Module : Didactique des langues étrangères Niveau : 3ème année licence
Section (B)
Introduction au module
La didactique des langues est une discipline recouvrant l'ensemble des approches scientifiques de l'enseignement des langues. C'est pratiquement la mise en forme de la matière linguistique fournie par la linguistique appliquée à partir de principes psychologiques, sociologiques et pédagogiques adéquats aux manuels et aux méthodes utilisables en classe.
Cours 1 : Quelques concepts propres à la discipline
Didactique / Pédagogie
La pédagogie
La plupart des spécialistes réservent désormais le terme pédagogie pour faire référence à tout ce qui relève de l’apprentissage (du point de vue de l’apprenant).La pédagogie recouvre donc à la fois les théories psychopédagogiques sur le développement des connaissances. Apprendre est ainsi réservé à l’activité de l’apprenant. L’enseignant enseigne et l’apprenant apprend .La pédagogie est du côté de l’apprenant .Comment faire apprendre ? Au-delà du contenu lui-même, par quelles activités, quelles méthodes, quels moyens ?
La didactique
Est une réflexion qui étudie la langue d’un point de vue sociologique ni même culturel, mais en tant qu’objet d’enseignement /apprentissage. Le terme didactique fait référence, de façon complémentaire, au contenu d’enseignement .Il recouvre donc le champ des connaissances scientifiques propre à la matière ou discipline .La didactique se situe donc du côté de l’enseignant en tant que spécialiste d’un contenu d’enseignement .Le quoi enseigner ? quels contenus ? dans quel ordre progressif ? selon quelle méthode ? La didactique appelle à considérer des contenus différents de ceux d’autres disciplines : mathématiques, les sciences naturelles. Elle s’occupe donc des contenus (les savoirs) à enseigner relevant de disciplines de référence telles que la linguistique, la littérature la sociologie, la psychologie…) tandis que la pédagogie s’occupe des moyens (les démarches) pour transmettre ces contenus.
De ce qui précède Jean-François Halté (1992 :3) présente le schéma suivant pour circonscrire le champ de la didactique :
SAVOIRS CONTENUS
ENSEIGNANT ELEVES MOYENS
DEMARCHES
La transposition didactique
Il s’agit de transposer le savoir savant en savoir à enseigner à travers les instructions officielles et les programmes mis en texte dans les manuels. Le concept de transposition est important dans la didactique des langues dans la mesure où la linguistique et la littérature, les deux disciplines-mères de la didactique des langues, ont été les deux disciplines dans lesquels sont puisés les savoirs savants, savoirs à transposer, à transmettre, à expliquer aux apprenants.
Le triangle didactique
La didactique est une discipline qui articule trois pôles : -Le pôle « savoirs »
-Le pôle « apprenants » -Le pôle « enseignant »
Le pôle « savoirs » représente l’élaboration didactique qui consiste à sélectionner les savoirs savants susceptible de conduire aux buts et aux finalités du système éducatif .Ces savoirs seront transformés /construits en objets d’enseignement établis dans un programme.
Le pôle « apprenant » constitue tout ce qui est relatif à l’appropriation des savoirs, ce sont alors les théories de l’apprentissage qui sont mis en jeu.
Le pôle « enseignant » représente tout ce qui est relatif à l’intervention enseignante (didactique) qui consiste en l’explication des objectifs. C’est le contrat didactique, la mise en place des stratégies d’enseignement : adaptation du programme, organisation du travail en projets.
Selon Jean- Maurice Rosier (2002 :183) le contrat didactique se présente comme un triangle didactique :
SAVOIRS (Transposition)
ENSEIGNANT APPRENANT (Formation) (Contrat)
Cela veut dire que l’enseignant et les apprenants sont liés par un contrat d’enseignement/apprentissage .Ce contrat légitime le statut, les rôles et les attentes de l’enseignant et de l’apprenant .C’est une négociation dont le but est de procéder à des ajustements qui constitueront une base à l’évaluation finale.
Cours 2 : L’appropriation d’une langue étrangère : la classe et ses acteurs.
L’appropriation :
En didactique des langues étrangères, l’appropriation est un terme hyperonyme (générique) qui domine deux hyponymes :
D’après Steven Krashen insiste sur la différence entre ces deux concepts :
1. L’acquisition : Est un processus d’appropriation naturel, implicite, inconscient qui impliquerait une focalisation sur le sens.
2. L’apprentissage : Serait à l’inverse artificiel, explicite, conscient et qui impliquerait une focalisation sur la forme.
Enseignement/Apprentissage :
a- L’enseignement : Est un processus interactif ou une pratique mise en ouvre par un enseignant visant à transmettre des connaissances ou un savoir à un apprenant. Cette notion se distingue de l’apprentissage qui renvoie, lui, a l’activité de l’apprenant qui s’approprie les connaissances. L’enseignement est fondé sur la performance de l’enseignant, le normatif et l’objet d’enseignement à travers lesquels l’apprenant est considéré comme un figurant ou un objet d’éducation.
b-L’apprentissage : Est un processus interactif, une modification adaptative du comportement, consécutive à l’interaction de l’individu avec son milieu. Il doit être plus au moins durable et réutilisable. Le but de l’apprentissage n’est pas le savoir mais l’action. Là où l’apprenant n’était que figurant, il devient tête d’affiche, responsable de son apprentissage et autonome. On prend en compte ses besoins, ses intérêts, ses styles d’apprentissage, ses stratégies : tout est fait pour optimiser ses chances de succès.
De façon volontairement polémique , Bernard Py présente l’acquisition comme le développement spontané , naturel et autonome des connaissances en langue maternelle et l’apprentissage comme une construction artificielle caractérisée par la mise en place de contraintes externes notamment pédagogique qui ont pour effet d’améliorer et/ou d’accélérer l’acquisition.
Le concept de classe :
La classe, est en didactique, un concept central qui a donné lieu à de nombreuses définitions ayant un sens de rangement :
-soit en fonction de l’âge des apprenants réunis pour suivre un même cursus.
-soit en fonction du degré de compétence supposé atteint par les apprenants.
- soit à une division correspondant à un degré d’études particulières.
La classe se définit comme un lieu spécifiquement dédié aux interactions entre un enseignant et des apprenants en vue de l’appropriation par ces derniers de savoirs et de savoir-faire linguistiques.
Cours 3 : Méthodologies/Approches de l’enseignement/apprentissage du FLE
La didactique a vu l'émergence de plusieurs méthodes intéressantes pour notre réflexion et la création du matériel didactique :
1- La méthode naturelle: C'est sans doute la plus ancienne et celle qui est encore la plus pratiquée en dehors des salles de classe. Elle vise à reproduire, aussi naturellement que possible, certaines des conditions par lesquelles on acquiert, jeunes et adultes, une langue au contact de ceux qui la parlent … (Pas de traduction … pas d'explications grammaticales … un authentique bain linguistique … pas de progression.
2-La méthode traditionnelle:
2-1- La méthode grammaire - traduction: Elle est dite aussi méthode traditionnelle. On dispose d'une description de l'organisation morpho-syntaxique des deux langues. On explique en L1 des règles grammaticales de L2 illustrées souvent d'exemples en L1 et en L2.
Pour permettre aux étudiants de saisir le sens des exemples donnés en L2, le maître les traduit, le plus souvent, en mot à mot en L1. Ensuite, on vérifie l'apprentissage de ces règles et de ces équivalences interlinguales (un garçon=a boy) à travers des exercices des versions de la L2 vers la L1 et de thème de la L1 vers la L2.
2-2- La méthode lecture - traduction: Les textes sont présentés sous leur forme originale, les étudiants les comprendront à l'aide d'une traduction en L1 fournie par le maître ou le manuel. Les textes peuvent être ou non oralisés par l'enseignant ou les enseignés. Aussi ancienne que la précédente, les objections qui ont été faites à cette méthode sont relatives à l'absence d'un enseignement méthodique de la morpho-syntaxe.
3- La méthode directe: Elle peut être interprétée comme une réaction contre les deux méthodes précédentes et plus particulièrement contre la traduction magistrale que l'une et l'autre préconisent.
Son originalité, est que l'enseignant, dès la première leçon, la seule langue -2- en s'interdisant d'avoir recours à la L1. Il enseigne directement la L2 en s'appuyant au départ sur des gestes, mimiques, dessins ou images puis progressivement sur la L2. On se présente, on se salue à travers une prise de contact.
Dans une première étape, on utilise des mots concrets se référant à des réalités qu'on peut montrer ou mimer: c'est une étape nécessairement orale. Ensuite, on passe à des réalités qui ne sont pas présentées dans la classe et de plus en plus on tend vers l'abstrait et les difficultés. La progression est naturelle: du simple au complexe.
4- La méthode audio-orale: D'origine nord-américaine. Elle connaît un grand rayonnement aux Etats-Unis de 1950 à 1965. Elle s'est inspirée de deux expériences antérieures: L'une qui avait été menée, avant la guerre pour enseigner les langues indiennes par des spécialistes, l'autre pendant la seconde guerre mondiale pour former rapidement des spécialistes aptes à comprendre et à parler les langues de l'ennemi. (Apports des théories distributionniste et béhavioristes).
5- La méthode structuro-globale audio-visuelle: (S.G.A.V):
Elaborée au début des années 50 et s'est développée par la suite en même temps que l'audio-orale. Elles donnent toutes les deux la priorité, à la langue parlée, laquelle est présentée au moyen de dialogues élaborés en fonction d'une progression décidée à l'avance.
Dans cette méthode, il s'agit d'abord de présenter la parole étrangère en situation, c'est- à-dire dans des conditions plausibles d'usage; d'où le recours aux images.
Ce qui est donné à regarder et à écouter aux étudiants, c'est une certaine représentation des usages de la parole étrangère dialoguée et l'accès au sens de cette parole ne se fait pas par traduction mais à partir de la situation visualisée.
La méthode S.G.A.V permet néanmoins d'apprendre assez rapidement à communiquer oralement en face à face dans des situations conventionnelles mais beaucoup moins à l'extérieur car la langue que les locuteurs utilisent n'est pas tout à fait la même que celle des dialogues de départ.
6- Courants modernes dans la D.D.L
6-1-La méthode communicative et cognitive: Appelée méthode « fonctionnelle »,
« communicative » ou « interactionnelle ». Elle se caractérise par le refus des méthodes
"audio-orale" et "audio-visuelle". On accepte la traduction en L1 quand elle s'avère nécessaire mais aussi possible. On réhabilite les explications grammaticales parce qu'on considère que tout apprentissage met en jeu des processus cognitifs et que l'apprenant doit exercer un contrôle réflexif sur ce qu'il apprend. La progression de l'enseignement n'est plus déterminée
en fonction de la matière à enseigner (vocabulaire et grammaire) mais en fonction du public auquel on s'adresse. Ainsi, on part d'une analyse des besoins langagiers des apprenants et décider des contenus du cours en fonction de cette analyse … (La pédagogie différenciée/ La pédagogie par objectifs/ L'apprentissage par compétences).