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Le champ du langage au travail
Josiane BOUTET Sorbonne-Université [email protected]
Résumé - Les linguistes et sociolinguistes ont investi le champ du langage au travail dans les années1980. Depuis, les travaux se sont multipliés internationalement, d’autres disciplines ont investi le domaine, comme l’analyse de discours ou la didactique des langues. On propose ici une répartition selon trois grandes problématiques, distinctes quant à leurs objets et leurs méthodes : appréhender le travail dans sa dimension langagière ; analyser le plurilinguisme dans les entreprises ; la formation et la didactique professionnelles.
Mots clés - part langagière du travail, plurilinguisme, lieux de travail, ethnographie, activité, didactique des langues
Title - The Field of Language in Workplace
Abstract - The field of language in workplaces has been inaugurated by linguists and sociolinguists in the 1980s. From this date, researches in the world has increased and other disciplines as discourse analysis and language teaching became interested by this field. We suggest here a repartition in three sets, according to their purposes and methodology : language dimension of work activity ; plurilingualism in enterprise ; professional language teaching.
Keywords : Language Part of Work, Plurilingualism, Workplaces, Ethnography, Activity, Language teaching
Introduction
Pour qui engage un terrain d’observation dans une entreprise inconnue, ce qui frappe est la complexité des actions, des processus techniques, des enchainements de gestes, de la circulation des écrits, des verbalisations ; on y éprouve une forme d’incompréhension immédiate. Certes le sentiment d’étrangeté est d’autant plus élevé que les situations de travail sont complexes : l’observation d’une petite boutique ou d’un artisan ne produit pas les mêmes difficultés que celle du contrôle aérien ou d’une salle d’opération. Sans même parler de la présence d’un vocabulaire technique qui peut contribuer à rendre malaisée la compréhension, des lieux de travail comme un cockpit d’avion, une salle de contrôle de centrale nucléaire, un guichet de banque, une plate-forme de centres d’appels, une chaîne de montage, un service hospitalier, etc., n’offrent a priori aucune transparence, aucune intelligibilité immédiate. Que se passe-t-il ? Pourquoi les salariés font-ils ce qu’ils font ? Que disent-ils ou qu’écrivent-ils? Que signifie tel geste, tel mouvement des corps, telle instruction,
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tels regards échangés, tels propos ? Comment le travail est-il organisé ? A quoi servent les machines, les techniques ? Etc.
A ces questions, il existe plusieurs ordres de réponses qui émanent à la fois de disciplines différentes au sein des sciences humaines et sociales, comme de problématiques de recherche distinctes. Les univers de travail sont avant tout l’objet spécifique et historique des disciplines de l’ergonomie, de la psychologie du travail et de la sociologie du travail. Les sciences du langage ont investi relativement tardivement le monde du travail, dans la décennie 1980, et selon différentes orientations méthodologiques et théoriques. Depuis ces années-ci, de très nombreux travaux, recherches au plan international ont été menés par des linguistes, des sociolinguistes, des analystes de discours dans différents secteurs professionnels : industries, services, commerces, artisanat, enseignement, hôpitaux, etc. En faire une synthèse dépasserait largement le cadre et l’objectif de cet article. Je proposerai ici un regroupement selon trois grands ensembles de problématiques qui sont distincts tant dans leurs objets, leurs objectifs de recherche que leurs méthodologies.
1. Appréhender l’activité de travail dans sa dimension langagière
Une première problématique de recherche au plan international se caractérise par l’étude de l’activité de travail envisagée dans son aspect langagier. Il s’agit d’observer, d’analyser l’activité de langage, tant orale qu’écrite, en tant qu’elle est un constituant de l’activité de travail, et de la mettre en relation avec les caractéristiques organisationnelles, sociales et technologiques du travail.
C’est dans cette perspective qu’en France à partir du milieu des années 1980, le réseau pluridisciplinaire « Langage et Travail » met en place ce nouveau domaine de recherche1. Pendant plus de vingt ans, de nombreuses enquêtes ethnographiques y sont conduites, dans les ateliers de l’industrie, les industries de process, les trains, les centres d’appels, les mairies, les services hospitaliers, les salles de contrôle, etc. Aux USA, les Workplace Studies émergent au même moment que ce réseau, avec les recherches de Lucy A. Suchman sur la communication homme-machine (les Computer Supported Cooperative Work). D’autres espaces complexes de travail seront étudiés, notamment en analyse conversationnelle, comme les salles de chirurgie dans une perspective multimodale par Lorenza Mondada (2014). En Nouvelle Zélande, Janet Holmes a montré au sein du Language in the Workplace Project le rôle des compétences relationnelles – politesse, humour, small talk (2015).
Les linguistes du réseau « Langage et Travail » se sont dégagés de la tradition lexicologique (argots professionnels, lexiques de spécialité) ainsi que des démarches de corpus linguistiques (langues de spécialités). Il ne s’agit plus pour eux de recueillir des faits de langage dans des environnements techniques laborieux mais, en inversant l’ordre des préoccupations, de s’intéresser d’abord au travail humain en ce qu’il comprend une dimension langagière : ce que Josiane Boutet a nommé « la part langagière du travail » (2001) et dont elle présente la genèse
1 Voir l’ouvrage collectif du réseau, dirigé par BORZEIX Anni et FRAENKEL Béatrice (2001).
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ici-même. Elle explicite de la sorte la spécificité de la démarche du sociolinguiste engagé dans l’étude des situations de travail : « […] il s’agit de comprendre la relation entre les acticités de travail et les activités langagières ; de comprendre le lien qui existe entre l’environnement matériel (les objets, les machines) et la production de discours ; de comprendre en quoi l’univers de travail contrôle et détermine le langage des salariés, mais aussi en quoi ceux-ci se ménagent des espaces de liberté et d’autonomie linguistique avec les bavardages, les plaisanteries, les mots du travail […] ; de décrire l’intrication entre des activités verbales et des activités non verbales ; de décrire la contribution du travail du langage au travail productif. » (2008, p. 96-97) Le formatage de la parole par l’organisation du travail est une des caractéristiques de l’exercice du langage dans les situations de travail, que J. Boutet a analysé dans différentes organisations du travail et secteurs professionnels - les usines taylorisées comme les centres d’appels. Dans le secteur tertiaire des cabinets de consultants, Olivia Foli montre ici comment la parole d’apprentis du supérieur est objet de normalisation de la part du management. Dans un autre dispositif de préparation aux métiers, le lycée professionnel, Patricia Lambert relate l’ethnographie multi-située qu’elle a entreprise dans des
« ateliers d’école » de ces lycées. Elle décrit la part langagière des activités qui y sont déployées et montre que « les pratiques inhérentes à la formation professionnelle sont étroitement imbriquées dans des réalités langagières […] Elles le sont d’abord dans la mesure où des contenus à caractère langagier peuvent constituer des objets d’apprentissage (par exemple, interagir avec un client pour réceptionner un véhicule ou compléter un ordre de réparation). Elles le sont aussi parce que ces contenus servent fréquemment de moyens ou de ressources pour la formation (consulter la notice pour accomplir une tâche technique) et pour l’évaluation (demander aux élèves d’expliquer comment ils ont procédé pour accomplir une opération technique). » (ce volume)
Au sein du réseau « Langage et Travail », l’anthropologue de l’écriture Béatrice Fraenkel (2006) a initié un domaine d’étude spécifique, celui des écrits de travail, envisagés dans leurs singularités linguistiques, discursives, graphiques et pragmatiques. Fort éloignés le plus souvent de notre conception littéraire de l’écrit, ils peuvent être non syntaxiques (les listes), de forme elliptique, organisés en tableaux, réalisés sur des supports très variés. A la suite de ces travaux inauguraux de B. Fraenkel, de nombreux chercheurs en analyse de discours, en linguistique ont pris ces écrits professionnels comme objets (entre autres, Cislaru G. et alii, 2008). Dans cette optique, Frédérique Sitri et Sylvie Garnier présentent ici leurs analyses discursives des rapports éducatifs dans une visée d’application à la formation aux écrits professionnels, si fondamentaux dans le travail social. Le travail hospitalier a donné naissance depuis les années 1980 à de très nombreuses recherches, autant dans le domaine des interactions orales que dans celui de la production des écrits de travail. Aujourd’hui, un courant dynamique émerge, celui de la littératie de santé. Comme l’écrit B. Fraenkel, « la mise en place de dispositifs d’écriture destinés à établir des liens entre les familles et le personnel soignant dans un service de réanimation témoignent d’une attention nouvelle aux ressources de la littératie hospitalière. Ce courant est tout aussi vivace dans son approche quantitative d’une littératie en santé conçue comme un ensemble de savoirs et de savoirs faire qu’il s’agit d’évaluer et de mesurer que dans une démarche d’analyse de pratiques situées dans un service particulier. » (2021, sous presse). C’est dans un tel courant que se situe
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Nathalie Garric2. Elle analyse ici des lettres produites par des patients ou des proches dans le contexte de la post-réanimation que propose, s’attachant à comprendre le vécu post- réanimation et à formuler des hypothèses sur leur contribution à la prévention du syndrome de stress post-traumatique.
2. Le plurilinguisme au travail
Une seconde direction de recherche internationale très active est constituée par l’étude du plurilinguisme au travail, sous le double aspect des langues au travail et des langues de travail. Si l’étude des plurilinguismes constitue le cœur de la sociolinguistique depuis les travaux inauguraux sur la diglossie au XIX° siècle3, ce n’est que plus récemment que ceux-ci ont été appréhendés en milieu de travail. La recherche ethnographique de Monica Heller à la fin des années 1970, dans le contexte politique de la Loi 101 de francisation au Québec en 1977, constitue l’une des toutes premières enquêtes sociolinguistiques sur les langues au et de travail. Alors stagiaire à l’Office québécois de la langue française, elle fut chargée d’une enquête au sein d’une brasserie de Montréal en contexte bilingue où les salariés étaient anglophones et francophones4. De très nombreux travaux suivront dans différents secteurs professionnels5.
Le plurilinguisme dans le secteur marchand a donné lieu à de nombreuses enquêtes : les interactions plurilingues entre vendeurs et clients ont été largement décrites dans les marchés urbains de plein air, comme celui de Belleville à Paris (Drivaud et al. 1984), ceux de Ziguinchor au Sénégal (Juillard 1995), ceux de Canton en Chine (Calvet 1987), ceux de Brazzaville au Congo (Calvet 1984). Le secteur de la santé, qui fut très étudié dans la première direction de recherche6, l’a aussi été du point de vue des langues en présence dans les situations du travail médical : dans le contexte plurilingue de la Guyane, Isabelle Léglise a analysé les pratiques des langues, orales et écrites, en milieu hospitalier (2007). Au sein du courant de l’analyse conversationnelle, des études d’interactions plurilingues ont aussi été conduites dans le domaine de la santé7, ainsi que dans celui de la justice : par exemple, Christian Licoppe et Maud Verdier étudient un dispositif complexe de travail où la justice est rendue à la fois par visioconférence et où le prévenu non francophone est assisté par une interprète (2015)8.
2 GARRIC Nathalie et HERBLAND Alexandre (dir.) (2020 « Nouveaux discours de la santé et soin relationnel », Langage & Société, 169. Et dans ce volume.
3 Sur l’histoire de cette notion, on lira la récente livraison 171 de Langage & Société en 2020, sous la direction de MATTHEY Marinette et ELMIGER Daniel.
4 On lira particulièrement le chapitre 2 de son ouvrage de 2002, Eléments d’une sociolinguistique critique (p. 45- 77).
5 Mentionnons le très utile recensement bibliographique sur le plurilinguisme au travail élaboré par Renata CORAY et Alexandre DUCHENE (2017). On lira aussi BOUTET Josiane (2016) et LÜDI Georges (2010).
6 Parmi de nombreuses publications, on lira l’ouvrage de GROSJEAN Michèle et LACOSTE Michèle (1999), résultat d’une longue enquête ethnographique multi-située dans des hôpitaux français.
7 On signalera le travail de EL HOUDNA Youssef (2015) qui ne porte cependant pas sur le travail médical mais sur la formation des étudiants en médecine confrontés au technolecte médical.
8 Pour une synthèse récente de ces travaux, voir TICCA Anne-Claude et TRAVERSO Véronique (2015).
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Le plurilinguisme dans le secteur des services, des petites et moyennes entreprises privées (comme l’artisanat, les commerces) a donné lieu à différents travaux. Ainsi Houssaïne Rifaï (2020) a conduit une enquête dans plusieurs garages de Mauritanie, Maroc, Lybie, Liban et Tunisie. L’auteur montre que les mécaniciens, pour la plupart analphabètes, empruntent à la langue française les termes du métier – le technolecte de l’automobile - au terme de modifications phonétiques, morphologiques ou syntaxiques variables selon les langues des salariés. Se situant aussi dans le courant des technolectes, Mehdi Haidar étudie les langues en présence dans des ateliers de mécanique automobile (ici-même). Si la communication orale ne s’y fait qu’en arabe dialectal, le technolecte présente un mélange de français et d’arabe dialectal marocain, les termes techniques issus de la langue française étant adaptés par les salariés. M. Haidar montre que les salariés « instaurent ainsi une forme de bilinguisme fonctionnel dans lequel le français ne s’emploie que pour qualifier les unités technolectales. » (ce volume)
Les travaux sur le plurilinguisme dans le domaine industriel des grandes entreprises sont plus rares car l’accès à ce type de terrain se révèle souvent très difficile, voire impossible. C’est pourquoi la recherche sociolinguistique de Fatima Cherfaoui dans la grande entreprise algérienne la Sonatrach est particulièrement bienvenue9. L’auteure y a conduit une longue enquête ethnographique en immersion sur différents sites et secteurs de l’entreprise, recueillant ses données au moyen d’une méthodologie plurielle (observations, entretiens, questionnaires). Elle montre que, outre les pratiques de code-switching, l’arabe dialectal algérien et le français dominent les différentes pratiques langagières et sont en distribution complémentaire, la pratique du tamazight restant limitée à quelques conversations entre les tamazightophones.
3. Formation et didactique professionnelles
Un troisième ensemble de recherches internationales concerne le domaine de la formation et de la didactique professionnels. De nombreux chercheurs en sociolinguistique, en didactique des langues et en linguistique appliquée sont en fait, qu’ils en soient conscients ou pas, les héritiers d’une conception non holistique des langues. Celle-ci remonte pour la langue française à l’élaboration en 1956 du « français élémentaire » par un groupe de linguistes dirigé par Georges Gougenheim. Il s’agissait alors de construire ex nihilo un sous-ensemble simplifié de la langue française, de façon à pouvoir enseigner cette langue plus aisément aux publics non francophones des colonies françaises de l’époque ainsi qu’aux étrangers. Ce français élémentaire ou fondamental a longtemps servi de base à de nombreux curricula de l’enseignement du français dans les pays étrangers. Il fut ensuite segmenté en niveaux d’apprentissage : les niveaux français fondamental 1 et français fondamental 2 (FF1 et FF2).
Le cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) adopté en 2001 par le Conseil de l’Europe pour unifier l’enseignement des langues procède aussi d’une même
9 Voir CHERFAOUI Fatima (2016), Les pratiques langagières en situation de travail. Le cas de la Sonatrach, Doctorat, Université Paris 7-Denis Diderot ; et dans ce volume.
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démarche de segmentation des langues en différents paliers correspondants à des besoins différents des apprenants.
Cette idée de la fragmentation possible d’une langue selon différents niveaux a été critiquée dès les années 1980 (Lehmann 1980), l’enseignement des langues se tournant alors vers des publics spécialisés. La notion de besoins langagiers émerge et la didactique s’applique à des domaines de spécialités professionnels : langue des affaires, du tourisme, de la banque, scientifique, du commerce, etc. Aujourd’hui, les chercheurs s’interrogent de plus en plus sur les univers de travail précis concernés par leurs dispositifs de formation, comme dans les travaux de Florence Mourlhon Dallies (2008)10 et ceux d’Hervé Adami (2011 et ici-même).
Celui-ci rappelle que, la part langagière du travail ne cessant de progresser, la formation linguistique des migrants intègre désormais une part professionnelle, la question du travail en constituant le pivot. En conséquence, pour s’ajuster aux situations de travail concrètes, les formations ne peuvent plus être des « prêt à l’emploi » et doivent se concevoir en collaboration étroite avec les acteurs concernés.
Une conception non holistique de la langue autorise une approche en termes de niveaux, en termes de domaines de spécialités comme nous l’avons vu, mais elle permet aussi une approche en termes de lectes : une langue étant alors envisagée comme la somme de ses différents lectes. Et parmi ceux-ci, les technolectes. Cette désignation initialement avancée par Claude Hagège a été largement développée par Leila Messaoudi (1990), pour se démarquer à la fois des terminologies de métiers, des lexiques ou des langues spécialisés, et englober la parole comme les écrits. Les technolectes ont été depuis cette date l’objet de très nombreux travaux11. Dans ce volume, outre M. Haida, Anoir Salam Oudina décrit avec minutie les spécificités iconographiques, grammaticales et sociolinguistiques du technolecte du câblage automobile. Dans une perspective sociolinguistique à visée didactique, L.
Messaoudi propose un cadre conceptuel en cinq paliers pour l’enseignement des langues en domaine spécialisé : identifier le contexte sociolinguistique ; déterminer le domaine de spécialité ; décrire le lexique spécialisé ; déterminer le type ou le genre du discours spécialisé ; prendre en compte, non seulement les aspects terminologiques, mais l’ensemble des niveaux linguistiques.
Discussion
Le champ de l’étude du langage au travail s’est considérablement développé depuis les années 1980. J’ai proposé ici un classement selon trois problématiques et objets distincts. On peut cependant noter qu’au sein d’une même orientation des débats pourraient être engagés. Ainsi, la position de L. Messaoudi sur les référentiels de formation - « ces paliers aideront à la conception de référentiels et de programmes de formation élaborés ad hoc, en fonction du contexte sociolinguistique, des savoirs à transmettre et des besoins des apprenants. » - peut
10 Sur ce domaine, voir aussi FILLIETTAZ Laurent et LAMBERT Patricia (2019).
11 De nombreuses thèses y ont été consacrées, en particulier à l’Université de Kénitra. Voir aussi MESSAOUDI Leila et LERAT Pierre (dir.) (2014), Les technolectes/langues spécialisées en contexte plurilingue, Rabat, Publications du laboratoire Langage et Société.
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entrer dans une discussion constructive avec celle de H. Adami pour qui de tels référentiels doivent se concevoir avant tout dans une concertation avec les acteurs concernés et potentiels salariés.
Je reviendrai pour terminer sur quelques convergences et divergences entre ces trois ensembles de problématiques qui me semblent importantes à relever. La visée de l’application de nos recherches est présente dans l’ensemble des travaux, ce qui constitue une convergence.
Mais le domaine de l’application n’est pas du tout identique. Dans la première direction de recherche, il s’agit de décrire, de comprendre les activités de travail dans leur dimension langagière - la part langagière du travail - afin de contribuer à la formation des salariés, que ce soit dans le domaine de l’apprentissage, de la formation professionnelle ou pour l’élaboration de plans de formation continue. C’est là une importante différence avec la troisième orientation de recherche. Dans cette dernière, les descriptions linguistiques du langage employé au travail sont appliquées, non pas à des plans de formation des salariés ou futurs salariés, mais à la formation d’élèves, d’adultes ou d’étudiants en langues, dans le cadre d’une didactique des langues professionnelles.
La dimension d’analyse du travail est constitutive du domaine pour les chercheurs se réclamant de la problématique de la part langagière du travail. C’est bien l’activité de travail en tant qu’elle se réalise pour une part grâce à l’exercice du langage, oral comme écrit, qui est l’objet de ce courant de pensée. En revanche, cette dimension de l’activité de travail est souvent absente ou négligée dans les travaux portant sur le plurilinguisme comme sur la didactique des langues professionnelles. Dans cette dernière, on étudie les spécificités linguistiques du langage utilisé par une profession (là aussi écrit comme oral) dans le but d’établir des curricula, des plans de formation, de mieux préparer les étudiants à l’exercice dudit métier. L’observation ethnographique de l’activité de travail elle-même, l’attention portée à cette dimension consubstantielle des lieux de travail y sont peu fréquentes.
Cependant, comme on l’a vu, un courant existe chez des didacticiens qui tentent de construire des ponts entre analyse du travail et didactique professionnelle : l’entreprise est en cours et devrait produire d’utiles convergences (F. Mourhlon-Dallies 2018).
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