrapide du malade.
thèsklasserre. ^
— 20 —
En prévision de l'autopsie qui devait avoir lieu le lendemain,
oninjecta le cadavre eton découvrit ainsi un volumineux vari- cocèle, siégeant sur le côté gauche, présentant des veines élargies, épaisses et distendues. Sous l'influence du choc, l'une d'elles s'était rompueproduisant l'hémorragie.
Observation de Canton. — II.
(Traduite du Lancet London, 1860.)
Quelquesjours après avoir observé le cas relaté plus haut,
nouseûmes l'occasion d'observerun autre cas analoguedansle
même hôpital. Seulement, ici l'œdème était plus considérable,il occupait le trajet ducordon et laparoi des bourses formantune tumeur très volumineuse. La vaginale et les testicules étaient absolument intacts. Comme le volume de la tuméfaction au lieu de diminuerallaitplutôt enaugmentant et que des phénomènes inflammatoires ou gangreneux allaient probablement se pro¬
duire, on fitune largeincision qui, en quelques heures, donna
issue à unegrande quantité de sang, deux pintes environ.
Cette hémorragie due à la rupture d'une veine variqueuse
du cordon, avait produit une hematocèle funiculaire comme quelques années auparavant Percival Pott l'avait observée dans
un cas analogue.
Observation III.
(Aug. Bkrard.— Du diagnosticen chirurgie.)
Unouvrier, après avoir faitunechute, s'aperçut de laprésence
d'une tumeur dans l'aine. Latumeur paraissait occuper tout
le
cordon spérmatique tellement enflé qu'on nepouvait sentir son
passage à travers l'anneau inguinal. Le testicule était sain
et
placé au-dessous. Ces circonstances et la suppression de
selles
pendantdeuxjours, firentcroirequ'on avait affaireàunehernie.
Après quelques tentatives de réduction, l'opération fut com¬
mencée. Arrivéssur une poche qui fut'prise pour le sac
her^-
niaire, on ne put réduire l'intestin sans ouvrir le sac. On incisa
— 21 —
alorsl'anneauinguinal, maismalgré cela
l'intestin resta toujours
irréductible. Lamembranecontenante fut alorsouverte,
aussitôt
ilensortitune grande quantité de sang. La tumeur
s'affaissa,
laissant le cordon libre et ne renfermant ni intestins, ni épiploon. Laguérison eut lieu en peu
de jours. L'épanchement
sanguin avait été produit parla rupture
de veines variqueuses.
Observation IV.
(Bouisson. —Montpellier médical, 1858.)
René-François Bellot, soldat au 5e régiment du
génie,
aété
admis le 1erjuillet 1852, à l'hôpital
Saint-Eloi,
àMontpellier. Cet
homme, d'uneconstitution vigoureuse, était affecté depuis
deux
ans d'unengorgement du testicule gauche et
d'un varicocèle
du même côté. Cette double lésion avait succédé à une chute
surle dospendant que lemaladeportait un
châssis
surl'épaule
;le châssis ayant basculé étaitvenu frapper en avant le
testicule
gauche. Il enétait résulte une orchite suivieplutard d'un vari¬
cocèle que le malade négligeait bien qu'il fut volumineux
et
douloureuxtoutes les foisqu'il se livrait à un exercice un peu fatiguant.
Dans la soirée dujourquiprécéda son entrée à
l'hôpital,
undeses camarades lui ayant jeté avec force sur les
testicules
unmorceau depainassezvolumineux et revêtu d'une
croûte très
dure,il s'ensuivit une douleur aiguë, suivie presque immédiate¬
mentd'unetuméfactionconsidérable et d'unecolorationviolacée s'étendantjusqu'àl'aine surle trajet du varicocèle. Il
existait
unefluctuation obscure avec sensation de collision de caillots sanguins.
Autour dufoyerprincipal, une ecchymoses'étale danspresque
toute l'étendue du scrotum ; surtout à gauche le testicule est douloureuxet dur. L'ensemble dela tumeur présente le volume
d'une orange. État général bon, point de fièvre. La présence
du
varicocèle, legenre decoup reçu, le siège de la
fluctuation font
diagnostiquerune hématocèle extra vaginale provenant de larupture del'une des veinesvariqueuses et ayant déterminé à
la
fois unfoyer sanguin central etune infiltration
périphérique.
Jeprescrivis une saignée de 200 grammes, des compresses
imprégnées d'eau végéto-minérale froide, laposition horizontale,
un régime sévère. Il en résulta une diminution dans la tumé¬
faction. Les jours suivants, l'ecchymose s'était disséminée, le cordon était encore très sensible.Application de douze sangsues
sur le cordongauche, continuation des compresses résolutives, purgation avec 45 grammes d'huile de ricin.
Amélioration notable vers le dixième jour. Le sang infiltré
s'est enpartie résorbé. Le foyer où l'on distinguait dès le prin¬
cipe une fluctuation obscure n'a pas diminue et semble avoir acquis de la consistance ; il n'existe qu'une médiocre sensibilité
à la pression. On applique des compresses imbibées-d'alcool camphré etplus tard de solution de muriate d'ammoniaque. La tumeurparutse ramollir et lapalpation me fit présumer qu'elle
était formée par des caillots sanguins non résorbés, autour desquels il y avait imminence de formation d'un abcès. Cette considération me décida à pratiquer une ponction avec un bistouri à la partie antérieure et supérieure de la tumeur. Il
s'écoula par l'ouverture et à l'aide d'une assez forte pression
environ 100 grammes de caillots sanguins ayant l'aspect et la
consistance de la gelée de groseille. Applicationd'uncataplasme
résolutif. Amélioration immédiate. Apparence de prochaine guérison.
Le malade s'étant levé et livré à un exercice prématuré, la
tumeur sereforma, moinsvolumineusequelapremière fois,mais
avec dessymptômesinflammatoires plusprononcés.Jepratiquai
une seconde ponction que je transformai en incision et qui donna issue à du pus et à du sang.
La guérison se prononça de plus en plus à partir de ce
moment. Elle était complète un mois après l'accident. Bellot
séjourna quelque temps de plus à l'hôpital pour se faire traiter l'engorgement chronique qui existait au testicule gauche
et
obtintunerapideamélioration sous l'influence locale desprépa¬
rations iodurées employées en friction.
Observation V.
(Schwartz. — Encyclopédieinternationaledechirurgie.)
Ils'agitd'un malade porteur d'un gros
varicocèle et atteint
debronchiteaiguë. Pendantun effort de toux^ il
perçoit
commeuncraquement accompagné d'unevive douleur
du côté de l'aine.
Aussitôtaprès semanifestaunetuméfaction énorme
de la région
inguinale, duscrotum et de larégioniliaque du
même côté
;les
deux mains appliquées à ceniveauconstatèrent une
fluctuation
profonde, témoignage irréfutable d'une
collection liquide.
Celle-ci ne pouvait être que du sang comme nous
le montra,
quelques jours après, l'apparition d'une énorme
ecchymose qui
envahit successivement toute la paroi inférieure de l'abdomen,
l'aineet les bourses. Il s'agissait ici d'un vastehématome
diffus
avecun foyer collecté dans le canal inguinal très
probablement.
Larésolution eut lieu sans encombres.
Observation YI.
(PubliéeparMM. Bauby etDargein. —
Écho
médical, 2février 1901.)Malade présente à la Société anatomo-clinique de Toulouse.
Le malade que nous vous présentons est un
pensionnaire de
laGrave, âgédesoixante-douze ans. En décembre dernier
il est
entré dans notre service pour un accident assez rare
qui vaut la
peine de vous être communiqué, eu égard surtout auxcircon¬
stancesdans lesquelles il s'estproduit etqui le
différencient des
casanalogues.
Cethommeest arrivé àunâge avancésansmaladies sérieuses; il est seulement porteur d'une grosse hernie
inguinale gauche
bien contenue
par un bandage. En outre, c'est un
emphysé¬
mateuxsujetauxquintes de toux, détailimportant dans
l'espèce.
Enfin, nous avonsconstaté qu'ilavait desvarices probablement anciennes, aux jambes, au scrotum et le long du cordon sper- matique; mais n'en ayant jamais souffert, il les
avait
àpeine
remarquées,
Le 3 décembre 1900, Bernard E... était tranquillementassis dans lacour de l'hospice lorsqu'il a ressenti une légère douleur dans la région inguinale droite, douleur insignifiante sans doute puisqu'ilestresté toute la journée sans en chercherles causes,
sans enaviser personne.
C'est seulement lelendemain qu'en palpantla région sensible il a découvert dans ses bourses une grosseur qui n'existait pas auparavant. Il a demandé alors àêtre examiné, c'est ainsi que
nous l'avons vu. Ala simple inspection, le côté droit du scrotum paraissait beaucoup plus gros que le gauche, surtout en haut prèsde la racine des bourses. Le malade nous disant qu'il avait
une hernie, nous pensâmes tout d'abord qu'elle était de ce
côté-là, qu'il s'agissait d'une augmentation de volume de cette hernie devenue irréductible. Mais, d'une part, il était facile de reconnaître cette méprise et, d'autre part, en examinant la tumeur nouvelle, nous avons été bientôt convaincu qu'elle
n'avait aucun rapport avec les viscères abdominaux. En effet, le canal inguinal était libre et le cordon à ce niveau conservaitson volume normal;c'était unpeu plus bas que siégeait la tumeur:
ovoïde, rénitente, presque dure, englobant les éléments du cordon, mais distincte desparois scrotales; elle avait environ le volume dupoing. Sa compressionétaitpeu douloureuse,maisne
donnaitaucune sensation spéciale.
D'ailleurs, le testicule était plus bas, presque recouvert par la masse développée dans la gaine du cordon, mais non fusionné
avec elle; et bien qu'il y eut un peu de liquide dans la vaginale
on le sentait nettementindépendant.
En résumé: tuméfaction survenue brusquement au milieudes
éléments du cordon etparaissant contenue dans sagaine.
Notre première idée fut qu'il s'agissait d'une hématocèle funiculaire, c'est-à-dire d'un épanchement sanguin dû à la
rupture des veines du cordon. Cediagnostic qui cadrait bienavec l'apparition soudaine et les autres caractères de la tumeurs'ap¬
puyait enoutre surl'existence d'un varicocèle qui devait jouer
iciungrand rôle commecauseprédisposante.
Aucune autre hypothèse n'eut été aussi satisfaisante. Nous avions éliminé celle de hernie; quant aux kystes de l'épididyme
ou du cordon, ils se développenttrès lentement.
La seule difficulté résidait dans l'absence de toute- cause
— 25 —
déterminante. La plupart du temps,
la rupture des veines du
cordon estproduite par un
traumatisme,
uneffort violent, une
quinte de toux.
Ici, rien de tout cela, du moins au dire du
malade;mais nous avons vu qu'il
s'agit d'un emphysémateux
chezlequel les effortsde toux
sont si
communsqu'ils peuvent
passerinaperçus.
Les suites ont montré que notre
diagnostic était juste
;muni
d'unsimplesuspensoir ouate,
notre homme
a vu satuméfaction
diminuer dès lequatrième jour. En même
temps,
saconsistance
devenaitplus dure, comme
cartilagineuse. Peu à
peu,sa forme
elle-même s'estmodifiée : d'ovoïde qu'elle était elle
s'est
peuà
peu arrondie et la voici
aujourd'hui réduite à
unnoyau du
volume d'une noisette etconstituantune sorte devirole
réunis¬
sant leséléments du cordon.
Il convientd'ajouter que les veines
du scrotum très apparentes
et flexueuses lespremiers joursaprès
l'accident, le sont beaucoup
moins à l'heure actuelle. Le varicoeèle lui-même
était plus
volumineux mais ilresteencore très évident.
Observation VII.
(Due àl'obligeance de M. le professeur
Chavannaz).
Le nommé Bernard L..., employé dans une
compagnie de
cheminsde ferétaitoccupé, le 21juin 1901, à
la manœuvre des
wagonà; aidé de trois autres hommes, il
poussait
unevoiture
depremière classenon chargéelorsqu'il
ressentit dans la région
scrotale comme une piqûred'épingle.
Bernard L... n'ajouta tout
d'abordaucune importance à ce fait,
mais, dix minutes après, il
putconstaterque la bourse gauche
avait augmenté de volume ;
ilcessaalors sontravail.Quand il pritconseil du
médecin de la
eompagnie, une heure et demie après le
début des accidents, la
bourse avait commencé àprendre une
teinte bleuâtre.
Nous voyonsle malade, le 22juin, à
neuf heures du matin.
Il s'agit d'un homme de trente-quatre ans,
de bonne santé
habituelle, saufqu'il tousse souvent.
Il
afait trois
ansde service
dans un régiment d'infanterie. Ses
.antécédents héréditaires,
sontbons,
»
— 26 —
Quand nous examinons Bernard L..., voicice que nous notons:
La bourse gauche est tuméfiée. La peau qui la recouvre
présente unecoloration bleuâtre, étendue à toute sa face anté¬
rieure et empiétant un peu sur la bourse droite et sur la racine de la verge. En arrière, l'ecchymose est absolument limitée àla peau dela bourse gauche.
Letesticule gauchen'estpas augmentédevolume, l'épididyme
et le canal déférent sont normaux. Ala palpation, on trouve,en arrière du canal déférent, un cordon du volume d'un crayon; ce cordon peut être suivi jusqu'à l'orifice externe du canal
inguinal et il est douloureux à lapression sur toutela longueur
de laportion scrotale du cordon spermatique.
Il existe desvarices peu développées au niveau desmembres inférieurs ; plus particulèrement, on les rencontre du côté gauche.
Il n'y a aucune altération du canal de l'urèthre et le malade n'ajamais eu de blennorrhagie.
Les bourses sont pendantes et il existe un varicocèle gauche
peu prononcé en temps ordinaire. Dans les mêmes conditions, le sujet éprouve quelques douleurs dans la régionlombaire.
Quelques années auparavant, Bernard L... aurait eu unacci¬
dentàpeuprès semblablequoique moins marqué.
Nous prescrivons le repos avec port d'un suspensoir assez vaste garni de coton hydrophile.
Le 24 juin, l'ecchymose s'est étendue; elle a envahi la face antérieure du scrotum droit. Le cordontuméfié senti enarrière du canal défèrent ne s'est pas modifié; sa pression détermine
une douleur s'irradiantdans le trajet inguinal. Le testicule et l'épididyme sont toujours normaux.
Le 26juin, l'ecchymose a encoreun peu gagné vers la droite:
le cordoninduré siégeant en arrière du canal déférent a com¬
mencé à diminuer devolume.
Le 28juin, l'ecchymosea diffuséjusque dans la région ingui¬
nale gauche.
Le 8juillet, les accidents ontà peuprès disparu, l'ecchymose
n'estplus visible et on sent à peine le. cordon induré.
Le 12juillet, Bernard L... peut êtreconsidéré comme guériet reprend son service deuxjours plustard.
— 27 —
Récemment, le sujetparaît
avoir
eu unerupture d'une veine
dela verge. Ila
présenté, dit-il, à
ceniveau, une petite tumé¬
factionduvolume d'unenoisette avec
coloration anormale de la
peau.Mais ces
accidents n'ont
pasété constatés par nous, le sujet
n'a pasconsulté de
médecin et
nousnefaisons que les rapporter
sansyajouterplus