DÉTECTION DE LA TYLOSINE DANS LES TISSUS ANIMAUX
Paulette VALDEBOUZE Fernande BOZZI Danielle
FRÈRES Françoise
BALLAND Laboratoire d’Essai etd’Analyse
desAliments,
1,
RueSantos-Dumont,
Paris(i 5 e )
Institut national de la Recherche
agronomique
RÉSUMÉ
Grâce à une méthode améliorée de détection de la
tylosine
dans les tissusanimaux,
il a été confirméqu’aucun
desprincipaux
tissus de porcsayant
reçu, durant toute leurcroissance,
un aliment à ioo p.p.m.( 1 )
detylosine,
ne retientplus
de 0,4 p.p.m. de cet additif(limite
de détec-tion) .
INTRODUCTION
I,’addition de tylosine à la ration des porcs
a uneffet favorable
surleur croissance
!,JORDAN 8i al., i 9 6o, 10 6 1 ). Cependant, l’utilisation des antibiotiques
enalimentation animale
nedoit s’accompagner d’aucune accumulation de résidus susceptibles de
provoquer chez l’homme des phénomènes d’allergie
oul’apparition de souches micro- biennes résistantes.
FE RR A ND
O (ig68), faisant mention d’un travail
nonpublié de B; ~ xx M err
etVAN
D
UYN ( 19 6 4 ), indique que l’ingestion de tylosine par le porc
neprovoquerait pas
l’apparition de résidus dans
sestissus même après l’emploi de doses élevées.
Après avoir procédé à la mise
aupoint d’une méthode sensible de détection de la tylosine dans divers tissus de porc,
nous avons,dans le présent travail, tenté de
mesurer
l’activité antibiotique résiduelle dans les tissus d’animaux ayant reçu durant quatre mois,
unedose élevée de tylosine.
( 1
)
p.p.m. =parties
par million.I. -
ÉTUDE CRITIQUE DE LA MÉTHODE
Tout
engardant le principe du dosage microbiologique par diffusion dans la
gélose ensemencée par Sarcina lutea A. T. C. C. 9341 (K LIN E et al., z 9 6 5 ),nous
avonschoisi d’autres solvants d’extraction que
ceuxproposés par
cesauteurs, préféré
auxcylindres les disques de papier-filtre imprégnés de l’extrait
etdéposés
surla gélose ensemencée ;
nous avonségalement
retenu unedéfinition différente de la sensibilité de la méthode. Ces modifications
sontincluses dans la méthode définitive décrite
en annexe.
r.
Déterminatio!a du seuil de sensibilité de la méthode
La sensibilité d’une méthode de détection de résidus à activité antibiotique
esttrès
souventdéterminée de la façon suivante :
unegamme étalon
estpréparée par dilution d’une solution d’antibiotique dans
unextrait de tissu témoin. La plus faible
concentration qui donne
une zoned’inhibition
sertà calculer la dose limite d’anti-
biotique pouvant être détectée.
Cette technique
estdifférente de celle pratiquée lors du dosage lui-même
etpeut conduire à des résultats erronés.
En effet, lors de la préparation de l’échantillon, le tissu
etl’antibiotique qu’il
contient
sontextraits ensemble par le solvant. En effectuant le dosage de l’antibio-
tique, ajouté
enquantités
connuesà des tissus témoins
avantextraction,
et en com-parant
ceséchantillons à
ceuxd’une gamme préparée à partir d’un extrait de tissu témoin,
nous avonsconstaté que les
tauxde
recouvrementsont souvent très éloignés
de
100, enparticulier pour les faibles doses (tabl. i).
K
LINE ( 19 6 7 )
aobtenu, pour le même antibiotique, des résultats
encoreplus significatifs ; il
enutilisait, il
estvrai, des doses plus faibles (tabl. 2 ).
Nous préférons donc, pour
notrepart, déterminer la sensibilité de la méthode
en
préparant les solutions étalons dans les mêmes conditions que les échantillons.
Pour cela, des quantités
connuesd’antibiotique
sontajoutées à des tissus témoins
avantextraction. La plus faible concentration d’antibiotique, donnant des
zonesd’inhi- bition parfaitement lisibles, indique la limite de sensibilité.
2
.
Choix du solvant d’extraction
K!,m! ( 19 67) utilise l’eau
commeagent d’extraction. Nous
avonspréféré employer, suivant les tissus, le méthanol pur
ou unmélange méthanol-tampon pH 8.
Ces deux bons solvants de la tylosine, plus volatils que l’eau, conduisent à
une concen-tration plus poussée
surles disques de papier-filtre et, de
cefait, à
uneamélioration de la sensibilité. En outre, ils facilitent la séparation des phases solide
etliquide lors
de la centrifugation des extraits.
Pour le muscle,
nous avonschoisi
unmélange à parties égales de méthanol
etde tampon phosphate-bicarbonate à pH 8. La limite de sensibilité ainsi atteinte
estde
0,2p.p.m.
contreo,6 p.p.m.
avecle méthanol pur.
Pour le foie,
nous avonsdû,
aucontraire, augmenter la proportion de méthanol
dans le mélange méthanol-tampon ; le solvant organique réduit la quantité de subs-
tances
extraites
enmême temps que l’antibiotique, qui gênent la concentration de l’extrait
surles disques de papier. Nous
avonsobtenu
unesensibilité de o,2 p.p.m.
en
utilisant
unmélange de méthanol
etde tampon dans la proportion 8 0/20
et unesensibilité de o,q. p.p.m.
avec cemême mélange dans la proportion 5 0/50 . Enfin, dans le
casdu sang,
nous avonsdû faire appel
auméthanol pur.
3
. Emploi de disques de papier
Nous
avonschoisi d’imprégner
enplusieurs fois des disques de papier-filtre par les extraits de tissus, ainsi qu’il
estpréconisé par PITRE
etO B aTOrr ( 19 6 4 ). La
concen-tration des extraits
estainsi facilitée
etle disque surchargé peut être mis directement
en contact avec
le germe
test.Cette technique
nerequiert que des moyens limités
etrend possible l’exécution de grandes séries de dosages.
q. Zones d’inhibition
nonspécifiques
Certains
auteurs(P ED E RS E N , rg6g ; P!xxnrrDO, 19 68)
ontsignalé la présence
de
zonesd’inhibition
nonspécifiques lors du dosage des antibiotiques dans les tissus
d’animaux témoins. Ces
zonespourraient être dues à des substances antibactériennes
d’origine cellulaire (SKA R NES
etWATSO N , 1957 ; SO I ,ARINO, I(!6I ; DEi<AUNAY, 1961)
extraites par le solvant utilisé. Dans
nosconditions opératoires,
nousn’avons jamais
observé la présence de telles
zonesà partir de divers tissus de porcs témoins.
II. -
APPLICATION
ALA DÉTECTION DE RÉSIDUS
A
ACTIVITÉ ANTIBIOTIOUÈ DANS LES TISSUS DE PORC
I,a méthode telle qu’elle
estdécrite
en annexe aété appliquée à la détermina-
tion d’un seuil de sensibilité de la détection de l’antibiotique dans chaque tissu analysé.
Les résultats obtenus
au coursde dosages répétés d’antibiotique ajouté à des
tissus d’animaux témoins
nousconduisent à proposer les limites de sensibilité sui-
vantes :Sang
... o,ià 0,2 mcg/ml
Foie
... o,2à 0,4 p.p.m.
Rein
... 0,2à 0,3 p.p.m.
Muscle
... 0,1à 0,3 p.p.m.
Graisse
...0,2 p.p.m.
La valeur la plus élevée
estseule
retenue commeseuil de détection de l’antibio-
tique dans le tissu considéré.
D’autre part, la mise
enévidence de résidus à activité antibiotique
aporté
surles tissus de dix porcs mâles castrés soumis à
unrégime antibiosupplémenté. Ceux-ci
ont
reçu, durant
unepériode de quatre mois,
unaliment composé de : Orge ... 72 p.100 Son
...10 p.100
Tourteau de soja ...
12p. 100 Composé minéral ... 2p. 100
Prémélange orge -!- vitamines
...4 p.
100Tylosine (incorporée par l’intermédiaire
du prémélange orge -!- vitamines)...
100p.p.m.
L’aliment
aété distribué à raison de 400 g de matière sèche par
10kg de poids vif jusqu’à 70 kg
et350 g de matière sèche par
10kg de poids vif au-delà de
cepoids.
Deux animaux
servantde témoins
ontreçu le même aliment
sansantibiotique. Les
animaux
ontété abattus à
unpoids compris
entre90
et 100kg. Les tissus prélevés
pour l’analyse (muscle, foie, rein, graisse, sang)
ontété conservés à !- 4 °C durant le temps précédant l’analyse (maximum 6 jours).
Chez
cesporcs ayant reçu dans leur aliment cinq fois la dose normale de tylosine,
il n’est apparu
aucuneactivité antibiotique supérieure
auxlimites de sensibilité de la méthode.
Il faut cependant
noterque
cettedernière
nedose que les résidus à activité
antibiotique extraits par le méthanol
ou unmélange méthanol-tampon. Certaines
formes
«liées
» et tousles produits de dégradation qui n’ont plus d’activité antibio-
tique lui échappent. Cette critique n’est pas spécifique de la présente méthode ; elle
marque la limite d’une technique intéressante, par ailleurs, par
soncaractère biolo-
gique
et sasensibilité.
Reçu pour publication
en novembre1969.
REMERCIEMENTS
Ce travail a été réalisé en
partie grâce
à la collaboration financière de la firme)rli-Lilly
àlaquelle
nous adressons nos remerciements.SUMMARY
DETECTION OF’ TYLOSIN IN PIG TISSUES
A method has been
developed
for themicrobiological
detection oftylosin
inpig
tissues.Extracts obtained from the tissues are concentrated on paper filter discs. Their antibiotic acti- vities were demonstrated
by
diffusion in an agar medium inoculated with Savcina Lastea A. T. C. C.93 41 .
When
applied
to theanalysis
of various tissues ofpigs receiving
a feedcontaining
ioo p.p.m.of
tylosin for 4 months,
this method shows that there are no residueshaving
an antibioticactivity higher
than 0.2mcgfml
for theblood,
0.4 p.p.m. for theliver,
0.3 p.p.m. for thekidney
and themuscle,
and 0.2for the fat. These levelscorrespond
to the limits ofsensitivity
of the method.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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Chlorure de sodium ... 9,12 g Eau distillée q.s.p... 1000 ml 4
. 6. Solution de citrate de sodium.
Citrate
trisodique
cristallisé ... 100 g Solution de chlorure de sodium( 4 . 5 )
q.s.p... 1000 ml5
.
Microorganisme
Sarcina lutea A. T. C. C. 9341.
5
. 1. Conservation de la souche mère.
Inoculer S. lutea sur milieu d’entretien
( 3 . 1 ).
Incuber4 8
heures à l’étuve à3 o°C.
Conserverau
réfrigérateur
entre 4 et iooc. Entretenir cette souche parrepiquage
hebdomadaire surgélose
inclinée.
5.
2
.
Préparation
de lasuspension
de gevmes.Récolter les germes d’une culture de
4 8
heures( 5 . I )
par 10ml de sérumphysiologique
stérile.La densité
optique (Coleman junior)
de lasuspension
ainsi obtenue doit être de 0,9 à6 30
nm.Déterminer,
par des essaispréliminaires,
laquantité
d’inoculum nécessaire pourobtenir,
avec les concentrationsd’antibiotique utilisées,
des zones d’inhibition aussigrandes
et aussi nettesque
possible.
L’inoculation du milieu de culture se fait à
4 8°C.
Conservée à -+-4 °C,
cettesuspension peut
être utilisée
pendant
15jours.
6.
Préparation
des échantillons 6. 1.Sang.
Recueillir le sang dans des flacons de i ooo ml contenant 150 ml de solution de citrate de sodium
( 4 . 6),
stérilisés 20minutes à 12ooC. Le conserver à -f-4 °C.
6. 2.
Muscle, graisse, foie,
rein.Débarrasser les muscles des nerfs et de la
graisse,
lesdécouper
et lesbroyer
au hachoir àviande. Traiter la
graisse
de la même manière.Découper simplement
au couteau le foie et le rein.Conserver les
prises
d’essais convenables dans des sacs de matièreplastique,
à !-4 °C,
en atten-dant
l’analyse.
7. Extraction
7. r. Muscle.
Peser 50 g de tissu.
Ajouter
50 ml demélange méthanol-tampon
n° 1( 4 . 3 ). Broyer à l’homo- généisateur. Centrifuger
20minutes à 9 oootours/mn
à -f-4 °C.
7. 2.
Foie,
rein etgraisse.
Peser 5o g de tissu.
Ajouter
50 ml demélange méthanol-tampon
n° 2( 4 . 4 ). Broyer
à l’ho-mogénéisateur. Centrifuger
20minutes à 9oootours/mn
à -f-4 °C.
7. 3.
Sang.
Introduire z5 ml de sang dans un tube à
centrifuger. Ajouter
25 ml de méthanol pur( 4 . 1 ).
Agiter
i à 2 minutes.Centrifuger
20minutes à 9oootours/mn
à +4 °C.
8. Solutions étalons
Broyer,
pourchaque
concentration de la gamme, un tissu témoin additionné detylosine
ensolution dans le méthanol pur
( 4 . 1 ),
lemélange méthanol-tampon ( 4 . 3 )
ou( 4 . 4 ),
suivant les cas, enrespectant
lesproportions
tissu-solvant utilisées pour l’échantillon.Préparer
ainsi les concentrations0,05-0,1-0,2!0,4-o,8 mcg/ml
et un échantillon de tissu témoin. Ilreprésente
lepoint
o de la gamme etpermet
de vérifier que le tissu n’a aucune activitéantibiotique
par lui-même.Centrifuger
20minutes à 9oootours/mn
à +4 °C.
9
. Concentration des extraits
Le
surnageant
des extraits à doser et des solutions étalons estdéposé
sur desdisques
depapier filtre,
par additionsrépétées
de IIgouttes chaque fois, jusqu’à
un total de XVIgouttes.
Lesdisques
ont été
préalablement préparés
sur des toiles en acierinoxydable placées
sur des boîtes dePetri,
afin d’améliorer le
séchage,
accéléré d’autrepart
par ventilation etchauffage
modéré de lapail-
lasse.
io.
Préparation
des boîtes de Petri10
. i. Première couche.
Introduire dans
chaque
boîte de Petri 10ml de milieu dedosage ( 3 . 2 ).
10
. 2. Deuxième couche.
Inoculer le milieu de
dosage ( 3 . 3 )
par lasuspension
de germes( 5 . 2 ). Répartir
à raison de 4 ml par boîte de Petri.Préparer
les boîtes lejour
même de leur utilisation et les conserver auréfrigérateur
à +4 °C jusqu’à l’emploi.
m. Mise en évidence et mesure de l’activité
antibiotique Déposer
lesdisques ( 9 )
à la surface des boîtes de Petri( 10 ).
Utiliser :a)
pour la gammeétalon,
dix boîtes contenant chacune lescinq
concentrations de l’étalon et letémoin ;
b)
pourchaque échantillon,
trois boîtes renfermant alternativement troisdisques imprégnés
de l’extrait du tissu
( 7 )
et trois de la solution(8)
à o,2mcg/mI.
Incuber les
boîtes,
durant 20heuresenviron,
à30 0 C.
Mesurer les diamètres des zones d’inhi- bition. Tracer la droite de référence enportant
en abscisse lelogarithme
des concentrations et les moyennes des diamètres en ordonnée. Lire sur cette droite la teneur entylosine (en mcg/ml)
de la solution à
doser,
en tenantcompte
de la différence moyenne des diamètres des zones d’inhi- bition de l’étalon et de l’échantillon.Calculer la teneur en
mcg/g
du tissu ou enmcg/ml
du sang en fonction de laprise
d’essai etdes dilutions.