Universit´e Lyon 1 M1 EADM Alg`ebre g´en´erale Automne 2012
Partiel du 7 Novembre 2012.
Corrig´e
Exercice 1
1) Donner une preuve des assertions suivantes
A1. - Tout sous-groupe de Z (pour l’addition) est de la forme nZ pour un entier n ∈ N . D´emo: pour commencer, le sous-groupe trivial {0} = 0Z.
Soit K < Z un sous-groupe non trivial et n ∈ K \ {0}. K ´etant un sous-groupe il contient aussi −n. Il contient donc un ´el´ement strictement positif, i.e.
K ∩ (N \ {0}) 6= ∅.
Notons a = min(K ∩ N \ {0}). K ´etant un sous-groupe on a aZ < K.
On va montrer que K < aZ: soit n ∈ K. Par division euclidienne on a n = qa+r, 0 ≤ r ≤ a−1.
Puisque −qa ∈ K, le reste r = n − qa est ´el´ement de K et la majoration r < a implique r = 0 par choix de a.
A2. - Tout groupe cyclique d’ordre n ∈ N \ {0} admet exactement φ(n) g´en´erateurs.
[L’indicatrice d’Euler φ(n) est le nombre d’entiers l ∈ [1, n] tels que pgcd (l, n) = 1.]
D´emo: Tout ´el´ement d’ordre n est un g´en´erateur de G.
Ecrivons G = hxi. Pour l ∈ [1, n],
ordre(xl) = ordre(x) pgcd(l, ordre(x)).
D`es lors ordre (xl)= ordre (x) = n ssi pgcd (l, n) = 1 et il y a φ(n) ´el´ements d’ordre n.
2) Soit p, q ∈ N \ {0}, p < q et soit p q = a1
2 + a2
22 + . . . + an
2n + ...
le d´eveloppement propre de pq en base 2.
- Donner l’algorithme permettant de calculer les coefficients an, n ∈ N \ {0}.
- Expliquer avec soin pourquoi ce d´eveloppement comporte une partie transitoire de longueur 0 ≤ L ≤ q − 1 suivie d’une partie p´eriodique de p´eriode 1 ≤ T ≤ q.
- Il s’agit d’´ecrire p
q = 1 2
2p q = 1
2
a1q + r1
q = a1
2 + 1 22
2r1
q = a1
2 + 1 22
a2q + r2
q = a1
2 + a2
22 + 1 23
2r2
q = . . . .
L’algorithme consiste donc en une succession de divisions euclidiennes p = 0 q + r0
2r0= a1q + r1
2r1= a2q + r2
...
2rn= an+1q + rn+1
...
- Les restes r0, r1, . . . de la division par q satisfont `a 0 ≤ rn ≤ q − 1, d`es lors 2 des q + 1 premiers restes r0, . . . , rq sont ´egaux, i.e. il existe k, l avec 0 ≤ k < l ≤ q tel que rk = rl. Par unicit´e du quotient et du reste de la division euclidienne, on a alors ak+n = al+n pour tout n ≥ 1.
En posant τ = l − k ceci s’´ecrit ak+n = aτ +n+k pour tout n ≥ 1 ou encore am= aτ +m, pour tout m ≥ k + 1.
Le d´eveloppement contient une partie transitoire de longueur L = k v´erifiant 0 ≤ L ≤ q − 1 suivie d’ une partie p´eriodique de p´eriode T = l − k telle que 1 ≤ T ≤ q.
Exercice 2
R´epondre par vrai ou faux aux assertions qui suivent. On veillera `a justifier toute r´eponse avec soin.
On d´esigne par Un le groupe multiplicatif des racines n−i`emes de l’unit´e dans C.
1) A isomorphisme pr`es il y a un seul groupe d’ordre premier p.
C’est vrai: Soit G un groupe d’ordre p. Par Lagrange, l’ordre de x ∈ G divise p, i.e. vaut 1 ou p. Tout x distinct du neutre est donc d’ordre p et on a hxi = G (car ils ont mˆeme ordre p).
Enfin, tout groupe cyclique d’ordre n ´etant isomorphe `a Zn, on a G ' Zp.
2) Pour tout nombre premier p ∈ N et tout r ∈ N \{0}, le groupe Upradmet r+1 sous-groupes.
C’est vrai: Upr est cyclique d’ordre pr. Par le cours, pour tout diviseur d de pr, Upr admet un unique sous-groupe (cyclique) d’ordre d. Il y a donc r + 1 sous-groupes d’ordre respectifs 1, p, . . . , pr−1, pr.
3) Pour tout couple (p, q) ∈ N2 de nombres premiers distincts et tout couple (r, s) ∈ N2 le groupe produit Upr× Uqs (de loi (u, v) · (u0, v0) = (uu0, vv0)) est un groupe cyclique.
C’est vrai: l’´el´ement (e2πipr , e2πiqs ) est d’ordre prqs =| Upr× Uqs | .
4) Pour tout couple (p, q) ∈ N2 de nombres premiers distincts, il existe un r´eel r ∈ R tel que Z ln(p) + Z ln(q) = Zr.
[ln(x) est le logarithme n´ep´erien de x ∈ R>0. ]
C’est faux: si c’´etait vrai on aurait ln(p) = mr et ln(q) = nr et donc ln(p)ln(q) = mn i.e. ln(pn) = ln(qm). En prenant l’exponentielle, on aurait
pn = qm.
Cette ´egalit´e contredit l’unicit´e de la d´ecomposition primaire d’un entier.
5) Pour un entier b ∈ N \ {0, 1}, on note anan−1· · · a1a0b l’entier a0+ a1b + . . . + anbn, an6= 0 et pour tout j ∈ [0, n], aj ∈ [0, b − 1].
Aucun des entiers de la suite (10101b, 101010101b, 1010101010101b, . . .) n’est premier.
C’est vrai: cette suite s’´ecrit
1 + b2+ b4, 1 + b2+ b4+ b6+ b8, , 1 + b2+ b4+ . . . + b12, . . . Ses termes sont donc de la forme
1 + b2+ b4+ . . . + b4n, n ∈ N \ {0}.
En posant a = b2, on a
1 + a + a2+ . . . + a2n= a2n+1− 1 a − 1
= b4n+2− 1 b2− 1
= (b2n+1− 1) (b − 1)
(b2n+1+ 1) (b + 1)
= (1 + b + . . . + b2n)(1 − b + b2− . . . + b2n−2− b2n−1+ b2n).
Comme pour b ≥ 2, n ≥ 1 on a (b2n+1(b−1)−1) ≥ 2 et (b2n+1(b+1)+1) ≥ 2, l’entier 1 + b + b2+ . . . + b4n est compos´e pour tout n ≥ 1.
6) Pour tout entier naturel n ∈ 2N + 1 l’´ecriture propre en base 2 de n1: 1
n = a1
2 + a2
22 + a3
23 + . . . , ai∈ {0, 1}, est strictement p´eriodique de p´eriode un diviseur de φ(n).
C’est vrai: c’est une question de cours. On a 2∧n = 1. Le d´eveloppement de n1 est strictement p´eriodique de p´eriode ´egale `a l’ordre de la classe de 2 dans le groupe Zn?des inversibles multiplicatifs de Zn. Par Lagrange, cet ordre est un diviseur de | Zn?|= φ(n).
7)? On d´esigne l’ensemble des nombres premiers par P. Le produit Πp∈P, p≤n(1 −1
p)
repr´esente la proportion d’entiers dont les facteurs premiers sont strictement sup´erieurs `a n ∈ N \ {0}.
C’est vrai. Voici un argument bas´e sur la fonction Ln(x) ´etudi´ee en cours: Soit p premier et x ∈ N . On sait que Lp(x) = x − [xp] est le nombre d’entiers premiers `a p entre 1 et x. D`es lors Lpx(x) est la proportion d’entiers entre 1 et x premiers `a p. En ´ecrivant x = lp + r (division euclidienne de x par p) on a
Lp(x)
x = 1 −[l + rp]
lp + r = 1 − 1 p +rl.
En passant `a la limite il vient limx→∞Lp(x)
x = 1 − 1p.
L’argument est analogue pour Lp1p2...pl(x) o`u 2 = p1 < p2 < · · · < pl ≤ n est la liste des nombres premiers entre 2 et n.
8) Quels que soient les entiers a ∈ N \ {0} et n ∈ N \ {0, 1}, il existe un entier l ∈ N \ {0} tel que al ≡ 1[n].
C’est faux: si l existe, alors la classe a ∈ Zn est un inversible (multiplicatif) d’inverse al−1 et donc a ∧ n = 1.
9) Quels que soient les entiers l ∈ N \ {0} et n ∈ N \ {0, 1}, l’´equation xl≡ 1[n], x ∈ Z
admet au plus l solutions modulo n.
C’est faux: voici un contre-exemple: pour n = 8, les entiers 1, 3, 5, 7 satisfont `a x2≡ 1[8].
10) La r´eunion S
r∈N \{0}Nr est un ensemble non d´enombrable.
C’est faux: Nr est d´enombrable et toute r´eunion d´enombrable d’ensembles d´enombrables est d´enombrable.
11) Il existe une suite d’ensembles non d´enombrables (An)n∈N telle que pour tout n ∈ N, An
ne soit pas ´equipotent `a An+1.
C’est vrai: prendre A0= P (N ) et pour tout n ≥ 0, An+1= P (An). Par le lemme des Cantor, ces ensembles sont non d´enombrables et non ´equipotents.
Exercice 3
Soit a ∈ N \ {0, 1} et (m, n) ∈ N2 tel que m < n.
1) Montrer que pgcd(am− 1, an− 1)= pgcd (am− 1, an−m− 1).
L’´egalit´e
an− 1 = an−m(am− 1) + (an−m− 1)
nous dit que Div(an− 1, am− 1) = Div(am− 1, an−m− 1). En particulier les pgcds sont ´egaux.
2) Montrer que
pgcd(am− 1, an− 1) = pgcd(am− 1, ar− 1) o`u r est le reste de la division euclidienne de n par m.
Observer que pour q tel que mq ≤ n,
pgcd(am− 1, an− 1) = pgcd(am− 1, an−m− 1)
= pgcd(am− 1, an−2m− 1) = . . . = pgcd(am− 1, an−qm− 1).
Pour q0 le plus grand entier tel que q0m ≤ n, n − q0m = r est le reste de la division euclidienne de n par m.
3) En vous servant de l’algorithme d’Euclide, d´eduire du 2) la valeur de pgcd (am− 1, an− 1).
Par le 2)
pgcd(am− 1, an− 1) = pgcd(am− 1, ar− 1).
Si r = 0, le pgcd vaut am− 1. Si r 6= 0, it´erer i.e. effectuer la division euclidienne m = q2r + r2et appliquer le 2) `a r < m et m pour obtenir
pgcd(am− 1, ar− 1) = pgcd(ar− 1, ar2− 1).
L’ it´eration se termine au dernier reste non nul d de l’algorithme d’Euclide et on a pgcd(am− 1, an− 1) = ad− 1
o`u d =pgcd (m, n).
Exercice 4
On d´esigne par Sl2(Z) < Gl2(R) le sous-groupe constitu´e des matrices
a b c d
, (a, b, c, d) ∈ Z4, ad − bc = 1.
On pose
S = 0 −1
1 0
, T = 1 1 0 1
et on note hS, T i le sous-groupe de Gl2(R) engendr´e par S et T.
1)
- Expliciter les sous-groupes hSi et hT i engendr´es par S et T.
hSi = {S = 0 −1
1 0
, S2= −1 0
0 −1
, S3=
0 1
−1 0
, S4= 1 0 0 1
}
hT i = {Tn = 1 n 0 1
, n ∈ Z}
- Faire la liste des g´en´erateurs de hSi et hT i.
S et S3sont les 2 ´el´ements d’ordre 4 de hSi.
T et T−1 sont les seuls g´en´erateurs de hT i.
- Montrer que toute matrice de la forme 1 0 n 1
, n ∈ Z, appartient `a hS, T i.
Rappel: les ´el´ements de hS, T i sont les produits finis des matrices S, T, S−1, T−1. On a
ST−nS3= 0 −1
1 0
1 −n
0 1
0 1
−1 0
= 1 0 n 1
. 2) On se propose `a pr´esent de montrer que Sl2(Z) = hS, T i.
- Pour A = a b c d
∈ Sl2(Z) et m ∈ Z, calculer ST−mA.
ST−mA =
−c −d
a − mc b − md
.
- En vous servant de la division euclidienne, montrer, par une r´ecurrence sur n ∈ N , que toute matrice A = a b
c d
∈ Sl2(Z) telle que | c |≤ n est ´el´ement de hS, T i.
C’est vrai pour | c |= 0: en effet, A = a b 0 d
´etant de d´eterminant 1, on a (a, d) = (1, 1) ou (a, d) = (−1, −1) et
1 b 0 1
= Tb, −1 b
0 −1
= S2T−b.
Supposons vrai pour tout A avec | c |≤ n. Soit alors A avec | c |≤ n + 1.
On va distinguer 2 cas:
(1) a = 0
Comme det(A) = 1, on a
A = 0 b c d
=
0 ±1
∓1 d
et
S
0 ±1
∓1 d
= ±1 −d
0 ±1
. Par le cas c = 0, on a SA ∈ hS, T i i.e. A ∈ S−1hS, T i = hS, T i.
(2) a 6= 0
Par division euclidienne dans Z, a = qc + r, 0 ≤ r <| c |≤ n + 1. On a
ST−qA =
−c −d
a − qc b − qd
= −c −d r b − qd
.
Comme 0 ≤ r ≤ n, par hypoth`ese de r´ecurrence, ST−qA ∈ hS, T i i.e. A ∈ TqS−1hS, T i ⊂ hS, T i.
- Conclure que Sl2(Z) = hS, T i.
On a d´ej`a Sl2(Z) ⊂ hS, T i. Pour l’autre inclusion, observer que S, T ∈ Sl2(Z). Sl2(Z) ´etant un sous-groupe, il contient tout produit fini de S, S−1, T, T−1 i.e. tout ´el´ement de hS, T i.
3) D´eterminer le centre Z := {A ∈ Sl2(Z), ∀B ∈ Sl2(Z), AB = BA} du groupe Sl2(Z).
Puisque Sl2(Z) = hS, T i, A = a b c d
∈ Z ⇔ AS = SA et AT = T A. La premi`ere condition donne b = −c, a = d et ensuite la deuxi`eme donne c = 0. On a donc
Z = { 1 0 0 1
, −1 0
0 −1
}.