C) Sortir de la guerre : la tentative de construction d’un ordre des nations démocratiques
1) Du désordre de la guerre à l’espoir d’un nouvel ordre international 1.1) Mettre fin aux combats
1.2) Établir de nouvelles relations internationales 1.3) Redessiner les frontières européennes
2) Les réalités d’un nouveau désordre international 2.1) La guerre continue à l’est de l’Europe
2.2) De nouveaux enjeux coloniaux
2.3) Les réfugiés, des victimes de la Grande Guerre
Points de passage
Les traités de paix (1919-1923)
Le Soldat inconnu et les enjeux mémoriels (Cf. précédent chapitre) Le passeport Nansen et le statut des apatrides
C) Sortir de la guerre : la tentative de construction d’un ordre des nations démocratiques Pages 300-327
Caricature 3 p312 « Une paix fragile, David Low, The Bulletin, 15 mai 1919 » Notions et vocabulaire
Apatrides Armée rouge
Armistice Bolchevik
Corps francs Diktat
Mandat Minorité nationale
Organisation internationale Quatorze points
Réfugiés Réparations
Sécurité collective Société des Nations
Terres irrédentes Traité de paix
Victoire mutilée Wilsonisme
Acteurs
Georges Clemenceau (1841-1929) Gabriele D’Annunzio (1863-1938)
Woodrow Wilson (1856-1924) Mohandas Gandhi (1869-1948)
Fridtjof Nansen (1861-1930) Léon Trotski (1879-1940) David Lloyd Georges (1863-1945) Mustafa Kemal (1881-1938) Dates
Guerre civile russe : 1917–1923 Guerre civile finlandaise : janvier-mai 1918 14 points de Wilson : janvier 1918 Traité de Brest-Litovsk : mars 1918
Armistice de Rethondes : 11 novembre 1918 Guerre d’indépendance lettone : 1918-1920 Conférence de la Paix à Paris : janvier 1919-août
1920 Guerre soviéto-polonaise : 1919-1921
Pacte de la SDN : 28 avril 1919 Guerre Gréco-turque : 1919-1922
Traité de Versailles : 28 juin 1919 Traité de Saint-Germain-en-Laye : septembre 1919 Traité de Neuilly : novembre 1919 Traité de Trianon : juin 1920
Traité de Sèvres : août 1920 Création du passeport Nansen : 1922 Traité de Lausanne : juillet 1923 Occupation franco-belge de la Ruhr : 1923
Conférence de Locarno : 1925 Entrée de l’Allemagne à la SDN : septembre 1926
Introduction
La sortie de la Première Guerre mondiale est un long processus. Des traités de paix sont signés de 1918 à 1923, inspirés par les principes du président des Etats-Unis Wilson. Mais les nouvelles frontières sont contestées et provoquent des conflits et des déplacements de populations.
Problématiques
Comment se manifeste l’empreinte de la guerre sur les relations internationales après 1918 ? Comment construire une paix durable entre les États ?
Pourquoi, dans les années 1920, des tensions et des conflits persistent-ils malgré les traités de paix ?
1) Du désordre de la guerre à l’espoir d’un nouvel ordre international Image 1 p314 « Arrêter la guerre, Le Miroir, 16 mars 1919 »
1.1) Mettre fin aux combats
Repères p313 « Des armistices aux traités » Entre guerre et paix
De décembre 1917 à novembre 1918, six armistices sont signés en Europe. Les armées entament la démobilisation militaire progressive des troupes engagées dans la guerre. L’annonce des armistices est accueillie avec soulagement et enthousiasme par les combattants et les civils. Mais elle ne signifie pas la fin des hostilités. À l’Est, les combats se poursuivent, par exemple entre la Pologne et la Russie.
Le dernier armistice
Après les armistices signés par ses alliés, l’Allemagne, défaite militairement et en proie à une explosion révolutionnaire, signe à Rethondes, au nord-est de Paris, le dernier armistice de la guerre. Il prend effet le 11 novembre 1918 à 11 heures. Ses clauses prévoient que les troupes allemandes se retirent immédiatement des zones occupées. Elle vise à empêcher l’Allemagne de reprendre les combats en exigeant la livraison au vainqueur d’une partie importante de son armement.
1.2) Etablir de nouvelles relations internationales Texte « Les Quatorze points, Wilson, 8 janvier 1918 » Le rôle clé de Wilson
En janvier 1918, dans une déclaration au congrès américain, le président des États-Unis Woodrow Wilson énonce un programme en quatorze points. Pour mettre fin à la guerre et préparer la paix. Il fixe ainsi les règles des négociations des traités à venir. Au nom du principe des nationalités, il annonce la création de la Pologne pour que les Polonais aient un État. En évoquant le droit des peuples à choisir la forme de leur gouvernement, il soulève également un grand espoir dans les colonies. Les peuples colonisés, qui ont participé à l’effort de guerre, espèrent obtenir plus d’autonomie.
Dossier p314-315 « La paix grâce à la sécurité collective ? » Texte « Le pacte de la SDN, 28 juin 1919 »
L’idéal de sécurité collective
Garantir une paix durable entre les nations est au cœur de l’idéal Wilsonien. Pour cela, le président américain défend le principe d’une diplomatie transparente entre les États et la mise en place d’un système de sécurité collective. C’est idéal s’incarne dans la création d’une instance de coopération internationale, la Société des Nations (SDN), voulue comme la clé de voûte du nouvel ordre international.
Tableau « La signature du traité de Versailles le 28 juin 1919 » Schéma 1 p304 « La conférence de la Paix »
La conférence de la Paix
De janvier à juin 1919, les belligérants sont rassemblés à Paris pour élaborer la paix. Mais la conférence se réduit rapidement au cercle des quatre grands vainqueurs : Etats-Unis (Wilson), France (Clemenceau), Grande-Bretagne (Lloyd George), Italie (Orlando). Les vaincus reçoivent les conditions des traités sans pouvoir les modifier. L’idéal Wilsonien d’une diplomatie ouverte se confronte aux rancœurs et aux réalités géopolitiques d’une Europe meurtrie par la guerre.
1.3) Redessiner les frontières européennes
Point de passage p312-313 « Les traités de paix (1919-1923) » Carte 1 p303 « L’Europe au début de la Grande Guerre (1914) » Carte 2 p303 « L’Europe des sorties de guerre (1917-1923) » Carte « Les nouvelles frontières de l’Allemagne »
Une nouvelle carte de l’Europe
Entre 1919 et 1920, différents traités mettent juridiquement fin à la guerre. Ils recomposent une Europe radicalement différente de celle de 1914. Les grands empires multinationaux (allemand, austro-hongrois, ottoman), sont morcelés par les traités. L’Allemagne perd ainsi 20 % de sa superficie. Elle restitue à la France les territoires annexés en 1871. Pour remplacer les empires, plusieurs petits États, comme la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie, sont créés et définis par de nouvelles frontières.
Image 4 p313 « La Hongrie amputée » Un redécoupage contesté
Ces recompositions territoriales se heurtent à la difficulté de tracer des frontières dans une Europe où les minorités nationales sont imbriquées. Les litiges qui en résultent montrent la difficulté à concrétiser l’idéal Wilsonien du principe des nationalités. Certains peuples, comme les Polonais, obtiennent la création d’un État. La volonté de leur donner un accès à la mer Baltique par le corridor de Dantzig a pour effet de morceler l’Allemagne et de placer certains allemands hors du pays. D’autres peuples contestent les frontières imposées. C’est le cas des Hongrois, dont certains se retrouve en situation de minorité dans les Etats nouvellement crées, par exemple la Roumanie.
Photo « D’Annunzio et l’aventure de Fiume »
Caricature 4 p315 « Quel rôle pour les États-Unis ? »
Image 5 p313 « L’Allemagne exécutée, Simplicissimus, 3 juin 1919 » Une paix difficile
Les divergences entre les vainqueurs s’expriment rapidement. L’Italie considère que sa victoire est mutilée car elle n’a pas obtenu l’ensemble des terres (les terres irrédentes) qui lui avait été promises par ses alliés. En réaction, le poète nationaliste Gabriele d’Annunzio organise une milice composée d’anciens combattants volontaires, les arditi, qui occupent Fiume en Istrie de septembre 1919 à décembre 1920.
Le Sénat américain refuse de ratifier le pacte de la SDN, entraînant le retrait des États-Unis du système de sécurité collective voulue par Wilson.
Les vaincus dénoncent une paix injuste. Le traité de Versailles rend l’Allemagne et ses alliés responsables de la guerre, légitimant ainsi les demandes de réparations des vainqueurs pour les dommages subis.
L’Allemagne reçoit cette exigence comme un « diktat » et tente de limiter le paiement des réparations. En réaction, la France et la Belgique occupent militairement la région industrielle de la Ruhr en 1923.
Pourtant, en dépit de ses limites, la paix instituée par les traités est confirmée par la conférence de Locarno (Suisse) en 1925 et par l’entrée de l’Allemagne dans la SDN en 1926.
2) Les réalités d’un nouveau désordre international Carte 2 p307 « Les guerres russes »
2.1) La guerre continue à l’est de l’Europe
Texte 5 p311 « Les corps francs allemands de la Baltique » Des conflits très meurtriers
Les combats cessent sur le front occidental en novembre 1918. Mais jusqu’en 1923, 27 conflits continuent à ensanglanter l’Europe, témoignant de la difficulté à sortir de la guerre et à faire la paix. Ils prennent la forme de guerres civiles comme en Finlande et en Irlande, ou de guerres entre Etats issus des nouvelles frontières. Ainsi, la Lettonie lutte pour son indépendance contestée par la Russie bolchévique avec l’appui de certains anciens combattants allemands qui refusent de déposer les armes et organisent des corps francs (freikorps) qui partent combattre en Baltique pour repousser le communisme.
C’est aussi le cas de la Pologne et de la Russie bolchevique qu’une guerre oppose de février 1919 à mars 1921. La Pologne, en difficulté, reçoit une aide franco-britannique qui contribue à sa victoire. Celle-ci est entérinée par le traité de Riga le 18 mars 1921.
Dossier p310-311 « A l’Est, la guerre sans fin (1917-1923) » Texte 4 p311 « Un pogrom en Ukraine »
Photo 3 p310 « Victimes de la famine dans la région de la Volga, en Ukraine, 1921 » Guerre étrangère et guerre civile en Russie
En mars 1918, la Russie signe la paix de Brest-Litovsk avec l’Allemagne. Les combats ne cessent pas pour autant. La guerre civile oppose les bolcheviks au pouvoir (surnommés « les rouges », couleur de la révolution communiste) aux opposants contre-révolutionnaires (les « Russes blancs », couleur associée à l’ancien régime politique des tsars). Les anciens alliés de la Russie, inquiets de la propagation de la révolution bolchevique en Europe, envoient 20 000 hommes combattre aux côtés des blancs. La victoire des bolcheviks et de l’Armée rouge, organisée et commandée d’une main de fer par Léon Trotski, contraint les Russes blancs à quitter massivement le territoire.
Carte 1 p306 « La Turquie en 1920 et 1923 » La guerre dans les Balkans
La guerre entre la Grèce et la Turquie (1919-1922) est une conséquence directe du démantèlement de l’empire ottoman. L’occupation par la Grèce de l’Anatolie occidentale provoque la réaction des nationalistes turcs dirigés par Mustafa Kemal. Opposés à la partition de la Turquie, ils prennent les armes. La victoire leur permet d’obtenir le retour de l’Anatolie à la Turquie avec le traité de Lausanne (Suisse) en 1923.
2.2) De nouveaux enjeux coloniaux Photo « Mohandas Gandhi » L’espoir déçu des colonies
Les peuples colonisés s’attendent à bénéficier également du droit à l’autodétermination. Mais les vainqueurs se partagent les colonies allemandes, et la tutelle des puissances coloniales n’est pas remise en cause. Des manifestations, violemment réprimées, éclatent en Afrique et en Asie. En 1919, à Amritsar en Inde, l’armée britannique fait feu sur une manifestation nationaliste, tuant 400 civils non armés. Le leader indépendantiste indien Mohandas Gandhi lance alors un mouvement de résistance passive pour s’opposer à la domination britannique.
Au Moyen-Orient, une nouvelle forme de colonisation
Les anciennes régions arabophones de l’empire ottoman passent sous tutelle britannique et française.
Oubliant les promesses faites pendant la guerre, les vainqueurs imposent un nouveau statut créé par la SDN : le mandat. Les puissances mandataires France et Grande-Bretagne doivent en principe accompagner ses régions vers l’indépendance. Le mandat, nouvelle forme de colonisation, est vécu comme tel par les populations dans les soulèvements sont sévèrement réprimés. En Syrie, la France, pour imposer son mandat, écrase les manifestations nationalistes arabes en 1920.
2.3) Les réfugiés, des victimes de la Grande Guerre
Photo p300-301 « Réfugiés grecs dans le port de Smyrne, septembre 1922 » Carte 1 p320 « Des millions de réfugiés sur les routes d’Europe (1919-1923) » Des réfugiés de la guerre
La guerre a provoqué des déplacements massifs de populations. En France, 2 millions de réfugiés ont fui les zones du combat du Nord et de l’Est. Au Moyen-Orient, 700 000 survivants du génocide contre les Arméniens, sont dispersés entre la Syrie, le Liban, l’Égypte et regroupés dans des camps. La guerre civile et la famine en Russie jettent sur les routes de l’exil 800 000 réfugiés.
Des réfugiés de la paix
La sortie de guerre amplifie le phénomène. L’éclatement des empires et la création de nouveaux Etats provoquent en effet de nouveaux flux migratoires. Le transfert forcé le plus important est celui de 1,5 million de personnes entre la Grèce et la Turquie en 1923. Au début des années 1920, 3 millions de réfugiés se retrouvent sans patrie. Les difficultés des immigrés russes et arméniens sont accentuées par la perte de leur identité juridique, retirée en représailles par leur pays d’origine, faisant d’eux des apatrides.
Point de passage p320-321 « Le passeport Nansen et le statut des apatrides » Secourir les réfugiés
L’urgence de la crise humanitaire entraîne des réactions. La SDN charge, en 1921, le Norvégien Fridtjof Nansen du dossier des réfugiés. Nommé haut-commissaire aux réfugiés russes, il crée un certificat d’identité, le « passeport Nansen », qui permet aux réfugiés et apatrides de passer les frontières. 450 000 personnes en bénéficient entre les deux guerres mondiales. C’est le premier statut juridique international qui vise à protéger les réfugiés.
Conclusion
Le règlement de la Première Guerre mondiale bouleverse les frontières européennes. Les empires
multinationaux s’effondrent et de nouveaux Etats sont construits selon le principe de l’Etat-nation. Leurs frontières évoluent au grès des différents traités de paix et des guerres qui éclatent après leur signature. Le retour à une paix complète semble enfin acquis en 1925 avec la conférence de Locarno.
Carte mentale p325 « Une difficile sortie de guerre » Révisions p324-325