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Submitted on 1 Jan 1872
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Sur la capillarité
E. Duclaux
To cite this version:
E. Duclaux. Sur la capillarité. J. Phys. Theor. Appl., 1872, 1 (1), pp.350-363.
�10.1051/jphystap:018720010035000�. �jpa-00236799�
SUR LA CAPILLARITÉ;
PAR M. E. DUCLAUX.
[Extrait par l’auteur d’un travail inédit intitulé : Théorie élémentaire de la capillarité (1) ].
La partie de la Physique qui traite des phénomènes capillaires a toujours été considérée, à bon droit, comme une des plus difficiles
à exposer avec simplicité et clarté. Les expériences y abondent, il
est vrai, mais elles sont tellement discordantes qu’on est obligé
d’en éliminer arbitrairement quelques-unes pour arriver à établir des lois précises. D’un autre côté, les théories connues sur ce sujet
sont des travaux exclusivement mathématiques, dépassant de beau-
coup le niveau commun des études.
Je voudrais essayer d’en esquisser ici une nouvelle qui n’a pas la prétention de pénétrer aussi loin que ses aînées dans la véritable
nature des phénomènes, mais qui présente l’avantage d’être d’ac- cord avec tous les faits, de les interpréter simplement, et d’avoir
une base exclusivement expérilnentale : c’est celle dans laquelle on
fait intervenir la tension superficielle des liquides, sur laquelle des
travaux nombreux ont récemment rappelé l’attention.
Principe. - Toutes les fois qu’un liquide présente une surface libre, il y est comme enveloppé dans une couche contractile, d’é- paisseur très-faible, constamment tendue, se reformant lorsqu’elle
est brisée, et dont on peut se faire une idée nette, lorsque tout est en
repos, en la comparant à une melnbrane très-mince de caoutchouc
enserrant le liquide.
Voici les expériences qui mettent cette force en évidence :
1 ° A une lame mince verticale de laiton est soudé un fil métal-
lique BC (fig. i ~, courbé en arc de cercle. Un deuxième fil très- (1) Ce travail doit paraître prochainement.
Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphystap:018720010035000
mince, pénétrait en 0 par son extrémité recourbée dans un trou
pratiqué dans la laine, peut tourner librement autour de ce point
en s’appuyant sur BC. Le fil étant en OD, on le mouillc, ainsi que la lame, avec de l’eau de savon, ou mieux avec le liquide glycéridue
de M. Plateau, puis on amène le fil en OD, ce qui détermine la for- mation d’une lame liquide. Si alors on l’abandomne à lui-même, oii
voit cette lame se contracter rapidement et ramener le fil à son point
de départ, malgré l’ action de la pesanteur ( Dupré ~ .
2° Sur un cadre de fil de fer on produit, avec le liquides de
NI. Plateau, une lame liquide sur laquelle on dépose doucement un
anneau de fils de cocon, qui y prend une forme quelconque. Si l’on
crève la portion de lame intérieure à l’anncau, celui-ci se tend brus- cluement en prenant une forme circulaire, qui témoigne qu’en tous
ses points existe une tension constante (van der 8Iensbru~gghe ) .
30 Un vase rectangulaire AliGD (.fi 9-), très-peu profond, a
trois de ses parois latérales fixes. La quatrième CD est une lame métallique mince, bien dressée, posée simplement sur le fond, ap-
pliquée, dans une situation un peu inclinée, contre un butoir C et
maintenue dans cet état à l’aide d’un fil DE. Les choses étant ainsi
disposées, on verse de l’eau dans le vase, de manière à amener la surface au niveau du bord supérieur de la lame mobile qui doit être
mouillée partout, puis on brûle le fil, et aussitôt la tension super- ficielle du liquide fait tourner la lame autour de sa base et la jette
en dedans, malgré la poussée hydrostatique qui tend à produire le
’mouvement en sens contraire (Dupré).
4° Si, sur la surface libre d’un liquide, on place un anneau de
fil de cocon, il y prend une forme quelconque. Si ensuite, en son milieu, on dépose une goutte d’un autre liquide ayant une tension
superficielle plus faible que le premier, l’anneau se tend encore,
comme tout à l’heure, en prenant une forme circulaire sous l’ac- tion prédominante du liquide extérieur (van der lVlensbruggl1e ).
5° On saupoudre de grès fin la surface d’une masse de mercure,
et, en un point quelconque, on enfonce une baguette de verre bien
propre. Tout se passe alors colmnc si le grès se trouvait sur une
membrane qui recouvrirait le mercure. Le tube qui s’enfonce en-
traîne avec lui la couche superficielle et la poussière qu’elle porte, et, si la cuve est assez profonde, on peut faire disparaître le stable
cn entier. Enlèvc-t-on la baguette, la couche enfoncée remonte à la
surface et lc grès s’étale de nouveau. Avec l’eau et la poudre de lycopode, on peut reproduire le même phénomène. Il faut avoir soin seulement d’employer une baguette assez bien graissée pour que l’eau ne la mouille pas.
Concluons donc que, dans tout liquide, qu’il soit en couche
mince ou en couche profonde, il y a à la surface une membrane
liquide d’épaisseur très-faible et dans laquelle existe une tension.
Si nous la supposons coupée en deux parties par un plan normal quelconque, sur chaque unité de longueur de la section exis- teront, à l’intérieur de la inembrane , deux forces contraires
perpendiculaires au plan sécant, égales entre elles, et qui agiront
pour maintenir au contact les deux surfaces séparées par le plan.
Nous appellerons tension supel.ficielle la v alcur en milligrammes
de ces forces par lnillimètre de longueur de la section, et voici com-
ment on la mesure : il y a pour cela divers procédés que nous ren-
contrerons successivement dans le courant Jde cet exposé ; je Ille
bornerai pour le moment à citer le plus direct, dû à 1~T. van der Mensbruggl1e.
Un fil fin de coton est tendu horizontalement entre deux points
fixes distants d’environ 12 centimètres. D’autre part, un tube en
verre de i décimètre de longueur et de i millimètre à peu près de
diamètre extérieur, est garni près de chacune de ses extrémités d’un
anneau de fil de fer mince, et supporte, par un fil de cocon attaché
en son milieu, un petit plateau de papier. Pour inesurer une ten-
sion, on mouille d’abord du liquide à essayer le fil horizontal, puis
on transporte le tube sous celui-ci, de manière qu’il le touche par
ses deux petits anneaux. Entre ce tube et le fil horizontal règne
ainsi un espace étroit que l’on remplit du même liquide avec un pinceau, après quoi on abandonne le tube, qui demeure suspendu,
par la tension des deux faces de la laine liquide. On verse alors
doucement du sable fin sur le petit plateau, jusqu’à ce que le tube
se détache. Le poids en milligrammes du tube du plateau et du
sable, divisé par le double du nolnbre de millimètres compris
entre les deux anneaux, donne alors la tension superficielle du liquide.
C’est par ce procédé et d’autres analogues qu’ont été déterminés
par divers cxpérimentateurs les nombres suivants, qui représentent
les tensions superficielles de divers liquides, à 15 degrés environ.
Théorie capillaire.
Il résulte de ce que nous venons de voir sur la tension superfi-
cielle que, lorsque la surface libre d’un liquide est plane, il n’y a
aucune force normale au liquide. La membrane qui le recouvre,
fortement attachée aux parois du vase par des forces dont l’étude
est en dehors de notre sujet, et qu’il faut admettre, quelle que soit
la théorie qu’on adopte, est tendue seulement dans le sens horizon-
tal. Mais toutes les fois que le liquide présente une surface courbe,
’