• Aucun résultat trouvé

Recherche sur les propriétés sémiotiques des sigles en français

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Recherche sur les propriétés sémiotiques des sigles en français"

Copied!
298
0
0

Texte intégral

(1)

Recherche sur les propriétés sémiotiques des

sigles en français

Mémoire

Maxime Lambert

Maîtrise en linguistique

Maître ès arts (M.A.)

Québec, Canada

(2)
(3)

plan de la signification, ainsi que sur la nature sémiotique des sigles; ces derniers doivent-ils être considérés comme des signes linguistiques prototypiques ou plutôt comme une classe d’unités lexicales à part? Nous avons abordé cette question à partir d’une enquête par questionnaire et d’une analyse de corpus. Le questionnaire, portant sur 27 sigles et ayant été complété par 72 participants, permet d’avancer que la motivation abréviative d’un sigle peut varier selon les locuteurs et que la relation abréviative entre le sigle et sa source n’est pas toujours perçue. Suivant l’analyse de corpus menée sur quelque 10 000 articles, il apparaît que les sigles sont moins employés en tant qu’abréviation qu’en tant qu’unité lexicale à part entière. Enfin, nous proposons que les sigles forment une classe particulière de signes linguistiques dont il reste à définir plus avant les caractéristiques.

(4)
(5)

Table des matières

Résumé ... iii

Table des matières ... v

Liste des tableaux ... vii

Liste des figures ... xi

Liste des abréviations, sigles et symboles ... xiii

Remerciements ... xvii

Introduction ... 1

Partie I : Concepts et points de vue théoriques ... 9

Chapitre 1 : Choix et justification des termes employés ... 11

1.1. Mot, terme et unité lexicale ... 11

1.2. Sens et signification ... 12

1.3. Vocabulaire général et spécialisé, locuteurs spécialisés et non spécialisés ... 13

1.4. Termes retenus pour dénommer la forme longue des sigles ... 15

Chapitre 2 : Conception des divers procédés abréviatifs et caractéristiques des sigles ... 17

2.1. Procédés abréviatifs et leur résultat ... 17

2.2. L’emploi des sigles dans des langues autres que le français ... 26

2.3. Les fonctions des sigles ... 31

2.4. Les sigles comme signes linguistiques ... 33

Chapitre 3 : Point de vue théorique adopté ... 43

3.1. Un point de vue subjectiviste ... 43

3.2. Un point de vue constructiviste ... 45

3.3. L’emploi et la fonction des sigles suivant le point de vue subjectivo-constructiviste ... 47

3.4. La motivation des sigles et le point de vue subjectivo-constructiviste ... 51

Partie II : L’enquête par questionnaire ... 55

Chapitre 4 : Les sigles choisis pour l’enquête par questionnaire... 57

4.1. Les sigles issus du domaine de l’électronique ... 57

4.2. Les sigles du vocabulaire général ... 61

Chapitre 5 : Méthodologie de l’enquête par questionnaire ... 65

5.1. Les participants de l’enquête ... 66

5.2. La structure du questionnaire ... 71

(6)

Chapitre 6 : Résultats de l’enquête ... 81

6.1. Les déterminants sociaux des participants ... 82

6.2. Résultats de la section métalinguistique selon le sigle ... 83

6.3. Résultats de la section métalinguistique selon le groupe de participants ... 89

Chapitre 7 : Analyse et interprétation des résultats de l’enquête ... 103

7.1. Les critères d’analyse ... 103

7.2. Analyse des résultats des tâches du questionnaire ... 107

Bilan de l’enquête ... 127

Partie III : L’analyse des corpus textuels ... 133

Chapitre 8 : Les sigles retenus dans l’analyse de corpus ... 135

8.1. Les sigles ACL, LCD et CD ... 135

8.2. Les sigles DEL et LED ... 136

8.3. Les sigles laser, TPS et 3D ... 137

8.4. Les sigles 3D et MP3 ... 138

8.5. Le sigle ADN ... 139

Chapitre 9 : Méthode d’analyse des corpus ... 141

9.1. But de la recherche et hypothèses ... 143

9.2. Caractéristiques des corpus étudiés ... 144

9.3. Le concordancier comme objet d’analyse des corpus général et spécialisé ... 147

9.4. L’analyse statistique ... 148

9.5. L’analyse des énoncés ... 150

Chapitre 10 : Résultats de l’analyse de corpus ... 153

10.1. Le corpus général ... 153

10.2. Recherche menée à partir du concordancier ... 159

10.3. Analyse et interprétation des résultats de l’analyse du corpus général... 165

10.4. Analyse des types de gloses selon la typologie de Niklas-Salminen (2010) ... 174

10.5. Comparaison de la signification de ADN et de laser dans le corpus général et dans les réponses de l’enquête par questionnaire ... 186

10.6. Le corpus spécialisé ... 194

Bilan de l’analyse des corpus textuels ... 201

Conclusion ... 207

Bibliographie ... 221

(7)

Liste des tableaux

Tableau 1. Les types de sigles présentés dans Giraldo Ortiz (2010) ... 22

Tableau 2. Les étapes de la lexicalisation des sigles selon Rodríguez González (1993a) ... 40

Tableau 3. Les sigles spécialisés conservés pour l’enquête par questionnaire ... 59

Tableau 4. Marques de domaine répertoriées dans le GDT selon les sigles du questionnaire d’enquête ... 61

Tableau 5. Les sigles généraux conservés pour l’enquête par questionnaire ... 63

Tableau 6. Les groupes de participants de l’enquête par questionnaire ... 67

Tableau 7. Âge, intérêt pour le domaine de l’électronique et connaissance du domaine de l’électronique selon le groupe de participants ... 82

Tableau 8. Réponses aux questions 2, 3 et 4.a du questionnaire selon le sigle ... 85

Tableau 9. Estimation de la connaissance des sigles selon le groupe de participants ... 90

Tableau 10. Catégorisation des sigles comme mot selon le groupe de participants ... 92

Tableau 11. Catégorisation des sigles comme unité complète, sigle ou abréviation selon le groupe de participants ... 94

Tableau 12. Connaissance de la source des sigles selon le sigle et le groupe de participants ... 96

Tableau 13. Catégorisation des sigles selon leur provenance ... 105

Tableau 14. Catégorisation des sigles selon leur structure et prononciation ... 107

Tableau 15. Réponse partielle pour VHS à la tâche de retour à la source selon le participant .... 121

Tableau 16. Réponses nulles pour MP3 à la tâche de retour à la source ... 123

Tableau 17. Connaissance moyenne autodéclarée des sigles selon le sigle, totalité des participants ... 136

Tableau 18. Connaissance moyenne autodéclarée des sigles selon le sigle, groupe NSpéc18- ... 136

Tableau 19. Connaissance moyenne autodéclarée des sigles selon le sigle, groupe NSpécUni .. 136

Tableau 20. Connaissance moyenne autodéclarée des sigles selon le sigle, groupe Spéc ... 136

Tableau 21. Moyenne des résultats de la question 2 : « Selon vous, est-ce que X est un mot? » ... ... 137

Tableau 22. Objet d’étude de l’analyse de corpus ... 139

(8)

Tableau 24. Regroupements de requêtes selon le sigle et le type d’occurrence ... 149

Tableau 25. Nombre d’articles selon la requête et l’année, banque de textes Eureka.cc ... 154

Tableau 26. Fréquence par 100 000 articles selon la requête et l’année, banque de textes Eureka.cc ... 156

Tableau 27. Fréquence d’occurrence par 100 000 articles selon la requête et l’année, regroupement de requêtes 3D, corpus général ... 160

Tableau 28. Nombre de cooccurrences selon le regroupement de requêtes et l’année, corpus général ... 162

Tableau 29. Nombre de cooccurrences selon le sigle et le type de combinaison, corpus général ... ... 164

Tableau 30. Nombre de résultats selon le type de requête et l’année, corpus général ... 165

Tableau 31. Nombre de cooccurrences selon le regroupement de requêtes, le type de combinaison et l’année, corpus général ... 165

Tableau 32. Classification des énoncés du corpus général selon le type de cooccurrence ... 168

Tableau 33. Nombre d’énoncés selon le type de marque typographique, corpus général ... 172

Tableau 34. Les cas de glose (énoncés) classés selon le type de séquence et de commentaire ... 176

Tableau 35. Proportion de gloses selon le type de commentaire, la forme de la séquence et le type de combinaison ... 179

Tableau 36. Énoncés du tableau 32 impliquant le marqueur de glose ou ... 181

Tableau 37. Sélection d’énoncés comportant le sigle ADN, corpus général, 1990 ... 187

Tableau 38. Sélection d’énoncés comportant le sigle ADN, corpus général, 2000 ... 187

Tableau 39. Sélection d’énoncés comportant le sigle ADN, corpus général, 2010 ... 188

Tableau 40. Sélection d’énoncés comportant le sigle laser, corpus général, 1990 ... 190

Tableau 41. Sélection d’énoncés comportant le sigle laser, corpus général, 2000 ... 191

Tableau 42. Sélection d’énoncés comportant le sigle laser, corpus général, 2010 ... 192

Tableau 43. Nombre de résultats de la recherche selon les types de requête, regroupement de requêtes ADN, corpus spécialisé ... 195

Tableau 44. Fréquence par 100 000 mots selon la requête et l’année, ADN et acide désoxyribonucléique, corpus spécialisé ... 196

Tableau 45. Les cas de cooccurrence de ADN et de acide désoxyribonucléique selon le type de combinaison, corpus spécialisé ... 197

(9)

Tableau 46. Proportion d’apparition des combinaisons sigle-source et source-sigle dans les corpus général et spécialisé, années de requête :1990 à 2010 ... 198 Tableau 47. Proportion des cas de glose selon le type de commentaire, la forme de la séquence et le type de combinaison, corpus général ... 198 Tableau 48. Nombre d’énoncés selon le type de marque typographique, corpus spécialisé ... 198

(10)
(11)

Liste des figures

Figure 1. Le triangle sémiotique d’Ogden et Richards et sa version simplifiée ... 36 Figure 2. La représentation sémiotique du sigle selon Affeich (2010) ... 36 Figure 3. Connaissance moyenne autodéclarée selon la catégorie de sigles et selon le groupe de participants ... 108 Figure 4. Connaissance moyenne autodéclarée des sigles selon leur provenance et selon le groupe de participants ... 109 Figure 5. Fréquence relative de la catégorisation mot selon la catégorie de sigles et selon le groupe de participants ... 110 Figure 6. Fréquence relative de la catégorisation mot selon la catégorie de sigles et selon le domaine d’étude des participants; groupe NSpécUni ... 111 Figure 7. Fréquence relative de la catégorisation mot des sigles selon leur provenance et selon le groupe de participants ... 112 Figure 8. Fréquence relative de la catégorisation unité complète selon la catégorie de sigles et selon le groupe de participants ... 113 Figure 9. Fréquence relative de catégorisation sigle selon la catégorie de sigles et selon le groupe de participants ... 114 Figure 10. Fréquence relative de catégorisation abréviation selon la catégorie de sigles et selon le groupe de participants ... 115 Figure 11. Fréquence relative de catégorisation unité complète des sigles selon leur provenance et le groupe de participants ... 116 Figure 12. Fréquence relative de catégorisation sigle des sigles selon leur provenance et le groupe de participants ... 116 Figure 13. Fréquence relative de catégorisation abréviation des sigles selon leur provenance et le groupe de participants ... 117 Figure 14. Fréquence relative de sources complètes des sigles la catégorie de sigles et selon le groupe de participants ... 118 Figure 15. Fréquence relative de sources complètes des sigles selon leur provenance et le groupe de participants ... 118 Figure 16. Fréquence relative de sources partielles selon la catégorie de sigles et selon le groupe de participants ... 120 Figure 17. Fréquence relative de sources partielles des sigles selon leur provenance et le groupe de participants ... 120

(12)

Figure 18. Nature possible de la relation abréviative entre un sigle et une source et état de la connaissance de la motivation abréviative ... 124 Figure 19. Nombre approximatif d’articles contenus dans Eureka.cc selon l’année ... 155 Figure 20. Reproduction à l’identique de la représentation sémiotique du sigle selon Affeich (2010) ... 208 Figure 21. Nature possible de la relation abréviative entre un sigle et une source et état de la connaissance de la motivation abréviative ... 215 Figure 22. Connaissance complète ou partielle de la motivation abréviative, présence d’une forme longue dans le lexique, association. ... 216 Figure 23. Absence de connaissance de la motivation abréviative, présence de la forme longue dans le lexique, absence d’association ... 217 Figure 24. Absence de connaissance de la motivation abréviative, absence de la forme longue dans le lexique ... 217

(13)

Liste des abréviations, sigles et symboles

Spéc Spécialisé

NSpécUni Non Spécialisé (Universitaire)

NSpéc18- Non Spécialisé (moins de 18 ans)

FDL Fonction dénominative lapidaire

GDT Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de

la langue française

Σ Somme

(14)
(15)

« Ah là tout le monde va s’mettre

Tout le monde va s’mettre à parler

BMW CLSC TP4 IBM

TPS PME OCQ OLP IGA

IKEA RPM ONF MTS

Pis moi su’ mon bord

M’as tomber dans l’fort »

Richard Desjardins, Le bon gars, 1990

(16)
(17)

Remerciements

Je tiens à remercier en premier lieu mon directeur de recherche, Bruno Courbon, qui a toujours su orienter ce mémoire, et moi par le fait même, dans la meilleure direction. Ses commentaires n’ont pas toujours été accueillis avec ouverture d’esprit, ses indications n’ont pas toujours été suivies, mais chaque fois, il avait raison, je m’en suis bien rendu compte. Cheminer avec un directeur aussi dévoué aura été un plaisir, tant au niveau de la recherche que sur le plan humain.

Je voudrais également souligner le précieux travail de Danielle, Suzanne et, tout particulièrement, Simon qui, en polissant et soignant l’entièreté de l’œuvre, m’auront permis d’aller plus loin; en fait, d’aller là où je n’aurais même cru pouvoir me rendre. Merci à vous et au reste de la famille qui m’avez soutenu tout au long de mes études.

Un merci particulier à Myriam pour ses commentaires, pour son intérêt envers mon projet, mais surtout pour m’avoir épaulé tout au long de ce mémoire dans les moments les plus tendus comme dans les plus paisibles, pour avoir été là autant quand les sigles ne me tentaient plus que lorsque les sigles m’attendaient. Je finis ce mémoire en sachant que ce sera à son tour, bientôt, d’avoir besoin du même soutien dont j’ai bénéficié. Pour toutes ces années, celles d’avant et celles d’après, merci.

À tous ceux qui m’ont permis d’avancer d’une façon ou d’une autre que ce soit par vos relectures, merci Geneviève; que ce soit pour la confiance que vous m’avez accordée, merci Diane et Bruno; que ce soit en acceptant de participer à mon enquête ou en me permettant de distribuer celle-ci dans vos classes; que ce soit par vos encouragements ou tout simplement en ayant fait de ce mémoire une entreprise agréable, merci.

(18)
(19)

Introduction

S’il est un phénomène linguistique qui est caractéristique de l’usage des cinquante dernières années et qui reflète bien l’intégration toujours plus rapide des technologies dans le quotidien, c’est bien l’emploi du procédé abréviatif de la siglaison et, corollairement, celui des sigles résultant de ce procédé. Ce phénomène, très certainement important en français, est d’intérêt, car il implique un rapport particulier des locuteurs au langage, c’est-à-dire qu’il constitue un indice orientant les locuteurs dans la sélection des candidats lexicaux constitutifs de leur discours. L’emploi des sigles implique aussi un lot de questionnements théoriques pour le linguiste, les sigles ne pouvant être considérés comme des unités linguistiques régulières. Nombre d’auteurs ont remarqué cette prise d’importance graduelle des sigles dans l’espace langagier – notamment Calvet (1980; 1984), Kelemen (1996), Percebois (2001) –, certains allant jusqu’à catégoriser l’emploi des sigles comme un des procédés d’enrichissement lexical les plus caractéristiques du siècle dernier (Rodríguez González, 1993a). Que ce soit par la multiplication des organismes et sociétés qui, dès leur création, s’empressent de sigler leur dénomination initiale – comme le remarquait notamment Géhénot (1975) – ou encore par un désir toujours plus grand de vulgariser les sciences au plus grand nombre – vulgarisation dont le modus operandi passe régulièrement par le recours aux sigles afin de masquer la complexité des dénominations de départ (George, 1977) –, l’emploi de signes activement conventionnés comme les sigles jouit d’une popularité qui ne se dément pas, du moins en français. Les sigles, sous une seule et même forme, peuvent être intégrés aux vocabulaires de diverses langues et c’est en ce sens que leur caractère conventionnel permet une économie de dénomination ainsi qu’un attrait commercial. En d’autres termes, la langue d’origine des sigles est masquée par leur forme particulière. Par exemple, si l’on fait abstraction de la source, il n’est pas si évident de déterminer à quelle langue appartient un sigle tel que USB qui s’est répandu notamment en anglais, en français et en espagnol. Les lettres constitutives de ce sigle étant présentes dans chacune de ces langues, aucun indice formel n’en indique une provenance particulière, du moins à l’écrit. La situation diffèrerait dans le cas où un sigle intégrait un particularisme graphique d’une langue. Ce serait le cas par exemple du sigle fictif APÑ dont la source serait Asociación de protección del ñu1. La présence du ñ dans ce sigle indiquerait automatiquement à un locuteur francophone que ce sigle provient d’une langue étrangère. Ceci étant, la présence de ce type de particularisme semble marginal dans l’ensemble des sigles.

(20)

Les sigles, dont l’emploi est caractéristique des vocabulaires spécialisés – ils sont en fait plus caractéristiques de ces vocabulaires qu’exclusifs – franchissent les limites des langues de spécialité dans lesquelles sont constitués ces vocabulaires pour être utilisés massivement dans la langue de tous les jours. Ceci accentue l’emploi général des sigles, tant et si bien que Germain et Lapierre (1988) considèrent l’emploi de ce type d’unité comme constituant une des caractéristiques sociolinguistiques les plus évidentes du monde moderne en tant que phénomène lexical.

En tant que tel, on peut se demander si le phénomène de l’emploi des sigles aurait attiré l’attention des linguistes si les sigles pouvaient être considérés comme des unités typiques du langage. En fait, leur caractère atypique, qui tient de la relation particulière qu’ils semblent entretenir avec une source, entraîne des questionnements, notamment sur la nature même des sigles. Sur le plan de la signification, par exemple, il est très certainement possible de se questionner sur la nature du signifié des sigles; certains considérant notamment qu’il est assujetti, en quelque sorte, au signifié de leur source. La question se pose donc à savoir quelle est la nature de la signification d’un sigle. Au plan de la définition des sigles, on retrouve régulièrement deux types de définition consistant à faire appel ou non à la source, ce que permettent d’observer les deux exemples suivants tirés d’un forum informatique. Les utilisateurs répondent à la question « Que veut dire le sigle "lol" ou "xoxo" dans certaines questions-réponses? »2-3

1. « Lol, ce sont les initiales de : Lot Of Laught ou Litterally Over Laught. » 2. « lol = rires »

Qu’il soit possible de définir un sigle par sa source, comme dans l’énoncé 1, implique-t-il que la source constitue la signification des sigles? Dans cette optique, le sigle lol signifie-t-il « lot of laught »? Sa signification serait-elle quelque chose de plus général tel que « rire »? Ultimement, se pourrait-il que le signifié de lol soit constitué de ces deux éléments de réponse? Notons ici que les sigles sont aussi atypiques de par leur mode de constitution et leur morphologie, mais que nous nous intéressons particulièrement à la relation existant entre le sigle et sa source. Cette relation abréviative, qui est tributaire du mode de constitution des sigles, nous intéresse car elle semble absente chez les unités n’ayant pas la siglaison comme mode de formation

2http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20070111013352AAxOG4f

(21)

Le caractère opaque des sigles ne favorise pas non plus une résolution du problème entourant la nature des sigles. Ces derniers, de par le procédé même à partir duquel ils sont créés, se distinguent sur ce point des autres unités lexicales car ils n’offrent aucune prise, aucun indice permettant d’en faciliter la compréhension, et donc d’accéder à leur signifié. La signification d’un terme tel que bronchite devrait ne poser aucun problème pour un locuteur du français du moment que celui-ci comprend la signification de amygdalite ou de sinusite. Par analogie des unités constituant ces différents signes et par leur analyse morphologique, que cette dernière soit consciente ou non, ce locuteur pourra déduire approximativement la signification de bronchite dès sa première rencontre, ou même hors contexte. Or, le fait de connaître l’alphabet ne permet ni ne facilite la compréhension d’un sigle tel que PME (petite ou moyenne entreprise), ce qui n’implique cependant pas que la signification ne puisse être constituée à partir du contexte. Les caractéristiques morphologiques des sigles telles que l’emploi des majuscules et des points, par exemple, indiquent seulement aux locuteurs qu’un procédé abréviatif est en cause et que les initiales des segments de la source débutent par les lettres constituant le sigle. Sur ce point, rien n’est d’ailleurs jamais sûr, car la siglaison, loin d’être un procédé rigide, jouit d’une certaine souplesse dans sa réalisation.

Si la forme des sigles ne peut être considérée comme arbitraire – la création des sigles relève en fin de compte de principes somme toute établis –, la signification associée à cette forme, elle, ou du moins la nature de la source, ne pourra être déduite en utilisant la même méthode que pour les autres unités du langage. Ceci étant, comme pour la plupart des phénomènes liés au linguistique, des exceptions existent. Nous pensons notamment aux appellations typiques de collectivités qui renvoient régulièrement à une même région. Ainsi, les locuteurs québécois associeront rapidement un Q dans un sigle aux sources Québec ou québécois, alors que les locuteurs français relieront un F dans un sigle à France ou français. Dans ces cas, effectivement, une relation semble s’établir entre la lettre et une signification.

L’opacité inhérente aux sigles, malgré le lot de questionnements théoriques qu’elle entraîne, ne semble pas pour autant limiter l’expansion de l’utilisation des sigles. C’est d’ailleurs ce que fait remarquer Giraldo Ortiz (2008b) lorsqu’il pose que le phénomène de réduction lexicale de la siglaison, bien que souvent considéré comme un obstacle à la compréhension, est de plus en plus fréquent dans toutes les langues de spécialité. À cet effet, dans le domaine de la santé, Kilshaw, Rooker et Harding (2010) notent que les abréviations simplifient, facilitent et accélèrent la communication, mais ils préviennent que l’emploi des sigles peut entraîner de l’irritation, de la mécompréhension et même des erreurs médicales. Sheppard et coll. (2008) abondent dans le même sens lorsqu’ils concluent que les pédiatres ne parviennent pas à interpréter correctement et

(22)

complètement les abréviations employées par leurs collègues pédiatres. Pour Giraldo Ortiz (2008b), la vigueur du phénomène de l’emploi des sigles concorde avec la tendance qu’on retrouve dans le domaine des sciences et des technologies à se laisser influencer par des facteurs comme l’économie linguistique.

L’étude des sigles en français et de leur emploi peut être abordée de différentes manières selon les aspects qui nous intéressent. La définition du terme sigle autant que la délimitation du concept de sigle parmi les unités abréviatives permettront de positionner l’ensemble de cette étude. On pourra se questionner sur les caractéristiques sociales des locuteurs utilisant les sigles et sur les contextes d’emploi de ces derniers. Ultimement, nous nous interrogerons sur la nature de la relation que les sigles entretiennent avec leur forme longue. L’étude de ces sujets permettra de mieux saisir la nature des sigles et, corollairement, les tendances linguistiques actuelles.

Sous-jacent à chacun de ces sujets se trouve le point d’intérêt fondamental de cette recherche : l’étude de l’aspect sémiotique des sigles, c’est-à-dire l’analyse des structures qui sous-tendent les sigles en tant que signes linguistiques à part entière. Ce qui nous intéressera dans ce travail n’est donc pas tant le procédé de formation des sigles : la siglaison, sujet assez bien documenté, mais plutôt ce qui fait des sigles des signes linguistiques. Considérant le caractère atypique des sigles – ils se distinguent clairement des signes prototypiques de par la relation particulière qu’ils entretiennent avec leur source –, il apparaît que ceux-ci ne pourront être traités sémiotiquement de la même manière par les locuteurs dans la mesure où la connaissance qu’ils en auront, et notamment celle de la source d’un sigle, variera en fonction de divers facteurs, autant linguistiques que sociologiques. Le problème qui nous intéresse est donc d’ordre sémiotique et tient de la nature particulière des sigles, c’est-à-dire la relation que ces derniers entretiennent avec l’unité les motivant. Nous nous questionnerons ainsi à savoir comment des locuteurs ne connaissant pas la source d’un sigle analyseront ce sigle. À l’inverse, comment des locuteurs ayant connaissance de la source d’un sigle traiteront-ils ce dernier s’il est lexicalisé, c’est-à-dire s’il ne possède plus les caractéristiques typiques des sigles comme c’est le cas pour le sigle laser, dont la source est light amplificaiton by stimulated emission of radiation?

Nous faisons l’hypothèse que le traitement des sigles variera en fonction des locuteurs selon leur connaissance et selon la somme des expériences que chacun des locuteurs aura vécue. Ainsi, un locuteur pourra analyser un signe linguistique comme un sigle alors qu’un autre pourra tout aussi bien le catégoriser comme une unité ne résultant pas d’un procédé abréviatif. Autant cette hypothèse porte sur la nature sémiotique globale des sigles, autant nous pouvons l’appliquer, plus

(23)

spécifiquement, au sujet de la signification des sigles, signification qui, encore une fois, pourra être différente d’un locuteur à l’autre.

Si nous avançons que les caractéristiques des locuteurs influencent la catégorisation des sigles, nous faisons également l’hypothèse que la forme des sigles peut jouer dans le résultat de ce traitement sémiotique. Ainsi, il apparaît que la nature prototypique de sigles comme GRC / G.R.C. (Gendarmerie royale du Canada) ou TPS / T.P.S. (taxe sur les produits et services) – prototypique, car conservant certaines caractéristiques morphologiques typiques des sigles comme l’emploi des majuscules ou des points – influencera différemment le traitement opéré par les locuteurs de ce type d’unité que la nature lexicalisée de sigles tels que cégep (collège d’enseignement général et professionnel), ovni (objet volant non identifié) ou Unesco (« United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization ») – lexicalisée étant pris au sens de « qui ne conserve plus de caractéristiques morphologiques typiques des sigles. »

Nous aborderons dans ce mémoire les divers problèmes théoriques qui ont été soulevés à partir d’un point de vue subjectiviste et constructiviste du langage. Notons que nous parlons ici d’une approche qui influencera la méthodologie de cette étude bien plus que d’un cadre théorique préétabli. Par subjectiviste, nous voulons signifier notre intérêt marqué pour les connaissances et comportements linguistiques des locuteurs individuels, approche que propose Nyckees (2008). Cette conception se reflète d’ailleurs dans nos hypothèses théoriques. Par là, nous espérons déterminer l’impact réel de la source dans l’établissement de la signification des sigles et dans le traitement sémiotique de ces derniers. Par constructiviste, nous entendons que les connaissances des locuteurs sur les sigles, autant que sur les autres unités du langage d’ailleurs, se construisent et s’actualisent au fil des expériences des locuteurs, comme le propose notamment Reichler-Béguelin (1993). Ainsi, l’âge et le capital scolaire seront étudiés afin de déterminer comment les locuteurs analysent les sigles. De fait, un locuteur ayant un niveau élevé de connaissance dans un domaine spécialisé aura plus de chances de connaître la source des sigles typiques du vocabulaire de ce domaine qu’un locuteur que ce domaine n’intéresserait pas. Ce point de vue subjectiviste et constructiviste des sigles nous permettra, en remettant le sujet parlant au centre de notre étude, de mieux cerner la nature sémiotique de ces unités atypiques que sont les sigles.

Notons que si, au départ de cette étude, nous nous intéressions tout particulièrement à la signification des sigles, notre recherche s’est rapidement réorientée vers l’étude, plus générale, du statut sémiotique de ce type d’unité. Effectivement, nous nous sommes rapidement aperçu que l’a priori selon lequel la signification des sigles est assujettie à celle de leur source tient d’une confusion entre les concepts théoriques de la définition et de la signification. Il est bien plus évident

(24)

de définir un sigle par sa source que par une quelconque paraphrase qui ne rendrait certainement pas aussi bien la signification du sigle. Cependant, il sera intéressant de prendre en compte les définitions des sigles lorsque leur source est inconnue des locuteurs. On pourra dès lors aborder l’étude de la signification des sigles avec toutes les nuances nécessaires. Partant de là, nous nous sommes intéressé, en reliant les deux phases de notre étude, à la signification des sigles et à l’impact de cet état de signifiance sur le traitement que font les locuteurs des sigles en tant que signes linguistiques. La question inverse a également été posée : « est-ce que la catégorisation sémiotique des sigles peut influer sur le traitement sémantique de ces mêmes unités? » Ultimement, l’étude de la signification des sigles nous aura permis de tirer des conclusions intéressantes sur la nature sémiotique de ces derniers.

Comme il a fallu limiter nos enquêtes à un nombre limité de sigles, et considérant que nous nous intéressions aux variations pouvant survenir entre les locuteurs, nous avons orienté notre recherche sur des sigles provenant d’un domaine technique particulier, nommément celui de l’électronique4. Considérant la place certaine que les sigles de ce domaine ont prise dans le vocabulaire actuel, nous étions persuadé qu’ils seraient connus autant des locuteurs spécialisés en électronique que des locuteurs non spécialisés, connaissance pouvant varier grandement entre ces locuteurs.

La recherche empirique que nous avons menée s’est déroulée en deux phases. À partir de la première, une enquête par questionnaire, nous nous sommes intéressé aux connaissances que des locuteurs avaient de 27 sigles, sigles dont les critères de sélection précis sont explicités dans la seconde partie de cette étude. Nous pouvons déjà indiquer cependant que ces sigles proviennent soit d’articles journalistiques de la presse généraliste, soit de publicités de magasins d’électronique; l’électronique étant, nous l’avons dit plus haut, le domaine spécialisé sélectionné afin d’aborder l’étude des sigles. Ces 27 sigles ainsi que leur forme longue figurent dans l’annexe 3. Au total, le questionnaire a été rempli par 72 locuteurs séparés en 3 catégories de participants : des locuteurs spécialisés dans le domaine de l’électronique (Spéc), des locuteurs non spécialisés dans ce domaine et étudiant soit au niveau universitaire (NSpécUni), soit au niveau secondaire (NSpéc18-).

La seconde phase de notre étude a consisté en une analyse de corpus à partir de laquelle nous nous sommes penché sur l’emploi et la fonction des sigles. Pour ce faire, nous avons constitué un corpus de textes à partir de la banque de textes Eureka.cc et un autre à partir d’articles scientifiques auxquels nous avons accédé à partir de Google Scholar. Pour cette phase de la recherche, l’objet

(25)

d’étude est constitué de 7 regroupements de requêtes composés au total de 10 sigles et de 11 sources. Nous avons répertorié au total un ensemble de quelque 25 000 énoncés intégrant un sigle, une source, ou encore les deux. En plus de nous permettre d’aborder les sujets de l’emploi et de la fonction des sigles, l’analyse de corpus nous a également permis de nous pencher sur la signification des sigles et sur l’impact de celle-ci sur la catégorisation sémiotique des sigles.

La présente recherche suit la structure suivante : dans la première partie, après avoir apporté quelques précisions terminologiques, une revue de la littérature est présentée dans laquelle nous faisons un état de la question des sujets théoriques les plus pertinents concernant les sigles pour une étude portant sur le caractère sémiotique de ce type d’unité. Par la suite, nous traitons dans les parties I et II des deux phases de la recherche, la première consistant en des enquêtes par questionnaire et la seconde en une analyse de corpus. Plutôt que de consacrer une partie entière à la méthodologie pour ensuite présenter les deux recherches, nous avons opté pour une présentation successive des deux phases de l’enquête passant à chaque reprise par l’objet d’étude, la méthodologie et les résultats. Les parties dédiées aux deux phases de l’étude empirique se terminent par un chapitre dans lequel nous analysons et interprétons les résultats de l’étude. Dans la conclusion de cette étude, nous revenons sur la contribution théorique de ce mémoire de maîtrise.

(26)
(27)

Partie I : Concepts et points de vue théoriques

Nous présentons, dans cette première partie, la terminologie employée tout au long de cette étude, une synthèse des écrits sur les sigles et la siglaison qui sont pertinents pour l’étude des propriétés sémiotiques des sigles et nous explicitons le cadre théorique dans lequel s’inscrit cette recherche. Ce tri s’est imposé de lui-même de par l’abondance d’orientations que peuvent prendre les études sur le procédé abréviatif de la siglaison. Certains sujets tels que l’homonymie engendrée par ce phénomène, les considérations normatives de l’usage des sigles ou encore la traductibilité des sigles ne seront pas directement abordés, bien que certains soient mentionnés à certaines reprises dans cette recherche. Nous nous intéressons à l’origine technique des sigles, mais simplement pour ce que cela entraîne lorsqu’un sigle des domaines spécialisés passe dans le vocabulaire général. Le recours grandissant aux sigles et au procédé leur donnant naissance est un fait admis. Calvet (1984, p. 63) indique à cet effet que « ce phénomène ancien [la siglaison] […] a pris au XXe siècle une expansion remarquable. » L’emploi croissant de ce type d’unité lexicale est à corréler – et nous renverrons le lecteur aux articles de Pavel (1988), de Bauer (1990), de Kocourek (1991), de Rodríguez González (1993b) ou encore de Vandaele et Pageau (2006) – avec l’accélération technologique des dernières décennies.

Nous ne nous intéressons pas tant dans ce travail à étudier l’origine des sigles ou encore leur passage des vocabulaires spécialisés à la langue générale, mais nous tentons plutôt de déterminer ce que cela peut nous apprendre sur la nature sémiotique des sigles. Dans une certaine mesure, nous entrons en terrain inconnu, car autant les linguistes ont tenté de définir le sigle en tant que résultat d’une siglaison, autant ils ont éludé, du moins la majorité d’entre eux, la question de la nature du sigle en tant que signe linguistique. Kocourek (1991) propose par exemple que les sigles et leur forme longue correspondante sont synonymes alors qu’Affeich (2010) avance que la signification des sigles est assujettie à celle de leur source. D’autres ont traité d’autonomisation et de lexicalisation des sigles, que ce soit Gaudin (1971), Calvet (1980), Agron (1990) ou encore Percebois (2001). Pour autant, le sujet de la nature sémiotique du sigle n’a jamais été abordé de front; sujet qu’on pourrait résumer succinctement par le questionnement suivant : comment se fait-il qu’en date du 10 février 2012, on retrouvait sur le moteur de recherche Google un total de 54 600 résultats pour la requête affichage ACL alors que affichage constitue la forme longue de la première initiale constitutive de ce sigle? Et de façon plus théorique, quelle est la nature de la relation entre le sigle et sa source? C’est là la question centrale de ce travail.

(28)
(29)

Chapitre 1 : Choix et justification des termes employés

Dans ce chapitre, nous prenons le temps de faire quelques remarques concernant le vocabulaire employé tout au long de ce mémoire de maîtrise. Pour certains vocables, on le verra, une restriction soutenue par des enjeux théoriques a été considérée comme non pertinente – et la précision est primordiale – dans le cadre de notre recherche, alors que pour d’autres, une telle restriction a été sentie comme essentielle. Dans le cas précis du vocabulaire servant à représenter les unités sous-jacentes aux sigles, nous avons dû trancher, faute de consensus autour d’une terminologie, en faveur d’un emploi ou d’un ensemble d’emplois particuliers.

1.1. Mot, terme et unité lexicale

S’il est un sujet qui porte à débat dans le domaine de la linguistique, c’est bien celui de la pertinence de l’emploi du signe linguistique mot. L’extension attribuée à ce signe, ainsi que celle concomitante du concept qu’il représente, est floue et régulièrement dépendante des cadres théoriques adoptés dans les études et de l’objet d’étude de ces dernières. Ainsi, Greimas (1989) avance qu’on « sait depuis les années 1930, qu’il n’existe aucune définition satisfaisante du mot […] » (Greimas, 1989, p. 58) et qu’on ne devrait se fier qu’aux unités situées « dans l’en deçà et dans l’au-delà des mots » (ibid.), par exemple les sèmes et les segments discursifs. Pour Martinet (1989), selon l’étude, on peut définir mot par « lettre ou ensemble de lettres délimités par deux blancs » (Martinet, 1989, p. 84). Tout dépend donc du type d’analyse qui est mené. De son côté, Maurice Gross (1989) pose que mot peut s’employer en tant que représentant d’une « association entre une forme et un sens » (Gross, 1989, p. 207), alors que Pottier (1989) oppose mot et lexie suivant la distinction que le premier représente une unité libre construite en langue et le second une unité formée d’un ou de plusieurs mots mémorisés en langue. À quatre auteurs donc, on peut associer quatre définitions de mot. Autant l’emploi de mot ouvre la porte à des débats animés, autant il relève d’une simplicité qu’il serait difficile de mettre de côté sans inlassablement tomber dans des figures de contournement. Kocourek (1991, p. 92) avance que le remplacement de mot par lexème ou par vocable dépend des objectifs de son utilisateur. Or, nos objectifs de recherche ne nous incitent pas à distinguer plus avant les différents types d’unités lexicales. En ce sens, nous nous sommes permis d’employer mot afin de dénommer, assez généralement, les unités du discours. Lorsque les unités lexicales semblaient être associées à un domaine de spécialité particulier, et donc qu’elles étaient définies dans ces mêmes domaines, nous avons fait l’emploi de terme suivant la définition qu’en donne Kocourek (1982, p. 77) : « Le terme est une unité lexicale définie dans les textes de spécialité. » Encore est-il que les mots, ou les termes, ne sont pas contraints par

(30)

l’obligation de demeurer à l’intérieur des limites des vocabulaires des domaines spécialisés ou, inversement, de ne pas y pénétrer. Pour nous, ce ne sont pas les unités du langage qui sont spécialisées ou générales, mais plutôt leurs emplois. L’emploi de cuivre pour référer à l’élément chimique tient probablement d’un vocabulaire spécialisé, mais lorsqu’on traite d’un tuyau de cuivre, on sort très certainement de ce même domaine. Cette conception des mots suit une approche sémasiologique dans laquelle à un mot correspondent plusieurs emplois, plutôt qu’à une approche onomasiologique dans laquelle chaque emploi renvoie à un mot, ou à un terme. Comme nous ne traitons pas dans ce mémoire des emplois mais bien des signes linguistiques, l’emploi de mot ou de terme suit généralement la distinction qui a été faite plus tôt concernant les usages. En bien des cas, nous utilisons également la dénomination unité lexicale. Cette dénomination sert de substitut à mot et à terme, et est parfois suivie de l’adjectif simple. Lorsque c’est le cas, c’est que nous voulons faire une distinction avec ce que nous appelons unité lexicale complexe, ce à quoi renvoyait lexie pour Pottier (1989), soit une unité composée de plusieurs mots, ou de plusieurs unités lexicales simples. Ce sont donc trois dénominations qui s’intervertissent dans cette recherche afin de représenter les unités du langage, que celles-ci soient perçues en langue ou en discours.

1.2. Sens et signification

Nous traiterons abondamment dans cette recherche de l’aspect sémantique des sigles parce que nous entendions au départ déterminer si la source des sigles doit être intégrée comme élément de sens des sigles, mais aussi parce que nous avons demandé aux participants de nos enquêtes de définir les sigles. Dans cette optique, qui dit définition dit représentation du sens ou signification. Nous serons donc porté à traiter du sens et de la signification, ce qui nous oblige à expliciter ce que nous entendons lorsque nous employons les termes sens et signification. La distinction entre le sens et la signification dépend du cadre théorique dans lequel on se situe. Rastier (2003) présente cette problématique lorsqu’il compare ces deux concepts pris dans l’herméneutique allemande des Lumières, dans la tradition logique ou encore en sémantique cognitive. Dans la première approche, la signification est définie comme « une forme stable, indépendante ou peu dépendante des contextes, alors que le sens varie selon les contextes, et il n’est pas défini relativement à un signe isolé » (Rastier, 2003, en ligne). À cette approche de la signification et du sens, respectivement « Sinn » et « Bedeutung » en allemand, on peut opposer la conception de la tradition logique dans laquelle ces mêmes deux termes allemands renvoient respectivement non plus à signification et à sens, mais à signification et à dénotation. L’interprétation est toute autre dans ce cas. Notre conception de la signification et du sens s’inspire plutôt de la psychomécanique du langage qui pose une frontière entre ce qui tient du puissanciel, la langue, et ce qui tient de l’effectif, le discours.

(31)

Nous rapprocherons le concept de signification à celui de signifié puissanciel, celui-ci étant vu comme « une représentation d’impressions généralisées » (Lowe, 2007, p. 67). En ce sens, la signification d’un mot serait une collection et une condensation d’impressions non pas absolue, mais suffisante à l’appréhension du monde :

La matière du langage qui se résoudra en substance-matière et en substance-forme, ce sont ces impressions dont la fixation est tentée, non pas la fixation absolue, mais la fixation suffisante. Ce qui est recherché, c’est une concevabilité pas trop fuyante de l’impression dont la pensée est captive.

(Gustave Guillaume5, cité dans Lowe, 2007, p. 111)

Le terme sens se rapproche souvent en essence de ce qui est appelé signifié effectif dans cette théorie, soit la sélection dans le discours d’une partie des impressions constituant le signifié puissanciel d’une unité lexicale.

Autant la distinction entre ce qui tient de la signification et ce qui tient du sens est-elle satisfaisante au plan théorique, autant elle n’a que peu d’applications pratiques dans le cadre de la présente recherche. Effectivement, notre étude se situe plus généralement sur le plan de la relation entre le sigle et sa source, relation qu’il serait même précoce d’associer au plan du sens plus qu’au plan de la forme. Or, il sera inévitablement question du sens et de la signification des sigles puisque nous avons demandé aux participants de nos enquêtes de les définir. N’ayant pas comme objectif de distinguer ce qui tient de la signification ou du sens des sigles, nous emploierons l’un et l’autre assez librement. Ceci étant, cette distinction pourra être considérée avec plus de rigueur lors de recherches ultérieures sur le sémantisme des sigles.

1.3. Vocabulaire général et spécialisé, locuteurs spécialisés et

non spécialisés

Nous l’avons dit plus tôt, l’objet théorique de cette recherche consiste en l’aspect sémiotique des sigles. Afin d’appréhender ce sujet, nous nous sommes intéressé à la frontière entre le vocabulaire spécialisé et le vocabulaire général. Mounin (1979, p. 13) précise qu’il n’existe pas « de langue du droit en soi mais seulement, à l’intérieur de la langue française, un vocabulaire du droit […] », alors que le même son de cloche se fait entendre chez Quemada (1978, p. 1153), selon qui « […] il convient de parler de “vocabulaires” […] » techniques et scientifiques plutôt que de langues. Pour Kocourek (1991), la langue de spécialité existe. Le recours aux sigles et autres abréviations y est d’ailleurs si important qu’il l’inclut dans la définition même qu’il donne de la langue de spécialité :

(32)

« […] la langue de spécialité sera une sous-langue de la langue dite naturelle, enrichie d’éléments brachygraphiques, à savoir abréviatifs et idéographiques, qui s’intègrent à elle en se conformant à ses servitudes grammaticales » (Kocourek, 1991, p. 11). Le but de cette étude n’étant pas de traiter la question de l’existence de la langue de spécialité, nous ferons généralement référence aux vocabulaires spécialisés plus qu’aux langues de spécialité. Autant la distinction entre langue de spécialité et vocabulaire de spécialité ne nous apparaît pas primordiale dans le cadre d’une étude des propriétés sémiotiques de sigles, autant nous ne sentons pas le besoin de distinguer vocabulaire spécialisé de vocabulaire technique et de vocabulaire scientifique. La distinction de ces termes pourrait tenir un caractère essentiel dans certains types de recherche sur les sigles, mais ici, elle ne nous apparaît pas nécessaire. Cependant, nous tracerons une ligne entre ce qui tient du vocabulaire spécialisé et ce qui tient du vocabulaire général. Effectivement, nombre d’auteurs, dont Pavel (1988), Bauer (1990), Kocourek (1991) ou encore Rodríguez González (1993b), ont remarqué que les sigles proviennent principalement des vocabulaires des domaines techniques. Le dernier de ces auteurs pose d’ailleurs en substance que le scientifique, plus que quiconque, a besoin de signifiants uniques pour ses conceptualisations, considération à laquelle conviennent particulièrement bien les sigles (Rodríguez González, 1993b, p. 290). Notons que nous reviendrons sur les propos de ces auteurs dans le chapitre suivant. Une distinction s’impose donc entre deux vocabulaires : l’un, effectivement, n’est pas le lieu privilégié de création des sigles. Ceci étant, et comme nous l’avons dit plus tôt, pour nous, les unités lexicales ne tiennent pas d’un domaine ou d’un autre. Ce sont plutôt les usages de ces unités qui peuvent être associés plus étroitement à un vocabulaire spécialisé ou au vocabulaire général.

La distinction entre ce qui se rapporte au spécialisé et au général a été pertinente dans cette étude aussi par rapport à la catégorisation des participants de notre enquête par questionnaire, première phase de notre recherche. Comme nous voulions déterminer si les locuteurs spécialisés dans un domaine précis avaient, entre autres choses, une meilleure connaissance de la source – nous reviendrons sur ce terme plus bas – des sigles que les locuteurs non spécialisés par rapport à ce même domaine. Ici, plutôt que d’employer général, nous avons décidé d’utiliser une paraphrase certainement plus lourde, mais surtout moins sujette à polémique : locuteur non spécialisé. Encore une fois, une précision s’impose. Effectivement, le fait qu’un locuteur soit dit non spécialisé n’implique pas qu’il n’ait aucune spécialisation, mais simplement qu’il n’en ait pas dans le domaine qui nous intéresse. Certains des participants de notre recherche étaient catégorisés comme non spécialisés en électronique, mais menaient néanmoins des études à la maîtrise ou au doctorat dans des domaines autres. Comme on le verra dans la partie II consacrée à l’enquête par questionnaire, les locuteurs non spécialisés ont été intégrés dans les groupes NSpéc

(33)

(Non Spécialisé) et les locuteurs spécialisés dans le groupe Spéc (Spécialisé). Ces quelques précisions ayant été faites, nous nous penchons maintenant sur la dénomination des unités à partir desquelles les sigles sont générés, dénomination qui reviendra régulièrement dans ce mémoire de maîtrise.

1.4. Termes retenus pour dénommer la forme longue des sigles

Une des caractéristiques les plus saillantes des sigles est très certainement la relation que ce type d’unité entretient avec une unité qui lui est en quelque sorte préalable. L’existence de cette seconde unité fait certes consensus parmi les auteurs ayant traité des sigles, mais chacun d’entre eux en propose une dénomination différente selon le cadre théorique dans lequel il inscrit sa recherche. Pour Giraldo Ortiz (2008b; 2010), les sigles proviennent de structures syntagmatiques, alors que Calvet y voit « toujours un synthème » (Calvet, 1980, p. 36), c’est-à-dire un groupe figé de monèmes, conception qui est d’ailleurs partagée par Germain et Lapierre (1988). De son côté, Rodríguez González (1987; 1993a; 1993b) dénomme cette même réalité, respectivement, expression phraséologique, syntagme ou encore dénomination et phrase. Notons ici que cet auteur écrit en espagnol et que la traduction de « frase » en phrase n’est peut-être pas idéale dans la mesure où « frase » renvoie aussi bien en espagnol à la phrase qu’au syntagme. Pour Nakos (1990), c’est plutôt une lexie complexe ou un syntagme long et complexe. Le nombre de dénominations est si grand afin de représenter cette unité préalable que Kocourek (1991), qui pour sa part emploie syntagme lexical source, en propose une liste contenant 25 items. Les dénominations déjà présentées s’y retrouvent, autant que d’autres telles que composé syntagmatique, syntagme autonome, lexème complexe ou groupe lexicalisé.

Si l’on sort des études portant sur les sigles, on voit qu’une séquence comme affichage à cristaux liquides peut correspondre dans la terminologie de Mejri à une séquence polylexicale, c’est-à-dire à une séquence qui a « un signifiant pluriel formé de plusieurs unités lexicales employées d’une manière autonome hors du cadre de la séquence » (Mejri, 2003, p. 2). L’auteur appelle également ces structures séquences figées.

Peu importe la dénomination précise, ce qui importe est que « le syntagme dont on tire un sigle constitue généralement un tout, une unité linguistique, complexe certes, mais unie cependant » (Calvet, 1973, p. 33). Il semble donc que, dépendamment du cadre théorique et dépendamment du point de focalisation, on pourra employer une dénomination ou une autre tant que celle-ci implique l’idée d’une certaine unité. Dans notre cas, nous avons décidé de nous inspirer de l’expression de Kocourek (1991). En fait, de syntagme lexical source, nous n’avons conservé

(34)

que le dernier terme, soit source. Il n’est effectivement pas si évident de déterminer si un syntagme était réellement lexicalisé avant d’être siglé. D’ailleurs, les sigles sont parfois créés avant leur forme longue. Cette dernière est bel et bien généralement un syntagme, mais nous avons préféré le sous-spécifier afin d’alléger la lecture. De fait, nous emploierons par ellipse la dénomination source afin de représenter les formes longues à partir desquelles les sigles sont créés. Notons que Calvet (1980) emploie également source afin de renvoyer à cette forme longue. Ceci étant, nous pourrons particulariser ce que nous entendons par source, notamment lorsque nous traiterons d’une partie de la forme longue d’un sigle, ce que nous appellerons segment source.

Nous nous sommes limité au terme source dans ce travail bien que nous soyons conscient que la description de la forme longue peut s’avérer complexe sur le plan théorique. Nakos (1990, p. 412) traite par exemple du sigle CREST qui serait une « réduction extrême puisque chaque lettre de l’acronyme représente une lexie complexe ou une lexie construite de plusieurs composantes », le CREST étant l’amalgame d’une série de pathologies, et, parallèlement, CREST est l’amalgame des initiales d’une série de termes représentant ces pathologies. Nakos (1990) donne les sources suivantes pour chacune des lettres constitutives de CREST : C renvoie à calcinose sous-cutanée, R à syndrome de Raynaud, E à dysfonction de l’œsophage, S à sclérodactylie et T à télangiectasie. On retrouve les équivalents anglais de chacune de ces sources dans la National Library of Medecine : « CREST syndrome: an acronym for Calcinosis, Raynaud phenomenon, Esophageal dysfunction, Sclerodactyly, Telangiectasis »6. De fait, nous nous en tiendrons à la dénomination source afin de représenter la forme longue des sigles tout en sachant que cette dernière n’est pas systématiquement un syntagme.

(35)

Chapitre 2 :

Conception

des

divers

procédés

abréviatifs

et

caractéristiques des sigles

Ayant apporté les quelques précisions terminologiques qui s’imposaient à nos yeux au chapitre 1, nous nous penchons ici plus spécifiquement sur les sujets théoriques ayant trait aux sigles. Vu les limites de temps et d’espace qui nous sont imparties par le cadre rédactionnel d’un mémoire de maîtrise, nous nous limitons dans ce chapitre à présenter les sujets théoriques les plus essentiels à une recherche portant sur la caractérisation de la nature sémiotique des sigles. Les points que nous abordons ici permettront au lecteur de mieux saisir l’intérêt d’une recherche sur les sigles, mais aussi de comprendre ce qui justifie une recherche séparée en deux phases distinctes et successives. Dans un premier temps, nous définissons ce qu’est un sigle tout en nous attardant sur un problème récurrent dans les écrits, soit la différence entre le sigle et l’acronyme. Nous ferons ensuite un survol du sujet de l’emploi des sigles en français, mais aussi en indonésien et en arabe. Le sujet de la fonction des sigles en tant que signe linguistique est ensuite traité, sujet qui constitue en quelque sorte l’épine dorsale de l’analyse de corpus que nous avons menée dans cette étude.

2.1. Procédés abréviatifs et leur résultat

La littérature portant sur le sujet des sigles ne permet pas d’atteindre un consensus quant à la définition des différents procédés abréviatifs. Cette absence de consensus entourant la description des divers types d’abréviation a fait l’objet de remarques de divers auteurs, par exemple Bauer (1990) qui compare la taxonomie des procédés abréviatifs à une jungle terminologique, Brožová qui ressent le besoin de décrire et de justifier la terminologie qu’elle emploie « puisque celle-ci n’est pas unanime dans les grammaires » (Brožová, 2006, p. 5) ou encore Zolondek qui explicite ce qu’elle entend par siglaison « puisqu’il semble y avoir autant de définitions qu’il y a de spécialistes » (Zolondek, 1991, p. 59). Plus récemment, et à la suite d’une recension des écrits, Giraldo Ortiz (2008a; 2010) constate qu’aucun consensus terminologique ne s’est établi quant à la typologie des procédés abréviatifs, ce qui amène l’auteur à pallier cet épineux problème en offrant une nomenclature complète des procédés abréviatifs, nomenclature qui sera présentée, du moins en partie, plus loin.

2.1.1. L’abréviation, la symbolisation et la troncation

Bien que la présente recherche soit orientée vers l’étude des sigles, nous nous permettons de faire un survol des procédés abréviatifs les plus courants. Notons que par procédé abréviatif, nous entendons un ensemble de procédés « opérant sur des objets d’une langue naturelle pour les transformer en des objets d’un langage plus ou moins artificiel entretenant des liens particuliers

(36)

avec la langue source » (Courrieu, 1988, p. 48). Si l’on parle de procédés, donc, c’est que préalablement à l’existence des unités abréviatives – résultats des procédés abréviatifs – se trouvent des procédés de création opérant sur un segment source. De fait, à chaque type d’unité abréviative correspond un procédé particulier ayant agi sur un ou des signes linguistiques initiaux. On verra plus loin que l’absence de distinction entre ce qui relève des unités abréviatives et ce qui tient plutôt des procédés abréviatifs est un point majeur participant à l’expansion de la jungle terminologique dont traitait Bauer (1990).

On peut dès à présent séparer les différents procédés abréviatifs en deux catégories ayant trait à la nature de la source. Dans la première catégorie, les procédés abréviatifs en jeu s’appliquent sur des unités lexicales simples. On retrouve généralement dans cette catégorie les trois procédés abréviatifs suivants : l’abréviation, la symbolisation et la troncation. Déjà, et si l’on considère la distinction que nous faisons entre procédé abréviatif et unité abréviative, une remarque terminologique s’impose qui a trait au principe de la terminologie traditionnelle selon lequel un terme devrait n’être assigné à la représentation que d’un seul concept (Temmerman, 2000). Suivant ce principe, on pourrait s’attendre à ce que chaque procédé abréviatif et chaque unité abréviative possèdent une dénomination particulière. Or, dans le champ d’étude qui nous intéresse, la polysémie est tout à fait présente. Autant abréviation sert à représenter le procédé en tant que tel, autant il est employé pour l’unité résultant de ce procédé; la même chose peut être dite de troncation. Ceci ne facilite en rien la distinction entre ce qui tient du processus et ce qui tient du résultat et, corollairement, cela complique la tâche du linguiste qui s’intéresse à ces sujets. Nous reviendrons plus loin sur ce problème terminologique, lorsque nous traiterons de la distinction entre sigle et acronyme.

Les abréviations et les symboles sont deux types d’unités abréviatives qui proviennent d’une unité lexicale simple et qui, pour Losson (1990, p. 4), se prononcent « comme les mots qu’ils représentent », conception que propose également Tournier (1985) au sujet de l’abréviation. Pour le premier, donc, M. et m, une abréviation et un symbole, se prononcent tous deux à la manière de leur source respective, soit monsieur et mètre. La distinction entre l’abréviation et le symbole résiderait dans leurs usages respectifs. Ainsi, l’abréviation résulte « d’une pratique de longue date, mais relativement libre, et varie selon les langues » (Losson, 1990, p. 4), alors que, de leur côté, les symboles font « l’objet d’une normalisation, généralement internationale, et sont supposés connus de tous, d’autant qu’ils sont enseignés dans le cadre des systèmes nationaux » (ibid.).

Dès lors, on peut se questionner à savoir si la prononciation des unités abréviatives est un critère efficace afin de les catégoriser, comme le fait Losson (1990), mais aussi d’autres auteurs, comme

(37)

nous le verrons plus tard. Qu’advient-il des abréviations et des symboles lorsqu’ils sont prononcés non pas à la manière de leur source, mais plutôt selon leur constitution propre? Le symbole H2O peut bien se prononcer comme eau, mais il peut également se prononcer analytiquement. La prononciation semble un critère trop instable, voire fluctuant, pour que nous puissions élaborer une terminologie à partir d’elle. On pourrait par exemple intégrer aux critères distinctifs du symbole de Losson (1990) le fait de provenir des vocabulaires spécialisés, alors que l’abréviation tiendrait du vocabulaire général. Cette distinction se retrouve par ailleurs dans la définition que donne Affeich (2010) du symbole. Elle y voit effectivement une unité linguistique à caractère conventionnel s’employant « surtout dans les domaines techno-scientifiques : symboles chimiques, mathématiques, etc. » (Affeich, 2010, p. 141). De son côté, Giraldo Ortiz (2010) ne traite pas du symbole, mais aborde le sujet de l’abréviation qu’il décrit comme « une unité de réduction d’une unité lexicale faite par élimination de certains de ses graphèmes » (Giraldo Ortiz, 2010, p. 74). En n’intégrant pas le symbole dans sa nomenclature, ce que Losson (1990) considérait comme tel se retrouve dans la catégorie des abréviations, notamment Km (kilómetro) et m (metro). On voit ici que la typologie des unités abréviatives ne fait pas consensus, mais aussi que le moyen privilégié afin de réduire le signifiant de la source par abréviation ou par symbolisation tient d’une réduction à l’initiale ou aux initiales morphologiques d’un mot, ces dernières pouvant être associées aux morphèmes des unités lexicales.

Ce procédé distingue l’abréviation et la symbolisation de la troisième catégorie de procédés abréviatifs, soit la troncation. Celle-ci est décrite par Giraldo Ortiz comme « une unité de réduction résultant, en général, de l’élimination de la finale d’une unité lexicale » (Giraldo Ortiz, 2010, p. 74). Sont donc considérées comme des troncations les unités telles que auto (automobile) ou manif (manifestation), troncations relevant d’une apocope, soit la chute « d’un ou plusieurs phonèmes ou syllabes à la fin d’un mot » (Dubois et coll., 2002). La troncation pourra s’effectuer par la chute de la partie initiale d’un segment source comme dans bus qui tire son origine de autobus. Dans ce cas, nous sommes face à une aphérèse. On voit donc que plusieurs critères sont employés pour distinguer les procédés abréviatifs et les unités qui en résultent, que ce soit la prononciation, la nature de la source ou encore la nature du procédé en soi. On devancera ici notre propos sur les sigles afin de faire remarquer que l’abréviation ne semble se distinguer de la siglaison, si l’on se fie notamment à la définition qu’en donne Giraldo Ortiz (2010), que par la nature de la source qui se veut simple pour l’abréviation et complexe pour le sigle, complexe au sens de « qui est constitué de plusieurs unités lexicales ». Ce tour d’horizon des différents procédés abréviatifs impliquant une source simple étant fait, nous pouvons nous pencher sur le procédé abréviatif nous ayant le plus intéressé dans cette recherche, la siglaison, et sur le résultat de ce procédé : le sigle.

(38)

2.1.2. La siglaison et l’acronymie

Les sigles tels que nous les avons présentés tiennent d’un procédé de siglaison, procédé qui est appliqué à des unités lexicales complexes, ou plutôt – et c’est le terme que nous employons généralement – à une source. Comme pour l’abréviation, les éléments conservés lors de l’application du procédé abréviatif sont généralement les initiales de mots ou encore les initiales morphologiques. Ceci étant, il existe en français deux dénominations afin de référer à ce procédé, soit siglaison et acronymie. Le problème ne réside pas ici dans l’existence de ces deux termes, mais plutôt dans les différents traitements qu’en font les linguistes. Nous verrons ici comment les linguistes abordent cette question et, par le fait même, nous verrons les limites conceptuelles que nous accordons au sigle et à l’acronyme.

2.1.2.1.

Distinction des sigles et des acronymes

La première approche qu’on retrouve dans les écrits consiste à distinguer, selon des critères bien définis, le sigle de l’acronyme et, ce faisant, à les considérer comme deux types d’unités abréviatives différentes, même si dans la majorité des cas cette même distinction n’est pas faite entre la siglaison et l’acronymie.

Le critère principal de distinction entre sigles et acronymes est celui de la prononciation. Avant d’aborder plus en profondeur le sujet, notons que, par rapport à celui-ci, nous distinguons la prononciation alphabétique de la prononciation syllabique. La première renvoie à une épellation faite suivant une stratégie de correspondance lettre-syllabe – DEL se prononçant en trois syllabes – alors que la seconde suit les principes conventionnels de la lecture, soit une stratégie de correspondance lettre-son. Dans ce cas, un sigle tel que DEL se prononcerait en une seule syllabe. Pour Allain (1990, p. 159), « chaque lettre d’un sigle se prononce », alors que « les acronymes se lisent à la manière d’un mot », c’est-à-dire syllabiquement. Ce même critère distinguant sigles et acronymes est retenu par plusieurs auteurs, notamment Nakos (1986; 1990), Zolondek (1991) et Klein (2006), par Vandendorpe (1991) qui s’intéresse à l’accentuation des sigles, ou encore par Nkwenti-Azeh et Sager (1990) selon lesquels le sigle ne se prononce jamais comme un mot, la prononciation syllabique étant réservée aux acronymes. Pour Pires, « le sigle s’articule sous forme de noms de lettres et l’acronyme par une verbalisation classique » (Pires, 2007, p. 290), alors que le sigle, en tant que résultat d’un procédé de réduction « des éléments d’une unité sémantique complexe aux lettres initiales ou aux premières syllabes de ces éléments » (Brožová, 2006, p. 15) s’oralise – se prononce – par l’épellation successive des lettres initiales. Si, plutôt, l’oralisation « se fait par la lecture » (ibid.) à la manière des unités lexicales régulières de la langue, on est face à un acronyme. Affeich (2010) reprend cette distinction se basant sur la prononciation, alors que, pour

Figure

Figure 1.  Le triangle sémiotique d’Ogden et Richards et sa version simplifiée  Partant du triangle sémiotique d’Ogden et Richards, donc, Affeich (2010) propose la représentation  suivante afin d’imager l’équivalence sémantique entre les sigles et leur sou
Tableau 2.  Les étapes de la lexicalisation des sigles selon Rodríguez González (1993a)  Source
Tableau 4.  Marques de domaine répertoriées dans le GDT selon les sigles du  questionnaire d’enquête*
Tableau 7.  Âge, intérêt pour le domaine de l’électronique et connaissance du domaine de  l’électronique selon le groupe de participants
+7

Références

Documents relatifs

Lanzafame et Messine (2010) ont examiné la performance d'une éolienne en fonctionne continu avec un coefficient de puissance maximal, ou Ils ont développé un code de

L’étude a ainsi montré l’importance des supports en terme de rigidité sur la stabilité de la coupe en fraisage périphérique pour le parachèvement de

21/44 L’établissement a conclu des conventions avec certains établissements de court séjour, notamment avec le CH de Gonesse pour des prises en charge en service de SSR gériatriques,

Quand le sens d’un peuple s’endurcit tellement, quand l’histoire sert la vie passée au point qu’elle mine la vie présente et surtout la vie supérieure, quand le sens

Dans cette partie, nous appliquons les mod`eles de consommation d’´energie pour ´evaluer la dur´ee de vie du nœud capteur d’image pour la transmission et la compression d’une

Au risque de passer pour un mauvais convive, surtout après les exposés beaucoup plus agréables que vous venez d'entendre, je vais cependant essayer succinctement de faire un

nous remarquons encore que, si la tangente enveloppe la trajectoire, la courbe lieu du pôle tournée d'un angle droit autour du centre attractif n'est autre chose que la

Les points où se coupent les bissectrices des angles opposés du quadrilatère complet ABCDEF, tant inté- rieurs qu'extérieurs, maïs pris simultanément : i° de même espèce; 2 0