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DÉMOGRAPHIE ET ANALYSE STRATÉGIQUE

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DÉMOGRAPHIE ET ANALYSE STRATÉGIQUE

Gérard-François Dumont

To cite this version:

Gérard-François Dumont. DÉMOGRAPHIE ET ANALYSE STRATÉGIQUE. Défense, 1999, 83,

pp.76-80. �halshs-01161879�

(2)

PourrcluE ET soclÉrÉ

Démographie

et andlyse

stratégique

por Gérord-Fronçois Durnont', profbsseur à l'université de Poris-Sorbonne,

oncien recteur d'ocodémie.

Dans l' analyse stratégiq ue,

l' importance des données

dém og raphiq ues est trop

souvent insuffisante.

L' actu al ité géo pol iti q ue fou rn it

pourtant de nombreux

exemples, permanents ou

périodiques, de son caractère

essènfiel. ll est indispensable

de prendre conscience des

faits de population.

rAuteur d'une uingtaine dz liures dont Les migrations internatio-naJes (Editions Sedes) etLe monde et les hommes (Editions Litec). Vient de publier Les racines de I'identité européenne chez Economica.

froide. On se contentait assez souvent d'une présentation dude du monde, oppo-sant les pays dispooppo-sant de moyens, nucléaires et les autres. Les premiers étaient considérés comme les maîtres du monde, capables d'en être les gendarmes et d'im-poser leurs lois dans les secteurs sous leur domination. Les seconds n'avaient plus qu à s'aligner sur I'un des premiers pour bénéficier indirectement d'un parapluie de dissuasion nucléaire. Certains -comme I'Inde, car sa taille le rendait possible- met-taient au point une stratégie leur permet-tant de profiter en même temps des deux grandes puissances nucléaires.

Dans ce contexte, I'analyse stratégique se consacrait essentiellement aux moy€ns techniques permettant de dissuader l'adversaire - c'est-à-dire I'URSS pour le monde occidental - d'attaquer. Par exemple, la littérature sur I'initiative de défense stratégique -communément appe-lée "la guerre des étoiles"- lancée par le pré-sident'Reagân en 1983 donna lieu à une littérature particulièrement abondante'. Puis l'implosion soviétique mit en évi-dence que la stratégie ne peut se conten-ter d'examiner exclusivement le potentiel militaire. En ef[êt, le fait d'être organisé comme une économie de guerre èt de dis-poser d'une armée considérable n empê-cha pas f URSS de devoir laisser les peuples d'Europe de I'Est recouvrer une véritable indépendance, ensuite de devoir laisser les peuples, qui avaient été réunis dans le sys-tème soviétique par Ia force, organiser à

leur tour leur indépendance. En 1989-I99I, tous les atlas du monde, tous les livres de géopolitique, la majorité des ouvrages sur l'économie mondiale, et nombre de présentations statistiques devinrent brutalement obsolètes. Le pays le plus militarisé du monde n était pas par-venu à assurer la pérennité de ses frontières et il fallait revenir sur soixante-dix ans d'histoire politique.

Or la plupart des analyses stratégiques n'avaient pas prévu de tels événements. Même lorsque ceux-ci se mirent en marche, d'importants chefs d'État euro-péens, prisonniers de schémas stratégiques anciens, ne comprenaient pas où allait I'histoire ; ils pensaient par exemple que

Le poids et Ie comportement

des no.nulations

pèsenf

sur

, les réalités stratégiques

la réunification de I'Allemagne pouvait être enrayée ou que l'indépendance des pays Baltes pouvait être empêchée.

En fait, tout-.cela provenait de la ten-dance trop fréquente à faire de l'analyse sffa-tégique avec des æillères, en considérant trop exclusivement les aspects strictement militaires. O., il est impératif,, dans ce tFpe de réflexion, d'analyser également le champ de l'économique, du politique, de I'idéolo-gique, du religieu. Ainsi les guerres en ex-Yougoslavie sont incompréhensibles sans prendre en compte I'existence de diftrentes confessions et ce que I'on désigne sous le nom de "purification ethnique" devrait en r éa\ité s' intituler' purifi cation religieuse".

Déferce n" 83 7

(3)

Parmi les champs à étudier, il convient de ne pas omettre celui de la démographie. Le poids des populadons et leurs comporte-ments pèsent en effet sur les réalités straté-giques. D'une pan, l'importance numérique des populations, mêmedans un monde qui privilégie souvent I'armée de métier, exerce une influence réelle. D'autre part, les dy."-miques démographiques conduisent à des réflexions stratégiques et à des stratégies spé-cifiques. En outre,les componements

-igo-toires des populations modifientles réalités géopolitiq,rÀ .,les situatiorm d. défense.=

tE FAIT

DÉMOGRAPHIQUE

Iæ nombre des hommes a toujours eu une forte signification dans la vie interna-tionale. Les pays disposant d'une masse humaine importante ou plus importante se trouvent, en raison même de leur poids démographique, dans une situation straté-gique diftrente. Lun des grands sffatèges français, Vauban, a souligné I'importance des ressources humaines dans son Projet d.e dîme royale (1705)."La grandeur des rois se mesure par le nombre des sujets." Ce qui étaitvrai au début duxvl'est toujours d'ac-tualité aujourd'hui. Ainsi l'histoire de la Chine est totalement dépendante de son poids démographique : il suffit pour cela d'en rappeler quelquçs éléments. En 1955, la Corée du Nord, qui avait déclenché les hostilités_le 1 5 juin 1950,est vaincue et son territoire largement conquis. Pour que la vaste Chine, qui soutenait la Coree du Nord, ne soit pas perdante, l'armistice de Pan Mun Jon du 27 juillet 1953 décide le retour au statu quo, c'est-à-dire aux frontières cor-respondant au mandat des États-Unis et de f URSS de 1945,les moupes américaines se retirant du Nord. La plus puissante démo-cratie mondiale acceptadoncde ne pas faire respecter le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et de ne pas demander au Nord les élections libres envisagées lors des accords antérieurs. Néanmoins deuk mil-lions de Coréens du Nord "votèrent avec leur pieds" en fuyant au Sud avant la consti-tution du véritable mur que forme encore la zone démilitarisée entre les deux pays.

Un problème semblable survint avec la guerre du Vietnam. Les accords de Genève de 19 S4prévoyaient des élections

générales dans un pays réunifié dans les deux ans. Mais un scénario, "coréen" à I'origine, se mit en marche ; et il eût fallu, pour l'emaye1 affionter la Chine et donc franchir, par des voies terrestres ,Ie 17' parallèle ; les États-Unis préfereront se considérer teùus en échec par le Vietniln.

Lorsque l'Assemblée générale des Nations unies décide le25 octobre I97l I'admission de la Chine populaire et I'ex-pulsion de Thiwan, la situation idéologique n a pas changé : per sa politique intérieure comme par sa politique internationale,'la Chine est aussi éloignée de la déclaration universelle des droits de I'homm e de 1948 que vingt ans plus tôt. Aucune évolution n'est en cours ni à I'intérieur ni au Tibet occupé depuis 1950.

Et pourtant, la Chine reçoit un siège au Conseil de sécurité. C'est que la Chine est le pays le plus peuplé du monde avec alors environ 700 millions d'habitants. Une Organisation des Nations unies peut-elle refuser l'adhésion du pays le plus peu-plé, quitte àen exclure un autre qul dwient en quelque sorte un régime de fait ? LONU ne fait que s'aligner sur le fait démographique, à I'instar des différents pals, en nombre croissant, qui ont privi-légié dans leurs relations diplomatiques la Chine à la place de Tâiwan.

DEUX

POIDS

DEUX

MESURES

e décennie plus tard, enl984,et alors que la situation politique chinoise reste tou-jours fondée sur un régime autoritaire, inter-viendra une nouvelle reconnaissance du fait démogaphique avec la déclaration conjointe des gouvernements chinois et britannique prwoyant le retour de Hong KoÀg à la Chine en1997. Q".l conttaste entre les relations anglo-chinoises et anglo-argentines! Concernant les secondes, la revendication des îles Miouines'finit par provoquer la puis lLguerre et le blocus maritime de l'fugentine par le Royaume-Uni pour un temitoire de 12 000 km', peuplé de quelques milliers d'habitants. De I'autre, une reven-dication semblalle sur un territoire plus petit (1 068 km), mais incomparablement plus peuplé (plus de cinq millions d'habi-tants) et plus riche, conduit à un accord. Et [e massacre de Pékin de 1989, qui a sou-levé beaucoup d'émoi dans la population locale et dans I'opinion internationale, ne modifie pas le calendrier prévu. Là encore, le fait démogaphique prime et le Royaume-Uni considère qu il ne peut se permettre d'entretenir de mauvaises relations avec la Chine, en dépit de leur diftrence idéolo-gique. Avecles événements de I'année 1998 Le nombre des hommes a toujours une forte signification. Photo D.R.

Dtfensen"B3 7

(4)

PorrrlcluE ET soclÉrÉ

t' ÉvotunoH oÉtrrocupH

teu E MoNDIALE

: ETRE

oPTtMtsTE

ou sctENTt

FTQUE?

Dons le numéro 82 de Défense (décembre ,|998), Yves-Morie Loulon o lo bonté de me citer dons une typologie distinguont pormi les démogrophes les plus optimistes, les réolistes et les cyniques. Comme, selon lui, i'ourois porlé tons rougir de lo légende de l'embollemenf démogrophique du Sud", Yves-Morie me closse pormi les optiqristes.

Je suis ou regret de décliner cette clossificotion cor un universitoire n'o pos, dons so discipline, à être optimiste, pessimiste ou cynique; il se doit d'être scientifique. C'est pourquoi, synthétisont mes onolyses conduites depuis plusieurs onnées, i'oi écrit dons lo revue Politique inlernolionole, n"73, outomne 1996, que lo présentotion médiotique selon loquelle "on ossisteroit à un embollement de lo croissonce démogrophique est erronée".

Effectivement, d'une port, le terme embollement signifie, selon le second sens présenté '

dons le Robert, un régime onormol. Or le régime démogrophique des poys du Sud n'o rien d'onormol, mois s'inscrit dons lo logique de ce qu'il est convenu d'oppeler lo "tronsition démogrophique".

D'ouhe port, le ioux de croissonce moyen des populotions du monde o diminué régulièrement depuis lo fin des onnées 1960, el esl possé de 2,067" en 1967 à 1A%en 1992, soit une diminution de plus de 30% en une générohon.

En outre, eten dépitdes phénomènes d'inertie prôpre à lo démogrophie, I'excédent des noissonces sur les décès diminue depuis 1992. Conformément ô ce que i'oi louiours onnoncé en me fondont sur une onolyse démogrophique scientifique, il n'y o ionc pos embollemenl de lo croissonce, mois une décélérotion générole {Cf. por exemple mon livre Le monde el les hommes, Edilions [iliec), dont lo ropidité conduit à metlre à iour consliomment à lo boisse les évoluotions et plus encore les proiections. Celo n'enlève bien enlendu oucune créd;bllite ou foit que lo populotion mondiole vo conlinuer à croître por effet d'inertie et grôce à lo croissonce - heureuse - de l'espéronce de vie. Tout ceci o d'impod,onfes conséquences politiques el géopolitiques, qui ne doivent être déclinées qu'à podir d'une connoissonce des réolités démogrophiques.

l'estimolion du toux de croissonce moyen des populotions du monde

A nnée m édio n e T ou x de cro isso nce (%)

19 5 2 1,79 1957 1,85 1962 2,00 t 96/ 2,Oô 9/' 2 r,vô 1977 : 1,9 1982

17s

19 8 7 - 1,74 1 9 92 ],68 199/ 1 ,4

qui ont tor.lché la Grande-Bretagne, peut-être le général,Pinochet se dit-il que, s'il avait été un dirigeantchinois ou d'un pays impor-tant et non celui d'u4 petit pays latino- arlté-ricain (moins de 15 millions d'habitants), son sort eût été diftrent.

L'autre exemple très actuel du poids du nombre est celui de la Russie. Certes, la Russie n'est pas I'URSS. Elle regroupe I47 millions d'habitants, alors que I'U.R.S.S. avait 284 millions d'habitants au moment de sa disparition politique en 1991. Mais si l'on ajoute deux pays très liés à la Russie -l'Ukraine et la Biélorussie-on compte alors 208 milliBiélorussie-ons d'habitants. Même si la Russie dispose d'un stock d'armes et de matériels imponants, on note que son efficacité tactique apparaît limi-tée. La place internationale de la ssie pourrait donc être relativisée, par exemple en prenent en compte son poids écono-mique ou financier. A cette aune, la Russie n'est pas grand chose. Son produit natio-nal brut par habitant (2 240 dollars amé-ricains) est inftrieur à celui de la Slovaquie (2 950), de la Pologne (2 790), de la

République tchèque (l glO) etplus de dix fois inferieuràcelui de laFrance(27 5I0) ou de l'Autriche (26 890). Son PNB total est devancé par I'Australie, les Pays-Bas, la république de Corée, l'Espagne, le Canada,... Il ne représente que 1 ,2o/o du PNB mondial alors que la France pèse 5,9 o/o et les USA 25,7 o/o (chiffre 1995). Or il est clair que le poids international de la Russie, comme I'ont montré les affaires du Golfe ou de l'ex-Yougoslavie, ou comme on le sait au regard de l'élargissement de I'Union européenne qui exclut - sans qu on ose le formuler ainsi - pour le moment les pays les plus proches de la Russie, est net-tement supérieur à sa réalité économique et à sa capacité militaire réelle actuelle. C'est donc que d'autres éléments jouent, parmi lesquels le poids démographique (et géographique) de la Russie. t

tES

DIFFÉRENTIELS

DÉMOGRAPHIQUES

Outre I'importance des rapports démo-graphiques, I'analyse stratégique doit éga-lementprendre en compte les dynamiques

démographiques. La France s'est trouvée au cæur de cette question avec l'affaire algé-rienne. Le maintien de I'Algérie dans la République française supposait de prendre en compte un important diftrentiel démo-graphique exigeant des investissements publics privilégiant les départements algé-riens. MêÂe si cela se révélait possible notâmment en raison de la découverte des hydrôcarbures, ce n était réalisable que par un choix politique volontariste. Mon maître Alfred Sauvy, rappelant ses analyses de l'époque, précisait qu il avait souhaité expo-ser au général de Gaulle combien il fallait ou élever la richesse économique de l'Algérie au niveau de Ia métropole, ou bien la lais-ser choisir son destin.

Un problème semblable, mais dans un contexte difftrent, s'est passé en Afrique du Sud. Pendant que les dirigeants blancs déployaient des efforts pour attirer des immigrants blancs, la population noire grossissait d'émigrés africains voulant bénéficier d'une économie plus prospère. A ces dynamiques migratoires s'aj outaient des taux de croissance démographique

net-Défense n" 83 n

(5)

tement plus élevés chez les Noirsque chez les Blancs. Au total, la population noire augmentait trois fois plus vite que les B1ancs et la populatiop métisse et asiatique deux fois plus vite.

La proportion de Blancs, qui était de 2I o/o au moment de I'indépendance en 1931, diminue, même si c'est au rythme lent spécifique aux logiques démogra-phiques. Tout en prenant en compte les pressions internationales, Ies dirigeants blancs réalisent qu'ils est impossible de négliger les réalités démographiques et les prennent en compte. En effet, même si I'on ne retient souvent que l'année 1991 avec la suppression des trois lois antérieures fon-dant le régime d'apartheid (loi sur la pro-priété de la terre de l9I3 à 1936,loi sur les zones réservées de 1950, loi sur I'enre-gistrement de la population de 1950), la fin de I'apartheid est une démarche qui s'est déroulée, avec une intensité variable, sur 17 ans. On en voit une illustration démo-graphique en 1984, année où la représen-tation des métis dans les divers organismes internationaux est décidée. En effet, c'est en cette même année 1984 que les métis atteignent laproportion de l0o/o dans I'en-semble de la population. Donc, I'apartheid

était, tôt ou tard, appelé à mourir. Soit il préparait sa mort par des mesures pro-gressives -et donc progressivement accep-tées- de la part des citoyens blancs, soit il risquait de disparaître dans les violences. En définitive, il revint au Parti national, déjà aux affaires lors de I'entrée en vigueur du système de l'apartheid enl948,de sup-primer définitivement ce système après que son chef Frederick De Klerck, eut préco-nisé officiellement, lors de la campagne des élections législatives de 1989, auxquelles ne participaient pas les Noirs, "la fin de la domination blanche".

Le cas de l'A-frique du Sud nous a déjà laissé entrevoir le rôle stratégique des migra-tions. Par exemple, dans l'exemple ci-des-sus de Hong Kong, on a noté la faiblesse relative de I'ancienne colonie britannique. Mais cette faiblesse s'est trouvée partielle-ment compensée par l'importance démo-graphique de Hong Kong résultant des migrations dont abénéficié ce territoire. Par exemple, dans la carte 1989 des Nations

unies sur le nombre de personnes nées à l'étranger et résidant dans un pays, la Chine n'est pas citée, tout comme I'URSS, puisque ces pays interdisent toute immigration. En revanche, la population vivant à Hong Kong et née à I'étranger est chiffréeà42,8 7o soit 2132 000 habitants sur un total de 4 977 000 (donnÉes du recensement de 1981). Des chiffres que le gouvernement de Pékin apris enconsidération en disant, dans

L' analyse stratég i q ue d o it

également prendre en compte

Ies dynayiques

démographiques.

la présentation de la déclaration conjointe de 1984: "un pays, deux systèmes". Chacun réalisait bien que le terme système s'appli-quait àl'économie, mais il s'applis'appli-quait tout autant à la démographie.

LE

RÔtE

DES

PRESSIONS

MIGRATOIRES

Ainsi, les migrations modifient le monde comme I'implosion des régimes soviétiques I'a bien montré. Car, à I'origine du méca-nisme destructeur de ces régimes, il y a le " vote avec ses pieds " . La construction du rideau de fer et du mur de Berlin apu le rete-nir pendant 28 ans, mais il ne l'a jamais

inter-rompu. Enfin est arrMe cette année 1989 où la fin du totalitarisme soviétique est née de la pression migratoire. Puisque les Allemands de l'Est ne pouvaient guère rejoindre l'Allemagne de I'Ouest, simplement en traversant la frontière, les voilà qui se mettent en route avec leur voiture Tlabant, traversent la Tchécoslovaquie, pénètrent en Hongrie. Puis les autorités hongroises, atxprises avec de nombreux passages illégaux, suspendant leurs accords avec la R.D.A.; ne voient d'autre solution, le 10 septembre 1 989, que de laisser ouverte la frontière austro-hon-groise d'abord au poste de Hegyeshalom. Et les minisfres autrichien et hongrois des Affaires étralgères coupent ensemble sym-boliquement le rideau de fer. Une boutade fait alors florès à Bonn : "Ld réunification allemande est en marche... en R.EA., par le transfert des dix septmillions dAllemands d.e l'Est uers l'Ouest "F,ndéfi nitive, l'année 1 9 89 enregistre, pour la république fedérale d'Allemagne, le plus fort afflux de réfugiés de souche allemande depuis la création de cette république en 1949 :720 000, trois fois plus qu en 1988 : ils viennent d'abord d'Allemagne de I'Est (les Ubersiedler), au nombre de343 854, contre 39 832en 1988. Les autres (Ausiedler) viennent principale-ment de Pologne (250 340), d'URSS (9 8 134) et de Roum anie (23 387) . Du fait de I'imponance de son émigration, la RDA. n'est plus viable : elle perd notamment des

Deiense n' 6) n murs ilee o tr G

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Les différentiels démographiques en Afrique du Sud

1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985

Depuis les années ,|960, les taux d'accroissement des quatre types de population diminuent;celui des blancs demeure en permanence nettement inférieur à celui des autres catégories, entraînant un poids démographique relatif des blancs en baisse

@ Gérard-François Dumont source des chiffres :Official Yearbook 1989-90

(6)

POLITIGIUE ET SOCIETE

personnes ayantdes qualifi .",ion, profes-sionnelles, et ne peut plus arrêter son hémor-ragie démographique. La R.D.A. a beau avoir une armée puiçsante, une seule solu-tion s'avère possible : la réunification de l'Allemagne, d'autant que I'afflw record des réfugiés pose également beaucoup de pro. blèmes à l'Allemagnc de l'Ouest. Et dans le même temps, les dirigeants de I'URSS espèrent gagner leur survie en lâchant Ia R.D.A. Mais il est déjà trop tard : la pres-sion migratoire a d'abord fait sauter un des maillons de la chaîne qui enfermait lÀ -peuples del'Estdans "leurprisori' ; les autres maillons ne servent plus à rien. Cela aura également des effets dans une autre région du monde, le Proche-Orient.

GUERRE

MIGRATOIRE

AU PROCHE

ORIENT

En effet, même si Israël avait pério-diquement bénéficié de I'arrivée d'im-migrants soviétiques depuis 1948, leur nombre atteint en 1990 un record,

dépas-sant largement les cent mille. Israël a tou-jours considéré qu'il doit utiliser sa dia-spora dans ses rapports le plus souvent conflictuels avec les Palestiniens. Parmi les armes utilisées, la migration a tou-jours eu une grande importance, dans ses deux aspects : démographique et spa-tial. D 'une part , i l s' agit de ten ter de suivre le rythme démographique des Palestiniens en compensant un taux d'ac-croissement naturel plus modeste par un taux dlaccroissement mi grato ire . Pa r exemple, pour 1998, le Pop ula tio n Reference bureau chiffre le taux de nata-lité d'IsraëI à 21 pour mille et celui de Gazaà52 pour mille. Compte tenu d'un taux de mortalité proche (respectivement 7 et 6 pou r mil l e), l e taux d' accro isse-ment naturel de Gazae$ (4,6 pour mille) triple de celui d'Israël (1,5).D'autre part, l'autre ar me utilisée concerne la géo-graphie de la population. Il s'agit d'or-ganiser à I'intérieur des territoires des migrations internes dont l'objectif est de

marquer les territoires.

Les exemples rapidement rappelés ci-dessus montrent combien l'analyse stra-tégique doit en permanence élargir son champ d'investigation à toutes les don-nées et dynamiques démographiques. II ne s'agit pas d'appliquer une grille de lecture permettant de tout expliquer par les réalités et dynamiques démogra-phiques. Mais il s'agit de ne pas omettre I'existence de lois démographiques de la politique et de lagéopolitique dans l'ana-lyse stratégique. Cette prise en compte est d.'autant plus complexe que la démo-graphie est une science dont les logiques sont trop souvent méconnues et s'exer-cent pour nombre d'entre elles selon une inertie qui en masque I'importance.

Concluons en paraphrasant mon maîue Alfred Sauvy : si fondamentales sont les questions de population dans I'analyse stratégique que leur omission prend de terribles revanches srrr ceux qui les igno-fent. ,

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