L’anxiété après un traumatisme crânio-cérébral léger
Mémoire doctoral
Guillaume Lamontagne
Doctorat en psychologie
Docteur en psychologie (D. Psy.)
Québec, Canada
iii
Résumé
Le premier objectif de cette étude était de documenter la fréquence des troubles liés à l’anxiété et des symptômes anxieux à 4, 8 et 12 mois post-accident chez des individus ayant subi un traumatisme crânio-cérébral léger (TCCL), selon l’historique de trouble anxieux, le type de TCCL (simple ou complexe) et les antécédents de TCCL. Le second objectif était de vérifier si la présence d'anxiété dans les premiers mois après le TCCL est associée à davantage de symptômes dans différentes sphères à plus long terme, soit la fatigue, l’irritabilité, le stress perçu, les difficultés cognitives, la dépression, l’insomnie et la douleur. Cent vingt participants ayant subi un TCCL ont été évalués à 4, 8 et 12 mois avec le Mini-International Neuropsychiatric Interview, l'Échelle hospitalière d'anxiété et de
dépression, et des questionnaires évaluant la fatigue, l’irritabilité, le stress perçu, les
difficultés cognitives, la dépression, l’insomnie et la douleur. Les résultats montrent que la fréquence des troubles liés à l'anxiété est élevée au cours des 12 premiers mois, bien qu’on observe une diminution significative entre 4 et 12 mois. À 4 mois, 24% ont présenté au moins un trouble lié à l’anxiété comparativement à 11% à 12 mois. De plus, les individus ayant des antécédents d’anxiété sont significativement plus anxieux après l’accident. Finalement, les personnes anxieuses 4 mois après l’accident, comparativement aux individus non anxieux, présentent davantage de symptômes dans différentes sphères 12 mois après l’accident.
v
Abstract
The first objective of this doctoral thesis was to document anxiety-related disorders and anxiety symptoms 4, 8 and 12 months after mild traumatic brain injury (MTBI), according to premorbid history of anxiety, type of MTBI (complicated or uncomplicated) and premorbid history of MTBI. The second objective was to examine whether the presence of anxiety in the first months after MTBI is associated with more symptoms in different domains in the longer term. Participants were 120 adults with MTBI who were evaluated 4, 8 and 12 months post-accident with the Mini International Neuropsychiatric
Interview, the Hospital Anxiety and Depression Scale, and other self-reported
questionnaires evaluating fatigue, irritability, perceived stress, cognitive difficulties, depression, insomnia and pain. Results indicated that the frequency of anxiety-related disorders is high in the first 12 months, although there is a significant decrease between 4 and 12 months post-injury. At 4 months post-MTBI, 24% had at least one anxiety-related disorder compared to 11% at 12 months. Individuals with premorbid history of anxiety disorders were significantly more anxious after MTBI compared to those without past history of anxiety. Compared to participants without anxiety, participants with significant anxiety 4 months after MTBI showed more symptoms associated with MTBI at the 12-month assessment.
vii
Table des matières
Résumé ... iii
Abstract ... v
Table des matières ... vii
Liste des tableaux ... ix
Liste des abréviations ... xi
Remerciements ... xiii
Avant-propos ... xv
Chapitre I – Introduction générale ... 1
Présentation de la problématique ... 1
Traumatisme crânio-cérébral ... 1
Épidémiologie... 1
Sévérité du TCC ... 2
Étiologie et pathophysiologie ... 2
Facteurs de risque et de protection ... 3
Symptômes physiques, comportementaux, cognitifs et psychologiques... 3
TCC léger ... 5
Épidémiologie... 5
Diagnostic. ... 6
Symptômes fréquents après un TCCL. ... 7
Impacts cognitifs. ... 10
Impacts psychologiques après un TCCL ... 10
Anxiété après un TCCL... 12
Prévalence... 12
Étiologie de l'anxiété. ... 15
Rôle potentiel de l’histoire d’anxiété ou de troubles psychologiques pré-accident. ... 16
Rôle potentiel du type de TCCL. ... 16
Rôle potentiel des antécédents de TCCL ... 16
Synthèse de la problématique ... 17
Chapitre 2 : Article ... 19
Résumé ... 21
Introduction ... 23
viii Méthodologie ... 28 Participants. ... 28 Procédure. ... 28 Mesures... 29 Analyses. ... 34 Résultats ... 36 Description de l'échantillon. ... 36
Prévalence des troubles liés à l'anxiété et sévérité des symptômes anxieux. ... 37
Anxiété dans la première année selon la présence de troubles anxieux en pré-accident. ... 37
Anxiété dans la première année selon le type de TCCL. ... 38
Anxiété à la première année selon les antécédents de TCCL. ... 39
Comparaison des individus anxieux et non anxieux 4 mois post-TCCL sur plusieurs symptômes 12 mois post-TCCL. ... 39
Discussion ... 40
Références de l'article ... 46
Chapitre 3 : Conclusion générale ... 59
Références ... 63
Annexe A ... 75
ix
Liste des tableaux
Tableau 1. Caractéristiques sociodémographiques et cliniques de l'échantillon TCCL ... 52
Tableau 2. Prévalence des troubles liés à l'anxiété au MINI et sévérité des symptômes anxieux à l'ÉHAD-A selon le temps de mesure ... 53
Tableau 3. Anxiété selon la présence ou l’absence d’antécédent de troubles anxieux ... 54
Tableau 4. Anxiété selon le type de TCCL ... 55
Tableau 5. Anxiété selon la présence ou l’absence d’antécédent de TCCL. ... 56
Tableau 6. Scores des variables dépendantes à 12 mois post-accident selon la présence ou l'absence d’anxiété 4 mois après l’accident. ... 57
xi
Liste des abréviations
TCCL Traumatisme crânio-cérébral léger TCC Traumatisme crânio-cérébral SPC Syndrome post-commotionnelDSM Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux
ICD-10 Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes
MINI Mini-International Neuropsychiatric Inventory SCID Structured Clinical Interview for DSM-IV
ÉHAD-A Sous-échelle d'anxiété de l'Échelle hospitalière d'anxiété et de dépression
ÉHAD-D Sous-échelle de dépression de l'Échelle hospitalière d'anxiété et de dépression
GEE Modèles linéaires généralisés
QICC Quasi-vraisemblance corrigée sous un critère de modèle d'indépendance
GLM Modèle linéaire généralisé
xiii
Remerciements
Je tiens à remercier ma directrice de recherche, Marie-Christine Ouellet, qui m'a aidé à réaliser chacune des étapes de ce mémoire. Tu as été présente, compréhensive et à l'écoute du début à la fin du processus. Merci pour tes nombreux encouragements, ta capacité à nous remettre dans l'action et à persévérer vers l'atteinte de nos objectifs. Tu as été très généreuse de ton temps et sans toi ces années n'auraient pas été aussi agréables. Je désire remercier également Geneviève Belleville, membre du comité d'encadrement, qui a lu le mémoire à plusieurs reprises et effectué diverses suggestions fort utiles et pertinentes à la poursuite du projet.
Merci à Simon Beaulieu-Bonneau et à Myriam Giguère pour votre aide et vos bons conseils tout au long du doctorat. L'ambiance de travail fut très agréable grâce à vous et aux autres étudiants du laboratoire de recherche. Merci à Sarah, Danielle, Marie-Ève, Geneviève et Valérie, ce fut un réel plaisir de partager mon quotidien avec vous au cours des dernières années.
Je tiens à remercier mes parents qui ont été présents et m'ont soutenu tout au long de mes études. Merci à mes amis, vous m'avez aidé à persévérer et à travailler à l'obtention d'un équilibre de vie qui fut essentiel à l'achèvement de ce mémoire.
xv
Avant-propos
Ce mémoire doctoral a été réalisé par Guillaume Lamontagne et sous la direction de Dre. Marie-Christine Ouellet (Ph. D), professeure agrégée à l'Université Laval. J'ai travaillé, comme auteur principal de l’article, avec l'équipe de recherche de Dre. Ouellet pour recueillir et analyser les données prises dans la base de données de l'étude longitudinale. L'article scientifique inséré dans ce mémoire sera traduit en anglais et soumis prochainement pour publication dans une revue scientifique.
1
Chapitre I – Introduction générale
Présentation de la problématiqueCe mémoire doctoral porte sur l'anxiété après un traumatisme crânio-cérébral léger (TCCL). Peu d'études se sont intéressées spécifiquement à l'anxiété après un TCCL, et certaines études suggèrent que l'anxiété serait une variable ayant une influence importante sur le rétablissement. Afin de favoriser la compréhension du lecteur, ce texte débute par une mise en contexte portant sur le traumatisme crânio-cérébral (TCC) en général. Ensuite, différentes sections sur le TCCL sont abordées, dont les liens entre l'anxiété et le TCCL documentés dans la littérature. La présente étude désire combler certaines lacunes présentes dans la littérature concernant ce sujet et documenter différentes variables associées à l'anxiété après un TCCL.
Traumatisme crânio-cérébral Épidémiologie.
Le traumatisme crânio-cérébral (TCC) est défini comme « une blessure à la tête documentée dans un dossier médical qui entraîne au moins une des manifestations suivantes : diminution du niveau de conscience, amnésie, anomalie(s) neurologique(s) ou neuropsychologique(s), fracture(s) du crâne, lésion(s) intracrânienne(s) diagnostiquée(s) ou la mort » (Marr & Coronado, 2004). Le TCC est un problème de santé publique majeur qui a des impacts importants chez les survivants, leur entourage et la société. Environ 1,7 million de personnes subissent un TCC chaque année aux États-Unis (Faul, Xu, Wald, & Coronado, 2010). Parmi ceux-ci, environ 1 365 000 se présentent à l'urgence, 275 000 sont hospitalisés et 52 000 décèdent à la suite du TCC. Le taux d’incidence se situe à 506,4 par 100 000 habitants, mais ce chiffre est sous-estimé et doit être interprété avec prudence, puisque plusieurs ne se présentent pas à l'hôpital (Corrigan, Selassie, & Orman, 2010; Roozenbeek, Maas, & Menon, 2013). Les coûts associés au TCC chaque année aux États-Unis sont d’environ 60 milliards de dollars et les coûts directs du TCC au Canada en 2000-2001 étaient de 151,7 millions de dollars (Finkelstein, Corso, & Miller, 2006; Institut canadien d’information sur la santé, 2007).
2
Sévérité du TCC. Le TCC est catégorisé comme léger, modéré ou sévère,
notamment en fonction de la durée de l’altération de l’état ou de la perte de conscience et de l’amnésie post-traumatique (Orman, Kraus, Zaloshnja, & Miller, 2011). L’échelle de coma de Glasgow est l’un des outils utilisés pour mesurer le niveau de conscience après le TCC ou à l’arrivée à l’urgence (Teasdale & Jennett, 1974). Il s’agit d’une échelle de 3 à 15 qui comprend trois critères, soit l’ouverture des yeux, la réponse verbale et la réponse motrice. Le niveau de sévérité est plus fiable lorsque l’évaluation est effectuée peu après l’accident (Orman, Kraus, Zaloshnja, & Miller, 2011). Lors d'un TCCL, l’imagerie structurelle est généralement normale (alors qu’elle est plus souvent anormale pour les TCC modérés ou sévères), la perte de conscience est d’une durée maximale de 30 minutes, l’altération de l’état de conscience et l’amnésie post-traumatique sont d’une durée maximale de 24 heures et le score à l’échelle de Glasgow se situe entre 13 et 15 (Kay et al., 1993). Certains chercheurs font la distinction entre deux types de TCCL, soit le TCCL simple et le TCCL complexe. Le diagnostic de TCCL complexe est posé lorsqu'il y a présence d’une anomalie neurologique lors de l'imagerie cérébrale, mais que le patient répond à tous les autres critères du TCCL (Williams, Levin, & Eisenberg, 1990).
Étiologie et pathophysiologie. Le TCC est plus fréquemment causé par des chutes
(35%), des accidents d’automobile (17%), être frappé par ou contre quelque chose (16%) et des agressions (10%) (Faul, Xu, Wald, & Coronado, 2010). Les chutes sont plus fréquentes chez les enfants de 0 à 4 ans et chez les 75 ans et plus (Faul, Xu, Wald, & Coronado, 2010). Les accidents d’automobile sont plus fréquents chez les jeunes adultes et sont la principale cause de décès lié au TCC.
Les forces externes appliquées à la boîte crânienne lors du TCC entraînent des dommages temporaires ou permanents au cerveau (Ashman, Gordon, Cantor, & Hibbard, 2006). En effet, le mouvement d'accélération ou de décélération du cerveau provoque des dommages aux axones de certains neurones (p.ex., étirement, déchirement ou torsion), ce qui diminue les connexions neuronales et leur efficacité (Lux, 2007). Ces dommages aux axones sont appelés lésions axonales diffuses et sont les changements neuropathologiques les plus fréquents après un TCC, indépendamment de la sévérité (Lux, 2007). Les lésions axonales diffuses sont associées à des altérations de l'humeur, du comportement et de
3
l'attention (Ashman et al., 2006). De plus, les lobes frontaux et temporaux sont souvent affectés par l'accident, ce qui peut entraîner des perturbations du système limbique associé aux émotions, aux comportements et à la motivation (Ashman et al., 2006).
Facteurs de risque et de protection. Les facteurs de risque associés au TCC sont
nombreux. D’abord, le TCC est plus fréquent chez l’homme que chez la femme, et ce, pour tous les groupes d’âge (Faul, Xu, Wald, &Coronado, 2010). Ensuite, le risque de TCC est plus élevé chez les enfants de 0 à 4 ans, suivis par les 15-19 ans, et les proportions d'hospitalisations et de décès suite au TCC sont plus élevées chez les 75 ans et plus. Aux États-Unis, les individus afro-américains se présentent plus fréquemment à l’urgence pour un TCC que les individus caucasiens, et le TCC survient plus fréquemment chez les personnes ayant un faible revenu (Corrigan et al., 2010; Faul, Xu, Wald, & Coronado, 2010). La consommation d’alcool est un facteur de risque majeur pour le TCC. Environ 37 à 51% des individus ayant un TCC sont intoxiqués, peu importe la cause de l'accident (Parry-Jones, Vaughan, & Cox, 2006). Les individus qui ont des comportements à risque, surtout les hommes, sont plus susceptibles de vivre un TCC. Certains sports comme le football, le hockey, le rugby, le soccer et le basketball augmentent le risque de TCC (Harmon et al., 2013). L’utilisation d’équipements protecteurs comme un casque de vélo, de motocyclette, de hockey ou une ceinture de sécurité pour la voiture réduit le risque de TCC (Tenovuo, Bullock, & Zafonte, 2013). Les individus plus informés et éduqués sur les conséquences du TCC et sur les précautions à prendre sont également moins à risque.
Symptômes physiques, comportementaux, cognitifs et psychologiques.
Le TCC (toutes sévérités confondues) est souvent surnommé l'épidémie silencieuse ou invisible, car les individus touchés présentent divers symptômes physiques et somatiques, comportementaux, cognitifs ou psychologiques qui ne sont pas toujours visibles pour leur entourage. De plus, les séquelles du TCC ont souvent tendance à perdurer à long terme, et les symptômes n'affectent rarement qu'un seul aspect du fonctionnement de la personne. Aux États-Unis, environ 43% des individus ayant été hospitalisés en 2003 après un TCC ont présenté des difficultés un an après l’accident (Selassie et al., 2008). Les difficultés concernaient soit des limitations physiques empêchant la réalisation d’activités
4
quotidiennes, des symptômes post-accident empêchant de faire certaines activités qu’ils voulaient faire ou des problèmes cognitifs ou psychologiques significatifs.
Les symptômes physiques et somatiques les plus souvent rapportés après un TCC sont les maux de tête, la fatigue, le manque d’énergie, les étourdissements, les nausées, les problèmes de sommeil, des douleurs chroniques, une diminution de l’acuité des fonctions sensorielles et des changements d’appétit (Ashman et al., 2006; Riggio, 2011). Des changements dans le comportement et dans la personnalité après le TCC sont aussi souvent observés, particulièrement lors de TCC plus sévères, et peuvent se manifester par un manque d’inhibition, de l’impulsivité, de l’irritabilité, une propension plus grande à l’agressivité, un manque de motivation, de l’apathie ou une plus grande labilité émotionnelle (Ashman et al., 2006; Riggio, 2011; Vaishnavi, Rao, & Fann, 2009). De plus, bien que l’entourage et les professionnels de la santé remarquent souvent les nombreux changements associés au TCC, les individus atteints d’un TCC modéré ou sévère sont souvent moins conscients des changements et des déficits qu’ils présentent par rapport à ceux qui ont subi une blessure moins sévère (Lux, 2007). Ces changements ainsi que l’altération de la cognition sociale peuvent entraîner une souffrance importante pour l’individu et son entourage et complexifient les relations interpersonnelles et le retour à l’emploi (Ashman et al., 2006; Fleminger, 2008).
Selon les recensions des écrits de Dikmen et al. (2009) et d'Ashman et al. (2006), les déficits cognitifs fréquemment rapportés concernent les fonctions exécutives, l’attention, la mémoire et la vitesse du traitement de l’information. Les individus ayant un TCC ont souvent de la difficulté à réaliser les tâches qu’ils faisaient auparavant et celles-ci demandent plus d’effort, ce qui peut amener de la fatigue, de la colère, et des symptômes dépressifs ou anxieux (Lux, 2007; Riggio, 2011).
Les individus ayant un TCC sont plus à risque de vivre un trouble psychiatrique que la population générale. Selon certains auteurs, le risque est plus élevé durant la première année post-TCC et a tendance à diminuer avec le passage du temps (Ashman et al., 2006). Par contre, il a été documenté qu’une proportion importante présente des troubles psychiatriques à long-terme, même jusqu’à 30 ans après le TCC (Koponen et al., 2002). Selon une étude de cohorte prospective de Fann et al. (2004), 49% des gens atteints d'un
5
TCC modéré ou sévère et 34% des individus qui ont subi un TCCL ont présenté un trouble psychiatrique un an après l’accident, comparativement à 18% d'un groupe contrôle. Dans la même étude, les personnes ayant subi des TCC modérés et sévères sans antécédents de trouble psychiatrique étaient quatre fois plus à risque que ceux n’ayant pas eu de TCC de développer un trouble psychiatrique 6 mois après le TCC (Fann et al., 2004). Parmi les troubles psychiatriques, la dépression majeure est le trouble le plus fréquemment rencontré, et sa prévalence se situerait entre 27 et 61% (Ashman et al., 2006; McAllister, 2013). Cette large étendue serait due à des différences méthodologiques entre les études. Selon McAllister (2013), environ 35 à 48% développeraient un trouble anxieux à la suite du TCC. Entre 17 et 24% des individus atteints d'un TCC présenteraient un trouble d'anxiété généralisée (Rogers & Read, 2007; Whelan-Goodinson, Ponsford, Johnston, & Grant, 2009). L’état de stress post-traumatique surviendrait chez environ 10 à 20% des gens qui ont subi un TCC et serait plus fréquent après un TCCL (Bryant, 2011; McAllister, 2013; Rogers & Read, 2007).
Les troubles psychiatriques suite à un TCC, comme c'est le cas dans la population générale, apparaissent souvent en comorbidité avec d’autres troubles, ce qui entrave la récupération (Rogers & Read, 2007). De plus, selon les études recensées, la sévérité du TCC ne prédit pas la sévérité des séquelles psychologiques (Ashman et al., 2006; Fann et al., 2004). Ainsi, les individus atteints d’un TCCL seraient aussi à risque que ceux ayant subi un TCC modéré ou sévère de développer des troubles psychologiques (Rogers & Read, 2007). De plus, il n'y a toujours pas de consensus dans la littérature sur l'effet d'un TCCL simple versus complexe sur la sévérité des séquelles (Iverson, 2012). Ainsi, il est possible que le TCCL complexe n'engendre pas des séquelles plus importantes qu'un TCCL simple.
TCC léger
Épidémiologie.
En 2004, trois recensions des écrits sur le TCCL ont été effectuées par l’Organisation Mondiale de la Santé (Carroll, Cassidy, Holm, Kraus, & Coronado, 2004; Carroll, Cassidy, Peloso, et al., 2004; Cassidy et al., 2004). Selon Cassidy et al. (2004), le
6
TCCL représente 70 à 90% des individus qui se présentent à l’hôpital ou à l’urgence pour un TCC. Selon les mêmes auteurs, le taux d’incidence du TCCL varie entre 100 à 300/100 000 habitants, mais il serait sous-estimé puisque cette statistique est basée sur le nombre d’individus avec un TCCL qui se présentent à l’hôpital ou à l’urgence, et la majorité ne s’y présentent pas. Le taux d’incidence exact se situerait plutôt autour de 600/100 000 habitants selon les résultats de deux enquêtes nationales de haute qualité méthodologique (Fife, 1987; Sosin, Sniezek, & Thurman, 1996). À Montréal, il y aurait environ 14 500 nouveaux cas de TCCL chaque année, ce qui correspond à une proportion de 772/100 000 habitants (Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, 2011). Selon cette source, l'écart entre le nombre d'individus atteints d'un TCCL et le nombre attendu selon les données de la littérature présentées plus haut pourrait être attribuable au manque de précision du diagnostic de TCCL dans les banques de données de la Régie de l'assurance maladie du Québec. Les coûts associés au TCCL chaque année aux États-Unis sont d'environ 17 milliards de dollars (National Center for Injury Prevention and Control, 2003). Selon la recension des écrits de Cassidy et al. (2004), le risque de TCCL est environ deux fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes. De plus, le risque de TCCL causé par un accident d’automobile est 3,8 fois plus élevé chez les jeunes adultes âgés de 18 à 23 ans que chez les adultes âgés de 50 ans ou plus (Cassidy et al., 2004). Enfin, un antécédent de TCCL augmente le risque d'en subir un autre (Giza et al., 2013).
Diagnostic.
Le TCCL est souvent plus difficile à diagnostiquer que le TCC modéré et sévère étant donné que l'altération de la conscience, la confusion, la désorientation et l’amnésie post-traumatique disparaissent souvent rapidement après le TCCL et qu’il y a rarement une anomalie neurologique lors de l'imagerie cérébrale (Ruff, Iverson, Barth, Bush, & Broshek, 2009). De plus, il n’y a toujours pas de définition du TCCL qui fait consensus et qui est reconnue universellement. Carroll, Cassidy, Holm, Kraus, & Coronado (2004) ont relevé qu’il était difficile de comparer les études sur le TCCL puisqu’elles utilisaient des définitions différentes. Ils ont alors proposé cette définition du TCCL dérivée de celle de l’American Congress of Rehabilitation Medicine.
7
Le TCC léger est une atteinte cérébrale qui résulte du transfert d’énergie à la tête en réaction à des forces physiques externes. L’identification clinique nécessite 1) une ou plus des manifestations suivantes : confusion, désorientation, altération de la conscience, amnésie post-traumatique de moins de 24 heures ou présence d’anomalies neurologiques transitoires (p.ex., signes focaux, fissure et lésions intracrânienne ne nécessitant pas de chirurgie), 2) un score à l’échelle de Glasgow entre 13 et 15, et ce, 30 minutes après l’accident ou plus tard lors de l’arrivée pour les soins à l'urgence. Ces manifestations ne doivent pas être dues à des drogues, à l’alcool, à une médication et ne doivent pas être causées par d’autres blessures, par un traitement pour d’autres blessures, par d’autres problèmes ou par une blessure crânio-cérébrale pénétrante (Carroll, Cassidy, Holm, Kraus, & Coronado, 2004, p.115, traduction libre).
La définition du TCCL est très large et englobe autant les individus qui récupèrent en quelques heures que ceux qui vivent des séquelles permanentes (Iverson, 2012). Bien que la majorité ne présente pas d'anomalie neuroradiologique lors des examens standards, certaines études ont identifié qu'environ 5 à 30% des individus ayant subi un TCCL ont présenté des dommages neurologiques à l'imagerie cérébrale (Iverson, Lange, Gaetz, & Zasler, 2013). Le taux d'anomalies structurelles détectées serait plus élevé en utilisant un scanner d'une plus grande puissance. Ainsi, le TCCL serait associé à des lésions objectivables au cerveau chez plusieurs individus.
Symptômes fréquents après un TCCL.
Après un TCCL, plusieurs individus présentent des symptômes somatiques, psychologiques et cognitifs d'une durée variable. Les symptômes les plus fréquents sont la fatigue, les maux de tête, la confusion, les étourdissements, la vision floue, les troubles du sommeil, les problèmes de mémoire et de concentration, la dépression, l'anxiété et l'irritabilité (Cassidy et al., 2004; Hall, Hall, & Chapman, 2005). Plusieurs individus ayant subi un TCCL vont vivre des symptômes post-TCCL, mais généralement la majorité n'en présentent plus en 3 à 12 mois et récupèrent complètement (Carroll, Cassidy, Peloso, et al., 2004). Cependant, certains estiment qu'entre 10 et 20% des gens ayant vécu un TCCL présenteraient des symptômes persistants trois mois après l'accident (Ruff & Weyer Jamora, 2009). Le terme syndrome post-commotionnel (SPC) a été souvent employé pour décrire l'ensemble des symptômes qui persistent une semaine, un mois ou parfois des années après le TCCL (Hall et al., 2005). Le SPC est cependant un diagnostic controversé,
8
et plusieurs débats le concernant sont encore d'actualité. Le SPC faisait partie de la catégorie des troubles nécessitant des recherches supplémentaires dans la quatrième version révisée du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV-TR) mais a été retiré de cette section et ne fait maintenant plus partie du DSM-5. La présence de déficits cognitifs dus à un TCCL est maintenant incluse dans la section Troubles
neurocognitifs légers du DSM-5. Ainsi, il n'existe aucun diagnostic spécifique pour ceux
ayant subi un TCCL qui présentent des symptômes persistants autres que d'ordre cognitif dans le DSM-5. Il n’y a actuellement aucun consensus quant à la définition du SPC. La définition du DSM-IV-TR et celle de la dixième révision de la Classification statistique
internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (ICD-10) diffèrent sur
plusieurs points (American Psychiatric Association, 2000; World Health Organization, 1992). Selon le DSM-IV-TR, afin de poser un diagnostic de SPC, les symptômes doivent être présents pendant trois mois, il doit y avoir une anomalie neuropsychologique et les symptômes doivent entraîner une altération significative du fonctionnement social ou professionnel (McCauley et al., 2005). L'ICD-10 requiert que les symptômes soient présents pendant un mois pour poser le diagnostic, et la présence d'anomalie neuropsychologique et d'altération du fonctionnement n’est pas nécessaire. Étant donné ces différences, le risque de recevoir un diagnostic de SPC serait six fois plus élevé en utilisant la définition de l'ICD-10 qu’en utilisant celle du DSM-IV-TR (Boake et al., 2005).
Ensuite, comme démontré dans la méta-analyse de Panayiotou, Jackson et Crowe (2010), les symptômes du SPC ne sont pas spécifiques au TCCL. En effet, ils surviennent fréquemment chez la population générale sans traumatisme crânien, chez une population ayant des douleurs chroniques et chez des individus atteints de troubles mentaux (Dean, O’Neill, & Sterr, 2012; Panayiotou, Jackson, & Crowe, 2010). De plus, les symptômes d’anxiété et de dépression peuvent parfois être confondus avec le SPC (Iverson, 2012). Ainsi, il est parfois difficile d'établir que le SPC après un TCCL est causé par le TCC et non par des conditions préexistantes ou comorbides (Carroll et al., 2004; Iverson, 2012).
Les individus atteints d'un TCCL auraient tendance à sous-estimer les symptômes présents avant l'accident et à les surestimer après l'accident (Iverson, Lange, Brooks, & Rennison, 2010). Ce concept est appelé le « biais du bon vieux temps » et peut entraver la
9
récupération. De plus, les individus qui anticipent des conséquences négatives dues à l'accident sont plus à risque de symptômes persistants après le TCCL (Whittaker, Kemp, & House, 2007). Il est possible que certaines personnes soient plus vulnérables au développement de symptômes post-TCC puisqu'ils portent plus attention aux sensations désagréables et qu'ils ont tendance à les interpréter de façon catastrophique, attribuant ainsi leurs symptômes au TCC (Bryant, 2001). Par exemple, des maux de tête peuvent être interprétés comme une détérioration du fonctionnement du cerveau, ce qui peut entraîner de l'anxiété.
Hou et al. (2012) suggèrent que les symptômes persistants après un TCC sont liés à des facteurs prédisposants (p.ex., propension à l'anxiété, plaintes somatiques antérieures), précipitants (p.ex., le TCC) et des facteurs de maintien (réactions émotionnelles, comportementales et cognitives au TCC). Iverson (2012) propose quant à lui un modèle biopsychosocial permettant d’expliquer le développement et le maintien des symptômes persistants après un TCCL. Selon ce modèle, plusieurs facteurs pré-TCC influencent le cours de la récupération fonctionnelle, dont la personnalité, les problèmes mentaux, les TCC antérieurs, la vulnérabilité et la résilience. De plus, plusieurs facteurs psychologiques, psychiatriques, sociaux, physiologiques et contextuels péri et post-TCC peuvent influencer le développement de symptômes persistants et la récupération après un TCCL. Ces symptômes peuvent exacerber les symptômes post-commotionnels et faire ressortir les symptômes anxieux présents avant le TCC chez certains individus (Iverson, 2012).
Les individus dans une situation de litige ou de compensation monétaire, de genre féminin ou ayant eu une dépression ou un trouble anxieux pré-TCC sont plus à risque de vivre des symptômes persistants après un TCC (Carroll, Cassidy, Peloso, et al., 2004; Meares et al., 2008; Ponsford et al., 2012). Il est important de noter que la sévérité du TCC n'est pas un facteur de risque de symptômes persistants (Carroll, Cassidy, Peloso, et al., 2004). Ainsi, la personne ayant subi un TCCL est aussi à risque que celles ayant subi un TCC modéré et sévère de développer des symptômes persistants après l'accident.
10
Impacts cognitifs.
Le TCCL peut avoir des impacts négatifs sur certaines fonctions cognitives dont l'attention, la mémoire, la mémoire de travail, la vitesse du traitement de l'information et les fonctions exécutives (Carroll, Cassidy, Peloso, et al., 2004; Frencham, Fox, & Maybery, 2005; Williams, Potter, & Ryland, 2010). Selon la recension des écrits de McCrea et al. (2009), de Iverson (2005) et la méta-analyse de Frenchman et al. (2005), les symptômes neuropsychologiques sont plus sévères les premières journées après l’accident et diminuent graduellement les semaines suivantes. La majorité des personnes ne présentent plus d’altérations cognitives trois mois post-TCC (Carroll, Cassidy, Peloso, et al., 2004; Frencham et al., 2005; Iverson, 2005; McCrea et al., 2009). Un faible pourcentage d'individus présenteraient des séquelles cognitives à long terme, et ces dernières seraient souvent associées à des conditions comorbides, comme du stress, de l'anxiété, une dépression ou des dommages aux structures cérébrales (Iverson, 2005).
Impacts psychologiques après un TCCL
Plusieurs personnes développent un trouble psychologique après un TCCL, particulièrement chez les individus qui récupèrent plus lentement (McCauley et al., 2005; Meares et al., 2006; Mooney & Speed, 2001; Moore, Terryberry-Spohr, & Hope, 2006). Les troubles psychologiques après un TCCL les plus étudiés dans la littérature sont la dépression et les troubles anxieux. Dans une étude de cohorte prospective, Fann et al. (2004) ont trouvé que 34% des individus atteints d'un TCCL ont présenté un trouble psychologique dans l'année post-TCC, comparativement à 18% d'un groupe contrôle qui n'ont pas subi de TCC depuis au moins un an. La prévalence des troubles psychologiques était plus élevée chez les individus qui présentaient des antécédents de troubles psychologiques avant le TCC (Fann et al., 2004). Selon les mêmes auteurs, la prévalence de troubles psychologiques après un TCC a tendance à diminuer avec le passage du temps, mais reste plus élevée que celle du groupe contrôle n'ayant pas subi de TCC. Quant à eux, Mooney et Speed (2001) ont identifié que les individus atteints d'un TCCL étaient deux à trois fois plus à risque de développer un trouble psychologique six mois après l'accident qu'ils l'étaient avant l'accident, majoritairement un trouble anxieux ou de l'humeur. Selon Fann et al. (2004), la probabilité d'être atteint d'un trouble de l'humeur ou d'un trouble
11
anxieux chez les personnes qui ont vécu un TCCL est plus élevée que chez ceux qui ont subi un TCC modéré ou sévère, ce qui appuie l'idée qu'un TCC modéré ou sévère n'est pas nécessairement associé à des difficultés psychologiques plus sévères (Fann et al., 2004). Après un TCCL, le risque de vivre une dépression majeure augmente davantage comparativement à un groupe contrôle (Trahan, Ross, & Trahan, 2001; Vanderploeg, Curtiss, Luis, & Salazar, 2007). Des études utilisant des entrevues diagnostiques semi-structurées basées sur le DSM-IV-TR (p.ex., le Mini-International Neuropsychiatric Inventory (MINI) ou le Structured Clinical Interview for DSM-IV) ont trouvé qu'entre 11 et 21% ont rencontré un diagnostic de dépression majeure 3 mois post-TCCL (Levin et al., 2005; Levin et al., 2001; Mccauley et al., 2001; Meares et al., 2011). Comme observé dans la population générale, la dépression majeure se présente souvent en comorbidité avec des troubles anxieux chez la population atteinte d’un TCCL (Levin et al., 2001).
Il est souvent difficile de différencier les symptômes persistants du TCC aux symptômes liés à des perturbations psychiatriques, puisqu’il y a un grand chevauchement entre les symptômes du TCC comme tel et ceux des troubles anxieux et des troubles de l'humeur. En effet, selon la recension des écrits de Moore, Terryberry-Spohr, & Hope (2006), plusieurs des symptômes post-commotionnels pourraient être liés à l'impact du TCCL ou à l'anxiété ressentie. Par exemple, certains symptômes fréquents après un TCCL comme les difficultés de sommeil, une grande fatigabilité, des difficultés de concentration ou de mémoire et une augmentation de l'irritabilité se retrouvent également dans les symptômes associés à l'anxiété et aux inquiétudes dans le diagnostic de trouble d'anxiété généralisée. Ce chevauchement entre les symptômes peut mener les cliniciens à sous-diagnostiquer les troubles anxieux après un TCCL et à accorder une importance trop élevée aux impacts des blessures physiques. Certains ont suggéré que le SPC est le résultat de plusieurs entités diagnostiques plutôt qu'un diagnostic précis (McCauley et al., 2005). Par exemple, si les symptômes anxieux présents avant l'accident augmentent après le TCC, l'anxiété pourrait être considérée, à tort, comme un symptôme du SPC, plutôt qu'un diagnostic de trouble anxieux. Il est aussi possible qu'un diagnostic de SPC soit donné lorsqu'un individu ne rencontre pas le seuil clinique pour un trouble psychologique (McCauley et al., 2005).
12
L’historique de troubles psychiatriques avant l’accident est un facteur important à considérer. Les troubles psychologiques pré-TCCL sont fréquents chez cette population, et ceux qui en ont été atteints sont d'ailleurs particulièrement à risque de développer des symptômes psychologiques persistants plusieurs mois et même jusqu'à 3 ans après l’accident (Carroll, Cassidy, Peloso, et al., 2004; Fann et al., 2004; Meares et al., 2011; Ponsford et al., 2012). Selon Meares (2008), la présence d’un trouble anxieux ou de l’humeur pré-TCCL augmente presque de six fois le risque de développer un SPC après l’accident. Finalement, un nombre élevé de symptômes dépressifs pré-accident sont associés à un risque élevé de symptômes dépressifs ou de symptômes anxieux post-TCC (van Veldhoven et al., 2011).
Anxiété après un TCCL
Peu d'études sur le TCCL se sont intéressées spécifiquement à l'anxiété après le
TCCL (Moore et al., 2006). Dans le présent mémoire, l’anxiété inclut les symptômes anxieux, les troubles anxieux, les symptômes post-traumatiques ainsi que le trouble obsessionnel-compulsif et le trouble de stress post-traumatique qui sont deux diagnostics qui ne font maintenant plus partie de la catégorie des troubles anxieux du DSM-5. Les données recueillies dans la littérature sur la prévalence des symptômes et des troubles liés à l'anxiété sont présentées ici-bas.
Prévalence.
Les troubles anxieux n'ont pas été beaucoup documentés dans la littérature en lien avec le TCCL. L'étude de Meares et al. (2011) est la seule étude recensée qui présente des taux pour plusieurs troubles anxieux trois mois après un TCCL. Ils ont comparé les taux chez des individus atteints d'un TCCL et chez un groupe contrôle ayant subi un trauma physique sans blessure à la tête. Ils ont utilisé le MINI et ont identifié que 32% des gens ayant vécu un TCCL ont présenté au moins un diagnostic de trouble anxieux trois mois après l'accident. Selon cette étude, les taux de trouble anxieux étaient, pour le groupe TCCL et le groupe contrôle respectivement, de 7% et 0% pour le trouble obsessionnel compulsif, de 11% et 3% pour le trouble panique avec ou sans agoraphobie, de 11% et 12% pour le trouble d'anxiété généralisée, et de 4% et 5% pour le trouble de phobie sociale. Aucune
13
différence significative n'a été trouvée entre les groupes. Vanderploeg, Curtiss, Luis et Salazar (2007) ont identifié que les individus ayant subi un TCCL étaient 2,16 fois plus à risque de développer un trouble d'anxiété généralisée que les participants du groupe contrôle. Cependant, cette différence n'était plus significative en contrôlant pour les variables confondantes suivantes : facteurs démographiques (p.ex., âge, éducation, ethnie), conditions médicales (p.ex., diabète et hypertension) et problèmes psychiatriques antérieurs (p.ex., trouble de l'humeur, trouble anxieux ou consommation d'alcool ou de substances). Il est donc possible que d'autres variables puissent expliquer la présence d'anxiété après le TCCL.
Selon des études qui ont utilisé des questionnaires de symptômes anxieux, entre 22 et 24% présenteraient des symptômes anxieux cliniquement significatifs 6 mois à un an post-TCCL (Mooney & Speed, 2001; Spitz, Schönberger, & Ponsford, 2013). Cependant, selon une étude où l'anxiété a été évaluée plus d'un an après l'accident, aucune différence significative n'a été observée entre un groupe ayant vécu un TCCL et un groupe contrôle n'ayant jamais eu de condition neurologique particulière (Trahan, 2001). Il est donc possible que l'anxiété diminue au fil du temps. Cependant, cette dernière étude est basée sur un questionnaire de symptômes anxieux, et d'autres études utilisant une méthodologie plus robuste sont nécessaires afin d'identifier l'évolution des troubles anxieux après un TCCL.
Le TCCL peut survenir dans des circonstances traumatisantes mettant en danger la vie des individus. Le trouble de stress post-traumatique est donc sans aucun doute le trouble relié à l’anxiété le plus étudié chez cette population, même s'il n'est pas nécessairement le plus fréquent (Moore et al., 2006). Selon trois études ayant utilisé des entrevues structurées et semi-structurées pour évaluer l'état de stress post-traumatique chez des individus de la population générale, entre 12 et 20% ont présenté un diagnostic d’état de stress post-traumatique trois mois après le TCCL (Bryant et al., 2009; Levin et al., 2001; Mccauley et al., 2001; Meares et al., 2011). Les causes associées au TCCL étaient soit des accidents de la route ou de piéton, des agressions, des chutes, des accidents de travail ou d'autres blessures. Harvey et Bryant (2000) ont utilisé une entrevue structurée et ont identifié que 24% des individus atteints d'un TCCL qui ont été impliqués dans des accidents
14
d'automobile ont présenté un diagnostic d’état de stress post-traumatique six mois après l'accident et 22% ont présenté le diagnostic deux ans post-TCCL (Harvey & Bryant, 2000). L'état de stress post-traumatique après un TCCL est un diagnostic controversé dans la littérature. D'un côté, certains affirment que ce diagnostic ne peut être posé après un TCCL puisque la perte de conscience et l'amnésie post-traumatique après l’accident sont des facteurs qui empêchent l'individu de revivre l'événement traumatique, ce qui constitue un critère diagnostique essentiel de l'état de stress post-traumatique. D'un autre côté, certaines études dont Bryant et al. (2009) affirment que ce diagnostic peut être posé après un TCCL. Ces auteurs ont identifié qu'une durée plus longue d'amnésie post-traumatique peut entraîner moins de reviviscence de l'événement quelques jours après l'accident. Cependant, cette relation n'était plus significative trois mois après l'accident, ce qui suggère que les individus avaient peut-être reconstruit certains événements dans leur mémoire plusieurs mois après l'accident. Bryant (2001) propose plusieurs explications possibles. D'abord, certains symptômes post-traumatiques peuvent se développer après que l'individu ait retrouvé conscience quelques minutes ou quelques heures après l'accident. Par exemple, ils peuvent vivre diverses expériences traumatisantes lors du transport en ambulance et lors des soins reçus après l'accident. Ensuite, il est possible que certaines personnes reconstruisent mentalement des événements qui sont survenus pendant la perte de conscience. De plus, il est possible que les expériences traumatisantes soient traitées de façon implicite par le cerveau durant les périodes de perte de conscience. Finalement, il est possible que le TCC entraîne des changements neurobiologiques qui contribuent au développement de l'état de stress post-traumatique (Bryant, 2001).
Pour conclure cette section, bien qu'on observe des résultats mitigés dans les études précédentes, les résultats de certaines études laissent croire que l'anxiété a un rôle important dans la récupération après un TCCL. En effet, plusieurs études ont identifié que la dépression et l'anxiété vécues après un TCCL sont parmi les meilleurs prédicteurs de symptômes persistants au moins trois mois après l'accident (Clarke, Genat, & Anderson, 2012; Dischinger, Ryb, Kufera, & Auman, 2009; Meares et al., 2011; Snell & Hay-Smith, 2013). Il est possible que l'anxiété ait un rôle important dans la façon de vivre avec les
15
symptômes liés au TCC, pouvant même exacerber ou prolonger certains symptômes (Dischinger et al., 2009).
Étiologie de l'anxiété.
Il est possible que l'accident ait un impact sur les structures du cerveau impliquées dans le développement de l’anxiété. Lors de l'accident, le contact avec la boîte crânienne engendre souvent des séquelles au cortex préfrontal médian, qui a un rôle dans la régulation de la peur associée aux événements, par le biais de ses connexions sur l'amygdale (Rauch, Shin, & Phelps, 2006). Le TCC provoquerait une diminution de la capacité à inhiber le cortex préfrontal médian lors de réactions de peur, ce qui entraînerait une augmentation de l'activité de l'amygdale et donc de l'anxiété lors de situations stressantes (Rauch et al., 2006).
Il est également possible que l'accident crée une vulnérabilité psychologique temporaire au développement de troubles psychologiques (Mooney & Speed, 2001). Selon la recension des écrits de Moore, Terryberry-Spohr, & Hope (2006), plusieurs événements stressants et difficiles après un TCCL ont des impacts sur la santé psychologique des individus. En effet, le survivant doit composer avec des stresseurs immédiats comme l'hospitalisation et le transport en ambulance, tout comme des stresseurs qui apparaissent graduellement avec le temps. Par exemple, certains perdent leur emploi, des amis, des proches, d'autres réalisent qu’ils souffrent d’un ralentissement du traitement de l'information ou d’autres vivent certains déficits permanents. Tous ces éléments stressants peuvent être une source d'anxiété importante après un TCCL.
Les personnes ayant subi un TCCL sont souvent très conscients de leurs déficits peu après l'accident, comparativement à ceux qui ont vécu un TCC modéré ou sévère qui sont souvent moins conscients de leurs déficits (Lux, 2007). L'augmentation de la conscience des déficits après un TCC a été associée à une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs (Wallace & Bogner, 2000). Une explication possible est que certains individus atteints d'un TCCL s'attendent à récupérer rapidement après l'accident étant donné la faible sévérité des blessures physiques (Bernstein, 1999). Cependant, plusieurs individus réalisent
16
l'importance de certains déficits à long terme et peuvent les percevoir comme hors de leur contrôle, ce qui peut entraîner de l'anxiété (Anson & Ponsford, 2006).
Rôle potentiel de l’histoire d’anxiété ou de troubles psychologiques pré-accident.
Il est important de prendre en considération que plusieurs individus ayant un TCC ont présenté des symptômes ou troubles psychologiques avant l'accident et que ceux-ci peuvent augmenter la vulnérabilité aux troubles anxieux post-TCC (Moore et al., 2006). En effet, lorsque des symptômes post-commotionnels apparaissent, les individus ayant des antécédents de troubles psychologiques seraient plus vulnérables à développer de l'anxiété et auraient moins de stratégies d'adaptation pour y faire face (Ponsford et al., 2012). Selon Gould, Ponsford, Johnston & Schönberger (2011), les individus qui ont déjà été atteints d'un trouble anxieux avant l'accident sont 9 fois plus à risque de souffrir d'un trouble anxieux après le TCC que ceux qui n'ont jamais eu de trouble anxieux.
Rôle potentiel du type de TCCL.
Il n'y a toujours pas de consensus sur l'effet d'un TCCL simple versus complexe sur la sévérité des séquelles, car certaines études identifient seulement de faibles différences entre les deux conditions (Iverson et al., 2012; Iverson, 2012; Lange et al., 2012; Lange, Iverson, & Franzen, 2009). Cependant, certains auteurs suggèrent que les impacts d'un TCCL complexe ressembleraient davantage à ceux d'un TCC modéré qu'à ceux d'un TCCL simple, car les individus atteints d'un TCCL complexe récupèreraient plus lentement et seraient plus à risque de symptômes persistants (Iverson, 2005; McCrea et al., 2009). Dans cette optique, il serait intéressant de vérifier si le type de TCCL est associé au risque de souffrir de troubles liés à l'anxiété ou de symptômes anxieux.
Rôle potentiel des antécédents de TCCL.
Depuis les dernières années, les études sur le TCCL se multiplient à grande vitesse dans le monde du sport. Selon la recension des écrits de Giza et al. (2013) et celle de Finnoff, Jelsing et Smith (2011), les sportifs ayant déjà eu un TCCL sont plus à risque d'en subir un autre, surtout les 10 premiers jours après le TCCL. Ils sont également plus à risque
17
de souffrir d'une récupération plus longue et plus difficile après un second TCCL (Giza et al., 2013). De plus, certains sportifs décèdent à la suite d'un second TCCL qui survient avant la résorption des symptômes du premier TCCL, ce qui est communément appelé le syndrome du second impact (Finnoff, Jelsing, & Smith, 2011).
Dans une population militaire ou sportive, vivre des TCCL répétés serait associé à une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs (Bryan & Clemans, 2013; Guskiewicz et al., 2007). Une seule étude recensée s'est intéressée aux effets des TCCL multiples sur la santé psychologique dans une population ayant subi un TCC général dans un contexte autre que militaire ou sportif (Horner, Selassie, Lineberry, Ferguson, & Labbate, 2008). Selon cette étude, les personnes atteintes de TCCL multiples rapportent plus de symptômes anxieux et dépressifs. Cependant, les auteurs ont utilisé un questionnaire non standardisé pour identifier les symptômes psychologiques; d'autres études seraient nécessaires pour confirmer cette hypothèse. Cependant, chez un échantillon de personnes ayant subi un TCC modéré ou sévère et nécessitant de la réadaptation fonctionnelle intensive, il a été démontré qu’avoir un antécédent de TCC, même léger, était associé à davantage de dépression et d’anxiété (Corrigan et al., 2013). Il serait intéressant de vérifier si cette même association existe chez des personnes ayant subi un TCCL.
Synthèse de la problématique
Après un TCCL, plusieurs individus présentent des séquelles psychologiques perdurant des mois après l'accident. Selon les études disponibles, l'anxiété serait un problème majeur après un TCCL pouvant même contribuer au développement, à l'exacerbation et à la persistance d'autres symptômes. Cependant, peu d'études recensées dans la littérature sur le TCCL se sont intéressées spécifiquement à l'anxiété post-TCC, la majorité des études incluant le spectre entier de sévérité (TCC léger, modéré et sévère). Bien que l’histoire psychiatrique avant l’accident soit parfois prise en compte dans les études, la distinction entre les TCCL simples et complexes et les antécédents prémorbides de TCCL n’ont pas été mis en lien avec l’anxiété post-TCCL. La présente étude vise à répondre à certaines de ces questions.
19
Chapitre 2 : Article
21
Résumé
Le premier objectif de cette étude était de documenter la fréquence des troubles liés à l’anxiété et des symptômes anxieux à 4, 8 et 12 mois post-accident chez des individus ayant subi un traumatisme crânio-cérébral léger (TCCL), selon l’historique de trouble anxieux, le type de TCCL (simple ou complexe) et les antécédents de TCCL. Le second objectif était de vérifier si la présence d'anxiété dans les premiers mois après le TCCL est associée à davantage de symptômes dans différentes sphères à plus long terme, soit la fatigue, l’irritabilité, le stress perçu, les difficultés cognitives, la dépression, l’insomnie et la douleur. Cent vingt participants ayant subi un TCCL ont été évalués à 4, 8 et 12 mois avec le Mini-International Neuropsychiatric Interview, l'Échelle hospitalière d'anxiété et de
dépression, et des questionnaires évaluant la fatigue, l’irritabilité, le stress perçu, les
difficultés cognitives, la dépression, l’insomnie et la douleur. Les résultats montrent que la fréquence des troubles liés à l'anxiété est élevée au cours des 12 premiers mois, bien qu’on observe une diminution significative entre 4 et 12 mois. À 4 mois, 24% ont présenté au moins un trouble lié à l’anxiété comparativement à 11% à 12 mois. De plus, les individus ayant des antécédents d’anxiété sont significativement plus anxieux après l’accident. Finalement, les personnes anxieuses 4 mois après l’accident, comparativement aux individus non anxieux, présentent davantage de symptômes dans différentes sphères 12 mois après l’accident.
23
Introduction
Le traumatisme crânio-cérébral (TCC) est un problème de santé publique majeur qui a des impacts importants chez les personnes blessées, leur entourage et la société. Il est souvent surnommé l'épidémie silencieuse ou invisible, car les individus touchés présentent divers symptômes qui ne sont pas toujours visibles pour leur entourage et qui peuvent perdurer à long terme. Le TCC est catégorisé comme léger (TCCL), modéré ou sévère, notamment en fonction de la durée de l’altération de l’état ou de la perte de conscience, et de l’amnésie post-traumatique (Orman, Kraus, Zaloshnja, & Miller, 2011). Lors d'un TCCL, l’imagerie structurelle est généralement normale, la perte de conscience est d’une durée maximale de 30 minutes, l’altération de l’état de conscience et l’amnésie post-traumatique sont d’une durée maximale de 24 heures et le score à l’échelle de Glasgow se situe entre 13 et 15 (Kay et al., 1993). L’Échelle de Glasgow est un outil qui mesure l’état de conscience et qui est fréquemment utilisé après un TCC.
Le TCCL représente 70 à 90% des individus qui se présentent à l’hôpital ou à l’urgence pour un TCC et le taux d’incidence se situerait autour de 600/100 000 habitants selon une méta-analyse combinant des données épidémiologiques provenant de l’Amérique du Nord, de l’Australasie, de l’Italie, de la France, de l’Espagne, de l’Afrique du Sud et de la Scandinavie (Cassidy et al., 2004). Certains chercheurs font la distinction entre deux types de TCCL, soit le TCCL complexe et le TCCL non complexe (i.e., simple). Le diagnostic de TCCL complexe est posé lorsqu'il y a présence d'anomalie neurologique lors de l'imagerie cérébrale, mais que le patient répond à tous les autres critères du TCCL (Williams, Levin, & Eisenberg, 1990). Après un TCCL, plusieurs individus présentent des symptômes somatiques, psychologiques et cognitifs d'une durée variable. Les symptômes les plus fréquents sont la fatigue, les maux de tête, la confusion, les étourdissements, la vision floue, les troubles du sommeil, les problèmes de mémoire et de concentration, la dépression, l'anxiété et l'irritabilité (Cassidy et al., 2004; Hall, Hall, & Chapman, 2005). Dans les semaines qui suivent un TCCL, entre 38 et 80% des individus présentent des symptômes, mais la majorité n'en présentent plus après 3 à 12 mois et récupèrent complètement (Carroll, Cassidy, Peloso, et al., 2004; Hall et al., 2005). Cependant, certains
24
estiment qu'entre 10 et 20% des personnes ayant vécu un TCCL présenteraient des symptômes persistants trois mois après l'accident (Ruff & Weyer Jamora, 2009).
Peu d'études se sont intéressées spécifiquement à l'anxiété après le TCCL (Moore et
al., 2006). Cependant, le survol de la littérature nous laisse croire que l'anxiété a un rôle important dans la récupération après un TCCL. En effet, des études ont identifié que les symptômes dépressifs et les symptômes anxieux vécus dans les jours qui suivent le TCCL sont parmi les meilleurs prédicteurs de symptômes persistants au moins trois mois après l'accident (Clarke, Genat, & Anderson, 2012; Dischinger, Ryb, Kufera, & Auman, 2009; Meares et al., 2011; Snell & Hay-Smith, 2013). Il est possible que les symptômes anxieux aient un rôle important sur les autres symptômes liés au TCC, pouvant exacerber ou prolonger certains symptômes (Dischinger et al., 2009). Plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer l’apparition de symptômes ou de troubles anxieux après un TCC. D’abord, il est possible que l'impact avec la boîte crânienne ait une influence sur les structures du cerveau impliquées dans le développement de symptômes anxieux, notamment le cortex préfrontal (Rauch, Shin, & Phelps, 2006). Il est aussi possible que l'accident crée une vulnérabilité psychologique temporaire au développement de troubles psychologiques puisque plusieurs vivent des stress importants comme le transport en ambulance, l’hospitalisation ou l’apparition de déficits temporaires (Mooney & Speed, 2001). Ainsi, ces situations difficiles rendraient la personne plus vulnérable à développer des troubles psychologiques. Ensuite, les personnes ayant subi un TCCL sont souvent très conscientes de leurs déficits peu après l'accident, comparativement à ceux qui ont vécu un TCC modéré ou sévère qui sont souvent moins conscients de leurs déficits (Lux, 2007). L'augmentation de la conscience des déficits après un TCC a été associée à une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs (Wallace & Bogner, 2000).
Dans le présent article, l’anxiété inclut les symptômes anxieux, les troubles anxieux, les symptômes post-traumatiques ainsi que le trouble obsessionnel-compulsif et le trouble de stress post-traumatique qui sont deux diagnostics qui ne font maintenant plus partie de la catégorie des troubles anxieux du DSM-5. De plus, l’appellation troubles liés à l’anxiété dans l’étude inclus le trouble d’anxiété généralisée, le trouble d’état de stress post-traumatique, la phobie sociale, le trouble panique (avec ou sans agoraphobie), le trouble
25
obsessionnel-compulsif, le trouble d’adaptation avec humeur anxieuse ou anxio-dépressive, et le trouble mixte anxiété-dépression.
Meares et al. (2011) ont utilisé le Mini-International Neuropsychiatric Inventory (MINI), soit une entrevue semi-structurée basée sur les critères du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV), et ont identifié que 32% des personnes ayant subi un TCCL présenteraient au moins un diagnostic de trouble anxieux trois mois après l'accident. Selon des études qui ont utilisé des questionnaires de symptômes anxieux pour estimer la prévalence des troubles anxieux, entre 22 et 24% présenteraient un trouble anxieux présumé 6 mois à un an post-TCCL (Mooney & Speed, 2001; Spitz, Schönberger, & Ponsford, 2013). Le trouble d'état de stress post-traumatique est le trouble anxieux le plus étudié chez cette population, même s'il n'est pas nécessairement le plus fréquent (Moore et al., 2006). L'état de stress post-traumatique après un TCCL est un diagnostic controversé dans la littérature puisqu’une perte de conscience ou l'amnésie post-traumatique sont des facteurs qui pourraient empêcher l'individu de se remémorer et de revivre l'évènement traumatique. Néanmoins, des études ayant utilisé des entrevues structurées et semi-structurées indiquent qu’entre 12 et 20% des personnes présenteraient un diagnostic d'état de stress post-traumatique trois mois après le TCCL (Bryant et al., 2009; Levin et al., 2001; Mccauley et al., 2001; Meares et al., 2011). De plus, 24% des individus atteints d’un TCCL impliqués dans des accidents d'automobile présenteraient ce diagnostic six mois après l'accident et 22% présenteraient le diagnostic deux ans post-TCCL (Harvey & Bryant, 2000).
Les autres troubles anxieux n'ont pas été beaucoup documentés dans la littérature en lien avec le TCCL. L'étude de Meares et al. (2011) est la seule étude recensée qui présente des estimés de plusieurs troubles anxieux trois mois après un TCCL en comparaison avec un groupe contrôle de blessés orthopédiques. Pour le groupe ayant vécu un TCCL et le groupe contrôle respectivement, ils ont trouvé des taux de 7% et 0% pour le trouble obsessionnel compulsif, de 11% et 3% pour le trouble panique avec ou sans agoraphobie, de 11% et 12% pour le trouble d'anxiété généralisée, et de 4% et 5% pour le trouble de phobie sociale. Aucune différence significative n'a été trouvée entre les groupes.
26
Il est important de prendre en considération que plusieurs individus ayant un TCC ont présenté des symptômes ou troubles psychologiques avant l'accident et que ceux-ci peuvent augmenter la vulnérabilité aux troubles anxieux post-TCC (Moore et al., 2006). En effet, lorsque des symptômes post-TCCL apparaissent, les individus ayant des antécédents de troubles psychologiques seraient plus vulnérables à développer de l'anxiété et auraient moins de stratégies d'adaptation pour y faire face (Ponsford et al., 2012). Selon Gould, Ponsford, Johnston & Schönberger (2011), les individus qui ont déjà été atteints d'un trouble anxieux avant l'accident sont 9 fois plus à risque de souffrir d'un trouble anxieux après le TCC que ceux qui n'ont jamais eu de trouble anxieux.
Il n'y a toujours pas de consensus sur l'effet d'un TCCL simple versus complexe sur la sévérité des séquelles, car certaines études identifient seulement de faibles différences entre les deux sous-groupes (Iverson et al., 2012; Iverson, 2012; Lange et al., 2012; Lange, Iverson, & Franzen, 2009). Cependant, certains auteurs suggèrent que les individus atteints d'un TCCL complexe récupèreraient plus lentement que ceux atteints d'un TCC léger non complexe et seraient plus à risque de symptômes persistants (Iverson, 2005; McCrea et al., 2009). Dans cette optique, il serait intéressant de vérifier si cela augmente le risque de souffrir d'anxiété.
Depuis les dernières années, le TCCL a beaucoup été étudié dans le monde du sport et certains ont remarqué qu’un antécédent de TCCL augmente le risque d'en subir un autre, surtout dans les 10 premiers jours post-TCCL (Giza et al., 2013; Finnoff, Jelsing & Smith, 2011). De plus, après un second TCCL, la récupération serait plus longue et plus difficile (Giza et al., 2013). Une seule étude recensée s'est intéressée aux effets des TCCL multiples sur la santé psychologique (Horner, Selassie, Lineberry, Ferguson, & Labbate, 2008). Selon cette étude, les personnes ayant subi des TCCL multiples rapportent plus de symptômes anxieux et dépressifs. Chez un échantillon de personnes ayant subi un TCC modéré ou sévère et nécessitant de la réadaptation fonctionnelle intensive, il a été démontré qu’avoir un antécédent de TCC, même léger, était associé à davantage de dépression et d’anxiété (Corrigan et al., 2013). Il serait intéressant d’investiguer cette même association chez des personnes ayant subi un TCCL.
27
Objectifs
En résumé, plusieurs personnes ayant subi un TCCL présentent des séquelles psychologiques plusieurs mois après l'accident et selon les études disponibles, l'anxiété serait un problème majeur après un TCCL pouvant même possiblement contribuer au développement, à l'exacerbation et à la persistance d'autres symptômes. Cependant, peu d'études recensées dans la littérature sur le TCCL se sont intéressées spécifiquement à l'anxiété post-TCC, et encore moins chez les personnes ayant subi un TCCL puisque la majorité des études incluent le spectre entier de sévérité (TCC léger, modéré et sévère). Bien que l’histoire psychiatrique avant l’accident est parfois prise en compte dans les différentes études, le type de TCCL (p.ex., s’il y a eu saignement au niveau cérébral) et les antécédents de TCCL n’ont pas été mis en lien avec l’anxiété post-TCCL. La présente étude vise à répondre à certaines de ces questions.
Le premier objectif était de comparer la fréquence des troubles liés à l’anxiété et des symptômes anxieux à 4, 8 et 12 mois post-accident chez les participants de l’étude, selon trois variables, soit la présence ou l’absence d’un historique de trouble anxieux, la présence d’un TCCL simple versus complexe et la présence ou l’absence d’antécédent de TCCL. La prévalence des troubles liés à l’anxiété et des symptômes anxieux a été documentée en tant qu’objectif exploratoire en pré-accident ainsi qu’à 4, 8 et 12 mois post-accident. Il était attendu qu’une proportion importante des personnes ayant des antécédents de troubles anxieux avant l’accident soient significativement anxieux après l’accident. Il était aussi attendu que les individus qui ont subi un TCCL complexe soient plus anxieux aux trois temps de mesure que ceux qui ont subi un TCCL simple. Enfin, il était attendu que les personnes pour qui il s’agissait d’un premier TCCL soient moins anxieuses que celles qui avaient des antécédents de TCCL ou de multiples coups significatifs à la tête, et ce, à tous les temps de mesure.
Le second objectif visait à vérifier si la présence d'anxiété dans les premiers mois après le TCCL est associée à davantage de symptômes dans différentes sphères à plus long terme. Plus spécifiquement, il s'agissait de comparer les personnes non ou peu anxieuses à celles qui présentent un trouble anxieux ou des symptômes anxieux cliniquement significatifs à 4 mois après le TCCL sur des mesures de fatigue, d’irritabilité, de stress