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Les rapaces, oiseaux à protéger

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LES RAPACES, OISEAUX A PROTEGER *

par A. Ueylan I. Les rapaces nocturnes

L'homme possède des sens mal adaptés à la vie nocturne et montre, à un degré variable suivant les individus, une peur innée de l'obscurité.

Les bruits et les mouvements qu'il peut percevoir durant la nuit frap- pent souvent son imagination au plus haut point. De tous les animaux dont l'activité est liée aux ténèbres, les rapaces nocturnes sont à l'origine des plus grandes terreurs et des plus extraordinaires superstitions. Leurs manifestations vocales sont des ululements sinistres, des cris déchirants ou des soufflements presque humains. Par leur vol silencieux, ils n'ap- paraissent que furtivement, tels des fantômes. Et lorsqu'on les voit poses, le regard fixe de leurs grands yeux a un pouvoir de fascination. Il n'en faut pas davantage pour que les rapaces nocturnes soient considérés comme des oiseaux inutiles, voire nuisibles. L'époque n'est pas très loin- taine où la présence de chouettes effraies, dans une ferme, était consi- dérée comme un signe de malédiction annonçant la mort de l'un des habitants durant l'année. On tuait alors ces oiseaux pour les clouer contre la porte de la grange et conjurer le mauvais sort.

Ces vieilles croyances ont aujourd'hui presque disparu de nos campagnes pour faire place à une plus saine vision des faits. Cependant, même si la loi fédérale sur la chasse et la protection des oiseaux interdit toute destruction des rapaces nocturnes, ces derniers ne sont pas encore considérés partout comme de grands auxiliaires de l'agriculture. Il serait souhaitable de vouer à ces oiseaux une attention toute particulière Vu la disparition progressive des sites favorables à leur nidification, spé- cialement dans les régions cultivées.

Les rapaces nocturnes présentent une série de caractères adaptatifs remarquables. Leur corps est couvert de longues plumes duveteuses.

Le cou disparaît dans cette masse et l'oiseau paraît plus gros qu'il n'est en réalité. Le plumage a une coloration terne allant du blanc au gris, du jaune aux diverses nuances de brun. Il est marqué de stries et de taches qui rendent l'oiseau peu visible, lorsque, durant la journée, il se tient immobile. Les ailes, grandes et larges, permettent, grâce au bord doux et frangé des rémiges ', un vol parfaitement silencieux.

* Extrait de « Agriculture romande >.

1 Grandes plumes rigides de l'aile d'un oiseau.

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La tête, r o n d e e t large, est e x t r a o r d i n a i r e p a r la disposition des yeux qui sont situés p r e s q u e dans le m ê m e plan. Ces yeux sont toujours de g r a n d e taille et i m m o b i l e s dans leur o r b i t e . L'oiseau compense cette fixité du regard p a r u n e m o b i l i t é de la tête q u i , en t o u r n a n t , p e u t dé- crire u n arc de 270 °. La m o r p h o l o g i e p a r t i c u l i è r e de l'œil p e r m e t u n e vision n e t t e , m ê m e sous u n e l u m i è r e des plus faibles. L'ouïe est égale- m e n t très développée. Les vastes orifices auditifs situés dans la p a r t i e p o s t é r i e u r e du crâne ont u n e forme de croissant, e n t o u r a n t p a r l ' a r r i è r e le globe de l'œil. Des p l u m e s fines s'étalent en éventail a u t o u r des yeux et d'autres b o r d e n t les cavwes auditives, dessinant ce q u e l'on a p p e l l e le disque fascial.

Le bec est puissant, m a i s , caché p a r les p l u m e s de l a face, il p a r a î t très court. Seule surgit l ' e x t r é m i t é de la m a n d i b u l e s u p é r i e u r e fortement r e c o u r b é e . Les p a t t e s sont fortes et armées d'ongles acérés. Les tarses et les doigts, dont l ' e x t e r n e p e u t ê t r e dirigé i n d i f f é r e m m e n t en avant ou en a r r i è r e , sont souvent e m p l u m é s .

Les rapaces n o c t u r n e s se nourrissent p r i n c i p a l e m e n t de petits m a m - mifères, rongeurs ou insectivores, d'insectes, parfois d'oiseaux, ou de b a t r a c i e n s . Les proies sont g é n é r a l e m e n t avalées entières sans être dépecées au p r é a l a b l e . Les p a r t i e s assimilables sont dissoutes sous l'ac- tion d e puissants sucs gastriques, aidée p a r les m o u v e m e n t s du gésier.

!>es poils, les p l u m e s , 'les os, les p a r t i e s chitineuses des insectes sont re- jetés sous f o r m e d e pelotes. On a d m e t , p a r e x e m p l e , q u e la c h o u e t t e ef- fraie r é g u r g i t e d e u x pelotes au cours de 24 h e u r e s , l ' u n e de g r a n d e taille d u r a n t la n u i t , l ' a u t r e plus p e t i t e d u r a n t la j o u r n é e . L'exa- m e n du c o n t e n u de celles-ci p e r m e t d ' é t u d i e r le r é g i m e a l i m e n t a i r e des Tapaces n o c t u r n e s , m a i s il p e u t aussi a p p o r t e r de très intéressantes données, en p a r t i c u l i e r sur la faune des petits m a m m i f è r e s h a b i t a n t le t e r r i t o i r e de chasse de l'oiseau.

G é n é r a l e m e n t , les r a p a c e s n o c t u r n e s n e construisent pas de n i d s , mais en o c c u p e n t de vieux d ' a u t r e s espèces ou p o n d e n t dans des cavités d'arbres, de m u r s , ou encore dans des dépressions du sol. Les j e u n e s naissent aveugles, couverts d ' u n duvet b l a n c q u i est r e m p l a c é progressi- v e m e n t p a r u n duvet p i g m e n t é l e q u e l subsiste en p a r t i e lorsqu'ils quit- t e n t le n i d . La p é r i o d e d'élevage c o n t r a i n t les p a r e n t s à u n e intense activité de chasse. P l u s i e u r s espèces sont migratrices.

Sur les 9 espèces de r a p a c e s n o c t u r n e s n i c h a n t en Suisse, seules 4 f r é q u e n t e n t r é g u l i è r e m e n t les régions cultivées e t j o u e n t u n r ô l e im- p o r t a n t dans la d e s t r u c t i o n des petits r o n g e u r s . D a n s ce« q u e l q u e s lignes, nous n o u s l i m i t e r o n s à d o n n e r les caractéristiques de ces espèces les plus

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communes, représentées par la figure 1. Rappelons encore que l'ordre des rapaces nocturnes comprend les chouettes, reconnaissables à une tête dépourvue d'aigrettes de plumes, et les hiboux, caractérisés par ces aigrettes appelées faussement « oreilles ».

La chouette effraie

La chouette effraie, Tyto alba Scopoli (fig. 1 a), est facilement reconnaissable par sa coloration très pâle. Le plumage du dos est mar- qué de fins dessins gris ou roux; celui du ventre est généralement blanc, presque dépourvu de taches. Les yeux sont noirs et les pattes longues.

L'effraie mesure environ 34 cm. et atteint en moyenne 93 cm. d'enver- gure.

Ce magnifique rapace nocturne est lié aux habitations; on le ren- contre dans les fermes, les clochers et les ruines. Il fréquente à l'occa- sion les vieux arbres des parcs ou les falaises de rochers qui constituent son habitat primitif. L'effraie fuit la lumière et ne se montre de jour pour chasser que lorsque la nourriture fait défaut pour élever les jeunes ou durant l'hiver. Dès la tombée de la nuit, elle reprend son activité et quitte son gîte d'un vol ondoyant et incertain. Très souvent, ce noc- turne tourne autour des maisons avant de s'en aller survoler les espaces découverts des prairies et des champs qui représentent son principal territoire de chasse. Les cris de l'effraie sont des chuintements et des roucoulements tremblés que l'oiseau pousse en volant. Le chant res- semble étrangement au ronflement d'un dormeur.

La chouette effraie niche dans un coin obscur, sous les toits, dans les trous des vieux murs, dans les combles ou sur la paille des granges.

Les œufs, généralement de quatre à huit, sont pondus sur le sol. Seule la femelle couve, mais les jeunes sont nourris par les deux parents. L'envol a lieu à l'âge de neuf semaines environ. Il n'y a d'habitude qu'une seule couvée par an.

L'effraie se nourrit principalement de petits mammifères; visitant les cultures, elle capture une grande quantité, de campagnols et de mu- lots. Elle semble rechercher les musaraignes et il lui est possible, grâce à la finesse de son ouïe, de repérer plus facilement ces petits insectivores tpii signalent sans cesse leur présence par des cris aigus. Dans les an- nées à pullulations de campagnols, ces derniers sont presque les seuls mammifères à être attrapés. L'effraie prend aussi les souris, parfois les taupes noires. Occasionnellement, elle se nourrit de chauves-souris, de batraciens, de reptiles ou d'insectes. Elle chasse plus rarement les oiseaux. Ce sont principalement les moineaux qui sont capturés, surtout

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d u r a n t l a p é r i o d e de disette de l'hiver, l o r s q u e le sol est recouvert de neige.

La c h o u e t t e effraie n e vit guère à u n e a l t i t u d e s u p é r i e u r e à h u i t cents m è t r e s . E l l e est g é n é r a l e m e n t sédentaire ou e r r a t i q u e . Les j e u n e s p e u v e n t effectuer des d é p l a c e m e n t s m i g r a t o i r e s . Très a b o n d a n t e dans, n o t r e pays ces dernières années, elle a b e a u c o u p souffert des rigueurs de l ' h i v e r 1962-1963. A c t u e l l e m e n t cet oiseau est devenu r a r e et il f a u d r a v r a i s e m b l a b l e m e n t q u e l q u e s années p o u r r e t r o u v e r u n niveau n o r m a l de p o p u l a t i o n .

La chouette hulotte

La c h o u e t t e h u l o t t e , Strix aluco L. (fig. 1 b ) , est également u n ra- pace n o c t u r n e très c a r a c t é r i s t i q u e : u n e grosse tête r o n d e , des yeux p r e s q u e noirs, u n p l u m a g e t a c h e t é v a r i a n t du b r u n r o u x au grisâtre avec le ventre f o r t e m e n t r a y é de s o m b r e . Sa taille est l é g è r e m e n t supé- r i e u r e à celle de l'effraie (37 cm.) p o u r u n e envergure s e m b l a b l e .

La h u l o t t e est bien connue p a r son c h a n t retentissant q u e l'on p e u t t r a d u i r e p a r u n « ou... ou... ou » grave et sonore qui se prolonge parfois p a r des « ou... ou... ou... » t r e m b l é s . Le cri le plus f r é q u e n t est u n « k i ouick... » criard. Cette c h o u e t t e est fréquente en m o n t a g n e c o m m e en p l a i n e . E l l e h a b i t e les grands arbres des forêts, des allées et des p a r c s et n i c h e dans les cavités des troncs, dans les vieux n i d s d ' a u t r e s oiseaux, parfois dans les h a b i t a t i o n s ou à t e r r e . Il n'y a q u ' u n e seule p o n t e p a r an, q u i c o m p t e deux à q u a t r e œufs.

La c h o u e t t e h u l o t t e est strictement n o c t u r n e ; elle passe la j o u r n é e cachée dans u n e cavité ou dans les b r a n c h e s des arbres. E l l e ne chasse q u e sur u n p e t i t t e r r i t o i r e , p a r c o u r a n t les bois ou les espaces libres voisins. Cet oiseau est très omnivore, se n o u r r i s s a n t de petits rongeurs ou insectivores, c a p t u r a n t les oiseaux au n i d ou dans les dortoirs, saisis- sant a u vol les chauves-souris et les insectes, p é c h a n t des poissons, attra- p a n t des b a t r a c i e n s , c o n s o m m a n t au sol des escargots, des insectes ou des lombrics. C e p e n d a n t , m a l g r é ce régime très varié, ce sont les campagnols et les m u l o t s q u i constituent l'essentiel de sa n o u r r i t u r e .

La densité de p o p u l a t i o n de la c h o u e t t e h u l o t t e est r e l a t i v e m e n t stable dans n o t r e pays, les conditions favorables à sa nidification é t a n t le p l u s souvent conservées e t l'espèce souffrant moins que les autres des hivers r i g o u r e u x . E l l e est sédentaire.

La chouette chevêche

Lia. c h o u e t t e chevêche, Athene noctua Scopoli (fig. 1 c), est u n r a p a c e n o c t u r n e d e p e t i t e taille et d'aspect t r a p u , m e s u r a n t 22 c m . et a y a n t u n e

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envergure de quelque 50 cm. Elle se caractérise par son air féroce dû à une tête aplatie et à des yeux jaunes. Le plumage du dos est brun foncé tacheté de blanc et le dessous du corps blanchâtre rayé de brun.

La chevêche chasse souvent en plein jour, mais elle déploie sa plus grande activité à l'aube et au crépuscule. Les cris de cette espèce sont très variés et stridents; le chant consiste en des sons plaintifs et sonores, répétés régulièrement : « coû... coû... coû ».

Cette petite chouette se nourrit principalement au sol où elle se déplace avec agilité. Son régime alimentaire est très varié. Elle capture de préférence de gros insectes, mais se nourrit aussi de lombrics. Les petits mammifères composent aussi une large part de ses repas. Lors des puUuIations de campagnols, elle capture plus de proies qu'elle n'en peut manger et les accumule dans des cachettes qui souvent ne sont plus visitées. La chevêche chasse également les oiseaux, mais surtout en hiver.

L a chouette chevêche habite les terrains découverts entrecoupés de bosquets ou de haies avec de vieux arbres. Elle est répandue principale- ment à basse altitude et ne vit guère au-dessus de six cents mètres. Elle niche dans les cavités des arbres, mais occupe aussi les bâtiments ou les parois de rochers. Il n'y a qu'une seule ponte par an, comptant géné- ralement quatre ou cinq œufs.

Dans de nombreuses régions de notre pays, cette espèce a très for- tement diminué depuis le début du siècle. Les remaniements parcellaires qui entraînent la disparition des haies avec de vieux arbres creux con- tribuent très largement à cette raréfaction. D'autre part, la chouette chevêche supporte fort mal les hivers à enneigement prolongé. Elle est sédentaire.

Le hibou moyen duc

Le hibou moyen duc, Asio otus L. (fig. 1 d), est reconnaissable à ses longues aigrettes, bien visibles lorsque l'oiseau est posé. Il mesure 35 cm. et atteint une envergure de 90 cm. Le plumage présente dans les nuances et les dessins de grandes variations individuelles. Le dessus du corps est tacheté de brun roussâtre et de brun-gris; le dessous est jaunâtre marqué de raies sombres. La coloration de l'iris de l'œil est jaune à orange.

Le moyen duc a des mœurs essentiellement nocturnes. Pendant la journée, il passe le plus souvent inaperçu; immobile, vertical, le corps allongé, il se dissimule parfaitement, même lorsqu'il se tient en pleine lumière dans les branches d'un arbre. Il se laisse alors facilement appro-

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cher. Le chant de cette espèce peut se traduire par un « hoû... ou... ou » bas et sourd, répété à intervalles réguliers. Les cris sont des jappement«

plaintifs et variés.

Ce hibou habite surtout les lisières des forêts de conifères, plus rare- ment de feuillus, ainsi que les bosquets situés au milieu des cultures et des arbres isolés. On ne le rencontre guère dans les habitations. Il niche le plus souvent dans de vieux nids, mais occupe parfois des cavités ou pond à même le sol. Il est répandu dans tout le pays et niche en montagne jusqu'à la limite des forêts. Il n'y a généralement qu'une seule couvée par an. Les pontes les plus fréquentes sont de quatre à six œufs.

Le régime du moyen duc consiste principalement en petits mammi- fères et en oiseaux. Les campagnols représentent la plus grande partie de son alimentation. Ce nocturne capture aussi des mulots, des souris et des musaraignes, mais guère d'animaux d'une taille supérieure à celle d'un jeune rat. Les oiseaux sont surtout chassés durant la mauvaise saison qui rend difficile la capture des rongeurs. Ce sont les dortoirs de moineaux, de verdiers et de merles qui sont alors visités. Cette espèce ne se nourrit que peu d'insectes.

Dès la fin de la période de nidification, mais surtout durant l'hiver, les hiboux moyens ducs se réunissent en bandes, pouvant compter jus- qu'à soixante individus. Ces oiseaux sont sédentaires ou erratiques, mais peuvent également accomplir de grands déplacements. Les hivers rigoureux sont mal supportés par cette espèce.

Ces quelques traits de la biologie des quatre rapaces nocturnes les plus fréquents dans notre pays sont suffisants pour nous montrer la très grande utilité de ces oiseaux et le rôle important qu'ils jouent dans l'équilibre de la nature. Tous sont principalement des chasseurs de petits mammifères terrestres et détruisent une grande quantité de cam- pagnols. Mais, sur ce point, il ne faut pas croire que les chouettes et les hiboux peuvent à eux seuls enrayer 'les pullulations de petits rongeurs.

Ils sont simplement un des moyens naturels de lutte que les agriculteurs se doivent de sauvegarder aux côtés des rapaces diurnes et des petits carnassiers.

Les années à forte densité de campagnols, les rapaces nocturnes pondent davantage d'œufs et élèvent sans difficulté toute leur couvée, accumulant sur le bord du nid plus de nourriture qu'il n'en faut. Par contre les années où les petits rongeurs sont rares, certaines espèces ne nichent même pas, et la plupart n'élèvent qu'un ou deux jeunes. Seuls

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Chouette effraie Chouette chevêche Hibou moyen duc

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Buse variable Faucon crécerelle Epervier d'Europe Milan noir

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les plus forts arrivent à quitter le nid; les derniers éelos meurent de faim ou sont même dévorés par les aînés. Ainsi l'abondance de préda- teurs dépend de celle des petits rongeurs, et eue est légèrement décalée dans le temps. Rapaces et carnassiers ne peuvent en aucun cas être un moyen de lutte suffisant, mais ils sont cependant des auxiliaires dont le rôle n'est nullement négligeable. Il est donc nécessaire de les protéger par tous les moyens et d'avoir dans les cultures la plus grande densité possible de ces animaux « utiles ».

Les constructions modernes n'offrent souvent plus de fissures ou de recoins sombres favorables à la nidification des rapaces nocturnes.

Les méthodes culturales modernes ont entraîné la disparition des haies, des boqueteaux et des vieux arbres isolés, sites propices pour l'habitat de ces oiseaux. II est alors utile de compenser ces modifications du milieu par la pose de nichoirs pour rapaces. Les perchoirs disposés dans les cultures sont fréquentés aussi bien par les rapaces diurnes que par les nocturnes et permettent à ces oiseaux de repérer les allées et venues des petits mammifères, favorisant leur capture sur un territoire donné.

Enfin, une attention toute particulière devrait être apportée dans le choix et dans l'utilisation des rodenticides dans la nature. Des études approfondies devraient pouvoir être entreprises sur l'effet de ces subs- tances sur les prédateurs, comme du reste sur l'ensemble de la faune, en particulier sur les animaux-gibier. Des recherches devraient devraient pouvoir être faites sur le comportement des rongeurs into- qués pour éviter l'emploi de rodenticides amenant ces animaux à venir mourir en surface où ils sont alors capturés par les rapaces et les carnassiers, qui s'empoisonnent à leur tour. L'homme voulant tuer ses ennemis ne doit pas détruire ses auxiliaires et se rendre la tâche plus complexe pour l'avenir.

//. Les rapaces diurnes

Que ce soit en plaine ou en montagne, il n'est guère possible de sortir dans la nature quelques heures durant la journée sans apercevoir un ou plusieurs rapaces. Le plus souvent, c'est un oiseau planant noble- ment dans le eiel qui attire l'attention et l'admiration. Malheureuse- ment, ce n'est en général que le vol majestueux qui est l'objet de con- templation ; l'oiseau lui-même est aussitôt appelé « épervier » et qualifié de « nuisible ».

L'enseignement n'accordant aucune place à l'étude de la faune in- digène, rares sont les personnes qui savent distinguer les différentes espèces de rapaces diurnes de notre pays et qui, connaissant leur biolo-

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gie, s'abstiennent de tout qualificatif. Il est clair que la détermination de quelques espèces n'est pas toujours facile, même pour l'observateur exercé. Mais ce n'est pas une raison suffisante pour que tous les rapaces soient dotés du même nom spécifique. Les espèces les plus communes ont chacune un aspect caractéristique et peuvent être distinguées fa- cilement. D'autre part, une meilleure connaissance du mode de vie de ces oiseaux montre combien le terme de « nuisible » est le résultat de l'ignorance et de préjugés. Rares sont les cas où un rapace s'attaque systématiquement à une basse-cour. Le plus souvent, ce sont des prises occasionnelles que de meilleures installations et des mesures de pro- tection pourraient éviter. Quant à la capture d'animaux-gibier, elle a un effet positif, favorable aux intérêts des chasseurs, phénomène qui n'est que difficilement compris de ces derniers. Enfin, il ne faut pas oublier que de nombreuses espèces de rapaces se nourrissent de petits mammifères terrestres et sont de ce fait de grands auxiliaires de l'agri- culture. Il faut donc se libérer des vieilles croyances basées sur des observations sommaires et subjectives. H est nécessaire de mieux con- naître les rapaces diurnes et de les protéger, car ils jouent un rôle im- portant dans l'équilibre de la nature.

Si vingt-neuf espèces de rapaces diurnes sont citées dans les listes d'oiseaux de Suisse, seules dix-sept d'entre elles sont régulièrement observées dans notre pays, soit comme oiseaux nicheurs, soit comme oi- seaux migrateurs. Parmi ces dernières, quatre espèces sont des nicheurs fréquents et largement répandus — leurs caractéristiques sont mention- nées ci-dessous — sept sont des nicheurs réguliers mais rares ou très localisés, trois enfin ne nichent qu'occasionnellement en Suisse.

Les rapaces diurnes sont très différents des rapaces nocturnes. Ils en sont nettement séparés et sont classés dans un ordre distinct. Leur corps a un aspect vigoureux. Il est couvert d'un plumage peu abondant, mais compact et dur bien que duveteux à la base. De longues ailes aux rémiges rigides permettent un vol puissant et d'extraordinaires évolu- tions aériennes. Le plumage ne présente jamais une pigmentation vive.

11 varie selon l'âge et le sexe et peut montrer chez certaines espèces une grande diversité de nuances. Les pattes, très robustes, sont terminées par quatre doigts pourvus d'ongles solides, crochus et acérés appelés serres. La partie supérieure des pattes est emplumée, formant ce que l'on nomme les « culottes ».

La tête est caractéristique. Le bec, très fort, est doté à sa base d'une membrane cornée (cire) dans laquelle s'ouvrent les narines. Les mandi- bules ont des bords tranchants, et la supérieure est recourbée en un

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solide crochet. Le dessus de la tête est aplati. Les arcades sourcilières, très développées, protègent les yeux qui occupent de vastes cavités sur les côtés du crâne. Grâce à une structure particulière de l'œil, l'acuité visuelle des rapaces diurnes est exceptionnelle et bien supérieure à celle de l'homme.

Tous ces caractères morphologiques font des rapaces diurnes des oi- seaux spécialisés dont le régime alimentaire est essentiellement carni- vore. Le vol puissant et la vue très développée contribuent à faciliter la recherche de la nourriture. Les serres actionnées par une forte muscu- lature constituent l'arme d'attaque et de défense de l'oiseau tandis que le bec crochu lui permet de déchirer ses proies. Presque toutes les es- pèces possèdent leur méthode de chasse particulière. Les unes recher- chent des animaux vivants tandis que d'autres préfèrent des cadavres.

Si certains rapaces diurnes se nourrissent de proies très diverses, d'au- tres sont spécialisés dans la pêche, dans la chasse des oiseaux au vol, dans la capture d'insectes, etc. Les pelotes de rejection contiennent moins de restes identifiables que celles des rapaces nocturnes, car les proies, avant d'être ingérées, sont dépecées ou plumées, puis dilacérées.

D'autre part, des sucs digestifs puissants dissolvent même les os.

A l'exception de certains faucons qui ne construisent pas de nids, les rapaces diurnes édifient une aire grossière et large, faite de branches.

Le taux de reproduction de ces oiseaux est faible. Les pontes ne comp- tent qu'un petit nombre d'œufs; l'incubation est longue et le développe- ment des jeunes, lent. Ceux-ci passent par trois stades différents: ils naissent couverts d'un premier duvet que recouvre un second; ce dernier reste sous le plumage juvénile qui lui fait suite. Les jeunes séjournent longtemps au nid et, après leur première sortie, restent sous la dépen- dance de leurs parents quelques semaines encore.

Notons enfin que, chez les rapaces diurnes, la femelle est, en règle générale, plus volumineuse et plus forte que le mâle.

La buse variable

La buse variable, Buteo buteo L. ( fig. 2 a), est un rapace de taille moyenne mesurant environ 53 cm. et dont l'envergure atteint 130 cm.

Elle se reconnaît par son aspect massif; au vol, les ailes sont longues et larges, la queue est assez courte, large et arrondie. Le plumage est géné- ralement brun foncé, tacheté de blanc dessous. Dette espèce présente de grandes variations dans la coloration, en particulier dans la propor- tion de blanc sous le corps et les ailes, certains individus étant très clairs.

Les poignets des ailes présentent des taches sombres. La queue est étroi- tement barrée de brun et de gris avec une large bande terminale foncée.

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A l'aspect lourd de cet oiseau s'ajoutent la lenteur et la paresse de ses mouvements. La buse variable chasse souvent à l'affût; immobile, la tête rentrée, elle reste pendant des heures sur un arbre, un poteau, un piquet ou une motte de terre. Elle plane volontiers survolant les forêts ou la lisière des bois. Elle fréquente aussi les champs et les prés au voisinage des arbres. Son cri est un miaulement étiré et plaintif aux intonations variables: « hièèh ».

La buse variable se nourrit principalement d'animaux capturés au sol, sa lenteur ne lui permettant pas de saisir ses proies au vol. Son régime est essentiellement composé de petits mammifères, campagnols, mulots, taupes et musaraignes. Elle saisit rarement des proies plus gros- ses ainsi que des oiseaux. Elle se nourrit encore de batraciens, de rep- tiles, d'insectes, de vers, etc. Elle mange volontiers des animaux déjà morts ou blessés. Son alimentation varie suivant les circonstances. En hiver, lorsque le sol est recouvert de neige, elle se rabat sur les oiseaux engourdis, la volaille ou les pigeons.

La buse variable est l'un des rap aces les plus communs de nos con- trées. Elle est surtout répandue dans les régions boisées jusqu'à une altitude de 1000 mètres. Elle ne niche guère plus haut en montagne.

Son aire est généralement située sur un arbre à l'intérieur des forêts, plus rarement en lisière ou sur un arbre isolé; elle est constituée de branches mortes, ainsi que de rameaux et de feuillage à l'intérieur.

Un vieux nid sert souvent de base à cette construction. La ponte, qui se compose de deux ou trois œufs, a lieu le plus souvent au milieu d'avril.

L'incubation dure un mois et les parents se relayent pour couver. Six ou sept semaines après leur naissance, les jeunes buses sont aptes à prendre leur envol. Elles restent encore un mois avec leurs parents avant de se disperser.

Une partie des buses variables sont sédentaires, mais d'autres sont erratiques ou accomplissent de véritables migrations. En hiver, arrivent dans notre pays surtout des buses du sud et de l'est de l'Allemagne qui viennent s'ajouter aux oiseaux restés sur place. Les pullulations de campagnols jouent un grand rôle sur l'effectif des populations de buses.

Cette abondance de nourriture facilite l'élevage des jeunes en été et retient de nombreux oiseaux sur les champs durant la mauvaise saison.

Les hivers rigoureux avec un fort enneigement entraînent la mort d'un grand nombre de buses.

r JLe faucon crécerelle

Le faucon crécerelle, Falco tinnunculus L. (fig. 2 b), est l'un des rates espaces que beaucoup de gens savent reconnaître; aussi possède-t-il

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un nom commun: la criblette. Mesurant en moyenne 34 cm. et d'une envergure de quelque 70 cm., c'est un rapace de petite taille. Il se recon- naît aisément à sa silhouette typique de faucon: des ailes pointues, une queue longue et arrondie. Le plumage du mâle est remarquable par sa coloration; le dos est roux tacheté de noir, la tête, le croupion et la queue gris bleuté. Cette dernière se termine par une large barre noire soulignée par l'extrémité blanche. La femelle et les jeunes ont le dos et la queue brun roux barré de brun noir. Le roux s'étendant sur les ailes se retrouve chez tous les individus de l'espèce.

Le vol et le comportement de la crécerelle sont tout aussi caracté- ristiques que la silhouette et le plumage. Ce petit rapace vole avec des battements rapides des ailes, entrecoupés de courts glissés. Puis il s'ar- rête et vol sur place face au vent, le corps oblique, la queue largement étalée, les ailes battant régulièrement. S'il a repéré une proie, il se laisse tomber obliquement sur le sol pour s'en saisir. Il se perche volontiers sur les arbres, les poteaux, les fils électriques ou les rochers. Parfois aussi, il utilise le vol plané, tournoyant dans les courants aériens. C'est un oiseau généralement silencieux excepté durant la saison des nids où il se signale par des séries de cris stridents : « kikikikik i » et des « vrriiii » plus musicaux.

Le faucon crécerelle n'est pas un habile chasseur et il ne capture que rarement un insecte ou un oiseau au vol. Il saisit ses proies à terre, mais, là encore, ses piqués sont souvent infructueux. Sa principale res- source est constituée par les petits mammifères: campagnols, musarai- gnes, mulots, etc. Les petits batraciens et reptiles, les insectes et les vers de terre sont également consommés par cette espèce. Les passereaux ne sont capturés que par quelques spécialistes ou durant la mauvaise saison, lorsque le sol est recouvert de neige ou, enfin, quand les petits rongeurs sont peu abondants.

La crécerelle est très commune dans notre pays de la plaine à la haute montagne. Elle est présente dans toutes les contrées ayant des espaces découverts, prairies ou cultures avec, au voisinage, des postes dominants, arbres, rochers ou bâtiments, qui lui servent de lieux d'ob- servation et de sites de nidification. Elle n'est absente que des régions fortement boisées. La crécerelle ne construit aucune aire, mais occupe un vieux nid de corvidé ou niche dans la cavité d'un arbre, d'une falaise de rocher ou d'un vieux bâtiment. Elle adopte volontiers les caisses nichoirs placées dans les arbres ou contre les maisons. La ponte débute généralement dès le 20 avril et compte le plus souvent de quatre à six œufs. Une ponte de remplacement peut avoir lieu si la première

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est détruite. La femelle prend la plus grande part à l'incubation qui dure un mois. Les jeunes quittent le nid un mois après l'éclosion mais ils sont nourris par les parents longtemps encore après l'envol.

Durant la fin de l'été, les jeunes crécerelles se dispersent dans toutes les directions. Dès le mois de septembre débute la migration qui ne touche cependant pas tous les individus, certains étant sédentaires.

Ainsi, au cours de l'hiver, il reste chez nous des faucons crécerelles indi- gènes auxquels se joignent des hôtes du nord. La migration de retour a lieu dès le milieu de février. Pour les faucons crécerelles comme pour les buses variables, les fluctuations de densité de population de campagnols et les conditions météorologiques hivernales jouent un grand rôle sur le nombre de ces rapaces.

L'épervier d'Europe

Le terme d'épervier est utilisé par nombre de gens pour désigner les rapaces diurnes en général. Mais l'épervier d'Europe, Accipiter nisus L. (fig. 2 c, est une espèce fréquente, mais fort discrète et qui passe facilement inaperçue. Il existe chez cet oiseau de proie une sensible différence de taille entre le mâle et la femelle, cette dernière étant plus grande. C'est cependant un petit rapace, mesurant entre 27 et 37 cm. et dont l'envergure varie de 60 à 80 cm. Au vol, il se distin- gue par ses ailes courtes et larges et par sa queue longue légèrement arrondie à l'extrémité et marquée de quatre barres foncées. Le mâle a un plumage gris ardoisé dessus, finement barré de brun roux plus ou moins vif dessous. La femelle a une coloration plus terne, brun noirâtre dessus, blanchâtre finement barré de brun foncé dessous. Les jeunes ressemblent à la femelle, mais avec des stries plus grossières et irrégu- lières.

L'épervier a un vol rapide, fait de battements d'ailes alternant avec de longs glissés. Il chasse à faible hauteur, rasant les buissons et les arbres, se faufilant dans les sous-bois, longeant les haies et les maisons.

Par sa rapidité et la soudaineté de ses apparitions, il surprend et cap- ture les petits oiseaux, surtout ceux qui sont branchés ou à terre, mais rarement au vol. On ne le voit guère posé, car il se perche toujours à couvert dans les arbres. Parfois il tournoie aussi, haut dans le ciel.

C'est un oiseau peu sociable. Ce n'est guère que pendant la saison des nids que l'on peut en voir deux ensemble. C'est aussi durant cette pé- riode qu'il se signale par ses cris, des « kekekek » sonores et rapides ou des « ki-ou > plus plaintifs.

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Les p e t i t s passereaux constituent l a base d e son a l i m e n t a t i o n . La liste des espèces c a p t u r é e s p a r l ' é p e r v i e r est fort longue, mais c'est

toujours l'espèce la p l u s c o m m u n e vivant sur le t e r r a i n de chasse du r a p a c e q u i est la plus a b o n d a m m e n t consommée. C o m m e p o u r t o u s les oiseaux de p r o i e et les p r é d a t e u r s en général, l'épervier se conforme dans son r é g i m e a l i m e n t a i r e à la loi de l'offre et de la d e m a n d e . Dans les régions h a b i t é e s , les m o i n e a u x o c c u p e n t r é g u l i è r e m e n t la p r e m i è r e p l a c e dans l e t a b l e a u de chasse. Le m â l e n e c a p t u r e guère de proie dont les dimensions sont supérieures à celles du m e r l e ou de l ' é t o u r n e a u . La femelle p a r contre p e u t saisir occasionnellement des corvidés, des pigeons, des p e r d r i x , etc. L ' é p e r v i e r n e se n o u r r i t q u e p e u de petits m a m m i f è r e s ; il consomme é g a l e m e n t des insectes. I l p é n è t r e parfois dans les poulaillers, mais, n e p o u v a n t e m p o r t e r de proie plus grosse q u ' u n j e u n e poulet... il r e p a r t souvent avec l'un des n o m b r e u x moi- n e a u x parasites !

C o m m u n chez n o u s en p l a i n e et en m o n t a g n e , l'épervier n i c h e p r i n c i p a l e m e n t dans les forêts et en général sur u n conifère. Il délaisse les forêts denses p o u r chasser, p r é f é r a n t les bois clairsemés ou les ré- gions cultivées avec de n o m b r e u x bosquets, haies, p l a n t a t i o n s , etc. Il n e se r e n c o n t r e j a m a i s dans les grands espaces découverts. L ' é p e r v i e r c o n s t r u i t c h a q u e a n n é e u n e nouvelle aire. La femelle p o n d , le plus souvent e n m a i , q u a t r e à cinq œufs et couve seule d u r a n t cinq semaines.

Les j e u n e s n e sont n o u r r i s q u e p a r la femelle, b i e n q u e les deux p a r e n t s c o n t r i b u e n t au r a v i t a i l l e m e n t . Us q u i t t e n t le n i d après q u a t r e semaines, mais y r e v i e n n e n t q u e l q u e t e m p s encore p o u r y d o r m i r et y m a n g e r . Les éperviers sont sédentaires ou m i g r a t e u r s . C o m m e p o u r les buses et les crécerelles, il y a, dès l ' a u t o m n e et j u s q u ' a u p r i n t e m p s , u n rem- p l a c e m e n t d ' u n e p a r t i e de la p o p u l a t i o n p a r des oiseaux venus du n o r d .

E x a g é r a n t le n o m b r e des poussins c a p t u r é s dans les poulaillers et celui des j e u n e s oiseaux-gibier chassés dans la n a t u r e , ou p a r fausse s e n t i m e n t a l i t é p o u r les petits passereaux, on considère t r o p souvent l ' é p e r v i e r c o m m e nuisible. Les é t u d e s précises faites sur ce r a p a c e et sur son r é g i m e a l i m e n t a i r e en r e l a t i o n avec l a faune ont m o n t r é q u ' i l doit ê t r e considéré c o m m e indifférent, voire u t i l e p o u r l'agri- c u l t u r e , car il l i m i t e l a densité des p o p u l a t i o n s de m o i n e a u x .

I l faut n o t e r enfin q u e l ' é p e r v i e r d ' E u r o p e p e u t ê t r e confondu avec l ' a u t o u r des p a l o m b e s , Accipiter gentilis L., q u i , ayant l a m ê m e silhouet- te, est u n r a p a c e de taille m o y e n n e . L ' a u t o u r a des m œ u r s très semblables à celle de l'épervier. H est également un grand chasseur. M ê m e s'il s'atta- q u e parfois aux oiseaux de basse-cour, il j o u e un r ô l e i m p o r t a n t dans l a

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nature en maintenant un sain équilibre des populations des espèces proies, en particulier chez les corvidés. Rare, ce magnifique rapace doit être protégé.

Le milan noir

La taille du milan noir, Milvus migrans Baddaert (fig. 2 d ) , «st sen- siblement la même que celle de la buse variable. Cet oiseau mesure en moyenne 55 cm. pour une envergure de 115 cm. De loin, il appa- raît entièrement brun noir, mais, lorsqu'on l'observe à faible distance, on peut remarquer la tête jaunâtre et les couvertures claires de l'aile.

C'est un rapace au corps allongé et svelte, à la tête fine et aux ailes longues, souvent un peu repliées lorsque l'oiseau plane. La queue est Longue et fourchue, mais l'échancrure faible n'est visible que lorsque la queue est fermée; lorsqu'elle s'étale, elle apparaît coupée en ligne droite à l'extrémité, mais jamais arrondie.

Le milan noir a une allure nonchalante caractéristique, soit qu'il plane longuement, décrivant de larges cercles, soit qu'il se déplace par quelques battements mous des ailes. C'est un oiseau sociable et il n'est pas rare d'en voir des groupes plus ou moins nombreux tournoyer longuement dans le ciel. Le cri, que l'on entend souvent durant la pé- riode de reproduction, est un sifflement clair et tremblé: «hie-huhuhu- hu ».

Cet oiseau de proie n'est pas un chasseur, mais bien plutôt un charo- gnard et un parasite. Explorant les lacs et les cours d'eau, il saisit les poissons à fleur d'eau, principalement des sujets morts ou malades. H fréquente aussi les gadoues et les bouches d'égoûts, se nourrissant d'or- dures diverses. Dans les champs, il recherche les cadavres de petits animaux, chasse les insectes et les vers, capture parfois de petits ron- geurs ou de jeunes oiseaux. Il peut s'attaquer à la volaille près des fermes. Il parasite à l'occasion d'autres rapaces pour s'emparer de leur proie.

Le milan noir est très commun en plaine, surtout au voisinage des lacs et des rivières, mais il s'éloigne parfois de l'eau et fréquente les campagnes du Plateau et les hauteurs du Jura et des Alpes. Près des grands lacs, il niche souvent en colonies lâches, tandis que, loin de l'eau, les nids sont plutôt isolés. Il ne niche guère à une altitude su- périeure à 1000 mètres. L'aire est généralement établie dans îles grands arbres, mais parfois aussi dans une falaise, sur une corniche de rocher.

Les milans noirs occupent souvent de vieux nids de corvidés ou d'autres rapaces. La ponte a lieu dès fin avril et compte deux os trois œufs.

Les deux parents couvent et prennent part à l'élevage des jeunes. L'incu-

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Kation d u r e u n mois et les j e u n e s m i l a n s q u i t t e n t l e n i d u n mois et d e m i a p r è s l e u r naissance. I l n ' y a q u ' u n e seule p o n t e annuelle.

Ce r a p a c e est u n g r a n d m i g r a t e u r q u i ne se r e n c o n t r e dans n o t r e p a y s q u e d u r a n t la belle saison. Au p r i n t e m p s , les milans noirs a p p a - raissent en n o m b r e dès la fin du mois de m a r s . Ils r e p a r t e n t très t ô t ; l à p l u p a r t disparaissent e n t r e la fin de juillet et le milieu d'août.

Le m i l a n n o i r é t a i t encore fort r a r e dans n o t r e pays il y a u n siècle.

H s'est c o n s i d é r a b l e m e n t p r o p a g é au cours de ces dernières décennies, p h é n o m è n e q u i n'est pas sans r e l a t i o n avec l ' a u g m e n t a t i o n de la pollu- tion de l'eau e t l'extension des dépôts d ' o r d u r e s .

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Si, dans ces q u e l q u e s lignes, il n'a pas été possible de passer en r e v u e les caractères, les m œ u r s et le r é g i m e a l i m e n t a i r e de tous les r a p a c e s indigènes, les données relatives aux q u a t r e espèces les plus c o m m u n e s p e r m e t t e n t de saisir l a nécessité q u ' i l y a de sauvegarder les oiseaux d e p r o i e . Or, en E u r o p e , la d i m i n u t i o n du n o m b r e des ra- paces a été considérable au cours de ces d e r n i è r e s années et plusieurs espèces sont a c t u e l l e m e n t menacées de d i s p a r a î t r e si des mesures de p r o t e c t i o n n e sont pas prises dans le plus p r o c h e avenir. D a n s certains pays, c o m m e l a F r a n c e , les rapaces, considérés comme nuisibles, sont s y s t é m a t i q u e m e n t d é t r u i t s en de n o m b r e u s e s régions. Mais ce n'est p a s u n i q u e m e n t le piégeage ou la chasse q u i m e n a c e n t ces o i s e a u x : certains r o d e n t i c i d e s t u e n t n o n s e u l e m e n t les campagnols, mais aussi les p r é d a t e u r s q u i se n o u r r i s s e n t de ces a n i m a u x ; d e n o m b r e u x pesticides utilisés en a g r i c u l t u r e , et en p a r t i c u l i e r les h y d r o c a r b u r e s chlorés, en- t r a î n e n t s e c o n d a i r e m e n t l a stérilité des oiseaux de proie ; les collection- n e u r s d'œufs s ' a c h a r n e n t à p i l l e r les aires des rapaces r a r e s ; les fau- conniers vont c h e r c h e r au n i d les d e r n i e r s r e p r é s e n t a n t s de q u e l q u e s espèces, etc. D e v a n t cette situation, u n e conférence i n t e r n a t i o n a l e p o u r l ' é t u d e et l a p r o t e c t i o n des r a p a c e s s'est r é u n i e à Caen, en N o r m a n d i e , les 11 e t 12 avril 1964, et a d é t e r m i n é u n c e r t a i n n o m b r e de mesures q u i d e v r a i e n t ê t r e prises dans tous les pays d ' E u r o p e .

E n Suisse, la nouvelle loi fédérale sur la chasse et l a p r o t e c t i o n des oiseaux d u 10 j u i n 1962 protège toutes les espèces de rapaces, t a n t d i u r n e s q u e n o c t u r n e s . C e p e n d a n t u n e dérogation p e u t ê t r e a p p o r t é e p a r l'article 3 1 , alinéa 3 : « Les c a n t o n s ont, d e p l u s , le d r o i t d e d o n n e r l ' a u t o r i s a t i o n de t i r e r , à p r o x i m i t é i m m é d i a t e des maisons d ' h a b i t a t i o n et .des b â t i m e n t s r u r a u x , les buses, a u t o u r s et é p e r v i e r s q u i causent

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des dégâts ». Or, la buse est un grand auxiliaire de l'agriculture vu son régime alimentaire essentiellement fondé sur les petits rongeurs.

L'autour et l'épervier sont les seuls chasseurs capables de commettre quelques dégâts. Le premier est rare et le second de trop petite taille pour causer des dommages impartants. De plus, il existe contre les visites de ces deux rapaces une bonne méthode de protection. Les boules de verre (type fiasques) placées au bout d'une perche à quelque 3 m. au- dessus du sol ont un effet d'effarouchement dont le mécanisme exact nous échappe encore. Ainsi donc, (la destruction d'un rapace ne devrait être qu'exceptionnelle.

Malheureusement, les rapaces sont encore trop souvent tués. Durant l'hiver rigoureux de 1962-1963, dans plusieurs cantons romands, de nombreuses buses affamées ont été lâchement abattues sur les rares champs libres de neige où elles s'étaient concentrées dans l'espoir de trouver encore des campagnols. Quelques chasseurs et gardes-chasse obéissent encore plus facilement à de vieilles croyances qu'à une loi objective. Au cours de l'année 1964, les petits rongeurs se sont abon- damment multipliés dans l'ouest de la Suisse, retenant un grand nombre de rapaces, spécialement des buses variables. La protection des oiseaux de proie est plus que jamais souhaitable. Espérons que peu à peu les données scientifiques remplaceront les préjugés désuets et que les rapaces pourront se maintenir et prospérer pour le plus grand bien de l'agriculture et de la faune.

Note de M. Michel Desfayes:

Durant l'hiver froid de 1962-1963, 40 buses ont été abattues dans la région de Sion par ordre du Service de la chasse. C'est là un procédé ignominieux qui n'est plus digne d'un pays qui se veut « avancé ». A-t-on le droit de se croire à l'avant-garde si l'on ignore que les buses vivent de rongeurs ? Ce même service donne actuellement des cours pour gardes-chasse débutants auxquels on inculque ces idées hérétiques et désuètes. Combien parmi ceux qui donnent ces cours savent reconnaître une bondrée (qui se nourrit uniquement du couvain de guêpe) d'une buse (qui vit de rongeurs) ou d'un jean-Ie-blanc (qui ne s'attaque qu'aux reptiles) ? Quand donc tiendra-t-on compte des travaux d'un Uttendörfer ou de notre compatriote M. Meylan, auteur de l'article ci-dessus, qui pendant des années ont étudié scientifiquement le Tégime des rapaces ? D est temps d'abandonner les méthodes moyenâgeuses si l'on veut vivre honorablement au siècle de ceux qui ont maîtrisé l'atome et photographié Vénus ! M. Desfayes

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