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Reference
La Maison des Petits de l'Institut J.J. Rousseau
AUDEMARS, Mina, LAFENDEL, Louise
Abstract
1ère édition de la brochure présentant la Maison des Petits.
AUDEMARS, Mina, LAFENDEL, Louise. La Maison des Petits de l'Institut J.J. Rousseau . Neuchâtel ; Paris : Delachaux et Niestlé, 1923, 40 p.
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:37226
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LA MAISON DES PETITS
~ 4t~
lmp, Delachaux et Niestlé S. A., Neuchâtel 1923
Tous droits de traduction réservés
M. AUDEMARSet L. LAFENDEL
LA
MAISON DES PETITS
DE
L'INSTITUT j. j. ROUSSEAU
Fondée en Novembre 1913 Rattachée aux Ecoles officielles de Genève
Septembre 1922
DISCAT A PUERO MAGISTER
ÉDITIONS
DELACHAUX & NIESTLÉ S. A.
NEUCHATEL PARIS
4. RUE DE L'HOPITAL 26, RUE ST•DOMINIQUE
à Momieur Edouard Claparède.
à
Monsieur Pierre Bovel.
M. A., L. L.
Cette modeste brochure est destinée à répondre à un désir quo- tidiennement exprimé soit par les nombreux visiteurs que nous accueillons dans notre maison, soit par les parents de nos élèves et les amis de l'école. Elle ne remplace pas, mais elle devance le petit volume dès longtemps annoncé: Récit d'une expérience. La tâche assi- due de chaque jour, le travail de création ne nous a pas laissé le loisir nécessaire pour rédiger les observations et les notes journalières, les- quelles cependant donneront seules une idée juste et précise de notre expérience.
Les pages qui suivent contiennent d'une façon très succincte :
1. Notre plan de travail.
II. Les lois que notre étude de l'enfant nous a amenées à formuler et que nous avons schématisées en un tableau des stades de croissance.
III. Le problème de la discipline.
IV. Appréciation semestrielle d'un enfant.
V. La Formation des jeunes éducatrices.
VI. La nécessité d'un matériel: L'outillage de l'enfant.
UNE CONSTATATION
Il ne suffit pas que la graine soit graine pour germer
LA MAISON DES PETITS
Une villa ouvrant ses portes et ses fenêtres au bienfaisant soleil; de vieux arbres où nichent oiseaux de toutes sortes et famille d'écureuils, un verger fleuri en toute saison, abri de bes- tioles nombreuses, voilà où se préparent à la vie cinquante bambins de trois à neuf ans, et à leur future mission, une ving- taine de jeunes éducatrices. C'est là ...
la Maison des Petits.
D'aucuns la considèrent comme un laboratoire, où l'enfant est soumis à des expériences destinées avant tout à satisfaire les recherches des psychologues. Mais combien plus juste cette appellation d'un inspecteur japonais qui, il y a tantôt deux mois, essayant de résumer ses impressions, s'exprimait ainsi : <<Ici,
c'EST L'OBSERVATOIRE DE L'ENFANCE, on découvre les poUVOirs de l'enfant et on les cultive. >>
Une autre comparaison, non moins suggestive, fut celle d'une éducatrice américaine qt\i, ayant assisté pendant deux semaines au travail journalier des enfants, assimilait l'influence du milieu à celui d'une CouvEUSE.
Dans leur note pittoresque, ces deux définitions caracté- risent d'une façon très vivante et très juste le rôle de la Maison des Petits.
8 LA MAISON DES PETITS
La
croissance de l'enfant n'est-elle pas régie par les mêmei lois que celles qui président à la vie universelle ?Ce n'est pas seulement parce que la graine est graine qu'elle deviendra Heur ! Ce n'est pas seulement parce que l'œuf est œuf qu'il deviendra oiseau !
La
graine donnera la Heur et le fruit, à condition qu'elle soit placée dans le milieu favorable à la germination et à la florai- son. De l'œuf sortira l'oiseau, seulement si les éléments indis- pensables ont été fournis pour son éclosion.Nous admettons cette loi dans tous les ordres de la nature, mais dès qu'elle concerne l'enfant, nous la nions ou nous la transgressons.
Une observation intensive de l'enfant met l'éducateur en mesure de découvrir toutes les possibilités de croissance qui sont en lui. C'est cette observation qui impose rigoureusement les lois auxquelles il doit se conformer. C'est elle qui dicte les conditions du milieu qui doit être en harmonie avec ces lois.
L'enfant part de lui-même pour aller à la recherche, à la con- quête de tout ce qui est nécessaire à la formation de son être.
Il a en lui tous les principes de croissance : il est né ExPÉRI- MENTATEUR, CoNSTRUCTEUR, PRODUCTEUR; questionneur avide, il a soif de voir par lui-même, de juger par lui-même. Il doit se nourrir d'expériences personnelles, il lui faut des impres- sions de première main.
Dès que nous comprenons les périodes successives de l'évolution, auxquelles sa croissance le soumet, nous sommes à même d'alimenter chacune d'elles selon ses exigences.
Toute la première activité du bambin (3 à 5 ans) est une activité mécanique et musculaire. C'est par excellence le stade de la manipulation, durant lequel il est d'une importance pri- mordiale de lui donner les moyens de créer librement et spon- tanément.
A
le voir à l'œuvre, on constate la diversité et laLA MAISON DES PETITS 9
dispersion de ses activités. Sa première préoccupation est de con- naître les propriétés des choses matérielles; il prend conscience de son moi physique, c'est la grande période du mouvement pour le mouvement; s'il traîne une brouette, c'est beaucoup plus pour le bruit qu'elle produit et la course qu'elle occasionne que pour l'utilité, puisqu'il la traîne vide, des heures durant, donc sans l'intention de transporter des matériaux. Des exem- ples de ce genre se multiplient dans la vie journalière de l'enfant.
Un de ses intérêts innés, c'est la construction. Chacun de nous a assisté aux premières manifestations de cette activité et connaît l'obsession du petit enfant d'échafauder tous les objets qui se trouvent à sa portée. Les années passent et le goût persiste, spécialement chez les garçons 1 qui se passionnent pour les combinaisons compliquées de jeux tel que celui du mécano. Pourquoi, nous demandons-nous ? C'est bien simple, la construction est un des jeux qui offre le plus de ressources à l'imagination créatrice de l'enfant, qui correspond le mieux à son esprit d'imitation, à ses intérêts rudimentaires et instables, à ce besoin incessant de changement que nous observons dans toutes ses manifestations d'activité, manifestations qu'il ne faut point réprimer, mais qu'il faut savoir alimenter.
Dès le début de notre expérience à la << Maison des Petits • (septembre 1914) nous fûmes constamment frappées du grand attrait qu'exerce la construction sur l'enfant de trois à dix ans.
Notre première préoccupation fut donc de mettre à sa dispo- sition un matériel 2, susceptible de satisfaire ce goût dominant qui est devenu le point de départ de toutes les activités dans l'école. Activités très diverses, selon les tendances et les apti- tudes des enfants, laissant toute latitude à l'originalité et aux
1 Une petite enquête faite par une de nos élèves dans les magasins de jouets de aotre ville, confirme cette constatation.
2 Voir l'explication des jeux, page 38,
'
10 LA MAISON DES PETITS
besoins individJ.l.els. L'évolution de cet intérêt fournit des ren~
seignements très précieux sur les différents stades de dévelop~
pement de l'enfant il faudrait de nombreuses pages pour rela~
ter les détails intéressants qui les caractérisent. Voyons ces Constructeurs à l'œuvre ! Au premier étage de notre Maison, où sont plus spécialement groupés les enfants de trois à six ans, une petite chambre, trop petite au gré de chacun (nous avons dû nous adapter à la disposition des pièces d'une villa) leur a été spécialement réservée.
Là,
quel déploiement d'énergie ! Bruits de machines simu~lés, explications abondantes au sujet des constructions les plus diverses, échange de conseils, etc. Un petit groupe collabore à l'édification d'une haute tour; ici, c'est un grand navire, là une automobile, un rouleau compresseur, des chariots, un pont, un train, etc., etc., tout cela exécuté avec réflexion et jugement, dénotant le sens de l'équilibre, de la proportion, de l'harmonie.
Mais là, dans l'angle on aperçoit un garçonnet qui en est à ses débuts, il amoncelle des blocs dissemblables et disproportion~
nés. Dans tous les trous destinés au passage des chevilles de consolidation, il enfile des bâtonnets sur lesquels il ajuste dis~
ques et boules, et bientôt, fier de son œuvre il s'écrie satisfait :
"Ça, vous savez, c'est la machine qui fait tous les trains, tous les bateaux, tou-
tes les maisons, et toutes les choses du monde.»
Quelques minutes plus tard, l'édifice est qualifié de cheval, puis il devient une automobile, etc., etc., selon la fantaisie du bambin, sans qu'un seul détail ait été changé.
Voilà dans tout son éclat le premier stade de l'activité purement musculaire et mécanique : échafauder, palper, sou~
lever, placer et déplacer; le besoin et la joie du mouvement semblent exclure toute réflexion, toute pensée. C'est ce qui pousse l'observateur à dire que durant cette période la pensée est bouchée par l'action.
LA CHAMBRE DES CONSTRUCTEURS
LA MAISON DES PETITS Il
Même constatation dans les débuts de toutes les activités : modelage de la terre ou du sable, dessin, découpage, etc., etc.
C'est la satisfaction motrice qui est au premier plan. Résultat : accumulation de traits, de formes, de couleurs; l'enfant recher~
che les ciseaux, le marteau, le pinceau et la colle avec la même préoccupation : couper pour couper, frapper pour frapper, coller pour coller, etc.
De ces manifestations spontanées, découle une loi très importante: L'enfant adapte d'abord les choses à lui~même, à sa fantaisie, à ses besoins; plus tard
il
s'adapte et se con/orme aux exi~genees des choses.
Ce
n'est qu'après avoir /ait ses expériences per~sonnelles avec tel ou tel objet, tel ou tel jeu, qu'il peut se soumettre à suivre le chemin tracé par l'expérience d'autrui.
De nombreuses observations peuvent être faites quoti~
diennement à ce sujet. Si la Chambre de Construction attire le plus grand nombre de travailleurs,
il
en est cependant d'au~tres aussi qui ont leurs habitués. Sur la porte de chacune d'elles on peut lire un écriteau suggestif.
Là,
c'est la petite chambre des Modeleurs: Sur des planchettes, on peut suivre toute l'évo~lution du modelage, depuis l'aplatissage de la plasticine en petites pastilles, caractérisant tout début (enfant de 3 à 4 ans, stade de l'activité musculaire) jus0;u'à _Ia reproduction très finement exé~
cutée d'animaux et de fleurs (élèves de 8 ans).
La pâte à modeler est aussi un moyen de construire auquel l'enfant a recours. Dans les travaux spontanés, l'on remarque les mêmes créiitions, wagons, locomotives, maisons, etc., etc.
Sous cette nouvelle forme l'enfant extériorise encore ce qui est le fond de sa préoccupation.
A
côté, la CHAMBRE DU LANGAGE contient des jeux nom~breux, des collections d'objets, de lotos, choisis en relation avec les intérêts de l'enfant, et destinés à lui donner des notions toujours plus précises, à stimuler et à satisfaire sa curiosité. Des
12 LA MAISON DES PETITS
illustrations favorisant des exercices de langage appropriés sont spécialement combinées lorsque l'on constate chez l'un ou l'au- tre un défaut de prononciation.
Vient la CHAMBRE DU CALCUL; c'est la construction du nombre encore, en relation immédiate avec la construction des maisons et des machines; - fillettes et garçonnets échafaudent des boules, enfilent des disques, de toutes les couleurs, com- binent des figures selon des lois dictées par le matériel.
C'est des machines pour compter beaucoup, beaucoup, explique Henri aux l'isites.
L'enfant reçoit les premières impressions de dimension, de quantité, de forme, qui le conduisent à la perception et à la concepton du nombre.
En
pénétrant dans la cinquième chambre, un peu plus grande que les autres, l'on aperçoit des petites têtes penchées sur des pupitres; rien ne les distrait. Constantin découpe dans du carton le voilier construit au moyen des blocs; François peint les cheminées de son vapeur; Colette exécute un petit mobilier; André termine un wagon ; Louis imprime des chiffres;Daniel (trois ans) dessine, et l'expression verbale accompagne chaque trait :
•Mia (moi) fais une auto bi bile, ici c'est ouvert, tu vois la porte est ouverte, •etc.
La conversation ne cesse qu'avec le dessin, mais ne dérange personne. A une autre table, Monique colorie le beau pic-bois, si souvent observé sur l'ormeau du jardin. Jacqueline peint un narcisse cueilli ce matin, Gilberte compose une rosace pour compléter sa collection. Un petit groupe associe gravures et mots. C'est l'ATELIER DES APPRENTIS; là l'enfant trouve le maté- riel et les outils nécessaires à l'exécution, sous une forme nou- velle, de toutes les créations de son imagination en rapport avec l'évolution de ses intérêts. C'est par excellence la période du travail individuel.
LA MAISON DES PETITS 13
Ce tableau illustre une étape très importante du dévelop- pement de l'enfant; de jour en jour, l'éducateur respectueux des lois de croissance assiste à des éclosions de tous genres, à de véritables transformations. Hier encore, les travaux du bambin offraient tous les traits caractéristiques du premier stade de développement; aujourd'hui, ils révèlent le discernement des dimensions, des formes, du nombre, l'ordre remplace le désor- dre apparent de sa première œuvre.
La
coordination et la maî- trise des mouvements sont acquises :c'est l'AcTIVITÉ RÉFLÉCHIE, il y a désormais alliance entre l'activité motrice et l'activité mentale, le mouvement est en vue d'un but, l'action provoque la pensée. L'enfant est dans un deuxième stade de développement.C'est la formation des attentions et des habitudes; on le suppose bien, l'éducateur doit employer une technique spéciale s'il veut guider l'enfant .... de l'éveil à la formation, de la formation à la discipline de ces mêmes attentions et habitudes.
Dès que ses forces le lui permettent, l'Apprenti du premier étage descend et prend sa place dans le groupement des CHER- CHEURS.
Là,
nouvel élan, nouveaux efforts, champ d'expériences plus étendu.La
compréhension des choses qui l'environnent, les nombreuses associations dont il est désormais capable aug- mentent son pouvoir d'imitation, son besoin de créer. Nourri d'impressions multiples, 1 'enfant est dominé par une impulsion qui le pousse à produire, à fabriquer, à transformer. Ayant pris conscience de la matière, il veut maintenant l'utiliser en vue d'un but, c'est pourquoi nous le voyons, à cet âge, s'essayer à confectionner ces multiples objets, de forme et d'aspect rudi- mentaire, auxquels nous négligeons d'accorder notre attention.C'est cependant ce moyen d'expression qui seul peut permettre à l'enfant de recevoir et de s'assimiler toutes les notions que nous cherchons à lui inculquer; notions que nous lui apportons
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du dehors, alors qu'elles doivent naître de ses expériences per- sonnelles. Le milieu dans lequel croissent et s'épanouissent les Chercheurs (enfants de 6 à 7 ans) a été conditionné d'après cette loi. La petite véranda devenue ATELIER est le lieu d'éclosion de toute cette activité intellectuelle.
Les enfants y vont à tour de rôle; après la construction exécutée au moyen des blocs, ils passent aux constructions en carton qui réclament un grand effort d'attention et de réflexion, une main toujours plus souple et adroite, l'esprit de suite et de concentration.
La nécessité de la mesure exacte est constatée; chaque objet confectionné est un problème en soi, de dimensions, de nom- bres, de formes, de rapports; il y a là une orientation mathé- matique toute naturelle. Voici toutes les maisons d'un petit vil- lage, travail spontané et première collaboration de quelques amis.
Paul-Henri combine les différentes pièces d'une automo- bile, Lévané ajuste les palettes de la roue de son moulin. D'au- tres fabriquent divers objets, boîte, lien de serviette, couver- tures et marques de livre, albums pour la bibliothèque des petits, etc.
Mais, cette année, l'intérêt pour la navigation ayant été déclenché, c'est lui qui a provoqué le plus de productions ori- ginales. Roger a passé plusieurs journées à transformer un vieux thermomètre de bain en petit voilier; des barques, des chalands figurent sur les étagères; mais il faut citer le grand paquebot, création de Germaine et Génia, œuvre de persévérance, de rai- sonnement et d'habileté. Sans faiblir depuis le mois d'octobre 1922, les questions se sont multipliées, les expériences se sont poursuivies avec ardeur. La question : << Qui a fait le premier bateau, comment était-il ? >> fut posée par Esra et Germaine le 20 octobre, ce fut le point de départ d'investigations nom- breuses qui ont passionné tous les Chercheurs et non moins
LES GRANDS NAVIRES
JI
LA MAISON DES PETITS 15
leurs aînés: les LUMltRES, groupement d'enfants de 7 à 8 ans, chez lesquels pourtant, dès le début, le goût dominant fut de bâtir des maisons. Eux aussi, dans leur domaine, furent avides de renseignements et c'est ainsi qu'à périodes régulières, une maison en construction fut visitée et observée avec grand profit grâce aux nombreuses explications données par un entrepre~
neur obligeant.
Les' bateaux des Chercheurs aidant, des voyages imaginaires furent entrepris, et la description des maisons curieuses au près et au loin a apporté sa note captivante, confirmant notre convie~
tion que la géographie humaine correspond complètement à la mentalité des enfants de cet âge. Parmi les travaux des Lwnières, l'on remarque la hutte des Esquimaux faite de minuscules bri~
ques d'ouate 1 elle a donné lieu à de nombreux récits. - C'est à Germaine que la commande du
kaiak
a été faite. Lwnières et Chercheurs lui ont présenté leur requête dans un chant qu'ils ont composé pour le jour de sa fête :Pour construire nos bateaux, C'est Germaine qu'il nous faut, Elle en fera un bientôt De très fine peau ! 1
Il est intéressant de voir s'organiser une collaboration entre élèves d'âges différents; l'on ne connaît pas assez la valeur morale et intellectuelle d'un tel effort.
Chaque année, nous avons régulièrement observé ce mo~
ment important entre tous, où l'enfant, conscient des forces et des connaissances acquises, éprouve le besoin de les utiliser.
Rien de plus précieux que cette aide spontanément offerte : nos grands ont à leur portée de nombreuses occasions de communi~
quer leur savoir aux plus petits.
1 Nous avons une collection intéressante de compositions originales d'enfants, paroles et mélodies, et nous cultivons tout spécialement ce don.
f
16 LA MAISON DES PETITS
Les rédactions concernant les sujets étudiés, les récits, les dessins composés ont donc une valeur réelle, et l'enfant a pu constater que son travail avait un but.
Il est à peine nécessaire de signaler la place prépondérante que tient sous sa forme la plus naturelle l'enseignement de la langue. Le goût, la compréhension, la nécessité de la lecture sont dès le début stimulés.
La
collaboration des Grands est mise à contribution. Ils sont les imprimeurs de la maison et fournis~sent en temps et lieu aux petits, lettres et mots pour leurs nom~
breux exercices 1•
La
richesse d'expression ne dépend pas, comme on le croit, d'une accumulation d'exercices de grammaire, mais bien au contraire de la richesse des impressions; celles~ci trouvent leur point de départ dans ce premier stade de la curiosité sensorielle, et vont se multipliant sans cesse.L'éducateur qui a obéi aux lois que dicte l'évolution de l'être assiste dans des groupements d'enfants de cet âge (7, 8, 9 et 10 ans) à une véritable métamorphose.
Dans ce troisième stade de développement, l'enfant s'adapte aux exigences extérieures, sans heurt, ni lacune. Il prend conscience de son moi intellectuel. L'on remarque une première conquête de l'équilibre entre l'activité de la main et l'activité du cerveau. Ù
travail devient ordonné, le mouvement est soumis à la pensée, parce que la pensée précède l'action.
C'est l'acheminement dans la voie de la discipline des attentions et des habitudes. Durant toute cette prériode l'acti~
vité intellectuelle réclame encore impérieusement l'association constante de l'activité manuelle, et cependant n'est~ce pas pré~
cisément au moment où s'établit cet équilibre entre la main et
1 Depuis quatre ans nous avons adopté !"écriture onciale, et avons obtenu d'ex- cellents résultats. Nous donnerons les détails concernant cette expérience dans notre prochain volume.
LES OUTILS DU CERVEAU Expériences et découvertes
f
LA MAISON DES PETITS 17 le cerveau que l'enfant est ordinairement privé des moyens qui seuls assureraient le meilleur fonctionnement de toutes ses facultés ?
Si l'organisation de l'école s'y prête, l'enfant sera infaillible- ment engagé dans la recherche des notions abstraites et il y apportera la même somme d'intérêt et d'effort. C'est ainsi que nous voyons nos enfants se passionner pour des problèmes de nombre et de géométrie qui ont été provoqués par leurs décou- vertes au cours du travail manuel. Pour ces travaux nécessitant le silence, les· Chercheurs prennent possession d'une chambre plus vaste, attenante à l'atelier, où tout le matériel nécessaire est à leur disposition.
Il ne faudrait pas croire que le goût dominant pour la navi- gation et la construction qui s'est déclenché au début de cette année (1922-1923) et dont nous nous servons aujourd'hui pour illustrer notre plan de travail, constitue un programme définitif.
Notre seul mobile étant d'obéir à des principes de vie et de croissance, nous cherchons à discerner dès l'abord les inté- rêts individuels, et nous nous emparons de ceux qui offrent pour tous le maximum d'éducation et de développement.
C'est ainsi que l'an dernier un groupement d'enfants de huit à neuf ans, les <<Flambeaux>>, ayant pour but bien défini de travailler et de gagner pour aider à la Maison des Petits, alors en déficit, organisèrent un magasin de vente. Durant toute l'année, l'enthousiasme s'est maintenu, et un nombre très grand d'objets de toutes sortes furent confectionnés. Le goût de la décoration fut remarquablement développé.
Un intérêt intellectuel se déclencha :
«Qui a inventé l'argent?» {Raymond).
« Qui est-ce qui a donné au monde le premier chiffre ? » (Doris).
(Tous) : « Racontez-nous cette histoire ! »
C'est ainsi que nous fîmes ensemble l'étude du nombre à
2
18 LA MAISON DES PETITS
travers les âges, et qu'une frise d'un caractère bien particulier:
des mains et des pieds coloriés et découpés, ornait le tour de la chambre, évoquant la manière de compter chez les primitifs.
Nous présentons à la page suivante le tableau schématisé des stades de croissance, tels que nous avons pu les déduire des observations faites au cours de nos années de travail.
ÉVOLUTION DES ACTIVITÉS SPONTANÉES
DE L'ENFANT
r
g
ÉVOLUTION DES ACTIVITÉS SPONTANÉES DE L'ENFANT
Jer STADE Enfants de 3 à 5 ans 1
L'ENFANT ADAPTE LES CHOSES A LUI- MËME, A SA FANTAISIE, A SES BESOINS
Il prend conscience de son moi physique Période de l'activité purement musculaire et mé-
camque
fime STADE Enfants de 5 à 7 ans
L'ACTIVITÉ tJOTRICE S'ALLIE A L'ACTIVITÉ MENTALE
L'enfant passe à la création intentionnelle - - - - + ACTIVITÉ RÉFLÉCHIE
ACTIVITÉ INSTINCTIVE IMITATION MACHINALE Le mouvement pour le mouvement
- - - ) -
La pensée est bouchée par l'action
Le mouvement en vue d'un but L'action provoque la pensée
ÉVEIL des t Visuelle- Auditive
Attentions { Tactilo-musculaire (; Observation Habitudes Obéissance
CURIOSITÉ SENSORIELLE
ses préoccupations Connaître
EXPÉRIMEN- TATEUR
r
les propriétés des choses matérielles Satisfaction motrice
~ Construction 2
z
<1;Echafaudage de blocs Sens de l'équilibre
Attentions {
~~:~l~:
FORMATION des et RéRexion
Habitudes Esprit de suite - persévé-
Ordre [rance
Désir d'u iliser la matière en vue d'un but fection d'objets multiples Satisfaction visuelle
Maisons
Bateaux Imagination créatrice Machines
ffime STADE Enfants de 7 à 10 ans
L'ENFANT S'ADAPTE AUX EXIGENCES DES CHOSES
Conquête de l'équilibre entre la main et le cerveau
ACTIVITÉ ORDONNÉE Le mouvement soumis à la pensée
)>- La pensée précède l'action
Attentions { Mémoire DISCIPLINE des et Rais~nnement
Espnt de recherche Habitudes Concentration
CURIOSITÉ SCIENTIFIQUE
Connaître l'origine des choses Le pourquoi - Le comment Satisfaction intellectuelle et morale
L'intérêt pour la locomotion domine
Histoire de la civilisation 3 Géographie humaine .
""' IMITATEUR
z
Nombre-
DimensionsPremières impressions
Quantités de la perception a la conception du nombre Orientation mathématique - Géométrie Découvertes - Inventions ::::E
0
a
Accumulation des traits, des formes et de la couleur Plaisir de la manipulation Désordre apparent
Discernement Goût de la décoration Harmonie Souci de la beauté et de la vérité Exactitude - Précision
Ordre Obéissance consentie aux lois découvertes
Intérêt, soins pour les animaux Goût pour la Botanique, la Zoologie Clarté, précision dans la pensée Compositions spontanées - Etude de la l.angue
grammaire
1 En raison des grandes diversités individuelles les âges indiqués ne sont qu'approximati ; 2 Il ne faudrait pas croire que les traits caractéristiques concernant l'évolution d'une activité soient particuliers seulem~nt à cette activité. Il faut saisir ces traits dans leur ensemble et on comprend que les termes «Echafaudage», «Accumulation>>, le mot pour le mot, ont chacun dans leur domaine une même signification. 3 A l'histoire de la civilisation qui trouve chez nous son véritable point de départ dans la Construction, tout se rattache, Dessin - Mode- lage - Etude du Nombre, de la Langue - Zoologie - Botanique, etc.
LA MAISON DES PETITS 19
LE PROBLÈME DE LA DISCIPLINE
Pour tout le travail accompli à la Maison des Petits, nous avons accordé à notre nombreuse bande une sage liberté. Non pas, comme d'aucuns le croient, une liberté qui permet à l'en~
fant de faire tout ce qu'il veut, de satisfaire tous ses caprices;
non, mais la saine liberté, qui affranchit, qui libère l'être, qui le met en face de responsabilités et qui lui fait subir la juste con~
séquence de ses actes.
Disons~le tout de suite, la discipline active et libre réclame une technique toute spéciale.
Si aujourd'hui plus que jamais nous osons affirmer que c'est là où il y a le maximum de liberté que l'on obtient le maxi~
mum d'éducation, nous devons proclamer que ce n'est que là où il y a le maximum d'éducation qu'il peut y avoir le maximum de liberté.
Dans ce milieu conditionné pour l'exercice de la liberté et l'épanouissement de toutes les puissances de l'être, nos petits ont été amenés à se discipliner journellement. Ils ont acquis des notions de sociabilité, ils ont contracté des habitudes de bonté, de politesse, d'ordre, etc. Qui donc peut penser que l'enfant élevé dans la liberté n'est plus soumis à une autorité ? Sous l'influence de l'édtkatrice dont le rôle est d'observer sans cesse, de surveiller, d'orienter, l'élève devient petit à petit capa~
20 LA MAISON DES PETITS
ble de s'astreindre de lui-même et par raison à l'observation d'une règle de vie. -C'est la discipline intérieure, la seule qui ait de la valeur. (Certains êtres indisciplinés sont incapables de bénéficier de ce régime supérieur et il faut agir avec eux en conséquence. Nous en avons eu plusieurs cas dans notre Mai- son.)
Avant de pouvoir inspirer à ses élèves l'idée du <<self- government )) l'éducateur doit savoir se gouverner lui-même.
Sa parole n'est rien, son exemple est tout.
C'est dans la mesure où il se soumet à cette discipline qu'il est à même de créer l'ambiance qui suscitera chez l'enfant ce même désir de l'obéissance à la loi.
Alors le programme d'une discipline collective peut s'éta- blir et c'est encore l'enfant qui suggère les procédés à employer - procédés parfois très naïfs, mais le plus souvent efficaces, à condition qu'on ne leur assigne pas une trop longue durée et qu'on sache les vivifier.
Nous remarquons que l'enfant choisit ces moyens en rela- tion avec ses intérêts et ses besoins du moment; nous en avons eu des exemples très variés au cours de ces neuf années d'expérience. Nous ne citerons que le système choisi par Lwnières et Chercheurs cette année, système en rapport immédiat avec le goût dominant pour la locomotion et auquel se sont soumis les <<Petits )) :
Au milieu de leurs constructions de trains, gares, etc., il fallut limiter la place à Esra. Un jour, Génia confectionna un drapeau en papier rouge, signal du danger. Il en fit une description qui ne manqua pas d'attirer l'attention de tous ses camarades et ce fut le point de départ d'une organisation de signaux. Voici un petit extrait du cahier de notes journalières :
12 janvier:
Génia. - Mzelle ! faudrait qu'on ait de vrais drapeaux
LA MAISON DES PETITS 21
comme à la gare. Moi je peux vous en faire un rouge, en étoffe, ma maman en a.
- Que ferions-nous de ce drapeau ?
Germaine à Génia. - C'est le drapeau du danger, tu sais, Génia!
Génia. - Hé bien oui, alors quand on est à la construc- tion on le fait tenir sur la table, et ça voudra dire : Défense de venir .... aux autres ....
- Mais seras-tu content que d'autres mettent ce même drapeau lorsqu'ils occupent la table, et qu'ils te défendent ainsi de venir?
Génia, après quelques minutes de réflexion. - Mais oui, je mettrai le drapeau jusqu'à ce que j'aie fini; puis eux aussi, alors on saura que c'est chacun son tour.
-C'est une bonne idée d'obéir aux drapeaux.
Georgy. - Les drapeaux sont pas des maîtres ! on peut pas leur obéir.
Esra.-Oui, Georgy, les mécaniciens obéissent au drapeau du danger.
Germaine. -C'est un signe, et il y a aussi le drapeau vert.
Roger. --;- Moi, je peux vous expliquer, parce que je vais toujours à Versoix en train.
Une longue conversation s • engage, discussion sur tous les signaux connus. Les Lwnières viennent en aide aux Chercheurs, quelques-uns d'entre eux ont visité la gare l'an dernier et sont au courant des lois des signaux.
Sacha. - Il faut obéir à la minute; autrement il pourrait y avoir de graves accidents.
]ean-]acques. - Non, c'est à la seconde, attendre une minute c'est trop long.
Georges-Henry. - Alors ! ... c'est pour obéir, les signaux ? Moi j'ai cru que c'était pour guider 1
El-hanan. - Mais, c'est sûr, c'est bien pour guider le
1
22 LA MAISON DES PETITS
mécanicien quand le garde~voie montre le drapeau rouge, mais alors .... et le train .... si le mécanicien n'obéit pas ?
Emmanuel. - Alors tout le monde est écrasé !
Georges~Henry. - Alors, c'est affreux !
El~hanana. -Oui, c'est affreux et il y a beaucoup d'acci~
dents de train qui sont arrivés parce que les mécaniciens n'ont pas obéi aux signaux.
Roger. - Mais des fois, c'est les aiguilleurs qui n'ont pas fait leur travail et ça fait dérailler les trains.
- Oui il arrive de bien tristes choses dans le monde par de mauvais travailleurs-et c'est toujours parce qu'une grande force leur a manqué.
Béatrix. - L'obéissance.
- Oui, ça c'est la grande /oree, quand elle manque chez nous, c'est aussi très triste.
Roger.- C'est parce qu'on n'a pas des signaux, vous corn~
prenez.
- Croyez~vous que si vous aviez des signaux vous senez tous obéissants ?
Tous. - Oh ! oui, oui.
Sacha. - Il faut s'en faire, on peut en choisir un pour chaque classe.
L'idée de Sacha est acceptée avec enthousiasme; les jours suivants, des drapeaux rouges et verts furent confectionnés pour chaque classe puis, sur le désir des <<Lumières)), on fit le choix de signaux acoustiques; pour eux la cloche, pour les Chercheurs le sifflet, pour les Apprentis, la corne.
A chaque signal correspond un ordre accepté par tous.
La
place nous manque pour relater tous les détails de cette orga~
nisation.
L'obéissance aux lois élaborées a considérablement béné~
ficié de ces moyens concrets, et nous avons encore pu solliciter
LA MAISON DES PETITS
23
une collaboration joyeuse et volontaire pour la tenue et l'ordre de la maison. - Les enfants se sont nommés Garde, Garde- Atelier, Garde-Bibliothèque, Garde-Construction, etc. Chacun a assumé une charge.
Il va sans dire que l'éducateur doit maintenir et vivifier l'intérêt éveillé. Nous n'allons pas supposer que les cas de déso- béissance sont désormais supprimés; non, mais nous sommes en possession de moyens qui parlent à l'âme de l'enfant et qui le mettent en mesure de faire effort sur lui-même, de conquérir le vouloir:.
Parmi les moyens de discipline naturelle, il faut utiliser ce goût prononcé de l'enfant pour les devises, les noms suggestifs qu'ils aiment à se donner et qui sont pour eux un idéal concret.
Les titres de Lumières, Chercheurs, portés par les groupe- ments de cette année, sont nés de circonstances particulières et ont de ce fait une signification toute spéciale.
Chacun joue un rôle dans la Maison, et tous en sont con- scients et respectueux. Chaque jour, à la réunion du matin, nous essayons ensemble de renouveler nos forces, et nous nous stimulons à en conquérir de nouvelles.
Cette collaboration morale entre Grands et Petits a une haute importance, elle ne fait qu'un avec la collaboration intel- lectuelle. L'enfant en a un réel besoin à cet âge et nous sommes toujours plus convaincus que l'école retirerait un bénéfice immense si elle pouvait organiser ses classes d'après les exigences de périodes de croissance. L'on verrait ainsi s'esquisser nette- ment une Ecole de l'enfance, pour les âges de trois à dix ans, milieu familial où chacun bénéficierait du travail des autres qui est un stimulant naturel, où l'entr'aide serait suscitée par des intérêts semblables et des travaux qui se complètent.
Ce serait un moyen naturel de discipline et d'éducation morale. Mais ce détail nous éloigne de notre but. Pour terminer,
24 LA MAISON DES PETITS
ce chapitre, disons encore que nos enfants de six à huit ans sont amenés à apprécier eux~mêmes leur travail et leur conduite.
Le samedi matin il y a l'heure de la mesure; dans un petit carnet spécialement composé, chacun indique par le signe
+
ou lesigne - , la somme d'attention, de mémoire, d'ordre, d'obéis~
sance, etc. apportée au travail. Les parents qui le désirent ajou~
tent une observation concernant l'attitude de l'enfant à la mai~
son. Ils sont renseignés deux fois par année sur les progrès de leurs enfants par une <<appréciation >> dont nous joignons un exemple à ces pages. La journée du mercredi leur est réservée pour assister aux leçons.
Pères et mères viennent aussi à périodes régulières passer la soirée dans la Maison de leurs enfants. Ceux~ci la préparent à leur intention. Ils exposent leurs travaux, leur matériel d'étude sur lequel nous donnons les renseignements nécessaires.
Souvent les enfants organisent des fêtes, des ventes, des séances dans lesquelles ils font eux~mêmes part de leurs pro~
grès, communiquent le résultat de leurs expériences, expliquent leurs découvertes, etc. Ceci est un stimulant qui remplace avan~
tageusement l'examen.
---- ----.. - -·
.,_LA MAISON DES PETITS
DE
L'INSTITUT J. J. ROUSSEAU
~
Directrices: M11" M. Audemars et L, Lalendel
Appréciation semestrielle
:J\[om ... .
Vate de :J\[aissance ... . Va te d' Gnlrée ... .
Dans tout jeu, dans tout travail, l'enfant passe par des stades suc- cessifs qu'il est bon de connaître et de comprendre pour pouvoir l'éduquer.
PREMIER STADE DE DÉVELOPPEMENT : DE 3 A 5 ANS:
L'enfant adapte les choses à lui-même, à sa fantaisie, à ses be- soins. - Il prend conscience de son moi physique. - Période de l'activité motrice, musculaire . - Intérêts disséminés.-Cu- riosité sensorielle.
DEUXIÈME STADE : DE 5 A 7 ANS.
L'activité motrice de l'enfant s'allie à l'activité mentale. - Il passe de l'activité purement musculaire et mécanique à l'activité réfléchie, de l'imitation machinale à la création intentionnelle.
TROISIÈME STADE: DE 7 A 10 ANS.
L'enfant s'adapte aux exigences extérieures.-La curiosité sen- sorielle fait place à la curiosité scientifique. - L'activité intel- lectuelle prédomine.
1•
- 2 6 -
TROISIÈME STADE : 7
a JO ans.ÉDUCATION DES SENS . Attention visuelle et auditive
ACTIVITÉ MANUELLE
Dextérité - ingéniosité . . . . Justesse de coup d'œil - exactitude
CHANT. JEUX Sentiment esthétique
CROISSANCE INTELLECTUELLE
Langage - clarté - précision dans la pensée et l'expression Esprit d'initiative . . . . .
Imagination créatrice . . . . Esprit de curiosité et de recherche Pouvoir d'assimilation . . . .
Mémoire immédiate. Mémoire de conservation Habitudes d'observation . . . .
>> de réflexion et de jugement
>> de concentration et de persévérance
GOUTS DOMINANTS . . . .
ACQUISITIONS DANS LES DIFFÉRENTES BRANCHES SCOLAIRES . . . , . . . .
Voir programme.
DÉVELOPPEMENT MORAL
--
---~
- 2 7 -
Dans les exercices spéciaux, l'attention visuelle s'est montrée très bonne. L'attention auditive est un peu altérée par une légère surdité momentanée.
Dans les travaux journaliers, l'attention volontaire a varié.
Aptitude manuelle excellente. Les nombreux travaux de F. dénotent beaucoup de goût et de personnalité. Ses dessins ont été exécutés avec finesse et exactitude.
Sa voix est juste, un enrouement persistant empêche F. de chanter. Le sens du rythme est bien développé.
Dans les jeux et sports F. se montre très adroit, souple, hardi, il met en évidence un esprit d'organisation, mais ne se soumet pas toujours aux lois établies.
F. est très sensible à la beauté dans le domaine de la nature; le récit d'une belle action l'émeut et le stimule.
Vocabulaire riche. F. s'exprime clairement, une certaine lourdeur d'élocution doit être attribuée à sa voix malade. - Lit couramment avec expression.
Très marqué.
S'est revélée dans maints travaux.
Tou jours en éveil.
Très bon.
Très bonnes toutes deux.
Ces habitudes sont acquises.
F. apporte un esprit de méthode dans son travail.
La concentration et la persévérance demandent encore un effort.
Recherche de tout ce qui se rapporte aux inventions avec reproductions d'objets.
Origine des choses. Vie des grands hommes.
F. a montré beaucoup d'intérêt dans le calcul et le français. Ses compositions et ses exercices de rédaction dénotent une richesse d'idées. Par son travail personnel de réflexion, il a découvert quelques lois de la grammaire et leur a donné des appellations originales.
L'énergie active a été constante. F. est intelligent, il a beaucoup de volonté, une saine ambition. Il a fait preuve d'un joli esprit de camaraderie. L'esprit d'entr'aide a été constamment à l'œuvre, ainsi que son intérêt et son dévouement pour les petits. - I l possède des qualités d'entraîneur.- En classe, il s'est montré capa- ble d'obéir aux lois qu'il avait organisées avec ses camarades pour la discipline collective, sauf en ce qui concerne l'ordre.- Sa nature riche et droite et géné- reuse a apporté une collaboration précieuse à la vie de la Maison des Petits.
' ·1
28
LA MAISON DES PETITSLA FORMATION DE LA JEUNE ÉDUCATRICE
L'Institut
J.
J. Rousseau, créé à Genève en 1912, à la fois Ecole des Sciences de l'éducation, et laboratoire de recherche, sentit bientôt la nécessité de constituer un milieu éducatif où pût se faire la vérification pratique des améliorations et réformes suggérées par une connaissance plus approfondie de la psycho- logie de l'enfant. Il a donc fondé dans ce but la Maison des Petits en 1913.Les élèves qui se destinent particulièrement à l'éducation des petits y font un stage de un, deux, ou parfois même trois ans, suivant le but qu'elles poursuivent 1.
Le programme du travail de l'enfant que nous venons de tracer indique clairement celui des jeunes éducatrices. Dès la première heure, en face des problèmes pratiques, elles s'initient au travail personnel. Durant le temps dont elles disposent (trois matinées par semaine) les élèves de première année se répar- tissent selon leur choix dans les cinq groupements-du premier étage.
A tour de rôle, elles consacrent environ un mois à l'étude des différentes activités; à la fin du mois, elles donnent un compte-rendu de leurs observations, des difficultés qui ont surgi, des problèmes qu'elles ont eu à résoudre. Une collaboration intéressante s'impose : l'élève qui a étudié et collectionné les
1 Consulter le programme de l'Institut ]. J. Rousseau.
LA MAISON DES PETITS
29
dessins d'un enfant doit connaître les manifestations de ce même enfant dans ses diverses activités; elle se renseigne auprès des autres stagiaires qui sont chargées des autres groupements : construction, modelage, calcul, langage, etc., et peut ainsi se rendre compte du développement de l'enfant et tracer sa mono~
graphie. Par la pratique, toute l'évolution des activités de l'en~
fant est donc étudiée, le tableau des stades est un guide précieux pour préciser les observations.
Au cours de ses occupations, l'enfant multiplie ses ques~
tions et voici l'éducatrice mise en demeure de répondre.
Dans la chambre de construction : <<Pourquoi le bateau peut se tenir sur l'eau?>> (François). <<Comment le funiculaire peut monter la montagne ? >>
Dans la chambre du langage:<< Comment ça pousse le char~
bon dans la terre, pourquoi c'est noir ? >> (Louis).
Dans la chambre du modelage: Daniel examinant sa main, et la fermant en serrant la pâte: «C'est fait comme les portes mes doigts!>> Il pense aux charnières, etc., etc. C'est là un pro~
blèmes des plus intéressants pour l'éducateur : une fois les besoins de l'enfant connus, savoir alimenter et stimuler son esprit de curiosité. Il faut être prêt à le renseigner sur tous les sujets qui le passionnent, et pour cela nécessairement se docu~
men ter.
Une bibliothèque bien fournie est à la disposition des élè~
ves qui doivent se mettre à même de satisfaire la curiosité scien~
tifique, dans sa période d'éveil.
Les stagiaires de deuxième année aspirant au diplôme de la Maison des Petits ont la responsabilité de petits groupements d'en~
fants de 6 à 7 ans. A leur choix, elles étudient un sujet particu~
lier; ainsi cette année l'une d'elles a choisi l'enseignement de la lecture et s'est initiée à la méthode Decroly; une deuxième a choisi l'initiation mathématique et la troisième s'est spécialement docu~
30 LA MAISON DES PETITS
mentée en vue de renseigner les enfants sur l'origine de la navi~
gation. Elle a fait une série d'illustrations, composé des récits captivants, construit une série de petites machines, destinées à hire comprendre à l'enfant la force et le rôle de la vapeur.
Toute l'organisation et l'ambiance de la maison les condui~
sent à cette loi pédagogique : Une leçon doit être une réponse (Dr E. Claparède). Chaque journée de travail donne lieu à des entre- tiens, à des discussions, entraîne l'élève dans de nouvelles re~
cherches, stimule le désir de se perfectionner. Une fois par semaine, un cours de deux heures est destiné à chaque groupe d'élèves (première et deuxième années). Les élèves avancées présentent des travaux personnels relatifs à leurs essais de pra- tique; nous étudions ensemble le matériel employé avec les enfants, les différentes méthodes d'enseignement : Frœbel, Montessori, Dewey, Decroly, etc., etc. L'élève qui le désire peut s'initier pratiquement à ces méthodes. Une petite cham~
bre est spécialement réservée à cet effet. Le matériel complet est à sa disposition; elle peut dans ce but organiser un petit groupement d'enfants.
Quelques heures chaque semaine sont réservées à la prépa~
ration du matériel d'enseignement. Jeux éducatifs de toutes sortes; exemple : une élève ayant constaté un défaut de langage s'ingénie à préparer, au moyen d'illustrations, des exercices pro~
pres à le faire disparaître.
Il faut encore apprendre à connaître et à guider l'enfant dans ses jeux en plein air, son travail de jardinage, dans ses pro~
menades, visites de musée, atelier, etc. Le champ d'expériences est vaste. Nous ne pouvons parler ici que du travail fait sous notre direction, il est nécessaire de consulter le ·programme de l'Institut ]. ]. Rousseau pour se rendre compte de la richesse des cours et des enseignements offerts à l'élève .
L'éducatrice vraiment digne de ce nom doit être vivante,
LA FORCE DE LA VAPEUR La roue tournera-t-elle ?
~~~-------~
LA MAISON DES PETITS 31
enthousiaste, affranchie des intérêts personnels, des idées frag~
mentaires et préconçues. Elle possédera les qualités indispen~
sables, l'esprit curieux, chercheur, expérimentateur; en toutes circonstances elle se laissera diriger par l'amour et le respect de l'enfant. Sans se laisser ni dominer ni enchaîner par une méthode, elle ne s'attachera pas à la lettre qui tue mais à l'esprit qui vivifie. Les lois de la psychologie de l'enfant lui dicteront les lois de la psychologie du maître. Voici quelques~
unes de ces lois, déduites de notre pratique journalière et for~
roulées avec nos élèves au cours de nos entretiens.
L'ENFANT
D
ANS toutes les manifestations de son activité spontanée, l'enfant, se révèle avant tout :Expérimentateur Imitateur
Constructeur Inventeur Artiste~ Poète
D
E son être pris comme point de départ, l'enfant va à la poursuite à la conquête de tout. Il ne peut rien connaître, rien rechercher, rien mesurer, rien acquérir que par rapport à lui-même.Instinctivement il obéit à cette loi de développement : Prendre conscience de soi.
D
OMINÉ par tous les besoins de croissance qui sont en lui, l'en- fant est constamment en quête de satisfaire ses goûts, ses ten- dances, ses aptitudes. Il veut étancher sa curiosité, voir et juger par lui-même, avoir des impressions de première main.1
NVESTIGATEUR et questionneur acharné, l'enfant réclame sans arrêt l'aliment indispensable. Transformateur, - Collectionneur, - Producteur, il lutte pour réaliser ses conceptions, naïves et rudimen- taires aux yeux de l'adulte évolué. Une accumulation de notions abstraites est un grand obstacle à son avancement rationnel.D
ANS son impérieux et puissant besoin d'activité, l'enfant utilise ses facultés d'imitation et d'imagination.Il adapte les choses à lui-même. Ce n'est qu'après avoir fait des expériences personnelles avec tel ou tel objet, tel ou te-I jeu, qu'il est capable de suivre le chemin tracé par l'expérience d'autrui.
C
'EsT parce que l'enfant possède un foyer d'intérêts naturels qu'il est en mesure de construire pas à pas sa science et qu'il peut à juste titre être considéré comme collaborateur dansr
œuvre de son perfectionnement.L'ÉDUCATEUR
EN
face des lois précises que dicte la vie spontanée de l'enfant, le rôle de l'éducateur se révèle dans sa vraie lumière;il doit être :
l'Observateur l'Initiateur le Pourvoyeur l'Entraîneur 1 'Inspirateur
Stimulateur Libérateur
A
VANT tout conscient et respectueux de la valeur des êtres qui lui sont confiés, l'éducateur cherche à connaître ces valeurs si nombreuses, si diverses afin de donner à chacune et à toutes la place qui leur revient de par leur droit. Il veut aider à la formation des indi~vidualités supérieures en vue d'une collectivité supérieure.
L'ÉDUCATEUR profite de l'énergie active de l'enfant pour lui faire produire son maximum. Il conditionne le milieu dans lequel l'enfant se nourrira d'expérientêt:persoririëlle"'s; s'enrichira d'impres~
sions de vie concrète, développera son pouvoir d'observation.
L'ÉDUCATEUR prépare aux intérêts de l'enfant l'alimentation appro~
priée, il éduquera et stimulera le goût de la recherche et le désir du travail. Il fait valoir les ressources qui sont dans l'enfant, met tout en œuvre pour augmenter et perfectionner ses capacités.
R
ESPECTUEUX de cette ,loi ~e ;roissance qui contra_int ,l'enfant ~ adapter les choses a hu~meme avant de pouvOir s adapter a l'exigence des choses, l'éducateur fournit à l'enfant tous les éléments nécessaires à la satisfaction d'un premier stade d'activité, tout en provoquant une activité d'ordre supérieur. L'éducateur utilise et guide les expériences et les découvertes de l'enfant et n'y substitue pas les siennes.A
TTENTIF à la signification des intérêts de l'enfant, l'éducateur suit et guide leur évolution, il laisse jouer à l'enfant le rôle que la nature lui a décerné avec tant de clairvoyance. Quant à lui, il s'efforce d'être non un remplisseur de cerveaux, mais un éveilleur d'âmes.3
34 LA MAISON DES PETITS
UN <<OUTILLAGE>> POUR L'ENFANT
Par la liberté vers la discipline, voilà vraiment le principe qui nous a guidées dans l'élaboration de notre matériel. Si durant ses premières années, le travail individuel est le plus sûr chemin pour que l'enfant puisse acquérir les notions qui lui sont indis~
pensables, il faut qu'il ait à sa disposition des moyens qui favo~
risent son expérience personnelle, qui provoquent la découverte, qui stimulent l'esprit de curiosité et de recherche, en un mot qui déclenchent des intérêts et des appétits nouveaux.
Il ne suffit pas d'avoir constaté que l'enfant adapte tout à lui~même, et d'avoir satisfait cette première activité purement mécanique et musculaire; il faut qu'un jeu éducatif soit cons~
truit de telle sorte que tôt ou tard il amène l'enfant par une voie naturelle à la discipline de ses mouvements, qu'il suscite un tra~
vail de réflexion, de raisonnement, de jugement, et qu'ille con~
duise à la discipline intellectuelle.
On
aperçoit là le germe de la discipline morale.Prenons, comme illustration de ce principe, l'ABAQUE DES 55 BOULES ou BouLIER TRIANGULAIRE (No 8 de la Planche de Jeux). Nous ne pouvons résister au désir de donner ici, très brièvement son origine.
En 1916, une fillette, Zoa, s'était passionnée pour l'enfilage de petites boules de couleurs. Ce fut son occupation durant plu~
sieurs semaines. Chaque jour avec la même assiduité elle con- fectionnait un long collier, le portait ou nous l'offrait. Puis le lendemain défaisait son œuvre. Ceci dura dix jours, c'était
la
satisfaction motrice. Puis vint le besoin de la décoration, l'arran-COLLECTION << DISCAT >>
Institut ]. ]. Rousseau
LA MAISON DES PETITS 35
gement des couleurs dénotait beaucoup de goût. Cette phase dura cinq jours environ. Puis déclenchement nouveau : subite- ment, sans aucune suggestion, elle enfila les boules, selon l'ordre numérique, une jaune, deux vertes, trois rouges, quatre bleues, cinq violettes, six oranges. Il faut noter qu'il n'avait été fait aucun exercice de calcul au moyen des boules; ce matériel n'était pas utilisé à cet effet. Elle recommença la même série, plusieurs jours durant. Aucun autre enfant ne fit le même travail.
Nous étudiâmes ce chemin parcouru spontanément. Enfi- ler pour enfiler, satisfaction motrice. Enfiler en vue d'un but, décoration, salis/action visuelle. Enfiler d'après une loi de va- leur, de nombre, satisfaction intellectuelle.
Tous les enfants ne sont pas capables par eux-mêmes de franchir ces étapes, il faut leur venir en aide, et c'est poussées par ce désir que nous avons combiné le boulier triangulaire : une planchette rectangulaire, des tringles de hauteurs diffé- rentes, des boules de 10 couleurs. -Voilà de quoi satisfaire la première étape, en conduisant l'enfant à la seconde puis à la troisième: Activité mécanique, perception de quantité, de lon- gueur, et découverte du nombre. Nous ne doPnons aucune indication à l'enfant qui trouve les boules mélangées dans un plateau. Il multiplie ses essais que l'on observe attentivement, et bientôt le bambin, guidé par la couleur, en arrive à associer le nombre des boules à la hauteur des tringles. C'est une grande joie. Souvent l'enfant s'est mis à reproduire son œuvre au moyen du dessin. Après cela viennent les nombreux exercices, pour que la notion du nombre soit acquise.
Plus tard,les <<grands)} reprennent leur<< machine)} à compter comme il l'appelle, et se passionnent pour trouver la somme d'un nombre triangulaire (1
+
2; 1+
2+
3;r +
2+
3+
4, etc.).Les principes qui ont présidé à la création de l'abaque sont les mêmes pour les autres jeux ainsi que l'on peut s'en
36 LA MAISON DES PETITS
convaincre. Tous comportent les éléments nécessaires pour que l'enfant puisse poursuivre ses travaux avec intérêt et profit pendant toute la période dite d'initiation de 3 à 1 0 an~ Ils stimu- lent l'enfant dans ses recherches personnelles jusqu'au moment où son esprit est mûr pour saisir l'abstraction. Ce n'est qu'à ce moment qu'on peut lui donner un enseignement.
A titre de renseignement nous donnons encore quelques détails très brefs, concernant les jeux indiqués sur la planche.
LA PLANCHE DE 1 00 BOULES. - Planche portant l 00 fiches de métal sur lesquelles l'enfant peut fixer dix dizaines de boules de dix couleurs différentes : blanches, noires, brunes, violettes, bleues, vertes, jaunes, oranges, roses, rouges.
Partant de simples compositions de mosaïque, l'enfant ini- tié aux quatre opérations en arrive à la découverte des nombres carrés et triangulaires; il calcule l'accroissement du carré, les nombres pyramidaux, etc., etc.
Jw
DES CoMBINAISONS DE NOMBRES. - Réglettes de carton sur lesquelles sont collés des disques de couleur. - Ce jeu fait suite aux deux précédents; il apporte de nouveaux exercices et le triage des nombres après la première perception. Des cartons spéciaux, portant des élastiques, permettent à l'enfant de fixer ces réglettes en multiples combinaisons, il compose ses pre- mières additions.LEs CoLONNES D'ÉVALUATION. - Série de volumes basés sur le Jeu de surfaces. Sphères, oves, parallélipipèdes, cubes, percés en leur centre et destinés à être enfilés sur une tringle, selon l'ordre qu'ils comportent {1 0 cm. à 1 cm. de côté ou de diamètre). Nombreux exercices tactilo-musculaires, etc., etc.
jusqu'au moment où l'enfant est entraîné à évaluer au centimètre cube les parallélipipèdes et les cubes et où il s'essaye à faire la somme des pyramides qu'il a construites.
LEs PILES DE DISQUES. - Voilà de quoi satisfaire encore l'activité manuelle du début, conduisant le travailleur à l'acti-