REVUE ANAL'YTIQUE DES REVUES
REVU ES FRANÇAISES
Revue des sciences philosophiques et théologiques, 20 janvier 1913,
M. D. ROLAND-GOSSELIN, O. P. L'Éflolution de l'intellectualisme grec de Thalès à Aristote. - Aperçu rapide des phases diverses de cette évolu- tion : les Ioniens, Parménide et l'école d'Élée, les Sophistes, Socrate, Platon, Conceptualisme réaliste et Analogie de l'être, d'après Aristote.
« Au terme de cette évolution, l'intellectualisme d'Aristote est un résultat achevé, le fruit mûr de la pensée grecque. »
vV. SCHMIDT, S. V. D: Phases principales de l'histoire de l'ethnologie.
- L'ethnologie s'émancipe peu à peu des sciences avec lesquelles elle formait un tout complet, et elle parvient de plus en plus à prendre cons- cience de sa matière propre et de son but particulier. Dans ce développe- ment on distingue quatre périodes: 1° l'ethnologie est jointe à l'histoire, à la géographie, à l'anthropologie ou science des races humaines; nous la trouvons dans cet état chez les Grecs, les Romains, les Arabes; 2° l'eth- nologie est jointe à la géographie: c'est la période qui embrasse le moyen âge et les siècles qui suivent jusqu'au XVIIIe; 3° l'ethnologie est jointe à l'anthropologie, au xvme jusqu'au milieu du XIXc; 4° l'ethnologie, depuis le milieu du XIX· siècle, forme une science indépendante.
P. MANDONNET, O. P. Premiers Traflau.x de polémique thomiste. - Aperçu général et sommaire de la littérature polémiqul1 thomiste jusqu'au milieu du XIV· siècle. Les écrits auxquels cette polénilique a donné lieu se group en t en deux catégories ': 10 Defensoria ou travaux destinés à repous- ser les attaques contre la doctrine de saint Thomas; 20 Concordantiœ, ou tra,vaux dont le but est d'établir la véritable pensée du saint docteur sur les points olt il a paru lui-même varier: Dans ce premier article,
I~
P. i\Iandonnet signale les principaux de(ellsoria qui parurent pendant le, quelque ~oixante années qui suivirent la mort de saint Thomas.
HEVUE ANALYTIQUE DES REVUES.
Revue de métaphysique et de morale, mars 1913.
G. BÉLAT. L'idée de Dieu et l'athéisme au point de flue critique et au point de flue social. - L'athéisme porte-t-il en lui des conséquences dan- gereuses pour l'ordre moral et social? lVi. G. Bélat pense que « dans le danger en question il y a beaucoup plutôt une théorie de philosophes qu'une réalité effectivement sentie et reconnue expérimentalement par les sociétés, que les sociétés paraissent n'avoir plus aucune peur réelle de l'athéisme, parce que le mot lui-même n'a plus aucun sens précis ni vivant, sinon pour la conscience de certaines, personnes prises indivi- duellement )). Pour étayer ces conclusions, M. G. B. fait une critique de l'idée de Dieu qui avait déjà paru plus au long dans la Reflue philoso- phique (décembre '1908) sous ce titre: la Triple Origine de l'idée de Dieu.
Il voit dans l'idée de Dieu « une idée qui se présente sous plusieurs for- mes irréductibles les unes aux autres, parce qu'elles ont des origines très différentes ))', La Reflue thomiste (janvier 1909, p. 99) répondit à cette critique en montrant d'où vient l'idée de Dieu et en faisant voir que les idées que les hommes ont de Dieu peuvent différer lorsqu'il s'agit de déterminer la nature divine, mais qu'elles se ramènent à la notion fon- damentale 'd'une cause première et nécessaire dont la réalité du monde visible nous prouve l'existence.
A, RIVAUD. Paul Tannery, histoire de la science antique. - Article écrit à l'occasion de la publication des Mémoires scientifiques de Paul Tannery, par I.-L. Heiberg et I-I.-G. Zeuthers (Toulouse et Paris, 1912, in-4°, xIx-465 p.). Ce travail résume et groupe les résultats essentiels des recherches de Tannery. C'est la meilleure manière de lui rendre hom- mage et de donner à ceux quO effrayeraient le nombre et la variété de ses recherches, l'idée de les consulter.
L. ROBIN. Platon et la Science sociale. - Dans ce travail, l'auteur veut montrer qu'il faut ,voir en Platon, non pas, comme Ü'n le fait trop sou- vent, un des plus éclatants législateurs du pays d'Utopie, lU'ais un réfor- mateur qui a appuyé son plan de réorganisation sur un examen réfléchi, Philosophique et scientifique à la fois, des formes sociales passées et des formes sociales contemporaines, et qui a voulu rattacher ce plan à une conception générale de cc que nous appelons les lois de la statique et de la dyn' amrque sOCIale. .
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REVUE THOMSITE.Revue de philosophie, mars 1913.
J. TOtTLEMONDE. L'Art d'exercer l'autorité. - Ce moyen pédagogique est inné chez certains : il peut se perfectionner 'chez les autres. Et d'a- bord il est de toute nécessité: pour l'élève d'abord, car, accessible comme individu par l'affection, il ne cède, une fois groupé, qu'à la force qui le aomine; pour le maître également, qui doit souvent procéder par affirma- tions, dont l'effet n'est possible qu'unies à l'ascendant. Mais comment s'y prendre? Le grand et. premier principe est: se faire respecter. Le sur- veillant qui ne connaît pas toujours ses élèves et n'en est pas connu doit être froid. Le professeur doit affirmer dès l'abord son autorité : il se fait connaître, et s'impose au début, alors que l'élève est encore hésitant. Si une révolte se produit, il la châtie jusqu'à la lasser : elle sera à Wut jamais domptée. Justice, froideur, calme: tout cela appuie l'autorité et la rend inattaquable aux froideurs, estimable à tous. Ténacité enfin qui ne laisse pas espérer pour plus tard des faiblesses. L'extérieur doit traduire cette attitude; parler peu, posément, plutôt bas, sans répéter souvent, ni avec de grands gestes.
Ce que tout cela présente d'un peu austère sera tempéré par la bonté.
On doit se faire aimer. L'autorité une fois bien établie, on peut alors condescen,dre. Hors de classe surtout, on témoignera de l'affection, de l'intérêt, en cherchant le côté le plus accessible de l'élève. En classe même, on se départira de la froideur, mais sans pousser trop loin la fami- liarité.
F. PRADEL. Autour de la méthode d'immanence. - !VI. Blondel a fort il Caire pour désavouer les amis et adversaires qui méconnaissent sa pen- sée : il lui arrive rarement de féliciter .quelqu'un pour l'avoir comprise.
Pourtant, il reconnaît sien l'exposé que M. Valensin a fait de sa doctrine et, par contre, attaque fortement M. de Tonquédec pour l'analyse qu'il en .
. fait. M. Pradel résume ici les deux travaux.
Exposé de M. Valensin. La doctrine de l'immanence est une forme de panthéisme, et M. Blondel n'a jamai~ enseigné une do~trine pareille. La méthode de l'immanence, voilà ce qui constitue tout le système de M. Blon~
dei: elle consiste « à chercher par sa volonté propre sa volonté vraie; a d eCOUVrJ1',' sous ce , . qu on , . crOit vou Olr, 1 . ce qu on veut, , - sous ce qu'on
. , , • ê . ' on est. J
crOIt penser, ce qu on pense, - sous ce qu on crott tl'e, ce qu _ Théorie de la méthode: le principe est que ce qui est purement du dehor
, ne peut pénétrer la vie, informer la pensée. Le surnaturel n'est-il pas par essence du dehors? Il semble donc inassimilable, mais ce n'est que dans
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les concepts. Tout se concilie dans la réalité vivante, car la nature n'est plus alors abstraite, .mais (c tout ce qui s'exprime en elle, qu'elle qu'en soit l'origine» (P). De ce point de vue, le besoin du surnaturel est vrai, (J. ortho- doxe ». Pour le mettre en évidence, il faudra partir non de l'objet, non du sujet-objet, notions abstraites, mais du sujet dans sa complexité. Rien d'extérieur. Application de la méthode. Partant du problème essentiel de
!:J. destinée,-M. Blondel examine toutes les attitudes que la volonté prend vis-à-vis de ce problème, et montre dans l'arrêt de la volonté un mensonge fondamental. La seule attitude vraie est celle de l'attente de quelque chose de plus haut dont nous avons besoin. Que vaut cette méthode? Elle n'est
'assimilable à aucune autre, et a pour but de démontrer la nécessité, non
le fait du surnaturel. Elle est légitime et indispensable.
Exposé de M. de Tonquédec. L'idée de l'immanence est définie: ce qui correspond à un besoin, mais s'applique en fait à tout ce qui fut la réalité du sujet et, le moi n'étant pas isolable, à tout; c'est l'interdépendance universelle. La vérité est l'accord de la pensée et de la vie: on la connaît par l'action, car elle porte sur le tout. De ce principe découlent les con- séquences suivantes: l'idée de Dieu vient de l'action; les preuves de fait Sont insuffisantes, c'est le besoin intérieur qui est tout; et la pratique seule nous dit si le divin se trouve dans les dogmes. - Critique: la notion d'immanence ne se déduit de rien, et se trouve être pourtant une idée. L'action peut signifier expérience ou option: le premier sens nous mettrait seul en contact avec la réalité; le second, celui de M. Blondel,
"n'a pas les qualités qu'il lui prête. Les conclusions qui suivent de là sont
opposées à l'Èglise : pas de démonstration rationnelle de l'existence de Dieu; on ne connaît la vérité qu'après l'avoir vécue, le dogme n'exprime pas le réel.
Avril 1913.
A. VERONNET. Les Hypotllèses cosmogoniques. - Le problème de l'ori- gine du monde a de tout temps préoccupé les penseurs, et l'on n'a pas attendu d'avoir rassemblé toutes les données pour tenter une solution. On sait désormais que le monde n'est pas immuable, qu'il tend ,,'ers un état de repos absolu, et qu'il a toujours évolué. Depuis Copernic, Kepler, New- ton, nous connaissons l'unité du monde, son centre, les rapports de dis- tance, de direction, de vitesse qui meut chaque parcelle de cette matière.
Le problème de l'origine se pose dès lors ainsi: " Étant donné un ensem- hie de particules dont la masse et le moment de rotation soient égaux à ceux du système solaire et soumis à la seule loi de gravitation, trouver la Position et le mouvement que devaient avoir ces particules, et les diffé-
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REVUE THOMISTE.rentes phases de leur évolution, pour que finalement, après avoir dépensé la quantité d'énergie indiquée ci-dessus, elles soient venues former le soleil et les planètes avec la masse, la position et les mouvements que nous leur connaissons. » Après la découverte du système actuel et de ses lois, le ,premier qui a essayé une explication sur l'origine du monde, c'est Kant dans sa Théorie du ciel (1755) . .Les hypothèses postérieures, Laplace lui-même, n'y ajoutent ou modifient que fort peu. Voilà en substance cette explication; origine commune de la terre, du soleil et des planètes; nébu- leuse primitive ou dispersion des éléments en un nuage cosmique; for- mation du soleil par la majeure partie des éléments attirés au centre par la seule attraction newtonienne; formation des planètes çlans le même plan, tournant dans le même sens, sur des orbites presque circulaires, tout cela se trouve déjà textuellement dans Kant, qui étend son explica- tion à la fO,rmation des satellites, des planètes, des anneaux de Saturne et des autres étoiles.
REVUES ÉTRANGÈRES Theologie und Glaube, 5 Jahrg. Heft 1.
E. SPRINGEIt. Dnsere Einperleibung in Christus durch die Eucharistie.
- L'Eucharistie nous incorpore réellement et physiquement au Christ, source de notre vie divine. Le baptême ~st 'la cause de notre incorpora-
'tion au Christ en vertu de l'Eucharistie; il est une communion spirituelle,
« manducatio spiritualis », en ce sens que le baptisé doit avoir la volonté implicite de recevoir le sacrement de l'Eucharistie dès qu'il pourra.
L'au'teur prouve sa thèse par de nombreuses citations tirées des Pères grecs et latins. A remarquer qu'il prend catégoriquement parti pour la causalité instrumental
.
e physique du Corps ct du Sang de Jésus-Christ .Heft 2.
"VILHELM HOHOFF. Die Prûchtbarkeit des Geldes und der Kapitalief/.
'- Dans l'antiquité et au moyen âge, l'argent passait pour être stérile; à partir du XIVe siècle un changement d'idée s'accomplit en faveur de la féc~ndité productrice du capital. Aujourd'hui tout le monde admet que l'argent devient, entre les mains de l'homme qui travaille, une source de revenus.
REVUl!: ANALYTIQUE DES REVUES.
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Heft 4.
Dr AN'f. SElTZ. Begriff und Tragweite der Religion. - La religion peut se définir: l'ordination naturelle au moins implicite de toutes les puissances de la personne à leur premier principe et à leur dernière fin.
On a proposé diverses étymologies du mot religion : la meilleure
.semble être celle de Cicéron 1 : religio vient de relegel'e, parce que par
la religion on revient toujdurs de nouveau à Dieu.
La religion est la base de la vie individuelle et sociale; c'est ce que reconnaissent même les philosophes libres-penseurs.
Cultura filosofica, novembre 1912.
G. FANCIULLI. La Psicologia del giuoco. - Toute la vie, l'homme est adonné au jeu: c'est là chez lui une activité continue et identique. Enfant, le développement successif et rapide de ses sens le réjouit après l'avoir étonné, et le contact avec d'autres enfants lui rend agréable le mouvement, l'imitation. Enfin surviennent les jeux d'imagination. L'adolescent dépense dans le jeu une grande énergie physique et psychique, car son âge le rend rêveur et il vit beaucoup de sentiment: on le voit même à ses jeux.
L'homme joue aussi par condescendance pour l'enfant, beaucoup pour sa propre satisfaction. La formule psycholog.ique qui se retrouve en tout jeu, c'est le sentiment, ici très vif, d'être cause, le sentiment de la liberté, qui donne à l'homme une physionomie toute nouvelle durant le jeu.
G. RENS!. Il Bene. - La morale doit se caractériser par son contenu, la bonne volonté jugée au moyen de la raison éthique. Ce qu'elle veut, c'est le propre bien par le bien des autres, l'altruisme. Mais altruisme bien entendu, qui porte chacun à se perfectionner en lui-même comme' moyen le plus efficace d'améliorer l'ensemble, le propre bien pOUl' le bien des autres. Notre propre bien ne va pas sans Dieu.
Janvier 1913.
G. FANCIULLI. La Psicologia del giuoco. - Pourquoi joue-t-on? Pour dépenser le surplus d'énergie; par imitation; par atavisme; comme essai
~e
la vie sérieuse, de la vie sociale. La réponse la plus vraie est encore 1 ancien , ne : se re aIre,r .
recréer,
l' esprIt. . Cal' e Jeu I ' n , est p 1 us Slmp . '1e Jeu ' S "1 1 n a pas son but en lui-même, mais est employé en vue d'autre chose.i. De Nalw'a deol-uln, 11,28.
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REVUE THOMISTE.E. BONAVENTURA. La Memoria affeltir.)a. - La mémoire de nos états affectifs est un fait: à tort, certains ont prétendu' que nous reconnaissions seulement les circonstances, et non le sentiment lui-même. Mais quelle est sa nature? Faut-il revivre ce sentiment ou seulement le revoir? Ribot opte pour la première hypothèse; l'auteur, et avec raison, pour la seconde.
« Les actes de connaissance sont spécifiquement différents des actes de sensation ou de vouloir; mais sentiments, volitions, etc., peuvent être connus et donc reconnus. » La reconnaissance d'un sentiment en suppose la représentation et le souvenir des circonstances. Il y a souvenirs faibles et forts : cela dépend moins de l'intensité du sentiment vécu que de la netteté de la reconnaissance des circonstances.
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IMPRIMATUR: Le Gérant: