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Stéphane Abadie, Bernard Magnat.
La bastide de (Lubret-) Saint-Luc.
Bulletin de la Société
Académique des Hautes-Pyrénées, Tarbes : Archives départementales, 2014. �halshs-02056981�
La bastide de (Lubret-) Saint-Luc
par Stéphane Abadie et Bernard Magnat
Introduction
La bastide de Saint-Luc, fondée sur le territoire de Lubret en 1322, est un
exemple original de fondation urbaine médiévale : créée tardivement sur un
territoire en marge, elle ne s'est jamais développée et n'est plus, au XV
esiècle,
qu'une seigneurie rurale double. L'objectif de cet article est de faire un point,
documentaire et archéologique, sur cette « bastide urbaine avortée » et sur son
évolution postérieure, jusqu'à l'aube des Temps modernes.
I- Une bastide fondée par paréage en 1322
Saint-Luc apparaît dans la documentation royale en 1322, sous la forme d'un
paréage passé entre l'écuyer Bernard de Castelbajac, cadet d’une importante famille
de l'est du comté de Bigorre et Jourdain de Lubret, sénéchal de Bigorre
1. Bernard
de Castelbajac possède dans la vallée du Bouès une forteresse (castrum seu
castellarium) appelée Lubret
2, entourée d'environ 600 arpents de terres à la mesure
ou perche de Rabastens. Ces terres sont mises en paréage avec le roi de France
pour y établir en indivis une bastide dans et autour du castrum préexistant. Les
nouveaux habitants disposent d'emplacements à bâtir, de jardins et de terres
cultivables. Les droits payés, les fors et coutumes sont identiques à ceux de la
bastide voisine de Rabastens-de-Bigorre (fondée en 1306). Les droits de justice,
le baile sont communs. Un marché est établi le mercredi et deux foires « le jour
de la décollation de saint Jean-Baptiste et huit jours après ». Bernard de Castelbajac
retient trente arpents qui sont exclus du paréage
3, les emplacements de moulins
et quatre emplacements de maisons, dont deux sur la place centrale de la nouvelle
bastide. La nouvelle bastide prend le nom de Saint-Luc, nom du saint de la
1 Léon Gallet, Les traités de pariage dans la France féodale, Paris, 1935, Pièces justificatives, n°VI, p. 228.Voir en annexe.
2 C'est le nom même du sénéchal de Bigorre : ce nom a-t-il été donné par Bernard de Castelbajac
pour honorer le sénéchal ? Ce toponyme n'apparaît pas dans la documentation antérieure, comme le Cartulaire de Bigorre. D'après Jean-François Le Nail, dans son Dictionnaire toponymique des communes
des Hautes-Pyrénées, CG65, 2000, Lubret pourrait être un diminutif de Lube/Luby.
3 Il faut entendre ici par paréage les terres cadastrées qui seront données aux nouveaux habitants
nouvelle paroisse, pour la distinguer de Lubret, seigneurie dont le nom reste
associé aux terres exclues du paréage.
Cette charte donnée à Lubret sert rapidement de modèle : en 1324, le délégué
du sénéchal conclut un nouveau paréage pour peupler la lande de Sarrouilles, à
l'est de Tarbes : cette bastide est dotée des mêmes coutumes que dans la nouvelle
bastide de Saint-Luc et l'acte y est passé
4. De même, en 1328, le paréage conclu
entre le sénéchal Guillaume de Carsan et l'abbé de l'Escaladieu pour peupler les
landes au nord de l'abbaye fait aussi référence à la charte de Saint-Luc
5. C'est l'acte
de naissance de l'éphémère bastide de Carsan. En 1331 encore, la bastide de
Croses, fondation proche de Saint-Pé-de-Bigorre, fait référence à la charte de
Saint-Luc
6.
Le paréage de Saint-Luc et ces autres paréages de peu postérieurs attestent la
vitalité du modèle de la bastide encore dans les années 1320-1330 en Bigorre,
pour tenter de développer des espaces ruraux en marge dont une première mise
en valeur a échoué
7.
4 A. Dubourg, Le grand Prieuré..., p. 377-378 : « Parmi leurs vastes et nombreuses possessions, les
Hospitaliers possédaient bien des parties incultes, et leurs efforts tendaient constamment à en diminuer le nombre. C'est dans ce but qu'ils traitèrent avec les officiers royaux au sujet des landes que l'Ordre de Saint-Jean possédait sur le territoire de Sarouille ; Pierre des Plas, lieutenant du Commandeur d'Aureilhan, conclut avec le délégué du sénéchal un traité de paréage qui fut signé dans la bastide royale de Saint-Luc le 20 avril 1324 : Les Hospitaliers, en se réservant les droits ecclésiastiques, partageront à l'avenir avec le roi leur juridiction sur ce territoire ; s'il arrive que, grâce aux mesures qui vont être prises, quelques-unes de ces landes désertes viennent à se peupler, il est convenu entre les deux parties que les habitants jouiront des libertés et des coutumes concédées à la nouvelle bastide de Saint-Luc ; des emplacements leur seront distribués pour construire leurs maisons et faire leurs jardins ; il n'y aura qu'un juge et un bailli commun au roi et au Commandeur ».
5 Paréage de la bastide de Carsan en 1328, extrait : « quas vidimus in pariagio nove bastide de Sancto-Lucha,
auctoritate regia confirmato et in serico sigillo viridi sigillato... juxta foros usos et consuetudines dicte bastide jure scripto regetur ».
6 Paréage de la bastide de Croses en 1331, extrait : « Nosque considerantes & inspicientes privilegia quæ
per prædecessores nostros data & concessa vicinis juratis & habitatoribus novarum bastidarum de Gardiâ & de Sancto Luca in Bigorrâ, & postmodum per dominum Regem Francorum quondam confirmata, sequentes formam & materiam dictorum privilegiorum, auctoritate dictarum litterarum Regiarum & nostrâ damus & concedimus vicinis, juratis & habitatoribus novæ bastidæ de Crosis in Bigorrâ privilegia quæ sequuntur […] ».
7 On peut supposer que ce castrum préexistant à Lubret était originellement une motte de
II- Les difficultés initiales
Cette première documentation donne l'impression trompeuse d'un succès
rapide de la bastide de Saint-Luc : en 1327, une réunion des délégués des
principales villes de Bigorre dans l'église de Rabastens-de-Bigorre
8fait apparaître
un homme de loi, Pierre Benoît, « procurateur » et un consul, Gauthier Bustier,
représentants de la bastide de Saint-Luc. Mais cette réunion a pour but de
condamner les villes bigourdanes à une énorme amende pour ne pas avoir employé
la monnaie royale... Détail singulier, Saint-Luc est la bastide qui présente le moins
de délégués, signe probable d'une population alors très réduite. Cependant la
paroisse de Saint-Luc existe en 1342, intégrée dans l'archiprêtré de Luby
nouvellement formé par l'évêque Pierre-Raymond de Montbrun
9.
1- La fortification de la bastide
Un peu plus tôt, en juin 1326, la chancellerie royale enregistre une lettre des
consuls de la bastide envoyée au roi : ceux-ci demandent et obtiennent un
dégrèvement pour pouvoir terminer les fortifications de la bastide. Cette
fortification doit être composée de pieux et fossés en eau (palis, fossatis & aqua)
dont le roi se réserve l'usage... et les poissons. On ne possède pas, hélas, d'autre
document précisant l'aspect initial de la bastide
10.
2- Les crises du XIV
esiècle : les causes de l'échec ?
Les auteurs du paréage, Bernard de Castelbajac et le sénéchal Jourdain de
Lubret, disparaissent rapidement : ils sont décédés tous deux en 1326, ce qui
impose une confirmation du paréage au profit d'Arnaud-Raymond de Castelbajac,
fils de feu Bernard et de Blanche de Comminges, faite par le lieutenant du juge
ordinaire du comté de Bigorre. On conteste aussi à l’héritier le droit de porter les
armoiries de la famille, qu'il ne peut désormais employer qu'avec une brisure (un
lambel)
11. Cet Arnaud-Raymond de Castelbajac connaît une belle carrière dans
8 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. XXV, p. 241 : « […] magister Petrus Benedicti, procurator,
et Gautherius Bustierii, consul, ut dixerunt, villæ de Sancta Lucha, missi, ut ibi dictum fuit, per homines dictarum universitatum, et earum vicariarum [...] ».
9 Perrin, François, Font-Reault, de Saint-Blanquat, Pouillés des provinces ecclésiastiques d'Auch et
Narbon-ne, De Boccard, 1972, t. I, p. 463 : « VIII. Item archipresbiter de Lubi habeat sub se cappelanos et ecclesias
[…] de Sancto Luca ».
10 Voir en annexe.
11 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p. 123 : « Arnaud-Raimond de Castelbajac,
chevalier. Il n'etoit encore que damoiseau au mardi avant la fete de la Purification de Notre Dame en 1326. Etant ce jour là à St Luc, il presenta en qualité de fils et d'heritier de feu noble Bernard de Castelbajac, damoiseau, à Dominique Larré, lieutenant du juge ordinaire de Bigorre, des lettres de Guillaume de Carssan, chevalier, senechal de Bigorre, au sujet du pareage fait de ladite bastide de St Luc entre feu noble Jordan de Luberto ou Lubertio, senechal de Bigorre, et feu noble Bernard de Castelbajac, damoiseau, seigneur de cette meme bastide. Par les lettres de Raoul Chaloti, commissaire à la reformation du Domaine de Bigorre, qui y sont inserées, il paroit que Blanche de Commenges, veuve de Bernard, etoit mere d'Arnaud-Raimond. Le collationné de cet acte fut fait en 1497 sur la demande d'Odet de Castelbajac, seigneur de Lubret » ;
les armées royales : simple écuyer en 1326, sans doute à peine majeur, on le
retrouve chevalier quelques années plus tard, dans l'entourage du duc d'Anjou.
Celui-ci gratifie en 1369 son vassal de 3000 francs pour avoir tenu garnison dans
ses forteresses de « Castro-Bayaco, de Campistros, de Bruxtro, de Monteastruco, de Orihis,
de Sancto Luchâ, de Lube, de Bugaria, de Munio, de Bolhes, de Arris, de Peyreguerio, de
Cabanaco, de Podio-Astruco, de Godono, de Claraco, de Avereda, de Avessaco, de Ossonio,
de Orleisco, de Sarlabonis et de Argeleriis » (Castelbajac, Campistrous, Burg, Montastruc,
Orieux, Saint-Luc, Luby, Bugard, Mun, Bouilh, Ariès, Peyriguère, Cabanac,
Pouyastruc, Goudon, Clarac, Averède (Aubarède ?), Avezac, Ozon, Orleix,
Sarlabous et Argelès)
12. Dans cette liste se trouvent placées diverses sortes de
fortifications : des châteaux, comme Castelbajac ou Bugard, mais aussi la bastide
de Saint-Luc, qui semble fonctionnelle du point de vue militaire. Le danger est
alors la présence anglo-gasconne dans la région, qu'il a fallu déloger notamment
de la bastide voisine de Rabastens. La fondation de la bastide de Trie-sur-Baïse,
à quelques kilomètres à l'est de Saint-Luc, contemporaine de celle-ci, a
probablement nui au peuplement de la jeune bastide : mieux dotée et mieux
placée
13, la ville neuve connut un succès urbain que n'eurent ni Saint-Luc ni
Sère-Rustaing (autre bastide seigneuriale fondée en 1310 ; doc. 1).
On ne sait rien des ravages de la Peste noire, à partir de 1347, qui a dû toucher
Saint-Luc comme toute la région
14. On ne sait rien non plus des ravages des
routiers, pillards qui furent présents localement jusqu'au XV
esiècle
15. En 1389,
Arnaud-Raymond de Castelbajac, devenu sénéchal de Bigorre, dénombre ses biens
qu'il tient en hommage du roi de France
16(doc. 2) : parmi ceux-ci on trouve la
seigneurie de Saint-Luc (qui n'est pas qualifiée de bastide), rapportant
annuellement à son seigneur 15 florins d'or d'oblies, deux « sarcinées » de blé et
dix poules de cens. Ce sont des rentes modestes, qui attestent un peuplement
réduit. Ces quelques documents du XIV
esiècle montrent que la bastide de
Saint-Luc a été fortifiée peu après sa fondation et que cette fortification était
fonctionnelle en 1369 ; le dénombrement de 1389 montre également la modestie
du peuplement : malgré les espoirs de ses fondateurs, la petite ville de Saint-Luc,
fondée tardivement dans un contexte difficile, ne se développa guère.
Glanage ou preuves, t. XIII, p. 172 : « Arnaut-Raimond transigea la meme année avec le seigneur de
Lubret touchant les armoiries. Les puinés ne les portoient point alors sans brisure. La mode s'en est perduë à mesure que la nouvelle noblesse a fait oublier les anciens usages. Je n'ay pas vû cette transaction. Elle est cependant mentionnée dans l'inventaire des titres de la maison d'Ossun fait en 1629 ».
12 Jean-Jacques Monlezun, Histoire de la Gascogne t. VI, p. 487-488.
13 La vallée de la Baïse est un espace de circulation nord-sud, contrairement à la vallée du Bouès. 14 Maurice Berthe, Le comté de Bigorre. Un milieu rural au bas Moyen Âge, Paris, SEVPEN, 1976. 15 Pierre Tucoo-Chala, Gaston Fébus et la vicomté de Béarn (1343-1391), Bordeaux, 1959.
16 J.-J. Monlezun, Histoire de la Gascogne, t.VI, p. 488-489 et Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves,
t. II, p. 10 : « Anno Domini M°.CCC°.LXXXIX°. et die secunda januarii, apud Tholosam, nobilis Arnaldus
Raymundi de Castrobayaco, senescallus Bigorræ, recognovait tenere à domino nostro Francorum rege, sub fide et omagio, bona et res quæ sequuntur. […] Item locum de Sancto Lucha, dictæ senescalliæ cum suis pertinentiis, cum jurisdictionne alta et bassa, ac mero et mixto imperio. Item XVm florenos auri obliarum annui redditus. Item duas
Doc. 2 : Les biens d’Arnaud-Raymond de Castelbajac en 1389, dans les limites du département actuel. Plan S. A., 2015.
III- Saint-Luc au XV
esiècle
1- Un espace agricole très peu peuplé en 1429
Le censier de 1429
17, qui fait l'inventaire des droits du nouveau comte de
Bigorre, permet de connaître en détail la population de Saint-Luc un siècle après
le paréage. La seigneurie appartient à Raymond-Guilhem de Castelnau, qui
possède la haute et basse justice, avec droit d'appel au sénéchal de Bigorre. Les
droits et coutumes (costumas, observanses e privileges), les poids et mesures sont ceux
de la bastide de Rabastens. Il n'y a cependant que huit maîtres de maison qui
tiennent maison, grange et terres. Tous paient des droits en argent aux seigneurs
de Saint-Luc et de Lubret : les deux seigneuries voisines sont alors bien distinguées
et le resteront jusqu'à l'époque contemporaine. Le seigneur de Lubret est alors
l'écuyer Gaillardet de Lubret, qui doit l'hommage au comte ainsi que l'ost et
chevauchée.
2- Un
toujours habité en 1440
Ce Gaillardet de Castelbajac, héritier d'Arnaud-Raymond de Castelbajac, est
signalé en 1433 avec son fils Jean
18, en 1440
19et en 1451
20à l'occasion de divers
troubles liés à des successions
21. Ce personnage est seigneur du Castéra
22et de
Saint-Luc en 1451, dont il fait le dénombrement
23. Il est plusieurs fois signalé
17 ADPA, E 377, Censier de Bigorre de 1429.
18 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VII, p. 77 : « Vente de fiefs à la Marque. Noverint
universi... quod... apud locum de Tria constitutus nobilis Bernardus de Manassio, domicellus, dominus de Duroforti... liberavit... Petro de Brusali, habitator loci predicti de Tria... quinque solidos morlanorum argenti curribilis sibi in loco de Munio in Bigorra pertinentes et spectantes, seu feudis sive censibus annualibus et sibi exsolvi consuetis anno quolibet in festo Omnium Sanctorum per habitatores dicti loci... Nec non totum illud territorium vocatum la Marca eidem domino de Duroforti, venditori, pertinens et expectans, situatum in comitatu Bigorræ, prout confrontatur... cum territorio de Bello monte, de Sera, de Vilambito et de Munio, ex suis partibus, et si qui alii sint confines, cum omnibus introitibus, exitibus, juribus, deveriis et pertinentiis suis universis, et cum omni et toto augmento seu melioramento, quod ibi est, erit, seu esse poterit in futurum.... precio... duodecim scutorum auri, boni auri et recti ponderis, de cugno et lege domini nostri Franciæ regis... divertiens se... cum omnibus suis juribus, laudaminiis, vendis, retroacapitibus, obliis, agrariis, foriscapiis, et aliis dominationibus... actum fuit hoc apud locum predictum de Tria, die septimo mensis februarii, anno Domini M°.CCCC°.XXXIII° domino Karolo, Dei gratiâ Francorum rege regnante ; et domino Philippo, miseratione divinâ Auxis archiepiscopo existente. Hujus rey sunt testes nobilis Galhardus de Castrobayaco, domicellus, habitator de Sancto Lucha ; Johannes de Castrobayaco, filius dicti Galhardi... et ego Arnaldus de Malholibus, publicus Tholosæ notarius, &c. »
19 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p. 352. 20 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p. 142.
21 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. X, p. 124 : « Bertrand de Montesquieu, fils de
Bartelemi, fut marié avec Marguerite de Benac ; il dit dans ses ecrits qu'il avoit été depossedé par force durant son absence par Bourguine de Valletique ; qu'il etoit au service du roy avec monsei-gneur le Daufin et autres seimonsei-gneurs contre les anglois à Tartas, qu'il accompagna sa majesté partout où elle alla en Gascogne, qu'il se trouva au siege de Dax ; que sa femme mourut alors, mais que ne pouvant pas quitter le service, il fit procuration à Bartelemi, son frere ; Jean, seigneur d'Ossun, à la tete de quelques gens d'armes et de traits s'empara par violence de St Luc, du Castera, de Lane et de Locrup ».
comme « habitant de Saint-Luc » (habitator loci de Sancto Lucha), indice probable
qu'il vit encore dans la forteresse déjà signalée en 1322.
Odet de Castelbajac, sire de Lubret, rend hommage au nouveau comte de
Bigorre, François-Phœbus, en 1472. Il achète la moitié de Saint-Luc à Auger
d'Ossun en 1480, pour 96 écus
24, mais la revend à son fils Roger d'Ossun en
1496
25. Odet de Castelbajac fait collationner les actes concernant Saint-Luc depuis
1326, en 1497, sans doute pour justifier la vente faite l'année précédente. En 1480,
Saint-Luc est encore qualifiée de castrum, forteresse et lieu de Saint-Luc (« castri,
fortalitii et loci predicti de Sancto Lucha ») et pas de bastide
26.
3- Les Ossun, sires de Saint-Luc
En 1500, Roger d'Ossun donne en fief aux habitants de Saint-Luc le bois de
Ferriole, à l'ouest de l'actuelle commune, contre trois « coarts » d'avoine et deux
poules portable à la Toussaint, 27 écus petits pour la « tuye » ; le seigneur peut y
prendre du bois pour son chauffage et pour bâtir ; la communauté peut faire
pacager dans ce bois, sauf dans un bois en défens appelé lou Therou de Romegos
« où les habitans ne pourront couper du bois que pour raccommoder les chars et
faire la lessive »
27. Un moulin existait à Saint-Luc, qui appartenait au sire de Lubret.
Ce moulin et une métairie voisine sont mis en ferme en 1541 par Anne de
Castelbajac
28. En 1549, le seigneur d'Ossun impose un juge aux habitants de
Saint-Luc : sous le prétexte que les consuls sont illettrés, ils ne peuvent rendre
correctement la justice...
29En 1564, la veuve de Piere d'Ossun fait affermer les
23 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p. 142 : « Le meme [Gaillard de Castelbajac] fut
present le 2 janvier 1451 au compte-rendu à noble Jordain d'Avilhac, seigneur de Villepinte, des revenus de St Luc et du Castera par les consuls de ces lieux ».
24 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. X, p. 397.
25 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p. 143 : « [Odet de Castelbajac] fit revente de la
moitié de la terre de St Luc à noble Roger d'Ossun le 11e d'aout 1496 en presence de noble Pierre
de Castelbajac, apparemment celui qui fut marié à Dours ».
26 Voir annexe 8.
27 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. XX, p. 317 : « Le 14 novembre 1500. Transaction
passée entre noble Roger d'Ossun et les habitans de St Luc par la mediation du Sr Laporte, conseiller au parlement de Toulouse, contenant bail en fief en faveur desdits consuls du bois de Ferriole, confrontant de midi terroir de Lubret, septentrion terroir d'Antin, reservé une piece laquelle confronte de midi depuis le chemin public à la fontaine, pour trois coarts d'avoine et deux poules portable à la Toussaints par les consuls qui doivent le ramasser, et 27 ecus petits en corps de communauté pour la tuye ; le seigneur pouvant y prendre du bois pour son chauffage et pour bâtir, et la communauté aura le droit [318] de faire pacager dans ledit bois et dans le reservé dit lou Therou de Romegos, où les habitans ne pourront couper du bois que pour racommoder les chars et faire la lessive ; enfin que les consuls de St Luc exerceront la justice au nom du seigneur ».
28 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p. 144 : « Anne de Castelbajac, heritiere de
Lubret, epousa noble Pierre de Chelle. Tous deux vendirent au 26e de fevrier 1541 à noble Jean de
Mont, habitant de Mont de Marast, une metairie et un moulin dans le terroir de St Luc et de la Peyre sous l'hommage aux seigneurs d'Ossun et de la Peyre ».
29 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. XX, p. 318 : « Cependant le 18 novembre 1549 noble
Jean de Soreac, seigneur de Villambitz, declara au nom de Pierre d'Ossun aux consuls de St Luc, qu'etant illiterés, ils ne pouvoient exercer la justice ; il representerent en vain l'acte de 1500. Jean de
droits de Saint-Luc par deux habitants de Lamarque-Rustaing, contre la rente
annuelle de 270 livres
30. En 1600, le sire d'Ossun fait dénombrer ses biens, dont
Saint-Luc. Il dispose dans cet espace rural d'un juge ordinaire et d'une prison, non
localisée
31.
Aux XV
eet XVI
esiècles, Saint-Luc n'est plus qualifiée de bastide : elle n'est
qu'une petite seigneurie rurale, peuplée seulement de huit exploitations agricoles
en 1429, qui passe entre diverses mains nobles. En 1480 encore subsistent des
éléments des fortifications entreprises vers 1326. En 1600, le dénombrement
réalisé pour le sire d'Ossun livre quelques vestiges du paréage initial de 1322, dont
l'exercice de la haute et basse justice, contestée par les officiers royaux.
IV- Une fortification médiévale
1- Une enceinte fossoyée quadrangulaire
Sur les photographies aériennes et les cadastres anciens, on distingue au cœur
du parcellaire de Saint-Luc les vestiges très arasés d'un quadrilatère fossoyé
d'environ 265 m de longueur du nord au sud pour environ 310 m d'est en ouest,
fossés compris (doc. 3 et 4). Ces fossés devaient avoir 15 à 20 m de largeur
maximale, enclosant une superficie d'environ 6,5 ha. La lettre de 1326 citée plus
haut permet de savoir que cette enceinte fossoyée, alors en cours de construction,
était doublée d'un « pau », une palissade de pieux et que ces fossés étaient peut-être
en eau, sans doute alimentés par le ruisseau de Lagelle (« la ville »), au nom
caractéristique. On distingue également, en bordure de l'enceinte et contre une
propriété implantée à l'époque contemporaine, une élévation de terre entourée
d'un fossé indépendant qui pourrait correspondre à l'emplacement de la petite
forteresse ou castellarium signalé en 1322, peut-être encore habité par un héritier
de la famille de Castelbajac en 1440, comme signalé plus haut. Le relevé des formes
fossiles effectué à partir de photographies aériennes permet également de
déterminer un emplacement libre de forme carrée au centre de la bastide, qui doit
correspondre à la place centrale disparue, qui était bordée d'un ou deux maisons.
Cette forme particulière d'un double carré (fossés et place) se retrouve dans le
plan de la bastide de Tournay, fondée en 1307 plus au sud : est-ce le modèle suivi
pour cette bastide de Saint-Luc ?
2- L'église Saint-Luc
À l'intérieur de cette enceinte arasée, le seul vestige en élévation partielle est
formé par le cimetière et les murs arasés de l'ancienne église Saint-Luc. Cette église
existait encore au XIX
esiècle : son plan a été relevé par Louis Caddau (doc. 10
Soreac nomma un juge ».
30 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. III, p. 134. Voir en annexe. 31 Prison dans une tour-porte, comme à Puydarrieux, à Trie, à Galan... ?
Doc. 3 : la bastide de Saint-Luc sur une photographie verticale de l'IGN. Vue de détail. Fonds IGN/Géoportail, 2012.
Doc. 4 : l'enceinte fossoyée de Saint-Luc sur le cadastre de 1826. Archives départementales des H.-P., commune de Saint-Luc, section B. Archive en ligne.
0 50 m
N N
Doc. 5 : plan d'interprétation de la bastide de Saint-Luc : fossés, rues et place centrale restitués d'après les photographies aériennes et les constatations de terrain, emplacement des habitats médiévaux disparus et de bâtiments en briques (tours-portes ?).
Doc. 6 : Vestige de la plateforme fossoyée de Saint-Luc prise depuis le nord-est. Photographie S. A., 2008. Église Saint-Luc Castrum ? Chemin fossile Concentration de céramique Concentration de briques Fragments de meules Cours d’eau Habitat actuel Fossé arasé Fossé arasé Place ? 0 50 m N
Doc. 7. Exemples de photographies et profils de céramiques trouvées à Saint-Luc : céramiques communes à pâte rouge et dégraissant sableux (XIVe-XVe s.) ; céramiques à engobe blanche et
glaçure verte (époque moderne). Les bords et profils se rapportent à une céramique culinaire commune : pots à cuire, récipients de stockage, assiettes... Photographies B. M., dessins S.A.
Doc. 9 : Photographies de vestiges osseux ovin et bovin (portant des traces de découpe) et métallique (fragment d’éperon ?) trouvés à Saint-Luc. À gauche, fragment de sole rubéfiée (foyer) avec inclusions végétales en négatif. Photos B. M. 0 5 cm 0 5 c m
et 11) ; cet édifice orienté, qui mesurait extérieurement environ 6,90 m de largeur
pour 19 m de longueur était doté de deux travées voûtées d'ogives et d'un chœur
également voûté, de deux chapelles annexes nord et sud et d'une entrée au sud.
Une clef de voûte provenant de cette église et portant les armes de la famille
d'Ossun, également publiée mais disparue depuis, semble indiquer qu'au moins
une voûte de cet édifice fut élevée dans la seconde moitié du XV
esiècle ou au
début du siècle suivant, si ce n'est tout l'édifice (doc. 11). Sur le terrain, on trouve
encore au niveau du chevet des briques portant une échancrure en quart de cercle :
ce sont sans doute ici des briques des montants des fenêtres du chevet ou d’ogives
(doc. 12). Cette moulure en cavet est bien connue sur des édifices de la seconde
moitié du XV
esiècle et du début du siècle suivant, comme l'église de
Montégut-Arros.
3- Un habitat réduit dans l'enceinte fossoyée
Une prospection menée en 2007 a livré quelques concentrations de tessons
et de matière organique (ossements)... à l'intérieur du tracé de l'enceinte :
- quelques tessons de céramique de couleur rouge, à dégraissant sableux : tessons
de panse, de col de formes ouvertes de type oule et pots à cuire d'une céramique
commune courante dans toute la région (XIV
e-XV
esiècle) ;
- deux tessons de céramique rouge à dégraissant sableux fin et enduit gréseux de
couleur verte (XVI
es. ?) ; un tesson de bord d'assiette à coulures vertes, de type
« Cox » (XVI
e-XVII
es. ?) (doc. 7) ;
- associés à ces tessons, quelques fragments osseux : dent d'ovin, côte de bœuf
avec traces de sciage, fragments osseux d'ovins et/ou bovins ;
- deux fragments de meules (à bras) en matériau dur siliceux (doc. 8) ;
- un fragment de sole (de foyer ?) très rubéfié avec des inclusions organiques
brûlées.
Tous ces éléments, trouvés avec des éléments de mise en culture d'époque
moderne et contemporaine (fer à vache...) permettent de localiser l'habitat
médiéval et moderne dans cette enceinte, autour de l'emplacement probable de
la place centrale et des rues principales, visibles seulement sur les photographies
aériennes. Tous les indices archéologiques correspondent à des activités agricoles
et domestiques (élevage, cuisine...) que l'on trouvait dans des exploitations
agricoles : ce sont des fermes qui se sont implantées dans l'enceinte. Ces habitats
furent peu nombreux : une demi-douzaine au maximum, dont un plus important
au niveau de la plate-forme arasée, qui doit correspondre au castellarium signalé en
1322 (doc. 5).
Doc. 10 : dessin d'une clef de voûte provenant de l'église Saint-Luc, portant les armes de la famille d'Ossun. Dessin Louis Caddau, 1906.
Doc. 11 : l'église de Saint-Luc dessiné par Louis Caddau en 1906.
Doc. 12 : briques moulurées (montants de fenêtres et/ou ogives de voûtes) de l'église Saint-Luc. XVe
siècle. Photographies B. M.
Doc. 13 : L'église de Saint-Luc, plan actuel des vestiges arasés. Le relevé détaillé est impossible du fait de la végétalisation des murs, couverts de lierre. Croquis S.A.
V- Des parcellaires de fondation liés à la bastide et un château reconstruit
au XV
esiècle
1- Quatre parcellaires implantés au Moyen Âge ?
Cédric Lavigne, dans sa thèse publiée en 2002, a identifié sur le territoire
communal de Lubret-Saint-Luc quatre parcellaires de fondation
32. Sur le terrain,
ces parcellaires se matérialisent par un réseau de chemins parallèles de forme
régulière, irriguant une série de parcelles quadrangulaires de même orientation.
Dans le parcellaire T2, au nord de la commune, est intégrée l'enceinte fossoyée
de la bastide et son église. On peut, avec vraisemblance, penser que ce parcellaire
a été implanté dès 1322. Les autres parcellaires sont de datation plus délicate. Le
parcellaire T3, dans lequel s’insère le château de Lubret, correspond à l’emprise
cultivée de cette seigneurie et pourrait être antérieur au XV
esiècle (avec le
parcellaire T4 ?). De fait, on ne peut être assuré que de la datation du parcellaire
T2, qui intègre le tracé de la bastide et doit remonter à 1322. Les autres parcellaires
pourraient lui être bien postérieurs. Le maintien jusqu'à nos jours de tous ces
parcellaires réguliers prouve cependant le maintien d'une activité agricole continue
depuis le Moyen Âge dans cet espace.
2- Un château construit à Lubret au XV
esiècle
Avec l'abandon de la bastide et de sa fortification, au XV
esiècle, les
seigneuries de Lubret et de Saint-Luc sont désormais distinguées dans les actes.
C'est vers la seconde moitié de ce siècle qu'un château est construit à Lubret,
peut-être par Odet de Castelbajac
33, château qui a sans doute remplacé le
castellarium de Saint-Luc. Cette forteresse, une vaste tour-salle à tourelle d'escalier
circulaire débordante
34, dispose à la fois d'éléments défensifs (archères cruciformes
à arquebusières, boulevard d'artillerie à pont-levis, fossés... adaptés à l'artillerie à
poudre) et de confort (fenêtres à meneaux et coussièges, cheminées...) aux niveaux
supérieurs. Une chapelle de style gothique, à deux travées voûtée d'ogives, était
implantée plus au sud. Construit par un Castelbajac, le château et la seigneurie de
Lubret passent ensuite dans la famille de Chelle
35puis d'Aux
36à la fin de l'Ancien
32 Cédric Lavigne, Essai sur la planification agraire au Moyen Âge : les paysages neufs de la Gascogne médiévale
(XIIIe-XIVesiècle), Bordeaux, Ausonius, 2002.
33 Alcide Curie-Seimbres, « La bastide de Rabastens en Bigorre (origine historique et traditions
fabuleuses) », Revue d'Aquitaine, 1864, p. 113 : « Odet de Castelbajac, seigneur de Lubret, le même qui fit reconstruite le château de Lubret et repeupla ce village que les Anglais avaient détruit du temps qu'ils faisaient le siège de la bastide de Trie ».
34 On trouve ce type d’aménagement au château du Tauzia, dans le Gers, par exemple.
35 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p.144 : « 1580, 29 decembre. Noble Arnaud de
Chelle, seigneur de Lubret, proceda à l'affranchissement de Boucarrés » ; Glanage ou preuves, t. XX, p. 318 : « 25 mars 1619. Noble Bertrand de Coussol, seigneur de Marsan, etoit tuteur de noble Tristan de Chelle, seigneur de Lubret » ; Glanage ou preuves, t. VIII, p.144 : « Leonard de Chelle, seigneur de Lubret en 1649 et 1662 descendoit d'Anne de Castelbajac et de Pierre ».
36 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p.144 : « Noble Jean de Chavaille de Basillac
possedoit Lubret en 1712 et rendit hommage au seigneur d'Ossun le 10ede may de ladite année.
Doc. 15 : Les parcellaires réguliers de la commune de Lubret-Saint-Luc. Le parcellaire T2 est probablement contemporain de la fondation de la bastide, en 1326. Les autres parcellaires, peut-être médiévaux également, ne sont pas documentés avec précision. Les parcellaires T3 et T4 correspondent à la seigneurie de Lubret, séparée de Saint-Luc par le ruisseau de Lagelle. Plan S. A., 2015.
Limite communale coteau
régime. Cet édifice a été bien étudié et publié par son restaurateur et actuel
propriétaire, Christian Carrère
37. On peut renvoyer à son ouvrage pour les détails
techniques concernant ce château (doc. 16).
Conclusions
La bastide de Saint-Luc présente un cas très intéressant de tentative de mise
en valeur d'un espace rural de la vallée du Bouès au XIV
esiècle : le parcellaire mis
en place dès 1322 autour de la bastide a été maintenu et augmenté, ainsi que
l'appareil juridique et d'imposition liés, mais la petite ville fortifiée entreprise en
1322, trop isolée, n'a pas survécu aux crises de la seconde moitié de ce même
siècle : si le petit castrum seigneurial intégré à l'enceinte urbaine semble se maintenir
jusqu'au milieu du XV
esiècle, ainsi qu'une modeste église paroissiale, il n'y a que
huit exploitations agricoles en 1429, dont une partie ne doit même pas être bâtie
dans l'enceinte fossoyée collective mais dans le terroir environnant
38. De fait, vers
1500, Saint-Luc et Lubret forment une double seigneurie foncière « classique »,
avec un petit château rebâti au goût du jour, adapté à l'artillerie à poudre, hors de
l'enceinte fossoyée sans doute alors pratiquement abandonnée. L'église de
Saint-Luc avec son cimetière subsistent comme centre paroissial d'un habitat
dispersé. Lubret et Saint-Luc, en deux siècles, passent par mariage ou achat entre
diverses mains, soit de cadets de familles nobles, soit dans des ensembles plus
vastes de seigneuries rurales exploitées par les sires de Castelbajac puis d'Ossun.
Seuls indices, avant 1600, du projet urbain : les fossés, la plate-forme castrale
arasée, le parcellaire régulier ainsi que les coutumes dérivées de celles de la bastide
de Rabastens-de-Bigorre
39, qui sont les seules traces d'un aménagement urbain
inachevé. Cas unique en Bigorre, l'absence presque totale d'habitat contemporain
sur son emplacement permet d'en proposer un plan inédit, dont la forme rappelle
par certains traits morphologiques celui de la bastide voisine de Tournay, fondée
en 1307. Le maintien du parcellaire régulier montre aussi que le concept juridique
de bastide, appliqué aux terres mis en culture, a pu survivre à l'échec de la ville
associée. On retrouve ici un mécanisme comparable au phénomène de mise en
valeur d’espaces ruraux en Béarn par l’octroi du For de Morlaàs « sans faire rue »,
récemment mis en lumière par Benoît Cursente
40: dès le XIII
esiècle, dans toute
la région sous-pyrénéenne, des espaces ruraux ont bénéficié de coutumes pour
attirer une population rurale nouvelle. La bastide de Saint-Luc, qui forme un
exemple original de ce mouvement, a donc été un demi-échec, dont seul le projet
de mise en valeur culturale a survécu et partiellement réussi.
37 Christian Camille (Carrère), Lubret-Saint-Luc, fait de main d'homme et d'histoire, EVAD, 2005. 38 L'emplacement de la bastide devient peut-être une simple enceinte collective, comme on en
trouve d'autres exemples dans cette région. Stéphane Abadie, « Quelques fortifications collectives médiévales en Gascogne occidentale », Congrès de la Fédération historique de Midi-Pyrénées, Tarbes, 2007, p. 145-170.
39 Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. XX, p. 315 : « Dans un ancien inventaire fait à Mun
en 1542, on voit entr'autres titres. 1° Un petit instrument des immunités de la bastide prez St Luc ».
Doc. 16 : plan général et détail d’ouvertures du château de Lubret. XVesiècle. Plan et relevés
Bibliographie :
CADDAU, Louis, « Les d'Ossun et les Montaut-Bénac à Saint-Luc », Revue des
Hautes-Pyrénées, 1906, p. 129-131.
CARRÈRE, Camille [Christian], Lubret-Saint-Luc, fait de main et d'histoire d'hommes,
EVAD, 2005.
DE SAINT-BLANQUAT, Odon, La fondation des bastides royales dans la sénéchaussée
de Toulouse aux XIII
eet XIV
esiècles, CDDP, Toulouse, 1985
Souvenir de la Bigorre, t. I, p. 92-105
Souvenir de la Bigorre, t. IV, p. 438
Sources éditées :
GALLET, Léon, Les traités de pariage dans la France féodale, Paris, 1935, pièces
justificatives, n°VI, p. 228 (paréage de 1322).
MONLÉZUN, Jean-Jacques, Histoire de la Gascogne, t. VI, p. 487-488
(dénombrement de 1389).
Sources inédites :
ADPA, E 377 (Censier de Bigorre de 1429).
AN, JJ 64, n°186, f°104 v° (lettre de 1326).
BM Tarbes, LARCHER, Jean-Baptiste, Glanage ou preuves, t. III et X (extraits de
censiers, lettres et dénombrements. Voir infra).
Annexes :
Annexe 1 : 1322
Paréage de la bastide de Saint-Luc entre Bernard de Castelbajac et le sénéchal Jourdain de Lubret sur le territoire du castrum de Lubret.
Transcription : Léon Gallet, Les traités de pariage dans la France féodale, Paris, 1935, pièces justificatives, n°VI, p. 228-232, reprise dans la présente annexe.
Mention : Odon DE SAINT-BLANQUAT, La fondation des bastides royales dans la sénéchaussée de Toulouse aux XIIIe et XIVe siècles, CDDP, Toulouse, 1985, p. 27, extrait.
« atifficatio pariagii facti domino regi a Bernardo de Castrobayaco domicello, de castro et castellaria dictis de Lubreto sitis in comitatu Bigorre.
Karolus Dei gratia Francie et Navarre rex. Notum facimus universis tam presentibus quam futuris nos litteras infrascriptas in camera compotorum Parisiensi inspici et examinari fecisse formam que sequitur continentes.
Universis ad quos presentes littere pervenerint, Johannes Pace, decanus Carnotensis, clericus domini nostri Francie et Navarre regis et Hugo de Vissaco, miles ejusdem domini regis ad partes comitatus Bigorre pro reformatione patrie a majestate regia destinati per patentes litteras regias inferius insertatas, salutem et velle presentibus dare fidem. Notum facimus nos vidisse quasdam patentes litteras domini Jordani de Luberto, militis, senescalli Bigorre et nobilis viri de Castrobayaco, domicelli, eorumque sigillis in pendentis sigillatas tenorem qui sequitur continentes.
In nomine Domini amen. Universis et singulis pateat tam presentibus quam futuris quod ego Bernardus de Castrobayaco, domicellus, sciens me habere, tenere ac pacifice possidere in solidum castrum seu castellarium vocatum de Lubreto situm in comitatu et infra comitatum et senescallum Bigorre sine populatione quacumque existens et circumquaque ipsum castellarium sescenta arpenta terre vel circa tam culte quam inculte ad pagellam seu perticam bastide de Rabastencha in Bigorra, volens cum domino nostro rege Francie et Navarre facere pariagium pro nova bastida seu populatione in castellario predicto seu territorio construenda, dicto domino nostro regi et michi et nostris successoribus communi et pro indiviso, prefatum dominum nostrum regem licet absentem et discretum virum magistrum Guillelmum Arundi de Fronciaco procuratorem regium in senescallia et comitatu predictis ibidem presentem, vice et nomine dicti domini nostri regis, pro me et heredibus et successoribus meis, constitutus ante presentiam nobilis et potentis viri domini Jordani de Luberto, militis senescalli Bigorre, michi associo quantum ad temporalitatem tamen et parierium recipio in castro seu castellario supradicto et omnibus et singulis terris cultis et incultis michi pertinentibus pertinere circumquaque castrum seu castellarium predictum et in pertinentiis et tenemento ejusdem sub pactis, et condicionibus et retentionibus infrascriptis. Videlicet quod castrum predictum et totum territorium de Lubreto, quantum ad me Bernardum predictum pertinebit autem hujusmodi pariagium, habitatoribus dicte bastide per plateas pro domibus construendis et edificandis et per cassaloca et arpenta et casalerias ad pagellam predictam dividantur et etiam concedantur in emphiteosim nomine meo et dicti domini regis juxta foros, usus et consuetudines dicte bastide de Rabastencha et sub eisdem vel similibus obliis, censibus, juribus et deveriis, vendis, impignorationibus et aliis juribus feudalibus seu emphiteotariis quocumque nomine censeantur et sub quacumque verborum conceptione contineantur, michi et domino nostro regi et nostris successoribus persolvendis et inter eos equaliter dividendis. Banchi quoque tabule cum omni ex inde provenienti emolumento, leude, pedagia et vectigalia cum comissis et incursibus eorumdem que evenerent et percipientur in dicta bastida et pertinentiis ejusdem ad me Bernardum predictum et prefatum dominum nostrum regem successoribusque nostros (sic) equis partibus pertinebunt et omnia predicta inter dictum dominum regem et me Bernardum equaliter per medium dividentur. Habitatores quoque dicte bastide domino nostro regi et ejus parierio vel certis per eos propter hoc deputatis prestabunt fidelitatis temporibus debitis juramentum. Et retineo ego Bernardus predictus michi et meis successoribus quod dicta bastida cum juribus et pertinentiis suis et cum mero et mixto imperio et omni alta et bassa juridictione ac modica cohercione et cum omnibus ex eis vel eorum altero vel occasione eorum vel alterius eorum lucris et emolumentis exinde provenientibus et proventuris sive per viam judicii seu sentencie compositionis vel financie seu gagiationis emende vel alioquoque modo adeo sit, ipsius domini regis et mei Bernardi predicti et successorum nostrorum remaneat communis per medium et pro indiviso inter nos et quod dicta bastida juxta manum regiam nullatenus transferatur. Sit quoque in dicta bastida unus duntaxat bajulus qui per ipsum dominum regem vel ejus gentes et me Bernardum predictum et successores nostros anno quolibet
instituantur ibidem et in institutione et assumptione officii dicte bajulie jurabit in manibus judicis communis dicte bastide quod in dicto bajulie officio bene et fideliter se habebit sic et prout de jure vel consuetudine vel arresto regio bajuli regii et ejus pareriorum in bastidis per modum pariagii cum domino nostro rege factis solliciti sunt jurare. Thesaurarius insuper vel receptor regius in Bigorra arrendabit vel ad firmam concedet redditus dicti loci. Et ego Bernardus predictus et successores mei partem nobis contingentem de pretio arrendamenti de manu ipsius thesaurarii recipiemus vel si maluerimus de manu bajuli qui nobis teneatur cavere ydonee de parte nostra dicti precii nobis solvendaturis super hoc assignatis, et in eo casu in quo de manu thesaurarii dictam solutionem habere eligeremus, ipse thesaurarius michi ac meis successoribus ad quos ea res pertinebit, terminis quibus solutiones eisdem fient, partem nobis contingentem solvere teneatur ; quodque dictus thesaurarius redditus predictos plus offerenti et ydoneo suo periculo arrendabit sine fraude quacumque. Judex insuper regius comitatus Bigorre sit in loco predicto judex communis jus qui partibus in dicta bastida reddet quisvisque judex in sui assumptione officii jurabit secundum juris formam michi Bernardo predicto tanquam condomino dicti loci ; et a me Bernardo predicto et a meis successoribus pro suis stipendiis seu vadiis centum solidos turonenses duntaxat pro anno recipiet dictus judex. Institutio quoque et creatio notariorum, consulum, notariorum seu tabellionum ac servientium et aliorum officialium in dicta bastida ad dictum nostrum regem et me Bernardum predictum et successores nostros in loco predicto pertineat et expectet ; regii notarii tamen aliorum locorum ibidem poterunt recipere instrumenta. Et judex communis sacramenta consulum in dicto loco recipere meo nomine et domini nostri regis, servientes quoque dicti loci in vergis seu baculis signum mei Bernardi predicti cum signo regis portare tenenatur. Preconisationes insuper seu subatestationes citationes, edicta quoque et interdicta que fient vel interdicentur in dicto loca fiant et indicantur meo et domini nostri regis nomine. Verum si contingat, quod absit, locum predictum depopulari ex toto casu aliquo, nemine remanente ibidem, et sine facto mei Bernardi predicti vel successorum meorum et me Bernardo predicto vel successoribus meis in nulla culpa nullo dolo existentibus, proprietas et totum territorium ad me Bernardum predictum et successores meos in solidum revertatur, presenti pariagio in aliquo non obstante, et si post depopulationem hujusmodi interim repopulari vel edificari contingat, domino nostro regi et michi et meis successoribus sit communis (sic). Sane dominus noster rex in dicta bastida non faciet vel indicet talliam vel collectam, indictum vel superindictum nec subsidium exiget nisi duntaxat si et cum fiet vel indicet per aliam terram suam et de tali tallia seu collecta, indicto vel superindicto seu subsidio nichil ad me Bernardum predictum vel successores meos penitus pertinebit. Privilegia quoque ab olim novis bastidis regiis consueta concedi, prefate bastide et habitatoribus vicinis ac juratis ejusdem per dominum nostrum regem similiter concedantur. Nulli tamen homines vel mulieres mei Bernardi predicti in bastida predicta recipientur sine voluntate mea propria et consencia ; si factum reperiatur michi integraliter remittantur. Sane bona immobilia que domino nostro regi in prefata bastida vel ejus pertinentiis propter crimen aliquod vel delictum venient in commissum, dominus noster rex vel officiales ejusdem debent et tenentur infra unum annum et diem ponere extra manum regiam et in aliquam emphiteoticam ydoneam et de jure non prohibitum (sic) transferre, qui tam domino nostro regi quam michi Bernardo predicto et meis successoribus census, oblias et jura alia ac servitia et deveria consueta pro dictis bonis immobilibus confiscatis facere teneantur. Institutio quoque et destitutio preconis publici seu inquantoris et subastatoris et dictorum officiorum collatio ad dominum nostrum regem seu ejus senescallum vel judicem in Bigorra et me predictum Bernardum et successores nostros committim pertineat et expectet... Item mercatum et nundine dicte bastide et
venientes ad ipsum et ipsas et res et merces eorum gaudeant privilegiis et libertatibus sicut in aliis bastidis similibus regiis senescallie Tholosae est consuetum ; quoquidem mercatum teneatur perpetuo semel qualibet septimana, scilicet in die mercurii ; nundine vero bis in anno quolibet teneantur, scilicet semel in die festo decollationis beati Johannis Baptistæ et octo diebus post immediate sequentibus. Verum si contingat me Bernardum predictum aut successores meos extra pariagium aliquas de terris meis dare et concedere partite dicte bastide vel habitatoribus et juratis seu vicariis ejusdem, omnis alta et bassa jurisdictio et omne ex eis et eorum occasione proveniens et proventurum emolumentum in terris predictis domino nostro regi et michi Bernardo et nostris successoribus equaliter pertinebunt ; oblie vero, census et alia quacumque jura feudalia terrarum predictarum extra paragium positarum michi Bernardo predicto et meis successoribus in solidum pertinebunt ; habitatorium vero si qui fuit in terris predictis formagium bajulo communi dicte bastide sicut ceteri habitatores ejusdem bastide solvere teneantur. Retineo insuper ego Bernardus predictus michi et meis successoribus ad quos res hujusmodi pertinebit in presenti pariagio de dictis arpentis ipsi pariagio assignatis triginta arpenta terre ad pagellam predictam videlicet quindecim ex una parte cum molendinis et bastimentis et aliis melioramentis quibuscumque ibidem factis aut in posterum faciendis prout ad me Bernardum predictum in divisione quam feci de dicto territorio de Lubreto cum Arnaldo Guillelmi de Beone domicello, denominata in loco seu infra confrontationes seu limites in quo et infra quas michi sunt assignata ; et alia quindecim arpenta infra dictum territorium de Lubreto que michi vel procuratori regis in Bigorra assignentur in loco michi magis utili et dicte bastide et habitantibus in ea minus dampnoso pro quibus quidem triginta arpenta terre nullum novum et inusitatum servicium seu redibentiam facere teneat quoquomodo. Retineo etiam quod dominus noster rex et officiales ejusdem qui pro tempore fuerint in Bigorra prout ad eorum quemlibet pertinebit, me Bernardum predictum et bona mea ac successores meos in dicta bastida tenenatur et debeant debite et licite defensare ab omnibus injuriis, violenciis, oppressionibus manifestis et indebitis novitatibus quibuscumque. Retineo michi insuper in bastida predicta quatuor localia domorum pro domibus ibidem constituendis et edificandis, duo scilicet ex ipsis in ambitu seu circuitu platee majoris dicte bastide et facie ejusdem et alia duo in alio loco de ydonioribus dicte bastide, ita tamen quod pro ipsis solvam et solvere teneat oblias, census et alia quecumque jura feudalia sicut quilibet alius habitator dicte bastide. Emolumenta quoque marcharum que levabuntur ab illis, qui juxta foros dicte bastide ibidem domos suas non edificaverunt infra annum ad prefatum dominum nostrum regem et me Bernardum predictum et successores nostros sicut ceteri redditus equaliter pertinebunt. Item bastida nostra regetur jure scripto et secundum foros et consuetudines nove bastide Rabastenche in Bigorre, que quidem consuetudines dicte bastide vicariis et juratis ejusdem sub sigillo regis viridi concedantur ad expensa domini nostri regis. Et quod presens pariagium et omnia contenta ibidem auctoritate regia et sub eodem sigillo regis et expensis regis confirmentur infra annum et diem a die date presentium computandum ; quod si factum non fuerit ex tunc presens pariagium habeatur penitus pro non facto ; et si tunc irritum et inane inusitum est, quod dictum castrum seu castellarium cum omnibus terris et pertinenciis suis michi Bernardo predicto et meis successoribus pertineat sicut prius ante pariagium pertinebat, presenti pariagio in aliquo non obstante. Quod quidem pariagium et omnia singula in eo contenta nos Jordanus de Lubreto miles domini nostri regis ejusque senescallus Bigorre, attenta evidenti utilitate ipsius domini nostri regis super qua sufficientes informati sumus, et presentibus ad hoc et vocatis discretis viris ordinariis et criminum judicibus et thesaurario et procuratore regis in Bigorra vice et nomine prefati domini nostri regis, acceptavimus, retenta semper et in omnibus voluntate et assensu ipsius domini regis et ejusdem jure in hiis et in omnibus aliis et alterius cujuslibet semper salvo, promittentes nos facturos et
curaturos bona fide quod prefatus dominus noster rex presens pariagium sub ejus sigillo viridi confirmabit et consuetudines sub ejusdem sigillo concedet que habitatoribus dicte ville de Rabastencha auctoritate regia sint infra tempus superius expressum.
In quorum omnium fidem et testimonium et perpetuam firmitatem, nos senescallus et Bernardus predicti sigilla nostra hiis presentibus litteris duximus apponenda. Actum et datum Carme in domo dicti thesaurarii die tercia martii anno Domini M°CCC° vicesimo primo. Nos autem utilitatem regiam ac etiam publicam attendentes, predicta omnia et singula vice et nomine dicti domini nostri regis grata habentes et rata, ea laudamus, ratificamus ac tenore presentium confirmamus, salvo in aliis jure regio et quolibet alieno. Tenor vero litterarum potestatis nostre sequitur in hec verba :
Carolus, Dei gratia Francie et Navarre rex, dilectis et fidelibus magistro Johanni Pace, clerico et Hugoni de Vissac, militi, nostris, salutem et dilectionem. Querulosa et multiplicata plurimum assertio ad nostrum perduxit auditum quod incole ac alii subditi comitatus nostri Bigorre per officiales ejusdem comitatus et alii multipliciter opprimuntur ; quiqui per ipsum officialem ineptitudinem regiminis gravissimas dampnorum et oppressionum sartinas retroacta tempore subierunt. Vos igitur prout vestro incombit officio, super hiis de opportuno remedio taliter providere volentes quod idem comitatus ejusque incole et subditi predicti in tranquilitatis et pacis solacio conserventur ; quoscumque officiales nostros dicti comitatus ab officiis suis amovendi, aliosque in eorum officiis ponendi et instituendi vel officia hujusmodi interdicendi aut suspendendi eisdem, si et prout industrie vestre visum fuerit expediens, et quoscumque ipsius comitatus incolas honori nostro detrahere vel ejusdem comitatus statum quomodolibet turbare satagentes ad obedientiam et statum debitum reducendi, pensonariosque nostros dicti comitatus moderandi et quos superflos esse moneritis movendi, et ea que correctione, punitione vel reformatione quocumque modo indigere noveritis corrigendi, puniendi et reformandi et generaliter quicquid ad ipsius comitatus reformationem necessarium aut expediens videritis faciendi, vobis, de quorum fidelitate et industria plene confidimus, plenam et liberam tanquam nobis tenore presentium committimus potestatem, mandantes omnibus justiciariis, fidelibus et subditis nostris, ceteras requirendo ut in premissis et ea tangentibus vobis pareant et intendant. Datum in abbatia de Jonerico die quarta julii anno Domini M°CCC° vicesimo secundo. Datum et actum Rabastenche in Bigorra nostrique sigilli in testimonium premissorum sigillatum quinta decima die januarii anno Domini M°CCC° vicesimo tertio.
Nos autem pariagium et associationem predicta in omnibus suis articulis, clausulis et capitulis nec non alia quecumque in superius transcriptis litteris contenta rata et grata habentes ea volumus, laudamus, approbamus, ratificamus ac nostra regia auctoritate tenore presentium confirmamus, nostro et alieno jure in omnibus semper salvo. Quod ut firmum et stabile permaneat in futurum, presentes litteras domini M°CCC° vicesimo quarto, mense junio.
Per cameram compotorum et thesaurarium. H. de Dompierre. Reddatur ibidem. Collatio facta. »
Annexe 2 : 1326
Le roi Charles le Bel s'engage à contribuer aux dépenses pour les fortifications de la bastide de Saint-Luc en Bigorre.
Source : AN, JJ 64, n°186, f°104 v°.
Édition : Histoire générale du Languedoc, t. X, col. 660-661.
« KAROLUS, &c. Notum facimus, &c., quod cum consules & habitatores nove bastide de Sancto Luca in Bigorra, cujus medietas ad nos & alia medietas ad Bernardum de Castrobayaco, domicellum, noscitur pertinere, dictam bastidam clausura & fortaliciis, eo quod in fronteriis comitatuum Asteriaci, Armanniaci & Convenarum ac prope terram Bearnii & ducatus Acquitanie est situata, prout per informacionem super hoc de mandato nostro factam nobisque reportatam, quam videri & diligenter examinari fecimus, nobis apparuit, quamplurimum indigentem, palis, fossatis & aqua claudere pro ipsius bastide & habitatorum ejusdem securitate proponant, & ex parte ipsorum consulum & habitatorum nobis fuerit humiliter supplicatum quod cum dictam clausuram de suis facultatibus facere non possent, nisi per nos de aliquo auxilio super hoc provideretur eisdem ; nos eorum laudabile propositum acceptantes, eisdem medietatem emolumenti marcharum argenti, nobis a principio fundacionis ipsius bastide debitam seu in posterum debendam ab eis, qui ut promiserant in dicta bastida [non] morati fuereint seu edificacionem, quam debebant ibidem construere, non fecerunt, pro construccione clausure predicte & sustentacione ipsius ipsis consulibus & habitatoribus graciose tenore presentium concedimus & donamus, dum tamen predictus noster pariarius medietatem marcharum ipsarum ad eum pertinentem eisdem consulibus & habitatoribus concesserit seu velit concedere pro predictis, ac cum memorato auxilio ad dicte clausure consumacionem integram consules & habitatores se obligent supradicti. Nos autem aquam fossatorum hujus-[661]-modi atque pisces, quos ibidem esse contigerit, nobis & successoribus nostris Francie regibus perpetuo retinemus. Quod ut firmum, &c. Actum in abbatia Caroliloci, anno Domini M° trecentesimo vicesimo sexto, mense junio ».
Annexe 3 : 1369
Gratification accordée en 1369 par le duc d'Anjou à Arnaud-Raymond de Castelbajac, contenant la liste de ses biens mis en défense.
Édition : chanoine Jean-Jacques Monlezun, Histoire de la Gascogne t. VI, p. 487-488. « Ludovicus, regis quondam Francorum filius, domini nostri regis germanum, ejusque locum tenens in partibus Occitanis, dux Andegavensis ac comes Cenomanensis, Stephano de Montemediano thesaurario nostro guerrarum, salutem.
Cum nos domino de Castrobayaco, pro tuitione, custodiâ et defentione castrorum suorum de Castro-Bayaco, de Campistros, de Bruxtro, de Monteastruco, de Orihis, de Sancto Luchâ, de Lube, de Bugaria, de Munio, de Bolhes, de Arris, de Peyreguerio, de Cabanaco,
de Podio-Astruco, de Godono, de Claraco, de Avereda, de Avessaco, de Ossonio, de Orleisco, de Sarlabonis et de Argeleriis, dederimus et concesserimus de gratiâ specialia tria millia florenorum auri francorum una vice habendorum et recipiendorum per ipsum dominum de Castro-Bayaco, in et super vestra recepta ; quæ florenorum summa dicto domino de Castrobajaco vel ejus certo mandato solvetur in modum qui sequitur et in formam, videlicet : octies centum franci prima die junii exinde sequentis ; quod circa vobis præcipimus et mandamus quod dictam francorum summam dicto domino de Castro-Bayaco aut ejus certo mandato, solvatis et deliberatis ex causa prædicta [488] modo, forma et termino supradictis, absque alterius expectatione mandati ; quam florenum summam per vos, eidem domino de Castro-Bayaco aut ejus dicto recto mandato solutam, reportando presens nostrum mandatum seu copiam ipsius sub sigillo authentiquo cum litteris quittatoriis dicti domini de Castro-Bayaco, in vostris computis allocavi et de vestra deduci receptâ per illum seu illos ad quos pertinuerit volumus et jubemus. Datum Tholosæ XIIa aprilis, anno Domini millesimo trecentesimo sexagesimo nono, per dominum ducem in suo consilio domini regis. Au dos est ecrit : Le seigneur de Chasteau-Bayac ».
Annexe 4 : 1429
Extrait du Censier de Bigorre de 1429 concernant la seigneurie de Lubret-Saint-Luc. Source : Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. III, p. 255.
Mention : Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p. 142 (« Galhardet de Castelbajac etoit seigneur de Lubret lors de la faction du censier de Bigorre en 1429 »).
« Extrait du censier de Bigorre pour Senluc
En aprez losdits comissaris et refformadors se transportan en lo loc de SENLUC, et aqui fen assemblar e ajustar lo baile, cossos, e autres singulars e habitans capdostaus deudit loc, e aixi cum dejus son scriutz e assemblatz e ajustats en segrament per lors e cascun de lor prestat sus lo libe e sus la crotz fen diligent inquisition sus las causas contengudes en lordita comission totes e sengles ab relation e depositio de lor e cascun de lor, troban las causes dejus scriutes.
Tot prumerament que lodict loc es en lo comtat de Begorre, e de present se ten per Ramon Guilhem deu Castetnau, en loquau a senhorie e jurisdictio hauta e baixa, e aixi ac an bist usar, la superioritat es deu comte e l'apel a son senescau à Tarbe, e asso d'antiquitat. [256] Item, que lodit loc e son terratori confronte per la part d'orient ab lo territori de Pena e de la Lana, losquaus son en lo comtat d'Astarac, e lo terme es l'aigue aperada lo Boez ; per la part d'occident ab los territoris d'Antii et d'Ausmez ; per la part dessus ab los terradors de Lube et de Lubret ; de part dejus ab lo territori deudit loc d'Antii. Item, son tengutz de far ost e cavalcade audit senhor comte, si e quant son mandats. Item, que se an acostumat de regir e gobernar se par las costumas, observanses e privileges de la viele de Rabastenx, e thien pees e mesuras aixi cum los habitans de ladicta viela. Item, que en lodict loc se troben los capcasaus, fius, emolumens e autes deguts dejus expressats.
Bernat de Lorc ten hostau, borda, casau e autes apertiensas. Es tengut de pagar cascun an en la feste de Totz santz au senhor de Sen Luc tres floriis e sieys blancx. Plus au senhor de Lubret, detz blancx.
Arnaut de Beoo ten hostau, borda, casau e autes apertiensas. Es tengut de pagar cascun an en ladicta feste audit senhor de Senluc quatorze gros e ung morlan. Plus au senhor de Lubret quoate soos jacquès.
Domenge deu Ros ten hostau, borda, casau e autes apertiensas. Es tengut de pagar cascun an en ladita feste audit senhor de Senluc vingt e nau gros. Plus au senhor de Lubret sieys blancx e miey.
[248] Domenge Daroquave ten hostau, borda, casau e autes apertiensas. Es tengut de pagar cascun an en ladicta feste audit senhor de Senluc XXXI gros e ung morlan. Plus au senhor de Lubret cinq blancx.
Berdot Daroquave ten hostau, borda, casau e autes apertiensas. Es tengut de pagar cascun an en ladita feste audit senhor quatorze sols jaques. Plus au senhor de Lubret cinq blancx. Pey Dabadie ten hostau, borda, casau e autes apertiensas. Es tengut de pagar cascun an en ladita feste audict senhor quatorze gros. Plus au senhor de Lubret cinq blancx. Domenge Dabadie ten hostau, borda, casau e autes apertiensas. Es tengut de pagar cascun an en ladita feste audit senhor detz e sept gros e miey.
Berdot de Ber nos es en lo pays.
Gualhardet de Castetbajac, senhor de Lubret, dixo que es tengut a nostre senhor lo comte, a cause deudict loc, lo homenatge e segrament de fidelitat, e es tiengut de servir lo armat e acavat aixi cum los autes gentius de Begorre ».
Annexe 5 : 1440
Source : Larcher, Glanage ou preuves, t. III, p. 267, n°96, 1440, « relief par Marguerite de Benac, dame de Lane, en faveur de Gaillard de Castelbajac ».
Mention : Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. VIII, p. 352 (« au 2 janvier 1440 et en 1451 vivoit noble Gaillard de Castelbajac, damoiseau, habitant de St Luc ») ; Glanage ou preuves, t. VIII, p. 142 (« Le 2 janvier 1440 noble Gaillard de Castelbajac, damoiseau, habitant de St Luc, avoit cautionné pour Marguerite de Benac, dame de Lane, envers la communauté du Castera, elle lui en accorda le relief »).
« Noverint universi presentes pariter et futuri quod cum nobilis Galhardus de Castrobayaco, domicellus, habitator loci de Sancto Lucha, teneatur et sit efficaciter obligatus, ut fidejussor nobilis dominae Margaritæ de Benaco, dominæ locorum de Lana et de Casterario, ergà Petrum de Lamonte, Johannem de Lamonte, et Bernardum de Abbate, habitatores loci de Casterario, in summa quinquaginta unius scutorum auri boni auri, et hoc mediante publico instrumento per magistrum Guilhermum Arnaldi de Mediavilla, notarium quondam Rabastenxis, retento et confecto, prout hoc et plura alia in instrumento dictæ obligationis latius dicuntur contineri ; hinc est quod existent et personaliter constituta, in mei notarii publici et testium infrascriptorum presentia, apud locum de Casterario, nobilis Margarita de Benaco, domina loci de Lana, recognoscens dictum debitum dictorum quinquaginta unius scutorum auri esse proprium dictæ nobilis dominaæ Margaritæ de Benaco, et ad ejus preces et rogamina dictum nobilem Galhardum de Castrobayaco fuisse et esse obligatum ergà dictos... gratis et suâ sponte, pro se et suis
heredibus, ordinio et successoribus universis, promisit et convenit, et se specialiter et omnia bona sua mobilia et immobilia obligavit ipsum nobilem Galhardum de Castrobayaco sic pro dicta summa obligatum ergà dictos supranominatos servare... actum fuit hoc apud dictum locum de Casterario, die secundâ mensis januarii, anno Domini 1440, regnante illustrissimo principe domino Karolo, Dei gratiâ Franciæ rege ; et domino nostro domino Gastone, eâdem gratiâ comite Fuxi et Vigorræ dominante ; et reverendo in Christo patre domino Rodgerio, miseratione divinâ Tarviensi espiscopo existente ; in presentia et testimonio nobilis Sansanerii de Ricali... et magistri Guillermi Arnaldi de Mediavilla, notarii quondam Rabastenxis, qui dictum instrumentum retinuit et in sui protocollis registravit, sed morte preventus illud in formam publicam redigere requivit ideo ego Petrus de Salafranca, notarius villæ Rabastenxis habitator, ex collatione mihi facta, &c ».
Annexe 6 : 1443
« Lettres du senechal de Bigorre contre Bertrand de Montesquieu au sujet de Lane, St Luc & du Castera ».
Source : Jean-Baptiste Larcher, Glanage ou preuves, t. III, p. 159.
« Bernardus de Bearnio, miles, senescallus Bigorræ pro domino nostro comite Fuxi et Bigorræ : dilectis nostris Arnaldo-Guilhermi de Barbassano, locum tenenti nostro, et Dominico Roderii, bajulo Tarviæ, et eorum cuilibet, Salutem. Cum nobilis Bertrandus de Montesquio, miles, asserens se heredem Margaritæ quondam uxoris suæ, dominæ locorum de Lana, de Casterario, de Sancto Lucha, sub umbra et colore quarumdam litterarum regiarum per dictum de Montesquivo obtentarum et impetratorum, ut asseritur, ante insinuationem curiæ nostræ factam et pareatis obtento, de facto et contrà omnem juris formam ceperit dicta loca auctoritate proprià, nonnullus gentes armorum indictis locis ponendo et intendendo, quod cedit in spretum, contemptum [160] et vilipendium jurisdictionis nostræ, et maximam lezionem partis nobilis Borguinæ de Valletica, quæ pacificè possidebat dicta loca de Lana, de Casterario, ipsam à sua possessione ex spoliando, ut asseritur : nosque volentes providere indempnitatibus subditorum dicti domini nostri comitis, prout de bona ratione tenemur, et ne partes ad arma veniant, vobis, et vestrûm cuilibet in solidum, mandamus in hac parte vices nostras comittendo, quatenùs mandetis et injungatis dicto nobili Bertrando de Montesquivo, sub pena centum marcharum argenti fisco applicando et ab ipso levanda et exigenda de suis propriis bonis, visis presentibus et indilatè habeat dimittere et evacuare dicta loca realiter et de facto, quodcumque impedimentum levando et amovendo, quod nos tenore presentium, tollimus et amovemus ; et insuper ad dicta loca vos personaliter transferatis et de eisdem repellendo quoscumque illicitos detentores et occupatores, injungendo sub peni predictis, ut dicta loca vacua habeant dimittere, quæ nos ponimus et recepimus ad manum nostram pro conservatione juris illius ad quem in futurum pertinebunt. Mandantes omnibus justiciariis et officiariis, et subditis dicti domini nostri comitis, ut in premissis exequendis vobis pareant efficaciter et intendant, prestentque auxilium, consilium et favorem, quoniam sic fieri volumus et jubemus. Datum Tarviæ, die [161] decimâ tertia aprilis, anno Domini M°.IIIIC°.XLIII°. De expresso mandato dicti domini senescalli, Guillelmus de Colomerris. Presens copia fuit correcta cum originali per me Guillelmum de Colomerii, notarium predictum, curiæque dicti domini senescalli Bigorræ ordinarium in cujus