2458 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 14 décembre 2011
actualité, info
La princesse et le liseron
Je ne l’ai pas vu et pourtant je l’ai bien cher
ché ce ridicule petit nystagmus vertical, mor
telle radicelle de cette plante vénéneuse en
vahissant votre cerveau comme le liseron le jardin potager. Et puis les autres,
dans la grande maison universitaire où j’ai dû vous adresser, ont fini par le découvrir et ont décidé qu’il fallait arracher cette mauvaise herbe. Seu
lement voilà, chacun sait le liseron tenace et qu’il se rit du jardinier. De plus, chez vous, il affectait les struc
tures nobles rendant l’opération pro
jetée encore plus périlleuse. Le résul
tat fut catastrophique. Si la chi rurgie se montra capable d’extraire une grande partie de la tumeur et de vous éviter le pire, elle vous laissa gravement invalidée. Vous étiez une
jeune mère de famille énergique et sportive assumant sans problèmes majeurs vos deux enfants, vos passions et vos obligations. Vous êtes ressortie de l’intervention sonnée, incré
dule, ataxique et clouée dans une chaise rou
lante pour une éternité dont seul Dieu peut
être est à même de discerner les limites.
Qu’alliezvous faire de ce que l’on avait fait de vous ?
Après des mois d’efforts de rééducation, la conclusion tomba com me un couperet : vous
alliez être placée en institution, car l’équipe soignante estimait, malgré votre avis, qu’un retour à domicile était impossible. Votre han
dicap était trop sévère. Ce dénouement vous étant intolérable, il vous fallut convaincre et vous avez convaincu. Après quelques mois de placement, vous êtes revenue à la maison pour un essai. Vous n’en êtes jamais repartie.
Vous avez su tricoter, selon ce terme cher à Boris Cyrulnik, une histoire à votre mesure, basée sur vos ressources personnelles, sur celles de vos proches et du milieu. Vous avez, je crois, franchi les étapes menant à la rési
lience : résister à la désorganisation trauma
tique, accepter le changement, intégrer le traumatisme, reconstruire une nou velle per
sonnalité. Vous êtes peu à peu revenue à la lumière de la vie des hommes. Votre vie est devenue, toujours selon Cyrulnik, un oxymo
ron : une belle horreur ou une beauté hor
rible.
Etrangement, mes visites trimestrielles sont un ressourcement personnel. Aujourd’hui, vos ongles bleus parfaitement manucurés, votre abondante chevelure noire arrangée avec soin laissent émaner de vous une féminité réappri
carte blanche
LDD Jules Joseph Lefebvre (1836-1911)
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voisée qui m’émeut profondément. Et même si la parole reste difficile, vous pouvez expri
mer votre fierté et certainement votre bon
heur d’être ancrée dans le quotidien et d’avoir retrouvé pleinement votre position de mère et d’épouse.
Quant à moi, je sais que ce grand malheur nous liera à tout jamais. Pourtant un jour, peu après votre retour à la maison, vous aviez pu me dire que vous compreniez, que vous pou
viez accepter que l’on puisse ne pas voir une minuscule radicelle, même si celleci a dé
vasté toute votre vie. La confiance sauve, vous aviez alors simplement souhaité que nous continuions la route ensemble.
Dr Pierre de Vevey Rue Sadaz 5 1373 Chavornay [email protected]
quant à la toxicité chez l’homme de faibles doses de bisphénol A. Une position radica
lement différente de celle qui a conduit la France, par voie législative, à programmer d’en interdire l’usage. Peut
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