Dynamique de la processionnaire du pin
dans la vallée de Niolo
enCorse
au cours
des cycles 1965-1966, 1967-1968, 1969-1970.
Rôle de certains caractères du milieu forestier
C. GERI
LN.R.A., Station de Zoologie et de Biocénotique forestières Centre de Recherche.s d’Orléans, Ardon, F 45160 Olivet
Résumé
Cet article fait le point des informations d’ordre
démographique
recueillies au cours de trois cycles d’étude 1965-1966, 1967-1968 et 1969-1970, sur laprocessionnaire
dupin
dans la vallée du Niolo en Corse.
L’utilisation simultanée de deux niveaux
d’investigation
et le recoupement de donnéesacquises
d’une part à l’échelleparcellaire,
d’autre part au niveau du massif forestier permettent d’avoir sinon des preuves absolues, du moins deshypothèses largement étayées
sur la
façon
dont s’estproduite
l’évolution de l’insecte au cours de ces six années.Les résultats permettent en effet de suivre les fluctuations de
population
de la valléeavec une bonne
précision
statistique(coefficient
de variation de 5 p. 100 enmoyenne)
et de mettre en évidence les faits suivants :
- le niveau de
population correspondant
à une culmination degradation
en 1966 (8 800 000 nids) s’estprogressivement
abaissé en 1968 (6 800 000 nids) et en 1970 (2 900 000nids) ;
- les zones les plus
peuplées
durant l’année 1966 furent celles où la réduction depopulation
fut laplus importante
au cours des annéessuivantes ;
- les fortes populations de 1965-1966 furent
accompagnées
de laprésence
d’unevirose à Siiiithiavirits pityocampa Vago. Celles-ci, dont la manifestation
épidémique
futlimitée aux zones de basse altitude ou bien
exposées,
ne fut retrouvéequ’à
l’état endé-mique
par lasuite ;
- les
expositions
nord-ouest sont les moins peuplées, et lesexpositions
sud-est lesplus
favorables à la processionnaire ;- durant les six années
d’observation,
il n’y eutjamais
au cours despremiers
stadesde mortalité
susceptible
d’avoir une actionsignificative
sur l’évolution de lapopulation ;
- de même, les parasites de la
phase
aérienne de laprocessionnaire,
en particulierles parasites des oeufs ne
paraissent
pas avoir eu une action déterminante sur la mortalitéenregistrée ;
- celle-ci au cours du
cycle
1965-1966 fut essentiellement préhivernale, liée à laprésence
de virose dans un certain nombre de parcelles et d’autantplus importante
que lesparcelles
étaient surpeuplées ;- au cours du cycle 1969-1970, elle fut au contraire hivernale et
indépendance
duniveau de
population.
La réduction depopulation
fut d’autantplus marquée
sur lesparcelles qui
étaient exposées au Nord et à une altitudeélevée ;
- le cycle 1968-1969
représente
une situation intermédiaire. Les chenilles furent affectées par un hiver rigoureux mais dans un certain nombre deparcelles,
on enregistraune mortalité préhivernale due à la surpopulation et du même type que celle de
1965 ;
- les analyses effectuées montrent, en outre, les liaisons étroites
qui
existent entreles niveaux de population de l’insecte et les principales
caractéristiques
du milieu forestier.Ces relations méritent d’être approfondies pour constituer des forêts qui, par elles-mêmes,
se défendent mieux contre les attaques de
processionnaires.
Les études sur la
processionnaire
dupin (Thaurrcetopoea pityocampa Schiff.)
entre-prises
en 1965 dans la vallée duNiolo,
enCorse,
ont faitl’objet
d’une thèse et d’unenote
plus synthétique
en 1980.Ce travail de
dynamique
despopulations
faitappel
auxtechniques
d’études despopulations
dans leur milieu naturelqui
ont été utilisées pour l’étude des insectes forestiers dans un certain nombre de pays où les forêts ont uneimportance économique appréciable. (On
sereportera
notamment aux travaux de R.F. MoRRis & C.A.MiLi.ER, 1954;
R.F.M ORRIS , 1957, 1959, 1969 ;
R.F. MoRRis etal., 1963 ;
R.W.C A tvtraELL,
G.C. VARLEY & C.R.
G RADWELL , 1960;
C.AUE R , 1968).
La
méthodologie s’inspire
essentiellement destechniques
de tables de mortalitépré-
conisées par R.F. MoRRis et des recensements menés sur des vallées entières par C. AUER. Les résultats de ces deux
approches
trèscomplémentaires
etpourtant
tou-jours
utilisés isolémentjusqu’à présent
sontanalysés comparativement.
En outre, pourchaque génération,
en sus desphénomènes démographiques proprement
dits(mortalité, fécondité...), une
attentionparticulière
estapportée
aux conditionsphysiques
dumilieu,
à la structure et à la
composition spécifique
despeuplements
forestiers pour rendrecompte
des fluctuationsenregistrées.
Les
objectifs
del’étude,
ladescription
du milieu étudié et les méthodes utiliséesont
déjà
été décrits dans cette revue(D USSAUSOY
&G ER i, 1969)
et aux Annales deZoologie (G ERI , 1971).
Nous ne lesrappellerons
que très brièvement.- Le but de notre travail est
d’apprécier
les fluctuations depopulations
de laprocessionnaire
etd’analyser
les facteursqui
lesprovoquent
afin deprévoir
lespullu- lations,
de rationaliser lesinterventions,
voired’aménager
le milieu pourqu’il
sedéfende mieux par lui-même vis-à-vis des
attaques
de cet insecte.- L’étude de la
dynamique
de laprocessionnaire
esteffectuée,
d’unepart,
aumoyen de dénombrements stade par stade des
populations,
et par des observationscomparatives
sur lesprincipaux
facteurs derégulation
dans desparcelles
dequelques hectares,
d’autrepart
par desenquêtes
sur l’ensemble des massifs forestierspermettant
d’établir àchaque cycle,
par dénombrements des nids d’hiverdéfinitifs,
des estimationsreprésentatives
de la vallée et de sesprincipaux peuplements.
- La
population
étudiée occupe tout l’ensemble forestier de la vallée du Niolo située au coeur de la chaîne centrale de laCorse ;
cette vallée isolée par des massifsmontagneux importants (Paglia Orba,
2 525 m ; MonteCinto,
2 710 m ; PuntaArtica,
2 329
m) comprend
environ 6 000 ha depins
laricios enpeuplements
presque pursqui
s’étendent de 900 mjusqu’aux
crêtes déboisées(1 400
à 1 600 m suivant lesexpositions).
- En raison de l’intervention d’une
diapause,
lerégime
de laprocessionnaire
dupin
est, dans la vallée duNiolo,
à peuprès
strictement biennal.Chaque
«cycle
» estséparé
du suivant par une année sanspullulation
et laponte
a lieu dans le Niolo au cours des annéesimpaires (1965, 1967, 1969).
Dans cet
article,
il nous a paru utile dereprendre
les éléments de l’étude destrois
premiers cycles biologiques
de l’insecte(1965-1966, 1967-1968, 1969-1970). C’est,
en
effet,
au cours de cesannées-là, qu’ont
eu lieu lesinvestigations
lesplus
détailléessur l’évolution des
populations
de laprocessionnaire
dupin
dans cette vallée. Le bilan des deuxapproches méthodologiques
que nous avons utilisées avait alors été effectué et certainescaractéristiques
de ladynamique
de l’insecte dans les zonesd’altitude de la Corse avaient été mises en évidence. Ces conclusions n’ont pas été mises en défaut
après plus
de dix ans d’observationsbiologiques
et de recensement despopulations ;
elles ont, au contraire,largement
contribué à lacompréhension
del’évolution de la
processionnaire
non seulement dans la vallée duNiolo,
mais sur l’ensemble de la Corse et dans d’autresrégions.
La
phase
aérienne dudéveloppement
de laprocessionnaire
est seuleprise
enconsidération ; mais les résultats sur la mortalité au cours de ia vie souterraine de l’insccte et l’intensité des
phénomènes
dediapause (C. G ERI , 1980)
n’affectent pas defaçon
notable les conclusions formulées ici.1. Étude stade par stade des
populations
dechaque cycle biologique
I.1. Méthodes
Des
prélèvements
sont effectués dans 5parcelles
dequelques
hectares échelonnésen altitude dans le massif forestier :
vv ç 1 o!n .., _ !!..!!:r:!., ! QT3
Toutes ces
parcelles
sont constituées par despeuplements
clairs fortement infestésau cours des
pullulations
de chenilles saufMezza-Luna,
ravinoccupé
par unerégé-
nération sous-futaie peu
attaquée
par lesprocessionnaires.
Les
techniques
utilisées au cours ducycle
1969-1970 furentidentiques
à cellesdes années
précédentes
avec depetites
modifications concernant le nombre et l’intensité desprélèvements,
destinées à assurer une meilleurereprésentativité
de l’échantillon.La
population
initiale(oeufs)
est déterminée sur un échantillon de 15 à 45pins,
tirés au hasard dans
chaque parcelle,
àchaque cycle,
et lapopulation
survivante àchaque
stade est dénombrée sur unsous-échantillonnage
de cespins (3
à 9pins).
Seules les données relatives à la
population
de laprocessionnaire
ont faitl’objet
d’une
analyse statistique ;
les informations concernant la fécondité et lepourcentage
de mortalité dû aux différents facteursbiotiques
ne sontinterprétées qu’en
tant quevaleurs moyennes,
comparables
d’unbiotope
à l’autre et d’unegénération
àl’autre,
les divers
prélèvements
et observations étanttoujours
réalisés defaçon identique
et defaçon
à assurer la meilleurereprésentativité
desphénomènes
étudiés.L’évolution de la
population
larvaire avait été étudiée pour les deuxpremiers cycles
parl’analyse
de covariancequi permet
de tester les différences entre lesprélè-
vements pour une même
population
initiale d’!oeufs. La validité de cette méthode sup- pose toutefoisl’homogénéité
de larégression
entre le nombre de chenilles et le nombre d’oeufs pour les différentsprélèvements. Or,
au fur et à mesure desprélèvements,
lapente
de la droite derégression
diminueprogressivement
et la diminution du coeffi- cient de corrélation traduit laperte
de liaison entrel’importance numérique
de lapopulation
de chenilles et celle de lapopulation
d’!aeufs initialecorrespondante.
Cefait,
confirmé au cours du troisième
cycle
étudiéparaît
se retrouvergénéralement
chez les défoliateurs forestiers(voir
notamment R.F.MoRRis, 1955).
Il semble que ces modifications brutales de la
pente
de la droite derégression
etdu coefficient de corrélation reflètent
précisément
lespériodes
ducycle biologique
où la mortalité affecte leplus
lapopulation.
L’analyse
des données a donc étéreprise
selon une méthodeproposée
par J. AR- Noux, Directeur du Service de Biométrie de 1’LN.R.A. à
Versailles ;
cette méthodepermet
de classer lesprélèvements
en groupes tels que larégression
soit laplus
homo-gène possible
à l’intérieurd’eux-mêmes,
etprésente
le maximum de différences d’un groupe à l’autre. Cette méthode est dérivée du testd’homogénéité
derégression déjà évoqué
dans une note antérieure(C. G ERT , 1971)
et dont leprincipe
peut être retrouvé dans SNEDECOR(1962).
Elle consiste àdécomposer
la somme des carrésqui
traduitl’écart des
régressions
des différentsprélèvements
avec larégression
commune, en deux termesrelatifs,
l’un à la différence entre les groupes ainsicomposés,
l’autre à cequi
découle del’hétérogénéité
de larégression
à l’intérieur de ces groupes.L’analyse
estcomplétée
par le calcul de l’estimation’
du nombre moyen de che- nilles àchaque prélèvement
sur unpin possédant
unepopulation
d’oeufségale
à lamoyenne de celles observées sur tous les
pins échantillonnés,
selon la formule :1_-. =,, i lev w,
utilisée notamment par M.H.
H ANSEN ,
W.N.H URWITZ ,
W.G. MADOW(1953),
où :y représente
le nombre moyen de chenilles parpin
dans le sous-échantillon où les chenilles ont étédénombrées,
x le nombre moyen d’oeufs
correspondant
à,
X le nombre moyen d’oeufs sur tous les arbres échantillonnés
et b la
pente
de la droite derégression
propre auprélèvement.
1.2. Résultats
1.21. Niveau de
population
au début dechaque cycle biologique
La
population
initiale d’oeufs par arbre(X), représentée
sur lafigure 2,
avec les estimations du nombre de chenillesprésentes
àchaque prélèvement (y 0
dans tous lesbiotopes,
estélevée,
dansl’ensemble,
en 1965-1966. Pour lecycle 1967-1968,
onobserve une diminution de la
population
d’oeufs dans lesparcelles
de bassealtitude,
et un accroissement dans certains sites d’altitude tels que Castellacce-Bas. Ce
phéno-
mène
s’explique
enpartie
par la mortalité de 1965-1966 mais peutégalement
corres-pondre
à undéplacement
des adultes issus d’altitudes basses vers les zones d’altitude moins défeuillées. Deux parcelles furentparticulièrement surpeuplées :
Pente desGenêts en 1965 et Castellacce-Bas en 1967.
Du
cycle
1967-1968 aucycle 1969-1970,
la réduction du nombre d’oeufs parpin
se
généralise
àl’exception
deCastellacce-Haut,
dans toutes lesparcelles
étudiées.La
parcelle
Mezza-Luna reste constamment caractérisée par un faible niveau depopulation.
1.22. Nomhre moyen
d ’œ uf s
par nonteChaque
manchon de ponte étantdéposé
par une seule et mêmefemelle,
la moyen-ne du nombre d’œufs par ponte, dans
chaque parcelle (figure 1),
constitue uneestimation de la fécondité des femelles ayant
pondu.
Cette moyenne évolue peu d’une année à l’autre et se maintient autour de 200 oeufs. Il est donc peu vraisemblable que la fécondité aitconstitué,
de 1965 à1970,
un facteur déterminant de l’évolution despopulations.
Onobserve, cependant,
des variations pouvant avoir unesignification biologique précise ;
enparticulier :
- une certaine réduction de la fécondité en
1967, après
lecycle 1965-1966,
où lesprocessionnaires
ont souffcrt desurpopulation
et devirose ;
- un nombre d’œufs élevé
(205
à 230oeufs)
dans lesparcelles
situées entre1 300 et 1 400 m peut être lié au
déplacement
depopulations
d’adultes des zones bassessurpeuplées
vers lesparcelles d’altitude ;
l’existence de femellesdynamiques
assurant le maintien et la
propagation
de l’infestation est bien connue chez certainesespèces
telles /Blalacosol/1apluviale (W ELLINGTON , 1964, 1965).
1.23. Mortalité au stade
oeuf
La mortalité des œufs
représente
10 à 15 p. 100 de lapopulation
en moyenne(fig.
1 et2).
Elle est essentiellement due auxparasites
et varie très peu d’annéeen année. Le
pourcentage
d’individusparasites
n’est que faiblement affecté par les variationsnumériques
del’hôte ;
il s’accroîtmalgré
toutlégèrement
en1969,
lors dela diminution des
populations
deprocessionnaires.
Des différencesimportantes
sont par contre notées d’unbiotope
à l’autre. Leparasitisme
estplus
faible dans lesparcelles
d’altitude
exposées
au Nord(Mezza-Luna) ; Oocrzcyrtus pityocampa
Mercet n’estjamais
trèsabondant ;
Tetrastichlls ,servadei Dom. assez efficace dans lesparcelles
debasse altitude, a une incidence moindre dans les
parcelles
situées àplus
de 1 300 m(Castellacce-Bas, Castellacce-Haut),
où l’onenregistre
au contraire une action accruedes
trichogrammes.
La stabilité du taux de mortalité des oeufs ne permet pas d’accorder à ce facteur
une action décisive dans l’évolution des
populations
au cours de ces troiscycles.
1.24. Mortalité larvaire
Les résultats concernant la réduction des
populations
larvaires au cours dechaque
cycle
sont résumées sur lafigure
2 et sur lafigure
3qui
montreparallèlement
l’évolution de larégression
entre le nombre de chenilles et le nombre d’oeufs initialementdéposés
sur les
pins
échantillonnés. Sur le tableau 1 sont données simultanément par années et parparcelles
les valeurs du nombre moyen de chenilles(Y)
et de lapente
de la droite derégression (b)
et sontprésentés
les différents groupes derégression
mis en évidence parl’analyse statistique
et lesprélèvements
entrelesquels
les diminutions depopulation
lesplus importantes
sontenregistrées.
Il existe une certaine
analogie
desphénomènes
observés pour les différentscycles,
dans
chaque biotope.
Certainesparcelles
ensoleillées de basse altitude telles que PK 51 montrent une évolution trèsprogressive
de la mortalité et de larégression
d’un stadeà
l’autre,
alors que lesparcelles
soumises à des conditionsplus rigoureuses
d’altitudeou
d’exposition
comme Castellacce-Haut ou Mezza-Lunaprésentent
despaliers plus
accentués suivis de chutes
importantes
de lapopulation,
et d’un abaissement brutal de lapente
de la droite derégression.
La mortalité affectant les
premiers âges
larvaires est dans tous les cas faible et neparaît
pasavoir,
dans leNiolo,
une incidence déterminante(des
observations iden-tiques
sont faites par G.DE>utoL!rr,
au MontVentoux).
En
revanche,
la mortalité affecte essentiellement les stadessuivants,
àpartir
dutroisième,
mais sonimportance
même et lesphases critiques auxquelles
elle intervientvarient selon les trois
cycles.
Ces différences ne peuvents’expliquer
parl’impact
desparasites.
En
effet,
leparasitisme
des larves essentiellement dû àPhryxe
caudata Rond.présente également,
comme leparasitisme
desoeufs,
des variations relativement faibles.Toutefois
(fig. 1),
onobserve,
en1969, lorsque
lespopulations
deprocessionnaire
ré-gressent, un taux de
parasitisme plus
élevé(cette
évaluation étant faite enpériode pré- hivernale, époque
àlaquelle
les données sont lesplus représentatives
de l’action de ceparasite).
Par contre, les variations de
populations s’interprètent
assezsimplement
si l’ontient compte des conditions
climatiques
et de leur incidence sur laphénologie
del’insecte,
ainsi que du niveau depopulation
initial de chacune desgénérations.
Nous
disposons
pour cela des informationsclimatiques (figure 4)
duposte
de laMétéorologie
Nationaleimplanté
à la maison forestière dePopaja
dans une situationaltitudinale moyenne
(1
074m)
du massif forestier et des observations faitesrégulière-
ment sur l’évolution dans le temps des colonies de chenilles sur un ensemble de
pins voisins,
danschaque parce’le,
despins
échantillonnés. Ces observations sont rappor- tées sur lafigure 5,
où les segments de droitesqui séparent
les stadescorrespondent
aux
éclosions,
aux mues et à ladispersion
et donnentschématiquement
le pourcentage des individusqui
ont subi ces événements.1.241.
Cycle
1965-1966Le
cycle
1965-1966 durantlequel
les chenilles ont évolué sous des conditionsclimatiques
favorables peut êtrepris
comme référence. Les dates d’éclosion sont d’au- tantplus
tardives que l’altitude est élevée. Cet écart s’accroît au cours despremiers
stades et on note que la
population
deMezza-Luna,
enexposition Nord,
sedéveloppe plus
lentement que celle de Pente desGenêts,
situéeplus haut,
mais mieuxexposée.
Dhns les
parcelles
lesplus
favorisées(PK
51 et Pente desGenêts),
il y aquelques
larves du 5’ stade avant
l’hiver ;
aucontraire,
àCastellacce-Haut,
de nombreuseschenilles ne se trouvent
qu’au
3° stade. Ces cas extrêmes mis àpart,
ce sont les larvesdu 4’ stade
qui
subissent lapériode
hivernale. Auprintemps,
lareprise
d’activité estrapide
et les derniers stades sont d’autantplus
courts que ledéveloppement
antérieura été
long.
Ladispersion
des chenilles enprocession
a lieu en mai ou les différencesprécédemment
observées sont encoremarquées
mais suffisamment faibles pour que laquasi-totalité
de cettedispersion
s’effectue dans toutes lesparcelles
en un seul mois.La mortalité se manifeste surtout entre le 3&dquo; et le 4&dquo;
prélèvement,
au troisièmestade larvaire
essentiellement,
avec une tendance à affecter des stadesplus jeunes
enaltitude
(Castellacce-Haut,
2&dquo;stade)
etplus âgés
dans les localisations peu élevées(PK 51,
4&dquo;
stade).
Elle est essentiellementpréhivernale
etparticulièrement
élevée dans les par- cellessurpeuplées (Pente
desGenêts, Castellacce-Bas)
où onenregistre
desphénomènes
de famine caractérisés. Cette réduction coïncide dans les
régions
de basse altitudeavec la manifestation
épidémique
d’une virose à Smithiaviruspityocampae Vago (PK 51,
Pente desGenêts),
mais estenregistrée
dans toutes lesparcelles
et résultevraisemblablement du haut niveau de
population
atteint en 1965 dans tout le massif forestier. La mortalité hivernale est par contre extrêmement faible et coïncide avec un hiver doux.1.242.
Cycle
1967-1968Par rapport à l’hiver
1965-1966,
l’hiver 1967-1968présente
destempératures
moyennes
plus
basses et une duréed’enneigement
accrue. En cequi
concerne les tem-pératures
estivales etautomnales,
1967 est un peuplus
chaud que1965,
cequi peut s’expliquer
par l’abondance desprécipitations
de 1965(cf.
courbespluies
etnébulosité).
Les pontes et les éclosions
présentent
d’uneparcelle
àl’autre,
undécalage
dans le tempsidentique
à celui ducycle
1965-1966. La durée despremiers
stades estcomparable
mais leur
développement
estplus
lent dans lesparcelles
de basse altitude(PK 51)
et
plus rapide
dans lesparcelles élevées,
de telle sorte que Castellacce-Bas est endécembre la
parcelle
laplus
avancée et la seule àprésenter
des chenilles en L 5, ce que peutexpliquer
l’ensoleillementplus important
d’été et d’automne parrapport
au
cycle précédent.
A cetteexception près,
les chenillespassent
l’hiver en L4,
le déve-loppement
hivernal estplus
lentqu’en 1965-1966,
vraisemblablement à cause de l’hiverplus rigoureux
et se traduitmalgré
un 5&dquo; stadeplus
bref par desprocessions plus
tardives auprintemps
suivant.La mortalité est
plus tardive ;
onl’enregistre principalement
entre lesprélève-
ments 4 et
5,
c’est-à-dire sur le 4&dquo; stade.Toutefois,
certainesparcelles
trèspeuplées,
comme
Castellacce-Bas, présentent
encore une mortalité du type de1965-1966,
avec desphénomènes
dejeûne
caractérisés et une chute depopulation préhivernale
au3’ stade
larvaire ;
des cas de viroses sonttoujours
notés à Pente des Genêts. Mais cecycle
est surtout caractérisé par une mortalité hivernale due à un hiverfroid,
d’autantplus importante
que lesparcelles
se trouvent enexposition
nord ou en altitude élevée.1.243.
Cycle
1969-1970Le déficit
thermique,
parrapport
aucycle 1965-1966,
est encoreplus
accentuépour l’hiver 1969-1970.
Celui-ci, particulièrement
froid etprécoce
estprécédé
par un mois d’octobre médiocre et seprolonge
auprintemps. L’enneigement
atteint sadurée maximum et la
neige
restepratiquement
enplace
de fin novembre à fin mars.L’évolution est
particulièrement
lente : la lenteur de l’incubation et du déve-loppement
despremiers
stades est liée à desdépôts
deponte
tardifs et aux faiblestempératures
du mois dejuillet
et de l’automne. Si lesparcelles
de basse altitude(PK 51) parviennent
au 4’ stade avantl’hiver,
uneproportion
delarves,
d’autantplus
forte que le site se trouve
plus
en altitude ou enexposition nord,
abordel’hiver,
au 3&dquo;
stade,
ou en cours de mue. Castellacce-Haut et Mezza-Luna sont lesparcelles
les
plus
défavorisées. L’évolution hivernale est très ralentie et lareprise
d’activitétardive à cause de la
prolongation
de l’hiver.Malgré
un 5’ stadebref,
lesprocessions
ont lieu encore
plus
tardqu’en
1968 et ne commencent pas avant la fin mai.La mortalité est
principalement hivernale,
elle seproduit
avec son maximumd’intensité entre le 4eet le 5’
prélèvement (4’ stade)
dans lesparcelles
de basse altitude(PK 51,
Pente desGenêts),
et entre le 3’ et 4&dquo;prélèvement (3’ stade)
dans les sites élevés ou enexposition
Nord(Castellacce, Mezza-Luna).
Elle est d’autantplus
accen- tuée(figures
2 et3)
que lesparcelles
sont situées à une altitude élevée ou en expo- sition Nord(Castellacce-Haut, Mezza-Luna).
Les observations sur le terrain confirmentce fait : à cause de la lenteur du
développement
larvaire et de laprécocité
del’hiver,
de nombreuses
chenilles,
surtout dans lesparcelles
où elles étaient défavorisées parl’exposition
etl’altitude,
étaient encore au 3’stade,
ou à la mue L 3-L4,
lorsdes
premières
chutes deneige,
finnovembre,
et n’avaient pas tissé de nids définitifs suffisamment structurés pour affronter la mauvaise saison.Beaucoup
moururent durantl’hiver. Celui-ci fut très
rigoureux
et le recouvrement des arbres par laneige
nepermit
que de rares
prises
de nourriture. Deplus,
toutes les colonies situées sous la couche deneige (7
m àCastellacce) périrent. Enfin,
à lareprise d’activité,
auprintemps,
les dernières chenillesqui
n’avaient pas atteint le 4&dquo;stade,
furentincapables
dereprendre
leur
tissage
et moururent.1.3. Discussion
Il est intéressant de constater que la
processionnaire,
insectegénéralement astreint,
pour une
grande
part, à une vie larvaire active durantl’hiver,
etpassant
pour y être bienadapté (D E moLIN, 1969)
semblecependant
se trouver souvent, dans les vallées d’altitudes corses, dans des conditionsclimatiques
limitantes.Durant les trois
cycles
étudiés dans leNiolo,
lesagents biotiques (parasites, virus)
ne
paraissent
pas avoir eu un rôledéterminant ;
la mortalité au cours de la vie aériennea été
principalement
conditionnée par le niveau même depopulation
atteint et par des facteursclimatiques
déterminant durant l’hiver une mortalité larvaire d’autantplus
élevée que lesparcelles
sontexposées
au Nord ou situéesplus
en altitude et que ledéveloppement
estplus
tardif.Ces différentes conclusions sont illustrées de
façon
un peu différente par unereprésentation graphique empruntée
à VnRLFT & GRADWELL(1960) (fig. 6) ;
sur cettefigure,
les variations cfe la mortalité d’unbiotope
àl’autre,
sontreprésentées
compara- tivement pourchaque
stade et pour l’ensemble de la vie larvaire.Le niveau de
population
estexprimé
enlogarithmes.
La mortalité entre deux
prélèvements
est traduite par lelogarithme
du niveau depopulation
dupremier prélèvement (A)
moins lelogarithme
du niveau depopulation
du
prélèvement
suivant(B),
soit :A
ce rapport étant d’autant
plus
élevé que la mortalité est forte entre les deuxprélève-
ments.
De
même,
la mortalité totale ducycle peut s’exprimer
par :W - — ]r.f, l,..l -1!,! <Ai
où
(co) représente
lapopulation
au stade eeufs et(6)
celle du 6°prélèvement (dispersion).
Elle est la somme des mortalités
k,
observées àchaque stade,
entre deuxprélè-
vements.
La similitude des variations de la mortalité totale K et de la mortalité relative à un stade déterminé k montre
l’importance
de la mortalité à ce stade pour rendre compte des différences de mortalité observées sur l’ensemble de la vie larvaire d’uneparcelle
à l’autre.Bien que la mortalité au stade oeuf soit
notable,
ses variations sont sansrapport
avec celles de la mortalité totale. Il en est de même pour lespremiers
stades larvaires.Par contre, la mortalité au cours des derniers stades a
beaucoup d’importance :
- en
1965-1966,
la courbe entre le 3&dquo; et le 4’prélèvement (3&dquo;
stadelarvaire) évoque déjà
celle de la mortalité totale et met en évidence l’effet de la mortalité de laparcelle
laplus surpeuplée (Pente
desGenêts).
Lephénomène
est encoreplus
netpour les derniers stades
larvaires ;
- en
1967-1968,
on voitapparaître
de la mêmefaçon
dès le 3’stade,
l’inci-dence de la mortalité de la
parcelle surpeuplée Castellacce-Bas, qui
sepoursuit
commedans le cas
précédent
au cours du stade suivant : la mortalité survenant entre lespré- lèvements 4
et 6 est étroitement liée à la mortalitétotale ;
- en
1969-1970,
la mortalité intervient defaçon
déterminante au 3’ stade pour lesparcelles
lesplus
défavorisées par les conditionsclimatiques
et d’unefaçon
moindreau 4e stade pour les sites les
plus ensoleillés ;
-
enfin,
si les courbes de mortalité totale descycles 1965-1966,
et1967-1968, présentent
une certaineanalogie
avec les courbes du niveau depopulation,
cette relationdisparaît
totalement en 1969-1970.2. Étude des fluctuations
transcycliques
2.1. Méthodes
Les nids de
processionnaire
sontrecensés, après
l’hiver pourchaque cycle,
sur1 500
pins environ, répartis
sur toute la vallée selon unéchantillonnage
au hasardstratifié
(C. G ERI , 1971).
Dans le double but d’améliorer laprécision statistique
des résultats et de contrôler localement l’évolution despopulations,
le massif est diviséen 10 zones et 34 sous-zones. Les zones sont délimitées en fonction des
grandes
divi-sions
topographiques
de lavallée,
les sous-zonescorrepondant
auxprincipaux types
depeuplements qui
forment desétages
altitudinaux :peuplements
clairs de bassealtitude,
denses aux environs de 1 000 m,moyennement
denses de 1 200 à 1 350 m en moyenne,pins
isolés tabulairesqui
s’étendentjusqu’aux
limites altitudinales(1
500 -1 600
m)
de la forêt (*).Dans
chaque
sous-zone desplacettes
de 400 m2 sontpréalablement
tirées auhasard sur carte à
chaque cycle.
Les dénombrements sont effectués à raison d’unpin
par
placette.
En1970,
laprécision
constatée apermis,
sansgrand risque,
de diminuer l’intensité dessondages :
les dénombrements furent effectués à raison d’uneplacette
pour 5 hectares au lieu de 4
hectares,
au cours descycles précédents ;
toutefois dans les zonesE,
F et H unplan
desondage
hiérarchisé fut réalisé afin de déterminer le meilleur moded’échantillonnage ;
celui-ci n’a pasapporté
de résultatspermettant
dejustifier, compte
tenu desimpératifs pratiques,
une modification duplan
desondage
initial.
Les estimations de la variance des
populations
sont données :- au niveau de la sous-zone par la formule
proposée
par C.MILLIER,
Directeur de la Station de Biométrie de l’LN.R.A. àNancy,
Var N x = N2Var x + X2Var N+ 2 x N
(cov.
xN),
où x est le nombre moyen de nids parpin,
N l’estimation du nombre total depins
dans la sous-zone ;- au niveau de la zone, par la somme des estimations des sous-zones ;
- au niveau des
étages
depeuplement
et de lavallée,
par la somme des estima- tions des zones.Le terme 2 x N
(cov
xN)
estnégligé.
Cette covariance estgénéralement néga-
tive. Il en résulte que l’erreur est un peu surestimée.
(
*
) On dénombre environ 400 pins à l’hectare en moyenne pour les peuplements denses, 200 pour les moyennement denses et 80 pour les deux étages de pins clairs.
Les dénombrements sont
complétés
par une collecte de nids pour examens para-sitologiques
etpathologiques,
à raison d’un pour 5placettes environ ;
15 chenillespar nid sont
disséquées
pour l’observation desparasites
et servent à la confection de frottis pour l’examen des maladies. Ces informations ne traduisent en fait l’état sanitaire despopulations qu’au
seul 5’âge
larvaire. Elles fournissentcependant
desimages
de l’activité des facteursbiotiques représentatives
de toute la vallée et compa-rables entre
cycles.
Enfin,
sont relevées certainescaractéristiques
de l’environnement forestier sur toutes lesplacettes
échantillonnées :- au niveau des
placettes :
.’l’exposition ;
e
l’altitude ;
. la nature des
peuplements (nombre d’étages
depins laricio,
hauteur moyenneet densité des
arbres, mélange
avec desfeuillus) ;
a le nombre de
pins.
- au niveau de l’arbre échantillonné :
e la hauteur et le diamètre à 1 m 30.
Ces
données,
outre leur intérêt pour la connaissance des facteurs de variabilité du niveau depopulation
et l’amélioration duplan d’échantillonnage,
sont utiles pourinterpréter
larépartition
despopulations
ainsi que les fluctuationsenregistrées
d’uncycle
à l’autre. Le nombre depins
intervient dans les calculs depopulation.
2.2. Résultats 2.21. Evolution des
populations
Les estimations des niveaux de
population
àchaque cycle,
par zones, par sous- zones, partypes
depeuplement
et pour toute la vallée sontrapportées (tabl. 2).
Les nombres moyens de nids parpins
observéschaque
année dans les différentes sous- zones sontégalement représentés
sur la carte du Niolo(figure 7).
On
enregistre,
ducycle
1965-1966 ausuivant,
une réduction relativement faible maissignificative
du niveau de lapopulation
de lavallée, qui
diminue de 8 758 000 nids en 1966 à 6 822 000 en 1968(valeurs
arrondies enmilliers).
Cette réduction affecte laquasi-totalité
des zones et sous-zones àl’exception
dequelques
zones d’altitude
(D,
E etJ)
constatationqui
recoupel’hypothèse, suggérée
par l’étudeparcellaire,
d’une colonisation ou d’un maintienpréférentiel
despopulations
dans leszones d’altitude. De
même,
lafigure
7 montre unerépartition
très voisine des popu- lations en 1966 et en1968,
mais une diminution dans la zone F de basse altitude et un accroissement dans lespeuplements
d’altitude des zones D etE,
et des zonesH, I,
Jqui
forment la vallée annexe de Calasima.Du
cycle
1967-1968 aucycle 1969-1970,
la réduction depopulation
est beau-coup