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Jean-Marc Gouanvic
BORIS VIAN AND SCI~CE FICTIOij
Department of French Language alld Literature MèGill University
M. A'.
Boris Vian May be considered as one of the firat introducers 'of American Science Fiction in Francé, in the late forties and early
fifties. At that tilDe, the so-cal1ed "littérature d'anticipation" wàs not 1ook~d upon as a genuine literature in that country.
Part l indicates what role Boris Viah took in the defence and illustt'fUon of ScieJ1Ce Fictio~ in France. He,,~fte articles and
s~ort stories for reviewl!J, an<t,~ranslated some of the best .American Science Fiction writers. The influence Soience Fiction exerted on Boris Vian was fundamental. -As a matter of fact, his main nove1s were deeply
1
influen~ed by the themes of that literature, as it appears in Part II.
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'
• Part lIt analyses Boris Vian' s contribut1~n' ,to Sc1encr 'Fiction and ,~he r~le he assigne~ t~ it: namely the renaissan~e of eplc etry and the application of new structures ta the concept~on of art.
~ience Fic:t:l.otl' appears an &Sential el_ent in,Boris Vian's lUe and warka. His philosophy of He cannot be understood with er~ng bath the attraction the Future ex'erted
-r
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~it.
~ !, ~ ~ ~. Îic~'
!',
~on his mind, -and his love for the Present,. as we"!l 8S 8 deep sense ,
of play and humour, in every respect. 'In th1s regard, 'Science Fiction and 'Pataphyaics (Boris Vian was one of the mO'st renowned Transcendent Satrape of the College) are c~plementary in this,writer.
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. Jean-Marc GouanvicBORI S' VIAN
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LA SCIENCE-FICTION!
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~parteœent de Langue et de Litt~Tature Françaises Univer81t~ MeC!ll
M. A.
2
Boris Vian peut être tenu pour l'un des premiers introducteurs en France de la science-fiction américaine, à la fin des années quarante et au début des années cinquante. pans ce pays, la littérature
d~antici-, ,
pation n'était pas' considérée comme une véritable littératune. o
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1 .
~a le partie montre quelle Rart Boris Vian a prise à la défense
, .
et à l'illustration de la sèience-fiction e~ France: il a écrit des arti-etes et des nouvelle$ pour dès revues, et. trâdult certains des meilleurs ,
,
.
'écri~alns américains .de science-fiction. L'influence que la science-fiction· a
éxe~cée
sur BorisVi~n
a été fondamentale." Ses principaux romans sont\
~
èffet profondêment1marqués par les thème{ de cette.
,
littératur~;
. commel'1ndiqu~ l~'~Ie partie. ta Ille partie examine l'apport de Boris Vian . l
la
science-fict~
et le"rôle qU'il lui a assigné: la renaissanced~
" '
la
p,p-isre
épique et l' âpplication' de nouvelle,s structures' à la conception6'~~ oe~e·d~art.
En conclusion, il apparatt que la 8cience~fiction est un. élément essentiel de l~ vie et de. l'oeuvre de Borts Vian. Sa philosophie de la vie ne peut 3tre comprise qu'en tenant qompte à la fois de l,' attrait que -le _ <
Futur exerça sur 80n esprit, et de son amour pour le Présent, ains~ que
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du jeu et de l'humour, en tousdomaine~.
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la .cienc~fiction et la 'Pataphysique (Bo~i8 Vian fut l'un des plus ·~t.tingu~8 Transcendants ·Sat~.pes du Coll~8e) se compl~tent chez cet
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Jean-Kare Gouanvic . /
A thesia subm1tted to the
-Feculty of.~raduate Studies and Research
MeCill trhiveTsity
in "Tt!al fuÏfilment of the
requlrement for.the
degree ofHaster of Arts
Department of Fre~ch tan,guai~'
and L!ter'ture / ' ~Gill University Montr~a1
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1976 . a ) -".i·
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TABLE ,DES
MATIERIS"
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BORtS VIAN, PIONNIER DE LA SCIENCE-FICTION
f'RANCAI SE ... :... ••••••••••• '/. ~ •••••••••• 7
A) Classement,des oeuvres ressortissant • l la science-fiction .•••••.••
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7B) La science-fiction; {assai de d'finition ...
.
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C) Botis Via~,. 6crivain de science-fiction.. 14
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Boris Vian, traducteur des auteursde
, science-fiction a~ric~ins •••
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21E) Pdsenta tion des rçman's ... ~ • .. 32
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THEKES DE&SCIENCE-FICTION DANS L'OEUVRE
DE BORIS VIAN ~ LEURS SOURCES •• ~~ •••••••••• 38
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gadgets.~"
••••••••••••••• ',' ••••••••.• 39~) Le mAlartge des sensations ••••••••••• ~ •••• 41 C) Lu DUJchines animales ••• ' •••••• 0 • • • • • • 0 • • • 43 D) Lé travail ....•... :... 44 E)' La "sur-animation" •• 0 • • • • • • • • • • • • • ; . • • • • • 46
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La Terr~ et 1 e Soleil ••••••••••• '. " ••••••S4
G) La machine de L'Rerbè rouge ...
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'1' 61B) Let mu1;ants •••.•.•••• ~ •• ~ ., ••••••••••••••• '66 _-L---:::--~---~'--:~nr-1mdJ:~!()~fh i ... -. _____ ... L ' . . . . ç - - - -69 1
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PARTIE-L'APPORT DE
BORISVlAN A
~ SCIENCE-FICTION. 82, ,
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A) Science-fiction et remise en question
des va1eurs.tra~1tionnel1e8 •••••••••••• _~ce':fiëtion et le --~--' -"" -...---... --"..--- " . - , ( roman~ •••••••• ~ • • C) o Bori8,V1a~ • vulgarisateur •••••••••••••• «
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La science-fiction et, le renouvellement~~ des formes artistiques... 98
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INTllODUC'UON '. \Au lendemain
de
,la Secondt:" Guerre mondiale, ils furentpeu nombreux ceux qui surent appr~cier à sa juste valeur ce
cou-rantl qu'on est aujourd'hui convenu d'appeler la
'~8cience-fiction".,
Ayant pris racine aux Etats-U.ls au dfibut du.si~cle, c'est dans
ce pays qu'elle s'est donné. peu à peu, un visage'véritab1ement
moderne. La science-fiction n'en est pas moins née en Europe. On la désignaft génfiralement sous le terme d '''anticipation'' ou de
"roman scientifique", si elle se prêsentait, c~e c'était'souvent
le cas, sou~ "la forme d'un roman. L' intér"ët' mitigé pour éette littérature vient sans doute de ce qu'elle a presque toujours été
présentée cOmme une littérature d'évasion, destinée ~ l~ jeunesse,
et donc mineure. En 1950 encore, il est e1air qu'un ouvrage
,d'anti-cipation ne peut intéresse~ que les enfants.
"
Ce fut l'action enthousiaste de certains amateurs,
écri-va~8 ou éditeurs, -qUi contribua à faire réèuler ce préjugé.
Parmi-
IP-(1)
.
,C~e8t
a
dessein que nous évitons d'employer le mot "genre".La question de savoir si la science-fiction est ou non un
genre échappe en effet a~ champ de la présente étude. Si
l'on trquve ce mot SOUS. notre plume, ce ne peut être que
pour reprendre la pensée d'un auteuri à ce propos, nous'avons pu constater à maintes reprises que les amateurs de
science-fiction n'utilisent gu~re le mot genre àu sens précié qu'il
a en littérature •
'1
"
( J
les lCTiv~ins, il n'est pas exagiri de dire que Boris Vian fait
figure..de pr'c.urseur. '"
Sans être jamais al1i'aux Etats-Unis, Boris Vian connais- ' sait bien la culture am'ricaine. Le jazz fut sans doute pour lui
~ , ,
l'occasion de premières rencontr'es avec les Américains qui aéjour-'naient ou étaient de passage à Paris, quelques ann'ea avant la guerre;
c'est ainsi qu'il dicouvrit certains aspects de la culture
nord-amé-'"
" 2
ricaine. Grice à ces contacts, il s'initia peu ~ peu à la langue anglaise, qu'il n'avait pas étudiée au lycée, et ~ la langue
popu-laire ~~ricaine. La littérature américaine dans son ensemble, le
•
roman de la Série Noire et les oeuvres de science-fiction lui étaient dès lors acces~ib1es dans le texte original • .
Le témoignage de Claude Léon, ami de Boris Vian, qui
,assista, dans leur bureau commun à l'pffice du Papier,.à la rédaction , de L'Ecume des jours, fournit certains indices sur l'enthousiasme
de Boris Vian pour la littérature de science~fiction.
(2)
Le probl~e (explique Boris Vian), ce n'est pl~s d'aller d~ns la Lune. Jusqu'à présent, ce qui nous intéréssait c'ftait de savoir comment on irait dans la lune, dans Mars, etc. Maintenant, le problème es t r'solu: on va dans la Lune. Ce qui compte, c'est ce qui se passe après.l. Et c'est précisément ce qu'il découvre chez les auteurs
p
Kin8sley Amis note: ''La passion du jazz et celle de la scien-ce-fiction ont beaucoup de caraètères c~uns et il n'e~t pas rare de les voir exister chez la même! personne. Les deux genres pré-sentent, du reste t des similitudes notables." L'Univers de la Science-fiction (Paris: Petite Bibliothèque Payot, 1962), p. 15.
Ç).
Propos rapportés par Nol!l Arnaud, in Les Vies parallèles de Boris. Vian, Bizarre, nO 39-40 (fé~. 1966), p. 81.nfefi
1
t, ,!
~'ricains. Parœi ses premièr~s lectures,
C.:.)
il y avait 1.s Chroniques Martiennes deBr.dbUrY.~
.le premier Asimov Pebble in,the Sky, The World of A de Van Vogt, et des quantités d'autres, tous - bien entendu dans le texte originala Il tenait tout cela de Pilotin qui possédait une bibliothèque de science-fiction d'am-pleur cosmique. Pendant des mois, on a lu les romans six par six; on se les repassait dans la fièvre et l'enthou-siasme; on lisait la revue des afi~ionados Astounding S.F.; on ne faisait plus que çela: on a épuisé le stock
~ilotin. Univers d'enchantem~nt. Nous retrouvions l'6œotion de notre enfance quand nous lisions les livres d'anticipation.
4:
Cette longue citation est éclairante â maints é~ards.
'En premier lieu, elle nous apprend que c'est Michel Pilotin (dont le nom de plume est Stéphane Sprie1) qui a initié Boris Vian à la science-fiction, en mettant SB bibliothèque à la disposition de ce dernier. En 1951, ils écriront ensemble, pour Les Temps Modernes, urarticle intitulé "Un 'nouveau genre littéraire: la Science-Fiction'.'. En second lieu, on voit sur quel genre d'ouvrages s'est alors portée llattention de Boris Vian. 'Il n'est pa's douteux, en outre, que, très tSt, Vian a lu les grands classiques que sont, entre autres, Bradbury et l'Anglais H.G. Wells, largement diffusés à l'~poque. Il déclare par exemp~e avoir une prédilection pour
. - 5 '
La Merveilleuse Visite de ce dernier. C'est cependant par le canal de ce ,que les 'spécialistes nomment les "pulps", ou revues de science-fiction àu papier bon mArché, que la science-fiction a ~é diffude et connue. Les "pulps" foisonnaient à cette époque de
(4) Propos rapportés par Nogl Arnaud, ,op. cit., p. 81. (5) Cité par NolU Arnaud, 'ibid., p. 81.
••
3
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grand enthousiasme et la fQrme qu'a prise la sc1ence-fi.ction est 'ins'parable dJl support auquel les oeuvres ~taient destinées. Les
auteurs publih dans l~s "pulps" du temp,s sont aujourèi 'hui les grands ,noms de la s~ience-fiction moderne: A8imov,' Van Vogt, Hetn-lein,Kuttner. Ces revues étaient de qualité tr~s inégale. Mais
elles ont toutes contribué à créer un esprit; elles sont à 1'Qrigine
du
bouillo~nement d'idées, de la vitalité qui ne pouvaient qu'être, Un'fiques à 1~ science:-fiction. La revue Astounding S.F. de Jol}n
W. Campbell Jr., directeur à partir de septembre 1937, fut sans conteste la pépinière d'auteurs de valeur dont la sc~ence-f1ction
"
moderne avait besoin pour sortir de l'ornière où l'avait mise le "space opera,,6.
John W ~ Campbell Jr. faft caumencer la science-fic tion
moderne à la parution du Monde de~ A en 1945. Avant cette dat~, dans les récits de sci~nce-f1ction, 'dit-il, en exagérant, quelque _ peu, "tout est noir ou blanc, bon ou mauvais, aans aucune nuanè!e; fie (les récits) sont totalement inacceptablea depuis la parution
7 \
du' Monde des A ". Boris Vian,
èn
amateur averti~ ne s'est pas trompé sur l'importance du Monde des A; on sait que c'est lui-même qui offrit de traduire cet ouvrage à l"éditeur Gallimard."
(6)
(7)
Le "space opera" es't une sorte de vrestern galactique \en vogue dans les années trente. Cette tendanc~ de la sc~ence fiction se caractérise par l'absence quasi totale d'esprit scientifique et de véritable imagination chez la plupart des auteurs.
C~té par Jacques Sadoul, Hier l'an 2000 (Paris: Deno~l,
1973), p. 12.
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4
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) " ' , ' l' ~-,
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i'1950 est la date-cl~ de l'introduction de la
science-fj,ction lDOQerne en Pr~ce'. Cette année-là paratt Les Humanô!des de Jack Williamson. Le mot science-fiction apparatt pour la
pre-m1~r~
fois sur la jaquette du'-
livre~:
C'est" àcett~'
époque qu'est~ 9 "
fond~ le Club des Savanturiers , celui-ci devenaut, peu aprls, la
Socilté d'Byperthétique. On comptait parmi ses animateurs Raymond Queneau, Gaston Bachelard, Boris V1an,~ A:~diberti, Pierre Kast,
Stéphane Spriel. A la même époql1i, Valéri,e Sclunidt ouvre, rue des Beaux-Arts, la~ ~'1ance, li,brair,te spécialisée- dans les expositions
t
"
de science-fiction pour lesquelles "Boris Vian prête son robot10K'.
Cl "
',,'
,Des numéros -spéciaux sont consacrés' à la science-fic'tion par la pl~part des
de àsience-fictio~
I l '
es intellectuelles • Des fHnzines (revues \ r!catiof artisanale) l'c;1rculent: Le Petit Bilen~e)Illu8tré, Aill s. Raymond Queneau~ai~ R~rattre en mars 1951 tin' article irttitulé
''Un
nOuveau genre littêrai-re: lesBcience-fictions", dans la revue Critique. ,Le 6 janvier 1952, France-Dimanche
o (8)
..
• (9) -(10) ,.
-' (il)Il est généràlement ac:4nis que l'inventeur du"mot "science fic'tion" est Hugo Gernsback,.. C'est.. dans
.1'
édi torial de juin 1929 da 8a revue Science Wond~r Stories qu'on voit ce -terme pour la première ieis aux Etats-Unis. Avant cette , date, 1e/ 'mOt employé -était "scientifictionll, également de '
"Hugo Gernsback. ~
Dans la rèvue Arts du 29 oct.-4 nov. 1953, un article de
~ymond Quene~'1' intitulé "La Science-.fiction vaincra" si-snale que. le Club se réunissait à la Reliu'}e (bar disparu) 'pour y boire ,des"galaxies, ,coquetelles'd'une belle couleur
~leue de 1 ~ invet'1-tion de ifori~ V.ian".
Frfi,nc1s Laçassin, "Que la ec"ience-fiction soit et la l , fic1:ioQ fut," Magazine Litt~ràke, 31 (août 1969),
"
Les Cahiers du Sud, Esprit 1 Les Temps Modernes.
,
5
-.
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" 1!
(
..
()
•"
"tUre: "Franç~is, Attention: voici la science-fiction:" Enfin voItt
na et des collections. Le... ~uvement est lancé. Il
n' s rare aujourd 'hui que les écrivains non spécialistes ent au récit de BCience-flction'ou, 1 tout le moins, qu'ils , soient influencés paz: elle.
Boris Vian ,péut être classe parm'i' ces auteurs. Il a en
e~fet ecrit des no~elleB de science-fiction, malg, surtout, 11 a
1 • '
f '
ouvert Bon oeuir.e aiot influences
'bênéfique~
de ce courant. Ses " , acti~1tés, cependant,"ne se sont pas bornées â l'técriture, putcgqu'il-a tr-aduit cert-ains -auteurs -améric-ains qu'il juge-ait dignes d'être 'presentes ~u public, français, rédigé des articles et accordé des , entrevues qui me.ttent B'~S ~dées en plei?e lumière.
Dans :une première partiè, nous analyserons tout d'abord
, dl
les aruêl;es et entrevues de ~ris Vian où i l tente une définjkion ,"~-'de la science"Uction, puis nous verrons quelle application
11
a , . donnée à 'ses idées dans ses oeuvres en ce domaine; no.us fer@ns, '
(~ . l)
. ' )(~alement une presentation ra}fide des traductions, dont certaines
, '
:liont. e~sent1el1es à la compdhension de lroeuvr~, a;Lnsi qu'ùn
..
examen des romans où l'inflyence de la science-fiction paratt :laportlinte. La deuxiène~ paitie sera consacrée à l' étude des thèmes
de. science-f:l,ctioll dan~ ies oeuvres maj eures, de l'Ecume des jours
, (
'1 L'ATtache-coeur. La trobi~e partie tentera-de placer la science-fiction dàns la perspective génerale de 1 foeuvre, en insistant sur le rôle essentiel, tant du point de vue littéraire que philosophique,
que l'écrivain a assigné à ce courant.
6
t-o
-l~re PARTIE
BORIS VIAN, PIONNIER DE LA SCIENCE-FtCTION FRANCAISE
A) Classement des oeuvres ressortissant , l la science-fiction
.-
"L'examen rapide
d'un.
tableau chronologique des oeuvres,, 0
collaborations l des revues 'et traductions, permet de dégager certains .éléments essentiels touchant la p1a~e de la
science-fiction dans la vie et l'oeuvre de Bor1s Vian.
Boris Vian é~r1t Trouble dans les Andains, son premier
rOman, au cours
de
l'hi~er1942-43.
Vien~ ensuite Ve~o9uin et le Plancton, éérit en1943-44.
t'annêe1946
est 'très'féconde: ilêcrit L'Ecume de~ jours de mars l mai, J'irai cracher sur vos tombes dans la' premnre quinzaine d'août' et L' A.utomne ! Pékin dè septembre l novembre. Avant cette date, Vian esrit pour amuser ses amis. L'Ecume des jours est sâ première veritable oeuvre d'6êrivain. C'est également celle où l'on trouve les premnres
1 traces importantes d'une ipfluence de la science-fiction.
(1)
/
~
Jacques Sadoul voit· d~ns L'Ecume des dours une "parenté éclatante avec là science-fiction" ,Histoire de la science-fiction moderne (Paria: Albin Micbel,
1973).
v
"
o
,
1946
est donc l'année de l'~laboration l1tteraire d'un univers personnel intégré où la science-fiction a sa place •. En conséquence, il n'est pas exagéré de dire que la
rencontre avec la science-f~ction co!ncide; chez Vian, avec une
prise de conscience de ~es capacités et une affirmation de soi
comme écrivain. Cette presence de la science-~iction peut être
reconnue en filigrane lorsqu'elle est ,souterraine; elle n'en
est pas"moins rée~.leJ COlllJQe nous essayerons de le lIlontrer.
A partir de ces remarques ~'ordre général, il ~st
possible de classer les oeuvres de Boris Vian ~n deux catégories
principales2:celles qui sont proprement de science-fiction et'
celles où on peut deceler des traces plus ou moins importantes
de ,l'influence de ce courant. Parmi les premi~res, on trouve
des nouvelles ( Paris, le 15 décembre :999, Le Danger des
Classiques). ~a seconde' catégorie comprend des romans (L'Ecume
,"
des jours, L'Automne à Pék~J Et on tuera tous'les affreux,
L'Herbe rouge, L'Ai~ache-coeur).
(2)
>
Pour plus de clarté, les oeuvres écrites sou $ "le pseudonyme
de Vernon Sullivàn sont présentées parmi celles cie Vian, le tenne de "traduction" ne s'appliquant qu ~ aux oeuVi'es
effectivement traduites par V~an.
. \
8
(
~.l:.
o.
"" '11
--~---~---1) ta science-fiction. essai de d~finition , \
Ce ciassement des oeuvres montre que Vian. tout amateur de aciencé-fiction qu'il fût, n'a écrit que deux courtes nouvelles de science-fiction. Cela ne signi~ie pas que cetté forme de 1ittéra-ture aoit secondaire pour lui. Bien au contraire. Da~s un d~bat
, ~" 3'
où Pierre Kast et ~ris Vian s'entretiennent de science-fiction, ce dernier t"ente de défi~,ir ce qu'est pOll,r lui la science-fiction.
Malgr~ res dangers que peuvent comporter les raisonnements
analogiques et les c~paraisorts, ce dont Boris Vian est bi-en aver'ti, il tente. dans ce débat, de définir la science-fiction en la
distinguant du fa~tastique: "Par rapport au fantastique, la science-, " 4
f~ct~onJ c'est l'extrapolation; plus que î'invention: ~ls l'in- ~
," 3 vention dans l'extrapolation, au lieu de l'invention non contrôlée ."
Le caract~re particulier de la science-fiction est donc bien S8
relation avec la science. La science-fiction se veut, au moins il un certain stade,
s~ience.
On~e ~appel1e
que le renouveau de la~
, 8cience-fic~ion aux Etats-Unis est dG a l ' intérêt, il l'enthousiasme
,;
r-1r \ ~,
' ; '
(3) f "Pie~e !Cast et' Boris' Vian s'entretiennent de la Science-fiction,"
't'tcftan, nO l (janv. 1958 ~ •
(4) Extrapoler: "Appiiquer une chose connue à un autre domaine pour
en
d~duire des conséquences, d~s hypC)th~ses."Extr~polation: "Acti.on d'extrapoler, de déduire hardiment'." Paul Robert, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (Paris: 'SocUté du Nouveau Litt-ré, 1967).
9
('
,.
o
"•
~ des hommes de science. '~es trois-quarts des gens qui ~~ri "en, de bonlJ" romans de science-fiction, en Am~riq~e, sont des
8cientifiqu~a. Des scientifiques qui prennent cela au sérieux, 5
et qui s'amusent beaucoup én les faisant .~ Il ne peut guère y
avoir de science-fiction sans scien~e, et même sans science
appliquée ou Sans technologie. Sous-estimer le rôle de la science reviendrait 1 ~~nger la science-fictiop dans le fantastique, cé
qui ne rendrait pas compt~ de la realité historiqu~ et de.la
réalité tout court.
Selçn Vian, la science est, d'abord, essentiellement présente dans le principe même du récit. L'in~eltion dans la science-fiction, li "fiction", a un fondement seientif1.,QJe. On
.esure en effet toute la différence en,re ce qùi relève des
, \ ,
interp~étations possibles des connaissances scientifiques et ce
\
qui relève de la fantarsie pure dans le~ ~~emples suivants:
.
chez Jules Verne, pour atteindre la Lune, Barbic~n imagine un
, '
obus, ce qui constitue une extrapolation honnête
l
part~r des connaissances balistiques du temps; chez Cyrano de Berger~c, qui,.,
.
d'ailleurs, ne présente nullement ce moyen comme possible, 't'est ~ l'aspiration par le soleil de 1& rosée du matin qui permet le , voyage. Ce dernier moyen ne relève pas strictement de la
science-•
fiction au sens traditionnel où le prennent les amateurs de l'âge d'or de la science-fiction, mais plutôt de ce que certains nom-ment la "fàntaisie scientifique", comme nous le verrons plus bas,
o 1
(S) "Pierre Kast et Boris Vian s 1 e~~etlennent de la
Sclence-fiction," lac. cit. _ , > r " "
\
,
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1,
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\ j ,l
()
"..
. , La science-fiction n'est pas' dUire intlgral parce, qu'elle entretient certaines relations avec la science. Elle est eepeudant d'paysem.ent, -non par "les mlthodes de ,la terreur, du surnaturel',', mais ':un '.'dépaysement de la logique, c'est un change-ment de log~que. Toute la science-fiction e~t fondée sur une
nou-6
velle logique". Il semble donc' que la science, ici encore et
~adoxalement, joue un r6le éminent. Les rlcits "les plus réussis
J
rnt
les~lus
1:8ique8, 108 plus Logiques, mais dans~no
nouvelleItogique moderne ". La logique non-aristotélicienne d'Alfred Kor-/ zybski dônt s'est servi Van Vogt dans Le Monde des AS n'est qu'une
1
\
P9ssibles. Gaston Bach~lard a bien montré, dans
1!
=..;;;;.;~...:::;.::;.c.;:':'=-=::;':;';:::':::::'::':::::';::;..;J..=u;;:;.e, ce qui consacre la nouveauté de l ' es-prit scientifique contemporain, à savoir l'émergence d'une épis-tl!mologie non-cartésienne, en même temps que st élaborent de "nou-velles doctrines comme la géomét.rie non-euclidienne," la mesure non-archfmédienne"la mécanique non-newtonienne avec Einstein, la ·physique non-maxwellienne avec Bohr, l'ar1thmétiqueaux
opérations9
non'" cOJllmutatlves qu ton pourrait désigner comme non-pythagoricienne".
(6) Ibid. 1).
(7) Alfred Korzybski·, Science and Sanity (Lakeville, Conn.: The
~ternai:ionBl: Non-Aristotelian Library'Publishing Co,., 1933).
(8) Alfred E. Van Vogt, Le Monde des A (Paris: J'ai lu, 1970).
(9) Gaston.Bachelard, Le Nouvel Esprit SCientifique
(1934;
Paris:P.U.F •• 1971), p. 11. 4
---
--
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La
.cience-fiction suit de pr~s les d~ve1np~ements de la science,et Cè, parce qu'elle ~st, la plupart du temps, prospective.
1
La composition d'un récit de science-fiction doit
~
suivre un certain nombre de r~gles. Tou,t d'abord. "on prend un
.èh~a class~q~, dans lequel on in~roduit une petite variable
10
-et on regarde coument varie, cOllJlllent se modifie ce 8chêma Il •
Le schéma,classique au stade de l'~laboration du r~cit, se trouve
,
.
,donc modifié par une var~able que Boris Vian définit ainsi: il
s'agit d'un élément nouveau propre au récit
.
d~ sciEhca.fiction,mais qui resté "un des termes
d~
la fic tionlO". Ce peutêt~e
\
l'apparition d'un mutant ou, pour reprendre l'exemple pris par
yian, la possibilité de "reculer dans le temps". D.a~s l'oeuvre
de science-fiction, le thème du mutant ou celui du voyage dans le
temps sont, contrairement à ce q~e l'on pourrait croire, liés à
la fiet10n bien plus qu'à la science, comme l'exemple suivant va tenter de le montrer.
Le voyage dans le temps eonstitue une extrapolation renversée du paradoxe de Langevin, connu sous le nam de paradoxe du boulet ou du voyageur. Ce paradoxe est fondé sur l'application du principe de la relativid, au temps.' Un voyageur Il'éloignant
d~ la Terre à une vitesse voisine de celle de la,
,
. ,
l~ière pendant.un an, selon le t~ps propre mesuré par les appareils ùe son
vais-seau, puis y revenant, retrouverait la Te:rre non pas deux ans,
mais deux 8i~cles plus tard. Théori9uement, plus la vitesse est
(10) "Pierre Rast et lk>ris Vian s '~ntretiennent de la Science-fiction," loc, cit.
12
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"proche de celle de la
lumiire,~plus
let~
se contracte.( ••• ) 11 Y a donc pluralité des temps propres, et pré-tendre en poser 'un comme référence est une preférence contraire ~ la rela~~~l. ~
,
L~ voyage d$ns le futur étant théoriquement possible, une
'second~ extrapolation permet le voyage dans le passé. -Nous disons
bien "théoriquement", ,car le paradoxe de Langevin pourrait tri!s bien n'~tre qu'une vue de l'esprit. En effet, la seconde conséquence du principe de la relativité est que, pour une vitesse voisine de celle de la lumii!re, la masse s'acc~o!trait'jusqu'l ~eveuir proche
de l'infini. Cet aspect de la théorie einsteinienne est mis déli'-bét;&tent de côté .pour les besoins de ia 'nctiol
Une machine l remonter le temps est donc bien une invention qui relève plus de la fiction que de la science. Les savants "inven-tent des choses qu'ils savent'eux-mêmes
:imPOSSibles~2,,; le~r
but n ',est pas la mystification, mais l'élabora.tion d'une fiction qui donne la priorité l l'invention. Car, c~ le fantàstique, la,scien-ce-fiction "( ••• ) est la suppression d'un, frein, dans un ce~tain DOIDbre de domaines de l'imagination12" .•Il en ressort que l'oeuvre de science-fiction comme telle exige un postulat, un fopdement scientifique '1 partir dùquel 11 est
(11) Henri Baudin, ta Science-fiction, (Paris: Bordas,'1971~,
pp. 35 et 3~.
(12) "Pierre ICast et Boris Vian s'entretiennent de la Sciénce-fiction," loc. cU-.
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•
1
possible de faire surgir, par extrapola~ion, des situations, un
mond~ significatifs; c'est la ma~que , propre de la science-fiction l , .. , et ce qui la distingue d~s l'abord de tout àutre type de ricit. L'oeuvre peut se d~velopper exclusivemènt selon ses exigences
10-giques internes; elle est une totalité, comme toute oeuvre artis-tique; certes, ~is une totalité régie par des rlgles qui Bont
celles que l'écrivain s voulues pour elle, qu'il a iuventées et qûi lui sont propres; il crée un univers on i l n'est pas ~enu au réalisme ou l la. vraisemblance absolus. Le monde du lecteur est, en quelque sorte, mis entre parentheses. En ouvrant un ouvrage de science-fiction, on entre dans 'on nouvel univers dont les règles ne sortt pas données; elles sont à découvrir à chaque page; ·la science-fiction cr'e un univers véritablement poétique on l'ima-gination tient ~ne'place éminente, mais on la cohérence de la
vision est essentielle.
c) Boris Vian,.' écrivain de sdence-fiction
"
Boris Vian s'est'essayé à la nouvelle de science-fiction
• 13
èn lui imprimant cet humour particulier dans la ligne de certaines oeuvres signées Vernon Sullivan. La première oeuvre de
science-14
fiction de Boris Vian, L~ Danger des Classiques ,suit un schéma ; ,
(13) La DOuvelle Le Danger des Classiques -e~ est'~ bon exemple.
(14)'
Le Danser des Classiques, in Bizarre, nO 32-33 (1er tr!m. 1964),. pp. 95-105.
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8imple, L'histoire se passe en
1982:
un in~~n1eur est chargé de, ,
mettre au point un robot d'un genre part1~u11er; 11 s'~it de "permettre 1 la ma~hine ~e retenir_dans son organe mEmoriel un nombre de notions très
éiev~'
(, .. )
15", c' est-l-dire en quelque sorte de la doter "d'une culture généralelS" L'assimiiation des, 16
notions 8" opère au moyen d'un "vulgaire lectiscope ". Les 1ufor-mations sont fournies par le :'grand m&lE~nto encyclopédique
La-.' ' 16"
rousse de 1978 e~ seize volumes • Le lectlscope fonctionné sfm-plement:
"rI
suffit de pousser le livre dans le tube d'entrée,16
et l'appareil lit et enregistre le tout ." La machine imaginée par Vi~n est upe extrap9lation, sur le mode humoristique, des
connaissances en informatique de 1950. Vian ne se content~
cepen-dant pàs d'extrapoler dans le registre technique. Les deux per- , Bounages de son hIstoire, l'ingénieur et la stagiaire que .ce der-nier est chargé de former, peuvent eux aussi ~tre considér~8
com-me l'extrapolation, ou l'exagération, d'une tendance qui
se
faiaait, .
îJour en 1950: le renversement des rôles de l'ha.ae et de la femme dans certains domaines. En' 19SZ; "ce n' es.t· pas l un boume (dit l'ingénieur) de s'éprendre le premier ,et nous d'evons garder la
17
rfaerve qui sied 1 notre sexe en toute occasion ". Cette règle posée, ,l'ingénieur s'emp~e8se de l'enfreindre, de·façon bien ano-dine sana doute, mais qui prend, compte tenu de l'époque, une autre dimension: il lit, en secret, un livre d'un certain Géraldy, "( ••• ) Toi et Moi, un viepX bouquin poussiéreux d'avant les deux autres suerres, dont j'avais (dit-il) hésité jusque-li 1 aborder la
lec-(15) ~bid., p. 99.
(16) lJbid. 1 p. 100.
(17) Ibid •. , p, 96.
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ture, connaissant l'audace réaliste du th_e18". Le puritanisme
font v,ia~rque de lrépoque du récit appelle une
paren-th~se. On sait qu~ls ennuis lui a valus la parution de J'irai
cra-cher sur vos tombes. Or, à propos de la libéralisation du pouvoir'~
Vian rémarque vers la fin de sa vie que la SOQiét~ et le pouvoir
~oluent vers un puritanisme et une censure croissants. Selon lui, la p~1)lication d,'tine oeuvre comme J'irai cracher sur vos tombes deviendrait de plus en plus difficile, la Ille République étant
plus libérale que la IVe, et la Ve l'étant moins que la IVe.
L'a~ti-tude des personnages de Le Danger des Classiques montre où en serait la soci~té en 1981, si celle-ci avait effectivement évolué comme
le prévoyait Vian.
L'ingéni~ur amoureux attend donc que sa jolie secrétaire faase les premiers pas. De son côté, elle ne manifeste de l'intérêt
que pour ce robot capable de repondre instantan~ent à toute
ques-tian qui lui est posée. M81gr~ la mise en garde de l'ingénieur, la
jeune fille introduit le livre de Gêraldy dans le lectiscope, qui
,
l'assimile en quinze secondes. Ne disposant que des données four-nies par le livre, la lIUlchine se comporte dès lors comme le person- , " nage masculin d.e Toi et Moi, "car, cÎit-elle, "je me sÈme plutôt
m&le19". Elle se
déco~e
un sentiment tendre pour la jeune fille,et lui tient des propos passionnés inspires de ce livre d'une épo-que où les relations entre les sexes étaient scandaleusement libres.
Dans des circonstances aussi extraordinaires. L'ingénie~ n'a
d'autre reCOUl:S que celui de rompre le contact de la machine,
autre-(18) Ibid., p. 96. (19) Ibidq p. 102. •
16
..
~f.LIr... _ _ _ _ _ ••• ,_--''''''''. _..:;., _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _,.,....-~~-\
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--1meut dit de la "tuer". La machiné le compreud et se rebelle contre . celui qui l'a faite. La fin de l'histoire est cependant heureuse,
car Boris Vian ne se prend à aucun moment au drieux: comme i l
\ 8e doit
a
une époqu,e où c'est au sexe que l'on disait jadisfai-.,
ble qu'il revient de prendre l ' ini tiative, et de jouer Je r5le
1 • _____ ~
autrefois dévolu au héros masculin, la je~e fille sauve 1 'ing~ ____________
d
nieur de la fureur de la machine.
Le fait q4e c;.ette nouVelle ait été écrite en 1950 a son importance: elle est en effet antérieure aux fameuses lois de la robotiqut;! imaginées par Isaac AS:imov20,. Dorénavant "un robot ne doit pas blesser un être humain, n~ le laisser,bleséer par
iner-21 . ,
tie" (loi nO 1) ,Ces lois répondaient à un besoin en science-fiction, aussi vont-elles se répandre et être admises de la plu-part des aute:urs': Nous en voudrons pour preuve le fait que,
apr~s
Les Robots20 d'Asimov J les auteurs s'attacheront il trouver(
pour leurs récits des moyens subtils de contourner les lois de la robot~que'. C'est dire l' importance q~' elles ont eues. P~ur ces raisons, uue nouvelle cOUIlle Le Danser des Class:1quea n'aurait
1
(20) (21)
,"
,
Isaac Asmov, Les' Robots (Paris: J'al lu, H73). Première impresSion en langue anglaise en 1950. 0
Loi UO 2: Un ro.bot doit exécute'r les ordres· donnés par les
êtres' humains éauf lorsqu'ils vont il l ' enco~tre de la 10i .
nO 1.
Loi nO 3: Un robot doit défendre sa propre existence, dans la mesure où il n.' enf:reint pas, ce fa.1sant, ,~es lois na. 1 et
nO
2. Asimov, ibid., p. 3.-.
,•
'sans doute pas pris la forme qu'on lui connait, apr~s le livre
(
d'Asimov. Il conviètlt cependant de ne pas 8~néra1i8er: il, est ~---auteurs22 qui tiennent à 'laisser au l'obot une
soü-e--àèmre-
---
---arbitre qui se justifie ~a~ain genre de r~c1t •
.
~---
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...•---'
--- _ . ..--- Le sujet de l'intelligence aJOtificielle a éte:largement
--~,-- ~ ,
--
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()
abordé par les auteurs de" science-fiction. Kurt Vonnegut Jr"., dans une nouvelle intitulée Epicac, pose le problème de l'autonomie intellectuelle et "affective" de la machine. Mais,'
. '
il aucun moment, .i l n'y a de compétition amourl!llUse ~ntre le :progr&eur e,t Epicac. A la question de savoir pourquoi lui, ~picac, ne pourrait pas être
amoureux de la progr~euse,.le programmeur répond que le destin le veut ainsi; apr~s quoi, l'ordinateur compose cinq cents po-èmes
à l'intention de la programmeuse et se sabote, ou se suicide; et,
Ce
faisant, agit conformément aux Lois de la robotique. Qupi .u'i1 , en soit, chez Vian, chez Vonnegut Jr. ou A%thur C. Clarke, l'homme)Iî> . ':?
créateur de la machine a aToit de vie et de mort BUr~$ machine créée, et triomphe de celle-ci. \
..
En 1953, Boris Vian écrira un article intitulé "Un r9b~t- • 23
polte ne no~s fait pas peur!' dans la r~e
!E!!.
On Y découvre l'intérêt passionné qu'il portait à la science et àtoute~ lesv~
découvertes scientifiques. Face au robot, que faire? "Le possible
(22)
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Tel Arthur C. Clarke dans 2001, Odyssée de l'espace, où Ralph, l'ordinateur, refuse aux astronautes~ l'accès au sas du spationef:
(23) Arts, 10-16 a~il 1953.
18
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d'un robot. est immense. ( •.• ) Nous n'avons qu'une chose pour nous: - 25" ,n~gli8eons tout le reste et cultivons. cultivons notre polyvalence ,
car 8~ l'homme n'est paS parfait, i l est tr~s adaptablel
Nous 'pouvons faire If amour, lire, jouer du piano,' nager, , et même constrl,l.ire des robots. Nous pouvons cogiter,
donc êtr~, et précéder 1 'Jessence. Nous' pouvons rire . .oh! .Je ne le nie pas, des 24 l'obots riront mIeux; mais sans doute pas les même-;zr+ ( ... ).. (On veut) faire de nous des travailleurs specialisés ( ••• ). Refusons ( ••. ). Sachons tout. ( ••• ) L'avenir est à Pic de la Mirandole. 25.
Ces 'lignes expriment l'une des angoisses les plus profon-des de Vian: le tronçonnage du savoir et son corollaire, la specia-lisation de l'individu. Special:l.ser l ' homme, pour Vian, c'est
19
l'assimiler l sa fonction et le décapiter. C01IIlle le souligne N.
~
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';
Cette vision tragique ne cessa de hanter Boris Vian, et i l combattit sans trêve l'opinion complaisamment répan-due selon laquelle 1 'homme du XXe siècle se trouverait dans l ' ~possibilité d'appréhender la totalité des ~ connaissances. 26.
Pour Vian, l'homme de l'avenir n'est pas un.. être au savoir tronçoruié~ c'est un être complet capable de comprendre
quell~ est: s~ place dans 1 'unive~s. ,Son esprit doit êtr~ à même
d'op~rer une synth.èse ded connaissances dans tous les domaines, Mns exclusive contre telle branthe du savoir, un domaine ne
f
1 1 J \ k ,(. , (24) (25) 1 ; (26)C·'est Boris Vian qui souligne.
"\.
.
''Un
~t-po~te
ne nousf~it
pas' peur," in çantiUnes en gelée(Part,: U.G.E., 1970), p. 225.
Notice de NoYl Arnaud il "Un robot-po~t_e ne nous fait pâs peur", loc. dt", t pp. 219-220. .
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pouvant objectivement être plus noble qu'un autre domaine. C'est un "eoordinateur", selon le mot utilisé par Vian lui-même. Il est, par exemple, "extrêmement courant de dire avec orgueil: Moi, je
27 .
ne compreQds rien aux maths ". Cela revient à reconnattre, selon Vian, ses faibles capacités intellectuelles. "Nous ne SODlDes pas contre l'utilisation des hommes à gros bras, mais nous aimons aussi
1
qu'ils aient de gros cerveawc27 • "
La science-fiction présente la particularité d'3tre poly-.alente et d'être elle-même synthèse dans son principe. On le voit bien, si l'on tente de deasiner le profil intellec tue1 du" "lec tel,U' idéal de scieI1ce-fiction27".
( ••• ) ~ r est le mathématicien, le phYSiCien ou les gens
très cultivés du modèle de Raymond Queneau, qui savent
~ la fois ce que l'on fait en lit.l=érature,
cîe
que l'on fait en mathématiques, ce que l'on fait en physique. Ce sont les gens qui ne font pas un mur entre eux et une partie de la connaissance.27.
'
'Il n'est dès iors pas douteux que la 1itt~raturé scienti-tique ait un rôle essentiel à jouer dans cette entreprise de
coor-/
dination et de synthèse des connaissances dans laquelle Vian voit une issue possible pour l' hOllllle de demain. C~ntrairement à
l'
opi-nion trb répandue, le temps n'est pas à la spécialisation à ou-trance. Se spécialiser.pô~r
Vian, c'est renonc.er à sa qualité d'individu libre. Le temps est ?lus que jamais à un humaniSDle authentique.(27) "Pierre kst et Boris Vian s'entretiennent de la SCiencè-fiction," 10c. cft-. 20 ; , .,
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-D)
Bo~is Vian, traducteur des auteur$ de sc:ien!!e-fiction amét;icainsLa traduction des auteurs de science-fiction am~ricains
est une activité il laque11e Boris Vian a accordé beaucoup de temps et' qui rèvêt un inté~êt riel pbur deux raisons. C'est, en partie, par ces traductions que le grand public français va connaître la : science-fiction américaine; i l importajt que les premi~res
im-pressions fussent excellentes pour que cette littérature ne fat pas discréditée pour longtemps. Les textes traduits devaient &tr~ de tr~s bonne qualité, tant du point de vue du fond que de
.
la ~orme. Pour ce qui est du fond, c'est Boris Vian lui-même qui choisissait généralement l'oeuvre il traduire, et so~. choix a toujours été extrêmement judicieux, comme on Pourra le cons-tater. Quant
a
la forme, Viah apportai.t up,.soin ,tout particuliera
la langue. À ce propos, i l est un fait assez paradoxal que des commentateurs de Vian J>nt souligné: certaines O'euvres non traduites, parmi celles signées Vernon Sullivan, sont d'un style re1i.ché si on les compare aux autres oeuvres et aux traductions; i l est probable que Vian était tout il faitcons-.
cient de l ' enjeu 'lie ces tra4uctions alors que les oel,lVres de
, .
Vernon Sullivan étaient manifestement parodiques et que, en tout état de cause, elles ~'engageaient que lui-même.
Les traductions de récite de science-fiction sont 'gaIement 1nt~ressanteB parce qu'elles pë~ettent d'étudier
'"
21
f .
~ J, , , ," "o
.aus ~isque d'erreur certaines constantes en relation avec la
ac:ience-fiction,. dans les oeuvres majeures; en d~8a8eant la
per-sonnaliU des oeuvres traduites, 11 devrait être possible de faire
.
apparattre certains thèmes de science-fiction qui seront examinés
l la lIe partii!.
L'un des, tout premiers récits de science-fiction traduits par Vian est peut ... être Le La~in~he, de Frank M. Ro'binson. Cette nouvelle est parue dans Les Temps Modernes en même temps que l' ar-ticle "Un nouveau genre littéraire: la Science-Fiction" t en 1951.
Sans être présenté par Vian comme une illu~tration de son article,
4
Le Labyrinthe apparatt comme un bon exem.p.le de l'esprit de bon noœbre d'oeuvres.
Sur Vénus où i l est en ~cances, le personnage principal"
.
de la nouvelle doit, comme c'est la coutume sur cette planète depuis que les hommes y vivent, d~fendre sa vie ,contre certains
Terriens. Cette pratique'légale de l'agression et du meurtre cons-titue une aorte de sport. Robert, Germaine,. le héros, se réfugie· chez un ami qui travaille aux Fermes de Rec~rches Biologiques
.~ l
Extraterrestres. Daos ces fe~es sont é~dl~S les Squanchies, sor-tes d'animaux anthropomorphes vivant sur Vénus.Leurs comportements son.t une énigmé pour les Terriens. .Malgré une e&rtaine fonne d' in-te11igence, 11s ne semblent pas réagir aux mimes stimuli que les
.
, animaux terriens. Aux tests, l,es Squanchies se c~port.ent comme-f~ ,
. ' 11a refusaient de participer. La réponse l ces questions
Slppa-, 0
ratt. aux exp~rtmentateur8 lorsque, àu petit matin, ils se
retrou-
77'--22
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vent eux-1llêmes enférmés dans le labyrinthe et observés par les Squanchies. Se croyant·~périmentateurs. les Terriens n'étaient en rialité que cobayes servant a~ recherches des Squanc~ies sur
l'in-tell1gence humaine. La coutume légale de l'agression était elle aussi un moyen employé par les Squan~hies pour tester les ~éactions
des ~ hOIIIDes sur Vénus •.
La morale de cette fable moderne est claire: 'l'homme n'est qu'un animal stupide et vaniteux l l'échelle de l'univers;
Aprls Le Labytinthe, B. Vian traduit quatre courtes nou-velles parues ~n 1952 dans France-Dimanche:
. 28 Les vivisculpteurs, de Wallace West
29
Le Veldt dans la nursery, de Ray Bradbury
Pas bêtes, les gars de Bételgeuse, de William Tenn30
. 31
Si vous étiez un Mok.1in~ de Murray ~nster
Apparemment
tr~s
diverses, cesq";~e"
DOuvelles ont despoi~ts communs. Chacune est construite autour d·uné idée simple, assez peu originale, mais bien traitée.
Les vivisculpteurs est l'histoire d'un des grands rêves de l'hdmme: résister au vieillissement et à la mort. En 2400, l'homme peut se fabriquer
un
corps jeune et vi~e quatre cents ans; il peut filtrer ses souvenirs et réorienter ses pulsions. Le destinn'existe plus; ni la fatalité. Ce th~me peù nouveau est cependant
(28) (29) (30) (31) France-Dimanche, nO 286 (1952), pp. 12-13. France-Dfaanche, nO 288 (1952). p. 6. France-Diman~he. nO 289 (]9S2), p.
10.
France-Dimanche, nO 292 (1952), p. 9. 23-1- t
1
,,
1
r (ici renouvelé par lè traitement humoristique qui en est donné. En outre, le titre mérite une remarque; c'est un ,bon exemple du don que les écrivains de science-fiction et Boris Vian ont en commun: celui de savoir nonmer l'imaginaire et ainsi le rendre présent. ''Vlvisculpture" est un néologisme formé sur le modèle' de"viviàec-tion"; celui dont le metier est de pratiquer la viviscu1pture est le vivisculpteur. Cela constitue ~e trouvaille verbale indértiable.
Le Veldt dans la nursery, comme la plupart des oeuvres de Ray Bradbury, est remarquable ,par sa poesie et'son mystère. c'est l'histoire de l'opposition entre deux mondes: celui des parents et celui des enfants. La nursery est une pièce réserv~
où les enfants sont tout-puiss,a~ts; ils peuvent faire 'surgir, sur
simple suggestion mentale, "toutes les délicieuses ficelles d'un monde
:1maglnàire3~,:
Alice au pays des merveilles, le lièvre de"
Pâques, Aladin et sa lampe merveilleuse. Ces eontes enfantins interessent p~q les enfants, qui leu-; préfèrent le veldt, "l"im-mense veldt africain, torrld'e32""peuplé d'an:imaux
fêroce~
et de c.es -lions liAl'od~ur
de sang32" Les parents, craignant pour1 l'équilibre psychique de leurs enfants, décident de fermer la
'hursery • "'Ne l' eJ}tendant pas ainsi, les enfants attirént leurs pa-rents dans la nursery après y avoir fait ~urgir le veldt et les lions. L'~agina1re bascule dans le réel; l'univers de l'enfance absorbe celui des a'dultes, counne les' lions dévorent les parents.
0'
(32) ~y Bradbury, Le Veldt ,dans la nursery. in Fr~nce-Dtmanche,
nO 288 (1952), p. 6.
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Le glissement d'un univers dans l'autre relève du merveilleux, en
~
ce sens que le mental jouit d'une suprématie totale sur le monde des objets.
L'int~r~t que Vian a pu trouver à cette nouvellè tient
1 la place qui est donnée à l'enfance et dont on verra plus loin' qu'elle est essentielle. Tout smouales étaient les Borogroves 33 de Lewis Padgett, récit traduit par Vian en 1953, présente la même, particqlatité de d~nner' à l'enfance et à son univers une réalité
non réductible â autre chose qu'elle-même, une réalité propre.
Pas bêtes, les gars de Bételgeuse est, avant la lettre, un réquisitoire sur le mode humoristique contre le colonialisme ,et la dilapidation des richesses des pays, ou des mondes, 'non
en-core exploités. 'Des escargots â l~ politesse toute orientale
débar-quent un,jour sur la terre et, s'y trouvant bien, y séjournent -quelque temps. Ces créatures, aussi ~idicules qu'elles puissent
Pargitre, sont d'une intelligence supéri~ure et possèdent une
~
technologie très avancée. Aux ~ombreuses questions qui leur sont ffl,
'posees, elles repondent de bonne grâce, mais leurs explications trop techniques découragent les savants. Cependant, l'intérêt des Terriens Tebondit lorsqu'ils apprenné~t'que ces créatures possèdent ,le secret de la longévité.
)1
leur suffit en effetde
se~aire
irradier tous les dix ans dans des revitali~eurs po~r connaître
une nouvelle jeunesse. Gr8ce à ces appareils'merveilleux, il est
(33) Lewis Padgett, To~t ~ouales etaient les Borogroves, in Le Mercure de France, 1
er
juin 1953.1 '
---~---~--~--~~~=~-~.~--
..
--~~~(
--possible de vivre presque indéfiniment. Contre quelques revitali-( .• eu~s, les Habitants de la T~rre accepten~ A'échanger les éléments,
tous les ~léments radioactifs purs de la planète. On se met au
.
travail, l'échange a lieu et les Escargots repartent ve~s leur
lointaineoétoile. La Terre conna!t une ère de bonheur; les
mala--,
dies disparaissent, jusqu'au moment où les revitaliseurs tombent en
pann~
sans qU'il soit possible de les réparer:~n
s'aperçoitalor~ q~lS
tirent leur énergie de le. radioactivité."Rappelez-)
vous le chef indien qui vendit New-York pour deux. caisses d'eau
34 .
de f~u .• " Telle est l'une des morales de cette nouvelle.
L'épi-\
logue en est en quelque sorte Une seconde: blessês dans leur or-gueil, les Terriens s'unissent, forment ~n gouvernement mondial et réussissent à produir~ de la radioactivité artificielle. La
première paratt s'adresser aux pessimistes, la seco~de aux optimistes:
Si vous étiez un Makl.in est l'histoire d'un cOlIlptoi; commercial sur une ~anète lointaine, la planète Moklln, où les
indigènes très doux ~t pacifiques sont doués du pouvoir étrange d'imiter l'homme, de lui ressembler, par sympathie.
~Les
Terriens Be trouvent peu à ~eu entour~s d'une nomb~euse progéniture, leur ex~cte réplique. Cet h~a$e des Moklins cree une sit~ationdéli-cate: ils sont capables de faire leurs les caractères dont les humains sont les plus'fie~s et de les porter à un degré de
perfec-tion. La suprêmatie humaine en est gravement menacée:
Imaginez "des Moklins parmi les hommes, les <\:lépassant à mesure que les enfants gràndissent, devenant les chefs
,
t;:"r
~ (34) William Tenn, Pas bêtest les gars de Bételgeuse, in
Fravce-Dimanche,
nO
289 (1952), p. 10. l/
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politiques, les pionnie~s planétaires, ~es plus jolies filles et les plus beaux gars de la Galaxie - tout ce que les humains veulent ~tre eux~êmes. 35.
Les hum~ins devront quitter la planète Moklin. Les lois de 1 'hérédité sur cette planète sont bien d,ifférentes de celles qui prévalent sur Terre: les caractères acquis se transmettent, ainsi que les caractères souhaités. La végétation elle-même semble capable de réactions é,trànges, comme on le verra à propos .de
L'Ecume des jours et de L'Arrache-coeur.
Ces cinq récits sont les prel:llières a:m.es de Vian comme traducteur des écrivains de science-fiction anglo-saxons. On y sent tout le plaisir qu'il a pris
.
à ce travail qui ressembla parfois plus à"un jeu. Pierre Kast rappelle
quel extrême plaisir Boris Vian avait pris à traduire la plus violente des nouvelles de Ray Bradbury Le veldt danS la nursery, consacrée:avec une vengeresse allégresse au prétendu paradis de l'enfance. 36.
Après ce succès,· Vian poursuit ses activités de traducteur de science-fiction: il s'attèle à des oeuvres plu~ longues ~t aussi
,
d'envergure plus considérable. Ce sont Le Monde des A, en 1953, puis la même ann~e, Tout smouales étaient les borogroves, et, enfin, en
37 ~.
19~~, la suite du Monde des A: Les Joueurs du A • •
. (3SY (36)
27
Si 'vous étiëz un Moklin, in France-Dimanche, nO 292 (1952), p. 9. Pier~e Kast, "Boris Vian,l/ préface à la réédition de t'Uerbe
rouge, L' Arracbe-coeur et Les Lurettes foourré!'ts(paris:1iIillJvett~) ,p. 20 (37) Les Joueurs du A de Van Vogt et Les ~ventures de A (titre
ori-ginal de la traduction de,Vian) sont une seule et même oeuvre.
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Le Monde des A et Les Joueurs du A ont Ë!té pour Vian l'occaslQn d'une rencontte capitale avec l'oeUVTe d'Alfred
Kor-38
zybski ,père de la Sémantique générale. La Sémantique générale
J
est une remise en question radicale des structures du langage
.
,
issues de la philosophie d'Aristote: A 'partir de l'étude du t1lan-8s8e ma~hématique'!, Korzybski élabore une théorie du langage où
le
principe fondamental n'est plus celui d'identite et de non-contradiction. L' "àdequatio rei ad' inte1lectum" n'est Jeffectif que s'il s'opère par un langage épuré à l'aide de points de référence noUVeaux au sein d'une logique nouvelle par rapport à celle héritée d'Aristote. L'apport de Korzybski est d'avoir dénpncé le caractère prétend~ent nécessaire et inévitable du la~gage actuel, et lecaractère nécessaire et- inévitable d'une logique fondée sur le principe selon lequel "A est A, et ne peut être B". De "même que s' é~aborent ces "logiques polyvalentes que conna.:f.ssent très bien
le~ mathémat~c1e~s39H,
de même peuvent voir le jour des langages.
,fondes sur des principes oon-aristotélic~ens et par lesquels l'h~-me entretiendrait des relations différen~es avec les objets. On a
pu dire que l'application et la continuation des idées de Korzybski pour-raient permettre de réaliser une'vérifltle révolution coperni-, . .
cienne daus le domaine des sciences humaines, cél1~s-ci , étant jus-qu'à pr~sent incapabl~s de progresser en raison de l'inadéquation à
son objet et du caractère périmé de l'outil qu'est notre la~gage.
(38) Alfred Korzybski, op. cit. , r
(39) ~"Pierre Kast et Boris Vian s'entretiennent de la Science-fiction," loc. cit.
, ,
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Par certains aspects importants, l'entreprise littéraire de Boris Vian s'apparente aux recherche~ de Korzybski. En prenant
le langage au pied de la lettre, il le remet en question. L'effet produi~ est humoristique. Si l'humour n'est Il qu'en contrepoint,
il n'en est p~s moins essentiel. Il rompt la logique et les
st~-,
r&types du langage. On sait que "les mathblatiques sont, C •• • )un langage' dont la structure.
e,~t
sinftlairé à éelle des faits~O"
." \ ~. ,
.
Toute l'oeuvre de Boris Vian tend '';'crs le mê,me bU,t: créer un lan-gage qui rende compte exac tement du C r~el ~1n~ en tant qu' 11
transcende la nature.
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,
,
Leà deux oeuvres de Van Vogt traduites par Vian presen-tent l'intérêt de mettre'en scène deux mondes habités par des
humains: la Terre, d'une part, et Vénus, d'autre part. Les Terrien~ pensent selon les normes de la vieille logique aristotélicienne alQrs que les Vénusiens se servent de la logi~ue
non-aristot~li-cienne. Lorsqu'un Terrien a atteint un degré de logique non-A suffisant, i l a droit de cité sur Vénus, où règnent l'entente et la démocratie totales. Vénus est le type même de la société utopique telle qu~ peut en concevoir ~a science-fiction modèrne.
.
. .
L'Utopie sc1entifiqu~ de Van Vogt est cependant remarquable en
Ce
.
qu'elle place le critère de la supériorité non dans la possession
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, des armes ou des techniques, mais dans la qualité des rapports que les hommes en~retiennent avec la réalité. La conformité ae
la pensée au r€el, clé du bonheur de l'ho~e, est réalisable par
(40)
R. Bulla de Villaret, Introduction à la Semantique générale de Kôrzybski (Paris: Le Courrier du Livre, 1973), p. 18 •"
- - - " ' - - - -_ _ _ _ _ m' - - - - .
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-un phénomène de mutation mentale, provoqu~e'p~r une discipline
\--relevant de la logique non-A.
Boris Vian a été sensible à l'a~pect tout intérieur de la q~3tè des yénusiens; l'effort remplace la magie: les Vénusiens doi.ent leur supériorité à leur travail et non au hasard ou à'
un dieu.
• 41
Tout smouales étaient les borogroves est fond~'sur le même postulat que les' deux romans de Van Yogt, à savoir que la ~
logique aristotélicienne n'est pas la seule possible. Les héros
•
de c~ récit sont deux enfant~; l'auteur les place dans une
situa-tion propre ~ leur faire assimiler une "logique d:tfférent~". Ces .~ants n'ont pas encore été conditi~nnés selon Axist9te ou selon'
Euclide; ils devraient donc être capables d'agir selon ~es prin- /' cipes de l'autre logique. Le dén?uement saisissant de la nouvelle où l'on voit les deux enfants se dissoudre dans un continuum
spa-,
tio~temporel différent ~é celui des parents ne doit pas masquer <1' éssentiel: les enfants s09t "dressés" pour vivre selon les
nor-,
mes des adultes; tout écart est conSidéré comme relevant de,la psyehiat<te. Cette llOuve11e de Lewis.Paclgett' est
~qUe1que
sorte un essai de redéfinition de la démence ou de la normalité, à par-''tir de l'oeuvre de Korzy":'ski.
Tel~ont les oeuvres de
(41) L~s ~~d8~tt. loc. cit.
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