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Nous sommes tous des Phéniciens, mais ce n est pas une fatalité!

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Eglise Réformée Evangélique du Valais - EREV

PAROISSE PROTESTANTE DE SION

pasteur François SCHLAEPPI

Nous sommes tous des Phéniciens, mais ce n’est pas une fatalité !

Prédication pour le dimanche 24 juillet 2022

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- 2 - 1ère lecture : Marc 6 : 6b - 13

Jésus va enseigner dans tous les villages qui sont autour de Nazareth. Il appelle les douze apôtres et il se met à les envoyer deux par deux. Il leur donne pouvoir sur les esprits mauvais. Voici ce qu'il leur commande : «

- Pour la route, ne prenez rien avec vous, sauf un bâton : pas de pain, pas de sac, pas d'argent dans votre poche.

Mettez des sandales, mais emportez un seul vêtement.

Jésus leur dit encore :

- Quand on vous recevra dans une maison, restez-y jusqu'au moment où vous quitterez l'endroit. Quand les gens ne voudront pas vous accueillir quelque part, quand ils ne voudront pas vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds. De cette façon, vous leur montrerez qu'ils ont mal agi.

Les disciples partent et ils demandent aux gens : - Changez votre vie !

Ils chassent beaucoup d'esprits mauvais, et ils guérissent beaucoup de malades, en versant de l'huile sur eux.

2ème lecture : 1 Rois 17 : 17 - 24

Le prophète Elie, alors que la sécheresse sévit sur le royaume d’Israël, est envoyé par Dieu dans la ville de Sarepta en Phénicie ; là, une veuve lui assure le gîte et le couvert...

Quelque temps après, le fils de la veuve qui loge Élie tombe malade ; la maladie est si violente qu’il ne reste plus de souffle en lui. Sa mère dit à Élie :

- Homme de Dieu, qu'est-ce que tu me veux ? Est-ce que tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes à Dieu et faire mourir mon fils ?

Élie répond :

- Donne-moi ton fils !

La mère tient l'enfant dans ses bras. Élie le prend, il le porte dans la chambre en haut de la maison, là où il loge. Il le couche sur son lit. Puis il prie le Seigneur en disant :

- Seigneur mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, est-ce que tu veux vraiment lui faire du mal en faisant mourir son fils ?

Ensuite, Élie se couche trois fois sur l'enfant. Il prie en disant :

- Seigneur mon Dieu, que le souffle de cet enfant revienne en lui !

Le Seigneur entend la prière d'Élie. Le souffle de l'enfant revient en lui : il est vivant ! Élie prend l'enfant, il le descend en bas de la maison. Il le remet à sa mère et lui dit : - Regarde, ton fils est vivant !

La femme lui dit :

- Maintenant, je sais que tu es un homme de Dieu. La parole du Seigneur est vraiment dans ta bouche.

PRÉDICATION

Nous poursuivons notre série estivale de prédications consacrées à la carrière du prophète Elie.

Pour cette troisième étape, nous sommes, comme la semaine dernière, à Sarepta, ville du territoire de Sidon, en Phénicie. Elie y a été envoyé par Dieu pour y être hébergé par une femme, une veuve ; il se trouve donc là-bas en territoire étranger, dans le pays de la reine Jézabel, épouse d’Achab, roi d’Israël. C’est d’ailleurs assez piquant de voir que Dieu envoie son prophète en mission justement dans le pays d’où vient celle qui a introduit des cultes idolâtres en Israël.

Effectivement, Jézabel est Phénicienne et les divinités telles que Baal et Astarté, ces dieux de la fertilité devant lesquels les Israélites se sont mis à s’incliner, viennent aussi de Phénicie.

Elie se retrouve donc dans ce pays-là. Et c’est une femme Phénicienne qui va lui assurer le gîte et le couvert durant toute la sécheresse ; on l’a vu dimanche dernier, la cruche de farine ne s’est pas vidée, la jarre d’huile n’a pas désempli jusqu’au jour où le Seigneur a donné la pluie à la surface du sol (1 Rois 17 : 14). Cette femme, cette veuve, qui ne croyait pas en Dieu, a fait confiance à la parole d’Elie, et dès l’instant où elle a fait ce pas de la confiance – un pas qui était quasiment un

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saut dans l’inconnu – sa vie a été en quelque sorte prise en charge par Dieu qui lui a assuré la subsistance, subsistance pour elle-même, pour son fils et pour Elie. Une belle histoire qui finit bien !

Mais tout n’est pas terminé. Voilà qu’un rebondissement dramatique survient : le fils de la veuve tombe malade. Le texte hébreu ne dit pas explicitement qu’il meurt, mais qu’il ne reste plus de souffle en lui. Oh, c’est bien entendu synonyme de mort, mais cela veut bien nous faire comprendre que la vie s’est absentée de cet enfant, parce que la vie c’est quelque chose qui est donné « de l’extérieur » et qui, à tout moment, peut nous être retiré ; cela nous fait comprendre qu’il n’y a pas de vie possible sans cette réception, à l’intérieur de nous, du souffle vital, un souffle fragile qui, lorsqu’il vient à manquer signifie la mort.

La femme, en toute logique, se retourne contre Elie et le soupçonne d’être le déclencheur de ce malheur. Pas forcément le responsable, mais bien le déclencheur, car elle lui dit : - Tu es venu chez moi pour rappeler ma faute et faire mourir mon fils ! Voyez comment le malheur fait remonter à la surface les vieilles culpabilités ! Tu es venu chez moi pour rappeler ma faute... Qu’en est-il au juste ?

Le récit ne nous le dit pas, mais peut-être cette veuve se sent-elle coupable de la mort de son époux et reçoit-elle la mort de son fils comme une confirmation de cette culpabilité, comme une punition voire comme une condamnation. Disons-le franchement, c’est absolument terrible... Et l’homme de Dieu est considéré comme celui qui vient réveiller tout cela, comme celui qui vient mettre le doigt sur la faute, celui qui, d’une manière particulièrement douloureuse, fait s’enflammer les plaies mal cicatrisées.

Et si le prophète, l’homme de Dieu, est considéré comme celui qui ne peut que faire resurgir les vieilles culpabilités, c’est parce que généralement on pense que Dieu lui-même n’est là que pour accuser et pour punir. La crainte de Dieu, bien souvent, n’est pas comprise comme un respect dû à Dieu, mais comme la peur de Dieu. Peur de son jugement, peur de sa condamnation.

Et là, je me dis que nous sommes toutes et tous des Phéniciens. Tous nous nous forgeons de fausses images de Dieu. Oui, nous faisons de Dieu une puissance magique censée être à notre service et en ce sens, comme les Phéniciens d’alors, nous nous inclinons devant les idoles de la fertilité, de l’abondance, du dépannage d’urgence. Baal et Astarté, ce sont les images de ce dieu qui doit assurer mon bien-être, ma santé, la sécurité de mon travail. Baal et Astarté, ce sont les idoles dérisoires de mon droit exclusif et immédiat au bonheur et à la survalorisation de ma petite personne.

Ou alors, comme cette veuve Phénicienne, nous ne voyons en Dieu qu’une puissance de condamnation, nous le voyons comme un père sévère, un garde-chiourme ou – les images peuvent être nombreuses – un « big brother » qui ne fait que nous surveiller et qui nous attend au contour de notre prochaine faute pour nous taper sur les doigts. Images faussées de Dieu...

Elie n’entre pas en débat avec la femme, il n’essaye pas de démentir ni de se justifier. Il se contente de lui dire : - Donne-moi ton fils ! Mais si Elie se fait sobre avec la femme, il va par contre se mettre à discuter avec Dieu, une discussion assez franche. Elie n’y va pas par quatre chemins :

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- Seigneur mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, est-ce que tu veux vraiment lui faire du mal en faisant mourir son fils ?

Elie reconnaît que Dieu reste le maître de la vie et mais il n’hésite pas à donner des ordres à Dieu – il y a beaucoup d’ordres donnés dans cette histoire : - Seigneur mon Dieu, que le souffle de cet enfant revienne en lui ! Et Dieu entend la prière de son prophète et le souffle de l’enfant revient en lui.

Elle est là la vraie image de Dieu : il est le maître de la vie, c’est lui qui assure le souffle nécessaire à la vie. Dieu n’est pas un magicien dispensateur de l’abondance dont nous rêvons ; Dieu n’est pas le comptable de nos fautes. Dieu est celui qui donne souffle, Dieu est celui qui fait vivre. Et la femme pourra dire à la fin : - Maintenant, je sais que tu es un homme de Dieu. La parole du Seigneur est vraiment dans ta bouche. L’image qu’elle se faisait de Dieu est en train de changer...

Remarquez l’importance de la bouche dans toute cette histoire. La bouche, c’est par là que passe le souffle de vie qui a fait défaut à l’enfant, par là qu’est passé ce souffle lorsqu’il lui a été rendu.

La bouche, c’est aussi l’organe de la parole, parole du prophète qui a fait revenir la vie.

On le sait, le Dieu de la Bible est essentiellement un Dieu de parole. Contrairement aux idoles que sont Baal et Astarté, le Dieu de la Bible n’est pas un dieu qui se révèle dans la pluie et dans le retour des saisons ; il n’est pas un dieu des forces cosmiques et des grands bouleversements naturels – on le verra vers la fin de l’histoire d’Elie. Dieu de la parole, Dieu du fragile souffle de vie.

*

L’Evangile nous rapporte que Jésus a envoyé ses disciples deux par deux, en mission. Ce qui frappe, c’est le dépouillement, pour ne pas dire le dénuement, imposé aux disciples : pas de bagage, pas de nourriture, pas d’argent ; uniquement des sandales, un bâton, un seul habit.

Les disciples se retrouvent donc dans une situation assez semblable à celle que connut Elie alors qu’il venait se présenter chez la veuve : ils sont, comme lui, entièrement placés en dépendance des personnes chez qui ils se présentent.

Et la mission des disciples repose essentiellement sur la parole : - Quand les gens ne voudront pas vous accueillir quelque part, quand ils ne voudront pas vous écouter... Plus loin, il est précisé qu’ils partent et qu’ils demandent aux gens de changer de vie. Les disciples donc proclament, et il faut les écouter. La parole ! Telle est donc l’arme, tel est donc l’outil que Dieu met à disposition de son prophète ou de son disciple pour inviter les hommes et les femmes de cette terre à se convertir.

J’ai eu un jour une discussion avec une personne qui me disait son étonnement face au fait que l’Eglise ne faisait pas de publicité. Le constat est pertinent, on ne trouve pas dans la presse de pleines pages vantant les mérites de l’Evangile ; parfois de grandes affiches, au bord des routes, nous rappellent quelques versets bibliques bien choisis, mais je reste sceptique quant à la pertinence d’une telle démarche.

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La meilleure publicité que l’Eglise puisse faire pour l’Evangile, c’est le bouche-à-oreille, et un bouche-à-oreille qui n’est pas uniquement l’affaire des ministres, de ceux qui ont fait des études et qui sont payés pour cela. Un bouche-à-oreille qui doit être porté par tout un chacun, par chaque fidèle, par chaque baptisé.

Mais il est vrai que ce n’est pas toujours facile. Témoigner de sa foi, c’est un peu se retrouver dans la situation des disciples, à savoir être bien démuni, être livré à la bonne disposition de celui à qui on s’adresse, c’est prendre le risque de ne pas être écouté ou d’être renvoyé tout juste poliment comme le fut l’apôtre Paul devant l’aréopage d’Athènes : - Nous t’écouterons une autre fois... (Actes des Apôtres 17 : 32). Exercice difficile et risqué, mais c’est ni plus ni moins la mission qui est assignée à tout disciple.

Le bouche-à-oreille requiert donc la parole et la parole, bien mieux que le message écrit de la publicité, peut déboucher sur un dialogue. Et ce dialogue, à son tour, va permettre de forger un nouveau rapport à la vie et à Dieu ; dans le dialogue va pouvoir naître une nouvelle histoire de vie.

*

Il n’y a pas de souffle de vie sans ce mouvement constant qu’on appelle l’aspiration. L’aspiration, c’est un appel d’air, c’est l’attente de ce qui est nécessaire à la vie.

Nous sommes, face à la Parole de Dieu, dans la même situation que par rapport à l’air que nous respirons. Nous devons recevoir cette Parole qui nous donne vie et ensuite, il nous appartient de la faire passer plus loin. Mais il y a une différence : l’air que nos poumons rejettent est un air usé, vicié ; par contre, la parole que nous restituons dans notre témoignage se trouve enrichie de notre expérience de croyant ; elle n’est pas parole morte, mais elle est porteuse du surplus de vie qu’elle nous a apporté.

*

L’Evangile nous incite à ne pas nous contenter d’être des Phéniciens, des Phéniciens fascinés par des idoles aux pouvoirs prétendument magiques, ni des Phéniciens accablés par un dieu destructeur. L’Evangile nous appelle à nous laisser vivifier par la Parole de Dieu et, à notre tour, à nous faire porteurs de cette Parole.

Après que son fils vivant lui ait été rendu par le prophète Elie, la veuve de Sarepta est parvenue à formuler cette belle confession de foi : - Maintenant, je sais que tu es un homme de Dieu. La parole du Seigneur est vraiment dans ta bouche. Confession de foi et ordre de mission !

Amen.

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